Un Monde à la renverse
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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte
Les communistes de villepinte vous invitent à utiliser ce blog comme point de rencontre et d'échanges concernant la situation politique ,économique ,sociale et environnementale du local à l'international.
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Invité de l’émission Ça ira ! de l’Humanité, le professeur au Collège de France a expliqué sa conception du métier d’historien, son choix d’intervenir dans le débat public. Il plaide pour un optimisme de méthode et invite à poursuivre l’idéal de fraternité entrevu pendant les jeux Olympiques de Paris.
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Publié le 8 mai 2025
L’historien médiéviste et professeur au Collège de France Patrick Boucheron était l’invité de Benjamin Patinaud, de la chaîne YouTube « Bolchegeek », et de la journaliste Mejdaline Mhiri, le 30 avril, dans le cadre de Ça ira !, l’émission de l’Humanité en direct sur Twitch. L’intégrale de l’entretien est disponible en vidéo sur humanite.fr.
Pourquoi, Patrick Boucheron, intervenir en tant qu’historien dans le débat public ?
Je suis médiéviste mais je ne m’enferme pas dans le Moyen Âge. J’ai l’habitude de dire que je suis un historien qui s’intéresse à des problèmes qui se posent depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Dans une période ancienne, on peut trouver des ressources d’inventivité, d’intelligibilité et de courage pour penser aujourd’hui.
On serait bien en peine de penser l’actualité si on en restait à un présent étriqué. Notre présent est fait de passés sédimentés. Les choses s’accumulent mais ne s’étagent pas sagement. Parfois des choses archaïques reviennent. Je suis différemment contemporanéiste. Comme tout le monde, je ne m’intéresse qu’à une chose, à ce que nous allons devenir. Pour ne pas être dupe du présentisme, il faut parfois chercher ailleurs et cet ailleurs, pour moi, c’est le Moyen Âge.
Le Moyen Âge, c’est vaste, c’est mille ans, de la fin des invasions barbares à la découverte des Amériques…
Je travaille sur l’Italie de la fin du Moyen Âge, ce que l’on pourrait appeler la fin de la Renaissance : Léonard de Vinci, Machiavel… Ma période se situe entre la fin du XIIIe et le XVIe siècle. Cela ne m’autorise pas à raconter n’importe quoi sur l’actualité. J’essaie de ne pas être seulement un commentateur. Il serait bien inconséquent de se contenter d’un savoir situé. Il faut parfois entrer dans l’arène.
Il n’y a pas que les historiens qui parlent d’histoire. Beaucoup s’en emparent, y compris la sphère politique et la sphère médiatique. Quel regard portez-vous sur ces discours sur l’histoire ?
L’histoire savante, la discipline historique, celle qui s’enseigne, s’écrit et se recherche n’est qu’une des mises en présent possibles du passé. Elle est savante, elle a ses exigences, elle doit être défendue dans un contexte antiscience. Je la défends dans un contexte de diversité et de pluralité des usages de l’histoire.
Les hommes et les femmes politiques articulent un discours sur la société depuis le passé. En fait, ils parlent d’histoire. Il faut s’assurer que tout le monde comprend qu’un discours sur l’histoire n’a pas le même régime de vérité que l’histoire savante. Mais l’histoire savante peut être aussi populaire.
Elle peut être accessible. Je fais des émissions de télé et de radio. Mon livre qui a eu le plus d’impact social et politique est Histoire mondiale de la France, que j’ai dirigé en 2017. L’objectif était de faire une histoire collective, polyphonique, ouverte, diverse, peuplée et entraînante. C’est-à-dire pas un travail qui n’intéresserait que les spécialistes mais un travail pour tout le monde. On a besoin de passeurs, de journalistes… Les historiens et les historiennes de métier, pas tous, pas toutes, ceux qui ont l’envie et l’énergie de le faire, peuvent s’adresser directement à tous et toutes.
Ce n’est pas une histoire figée…
Oui, c’est cela. C’est marrant, mais il y a beaucoup de gens que cela inquiète quand on leur dit que l’histoire évolue. S’il s’agissait de réciter quelque chose d’immuable et d’éternel, on n’aurait pas besoin de nous. Pourquoi sommes-nous si nombreux dans l’enseignement supérieur ? Si on cherche, c’est parce que l’histoire est une discipline vivante.
« “Ça ira” était notre cri de ralliement, mais pour se motiver et se rassurer, car ça n’allait pas du tout »
Elle évolue comme la médecine. Vous ne vous sentiriez pas très à l’aise si vous alliez chez un médecin qui vous soignait comme Claude Bernard. C’était un grand médecin. Mais si votre médecin vous soignait avec les techniques et les savoirs de la médecine de Claude Bernard, c’est-à-dire d’il y a cent ans, vous ne seriez pas très à l’aise. L’histoire, c’est la même chose, c’est un savoir vivant.
À propos de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris, comment avez-vous fait face à cette responsabilité de donner une image de la France et de l’histoire de France à un moment précis ?
À un moment précis, et crucial. Vous dites responsabilité, et c’était vraiment une responsabilité presque écrasante. Elle donnait plein de raisons de refuser…
C’est Thomas Jolly qui vous l’avait proposé ?
Oui. C’est Thomas Jolly. Tout est un peu révolutionnaire dans son attitude. D’abord, le fait de mêler dans une même cérémonie le protocole, la parade des athlètes et le spectacle. Ensuite, de travailler ensemble les cérémonies d’ouverture et de clôture des JO et des Paralympiques. Puis de demander à quatre auteurs et autrices, Leïla Slimani, Fanny Herrero, Damien Gabriac et moi-même, de l’accompagner tout du long. C’était notre projet. Je n’étais pas seulement l’historien de la bande.
Ensemble, vous étiez une vraie bande…
Oui, une vraie bande, coautrices-coauteurs. Ce n’était pas facile. « Ça ira » était notre cri de ralliement, mais pour se motiver et se rassurer, car ça n’allait pas du tout (sourire). La réception a été globalement favorable mais, vous savez, cela se joue à rien.
Vous pensez ?
Ma crainte n’était pas de se faire attaquer. C’était d’être juste insignifiant. Je pense qu’on n’a pas été insignifiant. On a dit quelque chose.
Vous vous doutiez que vous lâchiez une petite bombe ? Qu’elle allait autant faire parler dans le monde ?
Oui. Ce n’est pas une cérémonie controversée. C’est une cérémonie qui a été attaquée. Quand on vous dit : Trump, Orban, Poutine et Elon Musk vous attaquent… Eh bien, tant mieux et heureusement.
S’ils vous avaient dit « bravo » ?
« Bravo », on n’y pensait pas vraiment. On a beaucoup travaillé. Ce n’est pas facile. On ne voulait pas faire la leçon au monde. Aujourd’hui, en France, on est autorisé à faire un discours sur quoi ? Sur notre manière de gérer le legs colonial ? Sur la laïcité ? Sur la liberté ?
Dans la cérémonie d’ouverture, il avait bien sûr Paris, le décor et la fête. Il y avait la culture populaire. À un moment donné, on s’est dit que, ce que l’on pouvait faire passer, c’est que Paris est une ville où les femmes les hommes peuvent boire des coups en terrasse et s’aimer comme ils le veulent. La liberté des corps, la liberté d’aimer, la diversité des corps, la diversité des sexualités. Tout cela pouvait se donner à voir.
Tout s’est bien passé finalement. On disait « Ça ira », et ça a été. Les gens l’ont bien comprise. Pour moi c’est une expérience bouleversante et très politique. Il n’était pas prévu qu’elle intervienne dans un contexte de bascule. Après les européennes et jusqu’aux législatives, cette cérémonie aurait pu avoir un sens différent dans un autre contexte politique. La manière dont on l’a vécue après le second tour des législatives oriente notre souvenir.
D’une certaine façon, sans doute un peu idéaliste, s’est donnée à voir une France qui ne se donnait pas encore au Rassemblement national. De cela, on fait quoi ? On ne l’a pas rêvé, on l’a vu. On a vu : la puissance publique pacifiée, cela marche mieux. On a vu les services publics qui fonctionnent. Plus d’agents pour accueillir dans les gares, cela marche mieux.
On l’a vu. Qu’est-ce qu’on en fait aujourd’hui ? Ce qui a été dit a été dit, il reste aujourd’hui à en faire quelque chose collectivement. Si on pense qu’il y a quelque chose à faire, il faut le faire maintenant. À force de laisser traîner les choses, de vivre des trucs comme le Covid sans en tirer les leçons, on finit par en payer le prix. La situation politique actuelle est aussi la conséquence de nos inconséquences, du fait qu’on ne tire pas les leçons politiques de ce qu’on vit et de ce qu’on ressent. Si tout le monde est d’accord sur le fait qu’on vit mieux comme cela, avec cet état d’esprit, alors faisons-le.
Fabien Nury, le créateur de la série Paris police 1900, met en avant les progrès effectués depuis cette époque et se dit « anti-nostalgique ». Êtes-vous anti-nostalgique ?
Tout à fait. L’extrême droite, c’est le parti de la défaite. Dès qu’il y a quelque chose qui marche quelque part, elle n’a rien à en dire. Elle prospère sur la certitude, au fond, que c’est déjà foutu. Toute la difficulté pour une pensée progressiste est de sauver ce qui n’est pas compromis dans l’idée de progrès.
Il y a des progrès sociaux, des progrès médicaux… Mais tout cela risque d’être compromis par la catastrophe écologique en cours. Elle met en cause l’idée même scientifique et technique de progrès humain. Ce n’est pas si évident d’être progressiste aujourd’hui. Où est le progrès ? Je pratique un optimisme de méthode.
C’est-à-dire ?
Non seulement, cela ne sert à rien d’être pessimiste ; mais, pire, si cela nous désarme ou si cela nous décourage, cela profitera à plus méchant que nous. Par méthode, il vaut mieux penser que ce n’est pas foutu et qu’il nous reste du temps. Pas tout le temps, mais encore du temps. J’ai écrit un livre qui s’appelle le Temps qui reste. Il reste un peu de temps. On doit se rendre serviable au temps qui reste.
On renvoie souvent aux militantes féministes que cela va quand même mieux qu’avant, que le progrès irait de soi presque automatiquement et que cela ne sert à rien de lutter. Le progrès ne va pas de soi. On est bien d’accord ?
On est bien d’accord. L’exemple que vous prenez est fondamental. C’est la question des luttes féministes et même des épistémologies féministes qui, pour moi, font penser toute la pensée. Il y a quelque chose de profondément pernicieux dans l’idée de backlash, cette idée qu’on a été très loin et qu’il y a un retour de balancier. Ah bon, on a été très loin dans le mouvement MeToo en France ? Non, cela ne fait que commencer.
Cela serait bien inconséquent de dire maintenant : « on retourne dans nos pénates » et de reconnaître qu’il y a eu des excès. Mais pas du tout. C’est très lié à la situation américaine. Si on n’y prend pas garde, la petite musique de Trump, qui prétend qu’on a été bien loin dans le « wokisme », va – c’est bien regrettable – s’imposer de manière insidieuse et lancinante. C’est une plaisanterie. Le camp démocrate a été battu parce qu’il ne s’est pas défendu sur ses valeurs.
Il ne faut pas dire : « C’est bien, il y a des droits acquis et vous avez obtenu beaucoup de choses. » Il y a quelques semaines, j’ai interrogé Michelle Perrot, la grande historienne du mouvement ouvrier et du féminisme. Elle dit : « Je ne dis pas que les droits acquis le sont pour toujours, je dis qu’on arrive toujours à rejoindre l’endroit de progrès qu’on a atteint à un moment donné. Il y a des reflux mais ce qui est gagné à un moment donné n’est pas perdu, on le retrouvera. » C’est ce que j’appelle l’optimisme de méthode.
Nous avons l’habitude de terminer cette émission sur une recommandation culturelle. Qu’elle est la vôtre ?
Une version restaurée du Joli Mai (1963), de Chris Marker, ressort au cinéma. Ce cinéma-vérité brosse le portrait de Paris en mai 1962 par temps de paix, après les accords d’Évian. Il demande très longuement aux gens comment ils vont et comment ils vivent. On voit des ouvriers, des boursicoteurs, un ouvrier algérien, un immigré du Dahomey (actuel Bénin)… Yves Montand fait la voix off.
En regardant ce film, on se dit : « Ce n’est pas possible, ces gens-là ne pensent qu’à eux et à leur bonheur individuel. Ils donnent l’air d’être totalement dépolitisés. Ils ne veulent pas entendre parler de politique. » On pense évidemment à Mai 68 et on se dit que les mois de mai ne se ressemblent pas. En fait, on comprend à un moment donné que ce qu’on prend pour de l’indifférence est de la pudeur. Ces gens, en particulier quand ils sont humbles, n’ont pas envie de parler de politique devant une caméra. À la fin, quelque chose se trame, une inquiétude qui est la nôtre aujourd’hui. Ce film est saisissant.
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Les politiques publiques de la culture sont aujourd’hui gravement menacées tant par l’austérité budgétaire que par la poussée des idées de l’extrême droite. Le PCF entame une campagne nationale, ouverte le 23 mars dernier par un meeting à La Bellevilloise (Paris), qui se décline maintenant dans le pays. L’objectif est de rassembler très largement pour aller vers de nouveaux États généraux de la culture à l’automne.
La Seine-Saint-Denis a une longue histoire avec la création artistique : le deuxième département théâtral de France, dispose d’un dispositif très enviable qui, depuis sa constitution dans les années 1960/1970, participe fortement de la vivacité démocratique de ce territoire pas comme les autres.
En son cœur, il y a la construction d’un service public de la culture, dans de nombreuses villes et à l’échelle du département. Dans ce territoire populaire de tradition ouvrière, dans lequel vivent et travaillent de nombreux agents des services publics (fonctionnaires, personnels enseignants et de santé…) et aussi de nombreux artistes et créateurs, l’accent a tôt été mis sur la nécessité et l’utilité de développer des services publics, garantissant l’égalité d’accès et préservant de la voracité du marché toujours prêt à vendre et acheter plutôt que de satisfaire des besoins humains. Les services publics, les espaces collectifs, furent un marqueur historique de « la banlieue rouge », notamment la culture, l’art et la création considérés comme essentiels au développement des individus, espaces de démocratie et lieux de liberté. Les militants et élus communistes ont alors joué un rôle considérable.
Cet engagement politique était fondé sur des principes intangibles : créer les conditions matérielles de l’accès de chacune et chacun aux œuvres les plus diverses, les plus enrichissantes ; permettre l’appropriation de langages artistiques, d’esthétiques et d’imaginaires étonnants, étranges ; encourager la pratique et garantir la liberté de création.
Ces dernières années les coups ont été nombreux contre notre vie culturelle, venant tout à la fois du marché qui veut en privatiser les espaces et de forces politiques réactionnaires voulant mettre les artistes au pas, sous contrôle, comme on l’a notamment vu avec la municipalité de droite extrême du Blanc-Mesnil qui a transformé en supermarché du divertissement le Forum culturel, lieu de création renommé et envié.
Aujourd’hui, les attaques se multiplient pour réduire la capacité d’action culturelle dans notre pays. Les coupes claires dans les budgets des collectivités territoriales ont fourni le prétexte à certaines pour supprimer leurs aides à la création. Le budget encore dégradé du ministère de la Culture lui-même vient donner sens à ces orientations. Le « Pass Culture » le symbole d’une politique qui s’en remet toujours plus au marché, alimentant les industries culturelles et l’uniformisation sans développer les pratiques ni démocratiser l’accès, voit geler sa part collective, son seul point positif. Cette décision va fortement impacter des dispositifs d’éducation artistique et culturelle qu’il faudrait plutôt développer. Et comme si cela ne suffisait pas, les artistes-auteurs et artistes-autrices se voient imposer une nouvelle taxation…
Autre danger, pernicieux, celui qui instrumentalise la vie culturelle, le plus souvent sous couvert de modernité, et la place au rayon d’accessoire du marketing, territorial ou marchand, dont l’ambition n’est pas d’encourager l’émancipation individuelle, mais de satisfaire des stratégies de communication. Elle s’accompagne le plus souvent d’assignation à résidence des habitants dont l’imaginaire serait finalement borné par leurs origines : sociale, géographique, ethnique ou de genre. Finalement, les barrières sont colorées mais restent difficilement franchissables.
Par ailleurs la tentation fréquente d’opposer les lieux culturels aux tiers lieux, les cultures populaires aux cultures savantes, l’individu au collectif ou encore l’autodidaxie aux savoirs académiques dissimule mal une vision bien peu ambitieuse des pratiques culturelles qui, surtout ici en Seine-Saint-Denis, ont de longue date appris à se nourrir les unes des autres. N’y voit-on pas également une forme de soumission à l’austérité joliment habillée de l’air du temps qui considère que des centres dramatiques nationaux, des dispositifs pérennes, des conservatoires et des médiathèques ça coute beaucoup plus cher que de financer des petits lieux reposant sur beaucoup de bonne volonté et beaucoup de précarité. Au nom d’un relativisme à la mode, tout s’équivaut et l’exigence artistique est rabattue au nom de la démocratisation culturelle. Le monde à l’envers !
Tous ces coups terribles portés aux politiques publiques de la culture sont irresponsables, dangereux et cyniques. Car priver un peuple de culture, c’est l’empêcher d’inventer son avenir, c’est l’empêcher de se rassembler, de se raconter et de discuter, c’est l’empêcher de vivre. C’est porter atteinte à la dignité des femmes et des hommes qui le composent.
La Seine-Saint-Denis n’est pas à l’abri. Elle est fragilisée par les nombreux et anciens renoncements de l’État à garantir l’égalité. Le libéralisme s’accommode mal des services publics, préférant jouer la carte du laboratoire de la précarité et du DIY pour un grand patronat impatient de faire des profits sans participer à l’effort collectif, aidé par des responsables politiques assez peu soucieux de culture et d’épanouissement des individus. Alors qu’il faudrait faire plus et plus profondément pour soutenir la création et la diffusion artistique, alors qu’il y a tant à faire pour développer une éducation artistique et culturelle de qualité en milieu scolaire et dans les centres de loisirs, les moyens manquent cruellement. En outre, la tentation est palpable de céder aux logiques de divertissement et aux projets certes spectaculaires, mais bien peu structurants.
Ajoutons que des milliers de jeunes qui regardent avec envie les professions artistiques ou du spectacle en sont écartés faute d’emplois stables et qualifiés, correctement rémunérés. C’est autant de perdu pour le renouvellement, la réinvention indispensable des idées et des outils par des équipes elles-mêmes en mouvement.
Remettre la culture, l’art et la création au centre de la perspective politique est donc bien un enjeu crucial de société, quand les idées d’extrême droite circulent et s’infiltrent partout, parées d’un prétendu bon sens anesthésiant toute pensée critique. C’est une condition de la démocratie.
Les communistes veulent défendre les politiques publiques de la culture et la culture elle-même. Elle est la condition du politique, la condition de l’émancipation humaine. C’est elle qui permet de donner du sens. Nous ne voulons pas la voir réduite à cet horizon rétréci, biaisé et dépouillé que nous proposent les quelques grands propriétaires qui ont fait main basse sur les médias, l’industrie culturelle, les réseaux de diffusion… Nous refusons de nous laisser embarquer dans leur vision falsifiée du monde d’aujourd’hui comme dans leur vision déshumanisée du monde de demain. Nous refusons la culture inculquée et injectée, nous revendiquons la culture appropriée, pratiquée, partagée. Nous revendiquons la culture créolisée, décolonisée, dépatriarcalisée…
Nous revendiquons la liberté des imaginaires !
Dieu est un mec, c’est sûr
L'Humanité Maurice Ulrich 5 janvier 2025.
Avait-on bien vu ce qu’on avait vu. Le nouveau dirigeant de la Syrie, recevant les ministres des affaires étrangères allemand et français, Annalena Baerbock et Jean-Noël Barrot, serrant d’abord la main du ministre français puis portant la main à son cœur pour la ministre allemande. Sans doute était-elle avertie, au vu de son absence de réaction. Sans doute encore les deux ministres n’avaient pas l’intention d’en faire une affaire, un incident diplomatique, voire un casus belli…
Les nouveaux dirigeants de la Syrie ont multiplié les déclarations rassurantes et on aimerait en prendre acte. Alors le geste inquiète, assumé, devant les caméras. Mais bon sang, c’est quoi le problème avec les femmes ? Avec l’islam bien sûr, jusqu’à l’acharnement mortifère des talibans en Afghanistan…
On dirait aussi que les religions se sont donné le mot. Ce n’est pas demain, ni même après-demain que l’on verra des femmes évêques ou cardinales.
Il fut un temps ou les chrétiens discutaient du sexe des anges, question non résolue à ce jour, mais Dieu, c’est sûr, est un mec.
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La mise en cause du régime de l’intermittence par le patronat est un épisode lamentable du feuilleton interminable et insupportable du rétrécissement de l’assurance-chômage.
Augmenter le nombre d'heures de travail nécessaire par an pour être indemnisés conduirait la grande majorité des artistes à être privés de ressources et constituerait un gigantesque plan de licenciements secs privant le pays d’une force de création et de culture qui ne sont pas un luxe mais une nécessité.
Selon la CGT, 75 % des intermittents actuels seraient ainsi sortis de leurs droits. Si telle était l’idée, utiliser ce levier dans un jeu visant à impressionner les organisations syndicales dans ces tristes discussions imposées et cadrées par l’État, est franchement lamentable.
Non seulement nous refusons de voir les travailleurs et les travailleuses du spectacle vivant, et le spectacle vivant lui-même, payer le prix de l’austérité libérale, mais nous contestons ces choix politiques inconséquents qui visent à réduire le droit acquis par les salariés à une assurance chômage.
Paris, le 12 novembre 2024,
Pierre Dharréville, responsable de la commission Culture au PCF;
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Cannes : derrière les paillettes, l'histoire oubliée du festival
PUBLIÉ LE 17 MAI. 2024
Engagée depuis toujours dans la démocratisation de la culture et le soutien à la création, CGT cofondatrice du Festival international du film de Cannes, sera présente sur la croisette pour cette 77ème édition représentée par sa secrétaire générale, Sophie Binet.
La CGT et le festival de Cannes
Le grand public l’ignore, mais la CGT a joué un rôle essentiel dans la création du Festival de Cannes. La CGT a non seulement co-fondé le festival, et elle s'est mobilisée pour que ce projet puisse voir le jour à la Libération. Dans son ouvrage, "Tapis rouge et lutte des classes, une autre histoire du festival de Cannes", l'historien Tanguy Perron revient sur la genèse de cette fête du cinéma, une histoire populaire, ouvrière, antifasciste.
Sophie Binet, secrétaire générale, et Denis Gravouil, membre du bureau confédéral formeront la délégation CGT au festival
À l'occasion de son déplacement, Sophie Binet et Denis Gravouil seront présents à la signature par les organisations syndicales et patronales de la production cinématographique de deux accords majeurs sur la prévention des violences sexistes et sexuelles dans le cinéma et la protection des mineur·es sur les lieux de tournage.
La CGT participera également à d'autres évènements culturels autour du festival Visions Sociales.
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Plus de 900 personnes au vernissage de l’exposition Kiki Picasso !
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Les expositions de « Libres comme l’art » dans l’espace Niemeyer, le hall et la coupole du siège du Parti communiste français place du Colonel-Fabien à Paris, continuent leur aventure avec bonheur.
Plus de 900 personnes se sont pressées le jeudi 4 avril dernier au vernissage de l’exposition « Bilan provisoire » de l’artiste Kiki Picasso. L’exposition, qui dure jusqu’au 7 mai prochain, présente cinquante tableaux, un par an, sur cinquante évènements de l’histoire récente. Un voyage pictural dans l’actualité, que cet artiste aux facettes multiples a peint avec un mélange de couleurs vives, de dérision et de provocation qui donne une grande vivacité à son regard sur le demi-siècle écoulé.
La foule réunie pour le vernissage est à l’image de ce qu’ambitionne Libres comme l’art, ce collectif créé aux côtés de la commission Culture du PCF pour poursuivre le pari réussi de l’exposition du centenaire donnant à voir un siècle de relations du PCF avec les artistes peintres.
Notre objectif : ouvrir l’espace Niemeyer à l’art et à l’engagement culturel de manière la plus permanente possible. Il y avait là, mêlés, des artistes, comédiens, réalisateurs, des amateurs d’art connaisseurs du travail de Kiki Picasso, des visiteurs des expositions précédentes, beaucoup de jeunes, un public familial qui ont fait de ce vernissage plus qu’une inauguration institutionnelle, une soirée festive animée par les musiciens du Cirque électrique, avec lequel Kiki Picasso collabore régulièrement.
Outre les jours habituels d’exposition (entrée libre du mercredi au samedi de 14 h à 18 h), une grande soirée concert ponctuera l’exposition le vendredi 26 avril à partir de 18 heures. Baptisée « Au final, on ira tous au bal », elle réunira les amis de Kiki Picasso Oxmo Puccino, Mai Lan, Mouloud Achour, Pink Noise, Urumi, Clyde P, Ithak et le Cirque Electrique Band. Toutes les informations sont à retrouver sur www.bilanprovisoire.com
Et après Kiki Picasso, la fête continue. Une seconde exposition viendra fleurir le printemps de l’espace Niemeyer. Nous accueillerons du 14 mai au 12 juin notre grand ami François Miehe, un des fondateurs de Grapus avec son exposition « C’est quand l’avenir ! ».
François Miehe présente 56 années d’images produites au service de l’art et de l’émancipation. Une rétrospective inédite de son travail qui remet en lumière bien de nos imaginaires militants. Pour l’occasion, François Miehe dédiera son exposition au combat pour la paix. Il accueillera également deux grandes soirées débat, l’une sur la proposition de loi pour un revenu des artistes auteurs que Pierre Dharréville vient de déposer à l’Assemblée nationale, et l’autre sur le combat pour l’avenir des écoles d’art que menace la ministre Rachida Dati.
Voilà deux expositions à ne pas rater pour découvrir deux artistes peintres et graphistes qui ont imprégné nos rétines depuis les années 70. L’art réjouit les cœurs, et c’est décidément un beau combat pour le Parti communiste que de lui ouvrir grand les bras de l’espace Niemeyer dans ces temps où les forces de l’obscurantisme cherchent à boucher tous les horizons.
Pierre Laurent
Article publié dans CommunisteS, n°992, 17 avril 2024.
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