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art et cuture

Le groupe « Octobre » – Un théâtre rouge au temps du Front Populaire 3/6

18 Juin 2021, 06:18am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 16/06/2021 par PCF

De 1932 à 1936, un groupe amateur de jeunes acteurs et actrices, communistes de cœur ou de carte pour la plupart, va monter une série de spectacles militants ébouriffants, créés par Jacques Prévert.

« La bataille de Fontenoy » est une pièce en un acte, sous-titré « Théâtre aux armées ». Les personnages représentés, et moqués, sont Paul Déroulède, Édouard Herriot, Joffre, Clemenceau, Raspoutine, Poincaré, Nicolas II (joué par Prévert lui-même), il y a là aussi un poilu de 14.

Il y est question de chasse aux déserteurs, de marchands de canon, du Comité des Forges (Krupp, Schneider) ; on fustige le sabre et le goupillon. La première est donnée devant le IIe congrès de la Fédération du Théâtre ouvrier (FTOF) et « La bataille de Fontenoy » restera le spectacle le plus souvent joué par le groupe Octobre dans des cafés, des guinguettes, des préaux d’école jusqu’en 1935.

Comme souvent, dans un même spectacle d’Octobre, on peut passer du pathétique au comique, de la farce au drame. Rendant compte de cette pièce, un journaliste de L’Écho de Paris, pourtant hostile à la troupe, évoque ainsi l’enthousiasme suscité par Octobre : « Les acteurs parlaient faux et étaient grimés à la va-comme-je-te-pousse, mais la joie et la foi des spectateurs suppléaient à ces imperfections. Un gosse en particulier, assis près de moi, récitait chaque réplique un tiers de seconde avant le comédien qui en était chargé. »

On est en janvier 1933. Le 30 janvier le chancelier Hindenburg confie la chancellerie à Hitler. Le groupe Octobre réagit immédiatement. Dans les heures qui suivent l’annonce de cette nomination, Jacques Prévert écrit le texte « L’avènement d’Hitler » que la troupe répète et joue salle Bullier - un ancien bal mobile - le 31 janvier ! Un texte concocté, écrit, répété et joué en 24 heures ! Il se termine ainsi :

(Face à la crise)

« Le bourgeois pleure des larmes et grince des dents / Il devient de plus en plus méchant / Comme ce grand homme mythologique / Qui n’était sensible qu’au talon / Le bourgeois n’est sensible qu’au fric / Même quand on lui joue du violon / Il tuerait bien tout le monde pour garder sa maison / Mais il ne peut pas tuer lui-même / Il faut qu’on croit qu’il est bon / Alors il cherche un homme / Comme Diogène / Alors il trouve un homme / Au fond d’un vieux tonneau de peinture / HITLER… HITLER… HITLER… / L’homme de paille pour foutre le feu / Le tueur, le provocateur… / On présente d’abord le monstre en liberté / On le présente aux ouvriers / « C’est un ami, presque un frère / Un ancien peintre en bâtiment » / Le moindre mal, quoi / C’est moins dangereux qu’un général / Un ancien peintre en bâtiment / Et maintenant / Les quartiers ouvriers sont peints couleur da sang. »

Ce spectacle s’ouvre sur une revue de presse, une méthode que Prévert utilise assez systématiquement, où il fait le tour de l’actualité, française ou mondiale, une sorte de revue de presse théâtralisée. Jacques Prévert est un homme indigné par la laideur et la violence du monde, il compose en cette année 1933, de plus en plus et de plus en plus vite, des saynètes, des sketches comme « Le père Noël » ou « Un drame à la cour », plus particulièrement conçu pour Bussières, dit Bubu. Les spectacles attirent un public populaire, des intellectuels de plus en plus nombreux s’y intéressent.

Parfois André Gide est dans la salle. Cette même année 1933, deux procès retentissants mobilisent l’opinion progressiste, et Octobre réagit. Aux USA, neuf Noirs sont accusés à tort du viol de deux Blanches et se voient menacés de mort. Prévert écrit, et Octobre joue, « Sauvez les nègres de Scottsborough ».  

« Ne laissez pas vos frères noirs aller sur la chaise électrique / Serrez les rangs / Serrez les poings / Un assassinat se prépare / Tous contre l’impérialisme mondial / Toutes les races / Une seule couleur : / Rouge !... »

En Allemagne les nazis font la chasse aux communistes ; les fascistes organisent un procès « exemplaire », mettant notamment en cause Georges Dimitrov, mais l’accusé se fait accusateur. Le mouvement de solidarité un peu partout dans le monde est puissant.

Dans « La tête sur les épaules », Jacques Prévert prend la défense de Dimitrov, de Thaëlmann et de leurs camarades. 1933 est marqué aussi par de puissants mouvements de grève. On parle de près de 100 000 grévistes. Le mouvement le plus spectaculaire se passe, en mars, chez Citroën ; le groupe Octobre va y jouer un rôle marquant.

 Gérard Streiff

 

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Elsa Triolet : une journée d’hommages au moulin de Villeneuve

12 Juin 2021, 07:48am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité

Muriel Steinmetz

Le 12 juin, des comédiens liront des textes de l’écrivaine, des films qu’elle a inspirés seront projetés dans le parc de la demeure où elle vécut et repose aujourd’hui auprès d’Aragon. Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie, qui dirige la Maison Elsa Triolet-Aragon, à Saint-Arnoult-en-Yvelines.

Quel est le but de cette manifestation, qui aura lieu dans la demeure où elle vécut avec Aragon, l’un et l’autre reposant côte à côte, pour l’éternité, dans le parc de la propriété?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE

 Le 16 juin 1970, Elsa Triolet s’éteignait à Saint-Arnoult. L’an passé, nous voulions marquer le cinquantième anniversaire de sa mort. La pandémie nous en a empêchés. On l’organise un an après.

La romancière de talent, qui a jeté des ponts entre la France et la Russie au temps de l’Union soviétique, la résistante, le prix Goncourt à la Libération, la muse du grand poète national… comment aborder Elsa Triolet en ses figures multiples?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE

 L’ombre attachée à son nom est d’autant plus injuste qu’Elsa Triolet a créé dans beaucoup de domaines. S’agissant de la dimension littéraire, sur laquelle on va mettre le plus l’accent, ce 12 juin, il y aura des conférences avec des écrivains. L’après-midi sera davantage axé sur l’écoute de ses mots. Des comédiennes comme Macha Méril et Catherine Salviat, de la Comédie-Française, et de jeunes acteurs de la MC93 de Bobigny liront des extraits de ses œuvres. Nous voulons mettre en avant cet aspect d’elle, car c’est ainsi qu’elle se définit, notamment dans les préfaces qu’elle écrit: «Quest-ce que je suis? Je suis un écrivain», dit-elle. À l’époque, on ne disait pas «écrivaine». Nous désirons aussi la montrer à partir de ses mots, dans la chanson. Peu le savent; elle a été mise en chanson par le truchement de Guillevic. Il y a encore le cinéma, avec, entre autres, le film sur elle, d’Agnès Varda , Elsa la rose (1966), et l’adaptation qu’Amos Gitaï a faite de son roman,  Roses à crédit. Des projections en plein air sont prévues.

Nombreux ont été les livres publiés à son sujet, sans compter les écrits d’Aragon, en prose et en vers. Reste-t-il à découvrir des éléments propres à approfondir la connaissance de cette figure d’exception?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE

 Son rapport à la musique est méconnu. En général, l’œuvre d’Elsa Triolet est à découvrir, surtout pour les nouvelles générations, d’autant qu’elle aborde des sujets d’une très grande actualité. Romancière de la solitude et de la vieillesse, elle a écrit des pages incroyables sur la condition d’étranger. Si on regarde notre monde, on a vraiment besoin de la lire.

Quelles sont les missions de la Maison Elsa Triolet-Aragon?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE

 La Maison s’attache d’abord, à Saint-Arnoult et aussi lors d’initiatives hors les murs, à faire rayonner l’œuvre d’Aragon et celle d’Elsa Triolet. La Maison a été d’emblée tournée vers les arts, du fait de la présence d’œuvres in situ. Nous mettons sur pied des expositions. Actuellement, c’est celle de Pierre Buraglio, «Juin poignardé», titre emprunté au poème les Lilas et les roses, dAragon. La troisième mission a trait aux archives, soit la recherche autour des œuvres.

Le programme (de 9 heures à 22 heures)

Lectures: Macha Méril, Catherine Salviat (sociétaire honoraire de la Comédie-Française) et de jeunes acteurs en formation à la MC93 de Bobigny, puis Jacques Verzier (voix), Raphaël Sanchez (piano).

En débat, les écrivains Grégory Le Floch et Jean-Baptiste Para.

Le violoncelliste Xavier Phillipps, avec Héloïse Luzzati, jouera près de la tombe d’Elsa.

Conférences à 10 heures: Marianne Delranc-Gaudric, Vélimir Mladenovic, Geneviève Chovrelat-Péchoux, Marie-Thérèse Eychart.

À 19 heures, cinéma en plein air, grand écran. Performances artistiques et interventions théâtrales toute la journée.

Tarif unique: 15 euros. Restauration possible sur place.
Navette
: départ de Paris (porte dOrléans à 9 heures), retour à 20 heures.
Moulin de Villeneuve, Saint-Arnoult-en-Yvelines, www.maison-triolet-Aragon.com.

EN VIDÉO Visite guidée de la Maison Elsa Triolet-Aragon

 

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Fifties

6 Juin 2021, 07:18am

Publié par PCF Villepinte

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Quand Arthur Rimbaud célébrait les femmes de la Commune

31 Mai 2021, 07:59am

Publié par PCF Villepinte

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Aux camarades du IX° Place Clichy

5 Mai 2021, 16:52pm

Publié par PCF Villepinte

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Lettre ouverte des musiques actuelles pour une sortie de crise

25 Avril 2021, 06:35am

Publié par PCF Villepinte

Les Ogres de Barback et la fanfare béninoise Eyo'nlé, en 2014, à la Fête de l'Humanité. © Patrick Gherdoussi/Divergence

L'Humanité Vendredi 23 Avril 2021

Collectif

Nous, artistes, professionnels et professionnelles du secteur des musiques actuelles, interpellons le président de la République française, M. Emmanuel Macron, la ministre de la Culture, Mme Roselyne Bachelot, et la ministre du Travail, Mme Élisabeth Borne.

Le monde de la culture est en crise, le spectacle vivant en grande détresse. Vous le savez. Les métiers de la musique et du chant sont parmi les plus gravement touchés. Vous le savez également. Nous attendons de vous des mesures fortes et urgentes pour soutenir tous les acteurs et actrices culturel(le)s, et en particulier les plus précaires.

Aussi, nous déclarons notre soutien plein et entier au mouvement d’occupation des lieux culturels en France et notamment aux revendications primordiales suivantes:

- la mise en œuvre rapide d’un plan massif de soutien à l’emploi des artistes et technicien(ne)s du spectacle vivant;

- la prolongation de l’«année blanche» (indemnisation chômage) pour les intermittents du spectacle, pour une durée dun an à partir de la reprise totale de l’activité;

- un accès facilité à l’assurance-chômage pour tous les artistes et technicien(ne)s qui devaient ouvrir pour la première fois des droits à l’intermittence («primo-­entrants») ou qui se trouvent en rupture de droits;

- des droits au congé maternité et à l’arrêt maladie indemnisés pour toutes les personnes qui le nécessitent, sans considération du nombre d’heures travaillées;

- la réouverture d’espaces de pratiques culturelles vivantes, en prenant en compte la grande diversité des pratiques existantes, leurs spécificités et leurs contraintes, pas seulement la réalité de quelques grandes salles équipées.

Enfin, nous demandons le retrait pur et simple de la réforme de l’assurance-­chômage, qui va encore davantage contribuer à la paupérisation des personnes les plus précaires, déjà fortement accablées par la crise Covid.

Monsieur le président de la République, mesdames les ministres, entendez la voix des acteurs et actrices culturel(le)s, dont la vie professionnelle est aujourd’hui en grand péril!

Écoutez leurs propositions pour une sortie de crise qui ne laisse personne sur le bord du chemin et qui assure une reprise dynamique, équitable et vivifiante de la vie culturelle française.

Premiers signataires :

Les Ogres de Barback, Magyd Cherfi (Zebda), Juliette, Debout sur le zinc, Tagada Jones, Didier Super, Zoufris Maracas, HK, Lo Barrut, les Wampas, Lionel Suarez, Tété, Danakil, No One Is Innocent, Goulamas K, Govrache, Gnawa Diffusion, Guillaume Lopez, Alexandre Leitao, les Fils de Teuhpu, François Puyalto, Douar Trio, les Fatals Picards, Mass Hysteria, les Croquants, Aldebert, The VBE Toubifri Orchestra, Franck Marty, Sinsemilia, Cab’cabaret, Corentin Coko, la Caravane passe, Dan Gharigian, Massilia Sound System, Agnès Bihl, Gauvain Sers, Valentin Vander, Gari Grèu, Moussu T e lei Jovents, les Hurlements d’Léo, Télégram, le Skeleton Band, Tan2em, les Tit’Nassels, Guilam,cie Haut les mains, Thomas Garnier, les Madeleines, Délinquante, Courtial X Kogane, Mes souliers sont rouges, les Wriggles, la Phaze, Nicolas Bacchus, Patrick Bouffard, Alkabaya, PVC, Eliasse Trio, Kyle, les Mirabelles Kitchen, Florent Ladoucette, Emmanuel Urbanet, Aude Combettes, cie Jolie Môme, Babylon Circus, la Roulette rustre, Sidi Wacho, Léopoldine HH, Laurent Montagne, 5 Marionnettes sur ton théâtre, Agathe ze Bouse, Marion Diaques, Melismell, Christian Olivier (Têtes raides), Tryo, Los Tres Puntos, Sages comme des sauvages, El Comunero, Rage tour, Music’al Sol, Baco Music, Naima Slimani Prod, Sirventès, ZN Prod., Orchestre national de Barbès, Mouss et Hakim (Zebda).

Pour signer l’appel: https://www.change.org/tribunemusiquesactuelles

musique

 

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#Occupons. Robin Renucci : « Ce mouvement est une piste d’envol pour s’approprier l’avenir »

10 Avril 2021, 07:33am

Publié par PCF Villepinte

Aux Tréteaux, Robin Renucci et son équipe travaillent sur des dispositifs de représentations en plein air sur les îles de loisirs d’Île-de-France pour l’été prochain. © Nicolas Cleuet

L'Humanité Samedi 10 Avril 2021

Marie-José Sirach

«La mobilisation des théâtres nous concerne tous», rappelle Robin Renucci. Pour le directeur des Tréteaux de France et professeur au Conservatoire, la fermeture des lieux de culture est un «immense gâchis et une erreur impardonnable».

Toujours à pied d’œuvre, cet ardent militant dune scène populaire exigeante invite durgence à placer le public et la jeunesse au cœur des enjeux. 

Depuis le 4 mars, plus de 90 théâtres, centres dramatiques nationaux (CDN), scènes nationales sont occupés par des intermittents du spectacle et de l’emploi.

Voilà plus d’un an que théâtres, cinémas, musées sont fermés, privant de travail des dizaines de milliers d’artistes et techniciens, mais aussi tous ces métiers liés d’une manière ou d’une autre à ce secteur-là, tout aussi précaires que les premiers mais sans aucune protection. Les théâtres fermés sont désormais ouverts à tous ceux-là comme aux élèves des écoles d’art, futurs artistes ou décorateurs ou éclairagistes qui ont massivement rejoint le mouvement.

Depuis le 4 mars, le gouvernement reste sourd à toutes leurs revendications. Une attitude qui provoque incompréhension et colère. Leur mobilisation nous concerne tous. C’est quoi un monde sans ces fenêtres ouvertes sur l’imaginaire, la prise de conscience, la liberté, la parole, la pensée que représentent les théâtres, les musées?

Une année a passé depuis la fermeture des théâtres. Comment vous et l’équipe des Tréteaux de France avez-vous traversé cette période?

ROBIN RENUCCI Notre travail est quotidien et intense. L’ensemble des actions que nous menons, je ne parle pas des représentations avec le public, qui ont été altérées, mais bien de toutes les petites formes, les ateliers dans les collèges, les lycées, en banlieue, dans les villages, nous en avons maintenues.

C’est un travail énorme, mais cela fait partie de notre mission de théâtre public de mener de front les actions artistique et culturelle. Cela représente beaucoup d’investissement et nous l’avons poursuivi avec enthousiasme et détermination.

Icon QuoteCe sont mes élèves qui occupent les théâtres. J’y vois un signe d’espoir. C’est une jeunesse qui démontre sa capacité à se retrouver, s’organiser.

Depuis le 4 mars, plus de 90 théâtres sont occupés. Le président de l’Association des centres dramatiques nationaux (ACDN) que vous êtes soutient ce mouvement. Au-delà des revendications pour la prolongation de l’année blanche (1) et pour l’annulation de la réforme de l’assurance-chômage, de quoi ce mouvement est-il, pourrait-il être le nom?

ROBIN RENUCCI C’est un printemps de la jeunesse. Je suis professeur au Conservatoire, ce sont mes élèves qui occupent les théâtres. J’y vois un signe d’espoir. C’est une jeunesse qui démontre sa capacité à se retrouver, s’organiser. Ce mouvement est une piste d’envol pour s’approprier l’avenir.

 

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La coopérative des idées

26 Mars 2021, 07:16am

Publié par PCF Villepinte

 

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Audrey Vernon : « Les ouvriers ne se foutent pas de l’écologie »

25 Mars 2021, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

Audrey Vernon lance la première salve, ce week-end, avec son spectacle, qu’elle veut entièrement gratuit, avant d’entamer sa tournée des ZAD. Magali Bragard

Habituée de la Fête de l’Humanité, Audrey Vernon a beaucoup joué son spectacle Comment épouser un milliardaire? dans les usines. En février, elle soutenait les salariés de la raffinerie de Grandpuits. Mardi, elle était à Amiens, aux côtés de Gaspard Fontaine, poursuivi pour le décrochage du portrait d’Emmanuel Macron.

Ce week-end, l’humoriste débute un tour de France des zones à défendre (ZAD), pour le lancement des Soulèvements de la Terre à Besançon, en jouant, gratuitement, Billion Dollar Baby, une adresse tragi­-comique à son bébé à naître sur fond de désastres environnementaux.

Quel est le sens de votre tournée des ZAD et de votre présence à Besançon?

Audrey Vernon J’ai beaucoup joué mon spectacle Comment épouser un milliardaire dans les usines. Cela m’avait nourri de connaître et de voir «en vrai» le monde ouvrier, que jabordais à travers le prisme des milliardaires dans mon spectacle. Au début de la pandémie, jai écrit un texte dans lequel jexpliquais ne pas vouloir dune réouverture des théâtres dans les mêmes conditions qu’avant, c’est-à-dire en faisant partie du cycle de la marchandise, en étant la récompense du salarié docile, en étant le divertissement qui est le pendant à notre asservissement.

Je suis ravie que cela ne reprenne pas. En tout cas, pas tout de suite. Vu ce que je dis dans Billion Dollar Baby, la gratuité a énormément de sens. Je parle des peuples premiers, qui sont plutôt des sociétés du don contre don. Ce spectacle sera plus dans le don que dans la vente. Je veux qu’il change le monde, donc je vais dans les lieux de résistance avant qu’il ne soit trop tard. Dans dix ans, je ne veux pas me dire que je n’ai rien fait.

Vous poursuivez dans la droite ligne de vos spectacles dans les usines…

Audrey Vernon Je parlais d’économie de façon théorique. Je voyais la pauvreté et la violence, mais aller dans les usines a rendu les choses plus concrètes, m’a fait connaître les gens, les familles et les lieux. J’entends souvent dire que les ouvriers se foutent de l’écologie. C’est complètement faux. L’écologie est une de leurs préoccupations principales. En récupérant l’usine d’Unilever, les Fralib ont tout de suite voulu arrêter l’aromatisation chimique pour revenir à l’aromatisation naturelle.

Ils ont racheté des champs de tilleuls pour faire du local et de l’écolo. C’est pareil pour la CGT, qui milite pour que Thales arrête de fabriquer des armes. Personne n’en parle. C’est dommage. À Grandpuits, j’ai joué pour des raffineurs qui veulent que Total répare les fuites des pipelines en Seine-et-Marne. L’écologie est au cœur de leurs préoccupations. Dire que les ouvriers ne pensent qu’à leur emploi est un mensonge. On ne leur rend pas assez hommage.

Une artiste peut-elle changer le réel?

Audrey Vernon Les œuvres d’art ont changé notre vision. Par exemple, sur la peine de mort, Dostoïevski ou Victor Hugo ont fait beaucoup plus évoluer les mentalités que les hommes politiques. Marx a écrit le Capital et inventé les notions qui nous font penser aujourd’hui. Notre culture n’est pas celle des chefs d’État, mais une culture de résistance, qui se transmet de génération en génération, sans l’aide de l’école. On nous bassine avec la Seconde Guerre mondiale, sans nous apprendre comment les résistants ont fait. C’est vraiment dommage qu’on ne nous explique pas comment on s’organise concrètement pour s’opposer au totalitarisme. Les artistes transmettent cette culture.

Quel regard portez-vous sur cette campagne des Soulèvements de la Terre?

Audrey Vernon Le texte est très bien écrit, très beau et très clair. Beaucoup d’associations font des choses concrètes. Aujourd’hui, des dizaines de menaces invisibles pèsent sur les générations à venir. Un génocide se prépare. Nous devons nous réveiller. Certains disent que j’exagère, que nous allons trouver des solutions. C’est ce qu’ont dû se dire beaucoup de peuples premiers, aujourd’hui disparus. Les Guaranis au Brésil se font assassiner par le gouvernement de Bolsonaro, des peuples d’Ouganda se font déporter à cause de Total. C’est aussi pour cette raison que je suis allée jouer à Grandpuits.

Que vous inspire l’occupation des théâtres?

Audrey Vernon Je suis pour toutes les récupérations de lieux qui nous appartiennent. J’ai décidé de mettre mon énergie dans les ZAD. Je comprends et je soutiens leur mouvement, mais instinctivement, j’ai du mal à prêcher pour ma paroisse. Cela dit, à Amiens ou à Besançon, ce sont les intermittents en lutte qui me fournissent toute l’infrastructure technique et font en sorte que je puisse jouer.

Qu’allez-vous faire lorsqu’ils vont rouvrir?

Audrey Vernon J’espère que le monde aura tellement changé que mon spectacle ne sera plus d’actualité. Je vais tout faire pour ne plus avoir à le jouer à la réouverture des théâtres. J’attends la libération pour faire des spectacles sur les petits oiseaux et des trucs non politiques. J’espère ne plus avoir à jouer un spectacle qui parle de l’extinction de l’humanité. Ce n’est pas possible de souhaiter la réouverture des théâtres cela.

En quoi les confinements ont-ils nourri votre réflexion?

Audrey Vernon Nous avons vécu tout ce que je souhaitais, c’est-à-dire l’arrêt des avions, du commerce et la décroissance. Pendant quelques jours, nous avons réduit nos émissions de gaz à effet de serre. Mais j’aimerais que cela soit un choix et pas qu’on nous l’impose. Comme le dit très bien le texte des Soulèvements de la Terre, on décide de tout pour nous. J’aimerais bien que nous soyons partie prenante, que nous décidions de quelles technologies nous avons envie.

Dans le spectacle, vous envisagez la possibilité que votre enfant en gestation assiste à la fin du monde…

Audrey Vernon Il faut changer maintenant, le temps nous est compté. Nous sommes dans un film de Bruce Willis. Et si tout le monde se caresse la barbe pendant dix ans, c’est fichu. Billy Wilder disait, à propos du nazisme: les optimistes ont été à Auschwitz et les pessimistes à Hollywood. Il ne faut pas être trop optimiste. Ce qui nous menace est tellement impensable et énorme quon ne peut pas se limaginer. Nous avons créé des monstres tellement menaçants – le nucléaire, les armes, les pesticides, les engrais – qu’ils peuvent détruire la vie sur Terre. Notre cerveau n’est pas fait pour penser cela. Je préfère être une pessimiste qui se trompe plutôt qu’une optimiste qui laisse faire.

 

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Quand la bande dessinée enquête sur les racines de la violence économique

22 Mars 2021, 09:36am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité

Michaël Mélinard

«Le Choix du chômage» est un roman graphique mais pas seulement. Le grand reporter Benoît Collombat et le dessinateur Damien Cuvillier passent au scalpel 40 ans de mise au pas idéologique. ENTRETIEN

Grand reporter à France Inter, Benoît Collombat était entré en bande dessinée par la grande porte avec le superbe «Cher pays de notre enfance», coécrit avec Étienne Davodeau. Pour «le Choix du chômage», il sallie au talent du dessinateur Damien Cuvillier qui, dans un registre graphique très large, s’approprie le récit touffu de l’emprise du néolibéralisme sur les grands choix économiques de la France. Le livre rassemble à la fois des acteurs de cette histoire et des sociologues, des économistes, des philosophes ou des militants. Le récit est déconstruit, digressif, complexe et pourtant passionnant, avec près de 300 pages qui fourmillent de multiples références. Rencontre avec Benoît Collombat, scénariste de cette incroyable somme.

Quelle est la genèse de cette enquête?

BENOÎT COLLOMBAT «Le Choix du chômage» est un peu lenfant de ma précédente bande dessinée, «Cher pays de notre enfance», avec Étienne Davodeau. Nous étions partis, sur une enquête consacrée à la violence politique dans les années 1960 et 1970, à la rencontre danciens responsables politiques, magistrats, barbouzes, truands et agents secrets. À ce moment-là, le politique a encore la main sur les grands choix économiques et financiers. Dans «le Choix du chômage», Damien Cuvillier et moi voulions raconter la suite, le grand basculement qui sopère à partir de la fin des années 1970 et au début des années 1980, en enquêtant sur la violence économique. Nous essayons de documenter les coulisses des grands choix économiques, mais aussi, et c’est tout l’objet du livre, la victoire d’une idéologie, le néolibéralisme. C’est, parallèlement, la reddition du pouvoir politique, qui décide de ne plus peser sur les grands choix monétaires et financiers. L’enjeu était de raconter ces quarante dernières années pour comprendre la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui…

 

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