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retraites

Les flous et les loups de la réforme des retraites

26 Septembre 2022, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

Régressions

 Présenté ce matin en Conseil des ministres ou plus tard à l’Assemblée, le projet gouvernemental compte sur le recul de l’âge légal, l’augmentation de la durée de cotisation et la baisse des pensions pour sabrer dans les dépenses publiques.

Stéphane Guérard L'Humanité

Lundi 26 Septembre 2022

Bardos Florent/ABACA

Êtes-vous plutôt amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) présenté ce lundi en Conseil des ministres? Ou plutôt amendement glissé à larrivée du texte au Parlement, le 20 octobre? À moins que vous ne préfériez un projet de loi plus global livré en début dannée?

Un peu comme si seul importait le choix de la couleur de l’emballage d’un fruit pourri, la réforme des retraites s’est cantonnée, ces quinze derniers jours, pour la Macronie à des palabres sans fin sur la meilleure façon de faire avaler aux Français le report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, voire 65 ans. Ce mauvais feuilleton devait prendre fin avec la présentation du PLFSS ce lundi au Conseil des ministres. Il est parti pour jouer les prolongations.

Si les lumières de l’actualité se sont donc arrêtées sur ces atermoiements politiciens, elles n’ont que faiblement mis au jour l’ampleur des changements si la réforme était adoptée. Leurs premiers effets sont pourtant attendus rapidement, dès l’été 2023.

Âge de départ et trimestres cotisés, la double peine

Afin de diminuer rapidement les dépenses du régime général, le candidat Macron n’avait évoqué durant sa campagne qu’un seul levier: le recul de l’âge légal de départ, de 62 à 64 ans, voire 65 ans. «Cette mesure aurait dabord un effet psychologique, car elle parle à tout le monde. Et elle toucherait les gens qui pouvaient prétendre partir plus tôt car ils avaient commencé leur carrière très jeunes, ou ceux concernés par l’âge d’annulation de la décote», note Régis Mezzasalma, conseiller confédéral retraite à la CGT.

Mais ce seul paramètre ne devrait pas suffire aux pulsions de l’exécutif de tailler dans la dépense publique. Car le recul aux 64 ans ne ferait qu’entériner l’âge de départ effectif des Français. En 2020, les personnes ouvraient leurs droits à pension en moyenne à un peu plus de 62 ans. En 2040, ce sera 64 ans, réforme ou pas. Pour parvenir à ses fins austéritaires, le gouvernement dispose d’un autre levier: laugmentation du nombre de trimestres cotisés nécessaires pour obtenir une pension à taux plein.

Pour lheure, le gouvernement se limiterait à une accélération de la réforme Touraine de 2014. Mais rien n’indique qu’il n’ira pas plus loin. Ce tour de vis, toujours en cours, ajoute un trimestre cotisé toutes les trois générations: de 167 trimestres (41 ans et 9 mois de travail) demandés aux personnes nées entre 1958 et 1960 à 172 (43 ans) pour la classe 1973. Dans son rapport remis jeudi, le comité de suivi des retraites conseille à l’exécutif de hâter le mouvement pour des «effets financiers moins rapides (que le recul de l’âge légal – NDLR) mais plus durables».

Dans ce cadre, le jeu des décotes sera sanglant. Actuellement, une personne de 62 ans peut ouvrir ses droits. Mais sa pension est amputée en proportion des trimestres cotisés qui lui manquent. Les 64 ans ajoutent deux années de labeur supplémentaires. Aggraver les seuils de cotisation revient à repousser un peu plus encore l’accès aux droits, sous peine de décote. L’âge d’annulation de ces décotes est fixé à 67 ans. Le gouvernement va-t-il conserver ce curseur ou le reculer? Faudra-t-il attendre 68 ou 69 ans pour toucher une retraite non amputée? Rappelons que, selon lInsee, un quart des 5 % de Français les plus pauvres sont déjà décédés à l’âge de 62 ans.

Les carrières courtes et incomplètes les plus touchées

Les victimes de ces mesures paramétriques sont connues: les travailleurs avec des carrières courtes et/ou incomplètes, qui doivent déjà souvent attendre leurs 67 ans pour accéder à des droits minimaux. «Pour les femmes, cest la double peine, dénonce Sophie Binet, de l’Ugict-CGT. Elles, qui touchent en moyenne 25 % de salaire en moins que leurs collègues masculins à poste égal et qui ont des carrières courtes ou hachées, doivent déjà partir en retraite plus tard d’un an en moyenne que les hommes.

Et leurs pensions sont elles aussi en moyenne plus faibles de 42 %. Tout report de l’âge légal aggrave leur situation.» En cas de nouvel allongement de la durée de cotisation, c’est même la triple peine: une femme sur cinq est déjà contrainte dattendre 65 ans pour partir sans décote, contre un homme sur douze. Tout à sa réforme paramétrique, le gouvernement se garde d’évoquer des mesures de compensation: annulation de décotes, minima de pension dès 62 ans

La fausse promesse des 1100 euros minimum

Seule la promesse d’une retraite minimale à 1100 euros par mois suggérée par le candidat Macron pouvait enjoliver le tableau. «On ne la plus réentendue, pondère Michaël Zemmour, économiste spécialiste des retraites. Il s’agissait d’une garantie minimale pour les personnes ayant une carrière complète et pouvant prétendre à une pension à taux plein. Ce serait donc un progrès pour un petit nombre de personnes. Car 20 % des plus petites retraites ne disposent pas d’une carrière complète. Nombre de ces personnes avec une faible pension ne seraient donc pas concernées.»

Pour Régis Mezzasalma, ces 1100 euros relèvent du jeu de dupes. «Dune part, ils sont conditionnés aux économies réalisées par la réforme envisagée. Dautre part, il faut avoir 62 ans pour prétendre à la retraite minimum contributif de 980 euros par mois. Faudra-t-il attendre 64 ans, voire 65 ans, pour toucher cette retraite minimale de 1100 euros? Et si lon touche à la durée de cotisation, faudra-t-il disposer de 45 annuités au lieu des 43 aujourdhui pou r y avoir droit?»

Baisser les pensions et dynamiser le marché du travail

Autre dégât collatéral de la réforme Macron: le niveau de vie des retraités. «Le futur âge de départ représentera un âge de décrochage de pouvoir dachat, schématise Michaël Zemmour . Actuellement équivalent à celui des actifs, le niveau de vie des pensionnés va baisser autour de -20 %» entre la génération 1950 et celle de 2000. «La logique de cette nouvelle réforme est de poursuivre la baisse progressive du niveau de vie des retraités en ne touchant ni aux mesures déjà prises par les précédentes réformes ni à la hausse de la CSG sur les pensions lors du premier quinquennat», résume l’économiste Henri Sterdynyak.

De quoi pousser les 62, 63 et 64 ou 65 ans à rester en emploi. Pour Pierre-Yves Chanu, représentant de la CGT au Conseil d’orientation des retraites, ce travailler plus longtemps produira un autre effet attendu par l’exécutif comme le patronat. «Mettre un plus grand nombre de seniors en activité revient à augmenter la concurrence entre les travailleurs sur le marché du travail, donc à diminuer les salaires.»

Le faux nez des régimes spéciaux

Déjà visés lors de la tentative de réforme des retraites de 2019-2020, les régimes spéciaux demeurent ciblés. «Leur suppression faisait partie du programme du président. Elle reste donc dactualité», assure le ministre du Budget, Gabriel Attal, dans le JDD ce dimanche.

La mesure n’a aucun intérêt, dénonce Pierre-Yves Chanu. «Le gouvernement ne touchera pas aux petits régimes comme ceux des danseurs de lOpéra de Paris ou des avocats. Il compte mettre fin à ceux des agents de la RATP et des industries électriques et gazières, qui ne posent pourtant pas de problème financier puisqu’ils sont adossés à leurs branches et à des contributions tarifaires ou des taxes parafiscales. S’agit-il d’un appel du pied aux “Républicains” pour obtenir leur soutien?»

Régis Mezzasalma replace cette mesure dans le contexte global de la réforme: «Pour le gouvernement, il sagit de trouver des économies importantes sur le système des retraites afin de diminuer rapidement les dépenses publiques. Le fond est connu. Cest un choix de société: entre la société du mieux-être et celle du labeur à vie.»

 

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L’exécutif prépare son passage en force sur les retraites

14 Septembre 2022, 07:29am

Publié par PCF Villepinte

Austérité Le gouvernement devrait prendre prétexte de la publication du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites, jeudi, pour annoncer sa réforme brutale. Les syndicats préviennent qu’ils feront front commun contre cet oukase.

L'Humanité Stéphane Guérard Pierrick Villette

Mercredi 14 Septembre 2022

Fini d’amuser la galerie. Foin de discussions ouvertes et de concertations. Après avoir lancé le processus d’économies sur l’assurance-chômage, la semaine dernière, le gouvernement embraye avec son coup de frein sur le système des retraites.

Tuée lors du séminaire de rentrée à l’Élysée, la mesure phare du candidat Macron resurgit avec empressement. Avec toutes ses régressions: recul de l’âge légal de départ de 62 ans à 64 ou 65 ans, allongement de la durée de cotisation pour prétendre à une pension à taux plein, disparition définitive des régimes spéciaux. Les contreparties s’annoncent chiches: prise en compte «d’éléments de pénibilité» et niveau minimal de pension à 1100 euros, déjà grignoté par linflation.

La publication du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites sert de détonateur à cette accélération du tempo. Des conclusions non encore définitives ont fuité dès lundi soir. Depuis, les ministres divulguent les mêmes éléments de langage. «Visiblement, on est dans un mur budgétaire», avançait par exemple mardi matin Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des personnes handicapées, pour assumer un futur passage en force. Celui-ci devrait être déclenché après la présentation officielle des projections du COR, jeudi.

Coup bas du gouvernement

Reçues lundi dernier au ministère du Travail, les organisations syndicales ont dénoncé unanimement une probable manœuvre à la hussarde: une réforme passée dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), à toute vitesse afin d’éviter un mouvement social de l’ampleur de celui de 2019-2020, et en force avec l’option du 49-3 pour mettre au pas les oppositions au Parlement.

 «Le fil rouge du gouvernement reste le recul de l’âge légal de 62 ans à 64 ans, et 65 ans en option. Sajoute aussi la piste de l’augmentation du nombre de trimestres cotisés pour obtenir une pension à taux plein. Soit il choisit de tout faire passer dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Alors la concertation se réduira à une réunion, le 19 septembre, avant sa présentation au Parlement. Soit il use d’une loi, en y intégrant des sujets comme les carrières longues. Quoi qu’il en soit, la finalité reste la même: faire travailler plus longtemps», souligne Régis Mezzasalma, de la CGT.

La voie du PLFSS permettrait d’accélérer la mise en place de la précédente réforme Touraine, voire de l’aggraver. Adoptée en 2014 pour, déjà à l’époque, équilibrer les comptes de l’assurance-retraite, celle-ci est en cours. Ses modalités ajoutent un trimestre cotisé toutes les trois générations: de 167 trimestres (41 ans et 9 mois de travail) pour les personnes nées entre 1958 et 1960; à 172 (43 ans) pour la classe 1973.

 «Le gouvernement peut augmenter ce nombre de trimestres à chaque génération. Si bien que les 43 ans à cotiser, prévus effectifs en 2035, pourraient l’être dès 2030, voire 2026. Des générations devront donc travailler plus que ce qu’on leur a promis avec la réforme Touraine», dénonce Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO.

Le faux nez du rapport du COR

«Le système de retraite français nest pas équilibré financièrement. Il est même structurellement en déficit», a affirmé au Point le ministre du Travail Olivier Dussopt, avant la divulgation du rapport du COR, concluant qu’ «il faudra travailler plus longtemps à l’échelle d’une vie».

Pour étayer ce jugement hâtif, la majorité a déjà commencé à manipuler les attendus du rapport du COR. Passant rapidement sur l’excédent spectaculaire (+3,5 milliards d’euros) attendu cette année grâce à une reprise d’activité tonitruante depuis 2021 générant des surplus de cotisations, les caciques macroniens préfèrent retenir de l’étude que «le solde se dégraderait sensiblement» dès 2023 et que «le système serait déficitaire en moyenne sur les 25 prochaines années».

«Avec 0,4 point de PIB en 2027 et 0,5 à 0,8 en 2032, le déficit demeurerait faible. Les scénarios du COR démontrent que le système n’explosera pas du tout mais restera maîtrisé, jusqu’à revenir à l’équilibre en 2062. D’autant que ses calculs prennent en compte des hypothèses de productivité au travail ou des niveaux de chômage très prudents», analyse l’économiste atterré Henri Sterdyniak.

Au vu des nouvelles projections du Conseil, «un peu plus optimistes que les précédentes», Michel Beaugas estime pour FO qu’une nouvelle réforme paramétrique relèverait «dun entêtement idéologique du président». Toutes les organisations syndicales ont annoncé qu’elles feront front contre cet acharnement.

Un chantage sur les dépenses sociales

Sachant tout de même fragile l’argument de la restauration de l’équilibre financier du système des retraites, le candidat Macron avait déjà prévu le coup, en précisant avant sa réélection que les économies réalisées sur les dépenses retraites offriraient des marges de manœuvre pour «investir massivement» dans la transition écologique, la dépendance, la santé…

Ce vernis de solidarité entre générations – les anciens se sacrifiant pour l’avenir des plus jeunes – peine à masquer l’impasse financière dans laquelle se trouve le gouvernement. Il doit, d’un côté, respecter le programme de stabilité 2022-2027 transmis à Bruxelles visant à revenir sous la barre des 3 % de déficit public, en taillant dans les dépenses publiques sans augmenter aucun prélèvement. De l’autre, il doit parer à la crise énergétique, tout en continuant de déverser entre 150 et 200 milliards d’euros d’aides aux entreprises sans contrepartie. Seul viatique pour cette logique libérale: des coupes substantielles sur les assurances-retraite et chômage.

«Recettes est un mot tabou pour ce gouvernement. Avec +1 % de cotisations, le régime de retraite passerait la petite bosse quil a devant lui sur les 15 prochaines années et réglerait le grand problème des années à venir: la paupérisation des retraités», suggère l’économiste Henri Sterdyniak. Son collègue Denis Durand plaide, lui, pour «un élargissement de lassiette des cotisations retraite afin de sassurer quune partie plus importante des richesses créées finance notre système de retraite».

 

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Retraites. Emmanuel Macron tente de prendre tout le monde de vitesse

13 Septembre 2022, 16:13pm

Publié par PCF Villepinte

Faisant fi des objections des syndicats, le chef de l’État veut que la réforme des retraites entre en vigueur dès l’été 2023, quitte à mettre le feu au pays. Retrouvez ci-dessous nos réponses aux principales questions que soulève cette réforme.

L'Humanité Mardi 13 Septembre 2022

© Anne-Christine Poujoulat/AFP.

Budget, fin de vie, retraites : Emmanuel Macron veut donner l'image d'un président déterminé à aboutir rapidement sur des sujets qui clivent. Il tente de se poser à nouveau en réformateur, après un début de quinquennat marqué par la perte de la majorité absolue à l'Assemblée.

Le casseur de la fonction publique va s’attaquer aux retraites

Devant les journalistes de l'Association de la presse présidentielle lundi, le chef de l'État a assuré qu'il voulait agir dans un "esprit d'écoute" et de "compromis". Mais il a annoncé la couleur, il est prêt à l'épreuve de force si nécessaire. Et sur tous les sujets. Pour Marcon les choses sont simples," le pays n'a pas les moyens d'être bloqué" , les opposants sont des bloqueurs ou des gens qui "s'affranchissent du réel". Conséquence il n'écarte rien, pas même le recours à l'article 49-3 de la Constitution. 

Le rapport du COR, une aubaine

De son coté la ministre déléguée chargée des personnes handicapées, Geneviève Darrieussecq, n'exclut pas que la réforme des retraites soit votée rapidement via le Projet de loi de financement de la sécurité sociale, affirmant que "visiblement on est dans un mur budgétaire. (...) Donc je crois qu'un jour il faudra prendre des décisions qui soient des décisions courageuses et collectives (...) Il faudra certainement travailler plus longtemps, je crois que c'est du bon sens et que ça, tout le monde le comprend", a-t-elle ajouté.

La vieille arnaque du « Travailler plus »

Le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites (COR), dont l'AFP a obtenu une copie lundi, prévoit que le système, excédentaire cette année, verra son solde se dégrader "sensiblement" dès 2023, et restera dans le rouge au moins jusqu'au milieu des années 2030.

Une aubaine pour l'exécutif et son calendrier. "Le système de retraite français n'est pas équilibré financièrement. Il est même structurellement en déficit", affirme ainsi le ministre du Travail Olivier Dussopt dans un entretien au Point. Et d'en tirer cette conclusion: "Il faudra travailler plus longtemps à l'échelle d'une vie". "L'objectif est clair, les modalités devront être débattues", ajoute-t-il, laissant ouvertes "la question de l'âge ou de la durée de cotisation" et celle "du rythme de mise en oeuvre", avant "un échange avec les partenaires sociaux le 19 septembre" sur ce sujet explosif.

 


Retraites : vos questions, les réponses de la rédaction de l'Humanité

Qu'est-ce qui se cache derrière la stratégie gouvernementale ?

Faut-il reculer à 65 ans l’âge du départ à la retraite ?

Comment consolider le système des retraites ?

Peut-on abaisser à 60 ans l’âge de départ à la retraite ?

Quelle réforme progressiste faut-il engager ?


 

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Retraite à 60 ans : les financements à portée de main

23 Mai 2022, 11:32am

Publié par PCF Villepinte

Désirée par deux tiers des Français, la réforme progressiste inscrite dans le programme de la Nupes peut être financée en réaffirmant les principes fondateurs du régime général et en élargissant les sources de recettes aux revenus qui ne cotisent pas.

Stéphane Guérard L'Humanité

Publié leLundi 23 Mai 2022

Manifestation du 1er Mai, à Paris. © Edouard Monfrais/Hans Lucas/AFP

«Il n’y a pas d’alternative», aimait à affirmer Margaret Thatcher à chaque occasion d’imposer une mesure ultralibérale. Quarante ans après, Élisabeth Borne entonne à son tour la rengaine au moment d’établir ses grandes réformes à venir. À commencer par la mère de toutes: la retraite. «Annoncer aux Français quils vont travailler moins, brandir la retraite à 60 ans, cest leur mentir ! assène la première ministre dans le Journal du dimanche. (…)

Les promesses façon “demain, on rase gratis”, les Français n’y croient pas. Moi, je ne leur mentirai pas !» À lire la première ministre, la seule voie possible pour notre modèle social réside dans l’appauvrissement de ses garanties, avec le recul de l’âge légal de départ de 62 ans à 65 ans: «Si on veut préserver le système de retraite par répartition, auquel nos concitoyens sont attachés, il faudra progressivement travailler un peu plus longtemps.»

Fermez le ban? Pas tout à fait. Élisabeth Borne se trompe doublement. La candidate En marche a éprouvé rudement sa première erreur lors de sa visite, dimanche, dans la circonscription normande quelle convoite. Le retour à 60 ans, les Français y croient: 71 % d’entre eux le demandent (sondage Ifop pour le JDD en février). Excepté chez les déjà retraités, donc plus concernés, et ceux au-dessus de tout ça – les catégories aisées –, la réforme est plébiscitée. L’autre erreur de Borne est d’affirmer que rien d’autre que sa réforme régressive n’est possible. «La retraite à 60 ans est un choix politique; il suppose de sen donner les moyens financiers», résume le député PCF Pierre Dharréville.

La Nupes a pris à son compte les 60 ans en l’inscrivant dans son programme pour les législatives: «Restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous, après quarante annuités de cotisation, avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles.» L’alliance des gauches donne ses pistes de financement pour mettre en pratique ce choix de société. Avant elle, la CGT avait étayé les ressources à dégager pour que cette réforme à 80 milliards (Institut Montaigne) ou 100 milliards d’euros (soit + 4 % de PIB, selon le Conseil d’orientation des retraites, COR) voie le jour.

Retour à un système fondé sur la cotisation

Revenir aux fondamentaux du régime général des retraites, telle est la première mesure financièrement efficace. Historiquement, ce système est bâti sur un pacte intergénérationnel faisant bénéficier les aînés des richesses créées par le travail des actifs. À leur tour et le moment venu, ces derniers bénéficieront de cette solidarité. Les revenus tirés du travail sont donc la clé de voûte du dispositif.

Après avoir réaffirmé ce principe, Pierre-Yves Chanu, représentant CGT au COR, a fait ses comptes et les a présentés lors des dernières Rencontres d’Options (1) organisées par l’Ugict-CGT. «Le retour au plein-emploi (autour de 4,5 % de taux de chômage, objectif partagé par le gouvernement NDLR) dégagerait près de 10 milliards deuros. Une augmentation des salaires de 3,5 %, 6,5 milliards d’euros. L’augmentation d’un point d’indice de la fonction publique, 6 milliards. L’intégration des primes dans la fonction publique, 6 milliards. L’égalité salariale femmes-hommes, 5,5 milliards . (…) L’instauration d’un “malus” sur les emplois précaires pourrait rapporter 10 milliards.»

La Nupes, quant à elle, propose en plus une augmentation de 0,25 point par an du taux de cotisation vieillesse, ainsi qu’une surcotisation sur les hauts salaires. Toutes ces nouvelles ressources seraient facilitées «si la croissance augmente ou si la part des salaires dans la valeur ajoutée augmente. Mais si ce nest pas le cas et si le rapport de forces nest pas assez favorable, il se peut que ces ressources attendues soient moindres», prévient l’économiste Michaël Zemmour.

La fin du hold-up des exonérations

À l’image de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), qui vient de récupérer 136 milliards d’euros de dettes publiques contractées par l’État durant la crise du Covid (92 milliards de déficit anticipé à la suite du Covid, plus 13 milliards de reprise de dette des hôpitaux s’ajoutent aux 31 milliards de déficit cumulé à fin 2019), l’État a depuis trente ans pris l’habitude de faire porter la douloureuse de ses choix libéraux sur la protection sociale.

«Le déficit actuel est dû à un définancement», résume Michaël Zemmour, qui assure a contrario qu’une augmentation de 0,1 % par an des cotisations patronales et salariales suffirait à enrailler la diminution des pensions actuelle. Ainsi, 9 % des entreprises privées échappent à l’assiette de cotisations. Chaque prime créée par Macron et ses prédécesseurs alourdit la facture.

Toutes ces ristournes, les «baisses des charges» en langage patronal, engendrent 75 milliards deuros de pertes de recette (20 milliards par an rien que pour le CICE de Hollande, transformé en baisse des cotisations par Macron). Le fonds de solidarité financé par la CSG en compense 18 milliards; plus de 40 milliards pour une partie de la TVA, qui aurait pu être fléchée vers dautres besoins dans le budget de l’État.

Faire contribuer les revenus du capital

Reste à mettre à contribution les revenus participant peu ou pas à la solidarité. Dans son programme, la Nupes compte «maintenir l’équilibre des retraites en soumettant à cotisations patronales les dividendes, participations, épargne salariale, rachats dactions, heures supplémentaires, en augmentant de 0,25 point par an le taux de cotisation vieillesse et en créant une surcotisation sur les hauts salaires».

La CGT milite, elle, depuis longtemps pour une «contribution sociale sur les dividendes» comme un moyen de récupérer «une partie de la richesse produite par les salariés grâce à leur travail». Soit 20 milliards pour la protection sociale. À cela s’ajouterait, par exemple, un rapatriement de l’épargne salariale (9,2 milliards d’euros de cotisations individuelles et 5,5 milliards d’euros de cotisations collectives), dont le développement a été favorisé en parallèle des réformes affaiblissant le régime par répartition.

(1) Consultables sur journaloptions.fr

Agirc-arrco les retraites complémentaires peuvent suivre

Impossible d’imaginer une réforme de la retraite à 60 ans du régime général sans y inclure les retraites complémentaires. L’Agirc et l’Arrco représentent entre 45 et 56 % de la retraite des cadres et 26 % de celle des non-cadres. Et ces régimes au fonctionnement différent – paritarisme et système à points – ont servi dans le passé d’étapes tests, avant d’imposer des régressions au régime général. Dès lors, comment faire pour appliquer l’avancée d’âge? «On imagine mal les cinq organisations syndicales et les trois patronales aller contre un retour à 60 ans si la réforme est appliquée au régime général. Il y aura un rapport de forces à imposer», pose en préalable Sandrine Mourey, de la CGT. «Financièrement, il n’y a pas péril, avec 69 milliards d’euros de réserve et 2 milliards d’excédents (du fait de l’accord de juillet 2021, non signé par la CGT et FO, imposant une décote de 10 % pour ceux partant à 62 ans – NDLR). Enfin, des financements supplémentaires sont à trouver dans la fin des exonérations de cotisations, dans l’égalité salariale femmes-hommes et la taxation du capital…»

 

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UN JOUR AVEC Blanche, une retraitée qui travaille « comme une dingue »

10 Mai 2022, 07:32am

Publié par PCF Villepinte

À 76 ans, elle cumule emploi et retraite en faisant des ménages chez des particuliers. Comme près d’un demi-million de Français.

Clotilde Mathieu L'Humanité

Publié le Lundi 9 Mai 2022

Malgré son âge, Blanche est obligée de faire 12 heures de ménage par semaine pour garder une vie digne. © Laetitia Notarianni/Divergence

La clé dans la serrure. Un tour, puis deux. Il n’y a plus qu’à pousser la lourde porte de la bâtisse bourgeoise en pierre de taille. La déco est soignée. Les clients sont «friqués». Elle ne sattarde pas, file directement dans le placard de service. Les produits sont là, l’équipement aussi. Elle aime quand tout est à sa place. «Chiffonnette», de son surnom, nhésite pas à s’agenouiller pour chasser à coups de lime à ongles la poussière du coin des marches d’escalier.

Les 27 marches pour atteindre le premier étage, puis les 17 à franchir jusqu’au deuxième, l’angoissent déjà. L’aspirateur dans une main, la serpillière dans l’autre, elle crapahute. Blanche (1) a 76 ans. Les genoux qui craquent, la fatigue liée à sa tension, «les bobos» qu’elle a sur tout le corps… Les médecins alertent régulièrement en lui rappelant que son corps a «l’âge quil a». Une perspective qui l’a fait «machiner». Mais comment vivre avec les 690 euros de la caisse d’assurance retraite, auxquels s’ajoutent les 208 euros de sa complémentaire?

Une carrière hachée par la maternité

Alors Blanche pousse son corps à ses limites pour faire rentrer les sous. À 13 euros de l’heure, les lundis, mardis, jeudis et vendredis, elle brique pendant trois heures pour gagner chaque mois près de 700 euros. Elle loue la chambre laissée par sa fille pour ramener un peu d’argent, mais là encore, les draps à changer, la salle de bains à récurer, elle «en a marre» . Elle aimerait avoir plus de temps pour «marcher dans la nature». Loisir qu’elle affectionne particulièrement, pratiqué juste les mercredis et quelques week-ends par ci, par là. Elle aimerait aussi des vacances, profiter de ses enfants et petits-enfants. Du temps et de l’argent. Deux éléments qui manquent dans sa vie de retraitée.

Blanche fait partie de ces femmes à la carrière hachée, interrompue pour élever leurs enfants. Elle en a quatre. Le travail partiel a bien trop souvent rythmé sa carrière. Née en Vendée, avant-dernière d’une fratrie de dix, celle qui rêvait de devenir coiffeuse n’a pas pu faire d’études comme ses sœurs. Le budget familial avait déjà été épuisé. À 14 ans, ses parents l’envoient à l’école ménagère, le passage obligé de toutes les jeunes filles qui avaient quitté l’école. Deux ans d’apprentissage du ménage, de la couture, du repassage, de la cuisine.

L’école terminée, elle part vite loin de la ferme familiale et «des élevages de volailles qui puent» pour travailler dans un hôtel au bord de l’océan. Nourrie, logée, son premier salaire est de 37 francs par mois, rappelle-t-elle. Les mercredis chez le coiffeur, à fouiner dans les boutiques pour trouver la dernière fringue à la mode, payés avec ses pourboires, Blanche en garde un souvenir ému.

«Travailler comme une dingue ne suffit pas pour vivre»

S’ensuivent le mariage à 20 ans, la naissance de ses enfants, qui mettent son activité professionnelle en suspens. Elle continue de faire quelques ménages pour arrondir les fins de mois. Et divorce. Avec trois gamins, elle repasse à quatre heures du matin pour gagner de quoi vivre, avant de trouver un emploi à la cantine de la Poste. Un poste à plein temps qu’elle occupe durant vingt et un ans. À la naissance de sa petite dernière, elle reprend à mi-temps, avant d’être licenciée, en 2000, lorsque le service postal est privatisé. La cantinière reprend ses ménages à son compte. Petit à petit, elle étoffe sa clientèle. À 61 ans, forte de ses 169 trimestres, elle part en retraite, en 2007. Seulement voilà, «travailler comme une dingue ne suffit pas pour vivre».

La montée des prix fait «paniquer»

Ses sœurs et beaucoup d’autres lui conseillent de s’arrêter. «Facile à dire quand on a une retraite à 2000 euros par mois.» D’autant que la montée des prix du gaz la fait «paniquer». Elle sait bien que sans ces heures de labeur, les sorties cinéma, la semaine de vacances, les restaurants, l’enveloppe qu’elle a garnie pour chacun de ses huit petits-enfants, c’est fini. Tout comme les meubles et objets de décoration qui ornent son salon, offerts par ses clients en récompense de la qualité de son travail. Même si ses enfants ont une belle carrière, Blanche a sa fierté. Et ne compte pas sur eux. Dans l’idéal, elle aimerait même leur laisser un petit quelque chose, comme l’avait fait sa mère en son temps. Il y a bien quelques matins, raconte la retraitée, où, avant d’y retourner, elle se dit: «Fait chier.» Mais, pour cette hyperactive, s’arrêter signifie aussi «s’écrouler».

(1) Son prénom a été changé.

 

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RETRAITES

9 Avril 2022, 06:24am

Publié par PCF Villepinte

PUBLIÉ LE 7 AVR 2022

 

Le président sortant Emmanuel Macron a annoncé, s'il est réélu, vouloir porter l'âge de la retraite à 65 ans et supprimer les régimes spéciaux.

De nombreux salariés se sont mobilisés contre la réforme des retraites avec la CGT et d'autres organisations syndicales.

« Sans cela et la pandémie qui a suivi, cette réforme serait passée », commente Sandrine Mourey, responsable confédérale et membre du collectif confédéral retraites.

En réaction aux annonces du candidat Macron, elle dénonce un projet de réforme « purement dogmatique », qui ne tient pas compte des réalités sociales et économiques.

La volonté de reculer l'âge de départ en retraite ne peut pas se justifier par un manque d'argent.

Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) a expliqué récemment qu'il était tout à fait possible de financer les départs en retraite à 62 ans après 43 annuités, comme c'est la règle actuellement.

Cette réforme ne serait pas adaptée aux caractéristiques actuelles de l'emploi des seniors. Aujourd'hui, la moitié des salariés n'est plus dans l'emploi à 60 ans.

En d'autres termes, la moitié des actifs sont déjà sortis du circuit de l'emploi au moment où ils font valoir leurs droits à la retraite.

Toutes ces personnes encore en âge de travailler sont au chômage, en préretraite, en invalidité.

Certaines survivent grâce aux minima sociaux. « Beaucoup d'entreprises virent des salariés à partir de 50 ans, parce qu'ils sont cassés par le travail ou qu'on estime qu'ils ne sont plus assez productifs. Plutôt que de s'attaquer à ce problème, M. Macron veut faire travailler les gens plus longtemps. »

La France est l'un des pays de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) où le taux d'emploi des plus de 50 ans est le plus faible : il est de 31 % pour les 60-64 ans, contre 60 % pour la même tranche d'âge en Allemagne.

Un argument souvent mis en avant pour reculer l'âge de la retraite est l'allongement de l'espérance de vie. Mais « si on vit plus longtemps, c'est justement parce qu'il y a eu des avancées sociales, que l'on travaille moins longtemps, que le temps de travail a été réduit ! » argumente Sandrine Mourey.

L'espérance de vie sans incapacité est aujourd'hui de 63,4 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes. « Cotiser toute sa vie sans pouvoir profiter de sa retraite, c'est profondément injuste. » commente Sandrine Mourey.

La CGT défend un départ en retraite à 60 ans, avec un niveau de pension qui ne soit pas inférieur à 75 % du revenu.

Il devrait être à nouveau calculé sur les dix meilleures années de salaire. Depuis que ce ne sont plus les 10 meilleures années de salaire, mais les 25 meilleures qui sont prises en compte pour le calcul de la retraite, le montant des pensions a baissé pour les retraités qui ont eu des périodes de chômage, d'arrêt maladie, de congés maternité.

Pour la CGT, il faut arrêter les exonérations de cotisations et augmenter les salaires, notamment ceux des femmes, encore inférieurs à ceux des hommes pour des métiers qui demandent des compétences équivalentes.

Ce rattrapage sera source de nouvelles cotisations. Les régimes spéciaux, qui ont l'avantage de reconnaître la pénibilité du travail effectué, doivent être conservés.

 

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BILLET Culotté

28 Mars 2022, 08:10am

Publié par PCF Villepinte

 Maurice Ulrich   L'Humanité   

 Publié le Lundi 28 Mars 2022

Arnaud Robinet est le maire de Reims, membre du mouvement Horizons d’Édouard Philippe et porte-parole de la France audacieuse de Christian Estrosi. Pour lui ça coule de source, «la réforme des retraites annoncée par Emmanuel Macron est indispensable», écrit-il dans une tribune du Journal du dimanche en saluant un projet courageux et responsable dont l’enjeu est «la solidarité entre générations».

Suppression des régimes spéciaux, départ à 65 ans et «pourquoi ne pas évoquer un acte II de la capitalisation». Allez donc… De l’audace, toujours de l’audace vers un nouvel horizon des âges. «Ce débat nécessaire est une invitation urgente à repenser notre modèle de société et la place que nous souhaitons accorder à nos seniors daujourdhui et de demain» dans «un esprit de bienveillance».

Certes, mais sachant que, selon les chiffres officiels, un cadre partant à 65 ans aura dix-neuf ans à vivre contre douze pour un ouvrier, il y a seniors et seniors, et la bienveillance comme la solidarité entre générations relèvent d’un cynique culot.

 

 

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Retraites : Macron fait un retour d'âge

17 Mars 2022, 16:14pm

Publié par PCF Villepinte

15 mars 2022 | Mise à jour le 16 mars 2022

Par Frédéric Dayan | Rédacteur en chef NVO

Emmanuel Macron tient ses promesses… Du moins celle de faire revenir la réforme des retraites par la grande porte. Enfin plus tout à fait celle qui a été combattue lors de l’hiver 2019-2020. Exit en effet la réforme systémique, revoici le tripatouillage habituel des paramètres tel que l’âge de départ ou la durée de cotisation.

Les lieutenants du chef de guerre désormais candidat ont annoncé les priorités de cette réforme d'un second mandat. À commencer par le report de l'âge légal, étalé sur neuf années à raison de quatre mois par an, qui serait achevé pour la génération née en 1969. L’objectif est clairement annoncé de réduire les dépenses publiques et les déficits, mais aussi de financer  de « nouveaux progrès sociaux » dans d'autres secteurs, comme la dépendance, l'éducation, la santé, la formation ou le travail. Au passage l'État parachèverait l’étatisation de la protection sociale en faisant main basse sur  des cotisations retraite affectées à tout autre chose.

Emmanuel Macron fait un calcul sordide et dangereux en agitant ce chiffon rouge. Il veut à nouveau profiter du vote par défaut des Français qui le reconduiraient à l'Élysée pour échapper à Le Pen ou Zemmour afin de se présenter comme légitime à imposer un recul de l'âge de la retraite à 65 ans. Il se croit autorisé à « enjamber » cette élection pour imposer demain la poursuite de ses réformes néolibérales.

Ce faisant, il prend le risque d’une nouvelle confrontation sociale dont il ne peut mesurer la portée. Car les raisons de s'opposer à cette nouvelle mouture de contre-réforme des retraites n'ont finalement pas changé. Ce qui a évolué en revanche, c'est que le chef de l'État une fois reconduit risque d'avoir à affronter un front syndical plus large que lors de la mobilisation stoppée nette dans son élan par le premier confinement.

C'est que cette fois Laurent Berger pour la CFDT estime cette nouvelle mouture de la réforme «injuste» et   «brutale» et prévient qu'il la « combattra ». D'autant plus que « les retraites ne sont pas dans une situation financière difficile ».

Même son de cloche à la CGC dont le président, François Hommeril, estime également qu'« il n'y a pas de raison économique à faire une réforme des retraites ».

Quant à l'Unsa, elle fustige ce recul de l'âge de la retraite qui frappera plus durement « les plus précaires, c'est-à-dire les femmes, les carrières hachées, les temps partiels ».

Du côté de FO, on dénonce « une grande arnaque » et on assure que le syndicat sera « sur la route du gouvernement ».

Il est « nécessaire que tous les syndicats français agissent ensemble et affirment haut et fort qu'ils sont contre cette proposition », a estimé le secrétaire général de la CGT vendredi 11 mars promettant « une opposition ferme et résolue (…) encore plus qu'il y a deux ans ».

 

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Départ à 65 ans : Macron parti pour accélérer la casse sociale

12 Mars 2022, 08:02am

Publié par PCF Villepinte

La majorité a présenté, jeudi 10 mars, sa future réforme en cas de second mandat. Avec un report de l’âge légal de départ à la retraite – comme le proposent Valérie Pécresse et Éric Zemmour – affiché comme indispensable pour faire face à des «difficultés de financement» et à lallongement de lespérance de vie. Des arguments fallacieux.

LHumanité  Florent LE DU   Publié le Vendredi 11 Mars 2022

Thomas SAMSON / AFP

Cinq ans de plus pour finaliser la destruction de notre modèle social. Deux ans après avoir renoncé à sa réforme des ­retraites pour cause de crise sanitaire, le président-candidat promet aux travailleurs un scénario encore plus sombre en cas de second mandat: attendre 65 ans pour partir à la retraite à taux plein. Exit la proposition de fin 2019 dintroduire un «âge pivot» qui n’avait pas valeur de couperet à 64 ans, le chef de l’État veut bien repousser au-delà de 62 ans l’âge légal de départ, comme Valérie Pécresse (65 ans) et Éric Zemmour (64 ans).

«Cest une réforme de responsabilité et de justice», a osé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, jeudi. Les arguments fallacieux ne manqueront pas pour défendre cette «réforme prioritaire» qui doit se faire progressivement, jusqu’à 2032. Le 9 novembre, Emmanuel Macron avait ainsi prévenu qu’il faudrait «travailler plus» afin de «préserver les pensions de nos retraités». 

Comme ses concurrents de droite et d’extrême droite, la majorité présente le report de l’âge de départ comme le seul moyen «d’équilibrer lensemble du système», comme l’a soutenu Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale.

Mais réformer le financement des retraites est d’abord une question de choix politique. «Les difficultés dont parle la majorité sont dues aux critères capitalistes qui dictent notre gestion de l’économie en voulant toujours faire baisser le coût du travail et des cotisations pour laisser plus de place aux profits», explique l’économiste communiste Denis Durand.

Pour Jean-Marie Harribey, ancien coprésident d’Attac, «la droite veut faire oublier que dautres solutions existent, comme augmenter les volumes des cotisations en augmentant leur part dans le salaire brut, en embauchant davantage, en augmentant les salaires, en stoppant les exonérations accordées aux plus riches .»

Le chef de l’État entend toujours supprimer les régimes spéciaux

Selon la majorité, ce «sauvetage» du système des retraites permettrait à terme 14 milliards d’euros d’économies annuels. Mais d’après l’économiste François Ecalle, pourtant favorable au recul de l’âge de départ, la réforme ne rapporterait que 3,75 milliards d’euros par an en 2032, en prenant en compte les prestations sociales qu’induit le report (chômage, invalidité, RSA).

Des économies qui ne pourraient suffire qu’à financer la hausse des montants minimaux des pensions à taux plein: 1100 euros pour Emmanuel Macron et Éric Zemmour, 1230 euros pour Valérie Pécresse. Et donc ne pas résoudre les fameuses difficultés de financement du système. De quoi justifier d’ici là une accélération de la mesure ou un nouveau report de l’âge?

D’autres différences existent entre la réforme avortée en 2020 et le projet présenté par les soutiens d’Emmanuel Macron. Fini la retraite par points, système plébiscité par Valérie Pécresse pendant la primaire LR. Tandis que, si le chef de l’État veut toujours supprimer les régimes spéciaux, il prévoirait désormais «trois grands régimes» pour les fonctionnaires, les salariés du privé et pour les indépendants.

Reste une conséquence pouvant bouleverser durablement notre modèle social: faciliter la retraite par capitalisation. La majorité prévoit quau-delà de 120000 euros de revenus bruts par an, les plus riches ne cotiseraient qu’à hauteur de 2,81 % (au lieu de 6,90 %), sans ouvrir de droits à la retraite. «Un manque à gagner qui en plus ouvre un boulevard aux fonds de pension privés pour récupérer leurs cotisations», anticipe Jean-Marie Harribey.

Un quart des travailleurs les plus pauvres meurent avant 62 ans

Quant à l’âge légal, la Macronie adopte désormais le même argument que «Les Républicains », qui réclamaient déjà son report en 2019: «Parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra partir à la retraite plus tard», déclarait Emmanuel Macron en juillet 2021. Une drôle de vision du progrès social.

 «Pourquoi est-ce quon vit plus longtemps? Aussi parce quon a baissé l’âge de départ à la retraite, commente Ian Brossat, directeur de campagne de Fabien Roussel (PCF). Dans le même temps, les richesses produites ont augmenté de manière considérable. Est-ce que ces gains de productivité ne doivent pas aussi profiter au monde du travail?» L’argument selon lequel «nous vivons plus longtemps» est factuellement discutable: selon lInsee, depuis 2016, lespérance de vie en France stagne, tandis que lespérance de vie en bonne santé commence à baisser. Elle se situait en 2020 à 63,7 ans mais fluctue en fonction des catégories sociales: pour les ouvriers, elle se situe entre 55 et 59 ans.

Repousser l’âge de départ à la retraite ­continuerait d’accroître ces inégalités sociales. Économiquement, avec des difficultés d’embauche des plus de 60 ans et la tentation de prendre une ­retraite anticipée avec une pension revue à la baisse. Du point de vue de la santé également alors que, toujours selon l’Insee, 25 % des travailleurs les plus pauvres meurent avant 62 ans, contre 5 % des plus riches.

Mais la majorité sortante a tout prévu. Selon Richard Ferrand, la ­réforme «doit permettre, dès l’âge de 40 ans, dinvestir dans les formations et de faire en sorte quon soit en capacité physique, intellectuelle de se réorienter et dembrasser dautres tâches dans sa deuxième partie de carrière». Plutôt que de prendre en compte la pénibilité de certains métiers et des carrières, la Macronie exhorte les Français à s’adapter, anticiper. Défense de vous plaindre si à 60 ans le travail ronge votre santé: vous naviez qu’à y penser avant.

 

 

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Exclusif : les cadres plébiscitent la retraite à 60 ans

23 Novembre 2021, 08:26am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Mardi 23 Novembre 2021

Stéphane Guérard

Le retour à 60 ans et la revalorisation des pensions font désormais partie des aspirations des personnels encadrants, selon l’étude que commente pour nous Sophie Binet, cosecrétaire générale de l'Ugict-CGT.

La retraite à 60 ans chevillée au cœur des cadres. L’affirmation n’allait pas de soi, ces dernières années. C’est pourtant ce que révèle l’étude annuelle sur leurs opinions et attentes, menée par l’Ugict-CGT. 

Comment expliquez-vous que 50 % des personnels encadrants interrogés se rallient à la revendication d’un départ à 60 ans, contre 36 % de contre et 14 % qui ne se prononcent pas?

SOPHIE BINET C’est la première fois que cette demande est majoritaire. Il s’agit d’une rupture dictée par la réalité. Au fur et à mesure des réformes successives, l’horizon des 60 ans s’est éloigné pour les cadres, qui partent en moyenne vers 64 ans. La majorité d’entre eux affirment désormais que ce n’est plus une fatalité, ­notamment les 50-60 ans qui savent qu’ils retrouveront difficilement du travail s’ils perdent le leur. Près de la moitié d’entre eux ne sont d’ailleurs plus en emploi lorsqu’ils font valoir leurs droits.

79 % des cadres demandent une pension au moins égale à 75 % de leur dernier salaire. D’où vient pareil consensus?

SOPHIE BINET Cette appréciation est ultramajoritaire car le montant moyen de la retraite complémentaire des cadres (Agirc) a diminué de 18 % en dix ans. Le dernier accord Agirc-Arrco signé par la CFDT et la CFTC est d’ailleurs en contradiction avec cette demande. Cet accord est scandaleux car il déconnecte la revalorisation des pensions de l’inflation. Et, comme une double peine, il revient sur les règles d’achat de points retraite, dont le montant aurait dû baisser, ce que n’a pas voulu le patronat. Nous allons déposer des recours en justice contre cet accord.

Seuls 48 % des sondés sont d’accord pour faire financer en partie ce retour aux 60 ans par une augmentation des cotisations patronales. Est-ce une déception?

SOPHIE BINET Ce chiffre est moins net car les personnes ne se prononçant pas sur le sujet sont nombreuses (24 %). C’est logique car les mécanismes de financement sont moins connus des plus jeunes. Mais les contre ne sont que 28 %. Cela dénote une lucidité des cadres sur les marges de manœuvre: jusqu’à présent, ce levier n’était pas jugé crédible. Il le devient. Cest un des bougés liés à la crise sanitaire. Les cadres ont constaté le retour des super-profits, des distributions de dividendes et des augmentations de salaires des grands patrons. Et les aspirations changent, ­notamment chez les jeunes qui n’entendent plus travailler jusqu’à un âge avancé.

À quoi va servir ce sondage?

SOPHIE BINET C’est un vrai point d’appui pour les mobilisations à venir. Les cadres sont au cœur de la réforme des retraites voulue par le patronat ou Emmanuel Macron. Aucun d’entre eux ne dira qu’il est contre l’actuel système par répartition. Mais leur objectif est de diminuer le montant des pensions en obligeant les gens à partir plus tard, tout en poussant les cadres à épargner de leur côté afin de créer un marché de la retraite par capitalisation au profit des fonds de pension et assureurs. Les cadres ne sont pas dupes. Voilà pourquoi nous allons lancer une grande campagne sur nos alternatives. Il faut faire évoluer le système actuel pour mettre notamment fin aux inégalités de niveau de pension entre femmes et hommes, et revenir sur les réformes successives qui ont porté un sévère coup aux jeunes en augmentant leur durée de cotisation. Il faut prendre en compte leurs années d’études. 

 

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