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retraites

Retraite à 60 ans : les financements à portée de main

23 Mai 2022, 11:32am

Publié par PCF Villepinte

Désirée par deux tiers des Français, la réforme progressiste inscrite dans le programme de la Nupes peut être financée en réaffirmant les principes fondateurs du régime général et en élargissant les sources de recettes aux revenus qui ne cotisent pas.

Stéphane Guérard L'Humanité

Publié leLundi 23 Mai 2022

Manifestation du 1er Mai, à Paris. © Edouard Monfrais/Hans Lucas/AFP

«Il n’y a pas d’alternative», aimait à affirmer Margaret Thatcher à chaque occasion d’imposer une mesure ultralibérale. Quarante ans après, Élisabeth Borne entonne à son tour la rengaine au moment d’établir ses grandes réformes à venir. À commencer par la mère de toutes: la retraite. «Annoncer aux Français quils vont travailler moins, brandir la retraite à 60 ans, cest leur mentir ! assène la première ministre dans le Journal du dimanche. (…)

Les promesses façon “demain, on rase gratis”, les Français n’y croient pas. Moi, je ne leur mentirai pas !» À lire la première ministre, la seule voie possible pour notre modèle social réside dans l’appauvrissement de ses garanties, avec le recul de l’âge légal de départ de 62 ans à 65 ans: «Si on veut préserver le système de retraite par répartition, auquel nos concitoyens sont attachés, il faudra progressivement travailler un peu plus longtemps.»

Fermez le ban? Pas tout à fait. Élisabeth Borne se trompe doublement. La candidate En marche a éprouvé rudement sa première erreur lors de sa visite, dimanche, dans la circonscription normande quelle convoite. Le retour à 60 ans, les Français y croient: 71 % d’entre eux le demandent (sondage Ifop pour le JDD en février). Excepté chez les déjà retraités, donc plus concernés, et ceux au-dessus de tout ça – les catégories aisées –, la réforme est plébiscitée. L’autre erreur de Borne est d’affirmer que rien d’autre que sa réforme régressive n’est possible. «La retraite à 60 ans est un choix politique; il suppose de sen donner les moyens financiers», résume le député PCF Pierre Dharréville.

La Nupes a pris à son compte les 60 ans en l’inscrivant dans son programme pour les législatives: «Restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous, après quarante annuités de cotisation, avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles.» L’alliance des gauches donne ses pistes de financement pour mettre en pratique ce choix de société. Avant elle, la CGT avait étayé les ressources à dégager pour que cette réforme à 80 milliards (Institut Montaigne) ou 100 milliards d’euros (soit + 4 % de PIB, selon le Conseil d’orientation des retraites, COR) voie le jour.

Retour à un système fondé sur la cotisation

Revenir aux fondamentaux du régime général des retraites, telle est la première mesure financièrement efficace. Historiquement, ce système est bâti sur un pacte intergénérationnel faisant bénéficier les aînés des richesses créées par le travail des actifs. À leur tour et le moment venu, ces derniers bénéficieront de cette solidarité. Les revenus tirés du travail sont donc la clé de voûte du dispositif.

Après avoir réaffirmé ce principe, Pierre-Yves Chanu, représentant CGT au COR, a fait ses comptes et les a présentés lors des dernières Rencontres d’Options (1) organisées par l’Ugict-CGT. «Le retour au plein-emploi (autour de 4,5 % de taux de chômage, objectif partagé par le gouvernement NDLR) dégagerait près de 10 milliards deuros. Une augmentation des salaires de 3,5 %, 6,5 milliards d’euros. L’augmentation d’un point d’indice de la fonction publique, 6 milliards. L’intégration des primes dans la fonction publique, 6 milliards. L’égalité salariale femmes-hommes, 5,5 milliards . (…) L’instauration d’un “malus” sur les emplois précaires pourrait rapporter 10 milliards.»

La Nupes, quant à elle, propose en plus une augmentation de 0,25 point par an du taux de cotisation vieillesse, ainsi qu’une surcotisation sur les hauts salaires. Toutes ces nouvelles ressources seraient facilitées «si la croissance augmente ou si la part des salaires dans la valeur ajoutée augmente. Mais si ce nest pas le cas et si le rapport de forces nest pas assez favorable, il se peut que ces ressources attendues soient moindres», prévient l’économiste Michaël Zemmour.

La fin du hold-up des exonérations

À l’image de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), qui vient de récupérer 136 milliards d’euros de dettes publiques contractées par l’État durant la crise du Covid (92 milliards de déficit anticipé à la suite du Covid, plus 13 milliards de reprise de dette des hôpitaux s’ajoutent aux 31 milliards de déficit cumulé à fin 2019), l’État a depuis trente ans pris l’habitude de faire porter la douloureuse de ses choix libéraux sur la protection sociale.

«Le déficit actuel est dû à un définancement», résume Michaël Zemmour, qui assure a contrario qu’une augmentation de 0,1 % par an des cotisations patronales et salariales suffirait à enrailler la diminution des pensions actuelle. Ainsi, 9 % des entreprises privées échappent à l’assiette de cotisations. Chaque prime créée par Macron et ses prédécesseurs alourdit la facture.

Toutes ces ristournes, les «baisses des charges» en langage patronal, engendrent 75 milliards deuros de pertes de recette (20 milliards par an rien que pour le CICE de Hollande, transformé en baisse des cotisations par Macron). Le fonds de solidarité financé par la CSG en compense 18 milliards; plus de 40 milliards pour une partie de la TVA, qui aurait pu être fléchée vers dautres besoins dans le budget de l’État.

Faire contribuer les revenus du capital

Reste à mettre à contribution les revenus participant peu ou pas à la solidarité. Dans son programme, la Nupes compte «maintenir l’équilibre des retraites en soumettant à cotisations patronales les dividendes, participations, épargne salariale, rachats dactions, heures supplémentaires, en augmentant de 0,25 point par an le taux de cotisation vieillesse et en créant une surcotisation sur les hauts salaires».

La CGT milite, elle, depuis longtemps pour une «contribution sociale sur les dividendes» comme un moyen de récupérer «une partie de la richesse produite par les salariés grâce à leur travail». Soit 20 milliards pour la protection sociale. À cela s’ajouterait, par exemple, un rapatriement de l’épargne salariale (9,2 milliards d’euros de cotisations individuelles et 5,5 milliards d’euros de cotisations collectives), dont le développement a été favorisé en parallèle des réformes affaiblissant le régime par répartition.

(1) Consultables sur journaloptions.fr

Agirc-arrco les retraites complémentaires peuvent suivre

Impossible d’imaginer une réforme de la retraite à 60 ans du régime général sans y inclure les retraites complémentaires. L’Agirc et l’Arrco représentent entre 45 et 56 % de la retraite des cadres et 26 % de celle des non-cadres. Et ces régimes au fonctionnement différent – paritarisme et système à points – ont servi dans le passé d’étapes tests, avant d’imposer des régressions au régime général. Dès lors, comment faire pour appliquer l’avancée d’âge? «On imagine mal les cinq organisations syndicales et les trois patronales aller contre un retour à 60 ans si la réforme est appliquée au régime général. Il y aura un rapport de forces à imposer», pose en préalable Sandrine Mourey, de la CGT. «Financièrement, il n’y a pas péril, avec 69 milliards d’euros de réserve et 2 milliards d’excédents (du fait de l’accord de juillet 2021, non signé par la CGT et FO, imposant une décote de 10 % pour ceux partant à 62 ans – NDLR). Enfin, des financements supplémentaires sont à trouver dans la fin des exonérations de cotisations, dans l’égalité salariale femmes-hommes et la taxation du capital…»

 

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UN JOUR AVEC Blanche, une retraitée qui travaille « comme une dingue »

10 Mai 2022, 07:32am

Publié par PCF Villepinte

À 76 ans, elle cumule emploi et retraite en faisant des ménages chez des particuliers. Comme près d’un demi-million de Français.

Clotilde Mathieu L'Humanité

Publié le Lundi 9 Mai 2022

Malgré son âge, Blanche est obligée de faire 12 heures de ménage par semaine pour garder une vie digne. © Laetitia Notarianni/Divergence

La clé dans la serrure. Un tour, puis deux. Il n’y a plus qu’à pousser la lourde porte de la bâtisse bourgeoise en pierre de taille. La déco est soignée. Les clients sont «friqués». Elle ne sattarde pas, file directement dans le placard de service. Les produits sont là, l’équipement aussi. Elle aime quand tout est à sa place. «Chiffonnette», de son surnom, nhésite pas à s’agenouiller pour chasser à coups de lime à ongles la poussière du coin des marches d’escalier.

Les 27 marches pour atteindre le premier étage, puis les 17 à franchir jusqu’au deuxième, l’angoissent déjà. L’aspirateur dans une main, la serpillière dans l’autre, elle crapahute. Blanche (1) a 76 ans. Les genoux qui craquent, la fatigue liée à sa tension, «les bobos» qu’elle a sur tout le corps… Les médecins alertent régulièrement en lui rappelant que son corps a «l’âge quil a». Une perspective qui l’a fait «machiner». Mais comment vivre avec les 690 euros de la caisse d’assurance retraite, auxquels s’ajoutent les 208 euros de sa complémentaire?

Une carrière hachée par la maternité

Alors Blanche pousse son corps à ses limites pour faire rentrer les sous. À 13 euros de l’heure, les lundis, mardis, jeudis et vendredis, elle brique pendant trois heures pour gagner chaque mois près de 700 euros. Elle loue la chambre laissée par sa fille pour ramener un peu d’argent, mais là encore, les draps à changer, la salle de bains à récurer, elle «en a marre» . Elle aimerait avoir plus de temps pour «marcher dans la nature». Loisir qu’elle affectionne particulièrement, pratiqué juste les mercredis et quelques week-ends par ci, par là. Elle aimerait aussi des vacances, profiter de ses enfants et petits-enfants. Du temps et de l’argent. Deux éléments qui manquent dans sa vie de retraitée.

Blanche fait partie de ces femmes à la carrière hachée, interrompue pour élever leurs enfants. Elle en a quatre. Le travail partiel a bien trop souvent rythmé sa carrière. Née en Vendée, avant-dernière d’une fratrie de dix, celle qui rêvait de devenir coiffeuse n’a pas pu faire d’études comme ses sœurs. Le budget familial avait déjà été épuisé. À 14 ans, ses parents l’envoient à l’école ménagère, le passage obligé de toutes les jeunes filles qui avaient quitté l’école. Deux ans d’apprentissage du ménage, de la couture, du repassage, de la cuisine.

L’école terminée, elle part vite loin de la ferme familiale et «des élevages de volailles qui puent» pour travailler dans un hôtel au bord de l’océan. Nourrie, logée, son premier salaire est de 37 francs par mois, rappelle-t-elle. Les mercredis chez le coiffeur, à fouiner dans les boutiques pour trouver la dernière fringue à la mode, payés avec ses pourboires, Blanche en garde un souvenir ému.

«Travailler comme une dingue ne suffit pas pour vivre»

S’ensuivent le mariage à 20 ans, la naissance de ses enfants, qui mettent son activité professionnelle en suspens. Elle continue de faire quelques ménages pour arrondir les fins de mois. Et divorce. Avec trois gamins, elle repasse à quatre heures du matin pour gagner de quoi vivre, avant de trouver un emploi à la cantine de la Poste. Un poste à plein temps qu’elle occupe durant vingt et un ans. À la naissance de sa petite dernière, elle reprend à mi-temps, avant d’être licenciée, en 2000, lorsque le service postal est privatisé. La cantinière reprend ses ménages à son compte. Petit à petit, elle étoffe sa clientèle. À 61 ans, forte de ses 169 trimestres, elle part en retraite, en 2007. Seulement voilà, «travailler comme une dingue ne suffit pas pour vivre».

La montée des prix fait «paniquer»

Ses sœurs et beaucoup d’autres lui conseillent de s’arrêter. «Facile à dire quand on a une retraite à 2000 euros par mois.» D’autant que la montée des prix du gaz la fait «paniquer». Elle sait bien que sans ces heures de labeur, les sorties cinéma, la semaine de vacances, les restaurants, l’enveloppe qu’elle a garnie pour chacun de ses huit petits-enfants, c’est fini. Tout comme les meubles et objets de décoration qui ornent son salon, offerts par ses clients en récompense de la qualité de son travail. Même si ses enfants ont une belle carrière, Blanche a sa fierté. Et ne compte pas sur eux. Dans l’idéal, elle aimerait même leur laisser un petit quelque chose, comme l’avait fait sa mère en son temps. Il y a bien quelques matins, raconte la retraitée, où, avant d’y retourner, elle se dit: «Fait chier.» Mais, pour cette hyperactive, s’arrêter signifie aussi «s’écrouler».

(1) Son prénom a été changé.

 

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RETRAITES

9 Avril 2022, 06:24am

Publié par PCF Villepinte

PUBLIÉ LE 7 AVR 2022

 

Le président sortant Emmanuel Macron a annoncé, s'il est réélu, vouloir porter l'âge de la retraite à 65 ans et supprimer les régimes spéciaux.

De nombreux salariés se sont mobilisés contre la réforme des retraites avec la CGT et d'autres organisations syndicales.

« Sans cela et la pandémie qui a suivi, cette réforme serait passée », commente Sandrine Mourey, responsable confédérale et membre du collectif confédéral retraites.

En réaction aux annonces du candidat Macron, elle dénonce un projet de réforme « purement dogmatique », qui ne tient pas compte des réalités sociales et économiques.

La volonté de reculer l'âge de départ en retraite ne peut pas se justifier par un manque d'argent.

Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) a expliqué récemment qu'il était tout à fait possible de financer les départs en retraite à 62 ans après 43 annuités, comme c'est la règle actuellement.

Cette réforme ne serait pas adaptée aux caractéristiques actuelles de l'emploi des seniors. Aujourd'hui, la moitié des salariés n'est plus dans l'emploi à 60 ans.

En d'autres termes, la moitié des actifs sont déjà sortis du circuit de l'emploi au moment où ils font valoir leurs droits à la retraite.

Toutes ces personnes encore en âge de travailler sont au chômage, en préretraite, en invalidité.

Certaines survivent grâce aux minima sociaux. « Beaucoup d'entreprises virent des salariés à partir de 50 ans, parce qu'ils sont cassés par le travail ou qu'on estime qu'ils ne sont plus assez productifs. Plutôt que de s'attaquer à ce problème, M. Macron veut faire travailler les gens plus longtemps. »

La France est l'un des pays de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) où le taux d'emploi des plus de 50 ans est le plus faible : il est de 31 % pour les 60-64 ans, contre 60 % pour la même tranche d'âge en Allemagne.

Un argument souvent mis en avant pour reculer l'âge de la retraite est l'allongement de l'espérance de vie. Mais « si on vit plus longtemps, c'est justement parce qu'il y a eu des avancées sociales, que l'on travaille moins longtemps, que le temps de travail a été réduit ! » argumente Sandrine Mourey.

L'espérance de vie sans incapacité est aujourd'hui de 63,4 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes. « Cotiser toute sa vie sans pouvoir profiter de sa retraite, c'est profondément injuste. » commente Sandrine Mourey.

La CGT défend un départ en retraite à 60 ans, avec un niveau de pension qui ne soit pas inférieur à 75 % du revenu.

Il devrait être à nouveau calculé sur les dix meilleures années de salaire. Depuis que ce ne sont plus les 10 meilleures années de salaire, mais les 25 meilleures qui sont prises en compte pour le calcul de la retraite, le montant des pensions a baissé pour les retraités qui ont eu des périodes de chômage, d'arrêt maladie, de congés maternité.

Pour la CGT, il faut arrêter les exonérations de cotisations et augmenter les salaires, notamment ceux des femmes, encore inférieurs à ceux des hommes pour des métiers qui demandent des compétences équivalentes.

Ce rattrapage sera source de nouvelles cotisations. Les régimes spéciaux, qui ont l'avantage de reconnaître la pénibilité du travail effectué, doivent être conservés.

 

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BILLET Culotté

28 Mars 2022, 08:10am

Publié par PCF Villepinte

 Maurice Ulrich   L'Humanité   

 Publié le Lundi 28 Mars 2022

Arnaud Robinet est le maire de Reims, membre du mouvement Horizons d’Édouard Philippe et porte-parole de la France audacieuse de Christian Estrosi. Pour lui ça coule de source, «la réforme des retraites annoncée par Emmanuel Macron est indispensable», écrit-il dans une tribune du Journal du dimanche en saluant un projet courageux et responsable dont l’enjeu est «la solidarité entre générations».

Suppression des régimes spéciaux, départ à 65 ans et «pourquoi ne pas évoquer un acte II de la capitalisation». Allez donc… De l’audace, toujours de l’audace vers un nouvel horizon des âges. «Ce débat nécessaire est une invitation urgente à repenser notre modèle de société et la place que nous souhaitons accorder à nos seniors daujourdhui et de demain» dans «un esprit de bienveillance».

Certes, mais sachant que, selon les chiffres officiels, un cadre partant à 65 ans aura dix-neuf ans à vivre contre douze pour un ouvrier, il y a seniors et seniors, et la bienveillance comme la solidarité entre générations relèvent d’un cynique culot.

 

 

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Retraites : Macron fait un retour d'âge

17 Mars 2022, 16:14pm

Publié par PCF Villepinte

15 mars 2022 | Mise à jour le 16 mars 2022

Par Frédéric Dayan | Rédacteur en chef NVO

Emmanuel Macron tient ses promesses… Du moins celle de faire revenir la réforme des retraites par la grande porte. Enfin plus tout à fait celle qui a été combattue lors de l’hiver 2019-2020. Exit en effet la réforme systémique, revoici le tripatouillage habituel des paramètres tel que l’âge de départ ou la durée de cotisation.

Les lieutenants du chef de guerre désormais candidat ont annoncé les priorités de cette réforme d'un second mandat. À commencer par le report de l'âge légal, étalé sur neuf années à raison de quatre mois par an, qui serait achevé pour la génération née en 1969. L’objectif est clairement annoncé de réduire les dépenses publiques et les déficits, mais aussi de financer  de « nouveaux progrès sociaux » dans d'autres secteurs, comme la dépendance, l'éducation, la santé, la formation ou le travail. Au passage l'État parachèverait l’étatisation de la protection sociale en faisant main basse sur  des cotisations retraite affectées à tout autre chose.

Emmanuel Macron fait un calcul sordide et dangereux en agitant ce chiffon rouge. Il veut à nouveau profiter du vote par défaut des Français qui le reconduiraient à l'Élysée pour échapper à Le Pen ou Zemmour afin de se présenter comme légitime à imposer un recul de l'âge de la retraite à 65 ans. Il se croit autorisé à « enjamber » cette élection pour imposer demain la poursuite de ses réformes néolibérales.

Ce faisant, il prend le risque d’une nouvelle confrontation sociale dont il ne peut mesurer la portée. Car les raisons de s'opposer à cette nouvelle mouture de contre-réforme des retraites n'ont finalement pas changé. Ce qui a évolué en revanche, c'est que le chef de l'État une fois reconduit risque d'avoir à affronter un front syndical plus large que lors de la mobilisation stoppée nette dans son élan par le premier confinement.

C'est que cette fois Laurent Berger pour la CFDT estime cette nouvelle mouture de la réforme «injuste» et   «brutale» et prévient qu'il la « combattra ». D'autant plus que « les retraites ne sont pas dans une situation financière difficile ».

Même son de cloche à la CGC dont le président, François Hommeril, estime également qu'« il n'y a pas de raison économique à faire une réforme des retraites ».

Quant à l'Unsa, elle fustige ce recul de l'âge de la retraite qui frappera plus durement « les plus précaires, c'est-à-dire les femmes, les carrières hachées, les temps partiels ».

Du côté de FO, on dénonce « une grande arnaque » et on assure que le syndicat sera « sur la route du gouvernement ».

Il est « nécessaire que tous les syndicats français agissent ensemble et affirment haut et fort qu'ils sont contre cette proposition », a estimé le secrétaire général de la CGT vendredi 11 mars promettant « une opposition ferme et résolue (…) encore plus qu'il y a deux ans ».

 

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Départ à 65 ans : Macron parti pour accélérer la casse sociale

12 Mars 2022, 08:02am

Publié par PCF Villepinte

La majorité a présenté, jeudi 10 mars, sa future réforme en cas de second mandat. Avec un report de l’âge légal de départ à la retraite – comme le proposent Valérie Pécresse et Éric Zemmour – affiché comme indispensable pour faire face à des «difficultés de financement» et à lallongement de lespérance de vie. Des arguments fallacieux.

LHumanité  Florent LE DU   Publié le Vendredi 11 Mars 2022

Thomas SAMSON / AFP

Cinq ans de plus pour finaliser la destruction de notre modèle social. Deux ans après avoir renoncé à sa réforme des ­retraites pour cause de crise sanitaire, le président-candidat promet aux travailleurs un scénario encore plus sombre en cas de second mandat: attendre 65 ans pour partir à la retraite à taux plein. Exit la proposition de fin 2019 dintroduire un «âge pivot» qui n’avait pas valeur de couperet à 64 ans, le chef de l’État veut bien repousser au-delà de 62 ans l’âge légal de départ, comme Valérie Pécresse (65 ans) et Éric Zemmour (64 ans).

«Cest une réforme de responsabilité et de justice», a osé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, jeudi. Les arguments fallacieux ne manqueront pas pour défendre cette «réforme prioritaire» qui doit se faire progressivement, jusqu’à 2032. Le 9 novembre, Emmanuel Macron avait ainsi prévenu qu’il faudrait «travailler plus» afin de «préserver les pensions de nos retraités». 

Comme ses concurrents de droite et d’extrême droite, la majorité présente le report de l’âge de départ comme le seul moyen «d’équilibrer lensemble du système», comme l’a soutenu Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale.

Mais réformer le financement des retraites est d’abord une question de choix politique. «Les difficultés dont parle la majorité sont dues aux critères capitalistes qui dictent notre gestion de l’économie en voulant toujours faire baisser le coût du travail et des cotisations pour laisser plus de place aux profits», explique l’économiste communiste Denis Durand.

Pour Jean-Marie Harribey, ancien coprésident d’Attac, «la droite veut faire oublier que dautres solutions existent, comme augmenter les volumes des cotisations en augmentant leur part dans le salaire brut, en embauchant davantage, en augmentant les salaires, en stoppant les exonérations accordées aux plus riches .»

Le chef de l’État entend toujours supprimer les régimes spéciaux

Selon la majorité, ce «sauvetage» du système des retraites permettrait à terme 14 milliards d’euros d’économies annuels. Mais d’après l’économiste François Ecalle, pourtant favorable au recul de l’âge de départ, la réforme ne rapporterait que 3,75 milliards d’euros par an en 2032, en prenant en compte les prestations sociales qu’induit le report (chômage, invalidité, RSA).

Des économies qui ne pourraient suffire qu’à financer la hausse des montants minimaux des pensions à taux plein: 1100 euros pour Emmanuel Macron et Éric Zemmour, 1230 euros pour Valérie Pécresse. Et donc ne pas résoudre les fameuses difficultés de financement du système. De quoi justifier d’ici là une accélération de la mesure ou un nouveau report de l’âge?

D’autres différences existent entre la réforme avortée en 2020 et le projet présenté par les soutiens d’Emmanuel Macron. Fini la retraite par points, système plébiscité par Valérie Pécresse pendant la primaire LR. Tandis que, si le chef de l’État veut toujours supprimer les régimes spéciaux, il prévoirait désormais «trois grands régimes» pour les fonctionnaires, les salariés du privé et pour les indépendants.

Reste une conséquence pouvant bouleverser durablement notre modèle social: faciliter la retraite par capitalisation. La majorité prévoit quau-delà de 120000 euros de revenus bruts par an, les plus riches ne cotiseraient qu’à hauteur de 2,81 % (au lieu de 6,90 %), sans ouvrir de droits à la retraite. «Un manque à gagner qui en plus ouvre un boulevard aux fonds de pension privés pour récupérer leurs cotisations», anticipe Jean-Marie Harribey.

Un quart des travailleurs les plus pauvres meurent avant 62 ans

Quant à l’âge légal, la Macronie adopte désormais le même argument que «Les Républicains », qui réclamaient déjà son report en 2019: «Parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra partir à la retraite plus tard», déclarait Emmanuel Macron en juillet 2021. Une drôle de vision du progrès social.

 «Pourquoi est-ce quon vit plus longtemps? Aussi parce quon a baissé l’âge de départ à la retraite, commente Ian Brossat, directeur de campagne de Fabien Roussel (PCF). Dans le même temps, les richesses produites ont augmenté de manière considérable. Est-ce que ces gains de productivité ne doivent pas aussi profiter au monde du travail?» L’argument selon lequel «nous vivons plus longtemps» est factuellement discutable: selon lInsee, depuis 2016, lespérance de vie en France stagne, tandis que lespérance de vie en bonne santé commence à baisser. Elle se situait en 2020 à 63,7 ans mais fluctue en fonction des catégories sociales: pour les ouvriers, elle se situe entre 55 et 59 ans.

Repousser l’âge de départ à la retraite ­continuerait d’accroître ces inégalités sociales. Économiquement, avec des difficultés d’embauche des plus de 60 ans et la tentation de prendre une ­retraite anticipée avec une pension revue à la baisse. Du point de vue de la santé également alors que, toujours selon l’Insee, 25 % des travailleurs les plus pauvres meurent avant 62 ans, contre 5 % des plus riches.

Mais la majorité sortante a tout prévu. Selon Richard Ferrand, la ­réforme «doit permettre, dès l’âge de 40 ans, dinvestir dans les formations et de faire en sorte quon soit en capacité physique, intellectuelle de se réorienter et dembrasser dautres tâches dans sa deuxième partie de carrière». Plutôt que de prendre en compte la pénibilité de certains métiers et des carrières, la Macronie exhorte les Français à s’adapter, anticiper. Défense de vous plaindre si à 60 ans le travail ronge votre santé: vous naviez qu’à y penser avant.

 

 

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Exclusif : les cadres plébiscitent la retraite à 60 ans

23 Novembre 2021, 08:26am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Mardi 23 Novembre 2021

Stéphane Guérard

Le retour à 60 ans et la revalorisation des pensions font désormais partie des aspirations des personnels encadrants, selon l’étude que commente pour nous Sophie Binet, cosecrétaire générale de l'Ugict-CGT.

La retraite à 60 ans chevillée au cœur des cadres. L’affirmation n’allait pas de soi, ces dernières années. C’est pourtant ce que révèle l’étude annuelle sur leurs opinions et attentes, menée par l’Ugict-CGT. 

Comment expliquez-vous que 50 % des personnels encadrants interrogés se rallient à la revendication d’un départ à 60 ans, contre 36 % de contre et 14 % qui ne se prononcent pas?

SOPHIE BINET C’est la première fois que cette demande est majoritaire. Il s’agit d’une rupture dictée par la réalité. Au fur et à mesure des réformes successives, l’horizon des 60 ans s’est éloigné pour les cadres, qui partent en moyenne vers 64 ans. La majorité d’entre eux affirment désormais que ce n’est plus une fatalité, ­notamment les 50-60 ans qui savent qu’ils retrouveront difficilement du travail s’ils perdent le leur. Près de la moitié d’entre eux ne sont d’ailleurs plus en emploi lorsqu’ils font valoir leurs droits.

79 % des cadres demandent une pension au moins égale à 75 % de leur dernier salaire. D’où vient pareil consensus?

SOPHIE BINET Cette appréciation est ultramajoritaire car le montant moyen de la retraite complémentaire des cadres (Agirc) a diminué de 18 % en dix ans. Le dernier accord Agirc-Arrco signé par la CFDT et la CFTC est d’ailleurs en contradiction avec cette demande. Cet accord est scandaleux car il déconnecte la revalorisation des pensions de l’inflation. Et, comme une double peine, il revient sur les règles d’achat de points retraite, dont le montant aurait dû baisser, ce que n’a pas voulu le patronat. Nous allons déposer des recours en justice contre cet accord.

Seuls 48 % des sondés sont d’accord pour faire financer en partie ce retour aux 60 ans par une augmentation des cotisations patronales. Est-ce une déception?

SOPHIE BINET Ce chiffre est moins net car les personnes ne se prononçant pas sur le sujet sont nombreuses (24 %). C’est logique car les mécanismes de financement sont moins connus des plus jeunes. Mais les contre ne sont que 28 %. Cela dénote une lucidité des cadres sur les marges de manœuvre: jusqu’à présent, ce levier n’était pas jugé crédible. Il le devient. Cest un des bougés liés à la crise sanitaire. Les cadres ont constaté le retour des super-profits, des distributions de dividendes et des augmentations de salaires des grands patrons. Et les aspirations changent, ­notamment chez les jeunes qui n’entendent plus travailler jusqu’à un âge avancé.

À quoi va servir ce sondage?

SOPHIE BINET C’est un vrai point d’appui pour les mobilisations à venir. Les cadres sont au cœur de la réforme des retraites voulue par le patronat ou Emmanuel Macron. Aucun d’entre eux ne dira qu’il est contre l’actuel système par répartition. Mais leur objectif est de diminuer le montant des pensions en obligeant les gens à partir plus tard, tout en poussant les cadres à épargner de leur côté afin de créer un marché de la retraite par capitalisation au profit des fonds de pension et assureurs. Les cadres ne sont pas dupes. Voilà pourquoi nous allons lancer une grande campagne sur nos alternatives. Il faut faire évoluer le système actuel pour mettre notamment fin aux inégalités de niveau de pension entre femmes et hommes, et revenir sur les réformes successives qui ont porté un sévère coup aux jeunes en augmentant leur durée de cotisation. Il faut prendre en compte leurs années d’études. 

 

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Solidarité. Les retraités reprennent la rue

28 Septembre 2021, 09:14am

Publié par PCF Villepinte

 

L'Humanité Mardi 28 Septembre 2021

Stéphane Guérard

Piqué au vif par les annonces en trompe-l’œil de Jean Castex sur l’autonomie et le grand âge, le groupe des neuf syndicats et associations de retraités appelle à une journée de mobilisation, vendredi 1er octobre.

Ingrats, les seniors? Jean Castex aura sans doute un pincement au cœur, ce vendredi 1er octobre, au vu des mobilisations de retraités qui se dérouleront dans à peu près tous les départements, à l’appel du «groupe des neuf» organisations syndicales (CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires et Fonction publique retraités) et associatives (LSR et Ensemble & solidaires).

Le premier ministre n’a pourtant pas ménagé ses annonces, ces derniers jours, pour faire oublier l’enterrement de la loi grand âge, promise depuis le début du quinquennat et censée donner corps au «cinquième pilier de la Sécurité sociale» consacré aux enjeux de la dépendance. Quatre cents millions d’euros prévus dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale 2022 en faveur de l’aide aux personnes âgées? Des financements «sanctuarisés» pour la création de 10000 postes de soignants dans les Ehpad dici cinq ans? Marylène Cahouet renvoie le gouvernement dans son camp: «Les personnes âgées ont payé un lourd tribut à la crise sanitaire. L’abandon de cette loi constitue un reniement budgétaire scandaleux.»

Un sentiment de mépris du gouvernement

La porte-parole du secteur retraités de la FSU a fait les comptes: «Le rapport Libault de 2018 prévoyait 6 milliards deuros en 2024 pour faire face aux besoins du grand âge. On en est loin avec ces 400 millions. Quant aux 10000 postes en Ehpad dici cinq ans, cest 1,4 poste par établissement. Ce reniement est hautement symbolique de la place laissée à 20 % de la population.» De fait, le secteur de l’aide à la personne chiffre à 300000 le nombre de postes à pourvoir d’ici cinq ans pour faire face aux besoins.

Le sentiment de mépris du gouvernement à l’égard des plus de 60 ans ne se limite pas, pour les organisations appelant à la mobilisation, à cette question de l’autonomie. «On essaye d’opposer les actifs et les retraités. Mais cette cloison n’existe pas. Nous ne sommes pas en dehors de la vie, soutient Nelly Di Giovanni, d’Ensemble & Solidaires. Les retraités ont souvent des enfants étudiants dont il faut payer les études ou le logement, des petits-enfants sans crèche ni cantine dont il faut s’occuper. Ils ont aussi des parents qui sont en Ehpad. Tous ces gens manquent parfois de force physique et de ressources mentales pour aller manifester. Mais c’est eux que l’on défend, vendredi.»

Face à l’inflation de 1,6 % cette année, les salariés retraités du public comme du privé n’ont vu leur pension de base revalorisée que de 0,4 % et les retraites complémentaires du privé augmenter d’un petit pour cent. Le compte n’y est donc pas, surtout en période de flambée des factures de l’énergie et de l’alimentation. Les revendications sont donc simples: indexation des retraites sur l’évolution du salaire moyen, interdiction de pensions en dessous du Smic et attribution simplifiée des pensions de réversion.

La prise en compte des retraités ne s’arrête pas au porte-monnaie. L’accès à la citoyenneté passe par des services publics efficients. «Heureusement quon les a eus, les hôpitaux publics et lassurance-maladie, pour faire face à la cr ise sanitaire. Mais dans les métropoles, autant que dans la ruralité, il est de plus en plus compliqué d’accéder aux services publics», souligne Marc Bastide, de la CGT. «Sans personnel dans les bureaux de poste, cest compliqué. Nous avons besoin de services publics de proximité pour assurer l’égalité de traitement sur tout le territoire», reprend le syndicaliste. Le «groupe des neuf» appelle donc le gouvernement à mettre fin aux mesures d’économies sur lhôpital public, à y créer au contraire 100000 postes et à favoriser l’installation de centres de santé publics dans tous les territoires.

Tout cela a un coût. Syndicats et associations ne le nient pas. Ils renvoient la question à un choix de société. «Le gouvernement dit quil augmente les salaires. Mais il le fait en diminuant les cotisations sociales. Nous avons affaire à une réorientation des financements pour briser les services publics comme la Sécurité sociale», souligne Marc Bastide. Les mobilisations de vendredi sonnent comme une première escarmouche avant la grande bataille pour la défense du système de solidarité par répartition, lors de la campagne de la présidentielle.

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Un second projet de réforme des retraites, paramétrique, électoraliste et explosif

8 Juillet 2021, 10:03am

Publié par PCF Villepinte


NVO  1 juillet 2021 | 

 

Pour des raisons électoralistes à dix mois de la présidentielle, Emmanuel Macron tente une nouvelle réforme des retraites. Estampillée «de droite», contestée par tous les syndicats, elle repose sur le recul de l'âge de départ à la retraite et pourrait être explosive, car inutile et injuste.

 

Et c'est reparti! Un nouveau projet de réforme des retraites se profile à l'agenda du gouvernement, estampillé de droite. Exit, les textes de loi instaurant un système de retraite universel par points votés début mars 2020 et remisés en raison de la crise sanitaire. Cette réforme systémique ne pourra pas «être reprise en l'état» d'ici la fin du quinquennat, car elle est «trop ambitieuse, extrêmement complexe, (…) porteuse d'inquiétude» avait expliqué Emmanuel Macron lors de sa visite dans le Lot, début juin.

Mais il avait aussi annoncé des «décisions difficiles» en même temps que des gestes en faveur des «petites retraites». Nous y sommes. Les incertitudes quant aux conditions de sortie de la crise sanitaire ne sont pourtant pas plus favorables à une nouvelle réforme des retraites qu'à celle de l'assurance chômage, recalée pour l'heure par le Conseil d'État après avoir fait l'unanimité des organisations syndicales contre elle.

Qu'à cela ne tienne. Si un tel projet peut encore voir le jour d'ici à la fin du quinquennat, il ne sera vraisemblablement mis en œuvre qu'après le scrutin présidentiel d'avril prochain, ce qui en fait donc d'abord un argument électoral. Car en s'attaquant aux retraites le déjà candidat Macron espère couper l'herbe sous le pied des Républicains, relativement requinqués par leurs résultats aux élections régionales.

Séduire à droite avec une réforme paramétrique

Si le chef de l'État doit s'exprimer avant le 14 juillet sur les dix mois restants de sa présidence, son ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, pose les premiers jalons concernant ce très explosif projet de réforme des retraites.

Ce mardi 29 juin, sur la chaîne CNews, il s'est ainsi dit favorable à ce que le gouvernement repousse l'âge de départ à la retraite. Le quotidien Les Échos avance un recul de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans, certains observateurs affirmant que ce serait à partir de la génération née en 1961.

Autrement dit, alors que le pays n'est même pas encore sorti de la crise sanitaire inédite due à la pandémie de Covid, que les conséquences de la mise sous cloche de l'économie pendant plus d'un an sont encore palpables, l'exécutif n'a d'autre priorité que de séduire l'électeur de droite, toujours très sensible aux signaux de «sérieux budgétaire».

D'ores et déjà, Bruno Le Maire affiche sa volonté de faire faire des économies à l'État (sur le dos des Français) pour enclencher rapidement une trajectoire de redressement des finances publiques. Grand classique, l'opération commence par les retraites, identifiées comme l'un des postes les plus dispendieux. Sur le sujet, d'autres chevaux de bataille traditionnels pourraient ressurgir : la suppression des régimes spéciaux ou encore la nécessité de remettre les Français au travail, au motif que leurs voisins européens travailleraient plus longtemps qu'eux ou que l'espérance de vie augmente.

Des arguments frappés au coin du bon sens claironnent leurs tenants, qui passent sous silence l'injustice d'un tel projet pour les personnes qui ont commencé à travailler très jeunes ou occupent des emplois pénibles. «C'est l'intérêt des Français et l'intérêt de la France que tout le monde, globalement, que notre pays, travaille davantage», a ainsi poursuivi Bruno Le Maire sur CNews, comme si l'emploi courait les rues et qu'il ignorait que plus de 6 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi.

S'il a concédé qu'«il n'y a que le président de la République qui peut évaluer» le calendrier d'une telle réforme, «moi, mon expérience, c'est qu'on n'a jamais intérêt en politique à remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui.», a-t-il tout de même ajouté.

Les syndicats sont vent debout contre le recul de l'âge de départ à la retraite et pour 75 % des Français la relance économique est la priorité avant la présidentielle de 2022

Chasser sur les terres de la droite est une chose. Envisager d'engager une réforme des retraites, sans débat politique, quelques mois avant l'élection présidentielle en est une autre. L'idée est rejetée par 55 % des Français (sondage OpinionWay pour Les Échos et Radio Classique) et provoque la levée de boucliers des organisations syndicales.

«J'en ai marre qu'on fasse de ce sujet, comme de celui de l'Assurance chômage, un objet électoraliste déconnecté du réel» a résumé, excédé, Yves Veyrier, le secrétaire général de FO. Sur RMC, lundi 7 juin, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT a quant lui estimé que «ce serait une erreur de la part du président de la République de remettre ça sur la table (…) Il y a d'autres problématiques plus urgentes, les questions d'emploi, les questions de salaires, la question de la jeunesse. Ça, il faudrait s'en occuper rapidement». Laurent Berger (CFDT) ou François Hommeril (CFE-CGC) ne disent pas autre chose.

Tous sont excédés au plus haut point par le scénario d'une réforme paramétrique au moment où ils veulent inscrire la question de l'emploi à l'ordre du jour de la prochaine conférence sociale (manque de visibilité et risque de défaillances pour de nombreuses entreprises, explosion de la précarité, etc.) 75 % des personnes sondées par OpinionWay jugent d'ailleurs que la relance économique est prioritaire d'ici à l'élection présidentielle d'avril 2022, contre 32 % (surtout LREM et LR) qui se positionnent en faveur d'une réforme des retraites.

«Les retraites sont un sujet d'inquiétude, note l'institut de sondage, mais elles ne sont pas prioritaires.» Reste que la retraite à points avait jeté des centaines de milliers de manifestants dans les rues jusqu'en 2020. Même groggy suite à la crise sanitaire, les Français ne sont certainement pas prêts à se laisser imposer le report de l'âge de départ à la retraite avec lequel Emmanuel Macron entend clôturer son quinquennat.

Une multitude de scénarios sont sur la table gouvernementale pour réformer les retraites, mais tous relèvent l'âge de départ à la retraite

Depuis plusieurs mois, Laurent Pietraszewski, le monsieur retraite du gouvernement, planche sur divers scénarios : accélération de la réforme Touraine qui porte doucement la durée de cotisation à 43 annuités en 2032 et rapporterait un demi-milliard par an d'ici à 2025; suppression des régimes spéciaux dont l'avantage serait plus politique que financier puisque seuls les nouveaux entrants seraient concernés comme à la SNCF; relèvement de l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans à des rythmes plus ou moins rapides, sachant que plus il est effréné (par paliers de 6 mois par an par exemple, en commençant par les personnes nées en 1961 qui partiraient à 62 ans et 6 mois), plus il permet de faire des économies importantes.

La Cour des comptes et les économistes Olivier Blanchard et Jean Tirole ont également apporté leur écot à la réflexion. Dans leur rapport «Une stratégie de finances publiques pour la sortie de crise» remis le 15 juin, les magistrats financiers préconisent eux aussi, outre le renforcement de la croissance, de relever l'âge de la retraite, élément clé, selon eux, de la baisse des dépenses publiques. Rien de neuf.

Quant aux deux éminents économistes, auteurs d'un rapport sur les grands défis économiques, remis à Emmanuel macron le 23 juin, ils verraient bien une relance de la réforme par points couplée à un relèvement de l'âge moyen de départ à la retraite, «en renforçant les incitations à travailler au-delà de l'âge minimum de départ». De plus, ils exhortent le gouvernement à «aller vite». Sur ce point, ils pourraient être suivis. Voulant prendre de vitesse les opposants au projet, les partisans d'une réforme rapide et coûte que coûte, tels que Bruno Le Maire, pressent le Président de la République d'introduire un report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans dans le prochain projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS).

Le COR n'est pas alarmiste : si le déficit des régimes de retraites est de 13 milliards d'euros en 2020, ce n'est que conjoncturel

Paradoxalement, les constats recueillis par l'exécutif sont tous plus alarmistes les uns que les autres, alors que les analyses du Conseil d'orientation des retraites ne le sont pas. Et pour cause, le déficit de 13 milliards affiché en 2020 par les régimes de retraites — qui devrait passer sous la barre des 10 milliards d'euros en 2020 — résulte de cotisations non perçues pendant la crise sanitaire : le chômage partiel n'entraîne pas de cotisations, des retards de paiement, liés aux reports, vont forcément être rattrapés et des emplois ont été perdus engendrant des pertes de cotisations. Concrètement : l'activité a chuté de 8 % en 2020 ce qui a mécaniquement provoqué une chute des recettes en cotisations alors que les dépenses (versement des pensions de retraites) sont restées stables.

Or, sauf à penser que la crise sanitaire est structurelle et non pas conjoncturelle, l'activité va repartir et venir peu à peu renflouer le déficit. Rien donc qui puisse valablement justifier autant de fébrilité autour des retraites et d'une réforme, in fine inutile.

Cela d'autant moins que le relèvement de l'âge de départ à la retraite n'a jamais été le paramètre pertinent pour réduire la dépense publique : les mesures d'âge font bien baisser le déficit des retraites, mais comme elles créent du chômage (les emplois ne se libèrent pas) elles font augmenter celui de l'assurance chômage. Mauvais calcul quand le financement des retraites nécessite une relance de l'activité capable de créer des emplois correctement rémunérés.

De tous les grands pays, la France a en effet le plus faible taux d'emploi des jeunes et des séniors dû à un déficit en matière de formation, notamment tout au long de la vie. Autant de problèmes bien français qui pourraient être réglés si les pouvoirs publics y portaient au moins autant d'attention qu'à la réduction de la dépense publique. Las! Investir dans l'intérêt général étant de moins en moins leur fort, il est attendu de chacun qu'il se prenne en charge.

C'est en quelque sorte ce qui se produit avec le projet de réforme qui est dans les tuyaux puisqu'en fait si l'exécutif s'acharne à trouver de l'argent du côté des retraites (et donc des actifs), c'est surtout pour financer d'autres dispositifs comme ceux qui pourraient concerner le grand âge ou encore la revalorisation des petites pensions. Ou comment déshabiller Paul pour habiller Jacques. Un autre grand classique.

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CGT Retraites: Le retour des régressions?

6 Juillet 2021, 07:33am

Publié par PCF Villepinte

Voilà le retour des annonces gouvernementales avec, en tête, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la question des retraites. La crise sanitaire terminée ou pas, il anticipe pourtant sur les économies qu’il voudrait faire sur le dos des actifs et des retraités.

Ainsi, si sa réforme à points version 2020 paraît définitivement hors-jeu, la question de l’équilibre financier du système donc de nouvelles régressions réapparaît et le président de la République prépare le terrain pour les annonces qu’il envisage durant l’été.

Au menu, il pourrait être question d’augmenter la durée d’années de travail, notamment par une hausse de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein et le report de l’âge réel voire légal de départ en retraite à 64 ans.

Ainsi, l’accélération de la précédente réforme Touraine exigeant 43 années de cotisations en 2032 pourrait être faite par le gouvernement actuel à travers un simple ajout dans le PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale) dès fin juillet et entériné fin octobre 2021.

Il est même question d’attaquer à nouveau spécifiquement aussi les régimes spéciaux.

Parallèlement, le patronat ouvre une négociation au pas de charge sur la retraite complémentaire des salariés du privé, avec l’ambition sans nul doute d’imposer de nouvelles régressions pour les retraités actuels comme pour les actifs.

Pourtant, le récent rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS)  atteste  qu’un Français sur deux est parti en retraite avec des trimestres de décote !

Plus d’un Français sur deux n’est plus en emploi à 60 ans, soit au chômage ou en invalidité.

Les travailleurs se sont mobilisés, en 2019 et 2020, pour faire échec au projet de réforme systémique voulue par le président de la République. Très majoritairement, ils avaient compris que les seuls objectifs du passage aux points étaient d’accélérer les baisses de pensions, de faire disparaître les spécificités professionnelles et les acquis sociaux, rendant la retraite de plus en plus lointaine.

La CGT agit  avec eux depuis des années pour la défense et l’amélioration du système de retraite par répartition et par annuité solidaire.

Ce dernier a démontré, malgré les attaques qu’il subit depuis 1993, sa solidité et sa fiabilité sur le long terme.

La CGT a porté, dans le débat public, de nombreuses propositions en ce sens, accompagnant celles-ci de mesures de financement crédibles visant à consolider et pérenniser notre  protection sociale.
Propositions qu’elle va remettre au centre du débat public immédiatement.
Ces mesures doit être assises sur la production des richesses des travailleurs et travailleuses et constituent un véritable choix de société. 

Elles permettraient notamment de rétablir le droit au départ dès 60 ans et de généraliser de nouveaux droits à tous les salariés, notamment par des dispositifs de départ anticipé pour celles et ceux qui ont des métiers pénibles.

Pour la CGT, les annonces gouvernementales démontrent, une nouvelle fois, le peu de cas qui est fait des exigences des citoyens majoritairement opposés au projet de régression sociale ; ce qui a été démontré par les mobilisations sociales professionnelles et interprofessionnelles massives l’an dernier.

L’urgence, en 2021, est bien de plus et mieux protéger la population et, pour cela, d’arrêter l’inflation des exonérations sociales qui affaiblissent la sécurité sociale et de refonder son financement à partir du salaire socialisé.

L’urgence est de conditionner les dispositifs d’aides aux entreprises, particulièrement celles qui continuent de verser des dividendes même en période de crise sanitaire. Il est indiscutable que les mesures tels le crédit impôt recherche ou la transformation du CICE en allégements de cotisations sont mises à l’index pour leur inefficacité.

Le président de la République entend, encore une fois, s’en prendre aux travailleurs et travailleuses de ce pays plutôt qu’à la finance et aux places boursières.

La CGT avec le monde du travail ne le laissera pas faire et prépare la mobilisation nécessaire pour s’opposer à de nouveaux mauvais coups et porter l’exigence d’un système de retraite solidaire par répartition avec de nouveaux droits.

 

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