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Italie. « L’héritage empoisonné du fascisme perdure »

26 Septembre 2022, 07:40am

Publié par PCF Villepinte

Grand historien du fascisme, Mimmo Franzinelli démonte l’imposture de la banalisation de l’extrême droite, en mettant en lumière les continuités dans la police, la magistrature et la presse entre régime fasciste et démocratie, de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. ENTRETIEN

Thomas Lemahieu L'Humanité 

Dimanche 25 Septembre 2022

© Miguel Medina/ AFP

Bologne (Italie), envoyé spécial

En Italie, une page a été tournée, et un chapitre, clos, mais non, le fascisme ne s’est pas achevé à la Libération, le 25 avril 1945. À travers son livre (1) paru au printemps dans une collection montée par de jeunes historiens pour intervenir dans un débat public toujours plus empoisonné en Italie (Fact Checking aux éditions Laterza), leur aîné, Mimmo Franzinelli, l’un des meilleurs spécialistes du fascisme, décrit la continuité entretenue et organisée, juste après la guerre mais bien au-delà, pendant les décennies ultérieures, entre le régime mussolinien et une démocratie au sein de laquelle ses ramifications ont, en réalité, pu prospérer…

L’enjeu est important, tant le déni impose sa loi dans la mémoire collective, comme l’illustrent, pour le pire, les élections qui se sont déroulées ce dimanche dans la Péninsule.

Comment comprendre que l’Italie paraît n’en avoir jamais fini avec le fascisme ?

Le fascisme, en Italie, ce n’est pas une parenthèse qui se serait ouverte et refermée: il n’est pas venu, comme tombé du ciel, et reparti, disparu du jour au lendemain. Même s’il a trouvé des expansions en Allemagne, en Espagne ou ailleurs, c’est en Italie qu’est son berceau et qu’il reste enraciné en profondeur. Après la Marche sur Rome, en octobre 1922, la dictature fasciste a duré plus de vingt ans.

Deux décennies sans la moindre place pour l’opposition, deux décennies de propagande dédiée au nationalisme exacerbé et au culte de la personnalité. Quand tout s’effondre avec la guerre - et la guerre n’est pas un accident de parcours, c’est le débouché naturel du fascisme -, les ramifications perdurent après la Libération. L’hérédité est évidente dans le Mouvement social italien (MSI) dont le logo renvoie directement à Benito Mussolini: il représente la tombe du Duce avec la flamme tricolore.

Et ce symbole demeure, comme chacun peut le constater, sur les matériel électoral de Frères d’Italie, le parti dirigé par Giorgia Meloni ! Mais ça n’est pas tout car, dans l’après-guerre, tous les journalistes, ou presque, qui avaient participé à la propagande mussolinienne restent en place: l’opinion publique est conditionnée par leur vision bénie-oui-oui et nostalgique, celle d’un Mussolini débonnaire, d’un régime petit-bourgeois et d’une Italie qui, au fond, n’allait pas si mal.

Passés de la presse fasciste à la presse démocratique, les dirigeants des grands journaux veulent bien reconnaître que le chef avait quelques vices d’un dictateur, mais en même temps, prétendent-ils, c’était une bonne pâte, pleine d’humanité ! Cette vision pénètre les esprits d’une part significative de l’opinion, et elle persiste aujourd’hui dans une sorte de mythologie totalement falsificatrice…

Les ramifications sont également structurelles: dans votre livre, vous décrivez méticuleusement les parcours de nombreux magistrats, policiers, dirigeants des hautes administration qui ont pu passer sans heurts du service pour le régime fasciste à celui pour la République italienne. Parmi tous ceux-ci, un personnage emblématique se détache: Marcello Guida. Qui est-ce ?

Marcello Guida peut effectivement être considéré comme la personnification des milliers de fonctionnaires qui ont servi le régime mussolinien, embrassant souvent des carrières au plus haut niveau, avant de continuer leurs parcours dans les institutions de la démocratie. En l’occurrence, Guida devient, très jeune, à la fin des années 1930, le directeur d’une colonie pénitentiaire, Ventotene, sur une île au large du Latium. Il était chargé de la répression de centaines d’antifascistes, et il l’a fait, avec cruauté, refusant notamment d’accorder des soins aux malades de la tuberculose, jusqu’à les laisser mourir…

Dans les années après la Libération, Marcello Guida est bien aidé par le climat de la Guerre froide: les gouvernements centristes voient d’un bon œil la perspective de récupérer des fonctionnaires ayant contribué au régime fasciste. Lui, comme tant d’autres au sommet de la police, de la magistrature, des forces armées, continue une carrière remarquable, et cela le portera, au fil des décennies, à devenir questeur (chef de la police, NDLR) à Turin pendant les révoltes ouvrières de la Fiat dans les années 1960.

À l’époque, il sera même payé en pots-de-vin par les patrons de l’entreprise, la famille Agnelli, pour réprimer le mouvement. Ensuite, à Milan, lors de « l’automne chaud » de 1969, quand les actions terroristes néofascistes commencent, le 12 décembre, avec l’attentat de la Piazza Fontana, Marcello Guida joue un rôle décisif pour brouiller les pistes: c’est lui qui présente l’assassinat du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli - jeté par la fenêtre du quatrième étage de la questure de Milan, où il était détenu illégalement - comme un suicide.

Par cette manœuvre, il protège les fascistes et expose à la Une des médias des « monstres anarchistes ». Cette thèse finit par s’effondrer grâce au travail de quelques journalistes. Et à ce moment-là, Guida, subitement devenu infréquentable, est mis à la retraite… Attention, ceci dit, je voudrais rappeler qu’en France, vous avez eu des profils du même genre: pensez à Maurice Papon en particulier !

Oui, bien sûr, mais comme vous le rappelez dans votre travail, entre les collaborateurs français et les fascistes italiens, l’ampleur du recyclage n’est peut-être pas la même ?

Oui, dans un autre livre consacré à ce qu’on appelle « l’amnistie Togliatti », en Italie, du nom du dirigeant du Parti communiste italien qui fut, à la Libération, ministre de la Justice, je relève les différences énormes qui existent dans l’épuration entre la France et l’Italie. En Italie, l’épuration a été une sorte de farce, alors qu’en France ou en Belgique, ça a été pris bien plus au sérieux…

En Italie, écrivez-vous, « les épurateurs n’ont jamais été épurés »…

Oui, voilà.

Le droit lui-même contient encore des éléments hérités de la dictature mussolinienne… Avec l’affaire Vincenzo Vecchi, un jeune manifestant contre le G8 de Gênes en 2001, réfugié en France et menacé d’extradition aujourd’hui après une condamnation à une peine de 12 ans de prison sur la base d’un délit émanant directement du fascisme (« dévastation et pillage »), on voit bien comment des éléments du Code pénal mis au point pendant les deux décennies de régime mussolinien par le ministre Alfredo Rocco perdurent. Comment est-ce possible ? 

Le Code Rocco est resté en vigueur en Italie jusqu’en 1989. Et cette persistance pose de sérieuses interrogations sur la conscience, appelons-la comme ça, de la classe dirigeante antifasciste pendant les décennies après la Libération. Au niveau juridique, dans les textes de loi essentiels, elle n’a jamais tourné la page résolument, mais elle a, au contraire, utilisé une part des lois répressives datant du fascisme pour ses propres activités de gouvernement.

A la sortie de la guerre, vous pointez un renversement qui paraît s’être accentué au fil du temps: d’un côté, les nazifascistes, engagés dans la république de Salò (République sociale italienne, RSI) de Mussolini après 1943, finissent par être reconnus comme « combattants légitimes », tandis que les partisans sont, eux, persécutés et poursuivis… 

C’est la période des procès à la Résistance qui s’ouvre pour plusieurs années, après les élections parlementaires le 18 avril 1948. À ce moment-là, la magistrature, les forces de police et de gendarmerie s’emparent des épisodes sanglants survenus entre 1943 et 1945, et dans la presse dominante, cela permet une interprétation des refrains contre la gauche et les communistes. Des centaines de partisans sont arrêtés, d’autres doivent s’enfuir vers la Yougoslavie ou vers la Tchécoslovaquie pour ne pas être emprisonnés.

Ces procès servent à donner, dans le cadre de la nouvelle République, une image dégradée de la Résistance. Et cela, alors que, dans le même temps et en dehors d’une petite dizaine de cas, la magistrature militaire escamote des centaines et des centaines de dossiers sur des crimes de guerre nazifascistes (massacres dans des villages, exécutions sommaires, etc.) afin de ne pas perturber l’opinion publique italienne, au moment où la République fédérale allemande est intégrée dans le pacte atlantique. Cela donne une situation où tous les feux sont braqués sur des exactions commises par les résistants, tandis que les massacres nazifascistes sont camouflés par la justice elle-même…

Aujourd’hui, ces représentations paraissent s’être largement imposées en Italie où il n’est pas rare de mettre un signe d’égalité entre fascistes et Résistants en matière de barbarie… Comment contrecarrer ce sens devenu commun ?

Je suis d’accord, il y a des lieux communs qui n’ont aucune vérité d’un point de vue factuel. Une part des intellectuels ont participé à ériger une « légende noire » décrivant des persécutions de fascistes après la Libération. Cela a été très accentué au fil des décennies. Et moi, je démontre, faits à l’appui, que ça n’a pas été comme ça. Cette assimilation obscène dans la barbarie n’explique toutefois pas tout…

Dans le passé, il y a eu une sorte de rhétorique antifasciste qui dépeignait la dictature de Mussolini comme un événement impliquant peu de gens et imposé à un peuple réticent. Ce qui était une manière de nier les racines profondes du fascisme, et cela s’est révélé absolument délétère. Je dois tout de même souligner une évolution réconfortante: ces dernières années, il y a une nouvelle génération d’historiens - on peut citer Carlo Greppi, Francesco Filippi et Eric Gobetti - qui ont, avec une conscience civique très développée, pris de front cette « légende noire » pour contester toutes ces visions erronées. Il y a désormais en Italie une production historiographique qui est très importante et qui a, sans doute, beaucoup manqué dans le passé…

Comment cette « dérive de la mémoire » a-t-elle pu se produire avec les résultats que l’on voit aujourd’hui en Italie ?

Vaste question! Et c’est sûr que des journalistes comme Giampaolo Pansa ont joué un rôle fondamental dans la vulgate renvoyant dos à dos fascistes et résistants (lire notre entretien avec le collectif Nicoletta Bourbaki dans l’Humanité du 22 août)… Mais puisque nous parlons de l’information, moi, j’aimerais regretter une forme d’inattention des journalistes. En Italie, ils ont vraiment la mémoire courte. Je prends un exemple qui s’est passé ces derniers jours.

Aux funérailles d’un fasciste à Milan, Romano La Russa, adjoint dans le gouvernement régional de Lombardie, a multiplié les saluts fascistes devant le cercueil. Or, son frère, le député Ignazio La Russa qui est l’un des très proches de Giorgia Meloni, la dirigeante de Frères d’Italie, a pris ses distances avec ce geste, en le grondant… Et dans les médias, tout le monde a évoqué ces reproches.

Mais les journalistes italiens, ils ne devraient pas avoir oublié que, lors d’autres funérailles, celles du terroriste fasciste Nico Azzi - un personnage important qui avait voulu mettre une bombe dans un train en 1973, mais qui, par sa maladresse, la fait exploser, se blesse et est arrêté, avec en poche un exemplaire du quotidien d’extrême gauche, Lotta Continua, qu’il aurait dû laisser, comme une signature, dans ce train pour orienter les enquêtes de ce côté-là -, ce même Ignazio La Russa s’était livré à une série de saluts fascistes…

Eh bien voilà, ça, c’est le personnel politique qui gravite autour de Giorgia Meloni. C’est un fait, ce n’est pas mon interprétation ! Mais malheureusement, dans le débat politique, personne ne rétablit les faits en opposant aux paroles de La Russa sa solidarité directe avec un terroriste! 

Mais une fois qu’on a réussi à désigner, comme le font les médias dominants en Italie, la coalition rassemblant deux formations d’extrême droite (Frères d’Italie et Ligue) comme « centre-droit » et que les milieux d’affaires les plébiscitent, le niveau d’alarme face à la menace s’abaisse considérablement, non?

Oui, il y a une question qui est désormais de vocabulaire, d’étiquettes. Les fascistes sont effectivement présentés comme le « centre-droit », ce qui est une manière de les rendre propres. En revanche, on utilise le terme de « gauche » pour parler d’Enrico Letta, par exemple, le dirigeant du Parti démocrate (PD). C’est un brave gars, pas de doute, mais pour moi, toute son histoire fait de lui un centriste.

Quand le centre-gauche est désigné comme la « gauche » et que la droite radicale néofasciste apparaît comme une droite respectable, ces glissements dans la langue produisent des effets non négligeables… Mais on s’habitue à ce long empoisonnement de l’information. Ce qui est évidemment très grave.

Dans votre livre, vous rappelez que Giorgia Meloni se présente comme la fille spirituelle de Giorgio Almirante, l’homme qui a dirigé, pendant près de 40 ans, le parti néofasciste (MSI) fondé après la Libération. Qu’est-ce que cela signifie ?

Meloni a émergé comme jeune activiste politique au sein du MSI. En soi, on ne peut pas dire que c’est une faute. Mais son chemin, son évolution politique ont été linéaires. Elle n’a jamais renié son passé. Elle est entourée de conseillers qui sont évidemment fascistes. Je parlais d’Ignazio La Russa, mais on peut aussi évoquer l’eurodéputé Carlo Fidanza.

Son insistance sur Giorgio Almirante est un signe évident: elle présente comme un simple « patriote » un des pires fascistes qui soit, engagé dans la bataille raciste, avec les lois antisémites, entre 1938 et 1945, et qui, ensuite, s’est inséré dans la politique italienne comme protagoniste de premier plan du MSI mussolinien, avec sa double stratégie qui alternait la matraque et le costume deux-pièces, entre la violence politique et la respectabilité parlementaire.

D’un point de vue personnel, je pense que Giorgia Meloni a, en réalité, une consistance politique proche de zéro. Elle hurle, elle gagne. C’est comme ça en Italie: pendant une brève période, celui ou celle qui hurle remporte la mise. On l’a vu avec Beppe Grillo et son mouvement des 5 Etoiles…

Mon pronostic, c’est donc qu’après sa percée, Giorgia Meloni laissera assez vite de marbre les Italiens. Sur le versant autoritaire, je trouve ainsi bien plus inquiétant encore Matteo Salvini qui a l’obsession de reprendre le poste de ministre de l’Intérieur et donc de la police. C’est extrêmement dangereux.

J’ai suivi toute cette campagne électorale avec un certain accablement. Ce qui est démoralisant, c’est que, dans la gauche, il y a eu une acceptation que Meloni se présente depuis un mois au moins comme celle qui a gagné l’élection. Cela me semble une attitude préoccupante pour la démocratie. Le centre-gauche, à commencer par Enrico Letta, a considéré le résultat comme joué d’avance. Ce qui est un paradoxe car cela signifie accepter de perdre sans même avoir commencé le match!

Le fascisme ne reviendra pas sous la forme du régime mussolinien, c’est évident. Mais, comme le démontre l’assaut contre la CGIL à l’automne 2021 fomenté par des militants du groupe Forza Nuova, sur fond de mobilisations contre les restrictions anti-Covid, il peut survenir notamment dans des manifestations de « squadrisme », ces descentes organisées par des milices paramilitaires contre des adversaires et des minorités… Cela vous préoccupe-t-il?

Une des caractéristiques fondamentales du fascisme a toujours été de disqualifier ses opposants politiques en les traitant non pas comme antifascistes mais comme des éléments « anti-nationaux », subversifs, anti-patriotes. Par exemple, les exilés politiques ne sont pas qualifiés comme des « exilés » parce que le terme a une dignité, mais comme des « fugitifs ».

Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est moins le squadrisme des matraques et des barres de fer que le squadrisme verbal et idéologique, répandu chez Salvini et Meloni… Ils ne peuvent concevoir une démocratie dans laquelle l’opposition ait pleinement voix au chapitre et droit à la citoyenneté. Pour eux, ceux qui ne sont pas d’accord, qui s’opposent, sont des éléments antipatriotiques. Cette manière de refuser absolument toute dignité à l’opposition demeure, à mes yeux, l’héritage le plus empoisonné du fascisme. Et je suis convaincu que Meloni et ses alliés vont l’endosser, d’une manière ou d’une autre.

(1) Mimmo Franzinelli, « Il fascismo è finito il 25 aprile 1945 » (« Le fascisme s’est terminé le 25 avril 1945 »), Éditions Laterza, Bari-Rome, 14 euros (non traduit).

 

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Face à la montée de l’extrême droite, l’heure de vérité pour la gauche

21 Septembre 2022, 07:44am

Publié par PCF Villepinte

 

Les élections du 11 septembre en Suède et les résultats probables des élections italiennes le 25 septembre prochain montrent, s’il en était encore besoin, qu’il est minuit moins une en Europe.

Ceux qui portent le nom orwellien de « Démocrates de Suède », anciennement dénommés « Parti du Reich du Nord », non seulement arrivent en deuxième position, avec 20,5 % des voix, mais encore sont en mesure de dicter au nouveau gouvernement libéral-conservateur minoritaire ses principales orientations.

L’Italie, n’est pas en reste avec les « Fratelli d’Italia », dont la cheffe Giorgia Meloni vient de rendre hommage à Giorgio Almirante, inspirateur des lois antisémites de 1938. Ils se présentent comme l’aile marchante de la coalition de droite qui est en mesure de l’emporter. Cela rejoint la situation dans d’autres pays européens : Espagne, partie flamande de la Belgique, dans une moindre mesure le Portugal, où l’extrême droite est en position ascendante.

Bien sûr, les médiations politiques qui assurent à l’extrême droite la possibilité de se placer au cœur de la vie politique diffèrent d’un contexte national à l’autre. Mais des points communs structurels, qui sont ceux de la crise européenne, se dessinent.

En premier lieu, preuve est faite qu’il ne faut ni sous-estimer, ni amoindrir le projet politique nauséabond ni sa force de frappe dans les sociétés européennes secouées par des crises multiples. Nous avons affaire à des partis racistes, xénophobes et antidémocratiques dont les racines historiques plongent dans les fascismes européens et plus globalement dans ce que Zeev Sternhell désignaient sous le terme d’« Anti-Lumières ».

Les caractériser avec le terme de « populiste » ne rend pas compte de la réalité de leur objectif, qui implique à la fois refondation des sociétés sur des bases racistes, en exacerbant les paniques identitaires et les peurs, et écrasement de tout projet d’émancipation. Giorgia Meloni s’enorgueillit ainsi de mettre en avant le tryptique « Dieu, famille, patrie ». Et les Démocrates de Suède, qui défendent la « Suède aux Suédois », ont un projet proche de celui du RN français de « priorité nationale ».

Ils accusent les immigrés de tous les maux du pays, dans un pays champion d’Europe des règlements de compte armés, même si la criminalité est globalement moindre aujourd’hui que dans les années 80-90. En outre, l’extrême droite est candidate au pouvoir et se met dans les dispositions de le conquérir et de l’exercer. L’extrême droite suédoise a de ce point de vue tiré les leçons de l’échec de sa consœur danoise, naguère puissante, qui est désormais en perte de vitesse faute, entre autres, d’avoir su se dépêtrer avec la question du pouvoir. Elle s’inspire davantage du « Parti des Finlandais » qui a déjà participé ou soutenu des gouvernements de droite.

La Suède, comme l’Italie, sont structurellement marquée par une crise de régime aiguë et prolongée, même si sa traduction politique diffère. Nicos Poulantzas avait pointé l’importance de l’absence de projet politique cohérent lié à une formation de classe ou à des institutions stables comme terreau du fascisme. Le gouvernement de Draghi n’est soudé par aucun projet commun à part l’utilisation des fonds européens.

L’instabilité politique de la Suède depuis la crise de 2008 s’est renforcée lors de la dernière période en forçant les sociaux-démocrates à gouverner avec une partie de la droite, ce qui a accéléré la dérive de la direction de la social-démocratie suédoise vers le centre et a fait de la Suède le pays de l’OCDE où les inégalités ont le plus augmenté en trente ans, et où la crise du logement et du secteur de la santé sont extrêmement douloureuses.

À cela il faut ajouter ces derniers temps la crise de l’énergie. La Suède, du fait de l’absurdité néolibérale du marché européen de l’énergie, est contrainte d’exporter de l’énergie pour atteindre l’équilibre des prix. Cela a conduit à l’explosion des tarifs de l’énergie, en particulier dans le sud du pays, où l’extrême droite est bien implantée.

Dans ce contexte, les recompositions internes au bloc bourgeois s’accélèrent. En Italie, la « coalition de centre-droit » (autre appellation orwellienne) sous la direction de l’extrême droite est l’aboutissement d’un processus commencé par Berlusconi dans les années 1990 sur le tas de fumier laissé par la démocratie-chrétienne corrompue et pourrissante.

En Suède, les directions politiques de la bourgeoisie ont opéré deux ruptures majeures : celle d’en finir avec deux cents ans de neutralité en saisissant la guerre en Ukraine et la vacuité et faiblesse politiques des sociaux-démocrates comme des opportunités pour faire adhérer le pays à l’OTAN ; et celle d’opérer un mouvement en direction de l’extrême droite. C’est ainsi que la présidente du parti du Centre, Annie Lööf, a déclaré que toute politique de gauche et toute alliance avec la gauche était impossible, accommodant ainsi à la sauce suédoise « plutôt Hitler que le Front populaire ».

Et que dire d’Anders Borg, du parti dit des « Modérés » et ancien ministre des Finances, qui dit aujourd’hui que « sur les questions cruciales de l’immigration, de la politique budgétaire, de l’écologie et les investissements, je ne pense pas que les différences [avec l’extrême droite] soient si énormes » ?

On assiste donc à un double mouvement qui permet à l’extrême droite de prendre l’hégémonie sur la droite : d’une part la radicalisation d’une partie significative du bloc bourgeois qui cherche là de nouvelles coordonnées pour se stabiliser, et d’autre part la nécessité pour l’extrême droite, désireuse d’accéder au pouvoir, de passer pour ce faire des compromis avec le capital. L’évolution du positionnement d’une grande partie de l’extrême droite envers l’UE et l’OTAN en est la manifestation ; même si les coordonnées de ce compromis peuvent être instables, comme on peut le voir dans les tensions internes à la coalition de la droite et de l’extrême droite italienne entre « Fratelli d’Italia » et la Lega de Salvini.

Enfin, la crise et les défaites de la gauche et du mouvement ouvrier font prospérer l’extrême droite. La gauche italienne ne s’est jamais remise des échecs des gouvernements sociaux-démocrates. Si elle a pu regagner dernièrement une petite représentation parlementaire, les instabilités des coalitions, les rivalités entre petites organisations et entre personnes, et, pour certaines, un projet marqué par le « populisme de gauche », ne lui ont pas permis de sortir de sa crise.

Le mouvement social et les syndicats ont porté le mouvement ouvrier italien mais celui-ci demeure pour le moment orphelin d’une représentation politique stabilisée dans la durée. En Suède, l’accentuation de l’orientation centriste du gouvernement social-démocrate a laissé un espace politique non comblé. Le Parti de gauche, membre du groupe The Left au Parlement européen, a reculé lors de ces élections législatives (passant de 8% à 6,75% et de 28 à 24 députés sur 349) en obtenant ses meilleurs résultats en milieu urbain, dans les trois plus grandes villes du pays, Stockholm, Malmö et Göteborg. Il a cependant essayé de mettre en œuvre une stratégie orientée vers la « ceinture de rouille », les anciennes régions industrielles.

Il faut donc relever que le Parti de gauche se pose la question du bloc social aux intérêts desquels la gauche doit répondre, à savoir non seulement les couches moyennes urbaines, mais également les classes populaires des anciennes régions industrielles voire des régions rurales. S’il n’en pas récolté les fruits lors de ces élections, il sera intéressant de voir comment un tel redéploiement va pouvoir se concrétiser lors de la période politique qui s’ouvre en Suède. Et ce d’autant plus que des mouvements sont perceptibles au sein des syndicats, historiquement liés à la social-démocratie, mais dont certains milieux manifestent désormais des ouvertures sur sa gauche.

Cela pose l’ampleur des défis pour la gauche européenne, face à l’émergence d’un bloc droitier, afin d’assurer l’émergence d’une perspective majoritaire, sociale et politique, et l’unité de notre camp social et politique, la gauche, sur des bases permettant d’ouvrir des brèches dans la logique capitaliste.

Ces défis sont de trois ordres : celui du bloc social sur lequel construire une majorité, celui du contenu politique permettant de rendre crédible une perspective de rupture sociale et démocratique, et celui de l’outil politique à utiliser dans cet objectif et du front unique à construire. Les réponses à ces défis ne sont pas immédiates. Elles demandent une élaboration commune et des vérifications dans le mouvement politique et social concret. Mais elles sont d’un haut niveau. Aussi haut que ne l’est le niveau des futures confrontations sociales et politiques.

Il est minuit moins une. Pas encore minuit.

Vincent Boulet
membre de la commission des Relations internationales

 

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Julia Cagé « L’audiovisuel public est un pilier de la démocratie »

18 Septembre 2022, 06:58am

Publié par PCF Villepinte

Julien Jaulin/hanslucas

Samedi 17 Septembre 2022

L'Humanité Caroline Constant

L’économiste Julia Cagé s’est fait connaître en 2015 pour son livre «Sauver les médias». à lheure où la redevance télé est supprimée, elle démontre, dans un passionnant rapport pour la Fondation Jean-Jaurès, le danger d’un sous-financement de l’audiovisuel public. Une manœuvre très idéologique, voire perverse, selon elle.

Elle plaide depuis des années contre la concentration des médias dans les mains de quelques oligarques. L’économiste politique Julia Cagé a écrit, au cœur de l’été, un rapport pour la Fondation Jean-Jaurès, «Une autre redevance est possible. Pour un financement affecté mais plus juste de l’audiovisuel public». Elle y réaffirme limportance déterminante de la radio et de la télévision publiques, leur rôle dans la société, et leur absolu besoin dun financement suffisant et pérenne.

Pour vous comme citoyenne, et comme économiste, que représente l’audiovisuel public?

Comme citoyenne, il représente une source assez importante d’information. Je ne regarde plus énormément la télévision en linéaire, comme beaucoup de gens. En revanche, j’écoute beaucoup la radio, c’est ma source d’information au réveil. Et il ne faut pas oublier que la redevance finance beaucoup la création audiovisuelle, la fiction, le documentaire, le reportage, le cinéma.

Je consomme donc, comme citoyenne, la redevance sans m’en apercevoir. Comme économiste, l’audiovisuel public représente l’un des piliers fondamentaux de la démocratie. Dans les pays avec un audiovisuel public de qualité, les gens sont en moyenne mieux informés et participent davantage au débat politique et à la vie publique. C’est largement documenté par la sociologie, l’économie, les sciences politiques. C’est un outil fondamental et indispensable, renforcé dans plein de pays actuellement.

Y compris dans des pays comme la Grèce qui y avaient renoncé…

Ils y avaient renoncé en partie pour des raisons politiques et idéologiques. L’Espagne, qui a sacrifié les financements publics, cherche aujourd’hui des sources de financement alternatif. En France, à mon sens, on prend le contre-pied de l’histoire. Surtout dans un paysage médiatique qui est fragilisé, concentré.

Les spécialistes disent que la redevance ne correspond plus aux besoins depuis plusieurs années. On a le sentiment que la décision de la supprimer tombe sans rapport avec les réflexions engagées sur le sujet, et à côté d’expériences, dites-vous dans votre rapport, qui se font au nord de l’Europe. En quoi sont-elles plus justes et plus efficaces?

La redevance ne correspond plus aux besoins de consommations du service public, puisqu’elle ne porte que sur les détenteurs de téléviseurs (qui ont baissé), alors que de plus en plus d’individus consomment les contenus audiovisuels sur leur tablette ou leur téléphone portable.

Surtout, c’est un impôt profondément injuste, puisque le montant est le même pour tout le monde. Il fallait la réformer. Cela peut être mis dans la longue litanie de ce que n’a pas fait la gauche pendant le dernier quinquennat. Le gouvernement de Macron a repris une idée poussée par l’extrême droite depuis longtemps, celle de la privatisation du service public: plus de service public, plus de redevance.

Macron a sorti cette proposition de son chapeau, de manière complètement impréparée. Et tout le monde rame derrière. Gabriel Attal sur France Inter a pu ainsi dire que 137 euros seraient rendus à chaque Français, sans diminution des recettes de l’audiovisuel. La question est donc: «Mais où allez-vous les prendre?» Or, la loi dit que lindépendance de laudiovisuel est un principe constitutionnel; ils courent donc le risque de se faire retoquer par le Conseil constitutionnel, d’où la proposition de prendre une portion de TVA.

C’est de la démagogie, mais elle passe assez bien, parce que tout le monde est pris à la gorge avec le problème du pouvoir d’achat, l’augmentation de l’inflation, l’augmentation des coûts de l’énergie. Pourtant, cela va à contresens de l’histoire: en Allemagne, la «taxe injuste» a été élargie à lensemble des écrans. Et pour en assurer lindépendance, la redevance est collectée par un organisme qui dépend des chaînes de laudiovisuel public.

Ce n’est pas l’État qui peut décider du jour au lendemain de s’asseoir sur les budgets prévus, comme en France. Encore plus intéressant, les pays nordiques: la Finlande en 2010, la Suède et la Norvège entre 2019 et 2020 ont remplacé la redevance par un impôt qui pèse sur l’ensemble des foyers, mais de manière progressive. En Finlande, ils font même contribuer les entreprises de manière progressive. À la fin des années 2010, dans ces pays-là, le débat était le même qu’en France à propos des «radios de gauchistes». Depuis la réforme, cest devenu acceptable parce que limpôt est juste, progressif et plafonné.

Cela ne construit-il pas un autre lien entre les citoyens et leur audiovisuel public?

J’ai beaucoup discuté avec des sénateurs et des députés des différents groupes de la Nupes. Pour que chacun se sente un lien de proximité avec son audiovisuel public, il faut commencer la redevance à 5 euros, et pas à zéro. Il devrait aussi comprendre des implications en termes de gouvernance du service public: avoir des représentants des citoyens au conseil d’administration, cela aurait du sens.

Alors qu’on assiste à un énorme mouvement de concentration du secteur audiovisuel privé, avec la fusion annoncée TF1/M6 et les concentrations chez Bolloré ou Drahi, l’audiovisuel public pourrait-il représenter un contrepoids?

C’est un modèle alternatif. Du point de vue de l’information, il protège davantage l’indépendance s’il est bien financé, et si on fait en sorte qu’il n’y ait pas d’interférences du gouvernement. Le cas d’école est anecdotique, mais dit quelque chose: quand Bolloré censure son premier documentaire à son arrivée sur Canal Plus, le film passe ensuite sur France 2. Le service public est aussi à but non lucratif. Ce qui permet de viser davantage la qualité de l’information, et moins des objectifs d’audience, donc de dépendre moins des annonceurs et de leurs pressions potentielles.

Depuis une bonne douzaine d’années, l’audiovisuel public a déjà été abîmé par des restrictions budgétaires…

Le problème perdure depuis la suppression de la publicité après 20 heures sous Nicolas Sarkozy. En fait, il a supprimé la pub, l’a compensée mais juste un peu, et seulement jusqu’en 2012. Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, un cap a été passé. Il a commencé par s’asseoir sur les contrats d’objectifs et de moyens (COM) de France Télévisions et Radio France. Or, si ces contrats sont étudiés sur cinq ans, c’est qu’il y a une raison: lidée est de découpler le cycle politique des cycles des engagements de financement.

Macron a tourné le dos à ce principe, et a demandé à l’audiovisuel public de faire des économies en plein milieu des COM. Et ce n’est pas tout! De manière hallucinante, et parce que cela va à lencontre du Code général des impôts, le gouvernement a désindexé les ressources de l’inflation. Ce n’était déjà pas très rigolo quand vous aviez 2 % d’inflation, mais, cette année, n’en parlons pas. Pour achever le tout, Darmanin a réduit de 1 euro la redevance. Je sais que c’est moins lisible et plus difficile à vendre politiquement, mais j’insiste: il est indispensable davoir des recettes en pourcentage et pas sur un montant fixe. Car, dès que vous avez une somme en montant, cela permet, comme ils le font sur les retraites, daller prendre de largent en nindexant pas, pas comme il faut, ou trop tard.

Il y a donc clairement une volonté politique d’asphyxier l’audiovisuel public?

Macron déteste l’audiovisuel public. Il veut entrer dans une espèce de cercle vicieux: si vous donnez moins de moyens, à un moment donné, cet audiovisuel va baisser en qualité. D’autant que la radio et la télé publiques sont déjà à l’os, avec les économies successives. La mesure visant à supprimer la redevance a été lancée en pleines vacances, avec une nouvelle Assemblée nationale pas encore opérationnelle. Le gouvernement dit vouloir prendre une portion de la TVA qui sera réévaluée en 2025. Imaginons qu’on ait une alternance politique en 2027: si la gauche veut alors refinancer le service public, ce sera, à raison, perçu comme un nouvel impôt, sur un secteur globalement impopulaire, même si les gens font plus confiance en moyenne au service public d’information qu’aux autres.

Les meilleures audiences sont réalisées aujourd’hui par la télé et la radio publiques. Il s’agit donc de casser un bien commun qui fonctionne et qui est reconnu?

Ils savonnent la planche. C’est complètement pervers. C’est compliqué de mobiliser les foules. Les salariés ont fait des grèves longues qui n’ont jamais abouti sur rien. Donc, ils ont peur de perdre le bras de fer. Et ils voient bien qu’il est extrêmement difficile d’avoir une mobilisation populaire à leurs côtés. D’autant que la gauche n’a pas forcément un discours fort pour proposer une alternative crédible.

 

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De pire en mieux

28 Juillet 2022, 08:09am

Publié par PCF Villepinte

Publié le Mercredi 27 Juillet 2022

L'Humanité Maurice Ulrich

Churchill, quoi qu’on en pense, avait le sens de la formule: «La démocratie est le pire des systèmes à lexception de tous les autres.» C’est connu mais ça reste à méditer au sein de la majorité relative, comme au gouvernement et à l’Élysée.

Pour exemple, le vote par une majorité de députés, samedi soir, d’un amendement non prévu par l’exécutif sur la compensation de la hausse du RSA pour les départements leur est resté en travers de la gorge. Bruno Le Maire est «stupéfait». Aurore Berger, la présidente du groupe Renaissance, a parlé d’un vote «à la hussarde». Comment? Des parlementaires ont voté comme ils pensaient devoir le faire vis-à-vis de celles et ceux qui les ont élus?

On peut toujours penser à des petits calculs, aussi, comme à des rapprochements stratégiques plus inquiétants vers la droite et le RN. Mais l’Assemblée nationale n’est plus ce qu’elle a été pendant cinq ans: la chambre denregistrement et de vote automatique des textes émanant de l’Élysée et du gouvernement.

Alors il est vrai que le débat, la confrontation des propositions ce nest pas comme le vélo. Ça s’oublie un peu. Les caricatures et les anathèmes parasitent trop les débats. D’une manière on ne peut plus pavlo­vienne, le président du groupe LR parle encore des votes pavloviens de la gauche. Tel autre qui se garde bien de tailler le moindre costard aux patrons du CAC 40 s’engage dans une pitoyable guerre du port des cravates…

Mais que veut-on? Une Assemblée muette? Des élus dociles surveillant du coin de l’œil le premier qui osera cesser dapplaudir? Celles et ceux dans le monde politique et dans les médias qui ne cessent d’opposer nos démocraties aux régimes totalitaires s’inquiètent maintenant des turbulences de l’Hémicycle!

Le couvercle mis pendant cinq ans sur la représentation nationale l’était aussi sur les électeurs, sur les attentes populaires quand il n’était plus question pour les élus que de «pédagogie» et de diffusion de la bonne parole pour faire avaler les pilules des «réformes». Ce nest plus le cas. Cest mieux.

 

 

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Revalorisation des retraites : le sale coup de la Macronie

28 Juillet 2022, 08:05am

Publié par PCF Villepinte

Assemblée nationale. Le gouvernement a fait revoter les députés en pleine nuit afin d’empêcher une revalorisation des retraites de 5,5 %, adoptée quelques heures plus tôt, mardi soir, contre l’avis de l’exécutif.

Publié le Jeudi 28 Juillet 2022

L'Humanité Aurélien Soucheyre

« Le scrutin est ouvert. » « Le scrutin est clos. » La séance s’est tenue dans la confusion générale.

Hans Lucas via AFP

Il y a des jours où la Macronie promet de «nouvelles méthodes», du «dialogue», du «compromis» et de la «coconstruction». Et puis, il y a des nuits où les troupes présidentielles retombent dans leurs travers. L’examen du budget rectificatif, voté par 293 voix contre 146 lors d’une séance nocturne entre mardi et mercredi, s’est achevé sur un psychodrame.

Tout commence lorsque le gouvernement est battu, une nouvelle fois, par l’opposition. Et pas sur n’importe quelle mesure: le centriste Charles de Courson présente un amendement pour que la hausse des retraites prenne en compte le niveau réel de linflation pour 2022, soit 5,5 % à ce jour, contre 4 % comme proposé par Bercy. Sans surprise, le gouvernement appelle à voter contre.

Dans la confusion générale

La Macronie fait bloc, mais les députés de gauche, ceux du RN et neuf élus LR, votent pour. L’amendement est adopté par 186 voix contre 181. La gauche jubile. «Victoire! Contre lavis du gouvernement, lAssemblée vient de relever les pensions à hauteur de linflation. Une bonne nouvelle pour ceux qui ont travaillé toute leur vie et ont droit à une vie digne !» s’enthousiasme le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

Oui, mais voilà, tard dans la nuit, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, revient à la charge et demande un second vote, comme le règlement l’y autorise. Alors que plusieurs députés brandissent le règlement intérieur, protestent contre la manœuvre et réclament une suspension de séance, la députée Modem Élodie Jacquier-Laforge, qui préside les débats, convoque subitement le vote.

Dans la confusion générale, la hausse de 5,5 % des retraites est rejetée par 224 voix contre 121. «Plein de collègues nont pas eu le temps de voter ou se sont trompés de bouton dans la précipitation. Jai déjà vu des ministres organiser une seconde délibération après avoir été battus, ce que je trouve déjà très problématique. Mais là, c’était lunaire. C’est la pire séance à laquelle j’ai assisté de toute ma vie, à plus d’un titre !» s’indigne le député FI Ugo Bernalicis.

40 demandes de rectification de vote!

Plusieurs parlementaires se ruent pour remplir des feuilles de correction, ce qu’ils font quand ils se trompent de vote. Quarante «mises au point» ont été comptabilisées. Un chiffre rare, preuve dun scrutin tenu loin de toute la sérénité nécessaire à un vote. Beaucoup d’élus crient leur colère. Les députés RN, qui étaient 80 à s’être prononcés pour la hausse de 5,5 %, semblent désemparés. Lors du deuxième scrutin, 9 ont voté avec le gouvernement et 24 contre.

Beaucoup réclament un nouveau décompte, à droite comme à gauche. C’est possible: il suffit que lexécutif dépose un nouvel amendement. Mais Élodie Jacquier-Laforge propose aux élus revendicatifs de se rattraper en votant pour ou contre larticle 8, lequel comporte pourtant dautres mesures que la revalorisation des retraites… Scandalisés, les députés RN quittent l’Hémicycle et refusent de participer au vote final sur le budget rectificatif.

Le gouvernement, qui sait pourtant qu’un scrutin dans les règles lui serait favorable puisque les députés LR ont changé de position en quelques heures et assurent la bascule, ne cherche même pas à dissiper le doute. «Réglementairement, vous avez raison. Mais politiquement, vous avez fondamentalement tort. Cette méthode du rattrapage, du passage en force, on la vécue de 2017 à 2022. À chaque fois que l’on gagnait un amendement, vous reveniez dessus!» alerte le président FI de la commission des Finances, Éric Coquerel, qui ajoute à l’adresse de la Macronie: «Laissez le texte vivre sa vie, transmettez-le au Sénat et à l’arrivée, on verra bien. Mais ne revenez pas à ces méthodes de passage en force. Vous ne tiendrez pas cinq ans comme ça.»

Le gouvernement aurait pu lever le gage

Reste que Charles de Courson lui-même a voté avec le gouvernement lors du second scrutin, l’exécutif s’étant engagé à revaloriser les retraites en… janvier 2023. «Lamendement de Courson aurait eu de fâcheuses conséquences: 500 millions deuros auraient été retirés aux retraites militaires», pointe le rapporteur général du budget, Jean-René Cazeneuve.

Le texte était ainsi techniquement rédigé car toute nouvelle dépense doit être compensée par une économie pour qu’un amendement soit recevable. «Mais le gouvernement peut lever le gage, note Ugo Bernalicis. C’est ce qu’il a fait quand nous avons voté contre son avis l’aide de 230 millions d’euros pour les ménages se chauffant au fioul. Elle était financée via des ponctions sur les politiques de la ville. Mais cette conditionnalité a été retirée: le gouvernement a levé le gage.» Il a décidé de ne pas le faire pour une hausse des retraites de 5,5 %. Alors que, selon l’Insee, l’inflation globale pour 2022 sera de 7 %.

 

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L'odieux deal de Boris Johnson mis en échec : une première victoire à pérenniser

17 Juin 2022, 11:06am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 17/06/2022 par PCF

Le PCF se réjouit de voir les délires xénophobes du premier ministre britannique, Boris Johnson, stoppés grâce aux mobilisations et à l'action des associations britanniques qui, en continuant de faire valoir le droit international et les conventions de Genève, ont permis une première grande victoire contre la véritable politique d’expulsion initiée par le Royaume-Uni.

 

Le premier avion devant décoller de Londres mardi vers le Rwanda avec, à son bord, des migrantes et migrants expulsés par les autorités britanniques, est en effet resté cloué au sol.

C'est une très bonne nouvelle : la Cour européenne des droits humains (CEDH) a répondu hier in extremis positivement aux recours des associations d'aides aux réfugiés et demandeurs d'asile du Royaume-Uni ; hier soir, le droit l'a emporté. Cette première victoire est maintenant à pérenniser.

Le gouvernement d'un Etat de droit ne saurait passer des « deals » sur le dos d'êtres humains en piétinant leur droit à l'asile. Boris Johnson l'a fait en passant un pacte honteux et douteux avec le gouvernement rwandais. Ce sont plus d'une trentaine de réfugiés iraniens, irakiens, albanais et syriens – que Boris Johnson voulait expulser moyennant quelques millions d'euros « d'aide » versés au Rwanda.

Or, ni les droits humains, ni le droit international, ni l'aide au développement ne se marchandent. Ce sont des obligations et devoirs des Etats envers les individus victimes de l’injustice de l’ordre international, sans discrimination et dans le respect absolu des droits humains fondamentaux.

La seule manière efficace de lutter contre les passeurs et filières qui mettent la vie des réfugiés en danger est d'ouvrir des voies légales et sécurisées de migration en Europe, de respecter pleinement le droit d'asile et les conventions de Genève, de mettre en place une politique de solidarité européenne et d'accueil digne pour les migrantes et migrants.

Le PCF apporte tout son soutien à celles et ceux qui en Grande-Bretagne s'opposent au plan de Boris Johnson et à sa politique aux relents xénophobes.

 

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Décider

10 Juin 2022, 06:35am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 08/06/2022 par PCF

Etrange ou pervers ce Président qui annonce pour demain, pour bientôt, pour l’après législatives un grand débat national, participatif, horizontal, où l’on fera le tour de toutes les questions qui taraudent l’opinion, alors que dans le même temps il chloroformise la discussion publique, il étouffe la campagne électorale, il congèle les échanges.

Au point que nombre de concitoyennes et concitoyens rencontré·e·s sur les marchés ou dans les porte-à-porte disent : « Les législatives ? quelles législatives ? » Le pouvoir tue la discussion. C’est son intérêt, pense-t-il. Ça reste à voir. Pour une fois, l’ex-ministre de la Santé Olivier Véran parle vrai quand il confesse dans la presse : « L’élection va se décider dans les derniers jours. »

Gérard Streiff

 

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Syrie : Lafarge, mis en examen, doit s’expliquer sur sa complicité avec les organisations djihadistes

20 Mai 2022, 11:36am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 20/05/2022 par PCF

La cour d’appel de Paris a confirmé, ce mercredi 18 mai, la mise en examen du cimentier Lafarge-Holcim pour « complicité de crime contre l’humanité » en Syrie qui s'ajoute à celles de « financement d’une entreprise terroriste » et de « mise en danger de la vie d’autrui ».

Par l’intermédiaire de sa filiale syrienne Lafarge Cement, le groupe a monnayé la sécurité de ses approvisionnements dans les zones de guerre et le maintien des activités de l’usine de Jalabiya. Alors que les premiers dirigeants du groupe avaient une connaissance précise des crimes de l’Etat islamique (Daesh) et d’Al Nosra (Al Qaïda), ils n’ont pas hésité à leur verser plusieurs millions d’euros entre 2013 et 2014.

Ce choix criminel, afin de préserver les profits de la multinationale et de ses actionnaires, s’est fait en mettant en danger la vie des salariés syriens.

Le groupe Lafarge va devoir s’expliquer sur la complicité que l’instruction a confirmée avec les organisations djihadistes. Dans quelle mesure, le Quai d’Orsay était-il au courant de ces pratiques dont la justice aura à confirmer le caractère criminel ? Toute la lumière doit être faite sur ces multinationales prédatrices qui méprisent et bradent les principes fondamentaux des droits humains.

 

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Une information libre

9 Mars 2022, 07:24am

Publié par PCF Villepinte

CGT

En France, 10 milliardaires possèdent l’écrasante majorité des médias. Cette mainmise des grands groupes privés n’est pas nouvelle. Mais depuis quelques années, le phénomène prend une ampleur exceptionnelle et suscite beaucoup d'inquiétude.

Ayez confiance, les adeptes du capitalisme vous informent. De tout temps, les industriels ont investi dans la presse. Un acte philanthrope ?

Certainement pas. L’investissement des grands groupes dans le secteur de la communication et de l’information est un formidable moyen de pression. Cela permet aux industriels d’élargir leur influence et de véhiculer une idéologie au service du capital. 

Ainsi, depuis plus de 25 ans, le traitement médiatique accompagne avec bienveillance chaque nouvelle réforme libérale. 

“Le scénario est bien balisé, le vocabulaire bien rodé, les formats bien ajustés : « la réforme » a une étonnante capacité à mettre en marche la machine médiatique à fabriquer sa bouillie, parfaitement conforme aux intentions des « élites » économico-politiques” relève l’observatoire des médias (ACRIMED) créé en réaction au traitement médiatique de la mobilisation contre le plan Juppé de 1995. Depuis une vingtaine d’années, le procédé a pris de l’ampleur avec le développement d’Internet et des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).   

Alors que les Français se méfient de plus en plus des médias, les investissements des industriels dans le secteur connaissent une accélération inédite. 

En multipliant les investissements dans le secteur de la presse, l’audiovisuel, les télécoms, ou encore l’édition, ces milliardaires à la tête de grands groupes industriels, bâtissent un empire médiatique. En créant des ponts entre contenus et contenants, ils contrôlent tous les éléments de la chaîne de production de l’information et développent ainsi un puissant outil à forger les opinions. 

Symbole de cette tentation hégémonique et de la banalisation des idées d'extrême droite, le groupe Vivendi avec à sa tête Vincent Bolloré qui va jusqu’à posséder un institut de sondage. Si son nouvel objectif se concrétise, dans quelques mois, il pourrait posséder “70 % des livres scolaires, la moitié des livres de poche, une centaine de maisons d’édition, avec un quasi-monopole sur la distribution des livres” alerte dans un appel plus de 80 organisations associatives et syndicales.

Depuis la Libération, il est pourtant acquis que l’information n’est pas un objet commercial mais un instrument de culture.

L’appel, signé par la CGT et lancé le 16 février dernier dénonce “ cette concentration de médias [...] sans précédent dans notre histoire. Elle renverse les principes démocratiques garantis depuis la Seconde Guerre mondiale, et tous les progrès de la liberté de la presse, du droit d’informer et des médias. Sous nos yeux incrédules se déroule une révolution rétrograde qu’il est urgent d’empêcher.” 

Alors que la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias pour en évaluer l’impact sur la démocratie devrait rendre ses conclusions d’ici la fin du mois, la CGT tient à rappeler ses revendications afin d’assurer le droit à l’information en reconnaissant enfin l’indépendance juridique des équipes rédactionnelles ou en renforçant les dispositifs anti-concentration dans les médias.

 

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Résolument antifasciste ! Hier comme aujourd'hui

30 Janvier 2022, 11:03am

Publié par PCF Villepinte

L’extrême droite s’est toujours nourrie des pathologies de la société et le monde du travail n’est naturellement pas immunisé contre « la tentation du pire ».

En 2017, près de 10,6 millions d’électeurs ont voté pour la candidate du Rassemblement national.

L’actualité politique vient encore aggraver ce phénomène de popularité de l’extrême droite.

Mais d’autres signes tout aussi inquiétants témoignent de la crise démocratique que nous traversons :

durcissement autoritaire,

 répression étatique,

 débat public saturé par les thèmes identitaires,

 marginalisation des questions sociales, etc.

Au nom des valeurs de solidarité et du refus de toute discrimination, la CGT combat résolument le fascisme sous toutes ses formes !

La banalisation des idées d’extrême droite invite à la plus grande vigilance et c’est en partant du passé, de l’histoire sociale, de nos analyses et propositions de progrès social que nous combattons résolument le racisme, l’extrême droite, ses idées et ses pratiques. 

La CGT et son Institut d'histoire sociale (IHS) vous proposent une journée de débats utiles à nos organisations et à la visibilité de notre combat antifasciste au quotidien.

Jeudi 10 février retransmission en direct sur le site de la journée de débats.

Au programme :

9h30 – Accueil

10h – Première table-ronde
Combattre les idées d’extrême droite, les leçons du passé

Introduction et animation : Gilbert Garrel, président de l’Institut CGT d’histoire sociale

Avec la participation de :

Jérôme Beauvisage, Institut CGT d’histoire sociale

 Cédric Bottero, collectif confédéral CGT lutte contre les idées d’extrême droite

 Annie Collovald, sociologue, professeure, université de Nanterre

 Philippe Corcuff, politiste, maître de conférences, Sciences Po Lyon

12h30-14h – pause déjeuner

14h – Deuxième table-ronde
Combattre les idées d’extrême-droite, les enjeux d’aujourd’hui

Introduction et animation : Pascal Debay, membre de la Commission exécutive confédérale de la CGT

Avec la participation de :

Julien Dohet, Fédération générale du travail de Belgique

 Caroline Lacour, Fédération CGT des services publics

 Nicolas Lebourg, historien, université de Montpellier

 Hugo Palheta, sociologue, maître de conférences, université de Lille

16h15 – Conclusions par Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

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