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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

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Grève pour les salaires chez RTE :

12 Décembre 2022, 08:09am

Publié par PCF Villepinte

 Des salariés traités

comme des terroristes

Au moment où le président de l’entreprise qui apporte l’électricité dans nos foyers donne la météo du courant chaque jour à la télé, l’Humanité apporte des preuves de la sévère répression qui s'est abattue sur les salariés mobilisés au printemps. 

L'Humanité Lundi 12 Décembre 2022

Samuel Ravier-RegnatClotilde Mathieu

À Toulouse, le 19 octobre. Des salariés de RTE manifestaient lors de la mobilisation nationale pour défendre le pouvoir d’achat. ALAIN PITTON/NURPHOTO/AFP

En ces temps d’incertitude où l’on s’inquiète de la perspective d’une pénurie d’électricité cet hiver, Xavier Piechaczyk est omniprésent. Dans les studios des matinales des grandes radios nationales, le président de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, s’efforce de rassurer les auditeurs.

Mais nul ne l’interroge sur la grève lancée fin novembre par la CGT, qui réclame des hausses de salaire. Ni, a fortiori, sur les conditions dans lesquelles s’est déployé le mouvement social précédent, qui a duré de fin février jusqu’au mois de juin et laisse un sombre souvenir.

Et pour cause: non seulement les revendications des employés, qui portaient déjà sur des augmentations, nont pas été satisfaites, mais les grévistes, régulièrement délogés par les CRS, ont fait l’objet d’une sévère répression, dans un climat social délétère, selon de nouveaux éléments révélés par l’Humanité.

96 heures de garde à vue à la DGSI

Une partie de l’histoire se déroule dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. C’est ici, entre les murs de ce bâtiment plus accoutumé aux cas d’antiterrorisme ou de contre-espionnage qu’aux conflits sociaux, qu’ont été entendus, après leur arrestation à leur domicile le 4 octobre, quatre salariés trentenaires de RTE travaillant à Valenciennes (Nord). L’un d’entre eux est membre de la CFDT, les trois autres ne sont alors pas syndiqués (ils ont depuis adhéré à la CGT).

Leur garde à vue durera quatre-vingt-seize heures – une éternité. Elle fait suite à une plainte pour «manœuvre () dun appareil du réseau public de transport d’électricité par personne non autorisée», déposée dans un commissariat de Lille, le 26 juillet, par un représentant de RTE.

Des pertes de téléconduite

L’entreprise, filiale d’EDF, leur reproche d’avoir mis en risque la sûreté du système électrique en organisant des pertes de téléconduite, c’est-à-dire de capacité d’intervention à distance sur le réseau, cet été. Des faits que la CGT reconnaît, tout en les minimisant: «Les pertes de conduite, cest quelque chose de bénin chez RTE, cela na aucun impact», assure Francis Casanova, délégué central CGT, qui a recensé 2800 incidents de ce type sur lensemble du territoire entre janvier et septembre...

...«Criminalisation du droit de grève»

Comment ces actions dans le cadre d’un mouvement social dans l’entreprise ont-elles pu mener ces grévistes à des auditions par le renseignement intérieur et des poursuites judiciaires pour lesquelles ils risquent jusqu’à quinze ans de prison? Lavocat Jérôme Borzakian, qui défendra un des salariés lors du procès qui aura lieu le 28 février au tribunal correctionnel de Paris, n’en revient toujours pas. «Mon client a été traité comme un terroriste. En vingt-cinq ans de travail, je navais jamais vu ça», souffle-t-il.

Des accusations de «malveillance informatique»

Selon les documents que nous avons pu consulter, c’est Marc Betton, le directeur de la sûreté du groupe, qui a pourtant contacté les services de renseignements. Selon la DGSI, il les a alertés, le 29 juillet, pour les «informer de faits concernant (le) système informatique» de l’entreprise et faire part de ses soupçons quant à des actes de «malveillance informatique de personnels RTE». Dans la foulée, le parquet de Paris ouvre une enquête pour «entrave à un système de traitement automatisé de données» et «sabotage informatique», entre autres chefs daccusation.

Les échanges entre les officiers de police judiciaire et les représentants de RTE seront ensuite réguliers, tout au long de l’été, ces derniers informant de l’évolution de leur enquête interne visant à identifier les salariés à l’origine des pertes de téléconduite. En réponse à nos questions, RTE confirme finalement avoir «informé les services habilités à traiter les faits de cybercriminalité, en lespèce la DGSI». Une «démarche normale», selon le groupe, qui n’aurait «rien dexceptionnel».

«La direction est prise en flagrant délit de mensonge», commente Francis Casanova, de la CGT. En parallèle des poursuites judiciaires, RTE engage des procédures disciplinaires à l’encontre de ses salariés valenciennois, mis à pied à titre conservatoire dès le mois de septembre. Selon nos informations, tous les quatre ont été convoqués fin novembre, à l’issue des commissions de discipline, à des entretiens préalables à sanction qui se sont déroulés mardi et mercredi.

«Jenvisage de vous infliger la sanction de mise à la retraite doffice», c’est-à-dire de licenciement, pour des faits relevant d’une «faute lourde», leur a signifié Claire Grandet, directrice exécutive en charge de la direction de la maintenance. Une procédure «totalement disproportionnée», dénonce Hubert Dubois-Deborde, délégué central FO RTE. «Ils vont ressortir de tout ça laminés, pour un acte de grève qui na pas eu de conséquence en termes de sûreté. Cest comme si on prenait un marteau pour écraser une mouche», déplore-t-il.

Après le suicide de Mathieu

À quelques centaines de kilomètres de là, au groupe de maintenance de Saumur, un drame survient: le suicide de Mathieu P., un agent de 29 ans. Tout commence le 2 juin, avec une série de «coupures sauvages» dans la région angevine qui donnent lieu à plusieurs plaintes de RTE.

C’est dans ce cadre que le jeune homme, non syndiqué, en poste depuis cinq ans, est convoqué le 7 septembre au commissariat d’Angers, après cinquante-six heures cinquante de grève pour des hausses de salaires. Au total, huit collègues seront convoqués, ainsi que le responsable régional de la CGT énergie et le secrétaire général de l’union départementale du Maine-et-Loire.

Mathieu P. est le premier convoqué. À l’époque, «c’était la stupeur, se rappelle Frédéric Wallet, secrétaire général de la CGT énergie RTE Ouest. Personne ne comprenait pourquoi certains d’entre nous, dix, étaient convoqués, mais pas d’autres». L’épisode aurait «préoccupé» ce technicien de maintenance, relate l’inspection du travail dans un courrier adressé à RTE, le 16 novembre.

Mathieu P., qui allait être promu en janvier, s’était mis le 22 août en arrêt de travail, dès réception de la convocation à la gendarmerie. Il n’est revenu travailler que le 7 octobre. Soit dix jours avant son suicide.

À la suite de son décès, une commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) extraordinaire s’est réunie le 21 octobre. Durant la réunion, les élus demandent la qualification de cet événement en accident du travail, mais aussi la réalisation d’une enquête par la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) Pays de la Loire.

L’objectif est «de rechercher et danalyser les facteurs dorigine professionnelle qui auraient pu participer à la genèse du suicide», relate l’inspecteur du travail, présent à la réunion. Quelques jours plus tôt, le 27 octobre 2022, poursuit-il dans sa missive, la Carsat suggérait à RTE «la nécessité de réaliser une enquête approfondie sur l’événement, dans un but de prévention».

«Souffrance psychologique importante»

Autant de demandes que la direction du groupe a rejetées, en s’appuyant sur les conclusions du procureur de la République d’Angers, qui, explique-t-elle, «a instruit lenquête concernant les actes malveillants». Selon RTE, il n’aurait fait «aucun lien entre le décès et laudition libre devant un agent de la direction départementale de la sécurité publique»

Et d’ajouter: «Il n’était sous le coup d’aucune procédure judiciaire et d’aucune procédure interne/disciplinaire déclenchée par RTE.» Pourtant, rappelle, l’inspection du travail, «si le suicide () est intervenu hors du lieu et hors du temps de travail, une déclaration daccident du travail peut néanmoins être effectuée, notamment lorsque l’absence de tout lien avec le travail ne peut être établie avec certitude».

Les représentants des salariés font aussi l’objet de procédures judiciaires.

En avril 2022, la direction de RTE assigne le CSE de la maintenance devant le tribunal de Nanterre pour contester une demande d’expertise «risque grave» sur la santé au travail des élus syndicaux.

Une demande faisant suite à l’absence d’évolution, selon le CSE, après la publication en juillet 2021 d’un premier rapport d’expertise réalisé par le cabinet Degest qui constatait que «lensemble des sujets qui nont pas trouvé de réponses au niveau local, voire régional (CSSCT), finissent par émerger dans les réunions du CSE qui devient le réceptacle de dysfonctionnements de la chaîne en amont.

Aujourd’hui, cette instance est reconnue par l’ensemble des acteurs y participant comme complètement bloquée». Déjà le 20 mars 2020, un courrier de l’inspection du travail, cité dans la procédure judiciaire, alertait sur la «souffrance psychologique importante» exprimée par les représentants du personnel.

Le 27 septembre, le juge a ordonné «une mesure de médiation» dans le but de convenir d’un accord «sur la recherche dun expert et dune mission qui convienne à toutes les parties». Selon Francis Casanova, les relations entre la direction et les syndicats sont profondément dégradées. 

«La direction méprise lensemble des organisations du personnel, et particulièrement la CGT», accuse le représentant du syndicat, qui met en cause les «méthodes» très dures d’un employeur face aux demandes d’augmentation formulées par les salariés en début d’année, alors que les résultats sont excellents (661 millions d’euros en 2021, + 27%).

En réponse, RTE souligne être «attaché au dialogue social» et parvenir « chaque année» à signer «près dune dizaine daccords, dont certains à lunanimité des organisations syndicales représentatives». Mais la CGT n’est pas la seule à tirer la sonnette d’alarme: à FO, Hubert Dubois-Deborde constate lui aussi une attitude de la direction qui, euphémise-t-il, ne «participe pas à lapaisement».

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Mégabassines :

31 Octobre 2022, 13:41pm

Publié par PCF Villepinte

 la répression s’abat sur les opposants

Écologie Samedi, près de 7000 personnes ont réaffirmé, dans les Deux-Sèvres, leur opposition à ce type de projet dirrigation, malgré linterdiction de manifester. Face à elles, les gendarmes ont répliqué de façon disproportionnée sans distinguer les violents, les pacifistes et les élus.

Emilio Meslet l'Humanité

Lundi 31 Octobre 2022

AFP

L’écharpe tricolore de députée ne protège pas de la répression policière. Samedi, à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), Lisa Belluco, parlementaire de la Vienne, portait la sienne en bandoulière quand elle s’est fait bousculer et frapper par les gendarmes en face d’elle. «Jai reçu des coups de matraque dans les jambes. Jai des bleus. Ensuite, ils ont lâché des gaz lacrymogènes à nos pieds», raconte l’écologiste.

Les insoumis Loïc Prud’homme et Manon Meunier disent avoir subi un sort similaire. De même, une «cinquantaine» de personnes ont été blessées, d’après les organisateurs, lors de cette manifestation contre les «mégabassines», ces immenses bassins deau pompée, en hiver, dans les nappes phréatiques, censés servir à irriguer, en période de sécheresse, des cultures souvent liées à l’agro-industrie.

À l’appel de 141 associations, syndicats et partis politiques dont la CGT, Attac, la Confédération paysanne, EELV ou le PCF 79, près de 7000 militants ont bravé la préfecture qui avait interdit la protestation. Ils voient dans les «mégabassines», dont celle de 16 hectares en construction à Sainte-Soline, le «symbole de laccaparement de leau au profit dune minorité et du maintien dun modèle agricole aussi toxique quanachronique».

En face, la répression des 1500 gendarmes mobiles fut donc sévère dans cette zone où la circulation était aussi prohibée, alors que les trois cortèges étaient surtout peuplés de familles, de personnes âgées et de militants pacifistes. «Ils ont utilisé des lacrymogènes à foison, des grenades de désencerclement et fait usage de LBD», rapporte Léna Lazare, militante à l’ONG Les Soulèvements de la Terre.

«La préfète a choisi son camp: elle protège des intérêts privés avec de largent public», dénonce quant à elle Adeline Grippon, membre du collectif Bassines non merci. L’objectif des organisateurs? «Réussir à atteindre la bassine, à enlever toutes les grilles qui protègent le chantier, à reboucher le début du trou, empêcher la reprise des travaux», selon un tract diffusé sur place que l’AFP a consulté.

«Nous voulons un débat national»

De son côté, la préfecture se félicite de voir «la manœuvre des opposants () déjouée», après plusieurs heurts . «Les gendarmes ont dû faire face à des individus violents, qui les ont agressés au moyen de tirs de mortiers, de cocktails molotov et de jets de projectiles ­divers. 61 gendarmes ont été blessés», fait-elle valoir dans un communiqué.

Ancienne directrice adjointe au cabinet de Gérald Darmanin, la préfète Emmanuelle Dubée comptabilise «400 profils Black Blocs et activistes très violents» pour justifier l’emploi de la force à un tel niveau. Décision soutenue par le gouvernement, à l’instar du ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau: «Quand vous maintenez une manifestation alors qu’elle est interdite, vous donnez l’occasion aux violents de s’infiltrer.» En somme, ils seraient l’ordre quand les opposants aux mégabassines seraient le chaos. Plus simple, alors, de les empêcher de manifester.

«Dans lexécutif, il y a une volonté de criminaliser le mouvement écologiste parce qu’il gêne des intérêts. Sauf que ceux-là gênent la survie de l’humanité. Ce projet se fait au détriment des citoyens et des agriculteurs qui respectent l’environnement», attaque Marine Tondelier, membre de la direction d’EELV présente dans les Deux-Sèvres. Et Adeline Grippon de surenchérir: «Cest une honte. Quand on veut abattre son chien, on dit quil a la rage. Quand on ne veut pas écouter les arguments de fond, on dit que les opposants sont violents. Mais je ne crois pas que les personnes de 70 ans puissent être des Black Blocs…»

Arguant que la justice a autorisé la «mégabassine» de Sainte-Soline, qui sera aussi grande que le Stade de France, le ministre de lAgriculture dit aussi que «les décisions de justice s’imposent à tous». Comme si le feu vert juridique empêchait le débat de société. «Nous voulons un débat national, une décision politique sur un sujet qui touche les lobbies, le business», rétorque Adeline Grippon. Pour Lisa Belluco, «le gouvernement a signifié samedi quil ne voulait pas reprendre le dialogue. Il a déclaré la guerre de leau».

Alors que même dans le camp progressiste le rejet de ces bassins d’eau n’est pas franc et massif (le Modef se questionne, les communistes et les socialistes sont partagés), certains imaginent Sainte-Soline devenir une nouvelle zone à défendre (ZAD). Comme Sivens ou Notre-Dame-des-Landes. «Pour linstant, on ne part pas dans cette direction, tempère Léna Lazare. Mais on viendra autant de fois que nécessaire pour stopper le chantier.» Seront-ils à nouveau accueillis par des lacrymogènes? Cest fort probable.

 

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Le 10 novembre pour les salaires et la retraite à 60 ans

29 Octobre 2022, 06:30am

Publié par PCF Villepinte

Le 10 novembre

pour les salaires et la retraite à 60 ans

PUBLIÉ LE 26 OCT. 2022

Depuis des mois, les travailleurs et les travailleuses de tous les secteurs professionnels se mobilisent pour obtenir des augmentations générales de salaire.

Depuis des mois, face à l'inflation galopante, les travailleurs et les travailleuses de tous les secteurs professionnels se mobilisent pour obtenir des augmentations générales de salaire.

Le gouvernement ne répond aux urgences sociales et à la montée des inégalités que par des mesurettes inefficaces à l’image de la loi sur le pouvoir d’achat. Il poursuit même ses projets de régression sociale en matière de droit au chômage et de report de l’âge de départ à la retraite.

Dans le même temps, les entreprises touchent de plus en plus d’aides publiques – leur montant est estimé à plus de 157milliards d'euros cette année. Les grandes entreprises, à l’image de TotalEnergies, versent toujours plus de dividendes à leurs actionnaires.

Malgré les répressions syndicales, les travailleur·ses engagé·es dans les mouvements sociaux restent déterminé·es.

Seules les mobilisations par la grève dans les entreprises ou les services obligent ces dernières à ouvrir des négociations.

Beaucoup de secteurs obtiennent d’ailleurs de belles avancées salariales grâce à ces rapports de force.

Augmenter les salaires est essentiel pour obtenir de bonnes retraites à 60 ans.

La hausse générale des salaires, c’est plus de cotisations pour la Sécurité sociale. C’est donc des moyens supplémentaires pour soigner, éduquer les enfants, être protégé·es en cas d’accidents du travail et de maladies professionnelles, de handicap. C’est aussi mieux vivre et vieillir à la retraite.

Face au projet de réforme des retraites injuste et rejetée par la très grande majorité de la population, la CGT porte des propositions alternatives finançables avec une autre répartition des richesses.

Défendre de bonnes retraites à 60 ans et plus tôt pour tous les métiers pénibles.

Obtenir des augmentations de salaires, du Smic et l’indexation automatique de tous les niveaux de rémunération sur le coût de la vie.

C’est urgent et c’est possible tout de suite!

 

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Greve du 18 octobre. Les cheminots au cœur de la mobilisation

19 Octobre 2022, 08:14am

Publié par PCF Villepinte

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Ouverture

18 Octobre 2022, 11:23am

Publié par PCF Villepinte

Maurice Ulrich l'Humanité

Mardi 18 Octobre 2022

AFP/Lou Benoist

La réquisition est évidemment une remise en cause du droit de grève. C’est aussi une vision du monde, une politique de force et de contrainte. Celle du pouvoir, celle des possédants. Les salariés sont tenus d’être au travail. En grève, ils sont une menace pour l’ordre public. C’est bien ce que dit l’article du Code des collectivités territoriales qui autorise les préfets à y recourir quand «latteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques lexige».

Le monde marche sur la tête quand le bon droit est du côté du PDG d’une entreprise multinationale qui s’est octroyé une augmentation de 52 % pour arriver à une rémunération de 6 millions d’euros, et du côté de ses actionnaires servis en priorité. La vision du monde, c’est aussi que les superprofits ne sont pas pour les salariés. On aimerait une révolution copernicienne. Qu’on réquisitionne Patrick Pouyanné pour lui signifier que ce ne serait que justice si le groupe ouvrait une véritable discussion salariale, sans faux-fuyants, manipulations et volonté de diviser syndicats et salariés.

Elle n’aura pas lieu, mais la journée d’aujourd’hui en remettant les salaires au centre des mobilisations sociales est de nature à changer la donne. Le gouvernement feint de croire à des fantomatiques négociations dans les entreprises. La réalité est tout autre. Alors que les plus modestes font jour après jour le constat douloureux de leur perte de pouvoir d’achat, les salaires restent bloqués.

La liste des entreprises ou des mouvement de grève qui s’amorcent s’allonge, au delà des raffineries. Ce n’est pas une nouveauté ou une exception française. Au Portugal, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, des mobilisations sont en cours, remettant en question la fiction d’un partage des profits. La marche de dimanche à Paris a témoigné de ce que le peuple de gauche entend être présent sur le front social, politique et environnemental. Ce 18 octobre n’est pas un prolongement, mais peut être une entrée en force sur le terrain de la justice sociale et de la réponse aux revendications du monde du travail.

 

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Recul historique du pouvoir d'achat

18 Octobre 2022, 11:17am

Publié par PCF Villepinte

: ce 18 octobre, les travailleurs dans la rue

Mouvement social. Les salariés qui se mobilisent, ce mardi, partout en France l’ont compris: la baisse de leur pouvoir dachat, confirmée par les statistiques, contraste avec les niveaux de profits sans précédent de certains secteurs, pétrochimie en tête.

Cyprien Boganda l'Humanité

Mardi 18 Octobre 2022

Corinne Simon

À ce stade, nul ne sait si le mouvement social qui s’annonce figurera un jour dans les livres d’histoire, mais le contexte dans lequel il s’inscrit y aura certainement sa place. Selon la dernière note de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la baisse du pouvoir d’achat observée en France au cours des derniers mois n’a rien d’un décrochage anecdotique: il sagit de la chute la plus forte jamais enregistrée depuis plus de quarante ans, en excluant la période du premier confinement.

Dans le détail, le pouvoir d’achat par unité de consommation s’est réduit de près de 3 % au premier semestre (1). Sur les années 2022 et 2023, la baisse atteindrait 1,4 %. «Le fait majeur qui distingue cette phase conjoncturelle des précédentes est la résurgence de l’inflation à des niveaux inobservés au cours de ces trente dernières années, écrit l’OFCE. La forte hausse des prix de l’énergie depuis 2021, que le gouvernement a cherché à modérer par la mise en place d’un bouclier énergétique et d’une remise sur les prix des carburants, a néanmoins conduit à un choc inflationniste considérable qui est venu rogner le pouvoir d’achat des ménages.»

Ainsi, les mesures gouvernementales auront, certes, atténué la violence du coup de bambou, mais elles n’auront pas suffi à contrecarrer les effets d’un choc énergétique dont les conséquences économiques sont d’ores et déjà comparables à celles du premier choc pétrolier de 1973. L’OFCE a sorti sa calculatrice: avec un baril de pétrole à 100 dollars en 2023 et une revalorisation de 15 % des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, les prix de l’énergie flamberaient de 22 % en 2022 et de près de 10 % l’année prochaine.

La gravité de la situation exigerait des mesures politiques autrement plus ambitieuses que ce qui a déjà été consenti, même si le gouvernement ne cesse de s’en féliciter. De même, les timides appels du pied lancés par la première ministre au patronat – «toutes les entreprises qui le peuvent doivent augmenter les salaires» – ne suffiront pas à abonder les fiches de paie. Pendant des mois, patronat et économistes libéraux ont exhorté les salariés à ne pas se montrer trop gourmands dans les entreprises, de peur que ne s’enclenche la fameuse boucle «prix-salaires» (la hausse des prix dope celle des salaires, qui entraîne à son tour une envolée des prix, etc.). On en est très loin: une étude du cabinet Deloitte estime que la hausse médiane des salaires en 2022 atteindrait péniblement 2,5 %, alors que linflation flirte avec les 6 %.

Jamais la part des salaires dans la valeur ajoutée n’aura été aussi faible

Pourtant, les entreprises survivent plutôt bien dans le chaos ambiant: leur taux de marge «reste à un niveau relativement élevé par rapport à la situation davant la crise», note pudiquement l’OFCE. En réalité, les entreprises font mieux que résister: à 32,2 % au deuxième trimestre 2022, leur taux de marge plane à des niveaux historiquement élevés, car elles ont profité à plein de la baisse de fiscalité décidée par Emmanuel Macron, tout en répercutant l’inflation sur leurs prix de vente. «Les grandes entreprises ont maintenu, voire accru leurs marges pendant la période, et les salariés en supportent les conséquences», confirme l’économiste Jonathan Marie. Ce dernier invite à replacer la séquence actuelle dans le temps long: jamais la part des salaires dans la valeur ajoutée naura été aussi faible en France, au moins depuis les années 1960. Selon Eurostat, les salaires ne pèsent plus que 57,2 % du PIB en 2022, contre 66 % en 1981, et ils pourraient chuter à 56,6 % en 2023.

Toutes les entreprises n’affichent évidemment pas la même santé économique, mais la grève dans les raffineries Total a remis la question du partage de la valeur ajoutée au centre du jeu: malgré 18 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre (10,4 milliards de résultat consolidé après la dépréciation des actifs russes), il a fallu trois semaines de grève pour que le pétrolier consente à desserrer (un peu) les cordons de la bourse.

 «Il est nécessaire de restaurer en France l’échelle mobile des salaires, qui indexe les rémunérations sur les prix, assure Jonathan Marie. Cela a fonctionné jusqu’en 1983, sans pénaliser le plein-emploi et l’activité.» Denis Durand, économiste communiste, plaide, lui, pour un bouleversement du fonctionnement des entreprises: «Cest bien au niveau de la production que se créent les conditions permettant d’augmenter ou non les salaires. Or, la gestion des entreprises est axée entièrement sur la hausse du taux de profit pour rémunérer actionnaires et financiers. Résultat, on n’embauche pas suffisamment, on ne forme pas suffisamment et on ne crée pas suffisamment de richesses.»

(1) Les organismes statistiques décomposent ainsi les foyers: une unité de consommation (UC) pour le premier adulte du ménage; 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus; 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

 

 

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Journée de grève du 18 octobre.

16 Octobre 2022, 07:41am

Publié par PCF Villepinte

 Philippe Martinez :

«Pourquoi nous appelons

à généraliser le mouvement»

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, revient sur les revendications et les mobilisations des salariés du secteur. Avec d’autres syndicats, la CGT lance une journée d’action interprofessionnelle le mardi 18 octobre.

Cyprien Boganda L'Humanité

Vendredi 14 Octobre 2022

Philippe Martinez avec les grévistes de la raffinerie Notre-Dame-de-Gravenchon, le 12 octobre. Lou Benoist / AFP

Le conflit social commence à faire tache d’huile. Démarrée le 20 septembre, la mobi­lisation dans les raffineries s’étend peu à peu à d’autres secteurs, alors que ­redoublent les attaques gouvernementales. Avec d’autres syndicats, la CGT lance une journée d’action interprofessionnelle le mardi 18 octobre.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, interpelle la CGT: «Le blocage de tout le pays, cest parfaitement inacceptable», assure-t-il. Par ailleurs, de nombreuses professions se plaignent de ne plus pouvoir travailler en raison du manque d’essence. Que répondez-vous aux critiques?

La CGT a demandé l’ouverture de négociations depuis plusieurs semaines sur la question des salaires et, jusqu’à présent, ni la direction de Total ni le gouvernement n’avaient jugé bon d’y répondre. Il a fallu attendre un conflit, dont l’exécutif a d’ailleurs minimisé l’impact au départ, en expliquant qu’il n’y avait aucun problème d’approvisionnement, pour qu’il se réveille. Le gouvernement et la direction de Total inversent les rôles: ce sont eux qui sont responsables de la situation.

Ce conflit revêt un caractère symbolique au vu de la situation financière du groupe: face à un PDG qui saugmente de 52% en un an mais qui refuse de partager les bénéfices réalisés, nous avons besoin d’un gouvernement qui fasse preuve de fermeté politique, pas qu’il renvoie dos à dos syndicats et direction…

Bien sûr, nous comprenons la colère des services d’urgences et des citoyens en général, mais il ne faut pas tomber dans le piège de la division: la faiblesse des salaires touche tout le monde dans notre pays, doù la multiplication des grèves dans de nombreuses entreprises. Des procédures doivent être mises en place pour permettre aux professions du soin et du médico-social de travailler correctement, mais c’est au gouvernement de les organiser.

La direction de Total a fait, ce jeudi, une nouvelle offre aux grévistes, avec une augmentation des salaires de 6% en 2023, ainsi quune prime équivalant à un mois de salaire. Suffisant, selon vous?

C’est aux salariés d’en décider, mais, ce qui est sûr, c’est que cette proposition ne correspond pas à la demande des syndicats de Total. La CGT réclame 10% daugmentation. Une négociation salariale ne se déroule pas de cette manière: en principe, direction et syndicats signent un accord de fin de conflit, qui prévoit des avancées et, ensuite, on demande aux salariés si cela leur convient.

Mais une direction qui dialogue toute seule et transmet ses propositions par voie de communiqué, cela n’a rien de démocratique. Que de temps et d’énergie perdus pour les salariés et les citoyens qui galèrent pour enfin ouvrir les négociations!

S’appuyant sur l’accord signé chez ExxonMobil par les syndicats majoritaires de l’entreprise, le gouvernement dénonce une grève minoritaire...

Je rappelle que l’accord signé chez ExxonMobil ne correspond visiblement pas aux attentes des salariés, puisque ces derniers sont en grève! Par ailleurs, je ne pense pas que lexécutif soit le mieux placé pour donner des leçons de démocratie: les trois quarts de la population sont opposés au recul de l’âge de départ en retraite, ce qui ne lempêche pas de maintenir son projet de réforme. Le gouvernement invoque la règle de la majorité quand ça l’arrange.

On assiste à une campagne de dénigrement des grévistes ces derniers jours. Comment l’analysez-vous?

C’est un classique des mobilisations: pour dresser les salariés les uns contre les autres, on fait passer les grévistes pour des privilégiés. Les cheminots connaissent ça par cœur. Jai relu la grille des salaires de la branche chimie: elle montre que, dans ce secteur, deux niveaux de salaire démarrent en dessous du Smic et six coefficients en dessous de 2000 euros.

Par ailleurs, il faut prendre en compte la réalité du travail: équipes de nuit, astreintes les week-ends, exposition aux produits dangereux, etc. Les chiffres de rémunération avancés par certains, de 5000 euros brut par mois pour des opérateurs de raffinerie, sont totalement fantaisistes. Cependant, si les salariés de Total sont un peu mieux payés que dautres, la CGT sen félicite: nous réclamons une hausse de lensemble des salaires, pas un nivellement par le bas!

Vous appelez à une journée de grève dans toutes les entreprises, publiques comme privées, la semaine prochaine. Pourquoi?

Lors de la journée du 29 septembre, nous avons prévenu qu’il y aurait des suites. Nous y sommes. La question de la grève doit être débattue dans toutes les entreprises. Nous appelons d’ores et déjà à généraliser le mouvement démarré chez Total, même si nous connaissons la difficulté de faire grève pour de nombreux salariés, abonnés aux bas salaires. La colère sociale qui s’exprime dans le pays est légitime. Les mots d’ordre de la journée de la semaine prochaine y répondront: ils tourneront logiquement autour des salaires et du partage des richesses.

La problématique de la taxation des profits est plus que jamais posée, elle apparaît de manière plus prégnante chez Total, mais ce n’est pas le seul exemple. Je veux rappeler ici l’importance des mobilisations nationales: tout ne peut pas se régler au niveau des entreprises. La question de la hausse du Smic, par exemple, doit se décider à l’échelle du pays.

De même, nous réclamons le retour de l’échelle mobile des salaires, c’est-à-dire l’indexation des rémunérations sur l’inflation, afin que les salaires suivent la hausse des prix.

Comment jugez-vous la décision du gouvernement de procéder à des réquisitions de grévistes?

Nicolas Sarkozy avait fait de même lors des grèves de raffineries de 2010, sur fond de réforme des retraites. Nous disons que cette mesure contrevient au droit international. En 2010, l’Organisation internationale du travail (OIT), émanation de l’ONU, avait d’ailleurs critiqué la France pour cela, en estimant qu’il s’agissait d’une attaque contre le droit de grève. Bien sûr, elle n’a pas les moyens juridiques de condamner la France, puisqu’elle ne peut faire que des recommandations. Mais cela a du poids.

L’utilisation par l’actuel gouvernement de l’arme des réquisitions nous inquiète d’autant plus que cela s’inscrit dans un mouvement plus global, en Europe, pour restreindre le droit de grève. Nous nous battons contre cette remise en cause.

 

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Mobilisation le 18 octobre :

14 Octobre 2022, 11:37am

Publié par PCF Villepinte

 pour les salaires et le droit de grève

PUBLIÉ LE 14 OCT. 2022

Mobilisations et grèves le 18 octobre pour l’augmentation des salaires et la défense du droit de grève.

Appel à la mobilisation le 18 octobre :

Les salarié.e.s de très nombreux secteurs professionnels se mobilisent depuis des mois dans leurs entreprises ou leurs services pour revendiquer et gagner de légitimes augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, des emplois de qualité :

dans les raffineries,l’agroalimentaire,les crèches,les transports publics,l’énergie et nucléaire,les organismes sociaux,les banque-assurances,les services informatiques,la maintenance industrielle,l’éducation,la santé,le commerce,la métallurgie…

Les jeunes se mobilisent aussi, pour leurs conditions de vie et d’études ainsi que pour une réforme des bourses ambitieuse.

Le mouvement des lycées professionnels, d’ores et déjà décidé pour le 18 octobre, s’inscrit dans cette dynamique.

Pourtant et alors qu’elles réalisent d’énormes profits, les entreprises de la branche Pétrole, en particulier Total ou Exxon, refusent d’accéder, aux exigences des salarié.e.s massivement mobilisés par l’ouverture immédiate d’une négociation sérieuse.

Ces dernier.e.s réclament avant tout le rattrapage de l’inflation et une meilleure répartition des richesses créées par les travailleuses et travailleurs, alors que des milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires.

C’est cette situation de blocage patronal qui crée aujourd’hui la pénurie de carburants. Mardi dernier, une limite a été franchie par le gouvernement, annonçant faire procéder aux réquisitions des salarié.e.s des raffineries et dépôts par les préfectures. Elles sont en cours depuis hier. Cette procédure déjà condamnée par l’OIT constitue une atteinte inacceptable au droit constitutionnel de grève et aux libertés fondamentales.

La mobilisation gagne des secteurs de plus en plus nombreux dans le privé comme dans le public. Elles et ils obtiennent par leurs actions avec leurs organisations syndicales l’ouverture de nouvelles négociations et des avancées salariales significatives. C’est aujourd’hui qu’il faut se mobiliser dans tous les secteurs professionnels, public comme privé.

C’est pourquoi les organisations syndicales et les organisations de jeunesse signataires décident d’appeler ensemble les travailleuses et travailleurs et la jeunesse à la mobilisation y compris par la grève le mardi 18 octobre pour l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, et l’amélioration des conditions de vie et d’études.

Elles appellent également les salarié.e.s, les retraité.e.s, les privé.e.s d’emploi et la jeunesse à se mobiliser pour la défense du droit de grève en participant aux rassemblements organisés devant les préfectures et sous-préfectures.

Le 18 octobre, elles s’engagent à organiser partout avec les jeunes et les salarié.e.s des différents secteurs professionnels des mobilisations et actions, dans les entreprises et les services.

 

 

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Grévistes, la dignité et l’intox

13 Octobre 2022, 08:32am

Publié par PCF Villepinte

Cathy Dos Santos L'Humanité

Jeudi 13 Octobre 2022

Philippe Martinez avec des travailleurs en grève à la raffinerie de Port-Jérôme, le 12 octobre 2022.

LOU BENOIST / AFP

Droit dans ses bottes, le gouvernement a décidé de passer en force. Qu’importent la forme et le fond. En ordonnant la réquisition des salariés des raffineries, l’exécutif envoie valdinguer le droit constitutionnel des travailleurs et les rapports de forces propres à toute négociation. «Un désaccord salarial ne justifie pas de bloquer le pays !» a tranché Élisabeth Borne.

La première ministre se trompe. Ou n’a jamais eu besoin de faire grève pour boucler ses fins de mois. Personne ne cesse le travail par plaisir. La baisse vertigineuse du pouvoir d’achat en raison de l’inflation et les salaires indignes sont un motif légitime. Rappelons à toutes fins utiles que si une grève n’avait pas d’impact, alors elle ne servirait à rien et n’aurait aucune chance d’aboutir.

1936, 1968, les grandes conquêtes sociales ont toujours été le fruit d’âpres batailles. Les augmentations salariales ne sont jamais tombées du ciel, elles ont été obtenues après des grèves longues et dures pour celles et ceux qui les menaient. Les travailleurs d’ExxonMobil et de Total ont posé leurs revendications sur la table au miroir des richesses produites: cette année, Total a déjà engrangé 18,8 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre.

Son PDG s’est copieusement augmenté (5,9 millions d’euros de rémunération annuelle), et a arrosé les actionnaires. Personne ne s’en est offusqué. À commencer par l’exécutif macroniste, qui a d’ailleurs claironné sur tous les toits que les questions salariales relevaient de la responsabilité des entreprises. Mais ces dernières ne peuvent jouer la montre comme Total, qui renvoie d’éventuelles augmentations à l’année prochaine, comme si les factures à payer pouvaient elles aussi attendre.

Les salariés des raffineries sont dans leur droit. Il faut les entendre. Mais le gouvernement préfère la politique de la terre brûlée. Quant à certains médias, après avoir fait leurs choux gras des superprofits, les voilà aboyant: «Extrémistes», «jusquau-boutistes», «preneurs dotages», «nantis», «privilégiés», etc.

Toute la panoplie des clichés – pourtant éculés – a été ressortie pour diviser et dissuader ceux qui pourraient être tentés demboîter le pas aux grévistes. Ils sont nombreux à vouloir des salaires pour vivre dignement. Et ça, ce n’est pas de l’intox.

 

 

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Total. Salaires, négociations, réquisitions :

12 Octobre 2022, 06:46am

Publié par PCF Villepinte

 Les grévistes répondent

Carburant Alors que le gouvernement choisit l’escalade en annonçant la réquisition des salariés d’ExxonMobil, l’Humanité est allée à la rencontre des grévistes de Total et d’Esso.

Samuel Ravier-RegnatLudovic Finez L'Humanité

Mercredi 12 Octobre 2022

©Bailleul Pablo

Mardyck (Nord), Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime), envoyés spéciaux.

Non, les grévistes ne sont pas de dangereux preneurs d’otages, ils ne veulent pas empoisonner la vie des Français et ils ne gagnent pas des mille et des cents. Tel est, en substance, le message qu’ont voulu faire passer les quelque deux cents manifestants rassemblés, ce mardi midi, devant la raffinerie ExxonMobil de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime).

Voilà trois semaines que l’immense complexe pétrolier est à l’arrêt, comme cinq autres raffineries et dépôts de carburant ailleurs dans le pays, en raison des revendications des ouvriers qui réclament des hausses de salaires cohérentes avec l’inflation et les bénéfices exceptionnels accumulés cette année par leurs employeurs. Un conflit social qui alimente l’inquiétude des automobilistes et provoque un raidissement de l’exécutif, à l’image d’Élisabeth Borne annonçant ce mardi la réquisition des grévistes d’ExxonMobil.

«Évidemment que le but recherché n’est pas de créer des pénuries. Nous, on veut trouver une porte de sortie à la crise, mais on est face à une direction qui ne nous écoute pas», accuse Christophe Aubert, délégué CGT à ExxonMobil. La veille, la CFDT et la CFE-CGC ont signé les propositions de la direction, mais cela ne change rien à la détermination de la CGT et de FO.

Les syndicats réclament une hausse de salaire totale de 7,5 %, un rattrapage de l’inflation 2022 et une prime de 6000 euros au titre de la redistribution des profits qui se sont élevés, pour le groupe américain, à près de 18,5 milliards d’euros pour le seul deuxième trimestre 2022. Pour le moment, l’employeur ne veut pas en entendre parler. «On dit que les grévistes sont responsables de la ­situation, mais ce sont les directions qui prennent en otage les gens, pas les salariés. Il est temps qu’elles reconnaissent notre travail et partagent les richesses», commente Pascal, lui aussi encarté à la CGT.

«Une volonté de nous discréditer»

Une petite manœuvre d’ExxonMobil et de TotalEnergies a particulièrement choqué les manifestants qui discutent autour du barbecue, une bière ou un café à la main: la publication, lundi, de chiffres qui suggèrent que les opérateurs de raffinerie toucheraient jusqu’à 5000 euros par mois. 

«Pas un travailleur ici ne gagne autant», protestent en chœur les grévistes, qui voient là «une volonté de (les) discréditer et de monter les gens les uns contre les autres», comme le formule Mickaël Renaux, de FO. Lui est employé comme opérateur de jour et son salaire s’établit à 2345 euros net par mois, malgré ses quinze années dancienneté. Nombre de salariés rappellent aussi les conditions de travail, les nuits, les dimanches, les soirs de Noël passés sur le site et la dégradation de la santé de ceux qui bossent ici depuis trop longtemps. Autant d’éléments qui justifient, disent-ils, «des conditions un peu meilleures quailleurs, mais pas faciles non plus».

Employés à Tereos, Hutchinson ou dans la raffinerie avoisinante de TotalEnergies à Gonfreville-l’Orcher, des travailleurs ont afflué de toute la Normandie, voire de plus loin encore, pour exprimer leur solidarité et créer des ponts entre les luttes. «Avec laugmentation des prix, le problème des salaires est posé à lensemble des salariés. Les grévistes dExxonMobil et de TotalEnergies montrent la voie. Il faut une mobilisation générale pour faire reculer partout le patronat», explique Pascal Le Manach, délégué CGT à Renault Cléon, la voix à peine couverte par le vacarme causé par la centrale à vapeur, de l’autre côté de la route.

«Je ne vois pas un CRS ouvrir une vanne»

En début d’après-midi, les grévistes découvrent la décision du gouvernement de procéder à la «réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts» d’ExxonMobil annoncée par la première ministre Élisabeth Borne. À la CGT, on dénonce une décision qui «bafoue un droit constitutionnel des travailleurs», le droit de grève, et on promet des référés systématiques pour contester en justice les réquisitions. Personne ne compte cesser le mouvement de sitôt.

Ces derniers jours, les grévistes se sont organisés pour limiter leurs pertes financières en posant des jours de congé, par exemple. Ils disposent aussi d’une caisse de grève, déjà abondée à hauteur de 21000 euros. «On peut tenir comme ça encore des semaines», assure l’un d’entre eux. Ce mardi, à 14 heures, l’intersyndicale a voté en faveur d’une nouvelle reconduction du mouvement.

À trois cents kilomètres de là, devant le portique du dépôt Total de Mardyck (Nord), la détermination est identique. « C’est quoi, une réquisition?» lance un salarié. Réponse d’un collègue: «Cest pour mettre un coup de pression. Je ne vois pas un CRS ouvrir une vanne»

 Ils sont une dizaine, dont les cinq agents chargés des expéditions censés prendre leur poste dans quelques minutes, à 14 heures. Aujourd’hui encore, ce sera sans eux: ils lèvent la main pour se signaler grévistes, restant cependant sur place pour assurer d’éventuelles opérations de sécurité. «Beaucoup pensent quon bloque (le site), quon empêche les gens de travailler. Cest faux», peste un gréviste. De fait, aucun piquet de grève ni aucun barrage n’empêche les camions-citernes – une centaine par jour habituellement – d’entrer ou de sortir.

Si pas un litre de carburant n’a quitté le dépôt depuis le 26 septembre, c’est uniquement du fait de l’arrêt dû à la grève. Ils enragent aussi contre les chiffres de salaires livrés par la direction du groupe: «Cest de lintox pour énerver celui qui attend à la pompe. Il faut rétablir la vérité!» «Ici, avec vingt années dancienneté, on gagne 3000 euros net», corrige Benjamin Tange, délégué central CGT, qui rappelle le degré de technicité des salariés, les 3x8 qui font « louper des Noël et des anniversaires», ou encore «lexposition à des produits qui amputent la durée de vie».

«On en a marre que les sous aillent toujours aux mêmes personnes, les actionnaires», explique simplement Sophie (le prénom a été modifié), assistante au service formation. «Nous sommes deux à travailler à la maison mais les fins de mois sont difficiles», confie-t-elle. Son plus jeune fils, en BTS d’électronique, habite toujours chez eux. Pour l’aîné, en école de commerce, il faut débourser le loyer de son appartement à Lille.

Mais la colère ne se résume pas aux salaires. «Ici, on a limpression d’être les oubliés, on attend des projets, souligne-t-elle. On n’a pas envie de revivre 2010.» Il y a douze ans, le groupe a voulu fermer purement et simplement son Établissement des Flandres, qui était alors une raffinerie, entraînant une lutte de plusieurs mois.

Si l’activité de raffinage – qui employait 400 salariés directs et 600 sous-traitants – a bien été stoppée, un dépôt de carburant a été conservé et une école de formation installée sur place, ainsi qu’un centre d’assistance technique destiné aux sites Total en Europe et dans le monde. Mais sans jamais arriver aux 260 emplois directs promis, qui n’atteignent en réalité même pas les 200.

La CGT a fait de nombreuses propositions pour reconvertir le site: production dhydrogène, de biogaz, recyclage des plastiques… «Tout a été balayé dun revers de la main», assure Benjamin Tange. « Ici, insiste-t-il, on a besoin d’un projet industriel», aux antipodes des départs non remplacés. Autre réalité lourde de sens: «Le budget de maintenance est passé de 5 millions deuros à 2,2 millions en trois ans. On ne fait plus de préventif, on ne répare quen cas de casse ou de problème technique, et on est obligés de prioriser les pannes entre elles.»

 

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