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internationalisme

Ukraine. Mensonge de Washington : des archives de l'Otan classées secret-défense le prouvent

9 Mai 2022, 06:50am

Publié par PCF Villepinte

Un document, publié par Der Spiegel, souligne que des accords ont bel et bien été passés avec Moscou, dès 1991, pour ne pas élargir l’Alliance atlantique «au-delà de l’Elbe».

Bruno Odent .L'Humanité

Publié le Jeudi 24 Février 2022

Dans le cadre de l'Otan, l'arrivée de renforts de la Bundeswehr, en Lituanie, en réponse à la présence militaire de la Russie à la frontière ukrainienne. © Mindaugas Kulbis/Sipa

C’est écrit noir sur blanc. Comme le révèle Der Spiegel, un document émanant des Archives nationales britanniques confirme la thèse avancée par Moscou de l’existence d’un engagement de Washington et des puissances occidentales à ne pas étendre l’Alliance atlantique vers l’Est.

Ce texte, longtemps classé secret-­défense, a été remonté des profondeurs des Archives par le chercheur états-unien Joshua Shifrinson, professeur à l’université de Boston. Il fait état du procès-verbal d’une réunion des directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne, tenue à Bonn le 6 mars 1991. Le thème était « la sécurité en Europe centrale et orientale ».

GUERRE EN UKRAINE Suivez l'évolution de la situation, retrouvez nos analyses et décryptages.

Sans la moindre ambiguïté, les participants britanniques, états-uniens, français et allemands couchent sur le papier leur engagement à circonscrire l’Alliance atlantique au territoire de l’Allemagne unifiée, mais pas au-delà. Une telle expansion serait «inacceptable», est-il dit explicitement.

Position convenue avec Helmut Kohl

«Nous avons clairement indiqué, lors des pourparlers 2 plus 4 (rencontres diplomatiques alors convoquées pour organiser lunification allemande, avec la participation de la RFA et de la RDA, ainsi que des États-Unis, de l’URSS, du Royaume-Uni et de la France – NDLR), que nous n’étendons pas l’Otan au-delà de l’Elbe,» explique Jürgen Chrobog, le représentant de la RFA, avançant une position bien entendu convenue avec le chancelier de l’époque, Helmut Kohl. Et d’expliciter, cité par le journal: «Par conséquent, nous ne pouvons pas proposer à la Pologne et aux autres pays dadhérer à lOtan.»

Lancement d’un missile intercontinental Yars lors d’un essai russe, le 19 février 2022.

Nous vous conseillons aussi :

Russie-Ukraine. Yannick Quéau : « L’enlisement militaire revêt un risque nucléaire »

Comme en attestent ces mêmes Archives, le représentant de Washington, Raymond Seitz, y exposait la position et les garanties fournies par son pays: «Nous avons clairement fait savoir à lUnion soviétique – dans les pourparlers 2 plus 4 et aussi dans dautres négociations – que nous n’avions pas l’intention de profiter du retrait des troupes soviétiques d’Europe de l’Est…» Et d’avaliser en toutes lettres un engagement à ne pas étendre l’Otan vers l’Est «que ce soit de manière formelle ou informelle».

À l’époque, il fut également convenu de renforcer la stabilité et la sécurité en Europe centrale et orientale par des accords bilatéraux et dans le cadre de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe. Une occasion historique était donnée d’étendre les prérogatives de cette organisation, destinée à surmonter le bellicisme de la guerre froide et issue de la politique de détente et d’ouverture à l’Est de l’ex-chancelier allemand Willy Brandt.

La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, et les États membres ont pris des mesures sans précédent : livraison d'armes à l'Ukraine, interdiction de médias russes...  © Gleb Garanich/Reuters

Voir aussi :

Guerre en Ukraine. Comment l’Europe est devenue actrice du conflit

Ce qui n’a pas résisté par la suite à la conception surarmée et impériale des États-Unis en guise de sécurité collective. En dépit de la disparition de l’organisation militaire adverse, le pacte de Varsovie, Washington a en effet, avec la complicité de la plupart des dirigeants occidentaux, entamé un forcing pour étendre l’Otan et impulser, de fait, une nouvelle course aux armements en exigeant que chacun des États membres participe à son financement à hauteur de 2% de son PIB.

Les États-Unis n’ont cessé de mentir

Ces révélations peuvent être corroborées par plusieurs autres documents ou témoignages de l’époque. Ainsi, le Monde diplomatique rapporte-t-il les propos de l’ex-secrétaire d’État, James Baker, en poste au moment des discussions préludes à la réunification allemande. Il assure alors à trois reprises à Moscou, dans des rencontres officielles avec des représentants des autres grandes puissances occidentales: «La juridiction militaire actuelle de lOtan ne s’étendra pas dun pouce vers lEst.»  (1)

Ces multiples preuves de l’engagement, qui était celui de Washington sur ce point, soulignent les responsabilités plus que partagées du président états-unien, Joe Biden, de son secrétaire d’État, Antony Blinken, et du secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, dans la montée actuelle des périls. Prolongeant une certaine diplomatie états-unienne, si tristement mise en scène par l’ex-secrétaire d’État, Colin Powell, quand il s’est agi de justifier l’invasion de l’Irak, les dirigeants états-uniens n’ont cessé en effet de mentir sur l’Otan, affirmant que l’Occident n’aurait offert à Moscou aucune garantie sur le futur périmètre de l’Alliance. Pour faire, par contre, référence en toute occasion à un «droit international inaliénable» de l’Ukraine à rallier le pacte militaire de son choix…

(1) «LOtan ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est», de Philippe Descamps, le Monde diplomatique (septembre 2018).

 

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ACTU Cette guerre qui aggrave la fracture Nord-Sud

30 Mars 2022, 06:53am

Publié par PCF Villepinte

Géopolitique Accentuée par le conflit en Ukraine, l’explosion des prix des matières premières promet famines et pauvreté sur le continent africain et dans tous les pays du Sud. Le gouffre ne cesse de s’étendre entre les États occidentaux et le reste du monde.

 Marc de Miramon L'Humanité

Publié le Mercredi 30 Mars 2022

Le marché d’Abobo, dans la banlieue d’Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire. issouf sanogo/afp

 

Le conflit en cours qui ravage l’Ukraine? Une menace existentielle pour la mondialisation qui pourrait créer une «division» majeure dans le monde, estimait le 26 mars dernier le chef de la diplomatie de lUnion européenne, Josep Borrell, en ouverture du forum de Doha (Qatar). «Lune des mauvaises conséquences de ce qui se passe est que nous pouvons pousser la Russie vers la Chine, et nous pouvons créer une division entre le Sud-Est mondial et le Nord-Ouest mondial», ajoutait le haut représentant de l’UE.

L’Assemblée de l’ONU divisée

En dépit de sa neutralité de façade, les pays de l’Otan ne se font plus d’illusions sur le «camp» choisi par la Chine, pays peuplé de 1,4 milliard dhabitants. Lalliance militaire exhortant ouvertement Pékin à «sabstenir de toute action qui aide la Russie à contourner les sanctions» et à cesser le soutien politique à Moscou .

 Mais si, à l’ONU, quelques pays seulement ont voté «contre» la résolution exigeant que «la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine» le 2 mars (Biélorussie, Corée du Nord, Érythrée, Syrie), la fracture s’est révélée beaucoup plus profonde, révélant un schisme inattendu. Se sont ainsi abstenus l’Inde (1,4 milliard d’habitants), le Pakistan (220 millions), le Kazakhstan, le Vietnam, la Mongolie, l’Irak et l’Iran.

En Amérique centrale et du Sud, seuls la Bolivie, le Nicaragua, le Salvador et Cuba n’ont pas souhaité condamner Moscou, mais c’est du continent africain que la véritable surprise est venue. Le Mali, l’Algérie, le Soudan, l’Angola, l’Afrique du Sud et même le Sénégal, dont le président Macky Sall occupe la présidence actuelle de l’Union africaine (UA), ont opté pour une prudente neutralité.

Une vague anti-occidentale en Afrique

Cette attitude a surpris jusqu’à Moscou, explique un haut dirigeant de l’UA, pour qui les motivations de certaines chancelleries africaines relèvent avant tout de problématiques intérieures. «Les populations sont ressorties appauvries et en colère après la pandémie de Covid», précise-t-il. 

«Et il y a aujourdhui une vague prorusse au sein de nos opinions publiques, sur fond d’échecs militaires des Occidentaux dans le Sahel et des conséquences tragiques subies par lensemble du continent africain à cause de la guerre en Libye.» Si la popularité réelle de Vladimir Poutine dans les pays du Sud demeure difficile à jauger, surtout après l’agression de l’Ukraine, toutes les manifestations hostiles à l’opération Barkhane ou à la France organisées ces derniers mois au Niger, au Burkina Faso, au Mali ou au Sénégal étaient fleuries de drapeaux russes voire de slogans pro-Wagner, la société militaire privée soupçonnée d’être une «armée de lombre» au service des intérêts de Moscou.

Des populations à bout de souffle

Le mécontentement populaire, la pauvreté endémique et l’effondrement de la situation sécuritaire dans le Sahel ont considérablement fragilisé les pouvoirs politiques de la sous-région, et favorisé des putschs militaires qui ont déjà emporté Alpha Condé en Guinée, Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, et Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso.

Et à l’heure où la junte au pouvoir à Bamako se voit infliger des sanctions économiques imposées par l’Union africaine, elle-même sous pression des chancelleries occidentales, la spéculation sur les cours des matières premières et leur flambée liée à ces mêmes sanctions, cette fois infligées à Moscou, a déjà des conséquences terribles sur les prix des produits de première nécessité, de l’huile au pain en passant par le blé.

Avec un prix de la tonne de cette céréale ayant doublé depuis un an, les boulangers ivoiriens proposent déjà de baisser la taille et le poids homologués de la baguette, pour maintenir provisoirement à flot les prix. Au Maroc, en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo ou en Tunisie, les fluctuations du prix à la pompe et un baril à un niveau historique tirent également à la baisse le pouvoir d’achat des populations, tandis que se profilent de nouvelles «émeutes de la faim» semblables à celles qui ont secoué la planète en 2008.

 Près d’un milliard d’habitants vivent dans des pays qui dépendent directement du blé russe et ukrainien, et un sixième de la planète est déjà sous la menace d’une crise alimentaire. «Cette issue est malheureusement la plus probable, souligne depuis Beyrouth Georges Corm, historien et ancien ministre des Finances du Liban.  Les pays les plus pauvres de la planète, en Afrique bien sûr mais aussi en Afghanistan ou au Pakistan, vont énormément souffrir.

Tout cela va renforcer les positions de la Chine qui se pose en contre-modèle de Washington et qui entend commercer avec tout le monde, tout en s’opposant à la politique de sanctions défendue par les États-Unis et l’Union européenne.» Et l’ex- dirigeant libanais d’ajouter: «Dun point de vue cynique, les États-Unis apparaissent comme les seuls vainqueurs de la guerre en cours. Avec l’Otan, qu’Emmanuel Macron décrivait en état de“mort cérébrale”, et qui est totalement remise en selle. »

La cynique gestion des flux migratoires

Avec 4 à 7 millions de réfugiés sur les routes, l’accueil inconditionnel des Ukrainiens en Europe et en Amérique du Nord interpelle forcément les pays non-occidentaux. Les récents conflits liés en majorité à des interventions américaines, britanniques, françaises, turques, russes en Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Yémen, ont vu des populations fuir également la guerre et les mêmes drames.

Les élans de solidarité, institutionnels comme associatifs, n’ont pas été à la même hauteur, entre les discours xénophobes, les mesures ultra-sécuritaires et le non-respect du statut de réfugié avec d’importants renvois illégaux («pushbacks  »). Cet élan médiatique et humanitaire choque aussi hors de la sphère européenne, car la plupart des déplacés demeurent dans les pays du Sud. Rien que la guerre au Soudan a provoqué la fuite de deux millions de personnes vers le Burundi.

Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International pointait qu’à travers le monde, 26,6 millions de personnes sont réfugiées et 4,4 millions demandeuses d’asile. «La plupart passaient des années dans des camps, notamment au Bangladesh, en Jordanie, au Kenya, en Ouganda et en Turquie, et beaucoup vivaient dans la crainte permanente d’être renvoyées dans le pays quelles avaient fui pour des raisons de sécurité», rappelle l’ONG.

Au Royaume-Uni et au Danemark, qui visaient l’immigration zéro et s’acharnaient contre les réfugiés syriens, yéménites, ou afghans, on prétend maintenant ouvrir les frontières en grand aux Ukrainiens fuyant la guerre.

Londres a même assoupli les règles d’accueil pour les animaux de compagnie de ces derniers, tandis qu’en France, des responsables politiques de premier plan, à l’image du député Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, multiplient les sorties de route. «Il faut prévoir un flux migratoire, déclarait-il le 25 février dernier, au micro d’Europe 1.  Ce sera sans doute une immigration de grande qualité, en revanche. Ce seront des intellectuels, pas seulement, mais on aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit.» Une séquence parmi d’autres devenue virale, en particulier sur les réseaux sociaux des pays de l’Afrique francophone et suscitant des avalanches de commentaires indignés.

Pour une «humanité présente partout»

«Les politiques de deux poids-deux mesures ne sont plus acceptables», dénonce de son côté le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, et qui se bat pour mettre fin à l’injustice et à l’impunité en République démocratique du Congo, pays victime d’un des conflits les plus meurtriers depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

«La souffrance na pas de couleur, et quand on voit celle qui est infligée au peuple ukrainien, on se dit que ça ne doit jamais plus se reproduire ailleurs. Mais notre humanité doit être présente partout, insiste-t-il.  En RDC, nous demandons aussi l’attention de la “communauté internationale” pour que les crimes qui y ont été commis et qui perdurent encore aujourd’hui bénéficient de la même condamnation et de la même soif de justice.»

 

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Pour une solidarité responsable avec l’Ukraine

13 Mars 2022, 08:02am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Publié le
Samedi 12 Mars 2022

Rien de plus insupportable que le sentiment d’impuissance face à une agression militaire meurtrière comme l’est la guerre de Poutine contre l’Ukraine.

On ne peut, dès lors, s’étonner que s’élèvent, sous les bombes, des voix bouleversantes réclamant une implication dans le conflit toujours plus forte des États européens et occidentaux en général, à même de forcer Poutine à arrêter sa guerre.

Peut-on, dans ces conditions, être légitimement conduit à dire non à certaines de ces demandes, alors même que le peuple ukrainien nous impressionne tous et toutes par sa résistance intrépide face à l’armada russe? Oui, hélas: cest difficile, et pourtant nécessaire dans une série de cas.

Cela peut même s’avérer un devoir de solidarité, quand la réalisation de ces exigences ferait courir des risques incommensurables aux Ukrainiens, à coup sûr, en premier lieu, et, au-delà, à l’Europe tout entière, voire au monde. Plusieurs cas de ce type se sont présentés ces derniers jours. Ainsi, il est crucial, vital même, que les pressions en faveur de l’établissement d’une «zone dexclusion aérienne» sur le territoire ukrainien ne finissent pas par entraîner lOtan dans une fuite en avant fatale!

Car, interdire le survol de lUkraine suppose dabattre tout avion ennemi bravant linterdit, quitte à déclencher lengrenage dun affrontement militaire Otan-Russie! La même mise en garde vaut pour les avions de guerre de l’ère soviétique que Washington tente toujours de faire livrer à lUkraine par la Pologne. Un tel projet impliquerait, là encore, des États membres de lOtan, au risque de fournir à Poutine un prétexte pour étendre le conflit. Une solidarité pour le moins à double tranchant.

Même l’idée d’une adhésion «sans délai» de lUkraine à lUnion européenne est hautement contestable, ne serait-ce quen raison de lexistence, dans les traités européens en vigueur depuis 2009, d’une «clause de défense mutuelle» qui recèle des dangers similaires à ceux du fameux «article 5» de lOtan – toutes choses qui mériteraient d’être clairement explicitées lorsquon évoque une éventuelle entrée de lUkraine dans l’UE.

Quant aux sanctions économiques – si elles sont évidemment nécessaires –, elles appellent elles-mêmes plus de discernement que celui dont ont fait preuve plusieurs de nos ministres.

Quand Clément Beaune, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, prétend que «nous pouvons imposer nos intérêts» à la Russie car celle-ci dépend de lEurope pour ses exportations de gaz, il semble oublier que la réciproque est vraie: il serait aussi peu aisé pour lEurope de se passer de son fournisseur russe que pour la Russie de remplacer ses clients européens. Le degré d’interdépendance qui caractérise le monde actuel est tel que le Fonds monétaire international (FMI) prévient que les sanctions «auront un impact substantiel sur l’économie mondiale».

Lorsque Bruno Le Maire promet – avant de se raviser face au tollé suscité – «une guerre économique totale à la Russie», il ignore cet autre avertissement du FMI: une escalade du conflit aurait des conséquences économiques «dévastatrices» au niveau mondial. La seule solidarité qui vaille est celle qui ne se retourne pas contre le peuple ukrainien et le monde dans son ensemble.

 

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Contre la guerre et ses ravages, l’élan des Français

9 Mars 2022, 07:28am

Publié par PCF Villepinte

ukraine Des immeubles en flammes, des familles lancées sur les routes... Les images du conflit ont saisi l’Hexagone, où les actes de solidarité se multiplient depuis deux semaines. L’Humanité s’associe à l’appel du Secours populaire français.

L'Humanité Alexandre Fache Publié le Mercredi 9 Mars 2022

Przemysl (Pologne), le 8 mars. Des réfugiés se précipitent pour monter dans un bus, à destination de Varsovie, après avoir fui l’invasion russe en Ukraine. F. Bensch/reuters

Individualistes et repliés sur eux-mêmes, les Français? Depuis bientôt deux semaines et le début de linvasion russe de lUkraine, un élan de solidarité a gagné lHexagone, des petits villages aux grandes agglomérations, pour tenter de venir en aide au peuple ukrainien par tous les moyens. Dons financiers, collectes spontanées, bénévolat…

Sur tout le territoire, des citoyens s’engagent, qui pour proposer un abri aux milliers de réfugiés arrivés en France, qui pour donner couvertures, denrées alimentaires ou médicaments, ou même organiser des convois vers ce «théâtre de guerre, à quelques heures de Paris» qui émeut tant la population…

Un de ces convois a d’ailleurs pris la route, le week-end dernier, depuis Besançon (Doubs), où le boulanger Stéphane Ravacley, rendu célèbre par sa grève de la faim menée pour la régularisation de son apprenti guinéen, a fédéré les énergies. «Il y a un peuple de France qui, quoi qu’on en dise, n’attend que ça, de pouvoir aider.

Avec cette mobilisation, nous sommes une pommade contre la “bêtise zemmourienne” et tous les extrêmes», analysait le boulanger militant, samedi : 200 m3 de nourriture, de produits d’hygiène ou de matériel médical récupérés depuis l’appel lancé par Stéphane Ravacley sur Facebook, le 25 février, au lendemain de l’invasion russe, doivent être livrés sur place dans les prochaines heures, avec l’aide de la municipalité (lire ci-après).

Mais un tel élan s’organise. C’est pourquoi les grandes associations de solidarité se mobilisent aussi pour l’Ukraine. Outre la Croix-Rouge française, au profit de laquelle un grand concert a été donné mardi 8 mars au soir, et la Fondation de France, qui indiquait recevoir «un don toutes les 10 secondes», le Secours populaire français (SPF), auquel l’Humanité a choisi de s’associer, s’est lancé dans l’aide d’urgence à l’Ukraine.

Une première mission est partie, mardi, en direction de Przemysl, à la frontière polonaise, et une deuxième doit rallier, vendredi, la Moldavie et le sud de l’Ukraine. «Nous avons déjà débloqué un fonds durgence de 50000 euros pour nos associations partenaires sur place, qui sont les mieux placées pour connaître les besoins, explique Corinne Makowski, secrétaire nationale du SPF. Et nous appelons surtout aux dons financiers, les plus efficaces pour répondre à ces besoins.» Ce mardi après-midi, l’association avait déjà collecté 1,76 million d’euros, un chiffre provisoire qui ne tenait pas compte des collectes menées auprès des entreprises ou des collectivités.

 

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Au Donbass, les habitants espèrent enfin la paix

23 Février 2022, 07:29am

Publié par PCF Villepinte

REPORTAGE

UKRAINE Dans l’est du pays, la population a accueilli favorablement la décision du président russe de reconnaître l’indépendance des deux Républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk. Tous sont persuadés que cela amènera l’apaisement attendu depuis huit ans.

Publié le Mercredi 23 Février 2022 Vadim Kamenka L'Humanité

Le 22 février, dans les rues de Donetsk. STRINGER/Anadolu Agency/via AFP

Donetsk, Gorlovka (Donbass), envoyé spécial.

Un épais brouillard a recouvert Donetsk, ce mardi matin. Ni l’annonce intervenue lundi soir, par Vladimir Poutine, de reconnaître l’indépendance des deux Républiques autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LNR), ni le conflit qui se poursuit sur la ligne de front ne semblent perturber la vie quotidienne des habitants. Certains cherchent des distributeurs pour retirer de l’argent qui fonctionnent, d’autres des stations avec de l’essence, la plupart n’ayant plus que du gaz, mais la majorité se rend au travail. «Depuis huit ans, nous nous sommes habitués à ce type de pénuries, aux combats. Mais jespère que les choses vont désormais saméliorer avec lannonce de Vladimir Vladimirovitch», nous confie Lena.

Malgré le couvre-feu, quelques instants après le discours du président russe, une trentaine de personnes se sont rassemblées sur la place centrale, juste à côté de la statue de Lénine, pour célébrer l’événement. «Cest historique. Personne ne sy attendait », confirme l’un d’eux, drapeau russe à la main et regardant les feux d’artifice. On est loin de l’ampleur et la ferveur de 2014 après le référendum en Crimée, comme si personne n’y croyait réellement.

À une vingtaine de kilomètres du centre-ville, se dresse le quartier Kirovskii avec ses maisons en bois. L’atmosphère y est beaucoup moins festive. Alors qu’une grande partie des résidents se préparaient à écouter le discours du président russe, Vladimir Poutine, des bombardements ont éclaté aux alentours de 21 heures. Sur la rue Dmitra-Donskovo, Irina nous accueille emmitouflée dans son manteau rose. Institutrice, la cinquantaine, elle nous dévoile l’impact de l’explosion sur sa maison pendant que des bénévoles et des pompiers l’aident à déblayer et à remettre l’électricité.

Dans le jardin, un immense trou provoqué par le tir d’une roquette a brisé le sol carrelé, faisant exploser les fenêtres et une partie de la cuisine. «Quand on a entendu les premiers sifflements et les tirs, on a décidé de sortir se mettre à l’abri. À peine dix minutes plus tard, notre maison était touchée. Heureusement, sinon je ne serais pas en train de vous parler», raconte-t-elle. Émue, Irina poursuit: «Je nen veux pas à Zelensky (le président ukrainien – NDLR). Il aurait juste dû rester un acteur. Il était vraiment bon. La politique ne lui réussit pas. Maintenant, on attend la suite et que cette guerre s’arrête définitivement pour que, des deux côté s, on puisse revivre en paix.» Depuis 2014, près de 14000 personnes sont décédées.

Les évacuations apparaissaient moins importantes, ces dernières heures

Dans ce quartier, assez éloigné de Donetsk, et davantage populaire, peu de gens ont fui vers la Russie. Dans la rue Ivana-Susanina, une femme aurait péri dans les bombardements. Le toit de sa maison a été en partie arraché. Une voisine témoigne. «On a entendu plusieurs coups de feu se rapprocher et, dun coup, un grand boum. On sest cachés avec les enfants. Nous ne sommes pas partis. On laurait fait en 2014 au début du conflit. On a fait le choix de rester, car on a toute notre vie ici, notre famille. Le plus difficile, c’est de s’apercevoir désormais que les enfants arrivent à reconnaître au seul bruit de quel type d’arme, de bombarde ments il s’agit.»

Les évacuations apparaissaient moins importantes, ces dernières heures. Au moins, 60000 personnes auraient rejoint la Russie. Pourtant à Staromykhailivka, en périphérie de Donetsk, les échanges de coup de feu sont quotidiens. «Depuis 2014, et le début du conflit, la plupart des gens qui sont restés dans le Donbass ne partiront plus. Ils ont fait ce choix il y a huit ans, quand la situation était véritablement inquiétante.

Bien évidemment les tensions sont les plus fortes de ces dernières années. Mais, cela demeure supportable pour l’instant et les gens n’ont pas forcément tous les moyens de partir», estime Ania (1). Dans son école, rue Daguestanaya, où il enseigne, les enfants ne font plus attention mais restent marqués. « Qui ne le serait pas? La décision de Poutine était nécessaire. On aurait pu encore vivre en Ukraine jusqu’en 2017. Mais, aujourd’hui, la haine et les rancœurs sont trop importantes. J’espère juste que cela nous apportera la paix et non davantage de guerre.»

À l’une des entrées est de Donetsk, les gardes surveillent attentivement les allées et venues. L’angoisse de nouveaux affrontements subsiste. Dans les divers commissariats au sein de la République autoproclamée de Donetsk, la conscription se poursuit. Depuis le décret du 19 février, pris par le dirigeant Denis Pouchiline, les hommes de 18 à 55 ans sont mobilisés. Seule nouveauté, les plus de 55 ans peuvent se porter volontaires depuis mardi. Une décision qui est intervenue au moment où les «accords dentraide» entre les entités DNR, LNR et la Russie ont été signés.

La Douma russe a voté à l’unanimité le texte qui ouvre la voie à la coopération avec Moscou dans les domaines de la défense et du secteur économique et financier durant une décennie. Ces textes prévoient que les parties vont assurer leur défense, partager des bases militaires et une protection commune de leurs frontières et créent un «fondement juridique» à la présence russe dans ces territoires. Cela ne sarrête pas là, puisquun amendement a été immédiatement déposé en deuxième lecture, qui valide leur entrée en vigueur dès le 22 février. «Cest le seul moyen de protéger les gens, darrêter la guerre fratricide, dempêcher une catastrophe humanitaire, dapporter la paix», se justifie le président de la Chambre basse (Douma), Viatcheslav Volodine.

Si le vice-ministre des Affaires étrangères, Andreï Roudenko, a affirmé lundi que la Russie n’avait pas «pour linstant» l’intention de déployer des forces, mais le fera en cas de «menace», plusieurs témoins dans le Donbass confirmaient la présence de bataillons russes sur place. Et, dès le lendemain, le président russe a réclamé à la Chambre haute du Parlement d’autoriser l’envoi de militaires russes. Une demande que le vice-ministre de la Défense, Nikolaï Pankov, a justifiée devant l’assemblée arguant qu’ «aux frontières des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk, une armée (ukrainienne) de 60000 hommes et de blindés lourds» se regroupe .

Sur la ligne de front, comme à Gorlovka, la nouvelle a été accueillie avec soulagement. Les soldats espèrent que cette coopération facilite la fin des combats. Mais ne craignent-ils pas l’inverse et que le conflit ne s’amplifie? «Le soutien de la Russie transforme totalement le rapport de forces. Jy crois. Ou alors il faudra avancer», ose l’un d’eux.

La plupart des habitants (4 à 5 millions au total) souhaitent essentiellement sortir de ces huit années de guerre. Une véritable lassitude des problèmes quotidiens qu’implique cette situation apparaît. «Cela nous a rendus plus solidaire», observe Nikolaï Nesterov un médecin qui s’occupe d’un centre de don du sang. L’établissement vétuste a été remis à neuf avec du matériel ultramoderne.

On y trouve des jeunes comme Kolia qui viennent chaque semaine. «Si cela permet de sauver des vies», glisse-t-il timidement. Pour Nikolaï Nesterov, il n’était pas question de s’en aller. «Je pouvais être utile. Et quitter ma ville alors que dautres nont pas les moyens de partir Des quartiers entiers sont coincés, comme à Petrov ou Kievskiï. Et puis il sagit dune guerre aux enjeux qui nous dépassent entre la Russie, les États-Unis et l’Union européenne. Mais il y a une seule chose que je ne comprends pas du gouvernement ukrainien.

Pourquoi nous attaquer tout en affirmant qu’i l s’agit de leur territoire?» interroge-t-il. En attendant, les drapeaux russes accrochés aux voitures n’ont cessé d’être sortis. Dans le centre de Donetsk, les immenses affiches pour un «Donbass russe fort» prennent encore davantage de sens. Et Denis Pouchiline, le dirigeant du DNR, l’a clairement signifié, la décision de la Russie est plus «quun simple soutien».

(1) Le prénom a été changé.

 

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Redéploiement des forces militaires : la France doit revoir sa politique de la cave au grenier

21 Février 2022, 07:16am

Publié par PCF Villepinte

C’est une énième décision. Neuf ans après la 42e intervention militaire française en Afrique depuis les indépendances, Emmanuel Macron annonce le retrait du territoire malien des moyens militaires français avec un redéploiement et l’extension de la zone d’intervention aux pays voisins du Golfe de Guinée et d'Afrique de l'Ouest. Il s’agit d’un départ « coordonné », présenté avec l’appui de pays européens, mais pas concerté avec le Mali, et surtout les conditions n’ont pas été préparées pour ce retrait.

On se demande bien sur quelles bases ont été prises les décisions. Ce qui n’a pas fonctionné au Mali, peut-il mieux se passer ailleurs ? Un bilan sérieux et courageux reste toujours à faire. C’est ce que demandent les parlementaires communistes depuis des années, qui ont toujours mis en garde contre les risques d’enlisement et d’échec.

Pourquoi lors de l’opération Serval en 2013 les djihadistes et autres entrepreneurs de violence étaient présents sur 10% du territoire alors qu’aujourd’hui près de 90% est classé en zone dangereuse ? Pourquoi aucune des causes économiques, politiques, conflictuelles, qui ont conduit au désastre n’a été traitée ? Pourquoi depuis des décennies l’Etat français n’a jamais rompu avec un soutien implicite aux mouvements rebelles du Nord du Mali, et dernièrement avec le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) ?

Cette politique déséquilibrée, qui se traduit dans l’Accord d’Alger rédigé sans le peuple malien, ne correspond en rien à une aspiration majoritaire. Elle explique en partie la défiance envers l’Etat français. La dégradation de l’image de la France en Afrique de l’Ouest n’est pas, loin de là, uniquement le fait d’activistes « financés par la Russie » comme le dit M. Macron. C’est bien plus profond que ça et il faut s’interroger sur les causes véritables.

Que cherche la France en se retirant et en étouffant le Mali par l’appui d’un blocus inacceptable qui risque d’aggraver la situation ? Il faut mettre fin aux dangereuses sanctions et reprendre le dialogue.

Le logiciel de la présence française en Afrique doit être revu, de la cave au grenier, tout comme nos déploiements militaires dans le monde, comme le propose le candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel. Un retrait concerté de nos troupes du Sahel devrait aller de pair avec un soutien à leurs armées accompagné d’un transfert de technologie efficace ainsi que d’un nouvel agenda politique, économique et de sécurité pour le Mali et la région.

Après des années d’affaiblissement des Etats imposé par le FMI avec des politiques libérales destructrices, il convient de mener une politique de coopération qui vise à sécuriser les vies humaines d’un point de vue économique, social et environnemental, y compris par la mobilisation des ressources internes.

L’intérêt de la France au Mali, c’est de permettre à ce pays de sortir de l’impasse, de gagner la Paix, de pouvoir exercer concrètement sa souveraineté et faire ses propres choix de développement. Il est toujours temps que notre pays choisisse cette ligne de conduite et mette fin à la politique d’interventions militaires contraire aux intérêts des peuples africains et français.

Parti communiste français
Paris, le 17 février 2022

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Europe orientale : la France doit agir pour une désescalade immédiate !

21 Février 2022, 07:13am

Publié par PCF Villepinte

La situation dans le Donbass se dégrade rapidement, après deux jours de tirs d’obus de part et d’autre de la ligne de front, des explosions à Donetsk et l’annonce de l'évacuation d’une partie de la population civile des républiques autoproclamées vers la Russie.

Le PCF exprime sa plus vive inquiétude face à cette spirale qui peut mener à un embrasement de la région, et condamne ces violations du cessez-le-feu. Comme lors du conflit de 2014, c’est la population civile des deux côtés de la ligne de front qui en paie le tribut.

Le PCF appelle le gouvernement français à agir sans délai pour convoquer une réunion du format Normandie au plus haut niveau pour faire appliquer les accords de Minsk, dont la mise en œuvre totale, par l’ensemble des parties prenantes, est la seule voie pour mettre fin au conflit dans le Donbass.

Il condamne par conséquent fermement la décision irresponsable prise à nouveau par le gouvernement ukrainien de ne pas mettre en œuvre le statut spécial du Donbass. Il s’inquiète des suites qui pourraient être données à la résolution dangereuse votée au Parlement russe appelant à une reconnaissance de l’indépendance des deux républiques autoproclamées.

Il est nécessaire que la France porte lors de la conférence de Munich sur la sécurité l’exigence d’une conférence européenne large, incluant la Russie, de paix et de sécurité collective, afin de négocier chacun des points de tensions et parvenir à un règlement global. La sécurité en Europe ne peut être assurée sans la sécurité de la Russie. Ce qui était possible lors de la conférence d'Helsinki de 1975 et de celle de Paris de 1990 l'est à plus forte raison encore aujourd'hui.

La France peut et doit agir pour une désescalade immédiate, en toute indépendance de l’OTAN et de la politique d’hystérisation des tensions et de renforcement militaire dans la région menée par les États-Unis.

Le langage de la force doit faire place à la force de la diplomatie.

Parti communiste français,
Paris, le 18 février 2022.

 

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Barkhane. Le revers de la politique militariste de la France

18 Février 2022, 08:37am

Publié par PCF Villepinte

Mali Emmanuel Macron a officialisé vendredi le retrait des troupes françaises, qui doivent être redéployées dans les pays voisins. Après neuf ans de guerre, les groupes djihadistes continuent à pulluler en Afrique de l’Ouest.

L'Humanité Publié le Vendredi 18 Février 2022 Pierre Barbancey

 

AFP

Engagée militairement au Mali depuis 2013 (opération «Serval»), la France vient dannoncer son retrait de ce pays. 2400 militaires français y sont stationnés. De même que 15000 soldats de lONU au sein de la Minusma, dont lavenir est désormais en suspens puisqu’elle comptait sur un large soutien de l’opération française.

Après la déstabilisation de toute la région sahélo-saharienne à la suite de la guerre déclenchée en 2011 par la France en Libye, Paris était officiellement intervenu pour enrayer la progression des groupes islamistes radicaux menaçant Bamako. Elle a ensuite mis sur pied une vaste opération régionale, «Barkhane», déployant des milliers de soldats pour lutter contre les franchises locales dal-Qaida et du groupe «État islamique».

Mais, selon le ministère des Armées, «le volet militaire nest quune partie de la réponse qui doit dabord sappuyer sur des progrès politiques, sociaux, culturels et économiques». Malgré des victoires tactiques et l’élimination de chefs djihadistes, le terrain n’a jamais été véritablement repris par l’État malien et ses forces armées.

1. Comment en est-on arrivé là?

«Nous ne pouvons pas rester engagés militairement aux côtés dautorités de fait dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés» et qui ont recours à «des mercenaires de la société (russe) Wagner» aux «ambitions prédatrices», a fait valoir Emmanuel Macron lors dune conférence de presse aux côtés des présidents sénégalais, ghanéen et du Conseil européen. En réalité, la crise couvait depuis plusieurs mois.

Un premier coup d’État qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta avait déjà échaudé la France. Mais c’est sans doute la décision prise par l’homme fort de la junte en place, le colonel Assimi Goïta, en mai de l’année dernière d’empêcher un remaniement gouvernemental en faisant arrêter le président et le premier ministre de la transition, puis le report des élections prévues en février 2022 qui ont scellé la rupture entre Paris et Bamako.

«Un coup d’État dans le coup d’État inacceptable», déplorait le chef de l’État français. Dans la foulée, la France dénonçait un accord que les autorités maliennes auraient passé avec la société Wagner, ce qui a toujours été démenti. Emmanuel Macron avait déjà menacé de retirer ses troupes du Mali. Une divergence de fond était apparue. Les militaires maliens au pouvoir avaient décidé de changer de stratégie et de tenter de négocier directement avec les chefs des groupes djihadistes, ce qui pour Paris s’apparentait à un casus belli.

Le pouvoir malien n’est pourtant pas si isolé. Emmanuel Macron ne peut ignorer le sentiment antifrançais qui s’est développé ces derniers mois au Mali, mais pas seulement. «Lancienne puissance coloniale () a beaucoup perdu en influence, explique Marc-Antoine Pérouse de Montclos, expert de la zone pour l’Institut de recherche pour le développement (IRD), à l’AFP. Après s’être vantée d’avoir restauré une démocratie parlementaire au Mali en 2013, elle n’a pas réussi à empêcher des coups d’État à répétition, tout en continuant d’être accusée par les Sahéliens de faire et défaire les gouvernements de la région.»

2. Que va-t-il se passer?

Le Canada et les États européens, qui opéraient jusque-là aux côtés des Français avec des forces spéciales au sein de la task force «Takuba», «estiment que les conditions ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel () au Mali et ont donc décidé dentamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations». Paris et ses partenaires souhaitent toutefois «rester engagés dans la région» sahélienne et «étendre leur soutien aux pays voisins du golfe de Guinée et dAfrique de lOuest» pour contenir la menace djihadiste.

«Le cœur de cette opération militaire ne sera plus au Mali mais au Niger», a fait savoir Emmanuel Macron. «Nous comprenons cette décision, a expliqué le président sénégalais, Macky Sall, dans une conférence de presse commune avec le président français. La lutte contre le terrorisme au Sahel ne saurait être la seule affaire des pays africains. (…). Nous sommes heureux que l’engagement ait été renouvelé de rester dans la région et de réarticuler le dispositif.»

Au Sénégal, l’armée française compte 350 hommes et dispose d’une escale aérienne. À Abidjan, la base française de Côte d’Ivoire compte 900 soldats et constitue une plateforme stratégique, «opérationnelle et logistique majeure», selon le ministère de la Défense. 350 soldats sont logés au Gabon. Mais surtout, entre 350 et 400 militaires des forces spéciales sont stationnés près de Ouagadougou, au Burkina Faso. Concrètement, la fermeture des dernières bases françaises au Mali (Gao, Ménaka et Gossi) prendra de «quatre à six mois», selon Macron.

«Pendant ce temps, () nous allons continuer d’assurer les missions de sécurisation de la Minusma (la mission de l’ONU au Mali, forte de plus de 13000 casques bleus NDLR)», qui continuera de bénéficier dun soutien aérien et médical français sur place, avant le transfert ultérieur de ces moyens, a-t-il assuré. «Nous prendrons les dispositions nécessaires pour nous adapter au nouveau contexte en vue de pouvoir poursuivre la mise en œuvre de notre mandat», a fait savoir Olivier Salgado, porte-parole de la Minusma. Le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, s’est déjà prononcé pour le maintien d’une force de la paix de l’ONU au Mali.

3. Un revers de la France?

Évidemment, Emmanuel Macron «récuse complètement» cette idée d’échec. Pourtant, force est de constater que le retrait annoncé ressemble fort à une débandade. Car après neuf ans de guerre, les objectifs affichés n’ont pas été atteints. Les groupes djihadistes continuent à pulluler au Sahel et se répandent maintenant dans le golfe de Guinée. La raison en est simple: tout ce qui fait le terreau de Daech ou d’al-Qaida, à savoir le manque de développement économique, la pauvreté grandissante, le manque d’avenir, reste la réalité quotidienne des Maliens.

Les coups d’État successifs au Mali, au Tchad et au Burkina Faso – tous ex-colonies françaises – ont affaibli les alliances ouest-africaines de la France et montré que les accords existants servent plus Paris que Bamako, N’Djamena ou Ouagadougou. Les économies de ces pays ne perçoivent aucun dividende de l’ouverture de leurs richesses minières aux grandes compagnies internationales. En témoignent les milliers de jeunes Africains de l’Ouest qui risquent leur vie dans des voyages migratoires à haut risque. C’est dire si le «volet militaire» ne sest pas appuyé «sur des progrès politiques, sociaux, culturels et économiques», annoncés pourtant comme complémentaires par le ministère des Armées.

Au contraire. Or, cest bien ce qui est en jeu aujourdhui. Malgré cela, Emmanuel Macron reste scotché à sa stratégie. «Il sagit de nous recentrer sur les demandes de nos partenaires là où notre contribution est attendue. (…) Cet appui pourra inclure de l’aide en matière de formation et d’entraînement, de la fourniture d’équipements, voire un appui à leurs opérations contre le terrorisme», a-t-il soutenu. Et donc, très certainement, des ventes d’armes à la clé. Comme si le continent africain avait besoin de ça.

4. Quel avenir pour le Mali?

Le pays est en grande difficulté et la décision française risque de le déstabiliser davantage. Le sentiment antifrançais va très certainement s’amplifier, d’autant que neuf ans de guerre n’ont rien réglé et l’insécurité se poursuit. Et que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) imposent des sanctions économiques au Mali pour le punir de ne pas organiser des élections.

Des sanctions soutenues par la France et l’Union européenne. Les mêmes sont pourtant moins sourcilleux s’agissant de manipulations constitutionnelles en Côte d’Ivoire et en Guinée pour obtenir un troisième mandat présidentiel. Or, ce sont les Maliens qui en subissent les conséquences. Ils ont d’ailleurs dénoncé cette punition en manifestant en nombre dans les rues de Bamako. Ils entendent avoir voix au chapitre. Une revendication que la France ferait bien d’entendre.

 

 

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Makhmour (Irak) / Afrin (Syrie) : La France et l’UE doivent désavouer RT Erdogan

9 Février 2022, 07:51am

Publié par PCF Villepinte

La Turquie de R.T. Erdogan poursuit avec acharnement son œuvre criminelle contre le peuple kurde.

Alors que les bombardements sont quotidiens, un brutal déchaînement de violence s’est produit le 1er février en Irak, dans la région de Shengal et le camp de réfugiés de Makhmour, ainsi que dans le nord-est de la Syrie où vivent des kurdes d’Afrin chassés par les supplétifs islamistes de l’armée turque.

Ces attaques interviennent alors que l’État islamique a lancé une opération contre la prison d’Hassake afin de libérer des djihadistes emprisonnés. 121 civils et combattants kurdes y ont trouvé la mort.

Ces offensives conjointes illustrent la pérennisation des connivences entre la Turquie et ces hordes d’assassins. Le chef de Daesh, qui vient de trouver la mort, se terrait dans la province d’Idlib sous contrôle turc.

Elles témoignent surtout de l’incapacité de R.T. Erdogan à régler la question kurde en dépit de l’acharnement répressif contre le Parti démocratique des peuples (HDP).

Le Parti communiste français (PCF) condamne ces nouvelles agressions, appelle la France et l’Union européenne à désavouer la politique de R.T. Erdogan et à soutenir le processus de paix promu par les Kurdes.

Parti communiste français,
Paris, le 5 février 2022

 

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Au Chili, l'espoir mis au défi

13 Janvier 2022, 13:11pm

Publié par PCF Villepinte

Un grand « ouf » de soulagement. C’est ce qui a échappé aux progressistes du monde entier à l’annonce de la victoire de Gabriel Boric lors du second tour de l’élection présidentielle au Chili. Avec 55,9 % des voix, le candidat de la coalition « Apruebo Dignidad » (J’approuve la dignité) renversait la tendance du premier tour et s’imposait face au représentant de l’extrême droite réactionnaire et néolibérale, José Antonio Kast.

 

Un soupir de soulagement donc, mais aussi d’admiration et d’espoir face à l’ampleur de la victoire acquise. En effet, au soir du premier tour, l’ambiance était tout autre. Pourtant donné favori, Boric était arrivé deuxième avec 25,8 % des voix, derrière Kast (27,9 %). Une douche froide, mais aussi un coup de tocsin pour la mobilisation des citoyennes et citoyens, confrontés à deux options diamétralement opposées : l’espoir contre la peur, le neuf contre l’ancien, la démocratie contre l’autoritarisme.

Le caractère plébiscitaire du scrutin, la menace de voir arriver à la présidence un « Bolsonaro chilien », ont conduit de larges secteurs populaires, progressistes et démocratiques à se mobiliser, ce qui s’est traduit par une victoire historique à plus d’un titre. Entre le premier et le second tour, Boric a gagné plus de 2,8 millions de voix, devenant ainsi le président élu avec le plus haut pourcentage, le plus haut nombre de suffrages (4,6 millions), le plus grand écart de voix, mais aussi le plus haut taux de participation (55,6 %, en hausse de 8 points par rapport au premier tour).

Ce formidable sursaut n’est bien entendu pas uniquement le fait de réactions individuelles. Il est en grande partie le résultat d’une mobilisation militante de tous les instants entre les deux tours, dans laquelle les militantes et militants du Parti communiste du Chili auront été en première ligne. Sous le mot d’ordre « 1 million de portes pour Boric », une grande campagne de porte-à-porte a ainsi permis d’entrer directement en contact avec la population dans tout le pays et promouvoir le vote, notamment auprès des classes populaires urbaines et rurales.

La victoire de Boric s’inscrit dans la continuité du processus de transformation de la société chilienne, qui s’exprime avec force depuis le soulèvement populaire d’octobre 2019. Issue du référendum du 25 octobre 2020, l’Assemblée constituante travaille depuis son installation à la rédaction d’un nouveau texte constitutionnel, qui doit remplacer celui mis en place par la dictature de Pinochet dans le but d’empêcher toute remise en cause du modèle néolibéral-autoritaire. Avant la fin de l’année, le document élaboré par la Constituante doit être soumis par référendum au peuple chilien, qui décidera souverainement de son approbation ou de son rejet. Avec un Exécutif qui lui est favorable, la Constituante se retrouve donc dans une situation bien plus favorable pour mener à bien ses travaux et aboutir à l’ouverture d’une nouvelle page dans la vie républicaine du Chili.

L’unité, condition de l’avancée du processus

Lors des traditionnels vœux à la presse, organisés le 1er janvier, le président du PC Guillermo Teillier peut donc déclarer que « nous avons beaucoup de raisons d’être contents. Ça a été une bonne année pour le peuple du Chili, car celui-ci a consolidé le réveil d’espoir de 2019, après avoir connu une pandémie si dure, et ce peuple a fixé un cap. Un cap de changements, de processus de perfectionnement démocratique, un processus unitaire, dans lequel la majorité du pays penche pour mener de l’avant les mesures substantielles du programme de gouvernement que mène Gabriel Boric. Cela s’est bien passé pour nous en tant que coalition Apruebo Dignidad, en tant que parti ; nous n’avons pas réussi tout ce que nous aurions voulu, mais de manière générale ce processus est un succès pour le moment »1.

Au lendemain de l’élection présidentielle, les communistes réaffirment donc leur volonté de continuer à s’inscrire dans la politique de front large poursuivie par la majorité de la gauche, afin de garantir la stabilité du nouveau gouvernement et le succès du processus de nouvelle Constitution, dans un sens de substantielles transformations sociales et démocratiques. C’est notamment le sens des déclarations de plusieurs dirigeants communistes, reconnaissant la liberté de Gabriel Boric pour constituer son gouvernement, en faisant appel aux forces de gauche dans leur diversité, mais aussi à des personnalités « indépendantes » ou issues des mouvements sociaux. Une ouverture qui comprend également la possibilité de discuter avec des organisations telles que le Parti socialiste, voire certains secteurs de la droite.

Une politique qui ne va pas sans difficultés, comme récemment avec le renouvellement de la direction de la Constituante. Lors de celle-ci, des divergences se sont fait jour au sein des forces de gauche, entre un pôle regroupant le Frente Amplio (FA, regroupement de formations de gauche dont est issu Boric, et qui est membre d’Apruebo Dignidad) et des courants socialistes, et un autre constitué d’indépendants et du PC. C’est finalement le second qui l’a emporté, avec l’élection à la présidence et la vice-présidence de María Elisa Quinteros, membre de l’organisation Mouvements sociaux constituants et Gaspar Domínguez d’Indépendants non-neutres.

S’il refuse de considérer cet épisode comme une rupture, le constituant communiste Marcos Barraza y voit néanmoins l’expression de deux conceptions du rôle de l’Assemblée constituante : l’une favorisant un texte « neutre » et l’autre voulant le doter d’un contenu programmatique, autour de dispositions fortes2.

La participation populaire, clef de la réussite

Au-delà des espaces institutionnels, c’est également dans la mobilisation populaire, son dynamisme et sa détermination, que réside un élément essentiel pour la réussite du processus de transformation, et cela dès maintenant. Car malgré le mouvement de 2019, le triomphe lors du référendum constitutionnel et, désormais, la victoire lors de l’élection présidentielle, 44 % des votants du second tour ont opté pour un candidat ultra-réactionnaire. Celui-ci ne disparaîtra pas une fois l’élection passée, et la lutte pour l’hégémonie à droite ne fait que commencer. Au Parlement, la situation est également compliquée pour la gauche, AP n’ayant obtenu « que » 37 sièges sur 155 à la Chambre des représentants et cinq sur 50 au Sénat.

Dans l’immédiat, la mobilisation peut se structurer autour de deux axes. Le premier, de résistance, contre la volonté du président sortant, Sebastián Piñera, de brader les ressources en lithium au profit de grandes multinationales et sans aucun processus d’industrialisation de la filière au plan national. Le second, de construction, afin de recueillir le maximum de signatures pour l’introduction d’initiatives populaires à la Constituante. Le règlement de l’assemblée prévoit en effet qu’une proposition recueillant au moins 15 000 signatures de citoyennes et citoyens d’au moins quatre régions différentes, sera discutée et votée par celle-ci et pourra donc, in fine, faire partie de la prochaine Constitution. Seront ainsi d’ores-et-déjà débattues une proposition visant à garantir les droits sexuels et reproductifs, dont l’avortement, ou une visant à… interdire ce même avortement.

Autant dire l’importance, avant la date limite du 1er février, de permettre que soient soumises au débat des propositions telles que celle d’une « Constitution politique pour les travailleuses et les travailleurs » portée par la centrale syndicale CUT ; pour une éducation féministe, laïque, publique et non-sexiste ; ou encore pour le droit à la Sécurité sociale.

D’une grande importance, la victoire de Gabriel Boric n’est cependant qu’un rouage parmi d’autres dans la machine de la transformation sociale au Chili. Une machine grande, complexe et toujours en construction, peut-être fragile mais qui, pour toutes ces raisons, suscite la curiosité et la solidarité des progressistes de tous les pays.

 

Cyril Benoit


membre du collectif Amérique latine

membre de la Commission des relations internationales du PCF
 

1. http://elsiglo.cl/2022/01/01/el-partido-comunista-no-tiene-ninguna-actitud-de-veto/

2. https://www.latercera.com/la-tercera-sabado/noticia/marcos-barraza-convencional-pc-apruebo-dignidad-es-una-coalicion-joven-y-todavia-el-rodaje-no-es-suficiente/TEKTH52RPBH3NA2ERZYC5XOGYE/?fbclid=IwAR1CdJQC3w8wntJ78Ty5VfkwrbO6gLtDN3o60U-5VjkCqV026LyxaMlVpbQ

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