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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Confession(s)

15 Octobre 2021, 11:26am

Publié par PCF Villepinte

Le secret de la confession et la République…

Leurre. Les lois de la République ont-elles quelque chose à voir avec celles du droit canon ? En somme, doit-on mélanger le spirituel et le temporel pour mesurer – dans toutes ses acceptions – l’ampleur de la polémique après les propos surréalistes d’Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, selon lequel le secret de la confession est « plus fort que les lois de la République »? Beaucoup ont cru, au moment de cette déclaration, à un « dérapage » sinon à une « maladresse » langagière. Ne soyons pas naïfs. Le présupposé ainsi énoncé par l’homme d’Église ressemble, en vérité, à un leurre jeté à la conscience de toute la société dans un moment où l’épiscopat se trouve débordé et directement menacé par les terrifiantes révélations du rapport Sauvé, qui a constitué un véritable choc. Le nombre de mineurs victimes d’agressions sexuelles par des prêtres, des diacres et des religieux depuis 1950 s’élève à 216000. Un « phénomène massif », un « caractère systémique ». D’autant que la macabre statistique grimpe à 330000, un chiffre probablement en deçà de la réalité, si nous ajoutons les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse, etc.). Vertigineux…

Secret. Faut-il comprendre que, pour l’épiscopat, un prêtre catholique pourrait être exempté du suivi des lois de l’État au nom du respect des lois de sa religion ? Le bloc-noteur ne le sait que trop : pour un croyant, il existe bel et bien une « autorité » divine ou transcendante qui dépasse de loin toutes les institutions humaines, même en République. D’ailleurs, le législateur et la justice ont depuis longtemps examiné cette question épineuse, assez inextricable, celle du secret de la confession impossible à transgresser – du moins pour les intercesseurs de Dieu. Ils le tiennent même pour un secret professionnel, au même titre que celui des médecins, avocats, etc., lui donnant un cadre et des limites dont les nombreuses lois et jurisprudences se perdent dans l’histoire tant elles restent sujettes à interprétation. Car le signalement, autrement dit la dénonciation, est toujours possible quoique soumis aux aléas des époques: parfois le secret impose le silence; dautres fois, il permet le signalement. Soyons précis. La loi française (article 434-3 du Code pénal) punit la non-dénonciation aux autorités judiciaires de certains crimes et délits. Mais, dans larticle en question, il est toutefois précisé que des exemptions potentielles existent, en particulier pour les personnes… astreintes au secret. D’où la question fondamentale : peut-on, doit-on accepter une autorité suprême au-dessus de nos lois républicaines, à savoir Dieu ? Grotesque suggestion, dès que la raison l’emporte. Comment croire (sic), en effet, que les catholiques et leurs représentants parviennent à nous convaincre que la règle du secret de la confession est le résultat d’une autorité divine – non contestable – qui doit mécaniquement s’imposer à la loi commune ?

Victimes. Si Éric de Moulins-Beaufort avait voulu rassembler autour de l’épiscopat les catholiques les plus traditionnels, c’est-à-dire ne pas perdre les plus « classiques » d’entre eux en pleine tourmente, il ne s’y serait pas pris autrement, quitte à opposer un bloc anti-religions à un autre bloc pro-religions prêt à affronter l’État. Pari risqué : opposer lois de Dieu et lois de la République relève ni plus ni moins d’une conception archaïque du christianisme. Oublions donc l’idée d’une divinité législatrice, puisque l’enjeu se trouve ailleurs. Il concerne l’Église de France et son attitude, désormais, face aux centaines de milliers de victimes de violences sexuelles passées et peut-être à venir. Même les croyants admettront que ce sont les autorités religieuses – et non Dieu ! – qui n’ont pas réussi à prévenir la pédocriminalité au sein de leur institution. Dès lors, jusqu’à quel point tolérer une pratique, le secret de la confession, dont l’un des effets nous a été clairement révélé ? « J’ai vu le mal le plus absolu », a déclaré Jean-Marc Sauvé, responsable de la commission indépendante sur la pédocriminalité dans l’Église catholique, en rendant son rapport. Le voilà, le vrai sujet…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 15 octobre 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

 

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Massacreur(s)

8 Octobre 2021, 11:18am

Publié par PCF Villepinte

Bernard Tapie, incarnation de la dérive néolibérale.

Errements. Les emballements médiatiques nous tuent, quand ils procèdent, si régulièrement, à d’odieux révisionnismes. Ainsi donc, quoi que nous pensions d’un défunt, il conviendrait à toute force d’écrire: la mort force le respect, comme le combat contre la maladie, etc. Admettons volontiers qu’il y a un temps pour tout, et que certaines batailles s’inclinent devant les circonstances. À une condition néanmoins: ne rien oublier, ne rien omettre, ne rien enfouir dans les tiroirs incommodes de l’Histoire. Bernard Tapie s’en est allé, et avec lui quarante ans de fascination déplacée. Il aurait connu «mille vies», un «destin hors norme». Et alors? Les défauts et les qualités de l’homme importent peu, en vérité. Ce qui compte, à l’heure des bilans, c’est ce qu’il a incarné en profondeur, à savoir les mutations dérivantes – sinon délirantes – du paysage idéologique et politique au tournant des XXe et XXIe siècles. Prenons bien la mesure. Le bloc-noteur ne parle pas là d’une coupe aux grandes oreilles qui chavira de bonheur toute la France, comme si un triomphe pouvait effacer la mémoire d’un pseudo-entrepreneur sans scrupule, massacreur d’entreprises. Non, Bernard Tapie a simplement personnifié, plus que d’autres, la dérive néolibérale de notre société, au point de miner de l’intérieur la social-démocratie française, l’entraînant dans des errements qu’elle paie encore aujourd’hui. Et pourtant, en dépit de sa maladie, la séduction de voyou qui l’avait porté au pinacle continuait d’opérer sur tant d’esprits. Étrange mystère, n’est-ce pas?

Opportuniste. Il n’y a plus de quoi, il n’y a plus que des qui. Et ce qui, Bernard Tapie, n’a cessé d’insuffler une conception très individualiste de la politique – fameuse glorification de la «réussite» – annonçant bien avant l’heure une forme de «populisme à la française» capable de tout, frayant le chemin de ce que d’aucuns nomment désormais «l’illibéralisme», dans un mélange opaque entre affaires et gestion de la chose publique. Une dérive bien plus fondamentale que nous le pensions à l’époque, sans doute, qui participa de la décrépitude générale. Que des mauvais souvenirs, pour peu qu’on y réfléchisse sérieusement. Comment accorder encore du crédit (sic) à un pirate du capitalisme déglingué, à un rôdeur des tribunaux de commerce qui pillait les épaves, amassant une fortune de capitaine d’industrie opportuniste, devenu pour beaucoup le héraut d’une modernité clinquante et ultrafriquée, accélérant jusqu’à l’orgueil et l’orgie cette maudite «conversion libérale»?

Marqueurs. Voilà où nous en sommes. Et plus personne, ou presque, ne pose cette question: comment contrôler la sauvagerie plantée au cœur de l’économie libérale et sauvegarder la discipline collective propre à toute civilisation? Lui fut tout le contraire. Il y a cent ans, les conservateurs vomissaient la République, et les socialistes et les communistes, le capitalisme (chaque camp se définissait par ce rejet même). La droite, depuis lors, a épousé Marianne en secondes noces, et une partie de la gauche, le FMI. Que nous reste-t-il des marqueurs essentiels au milieu de cette confusion globale? Les solidarités collectives opposées au sauve-qui-peut individualiste? Régis Debray écrivait, dès 2008: «Le ’’du bonheur et rien d’autre’’ est un facteur commun. La lutte des classes? Celles-ci se définissaient par ’’leur place dans le processus de production’’. La société du loisir et des services immatériels ne facilite pas le repérage.» Les «années Tapie» ont filé, emportant tout sur leur passage, et le constat s’avère plus cruel ici-et-maintenant. Lors de son face-à-face avec Le Pen, en 1994, tandis qu’un minable présentateur sortait des paires de gants de boxe sur le plateau de télévision, Tapie déclara: «C’est sérieux, la politique.» Pour une fois, il avait raison. Pour une fois seulement…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 8 octobre 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Décrépitude(s)

2 Octobre 2021, 16:44pm

Publié par PCF Villepinte

Zemmour-le-voilà, ou l’Action française…

Histrion.

 À l’heure où s’écrivent ces lignes, tandis que l’époque vire idolâtre, aguicheuse et sans scrupule, nos cœurs de républicains se serrent. Les sondages ne sont que des sondages et d’ici l’échéance des prétendant(e)s à l’élection monarchique, qui rend folle la France, le paysage politique et social peut encore se modifier et même se désagréger – qui sait ? Ici-et-maintenant, le bloc-noteur atterré se doit néanmoins de constater que, désormais, deux potentiels candidats d’extrême droite trustent environ 30% des intentions de vote.

 Le phénomène s’avère tellement inouï et improbable qu’il est presque trop tard pour tergiverser. Après des années de chroniques sur la famille Le Pen, père et fille, après une bonne quinzaine d’écrits sur les atrocités de Zemmour-le-voilà, un fait politique déplorable s’impose à tous : la vieille pulsion nationaliste, qui a conduit à la collaboration avec le nazisme, est non seulement de retour, mais elle sature l’espace médiatique.

 L’irruption zemmourienne, et les ponts qu’elle installe entre les fascistes de toutes tendances et la droite extrême, en dit long sur l’état du camp conservateur et réactionnaire, prêt à se jeter dans les bras d’un histrion révisionniste. Minable moment d’involution, entre Action française et Vichy…

Pétainiste.

 Que les non-informés nous pardonnent : il suffisait d’avoir lu, dès 2014, le Suicide français (Albin Michel), pour comprendre la matrice fondamentale de Zemmour-le-voilà et à quel point le personnage était déjà en place, à la fois odieux et ordurier, poujadiste et pétainiste. Nous ne sommes pas en train d’écrire qu’il est plus ou moins néfaste que Fifille-la-voilà (encore que), mais l’ampleur de la « bulle » médiatique et politique autour de son nom, de son dernier livre et de ses prestations publiques hallucinées, a de quoi nous inquiéter.

 Sa mécanique est huilée et sa dialectique – machiavélique – se veut savante. L’ex-polémiste, moitié Maurras contemporain moitié Pauwels qui ose tout, même s’approprier l’héritage du général, n’incarne que la revanche xénophobe et ultranationaliste.

 Dans son livre, il s’avouait deux ennemis de classe privilégiés : les soixante-huitards et les féministes (enfin, surtout les femmes en vérité). Invraisemblables propos : « La propagande consumériste mina la culture traditionnelle du patriarcat; les publicitaires, sociologues, psychologues sallièrent aux femmes et aux enfants contre les pères qui contenaient leurs pulsions consommatrices. » Il louait les « hommes retrempés dans une virile vertu spartiate », refusait ce qu’il appelait la « domination émolliente des femmes » et regrettait que « ces vagues de féminisation et d’universalisme postchrétien » puissent briser « les digues d’une France encore patriarcale, reposant sur l’imperium du père, à la maison comme à la tête de l’État ».

Décrépitude.

 Le pire était encore ailleurs. Et par les hasards de son propre agenda, qu’il semble pouvoir imposer aux chaînes d’information en continu, nous en parlons en boucle depuis au moins quinze jours : le rôle de Pétain dans la déportation des juifs. Pour lui, une « doxa édifiée » qui repose sur «la malfaisance absolue du régime de Vichy ». 

Vous avez bien lu. Dès le Suicide français, Zemmour-le-voilà exaltait la figure de Pétain, qu’il disait sauveur de « juifs français » (ignoble nuance, même entre juifs) et pointait « l’efficacité de l’échange juifs français contre juifs étrangers, voulu et obtenu par Vichy ». Pétain en héros, voilà tout. Sept ans plus tard, il récidive.

 En vérité, l’ultraréactionnaire a procédé depuis longtemps à sa mue de pré-fascisant. En 2014, il ne cachait pas : « Maurras exalta jadis les quarante rois qui ont fait la France; il nous faut désormais conter les quarante années qui ont défait la France. » Nous serons d’accord sur un point. Oui, les quatre dernières décennies furent assez tragiques. Sauf que Zemmour-le-voilà n’est aujourd’hui que le produit monstrueux de cette lente et terrifiante décrépitude idéologique…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 1er octobre 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Du monde capitaliste comme religion

23 Juin 2021, 11:37am

Publié par PCF Villepinte

Du monde capitaliste comme religion

Le seul paradis dont nous puissions rêver est-il « un paradis fiscal » ? La promesse de « faire travailler votre argent » est-elle un acte de foi bien raisonnable pour votre banquier ? Et si le monde capitaliste n’était pas seulement une économie, une société et un État, mais aussi une religion comme le suggèrent Karl Marx et Walter Benjamin ? Une « religion de la vie quotidienne », non pas tournée vers l’au-delà mais vers un ici-bas qu’il faudrait aimer tel qu’il est, avec un culte sans dogme transcendant mais avec le concours de l’église bavarde des économistes, et enfermant bel et bien les représentations et les croyances des sociétés humaines dans lesquelles il s’installe. Une religion des marchandises et de l’argent (une « société de consommation » et « une économie de marché ») fondée sur l’effacement et le mépris du travail humain pourtant indispensable à la création des vraies richesses sociales. Format 14x20 - 200 pages

 

 

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Atrophie(s)

12 Juin 2021, 07:31am

Publié par PCF Villepinte

France, que deviens-tu?

Involution.

 Nous y voilà, à cette pseudo-démocratie à l’anglo-­saxonne: la relation client remplace un à un les services publics et tous les rouages de l’éthique républicaine, tandis que la langue de la gestion comptable et financière supplante désormais les programmes (déchirés), les confiances (déçues) et les fraternités (brisées).

Tout est donc permis, dans cette France malade, et nous nous demandons ce que nous avons bien pu faire pour en arriver là. Horrible pensée, celle de croire que nous n’avons pas perdu une bataille mais la guerre. Régis Debray écrivait en 2018, dans Bilan de faillite (Gallimard): «On peut masquer cette déculottée sous un ton grand seigneur, désinvolture blasée, ironie distante, “au-dessus de ça”. La poésie des ruines. Des simagrées. Tant d’idéaux jetés à la queue leu leu dans une fosse commune auraient mérité, non un sourire de faux jeton, mais une salve d’honneur.» 

Trois ans plus tard, la situation a non seulement empiré, mais elle se dégrade si vite qu’on ne sait plus jusqu’où dérivera le climat politico-médiatique. On ne nous avait pas préparés au culte du «gagnant» et à la pourriture préfascisante qui pollue tout sur son passage. Jamais, depuis la guerre, certains Français n’avaient à ce point engendré une logique d’exclusion dont les relents pétainistes nous ramènent, par un mouvement d’involution, aux années 1930.

Le bloc-noteur le ressasse depuis si longtemps que sa plume tourne à vide dans l’encrier: ne plaisantons pas avec notre lucidité, elle est notre meilleure protectrice à l’heure où les bruits de verre brisé de la haine ordinaire agressent la République en son cœur même. À mesure que monte la menace, la peste brune se diffuse à la vitesse des marées.

Idéologues.

 Regardons froidement la séquence en cours, que nous pouvons nommer: «Le temps de l’extrême droite.» En quelques semaines, nous avons tout connu. L’appel au meurtre de militants de gauche, les diatribes de militaires factieux, les mots de policiers non moins séditieux marchant sur l’Assemblée nationale, les propos d’égout d’idéologues médiatiques, et même une gifle infligée à Mac Macron au cri de ralliement des royalistes…

France, que deviens-tu? La dédiabolisation de Fifille-la-voilà et de la fachosphère atteint de tels sommets que, tenez-vous bien, la gauche est dorénavant présentée comme plus dangereuse que le Rassemblement national par des «intellectuels» et des élus. On connaît la vieille formule: «Plutôt Hitler que le Front populaire», slogan d’une droite extrême soutenue financièrement par le grand patronat de l’époque. Rien n’aurait changé?

Cette semaine, l’écrivain Laurent Binet écrivait ceci sur son compte Facebook: «Calmons-nous quand même, ça reste une petite baffe. L’homme l’a méritée, et quant à la fonction présidentielle, pas la peine de la sacraliser outre mesure. Ironiquement, toutes les réactions qui hurlent au crime de lèse-majesté ont des accents royalistes finalement assez proches de la ligne Action française.

L’autre ironie est que Macron n’est pas payé de ses efforts pour draguer l’extrême droite. Encore une leçon que lui et ses amis enthoveniens n’ont pas su tirer de l’Histoire: à trop vouloir nourrir la bête, elle finit toujours par vous mordre.» Comme le dit également l’historien Patrick Boucheron: «Désigner son adversaire revient à choisir son successeur.» A-t-il tort?

Délices.

 Alors, comment briser la tenaille entre les blocs capitaliste et réactionnaire? Nous pensons à Walter Benjamin: «De tout ce qui jamais advint, rien ne doit être considéré comme perdu par l’Histoire.» Ce samedi, nous défilerons pour retrouver l’élan du combat et tenter d’endiguer la fin programmée de notre démocratie. Face à l’atrophie, rien n’est encore écrit.

Sauf ces phrases de Marguerite Yourcenar: «Agir et penser comme tout le monde n’est jamais une recommandation; ce nest toujours pas une excuse. À chaque époque, il y a des gens qui ne pensent pas comme tout le monde, c’est-à-dire qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas… Chaque homme a éternellement à choisir, au cours de sa vie brève, entre l’espoir infatigable et la sage absence d’espérance, entre les délices du chaos et ceux de la stabilité…» Rien à ajouter. 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 11 juin 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Affaiblissement(s)

21 Mai 2021, 14:35pm

Publié par PCF Villepinte

Supprimer le corps préfectoral, vraiment?

Consternation. «Un cataclysme… une déflagration!» Ces temps-ci, le langage de certains représentants de la haute administration témoigne d’un malaise si profond que nous ne savons pas jusqu’où ira cette forme de «divorce» avec le Palais. La «réforme de l’État», voulue par Mac Macron, s’apparente désormais à une guerre larvée.

En décidant, début mai, de supprimer le corps préfectoral, tout en conservant la fonction de préfet, le premier sinistre a donc provoqué une nouvelle contestation dans les rangs des serviteurs «locaux» de notre appareil d’État. Une de plus, direz-vous, au sein de «l’élite» républicaine, déjà secouée par la fin programmée des grands corps des trois inspections générales (finances, affaires sociales, administration) et par le remplacement sine die de l’École nationale d’administration (ENA) par l’Institut national du service public (INSP).

Une œuvre de «modernisation indispensable», répète-t-on dans l’entourage du prince-président. Sauf que, cette fois, les préfets ont été cueillis à froid. Beaucoup évoquent une «déstructuration», au nom d’une opération de communication politique de type «quoi qu’il en coûte». Dans le Figaro, un préfet témoignait en ces termes: «Une thérapie de la parole se déploie dans nos rangs. Plus qu’une fronde, c’est l’accablement, la consternation et la démobilisation parmi nous. Mais on ne peut pas s’opposer…»

Autorité

Le bloc-noteur pose la question: les préfets, chargés du «respect des lois» par larticle 72 de la Constitution, senfoncent-ils dans une posture totalement corporatiste, ou tentent-ils de sopposer à une entreprise globale de liquidation, physique et morale, d’un des fondements de la République?

Dans la «préfectorale», comme lappellent les initiés, à la fois survivance du pouvoir bonapartiste et néanmoins symbole fort de la permanence de l’État en toutes circonstances, les hauts fonctionnaires expriment une double crainte: ils redoutent une perte dautorité, mais également une possible inféodation au pouvoir.

Lun précise sa pensée: «Notre force, c’est notre statut. Sans lui, les nouvelles recrues risquent d’être soumises à l’exécutif politique et de ne pas être suffisamment expérimentées. Nous risquons, très vite, d’affaiblir la structuration de l’État, qui est le fruit d’une longue histoire.»

Déluge.

 Après avoir vanté les mérites du couple «maire-préfet», décrit comme le plus efficace à l’échelle locale dans la lutte contre la pandémie, l’annonce de cette «libéralisation» du corps préfectoral laisse songeur. Beaucoup y voient la main de la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, honnie par les représentants de l’État les plus opposés à cette réforme.

Cette trentenaire, diplômée de l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC) et chantre de «l’efficacité des politiques publiques», est accusée de vouloir transformer les préfets en «managers» des territoires, dans une logique «infantilisante et caporalisante», ce qui réduirait «le bilan des préfets à une sorte de grille d’analyse venant tout droit des méthodes d’entreprises privées».

En appuyant sur tous les leviers de la désorganisation, de haut en bas, à quoi joue Mac Macron? Avec sa logique propre de la fameuse «entreprise France», il sattaque aux corps de l’État et, par là-même, comme sil lassumait, il semble retirer à notre société son espèce «d’armure» qui la protège encore quelque peu, au moment où l’affaiblissement et l’affaissement de la République deviennent dangereux. Après lui, le déluge… 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 21 mai 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Oligopole(s)

22 Avril 2021, 15:44pm

Publié par PCF Villepinte

Oligopole(s)

 

Ultradroitisation et hégémonie politique et culturelle…

Spectre. Cédant à l’irrépressible attrait du trou de serrure – propre au «voyeuriste» de la vie publique parfois comblé, le bloc-noteur aimerait se détacher de l’air du temps, chinant çà et là des petits riens d’interstices susceptibles de nourrir une forme d’optimisme afin d’atténuer cette douloureuse impression de découronnement de l’à-venir.

Difficile, n’est-ce pas, par les temps qui courent de retourner le «cercle de la raison». Ce que nous appelons par routine les leviers de commande semble télécommandé de partout et offre aux heureux élus un peu de poudre d’or à distribuer, comme autant de poudre aux yeux. Vous avez compris ce qui nous inquiète: les urnes sont des boîtes à double fond, électoral et funéraire. Elles recueillent, souvent avec décalage, nos rêves et nos cendres.

Un an tout juste avant l’échéance que vous connaissez, une douloureuse impression simpose en forme de question cruelle: et si la bataille pour l’Élysée se livrait désormais entre trois droites, spectre incluant, cela va sans dire, le prince-président sortant Mac Macron?

À l’étape actuelle, le constat savère douloureux. Une part croissante des débats est désormais captée par lesdites droites RN, LR et LaREM, et plus des deux tiers de l’électorat – ici-et-maintenant, à l’instant T – souhaiteraient s’exprimer en leur faveur. Pendant ce temps, la gauche, les gauches paraissent en voie d’éviction non seulement du second tour mais également de l’agenda du débat public, impulsé par toute la sphère politico-médiatique.

Peur. Nommons les choses: le climat est à loligopole, dans la droite ligne dune tendance inquiétante constatée sur le continent. De quoi s’agit-il? Selon la définition, une condition doligopole se rencontre lorsque nous trouvons, «sur un marché, un nombre faible d’offreurs disposant d’un certain pouvoir de marché et un nombre important de demandeurs», traduit autrement par «situation de marché oligopolistique».

Ces trois droites, en position de quasi-hégémonie politique et culturelle du fait de leurs relais dans toute la société française, sont à la fois agressives (entre elles, contre la gauche) et menaçantes (toujours plus droitières), sachant que le pays, nous le savons dorénavant, est à la merci d’un «accident électoral» qui permettrait à Fifille-la-voilà de sinstaller au Palais.

À force davoir peur, la peur devient leur force. Existe-t-il dailleurs un point commun à cet oligopole? Probablement celui d’emprunter tous les ressorts du Gulf Stream idéologique de l’ultradroitisation, par des approches légèrement différentes bien sûr, mais en couvrant tout l’éventail et en profitant de ces vents dominants pour gonfler les voiles.

Espoir. Cet état de marasme idéologique et politique puise ses racines loin en arrière. Pour le dire clairement: ceux qui pensent que les shows quotidiens de lodieux Éric Zemmour constituent une sorte de «nouveauté», ce serait oublier quarante années dun processus de droitisation et de libéralisme infernal, plus ou moins lent d’abord, puis vécu en accéléré ces toutes dernières années.

C'est le «fruit d’une dialectique subtile, entre offre venue d’en haut et demande venue d’en bas, en raison des crises sociales, du terrorisme et de tant d’autres facteurs provoqués par toutes les propagandes démagogiques, ce qui, après autant de coups de boutoir dans la durée, a peu à peu marginalisé la vraie gauche dans différents secteurs sociaux», comme le résumait la semaine dernière un analyste.

Le constat est posé, reste l’essentiel: la réponse. Peut-être viendra-t-elle, aussi, den bas, depuis les tréfonds de ces colères dues aux crises successives qui saccumulent et ressortiront tôt ou tard. Pour le pire, ou le meilleur. Les peurs nourrissent l’effroi. L’espoir, lui, ouvre un autre processus… 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 23 avril 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Elite(s)

16 Avril 2021, 06:41am

Publié par PCF Villepinte

 

Emmanuel Macron à l'ENA, promotion 2002-2004. 

Briser l’ENA, oui. Mais pour quoi faire?

Creuset. La «méritocratie» républicaine a-t-elle jamais eu un sens, sinon quand elle était incarnée dans la fidélité absolue au temps long et à un horizon indépassable: le service public, le bien commun, la construction dune France de haute tenue en tant quexemple.

En annonçant de manière quasi divine la suppression de l’École nationale d’administration (ENA), notre prince-président souhaite donc montrer qu’il est résolu à prendre une mesure forte pour remettre en cause la morgue de la haute fonction publique… dont il est lui-même issu. Un tour de passe-passe au profit d’une nouvelle institution élitaire? Sans doute. Qui le croit dailleurs sincère?

Au départ, lENA avait pour but de garantir l’égalité daccès aux carrières publiques et de casser les corporatismes des grands corps; assez vite, le projet a rompu avec son ambition démocratique originelle, devenant au fil des années lun des creusets de loligarchie française, formant ces escadrons de hauts fonctionnaires qui, depuis plus de trente ans, passent par l’Inspection des finances, avant de déserter le service de l’intérêt général pour aller s’enrichir dans la finance ou la grande distribution.

Tous, ou presque, ont activement accompagné la casse sociale historique que nous vivons, attisant la crise morale envers «la» politique et l’administration qui la sert par les sommets. Briser l’ENA, oui, bien sûr. Mais pour quoi faire?

Engagement. 

L’idée d’une école nationale de formation des fonctionnaires destinés à occuper les plus hautes fonctions de l’administration remonte à loin. Évoqué pendant la IIe République, porté sous le Front populaire par le ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, ce projet progressiste visait à remplacer un système de recrutement disparate. Idée reprise à la Libération, dans une ordonnance du général de Gaulle mise en musique par le ministre de la Fonction publique, Maurice Thorez.

La création de l’ENA répondit, au cours des années suivantes, à l’objectif originel de démocratisation. Avant la grande dérive… Le bloc-noteur, qui côtoya quelque peu Philippe Séguin, se permettra de citer son livre, Itinéraire (Seuil, 2003), lui, le pupille de la nation: «J’avais choisi l’ENA, donc le service public, parce que cela me paraissait, en toute candeur, valoir une entrée en chevalerie.

Voilà bien ce qu’était la République à mes yeux: la possibilité offerte à des roturiers daccéder à un ordre aussi prestigieux quexigeant, sans avoir de lettres patentes à acheter, mais seulement un mérite à démontrer et, surtout, un engagement à prendre, engagement de consacrer sa vie au service du pays, engagement qui valait adoubement…» 

L’homme de la promotion «Robespierre» écrivait ensuite: «Je ne tarderai pas à déchanter. (…) Le pouvoir qu’on enlève au peuple, aucun autre peuple ni aucune réunion de peuples n’en hérite. Ce sont des technocrates désignés et contrôlés encore moins démocratiquement qu’auparavant qui en bénéficient, et le déficit démocratique s’en trouve aggravé.»

Esprit.

 D’autres que Philippe Séguin ont honoré l’ENA, en toute lucidité. Cette semaine, l’écrivain et avocat François Sureau déclarait, par exemple: «L’ENA avait été créée pour aider à relever un pays que les avocats, les professeurs et les élèves d’une école de guerre, dont on nous vante à présent les mérites, avaient conduit à la pire défaite de son histoire.

Les énarques, cinquante ans durant, y ont pris leur part. (…) Dans les derniers temps, même abandonnés de l’esprit initial, ils me paraissaient préférables aux maniaques du libéralisme économique, aux gourous du laisser-faire, aux Gafa, aux eurocrates. (…) Non, je n’ai pas aimé l’ENA. Mais, au moment où elle disparaît, avec ses fondateurs, ses rêves de boursiers républicains, son arrogance inquiète et le sens de l’État, je voudrais soulever mon chapeau, et n’être pas tout seul.»

 Un monde meurt, de toute évidence. Mais celui concocté par Mac Macron ne promeut que l’idéologie managériale. D’où la question: lENA seule est-elle en cause, ou sagit-il, plus fondamentalement, de l’à-venir de nos services publics?

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 16 avril 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Peur(s)

2 Avril 2021, 07:01am

Publié par PCF Villepinte

Revoilà la question du «tri» et, avec elle, son lot dangoisses.

Continuum.

 Nos prophètes de légende, sans prise sur l’événement, tentaient toujours de sublimer le malheur passé ou à venir par le merveilleux et l’étalement du mystère dans le temps. La disparition des arrière-mondes et des longues durées donne aux succédanés d’aujourd’hui un air tragi-comique. Loin d’interpréter la catastrophe potentielle, ces derniers tendraient plutôt à en provoquer, surtout quand les interrogations philosophiques – auxquelles ils n’entendent rien – se confrontent à une crise sanitaire d’une telle ampleur.

Depuis un an, conscience humaine et éthique ont été bien chamboulées, au point de bousculer quelques certitudes. Même le vivre-ensemble ne ressemble plus à rien. Sans parler de nos peurs, flamboyantes énigmes de déchirantes vérités, qui attisent nos comportements et tordent les phrases. Cette semaine, d’ailleurs, a resurgi dans le débat public le mot «tri», et avec lui toutes les angoisses possibles et imaginables.

Il y a tout juste un an, au début de la vague épidémique, le bloc-noteur avait déjà évoqué le sujet dans toute sa brutalité: faut-il choisir qui tenter de soigner et qui laisser mourir? En toutes circonstances, l’interrogation paraît déplacée sinon choquante. Nous savions alors que cette question du tri à l’hôpital allait nous accompagner durablement.

L’accès à la ventilation mécanique pour les patients en détresse respiratoire n’est en effet que la pointe émergée d’un continuum du rationnement des chances face à l’épidémie, qu’il faut regarder dans son ensemble, jusqu’à l’hypothèse d’une pénurie de ce que les personnels soignants appellent les «ressources de survie», afin d’éviter la saturation totale des services de réanimation…

Justice. 

Frédérique Leichter-Flack, maîtresse de conférences et membre du comité d’éthique du CNRS, parlait à l’époque d’«abomination morale redoutée». Après une année de déprogrammations de tous ordres, une forme de «tri» subi est déjà à l’œuvre, sachant que, parallèlement, un autre «tri» s’opère depuis toujours aux urgences: à quoi sert dintuber une personne très âgée et atteinte de comorbidité, puisquelle entrera en réanimation intensive sans jamais se réveiller?

Loin d’être seulement labomination morale que lon redoute, des décisions difficiles sont toujours prises et elles doivent combiner respect de l’éthique et principe de réalité une combinaison souvent incompatible. Frédérique Leichter-Flack nous rappelait ceci: «Le tri a précisément été inventé, en médecine d’urgence comme en médecine de guerre, pour remettre de la justice, de l’efficacité et du sens là où ne régnait que l’aléa du fléau.»

 Et elle ajoutait: «Le médecin trieur n’est pas l’ange posté à l’entrée du royaume, il n’est pas là pour jouer à Dieu et dire qui aura ou non droit à la vie, mais pour sauver le plus de vies possible, en refusant de se cacher derrière la Providence ou la distribution aléatoire du malheur.»

Risque.

 Difficile à admettre en tant de paix, n’est-ce pas? Laffaire reste sensible au plus haut point. Car, en période de pénurie, sopère une sorte de basculement dune médecine individuelle, censée donner à chacun ce dont il a besoin, à une médecine collective, qui oblige le sauveteur à prendre en compte, à côté de la victime en face de lui, les besoins de tous les autres au regard du stock de ressources disponibles.

Vous l’avez compris: plus le décalage entre ressources et besoins est grand, plus on aura tendance à basculer dans des pratiques de «tri» dégradées. D’où l’enjeu philosophique et démocratique à très haut risque politique, après des années de casse généralisée de nos hôpitaux. Une mise en abîme…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 2 avril 2021.]

 

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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L'exercice de l’État

31 Mars 2021, 09:26am

Publié par PCF Villepinte

Le prince-président s’entête à prouver la légitimité de ses choix. 

La politique n’est pas un jeu ni un pari, encore moins un exercice solitaire. Rattrapé par ce que nous nommons désormais la «troisième vague» due au Covid-19, Emmanuel Macron se retrouve au pied d’un mur qui menace de s’écrouler, emportant avec lui toute sa stratégie.

Alors que, depuis un an, la gestion de la crise a révélé de si lourdes failles et faiblesses que la nation a donné l’impression de tomber de son piédestal, le prince-président s’entête à prouver la légitimité de ses choix et affirme même qu’il n’a «aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec», ajoutant: «Nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles.»

Personne n’oubliera ces mots. Car les «modèles» dont il parle avaient précisément prévu ce qui se passe en ce moment. Ne pas reconnaître ses erreurs est un problème; ne rien apprendre de ses erreurs est une faute grave. À la vérité, puisque les décisions de Macron paraissent échapper à la rationalité scientifique, comment s’étonner que les citoyens ne comprennent rien aux tergiversations et doutent même de l’efficacité des mesures actuelles?

Notre ici-et-maintenant en dit long sur notre pays, gangrené par des institutions d’un autre âge. Un homme concentre à lui tout seul l’exercice de l’État à son degré le plus essentiel. Regardez à quel point chacun s’impatiente de savoir s’il parlera ou non, et quand! L’épidémie semble hors de contrôle, les hôpitaux sont submergés, les classes ferment, la vaccination reste apathique et nous attendons la bonne parole venue den haut.

Une folie si peu démocratique quelle cadre mal avec notre idée de la République. Imaginez d’ailleurs l’éventuelle séquence politique si d’aventure le prince-président, dépassé, annonçait un nouveau confinement obligeant les Français à rester chez eux, après avoir assuré que le virus ne devait pas nous empêcher de «prendre l’air». Comment qualifierions-nous, dès lors, sa gestion d’hier et d’aujourd’hui? Dun exercice défaillant de l’État. Tout simplement. 

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 31 mars 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

 

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