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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Artificielle(s)

29 Janvier 2023, 08:41am

Publié par PCF Villepinte

Que penser de ChatGPT,

roi de l’intelligence artificielle?

L'Humanité Vendredi 27 Janvier 2023

Jean-Emmanuel Ducoin

 

Précision

 Depuis Deep Blue, qui bouleversa et choqua le monde des échecs (début des années 1990), et le fameux film de Spielberg, A.I. Intelligence artificielle (2001) , la préfiguration d’un monde futur dominé par les superordinateurs restait sinon abstraite, du moins plutôt confinée au cercle très fermé des spécialistes du genre.

De loin en loin, nous savions bien sûr que l’évolution s’avérait assez exponentielle, au point de révolutionner bien des domaines: du monde de la finance à la gestion des armées des grandes nations, algorithmes et autres logiciels dominent et s’imposent en maîtres absolus. Avec la survenue de l’année 2023, il semble qu’un bond en avant ait été observé et que, pour le grand public, l’intelligence artificielle sorte de la brume, malgré son concept encore flou pour le commun des mortels.

Vient en effet de débouler dans nos vies quotidiennes ChatGPT, un «robot en ligne» capable de produire sur commande, et en quelques secondes, des textes dune précision quelquefois étonnante. Ce petit logiciel, téléchargeable à souhait, dépasse dans nos fantasmagories le HAL 9000 de 2001: lOdyssée de lespace (Kubrick, 1968) et permet à n’importe qui de rédiger à la vitesse d’un clavier au galop un poème, un devoir scolaire, une recette de cuisine, un rapport, une histoire pour endormir vos enfants, des lignes de code, de la musique, bref, tout ce dont vous avez besoin. Et même: un article!

Démiurge

 L’aveu mérite qu’on s’y attarde: le bloc-noteur a renoncé à essayer ce qui se présente déjà comme une «rupture technologique majeure», voire un «bouleversement civilisationnel». Vertigineux progrès? Inquiétant? Menaçant? Un peu tout à la fois, évidemment.

Avec ChatGPT, ne le cachons pas, lIA donne à voir sa capacité à devenir un auxiliaire de notre intelligence, au même titre que la machine, jadis, a permis aux humains de décupler leurs forces physiques et d’augmenter la productivité. Une (r)évolution stupéfiante, à n’en pas douter, aussi prometteuse que dangereuse. Pour le meilleur… et pour le pire.

Rendons-nous compte: lycéens et étudiants peuvent désormais lui confier leurs devoirs, le malade influençable un protocole thérapeutique, le cyberpirate l’écriture d’un code malveillant, le journaliste la trame d’un récit, etc. De quoi influencer nos comportements et notre capacité à réfléchir à partir de notre libre arbitre et ainsi favoriser, de manière plus ou moins consciente, une sorte de paresse intellectuelle? En somme: jusquoù laisserons-nous les «machines» décider à notre place et octroyer aux développeurs du capitalisme une puissance potentiellement démiurge sur toutes les sociétés de l’humanité?

Usage 

Créé aux États-Unis par la start-up californienne OpenAI, ChatGPT n’en est, paraît-il, qu’à ses balbutiements et ses algorithmes de traitement automatique ultra-performants qu’aux prémisses de ses possibilités – dont on nous dit qu’elles deviendront «infinies». Mais gardons notre calme et notre sérénité. Considérons même que l’IA, à l’étape actuelle, demeure sous perfusion de données fixes et périssables, donc perfectible et sujette à de nombreuses erreurs ou approximations.

Une espèce d’illusion d’intelligence, vraiment artificielle? ChatGPT, alimenté par des masses de données issues de lInternet, vient néanmoins de passer un test grandeur nature pour le moins stupéfiant. À linitiative duniversitaires, il a réussi les examens dune faculté de droit américaine après avoir rédigé des dissertations sur des sujets allant du droit constitutionnel à la fiscalité en passant par les délits civils. De quoi effrayer la communauté scolaire.

Certains résultats ont été si convaincants que des enseignants de plusieurs universités évoquent le risque de tricherie généralisée et de «la fin des méthodes traditionnelles denseignement en classe». La ville de New York a banni ChatGPT des écoles. Et l’Europe met en chantier un AI Act, dans l’intention de réguler son usage. Le mot «usage» étant le bon. Larrivée de ce prototype dagent conversationnel est loccasion pour nous de réviser notre rapport au numérique. Avant quil ne soit trop tard?

 

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Questionnement(s)

21 Janvier 2023, 09:37am

Publié par PCF Villepinte

Jacques Derrida et la déconstruction

Vendredi 20 Janvier 2023

Jean-Emmanuel Ducoin

 

Offensive « Déconstruction »:

et le bloc-noteur y revient, inlas­sablement, puisqu’il y en va de la vie des Idées et, d’une certaine manière, de notre propension à entrevoir la pensée philosophique active et l’engagement intellectuel « dans » et « par » la société. Nous n’avons pas oublié la polémique de l’hiver dernier.

À l’époque, un colloque organisé à la Sorbonne appelait à « déconstruire la déconstruction ». Ces rencontres pour le moins « téléguidées », placées sous l’égide de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, l’ineffable Jean-Michel Blanquer, avaient suscité de vives réactions, singulièrement dans le milieu universitaire, certains chercheurs de renom y voyant une nouvelle offensive politique contre les travaux en sciences sociales s’intéressant à la décolonisation, au féminisme et à la lutte contre les discriminations en tout genre.

Bref, tout ce qui s’apparente de près ou de loin au mot valise « wokisme », nommé aussi maladroitement « déconstruction », voire « déconstructionnisme ». Nous voilà un an plus tard et un autre colloque, qui tombe à raison, se tient jusqu’à ce samedi conjointement à l’École normale supérieure et à la Sorbonne.

Intitulées sobrement « Qui a peur de la déconstruction? », ces séances de réunion publique et de conférence n’ont qu’un but, figurant dans l’annonce introductive: « Nous ne pouvons pas laisser dire que la déconstruction est destructrice, alors qu’il s’agit d’une démarche affirmative et inventive, qui s’efforce de redonner du jeu et de la vie à la pensée. »

Derrida 

Croyons-le ou non, plus de vingt ans après sa disparition, Jacques Derrida n’est pas mort. Et tous les autres non plus, les Michel Foucault ou Gilles Deleuze, dont les personnes et les œuvres majeures en tant qu’héritage intellectuel prépondérant ont été attaquées, détournées de leur sens.

L’événement en question ne se veut pas une « réplique » au mouvement réactionnaire et à ses instrumentalisations politiques en cours depuis plusieurs années, mais plutôt une « “tentative” de traiter sérieusement ce qu’on entend sous le mot de “déconstruction” au-delà des polémiques qui condamnent tout un pan des recherches sur le genre ou les études dites “postcoloniales” », expliquait cette semaine, dans Libération, Anne-Emmanuelle Berger, professeure émérite de littérature française et d’études de genre à l’université Paris-VIII, l’une de ses organisatrices.

De quoi remettre quelques pendules à l’heure – souhaitons-­le – et réaffirmer les principes inaliénables de la liberté académique, sachant que, dans notre beau pays, la France, nous ne trouvons quasiment aucun cours philosophique concernant les travaux de Derrida, Deleuze ou Foucault.

Comme si l’ère du temps, et ses conséquences idéologiques mortifères, agissait sur le « savoir », à la manière du verbe fourre-tout qui revient en boucle dans le langage politique, surtout du côté de la droite identitaire et des pétainistes de toutes tendances: «déconstruire». Sorte de chiffon rouge. Derrida en symbole, accusé avec tant d’autres (n’oublions pas Bourdieu) d’avoir participé à la radicalisation de la pensée philo­sophique –donc politique en remettant en question la phénoménologie­ et la métaphysique traditionnelles comme nouvelle manière de penser les sciences humaines et sociales.

Démarche 

La mécanique reste identique. Par un contresens volontaire, nous entendons: « Ils déconstruisent la France », « ils déconstruisent notre Histoire », sous-entendu « la France ne sera bientôt plus la France ». La célèbre « déconstruction », dont le nom même comme concept vulgarisé dans le monde entier a fini par noyer l’exigence du prima de sa définition.

Derrida le démontrait par ces mots: « Il s’agit par là d’analyser quelque chose qui est construit. Donc, pas naturel. Une culture, une institution, un texte littéraire, un système d’interprétation des valeurs. En somme, un “constructum”.

Déconstruire n’est pas détruire. Ce n’est pas une démarche négative, mais une analyse généalogique d’une structure construite que l’on veut désédimenter. » Bref, un mode de questionnement des contradictions et des impensés de la métaphysique occidentale, afin de déjouer les constructions sociales. Une forme «politique» de penser, en quelque sorte. Tout le contraire de ce qui est prétendument attaqué…

 

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CHRONIQUE

6 Janvier 2023, 09:50am

Publié par PCF Villepinte

Tirailleur(s)

L'Humanité Vendredi 6 Janvier 2023

Jean-Emmanuel Ducoin

Procès

La France aime les disputes mémorielles… et surtout les polémiques minables. Alors qu’il est actuellement en promo pour le film dans lequel il incarne un tirailleur sénégalais durant la Première Guerre mondiale, l’acteur Omar Sy, troisième personnalité préférée des Français selon le dernier classement du Journal du dimanche, se voit reprocher une petite phrase, évidemment complètement sortie de son contexte. 

«Je suis surpris que les gens soient si atteints (par la guerre en Ukraine). Ça veut dire que quand cest en Afrique, vous êtes moins atteints?» a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé au Parisien. Depuis ces quelques mots, qui, franchement, n’avaient rien de fracassant, Omar Sy est l’objet d’attaques d’une brutalité étonnante.

Toute l’extrême droite coalisée et tous les réacs de la pire espèce, capables de tout justifier pour distiller leur poison d’une certaine idée de la «nation», ont cru bon de réagir et de dénoncer les propos d’une star mondialement connue, vivant aux États-Unis. Alors oui, en effet, l’homme gagne des millions d’euros. Cela lui retire-t-il toute légitimité à s’exprimer en tant que Français et citoyen?

Même lancienne ministre et actuelle présidente du groupe macroniste au Parlement européen, Nathalie Loiseau, s’est fendue d’un commentaire sur Twitter: «Il y a 58 militaires français qui sont morts au Sahel en luttant contre les ­djihadistes. Non, Omar Sy, les Français ne sont pas “moins atteints” par ce qui se passe “en Afrique”. Certains ont donné leur vie pour que les Maliens cessent d’être menacés par des terroristes.» Curieux procès et étrange manière de tout mélanger, tandis que l’acteur, en pointant une disparité évidente, s’efforce juste d’éveiller les consciences.

Attaque 

Omar Sy ne manque pas de courage. Le 3 janvier, d’abord sur RTL, puis dans l’émission Quotidien sur TMC, il a tenté de remettre les pendules à l’heure: «On essaie de détourner mes propos. C’est un peu un manège qui est en place depuis quelques années autour de ma personne.» Avant de confesser: «Je suis habitué. () Le problème, cest ce que je suis et ce que je suis en train de devenir à chaque fois que je sors. () Ce nest pas ce que je dis qu’on attaque. C’est moi. C’est un peu devenu systématique à chaque fois que je sors de ma cachette pour promouvoir un film, on essaie de mettre un nuage de fumée autour de la promotion de mon film.»

 Rendez-vous compte: face à lampleur de la controverse publique et ­politique, le Parisien a publié un second article, en début de semaine, histoire de raconter les coulisses de l’interview. Le journaliste y explique: «La phrase qui a mis le feu aux poudres ne désigne pas, comme le laissent entendre celles et ceux qui ont nourri cette polémique, la France ou les Français.» Avec cette précision: «Cest une conversation, et ce vous, ce sont ceux qui se sentent moins concernés quand des enfants sont massacrés par des bombardements à lautre bout du monde, où qu’ils se trouvent. Il le dit sans aucune virulence.» Une vraie mise au point.

Vide

 Le bloc-noteur n’a pas oublié les «débats» enflammés qui avaient secoué notre pays à la sortie d’ Indigènes (2006), de Rachid Bouchareb. Le film, qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, réhabilitait la mémoire des tirailleurs nord-africains. Déjà il avait fallu prendre la plume, et rappeler que toutes les mémoires se valent. Celle de Tirailleurs, où Omar Sy campe en langue peule un Sénégalais enrôlé dans l’enfer de Verdun, est tout aussi primordiale.

Cette semaine, l’acteur donne un long entretien à l’Humanité Magazine. À la question de savoir si le film comble un vide, sachant que le rôle des soldats des colonies pendant la Grande Guerre n’est que peu ou pas enseigné en France, il répond: «Peut-être y a-t-il une volonté de ne pas le raconter? Dans le passé, on na pas jugé important cette partie de notre histoire. Aujourdhui, une partie de la ­population aspire à la raconter. Nous avons besoin de ces récits pour nous construire en tant que Français et avoir un lien plus fort avec ce pays. On se demande parfois pourquoi certains jeunes ont du mal à créer ce lien. Il passe aussi par les récits de notre histoire commune.» Pas mieux.

 

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En 2023, Macron vous souhaite de " travailler vieux "

6 Janvier 2023, 09:35am

Publié par PCF Villepinte

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La tête dans le flux

27 Décembre 2022, 08:30am

Publié par PCF Villepinte

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Jean JAURES

17 Décembre 2022, 08:38am

Publié par PCF Villepinte

Jaurès, un phare pour éclairer la gauche 

Le 24 novembre avait lieu à Toulouse une agora organisée par «lHumanité» et le conseil départemental de Haute-Garonne, où historiens et spécialistes de la pensée jaurésienne sont revenus sur le congrès de 1908. Cet événement avait scellé l’unité de la SFIO autour de Jean Jaurès. En quoi ce congrès historique éclaire-t-il les enjeux de la gauche en 2022?

L'Humanité Samedi 17 Décembre 2022

Latifa Madani

 

 © Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet

Que dit la méthode Jaurès à la gauche aujourd’hui? La question peut paraître audacieuse dans le contexte actuel. Un contexte nouveau comme le décrit Patrick Le Hyaric, directeur des éditions du Futur, «où le capitalisme génère la dé-civilisation et où les peuples, à la recherche de solutions pour vivre mieux et autrement, se tournent trop souvent vers le pire».

Heureusement, des lueurs percent sur ce sombre tableau. Celles qu’apportent les mouvements de jeunes pour le climat, des femmes, des pacifistes et des précaires ubérisés qui se syndiquent. «Un sujet de solidarité internationaliste comme aimait à le traiter Jean Jaurès», commente l’ancien député européen, soulignant combien «ces mouvements contre le capitalisme et les systèmes de domination sont dune portée considérable, dans un monde en pleines convulsions, miné par les inégalités, secoué par une multitude d’insécurités sanitaires, alimentaires, environnementales, sociales».

Dans un tel paysage contrasté de chaos et d’espoir, comment la gauche, aujourd’hui affaiblie, peut-elle et doit-elle faire? Comment la méthode Jaurès et les leçons du congrès de 1908 de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) peuvent-elles l’inspirer pour rendre les idées et les valeurs de gauche majoritaires?

Demblée, les mots de bienvenue de Georges Méric, président du conseil départemental de Haute-Garonne, ont donné le ton: «Jaurès est un phare qui montre le chemin.» L’élu socialiste a affirmé, offensif, «la pensée de Jaurès, qui place lhumain au centre du projet républicain, encourage les femmes et les hommes de gauche à renforcer le rassemblement et à construire une société solidaire et citoyenne».

Un contexte défavorable à l'unité des socialistes

Si le contexte de 2022 paraît difficile, celui de 1908 n’était pas plus propice à conforter une unité des socialistes scellée administrativement au congrès de 1905 à Paris, et mise à mal par les divergences persistantes avec les guesdistes notamment. 

«Guesde et ses partisans réaffirment la nécessité révolutionnaire de se placer surle terrain exclusif de la lutte de classe», explique l’historien du mouvement ouvrier Jean-Paul Scot. D’autres sujets ont été au centre de cette confrontation, parfois violente, précise Patrick Le Hyaric, comme «la question sociale avec les retraites et lamélioration des conditions de vie des ouvriers, la laïcité, le combat pour la paix et la solidarité internationaliste».

 Une fois obtenue la réhabilitation de Dreyfus et la séparation des Églises et de l’État, le mouvement s’est fracturé. Le Parti socialiste-SFIO est fragilisé en raison de résultats mitigés aux élections municipales de 1906, avec la perte des villes de Toulouse, Brest, Dijon et des reculs à Paris. La même année, au congrès d’Amiens, la CGT acte son caractère révolutionnaire et son indépendance. 

Le contexte international n’est pas plus réjouissant, affirme l’historien, président de l’association des Amis de Jaurès-Toulouse. On sort de la guerre entre la Russie et le Japon, la France coloniale s’embourbe dans ses protectorats du Maroc et de Tunisie. Il évoque «une situation explosive dans les Balkans où les nationalismes rivaux sexercent dans une course aux armements»

L’annexion en 1908 de la Bosnie par l’Autriche-Hongrie sera un des signes annonciateurs de la grande guerre à venir. Ce contexte de tous les dangers va, a contrario, finir par imposer la démarche unitaire à l’œuvre depuis plusieurs années.

Jean Jaurès y trouvera matière à peaufiner ses arguments. D’autant que, «malgré les divisions, la volonté de rapprochement était forte», explique Rémy Pech. «Cette force du sentiment unitaire permet alors de dominer les tendances centrifuges», poursuit-il, estimant que «les enjeux de ce congrès résonnent fortement avec la situation actuelle».

Ce qu’on appelle la méthode Jaurès, le leader socialiste l’a développée, après de vifs débats, à la tribune du réfectoire du couvent des Jacobins de Toulouse, le 18 octobre 1908, dernier jour du 5e congrès de la SFIO. Un congrès qui va consacrer la prééminence de Jaurès sur le mouvement socialiste français. Le stratège et tribun y a exposé aussi les objectifs que doivent viser les socialistes. Ceci, devant 251 délégués dont 7 femmes et, parmi les 7, 5 épouses de délégués. La précision ici est utile pour prendre la mesure du chemin parcouru depuis par les femmes.

Une déclaration finale adoptée à la quasi-unanimité

Il aura fallu cinq heures au délégué du Tarn pour faire la démonstration de sa théorie, a priori paradoxale, de «l’évolution révolutionnaire». Un oxymore, relève lhistorien Jean-Paul Scot. «Jaurès entend démontrer comment peu à peu le prolétariat peut pénétrer au centre même de la puissance capitaliste afin que “la société nouvelle sorte de l’ancienne” avec cette force irrésistible de l’évolution révolutionnaire dont a parlé Marx.»

 Jean Jaurès considérait, en effet, qu’il était faux d’opposer la méthode révolutionnaire et la méthode évolutionnaire, considérant les deux compatibles. «À la question, comment passer dune société capitaliste à une société communiste, il répondra aux guesdistes, aux anarcho-syndicalistes et aux réformistes, ni par un coup de main, ni par un coup de majorité”», rapporte Jean-Paul Scot.

Le succès de sa méthode se traduit par l’adoption, à l’unanimité, moins une abstention, de la déclaration finale du congrès de 1908 qui érige la SFIO comme «parti de la classe ouvrière et de la révolution sociale». La lecture de cet extrait de la déclaration finale n’a pas manqué de faire réagir Roland Foissac.

Ancien élu communiste du Tarn et membre de la Société d’études jaurésiennes, il a préfacé « le Manuscrit de 1908 » de Jaurès (Arcane 17), considéré comme un texte fondateur de la gauche du XXe siècle. Soulignant la nécessité de s’inspirer de la pensée et de la méthode de l’homme politique, Roland Foissac précise : «Il ne sagit pas de le plagier, les situations ne sont pas comparables, mais il a quand même permis à la gauche de trouver son unité non pas sur un petit consensus mou mais sur des orientations claires.» 

Sur ce point, Jean-Paul Scot rappelle l’importance pour Jaurès d’avoir les idées claires. «Savoir où on va, comment on y va et avec quels moyens.» Cette équation est l’alpha et l’oméga de la méthode jaurésienne: articuler la pensée, la réflexion et laction concrète, afin de mieux lier lidéal et la pratique. 

«Aucune victoire électorale ne suffira à rompre avec le capitalisme»

Le talent de Jean Jaurès, selon l’historien Gilles Candar, spécialiste des gauches françaises, fut d’apporter des éléments concrets, de sortir des postures idéologiques, d’éviter l’entre-soi ou le clan, en privilégiant le débat le plus ouvert possible englobant les syndicats, les coopératives, les mouvements minoritaires.

Il avait une conception élevée de l’action parlementaire et de l’action municipale. Avec le souci de l’implication citoyenne la plus large. Du reste a-t-il défendu la représentation proportionnelle, tout en mettant en garde, précise Gilles Candar, sur le fait qu’«aucune victoire électorale ne suffira à rompre avec le capitalisme».

 Sa méthode consistait aussi à faire que le citoyen ait accès à l’information la plus claire et la plus complète. Telle était son ambition lorsqu’il fonda, en 1904, le journal « l’Humanité ». «Non pas un journal dagit-prop, mais un outil pour le débat, ouvert à tous les socialistes, aux syndicats, aux coopératives.» Ce qui n’a pas été sans polémiques, confie Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes.

L’autre grande leçon, poursuit l’historien, se trouvait dans le souci de Jean Jaurès de relier les différents échelons, du local à l’international. Délégué de la fédération du Tarn au congrès de 1908, il occupe aussi la fonction de délégué au Bureau socialiste international. Il était convaincu, souligne Gilles Candar, «que la politique française ne peut se limiter à la politique intérieure parce que les problèmes se posent au niveau international».

 Conscient que les nationalismes sont «les béquilles du capital et des facteurs de guerre», Jaurès noue des liens en Europe et dans le monde avec, par exemple, l’extrême gauche italienne, les radicaux belges, les progressistes américains, les libéraux britanniques. Ce qui explique que, pourtant critiques à son égard, Rosa Luxemburg et même Trotski l’ont rejoint sur ces sujets.

Tous les intervenants ont insisté sur l’apport du leader socialiste à la culture internationaliste. Délaissée aujourd’hui, elle devrait plus que jamais inspirer les forces de gauche, dans un monde miné par les guerres, militaires, économiques, culturelles. Ils ont également retenu de Jaurès «son sens de lintervention citoyenne, son sens profond du débat et de la démocratie» qu’a évoqués Gilles Candar, déplorant qu’ils se soient «considérablement érodés ces dernières années». «Cest cela quil faut faire revivre», a-t-il ajouté.

Sortir du capitalisme : une question de survie

Toutes ces questions agitent aujourd’hui la gauche écologique et sociale, rassemblée au Palais-Bourbon, dans la Nupes. Comment aller au-delà et plus loin? Beaucoup dans lassistance, notamment parmi les élus, ont exprimé leur préoccupation sur lavenir de la Nupes, au-delà de son cadre parlementaire, non sans marquer leur fort attachement à l’unité. Une préoccupation partagée par l’ancien directeur de « l’Humanité», Patrick Le Hyaric, pour qui «le travail dunification des travailleurs, daide au mouvement de protestation nouveau mais aussi d’élaborations de solutions neuves, transformatrices, est un chemin essentiel pour battre l’hégémonie politique et culturelle des droites et de l’extrême droite».

Une conscience aiguë que si ce travail n’était pas fait, nous irions vers le pire, traverse le public, nombreux et attentif, présent ce 24 novembre, dans la salle du pavillon République, à Toulouse. «La méthode jaurésienne a été efficace et a porté ses fruits», estime Jean-Paul Scot.

Mais il s’interroge de savoir si, «dans les temps nouveaux daujourdhui, la stratégie de l’évolution révolutionnaire est encore pertinente et dactualité ». Faisant part de ses réticences d’historien, il affirme être tenté, en tant que citoyen, d’affirmer qu’elle doit le redevenir.

La raison en est, alerte-t-il, que «nous sommes face à une crise systémique du régime capitaliste plus mondialisé et financiarisé que jamais», ajoutant : «Face au défi dune crise écologique, économique, sociale, anthropologique, la sortie du capitalisme est certainement une question de survie.» Il lui paraît impossible, conclut-il, de « sauver à terme la planète sans libérer l’humanité de la domination du capitalisme». Assurément, Jaurès ne cesse de nous parler et il a encore beaucoup à nous apprendre.

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Mondial 2022. France-Maroc : et à la fin, c'est l'extrême droite qui râle

16 Décembre 2022, 07:33am

Publié par PCF Villepinte

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États-Unis. Fusion de l'atome,

14 Décembre 2022, 08:06am

Publié par PCF Villepinte

 une avancée vers l’énergie du soleil

L’instrument américain de fusion nucléaire National Ignition Facility aurait atteint le seuil où la fusion nucléaire contrôlée génère plus d’énergie qu’elle n’en consomme, selon le Financial Times. Un exploit qui relance les espoirs d’une énergie sans fin.

L'Humanité Mardi 13 Décembre 2022

Bruno Odent

La National Ignition Facility (NIF), une installation de recherche publique opérée par le Lawrence Livermore National Laboratory (LLNL) en Californie, aurait pour la première fois de l’histoire atteint le point de "breakeven", c'est-à-dire le point où la fusion nucléaire contrôlée génère plus d’énergie qu’elle n’en consomme. © National Ignition Facility

La porte à l’utilisation de la fusion nucléaire s’est entrouverte aux États-Unis. Selon le Financial Times, une équipe de scientifiques auraient réussi pour la première fois à produire davantage d’énergie qu’il n’en est nécessaire à de mégalasers pour déclencher la fusion des atomes. Un gain net d’énergie de 120 % a été observé.

Toute l’humanité est concernée

Tous les espoirs sont donc permis pour l’exploitation de ce procédé qui renvoie au fonctionnement du soleil. À la clé: la production de quantités considérables d’énergie non carbonée et non productrice de déchets nucléaires. Washington doit en faire lannonce officielle cette semaine.

Pour aller plus loin sur le sujet :

Fusion nucléaire. Le « Soleil artificiel », promesse d’une énergie sans fin ?

Toute l’humanité est concernée, car les chercheurs états-uniens sont aussi partie prenante du programme international de recherche Iter sur la fusion, installé sur le site français de Cadarache. Outre les États-Unis et les membres de l’UE, la Chine et la Russie y participent. Le respect du principe de partage scientifique doit rester la règle face aux logiques de guerre froide et d’exclusion cultivées par Washington.

 

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La tête dans le flux; Congrès LR : dernières outrances d'une droite naufragée

9 Décembre 2022, 08:44am

Publié par PCF Villepinte

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Flamboyance

3 Décembre 2022, 08:01am

Publié par PCF Villepinte

 «La gravité est une maladie de jeunesse. L’ambition aussi.» 

Par ces mots moins anodins qu’il n’y paraît, Régis Debray situe d’entrée le «cadre» de son dernier livre, l’Exil à dom icile (Gallimard), aussitôt rehaussés par cette autre formule: «Un rescapé du monde davant a beau s’être répété que la France ne peut être la France sans la grandeur” parce qu’il a lu les bons auteurs, le petit buveur, petit joueur et tireur de petits coups en vient assez vite à décapiter les lettres capitales. À se fondre, sans tristesse ni remords, dans le juste milieu d’une très moyenne condition humaine.»

 Le philosophe et médiologue, comme à l’accoutumée, écrit ici, avec la flamboyance qui sied à sa propre histoire littéraire, en volant haut et loin de notre époque – en apparence. Depuis plusieurs livres, nous sentons chez Régis Debray la tentation de «conclure». 

Sans s’y résoudre, Dieu merci. Il suggère néanmoins: «L’époque est inhabitable? On peut sen choisir une autre plus accueillante. () La condition, bien sûr, pour pouvoir serrer aujourdhui la main quun grand poète ou un dramaturge nous tendent à travers les siècles, c’est que leur langue puisse encore chanter ou résonner en nous.» Et ajoute: «Doù peut venir une inquiétude, car une langue dont les locuteurs n’écrivent plus de poèmes ni de pièces de théâtre est une langue qui se meurt, ou déchoit en dialecte. Autant dire une communauté en partance, qu’on traitera bientôt de collectivité, en style préfectoral.»

Partageux

L’avertissement est brutal mais nous «parle». Amer, Régis Debray? Sans doute: «Le véritable exil nest pas d’être arraché de son pays; cest dy vivre et de ny plus rien trouver de ce qui le faisait aimer.» Lui qui théorisa la mort de l’intellectuel à la française dès 1979 dans le Pouvoir intellectuel en France, puis dans i.f. suite et fin (2000), voilà qu’il se sent désormais «obsolète».

Surtout quand il pointe à quel point le décor compte dès que nous parlons d’idées: «Une pensée nonobstant pour les barbudos dantan, ces Latinos épiques qui, au gros cigare capitaliste, opposaient le Cohiba du rebelle dont on peut retrouver une boîte ouvragée et fleurant bon le santal à Colombey-les-Deux-Églises, bien en évidence dans le salon du général.»

 Le pied de nez ne s’arrête pas là. Il poursuit ainsi, tel un cours magistral: «Un seul regret: que, sur la liste des espèces à sauvegarder, à côté des animaux à fourrure, ne figurent pas nommément l’archéo-jacobin, le socialiste d’antan, le vieux compagnon de route, le planificateur au chômage, l’anarcho-syndicaliste de haute époque, le partageux des temps jadis, l’ingénieur des âmes au rancart et tant d’autres laissés-pour-compte de notre marche en avant.»

Retouches

Rassurons-nous. Dans sa fervente revendication et réaffirmation des bases solides en voie de dislocation collective, Régis Debray n’en reste pas à une sorte de «c’était mieux avant» qui, par lui, naurait évidemment aucun sens quand bien même il lui arrive de sur-jouer cette illusion. Tout au contraire parvient-il, par la provocation ou la convocation de la plus haute philosophie, à envoyer des messages à la postérité.

La plus belle qui soit: celle de nos engagements en tant que fidélité totale. L’Exil à domicile questionne en effet «tous ces malentendus qui bout à bout finissent par faire une vie». «Pourquoi ceci demeurera plutôt que cela?» demande-t-il d’ailleurs, nous rappelant l’un de ses derniers livres, D’un siècle l’autre (Gallimard, 2020), dans lequel il regardait la page se tourner avec lucidité: «Je parle dun temps révolu, celui des Humanités, où les chiffres navaient pas encore pris le pouvoir.»

 Il citait alors Marx, comme un retour de flamme: «Il ne sagit plus d’interpréter le monde mais de le transformer», confessant au passage la pire des vérités: «On na rien changé, mais on sest mis au propre. Jai fait mon temps, mais nai rien fait du temps qui ma fait.»

 Cette fois, il écrit: «Le Livre des morts qui ne meurent pas est fait d’inlassables retouches.» Une invitation à ne pas renoncer, en somme. Régis Debray tend la main – à ceux qui voudront bien la saisir.

 

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