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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

"Si le cœur vous en dit et pour contredire l’air du temps

26 Avril 2022, 09:16am

Publié par PCF Villepinte

 

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Le véritable tronc commun remonte aux Lumières.

8 Avril 2022, 09:56am

Publié par PCF Villepinte

Bilan(s)

 

Projets. 

Nous votons ce dimanche, et le bloc-noteur repense malaisément aux séquences antérieures. Celles de ces derniers mois, bien sûr. Celles des cinq ans aussi, qui ont défilé à la vitesse de la lumière – incapables que nous fûmes d’en dévier le sens, ni la trajectoire mortifère. Question de dynamique, dit-on, de volonté collective, de rapport de forces crédible et durable.

En sommes-nous donc là, à l’heure des mécomptes, quand il s’agit d’imaginer l’à-venir du pays en nous ­efforçant de croire de toutes nos forces que rien n’est encore perdu? Entre optimisme (toujours modéré) et pessimisme (plutôt approprié), les circonstances commandent le pas de côté en tant que bilan de faillite d’une France un peu paumée, prise d’assaut entre les intérêts particuliers et généraux, entre les combats idéologiques dont l’opposition nous effraie autant qu’elle nous afflige.

Car nous avons de qui tenir, et de quoi nous réjouir au fond: une longue lignée nous pousse dans le dos, une belle fratrie nous tire déjà. En vérité, le véritable tronc commun auquel se rattachent nos psaumes d’actualité, comme pour atteindre la source vive, remonte aux Lumières, versus les actuels anti-Lumières qui pullulent et polluent les débats de fond et les projets alternatifs de société.

Nation. 

Il faut du temps et de l’énergie pour mettre en place un autre dispositif de pensée, en une époque maudite où, en effet, la guerre menée contre les valeurs et l’éthique historique des Lumières, comme horizon, se poursuit avec autant de détermination qu’au cours des deux siècles précédents.

Identique rengaine, celle des philosophes du XVIIIe siècle, qu’il n’est pas vain de rappeler: une société représente-t-elle un corps, un organisme vivant, ou seulement un ensemble de citoyens? En quoi réside lidentité nationale d’une nation comme la France? Une communauté nationale se définit-elle en termes politiques et juridiques, ou bien en fonction d’une histoire et d’une culture? Qu’y a-t-il de plus important dans la vie des humains, ce qui leur est commun à tous ou ce qui les sépare?

Que de questions… Auxquelles s’en ajoutent deux autres. Le monde tel qu’il existe est-il le seul envisageable? Un changement radical de l’ordre social en place constitue-t-il un objectif légitime ou l’assurance d’un désastre?

Individu.

 De la conception que nous nous faisons de l’homme dépendent certaines réponses. D’autant que cette question «identitaire», de nouveau à l’ordre du jour, n’a jamais disparu depuis que l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert a formulé la définition de la nation selon les Lumières: «Une quantité considérable de peuple, qui habite une certaine étendue du pays, renfermée dans de certaines limites, qui obéit au même gouvernement». 

Constatation: pas un mot sur l’histoire, la culture, la langue ou la religion. Voilà comment le citoyen vint au monde, affranchi de ses particularités. Sur cette base, furent ainsi libérés par la Révolution les juifs et les esclaves noirs. Pour la première fois dans l’histoire moderne, tous les habitants d’un même pays obéissant au même gouvernement devinrent des citoyens libres et égaux en droits, relevant tous des mêmes lois.

 «Pour la pensée politique représentée par le puissant et tenace courant anti-Lumières, l’individu n’a de sens que dans le particulier concret et non dans l’universel abstrait», expliquait l’historien Zeev Sternhell. Et il ajoutait: «Il convient donc de privilégier ce qui distingue, divise, sépare les hommes. Si la nation est une communauté historique et culturelle, la qualité de Français “historique” devient alors une valeur absolue, tandis que celle de citoyen français se transforme en valeur relative, puisqu’elle désigne une simple catégorie juridique, artificiellement créée.» 

Évidemment, l’affrontement entre les deux traditions politiques continue, pas moins aiguisé qu’hier. La défense de l’universalisme et du rationalisme reste une tâche urgente et complexe, à la mesure de ses enjeux: maintenir ce qui fonde une nation composée de citoyens autonomes. Surtout au moment des grands choix.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 8 avril 2022.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Mac Macron et Fifille-la-voilà sont dans un bateau... 

3 Avril 2022, 07:31am

Publié par PCF Villepinte

Panique(s)

Mac Macron et Fifille-la-voilà sont dans un bateau... 

Noyés.

 Implacable calendrier, filant aussi vite qu’un vol d’étourneaux, sans vraiment savoir dans quelle direction ses vents nous porteront. Ce miroir du temps, comme une mise en abîme, inciterait plutôt à la rêverie.

Mais les désarrois potentiels de promeneurs solitaires – pourtant ni misanthropes ni mal lunés – n’ont rien pour nous retenir, encore moins nous préoccuper plus que de raison. Sous les clapotis de l’actualité, le nez écrasé sur la vitre, l’heure redevient grave face à l’essentiel. Car, dans une semaine, nous y serons donc, à ce premier tour de la présidentielle.

Et nous saurons en quoi et pourquoi les cinq dernières années passées, qui n’auront servi à rien, pèseront ou non dans la balance des mécomptes à la lumière d’un bilan si affligeant qu’il nécessite des techniques de précision pour y voir clair. Les bonnes âmes qui pensaient que le «plus rien ne sera comme avant» de Mac Macron allait se traduire par un aggiornamento avec les politiques antérieures savent depuis longtemps à quoi s’en tenir. Par les gilets jaunes puis la pandémie, qui ont collé au mur tous ses projets et le sens même de sa politique capitaliste décomplexée, l’homme devait soi-disant se réinventer.

À un détail près. Il s’est bel et bien ­réinventé… résolument à droite, comme en atteste la présentation antisociale de son programme pour les cinq années futures. Le «ni gauche ni droite» s’est définitivement transformé en «ni gauche ni gauche» et les crédules qui s’attendaient à ce que le «nouveau chemin» de la Macronie emprunte une rive «progressiste» se sont noyés au milieu du fleuve en crue, emportés par le courant libéral.

Aveu. 

Ajoutons à ce panorama que le niveau d’abstention devient l’un des grands enjeux du premier tour, avec le danger que celui-ci dépasse les 30% des inscrits, ce qui constituerait le record des onze présidentielles de la Ve République. Le politologue Jérôme Jaffré expliquait cette semaine dans le Figaro: «Cela montrerait que la cassure entre les citoyens et le vote constatée aux municipales et aux régionales persiste. Et que la présidentielle perd de sa force comme expression de la volonté nationale.» 

Et il ajoutait cette sorte de prédiction: «Une forte abstention, c’est un risque électoral pour Marine Le Pen dont la base sociale y est la plus sujette. C’est un risque politique pour Emmanuel Macron qui, au soir du premier tour, subirait une pluie de critiques pour avoir minoré la campagne et refusé les débats entre les candidats, qui mobilisent les électeurs.»

 À partir de ce constat lucide, une espèce de peur panique s’empare ces jours-ci de l’Élysée. «Le risque de l’extrême droite est là», aurait dit Mac Macron à ses conseillers, selon le Canard enchaîné, leur précisant: «On n’attaque plus Marine Le Pen sur la radicalité de son programme ni sur sa crédibilité. On s’est habitués à Le Pen.» 

L’état-major du prince-­président-candidat a même constaté le coup de mou en ces termes: «Sur le pouvoir d’achat, nous sommes au-dessous de la main, pas à la hauteur des préoccupations.» Ou encore: «La droitisation du discours n’est pas compensée par des mesures de gauche. Le “en même temps” a glissé vers “à droite toute”. Cela explique que les chiffres se resserrent au second tour.» Bel aveu.

Mépris. 

Jusque-là, sa stratégie s’avérait limpide. Après avoir siphonné la gauche libérale et la droite dite «classique», Mac Macron a ultradroitisé tous ses choix en vue de ce qu’il croyait être son assurance-vie: Fifille-la-voilà. En est-il encore certain? Sa responsabilité est d’ores et déjà historique: en balisant la voie à son adversaire préférée, en lui abaissant un pont-levis, n’a-t-il pas mis en péril la démocratie, sinon la République elle-même?

À moins qu’un autre scénario ne s’impose dans les jours qui viennent et ne renverse la table. Le bloc-noteur aime cette formule: Mac Macron, c’est le programme économique de Fifille-la-voilà, plus le mépris de classe; Fifille-la-voilà, cest le programme économique de Mac Macron, plus le mépris de race. Les Français ne veulent ni de lun, ni de lautre

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 1er avril 2022.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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ENTRETIEN Hervé Le Bras : « Hier comme demain, le grand remplacement n’a aucune réalité »

2 Avril 2022, 07:26am

Publié par PCF Villepinte

Effaré de voir la thèse raciale et complotiste du «grand remplacement» prendre pied dans la campagne présidentielle, le démographe et historien Hervé Le Bras démonte, en scientifique, l’entreprise de falsification du réel menée par l’extrême droite et reprise aussi à droite.

Nicolas Mathey L'Humanité 

 Publié le Samedi 2 Avril 2022

Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

Depuis des années, le thème d’une identité nationale fantasmée parasite le débat public. L’expression de «grand remplacement», il y a peu confinée à lultradroite, est utilisée désormais par l’extrême droite officielle, mais aussi par une partie de la droite.

Contre les amalgames et les faux calculs, le démographe Hervé Le Bras tord le cou à cette notion, démontant les très maigres arguments d’un Renaud Camus et de son suiveur Éric Zemmour. Le chercheur insiste sur l’importance de la citoyenneté et de la mixité, de la prise en compte des ségrégations en lieu et place de l’obsession identitaire. Il montre aussi que, paradoxalement, le vote d’extrême droite n’est pas lié localement à la proportion de population étrangère.

Il «ny a pas ou il ny aura pas», selon vous, de «grand remplacement». Pourtant, 61 % des Français se disent convaincus dans un récent sondage de la réalité de cette expression. En tant que démographe, comment démontrez-vous la vacuité de cette notion?

Renaud Camus, le grand prophète du «grand remplacement», dit que, au terme dun temps proche, la population issue de limmigration sera majoritaire dans la population française. Il suffit daller sur le site de lInsee pour voir que cest impossible.

Actuellement, on compte en France 67 millions d’habitants, dont 6,8 % d’étrangers. Les enquêtes de recensement annuelles de l’Insee montrent une augmentation moyenne annuelle de 120000 immigrés depuis 2006, ce qui ferait 3,6 millions dans les trente années qui nous séparent de 2052. Contrairement à ce qu’avance Renaud Camus, il n’y a donc pratiquement aucune chance d’observer 35 millions d’immigrés en 2050. Il faudrait un afflux d’immigrants énorme, ce qui n’est pas le cas de ces dernières années.

Quelles sont les falsifications auxquelles se livrent les tenants de ce «grand remplacement»?

La principale falsification est de s’en tenir au nombre de 400000 entrées par an. Ce qui compte, cest la différence entre les entrées et les sorties. Même Didier Leschi, l’actuel directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), a commis l’erreur de ne considérer que le nombre d’entrées. C’est ne pas tenir compte ni des sorties ni des doubles comptes.

Par exemple, 40 % des étudiants qui ont reçu un titre de séjour repartent moins d’un an après leur arrivée. Or ils étaient 90000 lan dernier. Pour mesurer limmigration, lInsee fait confiance au solde entre les entrées et les sorties, qui est la somme de laccroissement annuel et des décès d’immigrés déjà présents, deux quantités bien mesurées, soit autour de 160000 personnes par an au total, ces dernières années.

Comment «le grand remplacement» sest-il substitué au terme dinvasion et de submersion?

Le terme d’invasion a vieilli, puisqu’elle ne s’est pas produite. Marine Le Pen s’est mise à parler de submersion, terme plus dramatique encore, mais ce terme n’a pas fonctionné non plus. L’expression de «grand remplacement» sest imposée comme un retournement de la preuve.

Traditionnellement, depuis les années 1970, l’extrême droite et une partie de droite considèrent que l’écart de croissance démographique entre le Nord et le Sud va entraîner d’énormes migrations de populations venant du Sud, ce qui se traduira par un «changement de civilisation». Le grand remplacement retourne le mécanisme: cest une évidence, un point de départ, selon Renaud Camus. Il se refuse même à le définir.

Ce discours a un côté apocalyptique: on crée la peur qui entretient ce qui mène à cette peur. La science est battue en brèche. Mon travail entend fournir au débat public des boîtes à outils, des faits, des données solides dont la source et la collecte sont définies. Ces discours de «grand remplacement» renvoient à ce que le politilogue allemand Jan-Werner Müller appelle une idéologie faible, pleine de contradictions, qui consiste à enfiler des slogans. L’immigration fournit le ciment de cette idéologie faible de l’extrême droite, la recette magique pour sortir des contradictions.

Les thèses complotistes relatives au pays réel et au prétendu «vécu» sexpliquent-elles par ces glissements sémantiques?

Éric Zemmour s’appuie essentiellement sur les ouvrages de Renaud Camus. Tous deux se moquent des statistiques, car ils ont posé ce «grand remplacement» comme le point focal, comme la clé de voûte de leur système. Puisqu’il récuse les statistiques, Renaud Camus recommande à maintes reprises «avant tout den croire ses yeux».

Il donne en exemple le fait que son ami Richard Millet se soit retrouvé seul «Blanc» sur le quai d’un métro à la station Châtelet à 18 heures. Pour le vérifier, je suis allé faire des comptages à la même heure à la même station. Tout en prenant en compte le fait que la distinction Blancs et non-Blancs à vue d’œil est incertaine, le résultat moyen a été d’un quart de non-Blancs, ce qui est très différent.

Cela ne signifie pas que Richard Millet ne s’est pas retrouvé seul Blanc sur un quai de métro, mais que des personnes différentes voient des faits différents. Toute la difficulté est de se mettre d’accord sur les faits, de voir les mêmes faits grâce à des procédures rationnelles dont les statistiques font partie. C’est le principe même de la science: répéter les expériences pour vérifier les faits. Toute la science depuis le XVIIe siècle repose sur ce postulat de la vérification.

L’extrême droite nie ce postulat. Elle considère qu’il n’y a pas de différence entre une vision particulière et une vérité générale. Cette façon de raisonner dépasse la question de l’observation. Elle est consubstantielle à l’extrême droite: elle pense en termes de peuple homogène. Chaque personne du peuple représente le peuple entier, y compris le chef. Cest un mécanisme cognitif profond ici à l’œuvre.

Vous critiquez les usages des citations de la part des chantres de ce prétendu grand remplacement. De fait, Zemmour reprend Samuel Huntington (auteur du «Choc des civilisations»), selon qui «la démographie dicte le destin de lhistoire». Quelle réponse le démographe peut-il apporter à cette citation?

Ces formules sont vides de sens. Elles ne sont pas alimentées par des faits. En tant que scientifique, le chercheur s’appuie sur de l’observable. La littérature est pleine de telles déclarations creuses. En sciences sociales et historiques, le nombre d’explications est malheureusement supérieur au nombre de faits. J’ai entendu Zemmour parler des lois de la démographie. J’aimerais qu’il m’en cite une seule.

Il y a des faits, certaines régularités dans les évolutions de population, certes, mais rien qui permette de dégager des lois démographiques strictes. C’est tricher avec le langage. Le fameux «grand remplacement» na pas de sens en démographie. Aucune population nen a remplacé une autre dans notre pays, aussi loin que lon puisse remonter. Les analyses génétiques montrent seulement que il y a plus de 8000 ans, les agriculteurs venus du Proche-Orient se sont mêlés aux chasseurs-cueilleurs qui occupaient louest de lEurope, puis, il y a environ 6000 ans, se sont agrégés des nomades yamnas, venus des steppes russes. C’est tout.

Ce qu’on appelle «les grandes invasions» se composait en fait dassez petits groupes. Ceux qui prennent le pouvoir sont presque toujours de petits groupes qui détiennent une supériorité militaire. Huntington raisonne en termes de religion, et non de population, donc en termes de conversion.

Le grand remplacement consisterait à passer d’un peuple à l’autre. Vous demandez comment définir un peuple et quelle place faire au mélange, à la mixité, au métissage.

Je pars d’une phrase de Renaud Camus selon laquelle un peuple remplace un autre peuple. Mais il n’y a pas de peuple remplaçant et de peuple remplacé. Dans les statistiques de l’Insee, les immigrés sont d’origine très diverse. À l’intérieur même de l’Afrique subsaharienne, comme dans le Maghreb, il y a des cultures très différentes.

L’idée d’un peuple remplaçant homogène n’a aucune réalité. Quant à parler d’un peuple français, les différences sont grandes entre un Corse et un Flamand, un Breton et un Alsacien, d’où la formule de Renan, pour qui être français est «un plébiscite de tous les jours», un acte de la volonté. Un des charmes de la France est sa diversité. Cest une erreur de confondre identité et citoyenneté.

Dans un précédent livre paru chez Actes Sud, « Malaise dans lidentité », je soulignais les difficultés soulevées par ces notions d’identité et de peuple. S’y ajoute la question de la mixité, si importante et souvent masquée, dévaluée. L’Insee a fait un gros travail sur les descendants d’immigrés, définis comme personnes nées étrangères à l’étranger.

La moitié sont des descendants d’unions mixtes, mais traités comme des descendants d’immigrés dans presque tous les tableaux alors qu’ils sont autant descendants de non-immigrés, en général de Français. Cela gonfle les chiffres. On fait comme si le caractère «immigré» était dominant sur le caractère non-immigré.

Dans votre ouvrage, vous ne niez pas que certains problèmes liés à l’immigration se posent dans certaines zones géographiques, notamment la concentration et la ségrégation. Vous parlez de problèmes locaux et non généraux, sociaux et non identitaires.

Je fais allusion à une étude de France Stratégie sur les différences sociales et démographiques entre les quartiers de 40 grandes agglomérations. On y voit clairement la concentration très forte des enfants d’immigrés dans les écoles, notamment en Seine-Saint-Denis.

L’extrême droite a beaucoup utilisé ce cas particulier comme s’il était général. Mais, dans d’autres agglomérations, le niveau d’immigration est beaucoup plus faible, par exemple dans celle de Douai-Lens, pourtant gangrenée par l’extrême droite, même si des différences existent là aussi entre quartiers. Le fait est la concentration d’immigrés dans certains quartiers, non le nombre total d’immigrés.

En outre, quand on parle d’immigrés dans ces quartiers, on parle en fait très souvent de Français, car il s’agit de la seconde ou troisième génération et de descendants nombreux d’unions mixtes, donc de problèmes sociaux. Ce n’est pas un problème d’immigration mais la conséquence de l’immigration mal gérée des années 1960 et 1970.

On ne peut pas changer ce fait en le qualifiant de problème de l’immigration. On doit s’attacher à en traiter les conséquences et particulièrement la ségrégation. Parler de «grand remplacement», c’est assigner une réponse fantasmée globale à des phénomènes qui demandent des traitements locaux. Cette confusion est causée par le langage.

L’enquête de France Stratégie a aussi étudié la concentration des enfants de cadres. Elle est devenue aussi élevée dans les écoles, bien sûr pas dans les mêmes quartiers mais on ne l’évoque pas, surtout à droite ou à l’extrême droite. On jette un voile pudique sur la concentration des riches.

 

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Mac Macron face au retour de la question sociale...

26 Mars 2022, 08:06am

Publié par PCF Villepinte

Séquence(s)

 

Cynisme.

 Au trentième jour de la guerre en Ukraine, tandis que le monde bascule dans l’inconnu avec la perspective de heurts inédits au XXIe siècle, nous voilà donc à seize jours du premier tour de la présidentielle. Jusque-là, nous aurions eu tort de reprocher à Mac Macron de s’occuper des hautes affaires internationales, dans un moment d’horreur et de morts.

En toute lucidité, chacun a pu néanmoins constater qu’il a profité de cette situation extrême, d’une manière si évidente et assumée qu’elle s’apparentait à une forme de cynisme politique. Jouer de sa toute-puissance, laisser filer le temps, refuser toute confrontation et glisser passivement vers un succès annoncé.

Seulement voilà, son entrée effective dans la bataille nationale a tout modifié. Depuis la présentation de son programme, un petit quelque chose dans l’air s’amoncelle comme des cumulus. Il porte une définition simple, à laquelle il n’échappera pas: le retour de la question sociale!

Abrasif.

Au moins, les choses sont claires. En assumant l’option d’un projet social dur pour les cinq années qui viennent, Mac Macron reprend l’une de ses thématiques chéries de 2017. À l’époque, le futur élu parlait déjà des «peurs françaises». Dans son livre-programme Révolution (XO Éditions), en 2016, il se désolait de ces Français «recroquevillés sur (leurs) passions tristes, la jalousie, la défiance, la désunion».

 Il y percevait «une certaine forme de mesquinerie, parfois de bassesse, devant les événements». Cinq ans après, la situation a empiré. Hallucinante perspective, celle de voir l’homme du passif et de l’échec nous rejouer le coup, sachant qu’il osa affirmer qu’«il nous faut réglementer notre système capitaliste et inventer un nouveau modèle».

Sa philosophie? Elle se décline toujours dans les transformations à opérer au sein de la société, justifiant, par exemple, que le revenu de solidarité active soit versé en contrepartie de quinze à vingt heures d’activité ou que l’assurance-chômage soit moins généreuse en période de croissance.

Émancipation par le travail (sic), donc, qui prend ses racines dans l’école. Pour que celle-ci s’adapte aux nouveaux besoins de la nation, le candidat assume un projet «abrasif», selon les mots d’un de ses proches cité par le Monde, visant à bousculer en profondeur le système éducatif. Quant à la réforme des retraites avortée en 2020, elle sera reprise, en fixant désormais l’âge de départ du travail à 65 ans. Travailler plus… pour travailler plus.

Crises.

 Le prince-président peut se prévaloir d’un bilan, un seul. Celui d’avoir déstabilisé la droite, après avoir siphonné le Parti socialiste. Le bloc-noteur rappelle que son objectif était évident: rester en tête à tête avec Fifille-la-voilà. Par la brutalité de ses réformes futures, y parviendra-t-il en promettant la régression sociale à tous les étages? Rien n’est moins sûr.

Car le débat vient de changer d’orientation tout aussi brutalement. Nous entrons dans une nouvelle séquence, courte certes, mais dangereuse pour l’hôte de l’Élysée. Une question se pose: les électeurs auront-ils le temps et l’envie de se décider en fonction du contenu des réformes programmées par le favori du scrutin?

Latonie de la campagne, avalée par lactualité dramatique faite de bombes et de fureur, ne le garantit pas. Mais Mac Macron se retrouve dorénavant dans le «dur». Récemment, le candidat déclarait qu’il ne se souciait pas de l’image qu’il renvoyait. Keynésien ou libéral, de gauche ou de droite? «Je m’en fiche royalement, totalement, présidentiellement», avait-t-il lancé.

Ce choix des mots, alors que des millions d’électeurs risquent de se déterminer in extremis. À l’heure des grandes crises, les Français souhaitent-ils vraiment une droitisation à outrance et la continuité du matraquage social, quand 61% d’entre eux rejettent ce programme, selon un sondage Elabe?

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 25 mars 2022.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Langage(s)

25 Mars 2022, 12:41pm

Publié par PCF Villepinte

Publié le 24/03/2022 par PCF

Les mots français sont immigrés!

Lumières.

 À l’heure des replis identitaires, de débats pestilentiels qui raniment le pétainisme jusque dans l’espace public et médiatique, sans parler, en ce moment même, du tri des réfugiés à nos frontières, une solidarité à géométrie variable (les Ukrainiens, oui, les autres…), Erik Orsenna nous invite à revisiter la grande histoire de notre langage commun: le français.

Par la voie du conte, entamée avec le phénoménal succès de sa Grammaire est une chanson douce (Stock, 2001), l’académicien récidive brillamment en publiant les Mots immigrés (Stock), une œuvre d’utilité collective qui permet de plonger dans nos empreintes racinaires, tout en déconstruisant beaucoup d’idées reçues.

Pour une telle ambition, Erik Orsenna admet qu’une partie du savoir lui manquait. Ainsi s’est-il adjoint les compétences d’un de nos plus grands linguistes, son ami de longue date Bernard Cerquiglini, qui lui a apporté ses lumières aussi judicieuses que malicieuses. Les deux hommes le clament d’ailleurs tranquillement, preuve à l’appui: «Les mots français sont immigrés!»

Grève. 

Ce livre, aux allures de conte philosophique (donc politique) à mettre devant tous les yeux d’adultes et d’adolescents, débute d’une bien singulière manière. Sous la forme d’une révolte, en direct à la télévision, un message s’affiche: «Puisque vous insultez les êtres humains venus d’ailleurs, nous, mots immigrés, avons, en signe de solidarité, décidé aujourd’hui de commencer une grève illimitée.»

 Voilà l’histoire que nous narre le duo Orsenna-Cerquiglini, tandis que chacun, confronté à cette grève incroyable, ouvrait désormais «la bouche pour, au sens strict, ne rien pouvoir dire!», sachant qu’un autre message informait: «Ne vous inquiétez pas! Il vous reste les mots de pure origine gauloise, par exemple boue, glaise, cervoise, tonneau, chemin, ruche, sapin…» Les arrêts de travail, nous connaissons.

Mais les mots? Comment vivre sans eux, sans eux tous, quelle que soit leur origine? Par la contrainte et la démonstration de l’absurde, chemin faisant, les auteurs raconte l’essentiel de ce que nous ne savions pas. Au fil du récit, deux millénaires en arrière, nous croisons d’autres termes gaulois (glaive, chêne), romains et francs, mais aussi italiens (aquarelle, piano, spaghetti, moustache), sans oublier des mots arabes (sofa, échecs, guitare, alcool, chimie), anglais (club, vote, rail) et puis, bien sûr, des régionalismes. Autant le dire: un portrait de la France se dévoile magistralement. Celui d’une France linguistique et éminemment politique, héritière d’un métissage permanent et d’apports mutuels sans lesquels nous ne serions pas qui nous sommes…

Engagé. 

Erik Orsenna le déclare tranquillement au bloc-noteur: «Sans ces mots venus d’ailleurs, nous serions incapables de nous exprimer! Les mots étrangers sont de grands enrichissements, l’un de nos biens les plus précieux.» Et d’où proviennent ces enrichissements? «Des vagues d’immigration successives, répond-il.

 La langue française doit beaucoup plus aux mots arabes qu’aux mots gaulois: il y a 60 mots d’origine gauloise dans la langue française contre plusieurs centaines arabes. Nous pouvons dès lors parler de biodiversité de la langue.» Orsenna nous met toutefois en garde contre le «globish», qui englobe des anglicismes simplifiés souvent utilisés dans les jargons professionnels nés de la globalisation économique.

Selon lui, le globish constituerait une menace pour l’évolution de notre langue, qui compte environ 60.000 mots, contre 1500 en anglais utilisés «pour faire du fric». Et il précise: «C’est comme être nourri par pilule alors qu’on a toutes les spécialités culinaires à disposition. Si un mot existe en français et qu’on le remplace par un autre du globish, les gens vont moins comprendre. Nous perdons en clarté.» Moralité: le langage n’est pas neutre, mais engagé.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 18 mars 2022.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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CHRONIQUE Le « plein-emploi » version libérale

19 Mars 2022, 10:29am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Publié le Vendredi 18 Mars 2022

Jean-Christophe le Duigou

Jean Christophe le Duigou

Le « retour au plein-emploi », voilà le chantier qu’Emmanuel Macron entend ouvrir avec sa candidature à un second mandat. Cela fait trois ans que le Président rappelle que son but est de ramener le chômage à 7% à la fin de son premier mandat, une étape par rapport à un deuxième objectif, celui « d’arriver au plein-emploi en 2025 ». Si l’échéance est de fait reculée de deux ans, à 2027, l’objectif demeure. Le rebond de la croissance après la grande pandémie permet d’afficher 380 000 créations nettes d’emplois depuis 2019, de quoi crédibiliser le discours présidentiel !

L’objectif affiché de « plein-emploi » peut paraitre consensuel. Illusion ! Le discours cache une volonté de poursuivre la restructuration régressive du statut salarial :  après les réformes du Code du travail et de l’assurance chômage, le cap est mis sur une flexibilité accrue de l’emploi, le recul de l’âge de la retraite, le conditionnement des droits sociaux, de nouvelles exonérations de cotisation pour les entreprises… Autant de mesures destinées à « inciter au travail » dans une optique libérale.

Ce discours relève de la duperie. On est loin d’un « droit universel à l’emploi ». Selon la conception macronienne le plein-emploi ne veut pas dire « la fin du chômage » mais « une situation où le nombre des places vacantes est supérieur au nombre de candidats à un emploi »[1]. Resteraient le chômage entre deux contrats de travail et le chômage lié à des changements de structures économiques.

Parions que le Président de la République, lorsqu’il évoque le plein-emploi à l’horizon 2027, imagine probablement un taux de chômage aux alentours de 5 à 6%. Du moins pour le chiffre officiel ! Les statistiques du Ministère du travail ne décomptent déjà que la moitié des 6 millions de personnes à la recherche d’emplois, oubliant les précaires, les jeunes, les exclus…

Quelles que soient les fluctuations du nombre –officiel- des privés d’emploi, le fonctionnement du marché du travail demeurerait intact. Une « armée salariale de réserve », même réduite pesant sur les salaires et les conditions de travail constituerait toujours un moyen de pression brutal et inégalé pour faire régner les lois de la rentabilité.

 Aller au-delà du plein emploi est LA révolution attendue. Si les transformations du travail et des technologies supposent de mettre l’individu et le travail au cœur du dispositif de recherche d’efficacité, protéger et développer comme jamais les capacités humaines demeurent des nécessités.

Lorsque l’on parle de « sécuriser les parcours professionnels », ce n’est pas seulement le droit à un revenu garanti qui est visé mais un nouveau statut de l’emploi. D’où la nécessité de s’attaquer à la manière dont se crée la richesse, de s’attaquer au déséquilibre actuel dans le partage de cette richesse, et donc de réévaluer la place faite au travail et aux travailleurs dans l’entreprise.

Le moment est venu de renverser la table.

Créer les conditions d’une dynamique des emplois et des innovations, une dynamique fondée sur une réponse aux immenses besoins sous-estimés de formation qualifiante et reconnue est une priorité. La formation, aujourd’hui parent pauvre des politiques de l’emploi, doit devenir un besoin tel que sa mise en œuvre entrainera la suppression du chômage. Il est urgent d’organiser au travers d’une « sécurité sociale professionnelle d’emploi », la sécurité collective nécessaire accompagnant le nouveau projet social et écologique de développement dont le pays a besoin.

[1] Jean Pisani-Ferry, Plein emploi, Conseil d’analyse économique, décembre 2000

 

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LE DÉBAT Idées. « Les algorithmes d’Internet, une arme de manipulation massive »

19 Mars 2022, 10:20am

Publié par PCF Villepinte

Dans «Agora toxica», Stéphanie Lamy, spécialiste des stratégies de désinformation, montre comment une «société incivile» déploie son influence politique sur la Toile pour saper nos démocraties et nos libertés.

Elle appelle à interroger le modèle économique des médias sociaux, et pointe les algorithmes de mise en relation : «le cœur du réacteur».

L'Humanité Publié le Samedi 19 Mars 2022 Nicolas Mathey

 

Connaissez-vous le questing, l’astroturfing, le dogwhistling, le backlash?

Ces termes désignent les types de manipulation de l’attention sur Internet. Dans «l’infosphère», les vérités, même partielles, ne font plus autorité, l’exactitude est dans le flou. D’où l’enjeu d’une éducation aux usages d’Internet, comme y invite Stéphanie Lamy dans son dernier ouvrage.

D’où aussi la nécessité d’interroger le modèle économique des géants du numérique. Et d’inviter à s’engager dans la défense des acteurs civils, comme s’y emploie l’association Danaïdes dont elle est cofondatrice, qui a conçu un système de communication ultrasécurisé et adapté à chaque mobilisation collective.

Votre ouvrage commence par l’évocation de Mohammed Nabbous, une figure du printemps arabe libyen en 2011. Cette rencontre a-t-elle motivé votre engagement dans le domaine des enjeux informationnels?

Ce citoyen journaliste a impulsé en moi la prise de conscience de l’importance des mobilisations civiles et des techniques de communication dans les zones de conflit. Mon engagement auprès de la société civile libyenne a fait l’objet d’un article dans la MIT Technology Review, ce qui m’a mise sur la voie de la chaire de cyberdéfense de l’école militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan et de l’association Internet sans frontières. Cela m’a poussée à enquêter sur les usages d’Internet délétères pour nos démocraties.

Comment définiriez-vous «l’infosphère»?

Dans mon essai, je conceptualise l’espace informationnel ou « infosphère » comme l’interstice entre notre cerveau et les technologies de communication. C’est un champ de bataille qui, depuis l’arrivée massive des nouvelles technologies et surtout depuis celle du bouton « like » de Facebook en 2010, a servi à lier toutes les sources médias, et suscité des mobilisations massives.

La fonction de mise en relation est devenue le cœur du modèle économique des grands acteurs des médias sociaux. La structure même de cette infosphère, ou Agora, n’est donc pas neutre, puisque les acteurs qui bâtissent ce pendant technologique de l’interstice cerveau-machine y défendent leurs intérêts, peu compatibles avec les mobilisations en défense des droits et libertés des individus.

Qu’est-ce que «la société incivile» qui, selon vous, intoxique nos sociétés?

L’anglicisme «Uncivil Society» a d’abord été utilisé dans la recherche sur les organisations terroristes ou le crime organisé. Cette notion de société incivile, je l’étends à des organisations qui empruntent les modes d’action des organisations de défense des droits et des libertés mais en faisaint croire qu’elles seraient les « véritables victimes » d’une lente marche vers l’égalité, au point de pouvoir en appeler à l’appareil sécuritaire des États pour défendre leurs privilèges. Dans « Agora toxica », j’explore la relation mutuellement bénéfique entre acteurs qui bâtissent l’infosphère et la société incivile.

En quoi l’équipement matériel relatif à Internet a-t-il son importance?

C’est un des grands non-dits concernant Internet. L’illusion même est de faire croire que tout est dématérialisé. En fait, Internet mobilise une grosse infrastructure, avec des bâtiments en dur, des serveurs, des câbles. Les entreprises privées d’Internet voudraient nous faire croire l’inverse, ce qui est commode pour faire oublier les externalités négatives de cet outil de production. Internet, c’est massif, ça pollue, ça fait du bruit, ça prend de la place, en somme c’est un véritable « territoire » qui échappe en grande partie à une gouvernance démocratique.

Pourquoi préférez-vous l’expression d’«opération sémantique» à celle de désinformation?

L’outil de production qu’est Internet peut être représenté comme ayant trois couches interconnectées: la couche matérielle, celle des logiciels et enfin celle qui fait l’interface entre nos cerveaux et la machine. C’est une manière de vulgariser un système complexe. Cette représentation permet aussi de mieux situer à quel endroit se déroulent les « opérations sémantiques », terme que je préfère à ceux de fake news ou de désinformation, puisque ce sont des chaînes de production et de diffusion, des tactiques mises en œuvre par divers acteurs et qui sont à la limite de la légalité, voire dans l’illégalité.

Quelles sont les principales «opérations sémantiques» que vous décrivez?

Avec le questing, les gens sont dirigés dans une quête vers un tas de données. Des mots-clés orientent vers des sources qui confirment des thèses complotistes. Un exemple de questing est le départ en mer de l’association Génération identitaire et son questing relatif aux secours des migrants en Méditerranée.

Pour lutter contre le questing, je suggère de ne pas fact-checker les désinformations individuelles, mais de déplacer le récit vers la manière dont la quête est construite.

Autre opération, l’astroturfing, très utilisée en ce moment avec la campagne présidentielle. Ce mot vient de la marque de gazon artificiel Astroturf. Ce sont des mouvements qui veulent passer pour des mobilisations populaires. On le voit avec Zemmour, mais aussi avec la campagne de certains militants d’Emmanuel Macron collant «Avec vous» pour faire croire à un certain engouement populaire.

Pour lutter contre cet astroturfing, il convient de débusquer qui parle, et le nombre de personnes réellement représentées, avant que l’opération piège une masse critique de personnes.

Le backlash, quant à lui, est un mouvement corporatiste qui vise à contrôler les corps et la parole des minorités politiques pour préserver le monopole attentionnel qui est accordé aux majorités politiques. Quand Darmanin appelle, en direct à la télévision, Apolline de Malherbe au calme, il s’agit d’un backlash masculiniste.

C’est en ce sens que le hashtag #BalanceTaPouffe a répliqué à #BalanceTonPorc. Le dogwhistling, en anglais «sifflement de chien», consiste en un appel à l’action via des mots en apparence anodins. Par exemple, quand un policier lance #HaineDesFlics, toute sa corporation, par hypersensibilité à la critique, est conditionnée à agir.

La plupart de ces «opérations sémantiques» sont-elles le fait d’États illibéraux?

Les opérations sémantiques peuvent être menées par des acteurs étatiques ou non étatiques influencés par des États. L’objectif du Kremlin, par exemple, est d’étendre sa sphère d’influence, y compris en France. Dans «Agora toxica», je décris comment la mise en œuvre de ce projet s’articule au sein de la société incivile en France, même en dehors des périodes électorales, et ce pour imposer un modèle sociétal fondé sur un « ordre naturel » illibéral qui est Poutine-compatible.

Vous analysez également le cas des «masculinistes», ces hommes antiféministes qui militent pour le maintien du patriarcat...

J’ai rencontré ces militants sur les réseaux sociaux puis sur le terrain, et j’ai été très étonnée de leur virulence. Les mobilisations masculinistes prennent diverses formes, dont ces associations de pères séparés qui sont peuplées d’hommes mis en cause dans des affaires de violences conjugales, ce qui explique pourquoi ils sont « privés de leurs enfants ».

Ils utilisent l’astroturfing et la manipulation des biais de genre pour attirer l’attention sur leur supposée souffrance et justifier leur violence. Pour contrer ce type de tactique, je suggère, entre autres, de renforcer la déontologie journalistique lors du traitement de ces sujets, afin que les mères concernées soient également interrogées.

Comment aider les citoyens à s’orienter dans le flot d’informations qui les submergent?

C’est une vaste question. La commission Bronner, lancée fin septembre 2021 par le président Macron pour rendre compte des «désordres informationnels», était supposée s’en occuper… mais à trop vouloir aborder le problème sous un angle « universaliste » qui dépolitise les rapports de forces entre groupes sociaux, cette commission ressemble surtout à une farce. Donc, en attendant une véritable prise de conscience, il s’agit de mieux savoir ce sur quoi on porte notre attention, qui est une ressource limitée et convoitée. Hasard heureux, ce livre sort après la diffusion sur Netflix du film « Don’t Look Up », qui, au-delà d’être divertissant, est une bonne introduction au thème de la manipulation de l’attention.

Nous pouvons aussi revoir nos modes d’action militants en choisissant des moyens de communication qui sont plus favorables à la protection des droits. Je crois aussi beaucoup dans le pouvoir qu’ont les enfants de former leurs parents sur l’usage des nouvelles technologies et je pense qu’on devrait investir davantage dans l’éducation de la jeune génération. Les enfants ont beaucoup à nous apprendre sur le numérique.

La modération sur les réseaux sociaux n’est-elle pas un enjeu démocratique primordial?

La modération par les Gafam et son impact sur nos démocraties sont des sujets abordés essentiellement à travers la modération des contenus et la liberté d’expression. Concernant la modération, les Gafam sont prêts à faire quelques concessions pour à la fois préserver leurs intérêts et réduire certaines formes d’expression illégales. Le problème n’est donc pas tant les contenus problématiques, ces armes sémantiques individuelles, mais leur amplification par les algorithmes de mise en relation.

Pour effectuer ces mises en relation, les entreprises privées d’Internet nous catégorisent, nous assignent des identités à partir de nos données privées qu’elles surveillent pour mieux nous regrouper. Et là, on touche au cœur du réacteur. Il s’agit d’un véritable outil de domination pour manipuler la mise en relation entre contenu et personnes, voire, entre personnes, quitte à normaliser des comportements collectifs déviants, voire violents.

Cette manipulation suit des logiques capitalistes car, pour augmenter leurs revenus publicitaires, elles ont tout à gagner à choyer les groupes sociaux privilégiés, qui, eux, lorsqu’ils se mobilisent, le font pour préserver leurs intérêts et même réduire les droits des femmes et des minorités. Donc, le sujet central, essentiel pour nos démocraties libérales, n’est pas tant la modération des contenus en eux-mêmes que le modèle économique dominant des sociétés du numérique, qui se fonde sur la manipulation de notre liberté de réunion.

 

Profil

Militante féministe et spécialiste de la communication dans les zones de conflit, Stéphanie Lamy a cofondé, en 2017, l’association Danaïdes pour développer des technologies de l’information sûres pour les acteurs civils. Elle enseigne à Sciences-Po Toulouse dans le cadre d’un module «Sociétés civiles et organisations internationales».

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Les droits des femmes ne sont pas une affaire de goût

13 Mars 2022, 08:07am

Publié par PCF Villepinte

Barbara Cassin

Stéphane de Sakutin / AFP

 

 Barbara Cassin   L'Humanité Publié le Samedi 12 Mars 2022

 

Le 8 mars, c’est la Journée internationale des droits des femmes, la journée de la femme.

L’Ukraine, hommes femmes enfants (il faut en général des hommes pour faire des enfants), maternités écoles hôpitaux maisons usines paysages et monuments, rues et campagnes, tout ce qui fait la vie d’aujourd’hui, centrales atomiques incluses, souffre. Des femmes et leurs enfants fuient, résistent et meurent.

Il est et n’est pas fou, Poutine, agent complaisant de la guerre, paranoïaque vivant à guichet fermé au bout d’une table de six mètres à laquelle on accède via des tunnels désinfectants. Des dirigeants fous, ou presque, il y en a beaucoup aujourd’hui: en Corée du Nord, en Inde, au Brésil, sans parler de l’à peine ex-Trump: diriger trop grand pour ce quon est, même habile, ça rend fou ou/et ça plaît aux fous. Être borderline, est-ce tout à fait évitable pour un dirigeant? Un métier qui veut ça?

Je voulais écrire une chronique qui soit à côté, à côté de l’horreur politique, mais j’ai beaucoup de mal à m’extirper de la tristesse, de la colère et de l’angoisse de l’instant.

J’ai pourtant sous les yeux «le Journal du dimanche», une double page qui na rien à voir avec langoisse. Elle est signée, sobrement en bas à droite en caractères bâtons, Louis Vuitton. Ils ont parrainé avec une extrême élégance mon costume dacadémicienne, dessiné par un styliste adorable et talentueux qui dirige Patou, et brodé par une association de femmes corses et migrantes.

C’était la première fois que j’allais chez un grand couturier, que je faisais de vrais essayages, que je voyais la mode en ordre de marche, et j’en ai éprouvé un plaisir et une reconnaissance infinis. Tout à coup, on est autrement femme et, comment dire: immémorialement.

Sur la double page que j’ai sous les yeux s’allonge une femme. Elle coche toutes les cases de la beauté, de la diversité, sublimée par la sérénité du luxe.

Indonésienne peut-être, métisse sans doute, yeux en amande, indifférente mais non boudeuse, bras nus, ventre nu un peu visible au-dessus du nombril, entre jeans et blouse blanche à dentelle dissymétrique au bord droit du col, peau parfaite, épilée à l’aisselle, poignets graciles, ongles subtils peints d’un vernis translucide s’affirmant violets au bout du bout, boucles d’oreilles souples pourtant carrées, auréole de cheveux noirs. Et: sous la courbe longue de la hanche, le sac à chaînette et monogramme doré, les deux lettres VL croisées en triangle juste à l’endroit du pubis.

Cette image d’une simplicité parfaite m’a mise, non tant en fureur qu’en total malaise. Poutine, prévenait Merkel, est déconnecté du réel. Cette image de femme aussi. Elle est déconnectée du réel. Ce n’est pas que la connexion fasse plaisir: je pense à cette autre affiche de femme dun âge certain avec ventre celluliteux et seins tombants, joyeuse pourtant, frontale, en petite culotte et soutien-gorge. Une publicité anti-trop belle ciblant vous et moi, aperçue sous un abri d’autobus. Ça fait du bien de voir plutôt pire, dommage que cette tranche d’âge soit une clientèle à prendre. Trop belle trop moche.

Heureusement que les droits des femmes ne sont pas une affaire de goût, mais de justice à l’ordre du jour d’aujourd’hui.

 

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Conséquence(s)

12 Mars 2022, 07:42am

Publié par PCF Villepinte

La sale guerre de Poutine redessine les équilibres géopolitiques.

Date.

«Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles/Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu/Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus/Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille/Qu’un obus a coupé par le travers en deux.» Ainsi poétisait Louis Aragon, en 1956 (la Guerre, et ce qui s’ensuivit, in le Roman inachevé).

 Alors que le chaos du fer et du feu progresse et que les mots semblent impuissants à traduire notre sidération et nos colères conjuguées, voilà donc le retour de l’Histoire par sa face la plus tragique, capable de menacer tous les équilibres du monde. Nous vivons un point de bascule considérable, un tournant historique que certains jugent aussi important, sinon plus, que le 11 septembre 2001 en tant que modification en profondeur des paradigmes qui pourraient conduire l’Europe et bien des institutions à renouer avec le primat du politique.

Les conséquences s’avèrent d’ores et déjà incalculables en vérité et susceptibles de bousculer les imaginaires, les représentations et sans doute les mentalités. La pandémie avait écrasé les corsets budgétaires; la sale guerre de Poutine redessine les équilibres géopolitiques. À tel point que le 24 février 2022 restera une date charnière du XXIe siècle, tel le surgissement de l’événement imprévisible – et si prévisible pourtant.

Ampleur.

 Sinistre stratège, ce Poutine! L’homme fort du Kremlin, quels que soient ses buts de guerre et ses raisons héritées du passé, aura en effet réussi à obtenir, en un temps record et au prix de milliers de morts et de destructions épouvantables, des résultats à l’opposé de ce que nous pouvions imaginer, voire de ceux qui étaient à l’origine recherchés.

A-t-il divisé l’Europe? Non. A-t-il éloigné l’Ukraine de l’UE? Non. A-t-il renforcé le sentiment «russe» sur les territoires conquis? Non. A-t-il tué dans l’œuf le nationalisme ukrainien? Non. A-t-il hâté la fin de l’Otan? Non.

En quelques jours de guerre fratricide, Poutine a relancé les sirènes de l’atlantisme: comment, en pleine guerre, la France pourrait-elle désormais assumer de sortir de lOtan et du commandement intégré? Le bloc-noteur lui-même ladmet: cette perspective est devenue caduque, au moins pour un temps long. Par ailleurs, Poutine voit donc sa Russie mise au ban de la communauté internationale, comme cela s’est rarement vu depuis la Seconde Guerre mondiale – et pour une durée impossible à maîtriser. Tôt ou tard, les sanctions économiques, par leur ampleur, porteront leurs fruits.

Désastre.

 Sous le fracas des bombes, que rien ne justifiera jamais, il devient presque difficile de réfléchir en toute sérénité pour trouver le chemin d’un cessez-le-feu et d’une paix durable, comme tente par exemple de le faire Dominique de Villepin, l’un de ceux qui appellent à la désescalade et rappellent l’engagement formel, en 1991, des pays occidentaux de ne pas étendre l’Otan «au-delà de l’Elbe», comme l’atteste un document exhumé des archives britanniques et récemment publié par Der Spiegel.

Sommes-nous audibles, à parler encore et encore des genèses? Devant ce désastre absolu, seuls les marchands de mort se frottent les mains. À un détail près: eux non plus ne savent pas ce qu’il adviendra demain, dans quelques mois, quand un paysage politique et mental nouveau, dont nul ne soupçonnait la possibilité jusqu’alors, aura franchi une nouvelle ligne d’horizon.

Par la brutalité extrême, le continent européen redécouvre le tragique de l’Histoire, mais aussi, paradoxalement, une idée de puissance politique, alors qu’il se rêvait en vaste supermarché insouciant et postnational. Fallait-il des morts pour en arriver là? Et Aragon, toujours: «Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/Déjà le souvenir de vos amours s’efface/Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.»

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 11 mars 2022.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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