Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

tribunes & idées

12 Juin 2010, 09:27am

Publié par PCF Villepinte

La voie sans issue du « tout sauf Sarko »
régionalesGauche : Quelles réponses aux attentes ?          jean rabaté, journaliste

Dans sa tribune publiée dans l’Humanité du 8 juin, Pierre Laurent note que si « seul compte l’objectif de battre Nicolas Sarkozy », le risque est grand d’étouffer « le nécessaire débat de projet à gauche dans la mécanique présidentielle ». Et il appelle à relever ce défi  : « Faire dominer le débat que l’on va tenter d’étouffer. » Coïncidence, l’auteur de deux pamphlets dédiés à Sarkozy et déjà publiés me fait parvenir un troisième réquisitoire dans lequel il laisse aller sa colère et sa verve contre l’hôte de l’Élysée (1). Il rappelle avec à-propos nombre de ses déclarations et promesses. Il en relève les contre-vérités et les « oublis », en souligne la démagogie, en dénonce les conséquences immédiates et les dangers à venir. La malfaisance des recettes dites « libérales » en matière d’emploi et de retraite, de justice sociale et de liberté, de démocratie et de sécurité est démontrée arguments et preuves à l’appui. Seulement voilà, le tout est tellement personnalisé autour du seul Sarkozy que son pourfendeur en oublie que c’est une idéologie et une politique qu’il s’agit de combattre, plus que l’homme – aussi détestable soit-il – choisi par la droite pour être son héraut à un moment donné. Et c’est ainsi qu’au nom du « tout sauf Sarko », il en arrive à lancer cet appel  : « Peuple de gauche, au premier tour de la présidentielle de 2012, vote massivement pour Dominique de Villepin (…) le mieux placé (pour) nous éviter un second quinquennat sarkozien ! »  Ce n’est malheureusement pas simple provocation de sa part. Après avoir cité à sa façon quelques-uns des candidats potentiels ou déjà déclarés, il s’explique : « J’aurais préféré qu’il y ait dans la liste un véritable homme de gauche capable d’y aller et apte à rassembler les suffrages. Il n’existe pas aujourd’hui. » Faute d’un « candidat de gauche qui casserait la baraque d’ici là et que l’imagination n’a pas encore identifié », il faudrait donc voter Villepin, puisque « l’objectif de 2012, c’est de virer Sarko et de le remplacer par le moindre mal possible ». Qu’un citoyen comme cet auteur, pourtant attaché aux valeurs de la gauche – ses écrits et plusieurs rencontres m’en ont convaincu – en arrive à désespérer de celle-ci au point de vouloir faire d’un ancien premier ministre de Chirac « la Ségolène Royal de la droite », voire « le joker de la gauche », montre l’aberration politique et la voie sans issue à laquelle peut mener le « tout sauf Sarko », quand l’essentiel est oublié. Mais cet appel à baisser les bras devant la droite avant la bataille ne souligne-t-il pas surtout l’immense responsabilité des forces de gauche  ? L’impérieuse nécessité devant laquelle elles se trouvent de relever le défi – comme y invite Pierre Laurent – d’élaborer, dans l’action et par le débat, une perspective politique et un projet de société crédibles  ? C’est-à-dire la base sur laquelle pourrait être choisi(e) l’homme ou la femme le (ou la) plus apte à redonner espoir et envie d’agir pour que ça change vraiment à tous ceux et à toutes celles qui n’en peuvent plus. À défaut, leur désarroi et leur ras-le-bol conduiront les uns à continuer de déserter les urnes, les autres à rechercher – comme l’auteur de cet ouvrage – un utopique « moindre mal » à droite ou au prétendu centre, d’autres encore à exprimer leur désespoir et leur colère aux côtés de l’extrême droite.

(1) Pas vu… pas pris  !, par Charles Duchêne. Éditions BTF Concept, 
214 pages. 10 euros.

Voir les commentaires

Face a la crise du Système capitaliste, comment concevoir La transformation de la société  ?

26 Mai 2010, 11:19am

Publié par PCF Villepinte

Quand le destin hésite, le pays a besoin de partis politiques debout et clairs

henri.jpgPar Henri Malberg, membre de la direction fédérale du Pcf à Paris.

La question de la « forme parti » revient dans le débat en rapport avec la crise politique. On dit que les partis politiques sont dépassés. L’avenir serait à d’autres formes d’organisation, plus larges, moins frontales. À noter dans l’Humanité, le débat entre Edgar Morin et André Tosel, un article de Pierre Zarka et le récent débat avec Anicet Le Pors. (1) Quant au Monde diplomatique, il vient de titrer un article  : « Partis politiques, espèce menacée ». (2)

Le questionnement est dans les partis eux-mêmes.

C’est le cas chez les Verts avec l’idée de « coopérative », en place d’un parti, préconisée par Cohn-Bendit. La création du NPA en place de la LCR relève de cette problématique. Les « primaires » décidées par le Parti socialiste flirtent avec.

D’une autre façon un courant intellectuel qui se réclame du communisme estime qu’on ne peut pas compter sur les partis et met l’accent, à juste titre d’ailleurs, sur des mouvements profonds dans la société qui en appellent à l’idée communiste et traduisent du communisme de fait. C’est ce que disent, j’espère ne pas simplifier, Badiou et Zizek. (3) Et puis des communistes ont quitté le PCF, pour certains sur cette problématique. Ces questions sont donc des questions de fond.

Que se passe-t-il  ?

D’abord le sentiment populaire est que les partis politiques trichent, font le contraire de ce qu’ils promettent et n’ont pas de vision d’avenir. Les citoyens ont le sentiment d’être floués. C’est vrai lorsque la droite et le Parti socialiste viennent sur longue période de s’aligner sur le libéralisme, les lois du marché, les privatisations… Et maintenant brûlent, ou font semblant, ce qu’ils ont adoré.

Pèsent aussi l’échec de ce qui s’est voulu à l’Est, une formidable transformation de la société sous le titre de communisme, et l’échec, à l’Ouest, d’une social-démocratie qui avait promis de changer la vie. Y ajouter la soumission « du politique » aux « marchés », l’idéologie de l’individu au-dessus de tout, et l’élection présidentielle devenue mère des batailles. Le compte y est pour que le doute soit profond et pour le prendre au sérieux.

Changement de période

Or les choses bougent. La crise du capitaliste rebat les cartes et met en cause le système, y compris ses valeurs idéologiques. Aujourd’hui contrairement aux années 1980 ce n’est pas le socialisme de l’Est, mais le capitalisme qui est sur la sellette. Des questions vitales sont posées. Que faire  ? Peut-on sortir du capitalisme et construire des changements profonds  ? Que devrait être un nouveau socialisme ? La lutte des classes, la guerre des idées se font plus rudes et nécessitent plus que jamais le combat politique.

Que faire  ?

Dans la période qui commence, le destin hésite. Sous l’apparente banquise, la société bouillonne.

La crise peut mener à tout, « le chacun pour soi », le populisme ou l’abandon dans les bras d’un sauveur, qu’il soit de droite ou de gauche. Mais aussi le meilleur, un formidable mouvement progressiste comme notre pays en a le secret. De ce fait ce n’est pas de flou artistique dont le pays a besoin mais de politique nettement affirmée et donc de partis politiques debout et clairs.

Les partis politiques à la française sont une formidable invention historique. Ils peuvent et doivent être des lieux de débats et d’actions, des lieux qui expriment les intérêts de classe et les idéologies qui s’y rattachent, mobilisant les énergies et les intelligences. C’est ce dont on a besoin. Et je suis solidaire de ceux qui chez les Verts, au NPA et au Parti socialiste défendent de telles conceptions.

D’ailleurs il n’y a, face aux médias et au pouvoir, pas d’autres forces que des partis politiques combattants et vivants, articulés à de puissants mouvements dans la société. Je ne parle pas de la droite. Ils n’aiment pas les partis organisés et militants et se méfient même des leurs. Chez eux règnent les chefs autoproclamés, les clans et les réseaux. En un mot ils craignent la démocratie.

Et les communistes  ?

La prégnance des idées du communisme est forte en France. Bien au-delà des adhérents du Parti communiste. Les valeurs communistes sont là. Tant mieux si le tissu idéologique est tant marqué de ce qu’on appelle l’exception française. En même temps ce mouvement profond vit et perdure aussi parce qu’il y a une formation politique qui, vaille que vaille, en porte le nom et les conceptions. Tout ne dépend pas du Parti communiste, loin de là, mais sans son existence il n’y aurait pas de perspectives de véritables transformations.

L’existence d’un Parti communiste, d’une force aux références théoriques fortes, creuset d’actions et d’intelligence militantes, fonctionnant à la cohésion et à la diversité mêlées, est une des clés de la situation. À la condition essentielle de regarder en face, comme cela a été décidé, tout ce qu’il faut créer et inventer pour que ce parti tienne la route dans la durée. Il y faut de l’audace et de l’intelligence collective. Les communistes ont choisi ce chemin à une très grande majorité. La tâche est immense. Il faut essayer de bien comprendre l’époque et ne pas céder à la facilité et au court termisme. Voire loin et travailler près. Il y a besoin d’un Parti communiste combattant en relations étroites avec le monde du travail, la jeunesse et les intellectuels. Et intangiblement d’une politique unitaire et de rassemblement. En respectant son voisin sans se laisser manger par lui. Il y a du boulot.

(1) L’Humanité des 17, 20 avril et 15 mai 2010. (2) Le Monde diplomatique du 1er mai 2010. (3) L’Humanité du 26 janvier 2010.

Voir les commentaires

L’appel de responsables d’organisations pacifistes du monde entier.

2 Mai 2010, 06:35am

Publié par PCF Villepinte

Face à l’oligarchie de la terreur, désarmons maintenant !

logo-paix.jpg

 

Pourquoi le Traité de non-prolifération doit-il être soutenu et renforcé  ?

 

 

 

Aujourd’hui, notre monde est confronté à des crises d’une ampleur sans précédent  : le réchauffement climatique, la pauvreté, la guerre, la faim et les pandémies. Elles menacent l’avenir même de la vie telle que nous la connaissons et apportent chaque jour la mort, le chagrin et la souffrance pour nombre des habitants de notre planète. Pourtant, ces problèmes sont presque entièrement les résultats de l’action humaine et ils peuvent tout aussi bien être résolus par l’action humaine. Une opportunité sans précédent s’offre à nous pour créer la volonté politique de disposer enfin des richesses et des ressources de manière à satisfaire les besoins de tous les peuples et permettre à tous de vivre ensemble dans la paix et la justice.

Tel est le désir de la majorité écrasante des peuples, et pourtant nous sommes confrontés à une situation où les dépenses militaires mondiales – de l’argent pour tuer – ont maintenant atteint un total de 1 460milliards de dollars en 2008. De plus, neuf pays maintiennent des arsenaux d’armes nucléaires – au total, plus de 23 000 têtes nucléaires. Ces armes particulièrement destructrices peuvent non seulement détruire la vie sur notre planète – à plusieurs reprises ( !) – mais sont également utilisées comme armes politiques de terreur, renforçant l’injustifiable inégalité du monde. L’éradication de ces armes mettra fin non seulement à la menace d’anéantissement du monde et à cette oligarchie de la terreur, mais libérera des ressources considérables pour lutter contre le changement climatique et la pauvreté, ouvrant la voie à une nouvelle tendance mondiale en faveur de la démilitarisation qui rendra d’autres progrès de l’aspiration humaine possibles. En dépit des obligations découlant des traités et des résolutions et des décisions internationales au cours des décennies qui ont suivi les bombardements nucléaires criminels du Japon par les États-Unis en 1945, les États dotés d’armes nucléaires n’ont pas réussi à éliminer leurs armes nucléaires. La possession de ces armes ainsi que la modernisation des systèmes et des doctrines d’utilisation nucléaire de plus en plus agressive ces dernières années ont contribué à stimuler la tendance à la prolifération – et une plus grande probabilité d’une guerre nucléaire.

Le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) exige à la fois la non-prolifération et le désarmement, et doit être soutenu et renforcé – même si un processus concret pour atteindre ces objectifs essentiels lui fait encore défaut. De plus, l’article IV pose de graves questions. Il garantit le droit à l’énergie nucléaire pacifique, mais oublie le lien inextricable qui existe entre l’énergie nucléaire et les technologies de l’armement et leurs coûts sur la santé et l’environnement. Le lancement récent de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) permet d’espérer l’élimination progressive du nucléaire, en remplaçant la garantie de l’article IV. Cela dit, le TNP continue à fournir le cadre pour avancer vers une nouvelle initiative décisive  : un calendrier pour l’élimination urgente des armes nucléaires exigée par la majorité des pays et des citoyens du monde.

La Conférence d’examen du TNP de mai 2010 fournit une précieuse occasion de prendre cette initiative. Il s’agit d’une opportunité qui ne doit être négligée sous aucun prétexte. Après les logiques de guerre de l’ère Bush, la présidence d’Obama dessine un nouveau contexte pour nos objectifs. L’engagement du président Obama – aux côtés du président russe, Medvedev, – pour l’abolition mondiale des armes nucléaires est très bien accueillie, et leurs premiers pas vers les réductions bilatérales et le soutien des traités limitant le développement des armes nucléaires sont positifs. Cependant, l’objectif de l’abolition mondiale ne peut pas être reporté à un avenir indéterminé, car seul un processus défini, réalisable et un calendrier peuvent enrayer la prolifération qui nous menace tous.

À cette fin, pour assurer un avenir pour l’humanité et notre planète, pour aider à créer les conditions d’un monde de paix, de justice et d’une véritable sécurité humaine sérieuse, nous exhortons la conférence d’examen du TNP en 2010 à prendre un engagement sans équivoque pour entamer des négociations sur une convention pour un calendrier d’élimination de toutes les armes nucléaires – la convention sur les armes nucléaires.

Une telle mesure ne se fera pas sans l’encouragement actif de la société civile, donnant la parole à l’aspiration de la majorité mondiale pour un monde libéré de la peur de l’anéantissement nucléaire. Nous exhortons tous ceux qui partagent cette vision à se joindre à nous dans les mobilisations pour la conférence internationale de paix à New York le 1er mai et la journée internationale d’action pour un monde sans armes nucléaires, à New York et dans le monde, le 2 mai, ainsi que pour la présentation des signatures de pétitions à l’Organisation des Nations unies.

Signataires : Abraham Béhar, président, Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire (France)  ; Reiner Braun, Association internationale des juristes contre l’arme nucléaire (Allemagne)  ; Jacqueline Cabasso, directrice exécutive, Western States Legal Foundation (USA)  ; Lisa Clark, Réseau italien pour le désarmement (Italie)  ; Daniel Fontaine, président de l’Association française des communes, départements et régions pour la paix (France)  ; Dr. Joseph Gerson, coordinateur désarmement, American Friends Service Committee (USA)  ; Regina Hagen, consultant désarmement, Réseau international de scientifiques (Allemagne)  ; Kate Hudson, présidente, Campaign for Nuclear Disarmament (Grande-Bretagne)  ; Dominique Lalanne, coprésident, Armes nucléaires STOP, Abolition 2000 Europe (France)  ; Samuel Legros, Coordination nationale d’actions pour la paix et la démocratie (Belgique)  ; John Loretz, directeur des programmes, Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (USA), coordinateur d’Ican (campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire)  ; Kevin Martin, directeur exécutif, Peace Action (USA)  ; Hiroshi Taka, secrétaire général, conférence mondiale contre les bombes A et H / Gensuikyo (Japon)  ; Pierre Villard, coprésident, le Mouvement de la paix (France) – coordinateur Ican-France

Voir les commentaires

Immigration, La guerre des chiffres est déclarée

28 Avril 2010, 06:49am

Publié par PCF Villepinte

Enquête Statistiques     

  jpg_affiche_sans_papiers-1921e-f0bcf.jpgAlors que des parlementaires réclament la transparence sur le coût de la politique d’expulsion menée par la France, Éric Besson répond en demandant une étude chiffrée sur le coût de l’immigration irrégulière. Une façon, pour le ministre, de réorienter le débat sur un terrain volontairement glissant.

Avoir tous « les chiffres sur la table » pour « en parler calmement ». Tel est l’objectif d’Éric Besson en annonçant le lancement d’une étude sur le coût de l’immigration irrégulière. « Je vais demander à un expert indépendant de mettre tous les chiffres sur la table pour que tous nos citoyens, qui sont aussi des contribuables, sachent tout en la matière, et on verra que beaucoup de bêtises sont racontées », a indiqué le ministre de l’Immigration. Et d’anticiper illico sur les résultats de cette étude en déclarant que « l’immigration irrégulière coûte cher ».

Éric Besson détournait ainsi le débat engagé au début du mois par quinze parlementaires, de gauche comme de droite, qui ont annoncé leur volonté de réaliser un audit informel sur le « coût réel de la politique d’immigration » : moyens policiers considérables, gestion des centres de rétention, expulsions… Combien coûte à l’État la machine à expulser ? Depuis la création du ministère de l’Immigration, en 2007, la question est récurrente, mais n’a jamais obtenu de réponse précise. Les chiffres en la matière sont extrêmement variables…

L’association Cette France-là, à l’origine de l’initiative des parlementaires, a déjà compilé les différents coûts relatifs aux interpellations, à la rétention et aux éloignements. D’après ses calculs, le total s’élèverait à plus de 2,05 milliards d’euros par an…

Un chiffre colossal, dix fois supérieur aux estimations officielles. Selon le ministère, « le coût global de la politique d’éloignement peut être estimé à 232 millions d’euros, sans compter les coûts afférents aux différentes juridictions qui n’ont pu être évalués, soit un montant par reconduite de l’ordre de 12 000 euros ». Une moyenne bien en deçà de toutes les estimations. Ainsi, la commission des Finances du Sénat évalue le coût des expulsions à 415,2 millions d’euros, soit 20 970 euros par personne reconduite. Ce montant, précisent les sénateurs, « ne prend pas en compte les services des préfectures compétents dans ce domaine, l’aide juridictionnelle attribuée aux personnes retenues, ainsi que le coût du contentieux devant les tribunaux ».

Autant d’éléments que Damien de Blic a, lui, décidé de prendre en compte dans ses calculs. Maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-VIII, il additionne l’ensemble de la chaîne de l’expulsion, en aval et en amont des centres de rétention, et arrive à un total de 700 millions d’euros, soit 26 000 euros par expulsion. « Expulser des dizaines de milliers d’étrangers par la force suppose en effet la mise en place de moyens administratifs et policiers considérables », conclut-il.

Si plusieurs tentatives ont été faites pour chiffrer le prix de la politique de répression à l’égard des sans-papiers, le calcul du coût de l’immigration irrégulière, comme le demande le ministre, paraît en revanche beaucoup plus délicat. Au-delà de l’idéologie sous-tendue par la démarche (« Démontrer à quel point les étrangers en situation irrégulière coûteraient cher à la société française et par conséquent aux citoyens français », dénonce SOS-Racisme), la réalisation même de cette étude n’est pas sans poser des questions. Comment, en effet, calculer le coût des sans-papiers ? Par définition, l’immigration clandestine est très difficilement quantifiable. Le ministère lui-même paraît incapable de les 
dénombrer, se contentant de répéter invariablement que 200 000 à 
400 000 sans-papiers vivraient en France. Une fois le public précisé, comment calculer leur coût ? Calcule-t-on aussi les recettes, les rendements ? L’affaire n’est pas simple.

Jusqu’à présent, une seule étude a été écrite sur le « coût réel de l’immigration en France ». Publiée en mars 2008 par l’association les Contribuables associés, elle a été réalisée par Jean-Paul Gourévitch, également auteur de l’Immigration  : ça coûte ou ça rapporte ? qui se présente comme un « expert en Afrique et en migrations ». Dans sa monographie figurent, pêle-mêle, dans la case des coûts de l’immigration : l’aide juridictionnelle, les zones d’éducation prioritaire, le travail illégal puisque « la part des étrangers auteurs d’infractions ayant trait au travail illégal tend à augmenter fortement » (et peu importe s’ils sont davantage victimes de ce système qu’ils n’en profitent), la fraude dans les transports en commun, puisqu’elle « provient largement des jeunes de banlieue issus de l’immigration », la prostitution puisqu’une majorité des « prostituées professionnelles » sont étrangères et ainsi de suite. Conclusion  : « Chaque année, l’immigration coûte aux contribuables 36,405 milliards d’euros. »

Interrogé par l’Humanité sur sa méthodologie, Jean-Paul Gourévitch se retranche derrière une pseudo-neutralité scientifique, assurant qu’il n’est « pas du tout engagé politiquement d’un côté ou de l’autre ». Il considère que « toute étude peut toujours être instrumentalisée, surtout sur un sujet sensible. Ne pas faire d’étude, c’est encore pire, c’est l’amalgame, la rumeur, la schématisation, le n’importe quoi ». Les travaux de Jean-Paul Gourévitch, pour le moins contestables, sont largement repris par les sites d’extrême droite, qui en font leurs choux gras sur Internet.

« Derrière les chiffrages se cachent toujours des choix idéologiques, analyse Pedro Vianna, rédacteur en chef de la revue Migrations société. Chiffrer l’immigration revient à en avoir une vision utilitariste  : est-ce que ça coûte cher ou pas ? La démarche de l’association Cette France-là est radicalement opposée, elle relève d’une logique législative et budgétaire, et pose la question de l’utilisation de l’argent de la collectivité. »

Officiellement, l’« étude globale » promise par Éric Besson devrait porter sur le « coût du maintien sur le territoire des étrangers en situation irrégulière » : hébergement, soins, scolarité, « manque à gagner pour les services sociaux et fiscaux du travail non déclaré », rétention, etc. Le cahier des charges est en cours d’écriture et l’appel d’offres devrait être lancé prochainement.

Inversement, des économistes travaillent sur les bénéfices de l’immigration pour les pays d’accueil. Ainsi, des études de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque mondiale démontrent que la régularisation des travailleurs sans papiers serait bénéfique pour l’économie française. Au Royaume-Uni, une étude publiée par la London School of Economics, en juin 2009, démontre que la régularisation des 618 000 migrants vivant en situation irrégulière sur le territoire britannique rapporterait quelque 3 milliards de livres (4,6 milliards d’euros) aux caisses de l’État.

Pour la France, des études 
économétriques estiment que 
100 000 immigrés augmentent le niveau de vie des Français de 0,1 %. « Ce bénéfice est faible, précise le démographe Hervé Le Bras, parce que les 100 000 personnes sont à comparer aux 65 millions de Français. Mais si vous ramenez ce chiffre au migrant lui-même, ça veut dire que la moitié de sa productivité ne lui revient pas, mais revient à l’ensemble de la communauté. » Le chercheur revendique sa participation à ce type de calculs : « En tant que démographe et économiste, j’établis au mieux les chiffres. Sinon, on laisse le champ libre à Le Pen, qui dit que ces gens nous coûtent cher, ce qui est radicalement faux. »

Et de donner un exemple d’actualité  : les retraites. « La plupart des étrangers payent leurs annuités alors qu’ils ne toucheront pas ou très peu de retraite, explique encore Hervé Le Bras. L’État y gagne. » Et pas qu’un peu. L’association Droits devant  !! a, elle aussi, sorti sa calculatrice : 300 000 travailleurs sans papiers vivant en France et gagnant le smic en moyenne versent chaque année dans les caisses de l’État 1,5 milliard d’euros pour les retraites et les Assedic. Des cotisations dont les travailleurs sans papiers ne verront jamais la couleur… « Il faut multiplier ce chiffre par le nombre d’années depuis 1974, début de la surexploitation des sans-papiers, souligne Jean-Claude Amara, de Droits devant  !! On arrive à un chiffre colossal ! Quand on entend Besson dire que l’immigration coûte cher, on a envie de rire… »

Marie Barbier

Si le ministre de l’Immigration souhaite, comme il le dit, mettre « tous les chiffres sur la table », il devra aussi compter sur les bénéfices conséquents apportés par l’immigration irrégulière à la France. Le débat est ouvert.

Voir les commentaires

Volcan Islande et mondialisation

19 Avril 2010, 17:13pm

Publié par PCF Villepinte

Entretien avec le philosophe Paul Virilio


« Nous assistons à un accident systémique ou plutôt un accident de l’écosystème de la mondialisation »
Pour le philosophe, les conséquences de l’éruption volcanique en Islande révèlent les limites de notre modèle de développement basé sur l’instantanéité.
Mardi, dans l’Humanité, les conséquences du nuage de cendres volcaniques sur l’économie, la santé et la responsabilité dans la gestion de la crise par l’Europe.

Que vous inspire le nuage de cendres qui paralyse l’Europe depuis plusieurs jours ?
PAUL VIRILIO. Nous ne pouvons pas traiter cet événement en lui-même. Le XXIe siècle, lui-même, est éruptif. « Nous sommes entrés dans l’âge des conséquences », disait Winston Churchill. Que ce soit le tsunami, l’irruption en Islande, le krach financier ou les attentats, nous assistons à un accident systémique ou plutôt un accident de l’écosystème de la mondialisation. Ce qui est important, c’est le caractère sériel pour ne pas dire cyclique des catastrophes naturelles, industrielles, informationnelles.

Ces catastrophes seraient une remise en cause de notre modèle de développement…
PAUL VIRILIO. Tout à fait. Nous habitons le désastre de la globalisation. Tant économique qu’écologique. Aujourd’hui, les deux sont fondés l’un dans l’autre. L’empreinte écologique n’est pas simplement un phénomène de pollution des substances mais aussi une pollution des distances, c’est-àdire l’instantanéité dont nous sommes les contemporains. La Terre est non seulement trop petite pour le progrès et le profit instantanés, mais l’est peut-être aussi, et cela est redoutable, pour la démocratie, la paix et la paix de l’esprit. Nous sommes sans arrêt bousculés, choqués par cette synchronisation des émotions qui remplace la standardisation des opinions. C’est ce que j’ai appelé le communisme des affects. Après la communauté d’intérêt des classes sociales, du communisme, nous sommes entrés dans une communauté d’émotion et cela est tout à fait redoutable.

Nos sociétés peuvent-elles faire face à ce type d’événement aussi imprévisible soit-il ?
PAUL VIRILIO. Évidemment. D’abord en prenant en compte la question de l’accélération, non seulement de la production mais aussi de l’histoire. Nous sommes dans une accélération du réel. L’immédiateté, l’ubiquité sont des phénomènes qui ne sont pas gérables plus longtemps. Les sociétés anciennes vivaient de l’accumulation de la matière, du foncier, de la quantité, c’était la géopolitique, la géostratégie, c’étaient les sociétés territorialisées. Désormais, avec le cybermonde, nous vivons dans l’ère du flux. Les flux dominent désormais les stocks. Ce qui a d’ailleurs fait sauter récemment la Bourse. Nous passons de la géopolitique, c’est-à-dire pour faire simple la Terre, à la dynamique des fluides qui l’emporte sur la mécanique des sols.

Ce nuage ne réintroduit-il pas un rapport un peu oublié entre la nature et l’homme, celui de l’homme devant nécessairement dominer son environnement ?
PAUL VIRILIO. Tout à fait, Lénine affirmait d’ailleurs que la Terre, la nature, n’est pas un temple mais un chantier. Il se trouve que nous avons foutu en l’air le chantier, que les dégâts du progrès sont très importants. Je ne sais pas s’il s’agit d’un temple mais le chantier est dans un sale état.

Pensez-vous qu’aujourd’hui les politiques en tiennent compte ?
PAUL VIRILIO. Absolument pas. Or, il y a urgence d’une université du désastre, c’est-àdire d’une science qui s’interrogerait sur les désastres dus au progrès fondée par une attitude profondément rationnelle. Prenons comme image le crash test. Là où on fabrique des voitures, on fabrique également des accidents pour éviter les dégâts. Il serait temps que la science et la philosophie s’entendent au lieu de s’exclure, non pas pour régresser aux chèvres et à la voiture à cheval, mais pour aller plus loin et de l’avant.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LIONEL DECOTTIGNIES

Voir les commentaires

tribunes & idées

20 Mars 2010, 10:56am

Publié par PCF Villepinte

Globalisation financière et libre-échange  : l’aggiornamento attendu Par Gaël BRUSTIER (*)

republique
Comment la gauche peut-elle reconquérir le vote des classes populaires  ?

Après ces élections régionales, le grand impensé de la gauche française demeure la nouvelle géographie sociale du pays. Les chiffres parlent et les faits sont têtus. La gauche n’a pas reconquis les classes populaires. 53,65 % des Français se sont détournés des urnes dimanche dernier. 20,2 millions de Français seulement se sont donc déplacés et, parmi eux, 750 000 ont voté blanc ou nul. Seulement 44,63 % des Français ont donc émis un choix positif pour un parti ou un autre. Rappelons seulement qu’il y avait 36,7 millions d’électeurs au premier tour de la présidentielle de 2007… Pour la République, la volatilisation de 16,5 millions d’électeurs est un fait grave. Pour la gauche, la situation est extrêmement préoccupante. De victoires en trompe-l’œil en myopie historique, c’est la capacité des forces de gauche à peser durablement qui est posée. Au-delà des légitimes stratégies adoptées par chacune des familles de la gauche française, au-delà de la non moins légitime satisfaction du bon résultat relatif des uns et des autres, il importe de poser quelques questions fondamentales.

La gauche n’a donc pas reconquis les classes populaires. Si l’on tient compte de l’abstention, les forces de gauche ne progressent nullement, en particulier dans la France périphérique et majoritaire. La droite, en revanche, payant les conséquences d’une campagne confinant à l’incompréhensible, a été délaissée par ces mêmes classes populaires qui s’étaient tournées vers Nicolas Sarkozy en 2007. Les marges de l’aire urbaine parisienne sont ainsi marquées par un net reflux de la participation civique, bien supérieur au recul enregistré dans les villes centres. Une fois de plus, la France périphérique, majoritaire, celle des classes populaires, des ouvriers et des employés, s’est massivement détournée du vote.

Les scores des partis de gauche sont très forts là où les classes populaires sont largement absentes  : 67,1 % des électeurs du 3e arrondissement de Paris se sont prononcés pour les listes de gauche et d’extrême gauche. Europe Écologie demeure le parti de catégories sociales minoritaires concentrées, pour l’essentiel, dans les métropoles. Quant au vote Modem, PS, écologiste, il est, dans les métropoles également, victimes d’un effet de va-et-vient et de vases communicants permanent, de la présidentielle aux régionales en passant par les européennes. Le phénomène est évident à Paris. Pis, sur l’ensemble de la France, on constate un jeu à somme nulle en termes de nombre de voix portées sur la gauche dans sa grande diversité (PS et Europe Écologie d’une part, Front de gauche et NPA d’autre part). On n’assiste nullement à un effondrement de l’UMP par rapport à 2004 mais en revanche à celui du nombre des voix accordées au centre droit (de l’UDF au Modem, les pertes se chiffrent en millions). L’hypothèse à retenir semble être celle d’une crise interne à la droite française. La vieille droite française ne veut pas mourir, la nouvelle droite ne parvient pas à naître. Nicolas Sarkozy est-il en passe, de ce point de vue, de perdre le pari de sa révolution conservatrice  ? A-t-il lu, lui qui disait s’en inspirer, Gramsci jusqu’au bout  ? Comme son élection en 2007, la crise de la droite se lit dans la géographie sociale de notre pays, une géographie encore hélas largement ignorée par les quelques intellectuels de système qui font l’opinion d’une social-démocratie en panne de carburant idéologique.

Face à cette géographie sociale française qui oppose des villes centres connectées à la mondialisation néolibérale et des zones périphériques qui en pâtissent fortement, les forces de gauche, dans leur diversité, semblent avoir curieusement adopté un unique mot d’ordre  : « Ne pas désespérer la rue Montorgueil  ! » De fait, elles ne parviennent pas à reconquérir les suffrages de cette France majoritaire et périphérique, de la France des usines qui ferment et dont les habitants craignent chaque semaine une délocalisation ou un plan social. L’abstention revêt de la part de ces électeurs une dimension d’insoumission civique manifeste. Il y a pourtant, en France, de la part des classes populaires une aspiration à voir renaître un vrai projet politique pour leur pays…

La difficulté à délivrer une vision du monde cohérente et porteuse d’espoir dans des élections régionales est réelle. Bien souvent, les conseils régionaux sont considérés comme des infirmières parcourant le champ de bataille dévasté de la mondialisation néolibérale. Il faut désormais penser au-delà de ces élections et bâtir une coalition sociale majoritaire pour l’élection présidentielle de 2012. Les forces de gauche devront faire leur aggiornamento sur la question de la globalisation financière et du libre-échange notamment. La France demeure, à 60 %, un pays d’ouvriers et d’employés. C’est à eux qu’il s’agit de parler. Si l’on veut être électoralement efficace, il importe de penser en nombre d’inscrits et non de votants. Qu’adviendra-t-il d’une gauche qui gagnerait avec une faible participation  ? Elle serait victime de l’hégémonie culturelle d’une droite qui, dans tout l’Occident, n’a pas désarmé, loin de là. Le moment historique que nous vivons incite la gauche à engager un véritable combat culturel et à retrouver les classes populaires. En aura-t-elle la volonté  ?

(*) Coauteur de Recherche le peuple désespérément, Bourin Éditeur, 2009.

Voir les commentaires

Communisme

17 Mars 2010, 19:16pm

Publié par PCF Villepinte

Communisme

Lire également La gauche en débat
Le débat sur le communisme se poursuit avec de nombreuses contributions de personnalités.
Les autres dossiers


tribune idées
Appel (*)
Article paru le 16 mars 2010
Tribune & idées
Par Ivan Lavallée, professeur des universitÉs, directeur de programme au cnrs.
Article paru le 4 mars 2010


tribunes & idées
Florian Gulli, philosophe
Article paru le 25 février 2010
tribunes& idées
Par Arnaud Spire philosophe
Article paru le 22 février 2010


tribunes & idées
Article paru le 3 février 2010
tribunes & idées. AGORA
Article paru le 28 janvier 2010


Voir les commentaires

L'homme marche avec sa tête.

15 Mars 2010, 11:53am

Publié par PCF Villepinte

La gauche a-t-elle besoin d’une morale ? Regards croisés :

PAUL ARIÈS, politologue, directeur du journal le Sarkophage et rédacteur au mensuel la Décroissance ;
 quiniou.jpgYVON QUINIOU, philosophe, spécialiste du matérialisme (*)

Tout d’abord, peut-on dire que la crise systémique du capitalisme a une dimension morale ?

YVON QUINIOU. Certains aspects de la crise ont une dimension clairement morale : les comportements individuels des traders ; les rémunérations des patrons qui sont à un niveau invraisemblable, alors que, par ailleurs, des masses de gens vivent dans la misère. Il y a un creusement par le haut des inégalités, ce qui frappe l’opinion publique. Mais ces aspects-là, dont chacun saisit l’immoralité, ne sont que les révélateurs d’une immoralité plus profonde, qui tient au système lui-même. Or, ceux qui mettent en avant ces aspects spectaculaires et individuels d’une immoralité pratique cherchent souvent à masquer ainsi sa réalité plus profonde et structurelle. L’enjeu de cette manipulation est de faire croire qu’on pourrait résoudre la crise du système en remédiant aux comportements, en modifiant les mentalités, sans jamais toucher à la structure elle-même. Si on voulait vraiment, comme cela a été dit parfois, y compris par Sarkozy, moraliser le système, on ne le pourrait pas. Parce que c’est un système intrinsèquement immoral. Si on veut le moraliser, alors il faut le supprimer.

Et pour ce qui est de la gauche, ses interrogations morales, par exemple sur les contours de la laïcité, peuvent-elles être mises en rapport avec la crise, qui fragilise les collectifs et donc conduit à chercher des repères pour le « vivre ensemble » ?

YVON QUINIOU. Oui, il y a aussi une crise plus large de la moralité dans la conscience collective. Mais cette crise, flagrante à droite depuis toujours, je la sens aujourd’hui du côté des dirigeants socialistes. Ceux-ci me semblent avoir perdu le contact avec les couches populaires et être relativement indifférents au malheur humain que sécrète le capitalisme.

PAUL ARIÈS. Cette notion de crise systémique doit être prise au sérieux. Cela veut dire que cette crise affecte tous les domaines : social, environnemental, politique, institutionnel, symbolique, culturel, etc. Cela veut dire aussi qu’il y a quelque chose qui fait lien et sens. Et ce qui fait lien, c’est le fait que le productivisme nous a fait perdre la capacité de nous donner des limites. Notre société a sombré dans l’ubris, la démesure. Le capitalisme est une machine à accumuler et fonctionne au « toujours plus ». Ce système est impossible car lorsqu’un individu n’est pas capable de se donner des limites, il va les chercher dans le réel : conduites à risques, toxicomanie, suicide… et lorsqu’une société n’est pas capable non plus de se donner des limites, elle va aussi les chercher dans le réel : réchauffement planétaire, épuisement des ressources, explosion monstrueuse des inégalités sociales, etc. Les réponses habituelles de la gauche sont inadaptées face à cette crise. Savez-vous que lorsque vous détenez un patrimoine de 5 650 euros, vous appartenez déjà aux 50 % les plus riches de la planète et avec 350 000 euros, au 1 % plus riche ? La grande question n’est donc plus de faire croître le gâteau mais de renouer avec le sens des limites, donc de primer la politique et la culture. Nous devons en finir avec l’idée de toute-puissance ou de monde sans limites. Cette crise est donc à la fois une catastrophe mais aussi la dernière chance pour la gauche de se refaire en cessant de refouler la grande question du partage. Ce qui veut dire en finir avec le capitalisme, mais aussi avec une certaine gauche. L’objectif ne peut plus et ne doit plus être de faire grossir le gâteau, le PIB, mais de changer sa recette : qu’est-ce qu’on produit ? comment ? pour quels besoins ? Cette crise appelle à réhabiliter les autres dimensions de nos personnalités : la dimension politique, certes, mais aussi morale, artistique, gourmande, poétique. Cette gauche morale doit être celle d’un socialisme gourmand et du Verbe. Cette gauche n’a pas tant besoin d’experts que de poètes : songeons à ce qu’ont été la place des poètes dans la Résistance, la part des chants dans les révolutions. Nous ne luttons pas seulement contre l’exploitation et la domination ou la destruction de la planète, mais pour la dignité, pour la vie bonne, la joie de vivre.

Par définition, toute morale prétend à l’universalité. Cette prétention ne peut-elle pas avoir pour effet de masquer les contradictions du réel, de la société telle qu’elle est ?

PAUL ARIÈS. Dire que le débat moral masque les enjeux de classe est un vieux discours. Dans ma jeunesse, certains courants de gauche lançaient des mots d’ordre tels que « pollution = piège à cons ». Leur idée, c’était qu’il y avait des enjeux plus sérieux que l’environnement, à savoir la défense du pouvoir d’achat. Dire que le débat moral serait réactionnaire, c’est aussi oublier, comme on le fait depuis des décennies, que les milieux populaires sont foncièrement du côté de la morale. Ce constat a été ma grande surprise lors de l’écriture de mon ouvrage sur la Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance : les gens de peu ont été durant des siècles porteurs de morale, d’habitus totalement anticapitalistes. On peut même dire qu’être révolutionnaire n’a jamais exclu le fait d’être conservateur en matière de défense des valeurs, des modes de vie, etc. Cette morale populaire n’a rien de commun avec le « droitde- l’hommisme  » d’un Kouchner ou le « jouir sans entraves » d’un Cohn-Bendit.

YVON QUINIOU. La question du caractère idéologique ou non de la morale traverse le marxisme, et Marx lui-même. Celui-ci a pu la définir comme « l’impuissance mise en action », pour lui opposer l’analyse scientifique concrète de la réalité sociale et l’appel au politique pour transformer cette réalité. C’est en s’appuyant sur ce Marx qu’Althusser s’est risqué à réduire la morale à un « traitement imaginaire des problèmes réels ». Cette vision n’est pas dénuée de fondement, mais elle est unilatérale. Il y a une dimension normative irréductible de la politique en général et de la politique marxienne en particulier. Marx l’a reconnue dans sa jeunesse, même s’il l’a niée ensuite dans le discours explicite qu’il tient sur son oeuvre et son engagement. Et elle affleure constamment dans son texte sous la forme de prises de position normatives : indignation, colère, dénonciation virulente de l’injustice du capitalisme. Son texte n’est donc pas seulement scientifique, il est aussi critique, et il ne le serait pas s’il n’était porté par des valeurs que la science ne saurait justifier. Il faut donc admettre ce que disait Rousseau dans l’Émile : « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront rien à chacune des deux ! » De plus, la morale faisant référence à l’Universel, il faut prendre au mot le discours universaliste que la bourgeoisie tient, souvent hypocritement, et le retourner contre elle : vous parlez de liberté et d’égalité, eh bien, mettez-les donc en pratique dans votre politique !

PAUL ARIÈS. La question fondamentale me paraît être celle du rapport entre la science, ou connaissance objective, et les universaux que l’on se donne. Car on ne se révolte pas seulement au nom des « lois de l’histoire » mais parce qu’on a un haut-le-coeur devant le travail des enfants, l’humiliation, le mépris du faible. La politique de gauche est fondée sur des intérêts de classe, mais aussi sur une morale. La science peut informer nos normes et nos valeurs, mais pas les fonder. Prenons l’exemple de l’égalité. Aujourd’hui, lorsque je parle d’égalité à mes étudiants, ils me renvoient à des faits objectifs, notamment biologiques. Ils passent donc totalement à côté de l’égalité comme fiction humanisante. Si nous étions égaux en faits, la question de l’égalité ne se poserait pas. C’est nous qui choisissons de nous reconnaître comme égaux ! Poser la question de la morale, c’est donc interroger nos fictions humanisantes ou pas. Les récits dominants d’aujourd’hui constituent des fictions déshumanisantes.

YVON QUINIOU. Je dirais pour ma part qu’il y a dans la critique indissociablement politique et morale de la réalité un formidable potentiel de mobilisation des individus. Une gauche authentique ne doit pas se contenter, en effet, de faire appel aux intérêts, elle doit susciter aussi la capacité proprement humaine de dénoncer ou d’approuver la réalité d’un point de vue moral.

La démocratie est également en crise, et cela remonte bien avant le déclenchement de la crise systémique actuelle. Peut-on établir un lien avec le ralliement d’une partie de la gauche à un pragmatisme étroit, un esprit purement gestionnaire ?

YVON QUINIOU. Oui, absolument. On assiste, selon moi, à une vraie « démoralisation » de l’esprit public, qui facilite l’acceptation du système. Elle est liée à la diffusion d’une idéologie à la fois économiste et techniciste, qui vise à dépolitiser la vie sociale en naturalisant l’économie capitaliste. L’idée que la justice commande que l’on répartisse autrement les richesses et qu’on puisse donc apporter des solutions politiques aux maux de notre société tend à être éliminée. Bien sûr, j’exclus de cette critique les communistes, pour autant qu’ils sachent être clairs avec les fondements normatifs de leur engagement, et la gauche extrême. Parallèlement, on assiste au renforcement d’une idéologie ultra-individualiste, qui est proprement celle du libéralisme. Elle tarit la sensibilité à la dimension collective des problèmes, exacerbe l’égoïsme et pousse à la concurrence interindividuelle. En même temps, elle tente de faire porter aux individus la responsabilité des maux sociaux, soit via leur libre arbitre (les chômeurs ne recherchent pas d’emploi), soit via leur nature (les délinquants sont violents de naissance). Dans tous les cas, la causalité sociale du malheur est occultée et on nous apprend à ne pas la voir. Il ne faut donc pas sous-estimer le rôle de l’idéologie dans la situation actuelle. Au contraire, il faut être offensif sur ce terrain : cela permet d’être raisonnablement optimiste car on peut changer les idées des hommes ! En même temps, il faut impérativement essayer de réactiver la conscience morale collective !

PAUL ARIÈS. Yvon Quiniou a raison : la crise du politique renvoie très clairement à une crise morale. Tout simplement parce que le capitalisme ne peut pas faire société. Quand on parle de société capitaliste, c’est un véritable abus de langage. Le capitalisme est générateur d’incivilités, il engendre une vie sans urbanité. La gauche a trop longtemps sous-estimé ce danger, comme elle sous-estime la dangerosité de ce courant que l’on nomme le transhumanisme et qui prétend engendrer une post humanité débarrassée de nos petites faiblesses. Le capitalisme vert est prêt à adapter la planète mais aussi l’humain à ses besoins. Face à cette véritable menace de « désespècement », la gauche devrait rappeler que l’humanité n’est grande que dans le respect de ses faiblesses, c’està- dire le respect des plus faibles mais aussi de la part faible de chacun.

La montée en puissance dans l’opinion publique des questions écologiques révèle-t-elle un besoin de morale, la quête d’une nouvelle éthique ?

PAUL ARIÈS. La question que pose l’écologie antiproductiviste (qui n’a rien à voir avec le capitalisme vert de Sarkozy, de Cohn-Bendit ou du Medef), c’est de marier le « principe responsabilité » (Hans Jonas) et le « principe espérance » (Ernst Bloch). Il n’y aura pas de nouvel espoir à gauche sans cela. Il y a aujourd’hui deux démarches écologistes : d’une part, celle qui est fondée sur la science et la culpabilisation des individus, avec le danger de tomber dans un discours du type « salauds de pauvres qui osez revendiquer alors qu’il y a le feu à la planète » ; d’autre part, celle dont je me réclame, qui n’est pas dans l’ordre de la culpabilisation, mais du désir, qui sait susciter l’envie de changer la vie. Nous ne gagnerons que si nous menons le combat sur les modes de vie. Le véritable enjeu, c’est de reconstruire du collectif autour des cultures populaires. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, la seule région au monde où le socialisme se conjugue au présent, à savoir l’Amérique latine et centrale, est celle où l’on a su marier le marxisme et les cultures indigènes.

YVON QUINIOU. Je prendrai les choses de manière un peu différente, tout en partageant l’essentiel de ce qui vient d’être dit. Il faut bien préciser les rapports respectifs de l’écologie à la morale et à l’éthique. Il y a selon moi deux écologies : l’écologie de préférence et l’écologie d’existence. La première consiste à valoriser la nature par opposition à la culture. C’est ce que l’on retrouve dans la « Deep Ecology » aux États-Unis. Elle ne relève pas d’un enjeu interhumain et elle n’a aucun caractère obligatoire. Pour ces deux raisons, elle échappe à la morale stricto sensu et relève plutôt d’une éthique. La deuxième renvoie à une crise qui met en jeu les conditions naturelles de la vie humaine sur terre. Cette écologie d’existence est habitée par un impératif proprement moral, qui est de tout faire pour assurer la reproduction de cette vie. Ensuite, il est certain qu’il faut chercher aussi à améliorer la qualité de la vie. Faut-il pour autant aller jusqu’à remplacer le paradigme marxiste par un paradigme écologique  ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Car on pourrait très bien imaginer une société où les conditions de la vie seraient respectées pour tous, mais où il y aurait toujours des exploiteurs et des exploités. La question sociale demeure donc primordiale.

PAUL ARIÈS. Pour ma part, et tous les objecteurs de croissance ne partagent pas ce point de vue, le développement d’une gauche antiproductiviste enfin optimiste est bien une façon de revisiter le marxisme et de refonder le communisme. C’est pour cela que je mets au coeur de ma réflexion la défense et l’extension de la sphère de la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. Nous devons passer d’un pack de droits sociaux fondés sur le travail à un nouveau pack de droits sociaux, tout aussi émancipateurs, fondés sur le droit à une vie bonne : il faut pour cela un revenu d’existence couplé à un revenu maximal autorisé. L’alternative est entre la barbarie et la victoire des nouveaux partageux.

YVON QUINIOU. La question de la place du travail est complexe et on ne saurait l’éliminer, vu son importance anthropologique. Par contre, il faut récuser l’idée que le capitalisme aurait pour but de nous permettre de consommer. L’économiste hétérodoxe John Galbraith, dans son dernier ouvrage, remet en cause la notion de « société de consommation ». Pour lui, on est dans une société de production : le système produit à la fois des objets et les sujets consommateurs de ces objets. Et derrière la production d’objets, il y a production de profits. C’est déjà ce que pointait Marx. Et c’est par ce biais-là que je rejoins la question, en effet décisive, de savoir si ce qui est produit correspond ou non à de vrais besoins. Dans l’économie capitaliste, c’est la valeur d’échange qui est essentielle, alors que dans une économie de type communiste, c’est l’usage qui l’emporterait.

Si, pour remobiliser, la gauche a besoin de réimpulser du désir, peut-elle s’appuyer pour ce faire sur son patrimoine humaniste ?

YVON QUINIOU. Oui, absolument. Marx dit que le communisme « n’est pas un idéal sur lequel la réalité devrait se régler », mais « le mouvement réel qui abolit l’état actuel ». Je réponds qu’il est aussi un idéal sur lequel la réalité devra se régler. On entend constamment dire que lorsqu’on est matérialiste, on ne peut avoir d’exigences morales. Je ne suis pas d’accord. Comme Darwin l’a montré dans la Filiation de l’homme, la morale est une compétence naturelle de l’homme développée par l’histoire ; et c’est au travers de celle-ci qu’elle parvient à saisir son contenu universel. Le critère de l’universel, c’est que les intérêts de tous soient satisfaits. C’est pourquoi la morale, dans sa formulation kantienne, nous commande de ne jamais réduire l’autre à l’état de moyen ou d’instrument pour les fins que l’on poursuit. Elle réclame aussi, corrélativement, l’autonomie de l’être humain. Du coup, si on la prend au sérieux, on voit que, dans toute sa rigueur, elle mène au communisme. Comme l’a dit magnifiquement Ernst Bloch dans Droit naturel et dignité humaine, le communisme, « c’est ce qu’on avait longtemps cherché sous le nom de morale ».

PAUL ARIÈS. L’autonomie est en effet le bon critère de jugement d’une morale. Charles Péguy disait cependant de Kant : « Il a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » Je crois donc qu’il est essentiel de penser la morale de façon incarnée. Il faut libérer déjà les corps de la pesanteur des institutions, du travail (« perdre sa vie à la gagner  »), de la publicité, de la mode, du culte de la santé parfaite, tout ce qui conduit à considérer son propre corps comme un capital à valoriser. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme sans révolution anthropologique. Être communiste, pour moi, c’est être un adepte de la lenteur, un partisan de la reterritorialisation, un défenseur des collectifs, des modes de vie populaires. À chacun son éthique mais une seule morale pour tous : le partage, le don.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT ETRE

(*) Yvon Quiniou a notamment publié Athéisme et matérialisme aujourd’hui, aux éditions Pleins Feux (2004). Dernier ouvrage (à paraître) : Éthique, morale et politique. Changer l’homme ? Éditions l’Harmattan. Paul Ariès vient de publier la Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, aux éditions la Découverte et, en collaboration avec Florence Leray, Cohn-Bendit, l’imposture, aux éditions Max Milo.

Voir les commentaires

Tribune & idées

5 Mars 2010, 16:03pm

Publié par PCF Villepinte

Le travail vivant au cœur du débat communiste.

images-copie-1
Par Ivan Lavallée, professeur des universités, directeur de programme au cnrs.

un dépassement irréversible du capitalisme est-il possible ?

Le dépassement du capitalisme doit consister en une démarche irréversible. Ce dépassement doit créer une société qui rende impossible le retour en arrière, contrairement aux expériences socialistes du XXe siècle, à l’est de l’Europe. Elles ont échoué, et les tentatives en cours actuellement dans le reste du monde sont fragiles parce qu’à aucun moment elles n’ont dépassé le capitalisme – au sens du développement des forces productives. Les révolutions bourgeoises avaient permis, en revanche, ce dépassement  : même si des formes monarchiques peuvent subsister ou réapparaître çà ou là, la façon dont les marchandises sont produites et échangées (ce qui fonde la société) ne permettrait pas un retour à l’Ancien Régime, au-delà de la question des formes du pouvoir.

Les sociétés humaines sont caractérisées par la façon dont les produits de l’activité humaine sont élaborés, partagés ou échangés. C’est du travail des hommes qu’il faut partir pour comprendre les logiques internes des sociétés. Le capitalisme a dépassé l’ancien système féodal grâce à la révolution industrielle qui a cassé le mode de production, et donc d’organisation de la société, basé sur la terre. Ce nouveau mode a nécessité la libération de la force de travail permettant de créer un marché sur lequel le prolétaire puisse aller vendre cette force. Aujourd’hui, le travail change de nature, la révolution industrielle est, dans nos pays, terminée, les forces productives matérielles passent du travail de la matière palpable au travail de conception, d’organisation et de service. Le prolétariat se diversifie, il s’identifie au salariat. C’est dans la composition organique du capital que se trouve la contradiction fondamentale, dans la dynamique de l’exploitation elle-même. En effet, la logique du mode de production capitaliste consiste à réduire sans cesse le rôle du travail vivant dans la composition capitalistique en accumulant tant et plus de capital constant. Dans la mesure où toute valeur est déterminée par le temps de travail vivant, le principe même qui régit le système est mis en cause. Dans la composition du capital, le temps de travail tend à jouer un rôle de plus en plus négligeable par rapport à l’ensemble du capital matériel (ou capital fixe), c’est ce qui s’exprime sous une autre forme dans la baisse tendancielle du taux de profit. Mesurer alors la valeur en temps de travail social revient à mesurer l’éternité en secondes  !

Si l’histoire de l’humanité est celle de ses forces productives, alors l’objectivation forte du communisme tient au développement desdites forces. La puissance des hommes sur la nature (le développement des forces productives) est devenue telle qu’un petit groupe d’êtres humains, voire des individus peuvent mettre en cause la vie de millions d’autres, voire de l’humanité tout entière. C’est ce qui rend nécessaire la propriété collective de ces moyens d’action et rend obsolète le capitalisme, comme mode de production et comme rapport social. Le rapport de l’humanité à la nature est en train de changer, une vision globale est en train de s’imposer. La mondialisation capitaliste et des forces productives fait que les actions humaines concernent maintenant l’ensemble de la planète. Le sort des uns dépend de celui des autres. C’est pourquoi on ne peut poser le problème de la gestion rationnelle des ressources de la planète dans le cadre du capitalisme. On est ainsi passé du socialisme possible au communisme nécessaire. Le problème majeur qui reste posé est celui de savoir ce qu’il convient de faire et comment, pour qui et pourquoi  ? Le poids du passé pèse toujours sur les consciences, les reculs momentanés et les incompréhensions brouillent les pistes, comme les remises en cause qu’ils induisent, sous l’effet, surtout, de l’idéologie de la classe qui domine, la bourgeoisie, qui fait passer ses intérêts immédiats avant ceux, immédiats et à plus long terme, de l’ensemble de la collectivité humaine. Mais il reste que cette classe, en dépit de son égoïsme et de sa capacité de nuisance, parce qu’elle est aussi constituée d’individus, est confrontée aujourd’hui aux problèmes qui se posent à tous en termes de survie de l’humanité. Il y a là sans aucun doute un réservoir d’alliés potentiels pour le mouvement révolutionnaire. Engels puis Marx nous donnent deux « définitions » du communisme  : « Le communisme, c’est lorsque les usines tourneront toutes seules » et « Le communisme, c’est lorsque le travail sera devenu le premier besoin social de l’homme. » C’est dans la tension entre ces deux formulations qu’il nous faut chercher une voie.

Voir les commentaires

Enjeux / Idées :

1 Mars 2010, 07:14am

Publié par PCF Villepinte

Le nouvel étage de la crise, par Patrick Le Hyaric

Durant toutes ces dernières semaines, on a jeté en pâture à nos concitoyens, comme à un spectacle de cirque, un nauséabond débat sur l’identité nationale, les voiles et les burqas, une mise en scène médiatico-politique de l’affaire Clearstream, une pincée de sécuritaire, des petites phrases peu ragoûtantes. Tout ceci a servi à camoufler la réalité des pas d’ogre d’une crise sociale qui écrase les familles populaires et celles qui, jusqu’ici, se croyaient à l’abri. Dans ce théâtre d’ombres, des spécialistes des oscillations de la crise – qui ne prévoient d’ailleurs jamais rien et expliquent tout…après coup -, le nez levé sur les seules cotations de la bourse, ont voulu faire croire que la crise, tel un mauvais nuage poussé par le vent, se terminait. Ils parlaient évidemment des spéculateurs qui se portaient mieux. Car, comme nous n’avons cessé de l’écrire ici, ceux qui n’ont que leur travail, leur retraite ou leurs maigres allocations pour vivre, vont être poussés à l’étage supérieur de la crise sociale.


16 février 2010

Voilà qu’après avoir sauvé le secteur bancaire ainsi que quelques grandes entreprises et abaissé la fiscalité des plus fortunés, les États doivent combler les déficits et les dettes qu’ils ont ainsi créés.

Autrement dit, dans toute l’Union Européenne, on demande aujourd’hui aux peuples de payer les pots cassés. Comment ? En pression sur les salaires, en chômage, en soins plus chers, en démantèlement des services publics, en recul de l’âge ouvrant droit à la retraite, en diminution de la protection sociale, en difficultés d’accès au crédit pour les PME et les collectivités locales, alors que la taxe professionnelle est supprimée.

Les gouvernements semblent s’être défiés dans une sorte de championnat du monde des plans de rigueur et d’austérité, pour une prétendue vertu budgétaire, mais contre les populations.

En remerciement de leur sauvetage par les États, les marchés financiers, ces aigles prédateurs, composés des banques, des institutions financières et des assurances, à qui des responsables politiques ont donné carte blanche, s’attaquent aux finances des États en difficulté, comme c’est le cas de l’Islande, de la Grèce, de l’Espagne ou du Portugal. Ils font de l’argent par la spéculation sur la dette des États.

Ainsi la totalité de l’impôt sur le revenu collecté dans notre pays sert à payer les frais financiers générés par la dette. Au lieu de leur résister, les gouvernements se couchent, et font payer la crise aux peuples.

Cette crise économique, sociale, écologique, fait naître désormais une crise politique qui prend racine dans les mensonges assénés depuis des années sur la nature des Traités de Maastricht et de Lisbonne.

Ni l’Union monétaire, ni l’Euro ne créent un système de solidarité et de coopération entre les pays européens, en faveur de leurs habitants. L’Euro n’est pas une monnaie commune pour le travail, la formation, l’impulsion d’une grande et nouvelle politique industrielle, agricole, de services ou d’infrastructures. Elle est une monnaie gérée par la seule Banque Centrale Européenne indépendante au service des spéculateurs et contre les travailleurs.

Le sacro-saint principe de « concurrence libre » n’est qu’un venin injecté de force dans le corps des États, qui fait mourir les modèles sociaux existants.

Ainsi, la concurrence fiscale conduit à abaisser sans cesse la fiscalité du capital et à le faire payer aux populations, en réduction de services et en impôts supplémentaires sur le travail et les familles.

A l’opposé, il serait maintenant nécessaire d’obtenir une directive pour une fiscalité commune sur les grandes entreprises et les banques de l’Union Européenne. Le corset du pacte de stabilité sauterait pour être remplacé par un pacte coopératif de développement humain durable, favorable au travail, à la formation, et à la construction d’infrastructures communes, en lien avec les défis écologiques.

Un mécanisme contre la fraude fiscale et l’évasion des capitaux devrait être mis en place qui taxerait lourdement les mouvements de capitaux spéculatifs. Les paradis fiscaux fermés. Une première modification des traités européens devrait conduire à changer le rôle et les missions de la Banque Centrale Européenne, pour une monnaie européenne solidaire au service des peuples.

Autant d’alternatives qui appellent partout à développer la résistance sociale et politique, solidarité des travailleurs à l’intérieur de l’Union Européenne ; des travailleurs d’Opel à ceux de Renault, des salariés des services publics de toute l’Union Européenne, des familles populaires de Grèce, d’Espagne, du Portugal, de France et d’ailleurs, qui ont les mêmes intérêts.

Leur unité est indispensable face à l’internationale des spéculateurs protégée par les gouvernements et l’Europe des marchands.

Cette résistance doit se manifester à l’occasion des élections régionales, pour des régions qui deviennent des points d’appui pour de nouveaux choix ancrés à gauche et dans les mouvements sociaux et citoyens. Résistance sociale et propositions neuves pour un post-capitalisme social et écologique sont à l’ordre du jour.

Voir les commentaires

<< < 10 11 > >>