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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Pétainiste(s)

25 Février 2021, 21:50pm

Publié par PCF Villepinte

 

Zemmour, candidat de l’Action française?

Convergence. 

Il se rêve depuis longtemps en «Trump français», sauf que, cette fois, la rumeur n’en est plus une et tout pousse à croire que l’histrion préféré de CNews ambitionne quelque chose. L’odieux Éric Zemmour va-t-il tenter de se porter candidat à la présidentielle de 2022? Ou constitue-t-il, dores et déjà, une sorte de «chiffon rouge» dans le but non avoué de ratisser large pour Fifille-la-voilà?

Difficile, en vérité, de connaître les réelles motivations du polémiste. Dautres sen chargent pour lui. Cette semaine, plusieurs de ses soutiens ont en effet créé une plateforme en ligne pour lancer l’idée. Jacques Bompard, maire d’extrême droite d’Orange, se trouve à la manœuvre. Pour ce dernier, Zemmour serait le seul capable d’inventer sur le plan «pratique et théorique» une «convergence» entre droite dure et droite extrême, ayant pour but d’éliminer Fifille-la-voilà, qui aurait le désavantage de «faire partie du système» et de ne pas «être à la hauteur du débat».

Tout un programme, plus ou moins partagé par l’ineffable maire de Béziers, Robert Ménard, qui aurait personnellement dit à la cheffe du RN tout le bien qu’il pensait du chroniqueur du Figaro. Tous les artisans de l’Action française revisitée sont donc là, jadis tapis dans l’ombre, passés depuis en pleine lumière, persuadés désormais que le fameux «plafond de verre» a tellement été fissuré qu’il suffirait d’une pichenette de l’histoire pour qu’il explose au pays de Voltaire et d’Hugo.

Râteau.

 Les scores de Fifille-la-voilà dans les sondages laissent songeur autant qu’ils nous incitent à prendre conscience du danger d’accoutumance à cette possibilité même. Nous le savons: le tête-à-tête mortifère entre Mac Macron et le RN risque de mal finir. Laccident devient donc potentiellement crédible. Au moins pour une raison structurante. Ce que nous appelons la «réaction néonationaliste» dans notre pays nous parvient en effet par tous les bouts, à commencer par le bas, sans toutefois dénominateur commun.

Nous ne sommes pas confrontés à «un» vote mais à «des» votes d’extrême droite. Ils s’additionnent. Il y a les déçus de tout, qui s’inventent un discours pseudo-social. Il y a les ultralibéraux catho-identitaires ségrégationnistes de la droite traditionnelle, héritière du poujado-pétainiste colonialiste. Et il y a les ultraréacs plus ou moins ouvertement pétainistes et fascisants. La «famille» de l’extrême droite et de la droite extrême dispose d’un râteau multiforme. Qui eût cru cela envisageable, il y a vingt ans à peine?

Horreur.

 Zemmour a déjà refusé une investiture RN pour les européennes? Qu’à cela ne tienne. Depuis plusieurs années, l’homme croit en la prédiction de l’ancien conseiller occulte de Nicoléon, Patrick Buisson, qui a toujours vu en lui la «figure providentielle pour donner une base doctrinale à la droite, susceptible de rallier LR et le RN… et bien au-delà».

 Admettons-le: malgré ses multicondamnations (provocation à la discrimination raciale, à la haine contre les musulmans), Zemmour jouit dune importante popularité. Il vend des livres: 500.000 exemplaires du Suicide français, puis 110.000 environ du Destin français. Il réalise de bons scores avec son émission quotidienne sur CNews: environ 800.000 téléspectateurs en moyenne.

Se sentant porté par des vents crépusculaires, identitaires et xénophobes dont il cherche à attiser la puissance – avec tous ses relais –, le nouveau porte-parole des nationalistes et de l’extrême droite aspirait naguère au statut de «Maurras du XXIe siècle», abusant de tous les codes mis à sa disposition, en particulier quand il publie un livre.

Zemmour incarne l’extrême droite dans toute son horreur à peine ripolinée. Sa vieille quête fanatique du n’importe quoi historique en est la marque; tout comme ses propos sur limmigration ou les femmes; ou quand il ose exalter la figure de Pétain au point de le réhabiliter entre les lignes; sans parler de sa sortie verbale, après la reconnaissance par Mac Macron du rôle de la France dans la mort du mathématicien communiste Maurice Audin, affirmant que ce dernier était «un traître et méritait 12 balles dans la peau»… 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 26 février 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Qui se distingue ? Ceux qui se battent pour la dignité des plus faibles…

12 Février 2021, 10:44am

Publié par PCF Villepinte

Sacré(s)

 

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Citoyen.

 Malraux lui-même, pour ne pas provoquer une société qui confondait déjà «sacré» et «divin», évoquait non la sacralité mais convoquait souvent l’esprit de la «valeur suprême». Partant du principe que là où il y a du sacré, il y a de l’enclos, de l’interdit mais surtout du dépassement.

 Une question crucifie le bloc-noteur ces temps-ci: la France est-elle encore sacrée? Au sens par lequel sengager possède un double sens: se mettre au service d’une cause et bloquer son agenda au profit de l’indicible. Mais quand maintenant, tout est maintenant, broyé par le court-termisme, le «nous» a-t-il encore autorité sur le «moi»?

Que deviennent lutilité commune, lavantage de tous, la volonté générale, la nation? Ces mots étaient à lhonneur chez nos grands révolutionnaires de 1789-1793, qui reconnaissaient des droits aux «membres de la société», aux hommes définis comme citoyens de par leur appartenance à un corps politique. La République selon la France.

Comprenez bien la différence: dans le préambule de la charte européenne des droits fondamentaux, la personne se retrouve au centre du monde, tandis que la société a disparu comme sujet. Lindividu versus le citoyen. En bas, la pente est au nombril. En haut, au bonapartisme. Deux dictatures menacent de tout temps le bonheur des citoyens: celle du tout sur la partie, et celles des parties sur le tout. Chez Rousseau, Hugo et Jaurès, ce «tout» a-t-il encore valeur suprême?

Crise.

 France, l’affaire est entendue. Archipélisée, émiettée. Civisme en berne. Industrie moribonde. Indépendance politique et juridique bafouée. Le pays de Pasteur et du CNR ne sait plus s’imposer et relier ce qui se délite.

Même l’espérance dans le pacte commun – cet horizon qui nous dépasse tous – semble avoir disparu. Notre Jean-Jacques doit se retourner dans son Panthéon qu’on ait si peu lu son Contrat social, où tout a été consigné scrupuleusement pour les générations futures, notamment que dans une République, où le droit ne passe pas les bornes de l’utilité publique, il est impossible «d’être un bon citoyen» sans une «profession de foi purement civile».

Comme l’écrit Régis Debray dans D’un siècle l’autre (Gallimard): «On pense beaucoup en France. On constate un trop-plein d’intelligence et un flagrant manque de courage. Crise de la volonté? Oui et non. Au fond, crise de la croyance. On ny croit plus. En rien ni en personne. Résultat: dans notre rapport au temps, avenir disparu et futur interdit.

 Dans notre rapport aux autres, repli sur soi et chien méchant. Et face au risque, la trouille ou l’accusation. La crise de confiance générale soulève une question prioritaire de religiosité, au sens banal du terme: ce qui nous lie à nos semblables. () Telle est la situation de la France actuelle. Elle est sans précédent dans notre histoire.»

Mémoire.

 Recoller les morceaux, unir un peuple désuni, condamner les séparatismes – celui des riches n’est pas moins puissant que ceux des fanatiques de dieux. Manque, en politique, les reliques fondamentales et patrimoniales.

L’Internationale ouvrière se transmet de moins en moins, et la Marseillaise se chante en sourdine. Debray demande: «Qu’est-ce qui, en dehors de la famille, n’a pas de prix et ne pourrait s’échanger contre rien d’autre?» Ici-et-maintenant, dans cet assèchement symbolique, tout est à reconstruire.

Au moins, dans la mémoire collective, reste-t-il une place pour la Révolution et la Bastille, pour les luttes, pour la révolte, pour les sacrifices. En politique comme en toutes choses, ceux qui se distinguent et laissent une trace sont toujours les mêmes: ils battent dabord pour la dignité des plus faibles. Parce que la France est la France, voilà ce quil y a de plus sacré.

Jean-Emmanuel Ducoin 

 [BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 12 février 2021.]

 

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Tout dans la crise accuse le capitalisme.

5 Février 2021, 08:54am

Publié par PCF Villepinte

Lucidité(s)

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Utopie. 

Alors que nous sommes quelquefois trop passifs et/ou remplis de crainte, il arrive que des penchants obscurs nous livrent à des ennemis contre notre gré. «La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même», disait Franklin Roosevelt, au cœur d’une guerre mondiale infiniment sanguinaire.

L’humain est l’être des lointains qui se projette à rebours, tantôt dans le passé, par la mémoire, tantôt dans l’avenir, par le dessein. Aucun horizon sans traces d’histoire et épaisseur du temps. Notre capacité à nous décentrer, à nous abstraire du présent, permet, par la rêverie, l’espérance ou l’utopie, de supporter l’époque quand celle-ci devient catastrophique.

À chaque crise majeure, un monde de certitudes s’effondre, dévoilant l’envers du décor et les failles de nos sociétés, et, avec elles, nous découvrons soit notre naïveté, notre cécité et notre cupidité, soit notre capacité à la déconstruction et à mener des combats. Comme le notait Régis Debray dans Du bon usage des catastrophes, «la» catastrophe est à ce titre un révélateur impitoyable. Mais elle a surtout valeur de pédagogie: «Elle nous enjoint de tirer des leçons qui s’imposent et de rectifier le tir à chaque fois que se découvre une négligence ou une faute de notre part.» 

Souvenons-nous, c’était il y a un peu moins d’un an. Tout occupés que nous étions alors collectivement à franchir tant bien que mal la période du premier confinement, les bonnes âmes, oublieuses de leurs pratiques libérales en capitalisme appliqué, évoquaient «l’après» avec des mots quasiment révolutionnaires, affirmant que «plus rien» ne serait «comme avant» et que la gestion des «catastrophes» en cours modifierait dans le temps long tous les paradigmes en vigueur.

Qui y croyait vraiment que «tout» allait changer, que nous reviendrions «aux fondamentaux» (lesquels?), que nous redéfinirions en termes de souveraineté «l’indépendance industrielle de la nation» (la bonne blague), que Mac Macron était sincère avec son «quoi qu’il en coûte» et qu’il requalifierait son supposé «progressisme» à l’aune de l’humanité?

Mutations.

 Le bloc-noteur, néanmoins, ne doute pas de l’importance historique du «moment» que nous traversons. Les conséquences et les mutations induites par la crise et les crises modifient nos fondations en tant que bouleversements: notre intimité, notre rapport aux autres, nos façons de travailler, et jusqu’à la géopolitique – laccès aux vaccins étant devenu le nouvel étalon de la puissance.

À quoi ressemblera le monde? Et la France, quil conviendra de reconstruire de fond en comble? Tandis que nous annonçons leffondrement-Covid du PIB, et quil faudra une génération au moins pour sen remettre, beaucoup oublient encore dexpliquer que, en capitalisme, ledit effondrement vaut effondrement de lemploi et que ce désastre va s’abattre sur une société rongée de précarité, d’angoisse matérielle et de doutes quasi anthropologiques.

 

Déclin.

 Quoi que nous en pensions, sachant que la tâche s’avère rude à tout dirigeant, la gestion globale de la crise épidémique et économique continue de révéler de si lourdes failles et faiblesses que notre nation n’en finit plus de tomber de son piédestal. Voilà la vérité morte de notre «présent»: le déclin français, sur tous les plans. La lucidité, comme forme supérieure de la critique, a semble-t-il gagné l’esprit de nos concitoyens, qui ont découvert peu à peu l’extrême vulnérabilité de notre système de fonctionnement collectif, dépourvu de toute anticipation stratégique.

La France est bel et bien atteinte d’une blessure narcissique profonde, durable, mortifère. «L’après» restera devant nous, loin, très loin, si nous n’admettons pas collectivement que tout dans la crise accuse le capitalisme, le néolibéralisme et toutes les politiques conduites depuis des décennies. 

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 5 février 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

 

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La liberté d’expression, jusqu’où ?

29 Janvier 2021, 08:17am

Publié par PCF Villepinte

Caricature(s)

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Fidèles.

 La sacro-sainte «liberté d’expression» justifie-t-elle tout et n’importe quoi, que ce soit par la parole, l’écrit ou le dessin? Abrupte et moins conjoncturelle que philosophique, revoilà donc dans le débat public la fameuse question casse-tête qui hante toutes les têtes de ceux que nous appelons les «émetteurs» dinformation, et qui devraient penser avant tout aux récepteurs – autrement dit les citoyens, que nous ne saurions balayer dun revers de main au prétexte que nous détenons, nous autres, la vérité supposée sur ce qui est ­admissible ou non.

Albert Camus écrivait: «Un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas.» Dans un autre genre, l’ami François Morel convoque «l’humour et la nuance», ce qui n’exclut en rien la liberté. Une nouvelle «affaire» vient en effet d’éclabousser le paysage médiatique. En annonçant son départ du journal le Monde, après avoir provoqué une vaste polémique en publiant un dessin inexplicable sinon inqualifiable sur l’inceste et les transsexuels, le dessinateur Xavier Gorce a réveillé les réactions d’indignation sur le thème: «censure idéologique», «régression démocratique», «liberté chérie assassinée», etc.

Logique, ce débat récurrent mérite sa place et prend de l’épaisseur à chaque évocation. D’autant que la direction du journal le Monde n’a pas tardé à s’excuser, sans pour autant supprimer ledit dessin. Son directeur, Jérôme Fenoglio, expliquait dans une mise au point: «Nous persisterons à défendre ce genre particulier de liberté d’expression, y compris quand il nous dérange et nous bouscule, tout en restant vigilants sur notre liberté de publier en demeurant fidèles à nos valeurs.» En toute responsabilité, comment le dire mieux?

Prudence.

 Ne tournons pas autour du pot. Un journal diffuse un dessin qui choque. Et quelles que soient les explications, ce dessin offusque pour de bonnes raisons! Est-ce «drôle» ou «comique» de définir linceste dans les familles recomposées par une évocation gratuite et scandaleuse de l’homo­parentalité et des transgenres? Dailleurs, nous, à l’Humanité, aurions-nous publié ce dessin? Certainement pas, bien que la tâche soit difficile, pour la direction dune rédaction, dadmettre quun dessin puisse révulser et qu’une forme de «prudence» simpose dès lors.

Doù une autre question compliquée: qui est la «victime», dans cette histoire, puisque le dessinateur incriminé, et on le comprend, sest immédiatement paré dune posture victimaire? Lui? Ou ceux qui osent prétendre polémiquer contre les polémistes, partant du principe assez élémentaire que ces derniers n’ont pas le monopole de la liberté d’expression? Vaste controverse

Boussole. 

«Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire», nous assignait Jean Jaurès. Le bloc-noteur, qui n’en est pas moins chronicœur sur les routes du Tour de France, sait de quoi il parle. En septembre 2020, lors de l’épreuve, nous avions été contraints de cesser notre collaboration avec Espé, après la publication par erreur, sur notre site, d’un dessin dégradant et sexiste de l’auteur, à l’opposé de l’orientation éditoriale et des combats qui sont nôtres.

Répétons-le tranquillement: ce dessin, incompatible avec nos valeurs, notre éthique et nos principes fondamentaux, ne pouvait avoir sa place dans l’Humanité. Devrions-nous accepter pour autant la place peu envieuse de «censeurs», nous qui comptions parmi nos collaborateurs la plupart des martyrs de Charlie Hebdo? Absurde référence, admettons-le, sauf à verser dans la culture de l’irresponsabilité qu’aucun journal, oui, aucun journal, n’est tenu d’embrasser. Encore une fois, la bonne boussole reste très proche de celle de Camus: «Un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas.»

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 29 janvier 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Olivier Duhamel, le silence et l’omerta…

16 Janvier 2021, 10:44am

Publié par PCF Villepinte

Domination(s)

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Cercle.

 Quand nous assistons à des histoires d’agonie, qui insistent et s’acharnent sur l’esprit collectif, nous ne savons plus bien où se situe l’ampleur de la décomposition et jusqu’à quel point elle reste soutenable. Les révélations de Camille Kouchner concernant les agissements d’Olivier Duhamel – qui n’a pas cherché à nier ou à minimiser les faits, selon des «proches» – nous renversent par leur laideur et offrent la possibilité à toutes les interprétations, sans parler de cette revanche inévitable contre l’entre-soi de ces réseaux de pouvoir qui ont servi et servent encore de décor aux lambris de la République.

Feu! Sur les «intellectuels» de cette gauche si morale que lexpression même semble avoir perdu tout son sens. Au pouvoir sengrène le pouvoir du pouvoir, déclenchant trop souvent des comportements de précautions. Sauf que, en l’espèce, le principe de réalité, lui, saccage tout. L’onde de choc est considérable, dans la mesure où l’intéressé disposait de tous les ronds de serviette possibles et imaginables dans les rouages des hautes sphères, de Science-Po au club du Siècle, le cercle d’influence de «l’élite française» qu’il présidait jusqu’à sa démission, le 4 janvier. 

«Olivier Duhamel, que l’on peut étiqueter au centre gauche, est un pur produit de la famille centriste, ce qui explique à ses yeux l’importance de ce club où convergent centre gauche et centre droit», raconte un membre influent de ce qu’il nomme en personne le «carré VIP des élitaires français». En résumé, nous venons d’assister à la chute d’un faiseur de princes, qui avait bénéficié d’une omerta assez bien organisée et plus vaste que nous ne l’imaginions. D’où certaines questions légitimes. La tonitruante affaire Duhamel se résume-t-elle à une histoire de famille? Ou concerne-t-elle tous les citoyens attachés à préserver l’État?

 

Posséder. 

Bien sûr, la description sans pitié de la Familia Grande, le livre de Camille Kouchner, laisse place aux commentaires destructeurs.

Ainsi entendons-nous dire qu’il s’agissait d’une famille «disloquée»«dysfonctionnelle»«hypersexualisée», au final, «totalement déstructurée par l’idéologie libertaire». Duhamel, symbole et incarnation à lui tout seul de ces individus que le pouvoir protège, tandis que la société – que les mêmes critiquent par ailleurs en se délectant de bonne conscience – leur octroie tous les avantages. De sorte qu’il leur faudrait tout posséder, tout: largent, la domination, lostracisme idéologique, le sexe, ce qui les conduirait à une sorte darrogance de classe, puis aux déviances et, au bout, forcément, au sentiment d’impunité que leur confèrent leurs positions.

Mécaniques. 

Au fond, la démarche de Camille Kouchner se résume à une intention: rompre avec le silence. Silence imposé à la victime, son frère, et à elle-même. Silence assumé des autres. Pour toutes les victimes d’inceste incapables de parler pour ne pas briser ce que l’on nomme «la famille», ce livre a grande valeur. Et une vertu. Sortir du cauchemar de la honte et de la culpabilité. Et enfin fissurer les structurations quasi mécaniques de la société. Il y a un an, le Consentement, de Vanessa Springora, avait déjà narré dans le détail les liens de domination entre un enfant et un adulte. Cette domination prend racine soit dans la violence, soit dans le charisme.

Le cas qui importe le bloc-noteur se range dans la seconde catégorie. Car, n’oublions jamais deux choses. Primo: nous traversons précisément une époque où les rapports de domination la plupart du temps entre classes expliquent en grande partie les fracturations humaines. Secundo: sachant que, en France, 10 % des citoyens avouent avoir été victimes dinceste, circonscrire ce tragique épisode à un clan ou à un milieu social serait pour le moins réducteur, mais aussi, de toute évidence, une injustice envers toutes les victimes. 

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 15 janvier 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Macron et le déclassement français.

9 Janvier 2021, 09:55am

Publié par PCF Villepinte

Déclin(s)

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

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Pouvoir. Les conflits forgent les caractères et changent les paradigmes –à condition den théoriser les buts comme les conséquences, faute de quoi, les cloches des morts jettent leur chanson aux corbeaux qui senvolent, la brise murmure aux cyprès des chants funèbres. Face à la crise (et toutes les crises cumulées), Mac Macron se révèle bien plus qu’un simple prince-président choisi par une oligarchie au service de la caste supérieure: il est désormais le symptôme d’une certaine idée du déclin français, son incarnation absolue. Ci-devant, un chef de l’État plus confusionniste que visionnaire, à l’image de ce «macronisme» impossible à définir en vérité. Sauf sur un point essentiel qui n’a rien d’énigmatique. Mac Macron semble en effet parachever un cycle entamé bien plus tôt par ses prédécesseurs et toutes les lignées qui les entouraient, consistant à ce que la France ne soit plus gouvernée au sens de la planification politique, mais juste administrée par une brochette de technocrates arrogants qui regardent le pays comme une entreprise, ruinant par là-même les derniers appareils régaliens de l’État dans le seul but d’asseoir leur propre pouvoir.

 

Failles. Ce qui se passe sous nos yeux est tellement déchirant et destructeur que nous ne savons plus comment réagir. Pourtant, le principal intéressé, qui ne passe pas pour un inculte en stratégie, remarque depuis des mois que «les Français ont réaffirmé leur volonté de prendre leur destin en main, de reprendre possession de leur existence, de leur nation». Constat commun. Sans aucune traduction concrète. Au contraire, la gestion de la pandémie a révélé de si lourdes failles et faiblesses que la République est bel et bien tombée de son piédestal. Une désillusion globale. Ou pour le formuler autrement: une forme de déclassement. Pénurie de moyens et de matériels, hôpitaux sous tension, industries laminées, absence totale ou partielle de souveraineté sanitaire et économique, retard dans la création d’un vaccin: France, pays d’Hugo et de Pasteur, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, es-tu vraiment la sixième puissance mondiale, ou n’affiches-tu symboliquement que ses derniers oripeaux?

 

Horizon. Dans une tribune sèche et impitoyable donnée au Figaro, l’économiste Antoine Levy, doctorant au Massachusetts Institute of Technology (MIT), donne aisément la leçon sans que nous ne sachions très bien qui sortira vivant du champ de tir et à qui profite le crime. Mais qu’importe. «L’ampleur surréaliste de l’échec français interroge; elle ne devrait pourtant pas surprendre», écrit le normalien à propos de la campagne de vaccination. Selon lui, la lenteur de la campagne ne serait «que la suite logique de notre gestion des masques, des tests, du traçage, de l’isolation», le point nodal «d’un déclassement et d’un appauvrissement organisationnel et technologique effarant». Comment lui donner tort? D’autant qu’il ajoute: «C’est aussi le produit de l’arrogance d’un État imbu de lui-même et imperméable à la critique, de la suffisance d’une administration et d’une classe politique autosatisfaites, boursouflées, et incapables de la dose d’humilité. C’est en somme la révélation de la disparition totale de notre “state capacity”, la faculté de l’action publique à agir efficacement tout en préservant les libertés, la simple capacité d’accomplir quelque chose en commun.» La critique, fondée, vient cette fois de tous côtés et pas uniquement des progressistes de la vraie gauche. Dans le pseudo nouveau monde macronien, le Jupiter au petit pied n’est que l’instrument des grandes fortunes et «en-même-temps» (sic) le manipulateur de l’espace politique. L’audit du bloc-noteur est d’une cruauté insondable: nous ne jouons plus dans la cour des grands, incapables que nous sommes de dépasser les incantations. L’examen de conscience sera long. Trop sans doute, pour tous ceux qui préservent l’horizon indépassable d’une certaine idée de la République française, de son indépendance, de son caractère universel… 

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 8 janvier 2021.]

 

 

 

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TOURS 25 décembre 1920

24 Décembre 2020, 13:50pm

Publié par PCF Villepinte

Il y a un lien profond entre le combat pour la paix, la fin de la guerre le 11 novembre 1918, et la création du Parti Communiste Français.

A l’instar de Jean Jaurès, créateur de l’Humanité, artisan de la paix et du refus de la guerre qu’il voyait venir, assassiné le 31 juillet 1914, de nombreux militants syndicalistes, pacifistes, républicains se sont engagés dans le combat contre la guerre.

En France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie en autres, les mouvements politiques, socialistes se sont opposés à la guerre, jusqu’à la trahison des dirigeants politiques de l’époque, notamment en France.

Cette guerre qui dura 4 ans, qui fit en France 1.350.000 soldats morts, 3 millions de blessés et d’invalides, des centaines de milliers de veuves et d’orphelins à profondément marquée les esprits.

Dès 1914, dans les tranchées en France, mais aussi en Allemagne, grande est la colère et l’aspiration à la paix.

Des mutineries ont lieu chez tous les belligérants, en France des procès se tiennent : 2.500 soldats attachés à la paix sont condamnés à mort et environ 650 seront fusillés pour l’exemple.

Henri Barbusse – un des membres fondateur de l’ARAC créée en novembre 1917 – déclara en juillet 1917 :
«J’adresse un appel ardent à tous ceux des anciens combattants de cette guerre qui croient à la République et qui la veulent. Je veux vous entretenir aujourd’hui d’un grand intérêt général qui dépasse celui de chacun de vous, mais qui repose sur vous tous : soldats de la guerre, continuez à être les soldats de la pensée, il le faut. Vous ne devez pas renoncer encore à vous battre. La démocratie a besoin de vous. Elle vous appelle à son secours, vous qui serez un jour le nombre et la force, et qui êtes l’énergie, l’audace et la lucidité. Les principes républicains sont, de tous côtés, ou trop attaqués, ou trop mal défendus. Il faut veiller sur la République. C’est à vous entre tous et avant tout qu’incombe ce devoir, survivants de la guerre des hommes contre les oppresseurs ! Nous appelons République la société constituée sur les bases de la réelle souveraineté du peuple, une société qui ne soit pas, ouvertement ou obscurément, conduite par une oligarchie de privilégiés et de parasites, mais illuminée dans tous ses coins par le clair intérêt général. Nous disons que non seulement le but que nous poursuivons à l’intérieur et à l’extérieur n’est pas une utopie. Quoi qu’il en soit, c’est par ces voies que la grande France de 1789 s’agrandira et durera…. »

Comme on le voit, l’esprit de Jaurès, c’est l’esprit de révolte qui gronde dans les tranchées et invite à se mobiliser pour de plus grandes transformations sociales et politiques.

En 1917, la Révolution Russe, elle qui revendique «le pain, la paix, la dignité », est victorieuse.

Dès janvier 1918, la révolte et des insurrections se déroulent dans les usines en Allemagne.

L’impérialisme européen décide d’arrêter la guerre le 11 novembre 1918, renvoyant et réarmant dès le lendemain 100.000 soldats allemands pour réprimer la révolte des ouvriers, assassinant dans le même temps Rosa Luxemburg, et Karl Liebknecht, décapitant ainsi la ligue spartakiste assassinant des centaines de militants communistes.


Les survivants de ce meurtre collectif que fut la guerre de 14-18 n’avaient, en France, que deux idées en tête :

1) l’instauration de la paix

2) Eloigner de la vie politique, les hommes qui avaient conduit notre pays à la guerre et à son état social qui suivi.

C’est profondément marqués par cette guerre que se réunirent les délégués au Congrès National du Parti Socialiste à Tours, en décembre 1920.

Remplis de haine pour la guerre, pleins d’espoir après la Révolution Russe de 1917, assoiffés de justice, de liberté, de fraternité, des valeurs républicaines, les délégués majoritairement d’anciens soldats se sont engagés.

Il faut noter que ces hommes, Paul Vaillant-Couturier, Georges Bruyère, Jean Duclos, Jacques Duclos, Jean Catelas, Romain Rolland et tant d’autres dirigeants et militants de l’ARAC ont fait le choix de créer le Parti Communiste Français.

Ce choix des délégués c’est l’expression de la volonté de ces militants de s’engager dans une voie nouvelle répondant aux aspirations de paix, de respect des peuples, de justice sociale.

Dès sa création le Parti Communiste Français, ses militants ont du affronter la montée du fascisme, le dur débat d’idées, la colère et la violence des forces impérialistes contre lui.

C’est pour tout cela qu’il y a un lien entre la fin de la guerre de 14-18, la création du Parti Communiste Français et son attachement aux valeurs républicaines et à la souveraineté nationale.

J’en veux pour preuve que l’une des premières grandes manifestations contre l’occupant, en France, fut celle des étudiants, à l’initiative des étudiants communistes, le 11 novembre 1940, dans Paris occupé.

L’histoire du mouvement ouvrier, de la défense de la conception républicaine de la France sont profondément liés à la place et au rôle du Parti Communiste Français. C’est bien de se le rappeler au moment du Centenaire du Congrès de Tours.

Patrick STAAT

 

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Engels et la question religieuse... 

27 Novembre 2020, 10:00am

Publié par PCF Villepinte

THEISME

https://1.bp.blogspot.com/-X2Bj3-ZYv90/X7_KE3r-v2I/AAAAAAAAGTI/mHU0ZEXwDZESz5iLjqaSsnP8dcj4oxseACLcBGAsYHQ/s320/1200px-Friedrich-Engels.jpg

Communisme. 

Puisque nous croyons à l’habitation historique, le besoin impérieux de puiser à la source forme toujours le vestibule de la chambre aux espoirs politiques brûlants. Ainsi, au hasard des relectures sommaires de quelques textes de Friedrich Engels, revint à la mémoire du bloc-noteur un article de 1843 sur les «Progrès de la réforme sociale sur le continent», dans lequel le jeune homme – il a tout juste 20 ans – voyait déjà le communisme comme «une conclusion nécessaire que l’on est bien obligé de tirer à partir des conditions générales de la civilisation moderne». 

Une sorte de communisme «logique», en somme. Rappelons que pour le jeune Marx, en revanche, ce communisme n’était encore qu’«une abstraction dogmatique», «une manifestation originale du principe de l’humanisme». Avant 1848 et la publication du Manifeste, ce communisme que l’on pourrait qualifier de «spectral», sans programme précis, hantait donc l’air du temps «sous les formes “mal dégrossies” de sectes égalitaires ou de rêveries icariennes», comme l’écrivait le regretté Daniel Bensaïd.

Déjà, le dépassement de l’athéisme abstrait impliquait pourtant un nouveau matérialisme social qui n’était autre que le communisme. Pour le dire autrement, ce communisme, qui fut d’abord un état d’esprit ou un «communisme philosophique», trouvait sa forme politique de l’émancipation. Vous connaissez la citation: «De même que l’athéisme, en tant que négation de Dieu, est le développement de l’humanisme théorique, de même le communisme, en tant que négation de la propriété privée, est la revendication de la vie humaine véritable.»

Opium.

 Nous y voilà. Loin de tout anticléricalisme vulgaire, ce communisme était «le développement d’un humanisme pratique», pour lequel il ne s’agissait plus seulement de combattre l’aliénation religieuse, mais l’aliénation et la misère sociales réelles d’où naît le «besoin» de religion. Tout le monde a déjà lu au moins une fois dans sa vie ces célèbres phrases de Marx: «La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.» 

Et si la postérité n’a retenu que la dernière formule, «la religion est l’opium du peuple» (des mots pourtant prononcés avant lui par Moses Hess), le raccourci fut aisé de transformer cette pensée en mot d’ordre faisant de l’athéisme une religion d’État, «le dernier degré du théisme». Tout en rejetant la religion, Marx ne prend pas moins en compte son double caractère: ne nourrit-elle pas la détresse qu’elle exprime, et ses contradictions, précisément par les illusions multiples qu’elle diffuse? La religion ne serait-elle que le produit et le reflet déformé des conditions sociales de la vie des hommes?

 

Illusion.

 Qu’en pense Engels? Tout en restant matérialiste, athée et adversaire irréconciliable de la religion, il comprend, comme Marx, la dualité de nature de ce phénomène religieux: son rôle dans la légitimation de l’ordre établi (aussi bien que les circonstances sociales s’y prêtant) et son rôle critique, contestataire et même révolutionnaire. C’est évidemment ce dernier aspect qui se trouve au centre de la plupart de ses études concrètes. Engels s’est en effet longuement penché sur le christianisme primitif, religion des pauvres, exclus, damnés, persécutés et opprimés.

Esclaves, affranchis privés de leurs droits et petits paysans accablés de dettes: tels étaient les premiers chrétiens. Originaires des derniers rangs de la société. Engels va même jusqu’à établir un parallèle entre ce christianisme primitif et le communisme des premiers temps. Les chrétiens primitifs repoussaient la délivrance à l’au-delà; le communisme, lui, la place dans ce monde.

Le but de la méthode? Si la réalité de la religion réside en dehors de la religion, dans le monde social, alors c’est la critique de ce monde qui supprimera l’illusion religieuse…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 27 novembre 2020.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

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Vous avez dit nation, vous avez dit France

2 Novembre 2020, 12:36pm

Publié par PCF Villepinte

Vendredi 30 Octobre 2020

 

Valère Staraselski

SOUVENIRS - Lorsque j’ai ouvert Géopolitique de la nation France d’Yves Lacoste et de Frédéric Encel qui s’origine dans la série d’attentats que la France a connus en 2015, les souvenirs du militant sont remontés à la surface. Comment dire ? Comment dire ces choses de la vie passée ?...Par Valère Staraselski

Texte ecrit en janvier  2017.


Souvenirs

Lorsque j’ai ouvert Géopolitique de la nation France d’Yves Lacoste et de Frédéric Encel qui s’origine dans la série d’attentats que la France a connus dernièrement, les souvenirs du militant sont remontés à la surface.

Comment dire ? Comment dire ces choses de la vie passée ?... Nous étions avec Jocelyne H dans un bureau du journal l’Humanité, alors installé rue du Faubourg-Poissonnière à Paris. Toute une époque ! La décennie 70 touchait à sa fin, on n’avait pas vingt-cinq ans et l’Humanité se vendait alors par centaines de milliers d’exemplaires... Impressionnés, nous l’étions tous les deux assis côte à côte, face à Georges Wolinski qui, soit dit en passant, n’avait d’yeux que pour elle, Jocelyne. Il faut dire qu’elle était jolie, très, Jocelyne, avenante aussi...

Etudiants à l’université Paris VIII Vincennes, nous étions venus, pour le compte de l’Union des Etudiants communistes, solliciter de ce grand dessinateur de presse une illustration destinée à combattre le déménagement de la fac, engagé à l’époque par la ministre des Universités Alice Saunier-Seïté. Cela faisait grand bruit. « Alice a perdu ses facultés ! » titrait alors le Canard enchaîné... Il avait fallu batailler pour obtenir ce rendez-vous avec Wolinski. Bon, en empruntant la voie militante, celle de l’organisation politique, ça avait fini par payer : Wolinski nous avait reçus !

Lors de cette entrevue, après nous avoir interrogé sur nos desiderata, le dessinateur avait pas mal déliré sur la fameuse ministre Alice Saunier-Seïté et son rapport supposé au bois de Vincennes où se trouvait alors notre faculté construite en urgence après 1968... Bref, tout polis qu’on était, on rigolait un peu jaune avec Jocelyne, on voulait du sérieux, nous ! Il a dû nous trouver un tantinet exigeants et sentencieux, Wolinski. Assurément, on l’était... Il nous a laissé repartir sans rien, pas l’ombre d’un croquis, nous promettant de nous envoyer quelque chose...

On y avait médiocrement cru à sa promesse, jusqu’au jour où nous avons reçu de lui un dessin représentant une chaîne d’étudiants se passant des seaux d’eau pour éteindre l’incendie de notre fac, allumé par la fameuse ministre Alice Saunier-Seïté qu’il avait croquée sous les traits d’une furie. Après le doute voire le dépit de l’attente, joie et gratitude ! On en a tiré une carte postale-pétition à plusieurs milliers d’exemplaires adressée à la ministre...

Plusieurs décennies plus tard, fin d’après-midi, l’été, on boit un verre en terrasse rue du Cherche-Midi avec Cabu et notre éditeur commun, Pierre Drachline. Cabu accepte l’invitation que je lui fais de se rendre à la Fête de l’Humanité pour dédicacer ses ouvrages. Il est doux, Cabu, gentil. Je me souviens de la file des lecteurs devant lui au village du livre de la Fête...

Et puis Charb. Charb de dix ans mon cadet. Tout de suite, l’osmose des militants. Nos conversations sur l’avenir du PCF, nos échanges sur l’Humanité, son désir d’être utile, de servir au Parti. Oui, de servir comme militant. Gratuitement, oui. Une fois, un coup de gueule de ma part contre cette une de Charlie représentant un excrément avec un drapeau FN planté dedans. Absolument contre-productif, combattre sans avilir m’étais-je alors emporté contre lui. Pourtant, il n’était pas gauchiste. Stéphane, provocateur, oui, mais pas gauchiste. Communiste, Charb, un vrai coco en fait ! Le choix du bien commun contre l’égoïsme aux désastreuses conséquences. J’étais allé le chercher pour le journal du comité d’entreprise d’EDF-GDF dont j’étais alors le rédacteur en chef. Il pouvait recommencer plusieurs fois un dessin, il en proposait toujours plusieurs, ce souci de répondre au plus près à la commande politique. Professionnel, humble vraiment, grand travailleur et doué d’un sens politique hors du commun !

Il avait tenu à m’inviter dans les locaux de Charlie-Hebdo (ceux du 3ème arrondissement) afin de me présenter l’équipe au complet que dirigeait alors Philippe Val. Il me présentait toujours quelqu’un, comme s’il avait voulu s’effacer, Babouze à Arras, Patrick Pelloux à la Fête de l’Humanité... Le jour où il a été tué, bêtement je l’ai appelé et j’ai laissé un message. Pour moi, c’était impossible que lui... Comment croire ? Et Tignous, lui aussi voulait travailler.... Et Bernard Marris : toute une soirée à nous entretenir des rapports, pour nous évidents, entre christianisme et communisme...

Ce sont ceux-là que les islamo-fascistes ont visés et assassinés. Oui, les premiers à être tombés sur le territoire français étaient gens de gauche ! Et ensuite, ça a été le tour des Juifs : l’Hyper casher de Vincennes. Et depuis d’autres sans distinction aucune. Et demain...

Alors, lorsque j’ai ouvert Géopolitique de la nation France d’Yves Lacoste et de Frédéric Encel, livre en deux parties avec chapitres s’entrecroisant, je ne l’ai plus lâché tant sa lecture correspondait, répondait à mon désir, à ma soif de comprendre ! Et puis il est vrai, encore des souvenirs...

Il faut dire que dans les années soixante-dix justement, Yves Lacoste avait été mon professeur à la fac de Vincennes quand je préparais une licence d’Histoire-Géo. Lui, le fondateur de la revue Hérodote nous enseignait dès le premier cours que la géographie « ça sert d’abord à faire la guerre ». Curieux, étonnés, surpris, on ouvrait grand nos oreilles. Il nous racontait les chaînes humaines, dont il était, plaquées contre les digues du fleuve rouge, au Vietnam, afin qu’elles ne cèdent pas lors des bombardements aériens américains en amont destinés à provoquer l’inondation des villages à proximité...

Et puis une fois, le cours avait duré la journée afin de réaliser une expérience. Le professeur Lacoste nous avait lâchés en un point de la Vallée de Chevreuse, munis de cartes d’état-major, nous fixant un point de ralliement... que certains ont fini, un peu harassés, par rejoindre à près de minuit... Quand j’allais le « taper » pour les Etudiants communistes, il donnait toujours, Yves Lacoste.

Le livre

Dans Géopolitique de la nation France, le professeur Lacoste dresse d’abord ce constat : pour certains spécialistes de science politique, la nation semble chose dépassée. D’où ses « inquiétudes qui rejoignent celles de nombreux Français ». Puis il rappelle une donnée, somme toute, fondamentale de sa méthode : « la géographie des très grands espaces et des petits territoires est en vérité indissociable de l’Histoire ». Donnée vérifiable dans « les temps longs voire très longs ; mais aussi dans les temps courts ».

Ainsi, Yves Lacoste de rappeler notamment ce fait historique des années 70 : « De nombreux "coopérants soviétiques avaient été envoyés depuis des années en Afghanistan pour aider au développement de ce pays qui, lui, n’avait jamais été colonisé ni un tant soit peu modernisé. Mais les quartiers construits pour les Soviétiques (surtout ceux des républiques d’Asie centrale), notamment à Hérat, furent assiégés par une révolte djihadiste, et c’est afin de dégager leurs compatriotes que l’Armée rouge envahit l’Afghanistan. Les Américains virent là une offensive stratégique vers l’océan Indien, alors que l’Armée rouge ne manifesta aucun signe de tentative en ce sens. Pour y répliquer, la CIA organisa le djihad de musulmans de tous pays contre les athées communistes et favorisa les départs, via le Pakistan, de djihadistes algériens, comme ceux d’autres combattants arabes (dont un certain Oussama Ben Laden). »

On connait la suite. Le retour au pays après que les Soviétiques se sont retirés, particulièrement en Algérie... La création de l’Etat islamique qui affirme sa stratégie après les attentats récemment perpétrés en France et en Europe que résume Lacoste, par ailleurs grand connaisseur du Maghreb, auteur d’un ouvrage sur Ibn Kaldhoun , un penseur maghrébin du XIVème siècle : « cet "Etat islamique" affirme que l’islam doit l’emporter en France, puisque dans ce pays vivent plusieurs millions de musulmans et qu’ils y seraient persécutés en tant que tels. Il s’agit donc bien là d’un projet éminemment géopolitique d’une rivalité de pouvoirs quant à un territoire et cette rivalité commence à se manifester sur notre territoire. »

De la sorte, poursuit le géographe en s’attachant à l’immigration postcoloniale : « Les problèmes géopolitiques de la France ont désormais ceci d’absolument nouveau que les menaces sont internes pour une grande part et qu’elles peuvent surgir au sein de la population officiellement de nationalité française. »

Du reste, le chapitre qu’il consacre à la conquête de l’Algérie pourrait servir, me semble-t-il, pour l’enseignement dans les classes de notre pays. Poncifs, a priori, bref vérités souvent admises à gauche et chez certains anticolonialistes y sont soit réfutés soit relativisés.

Autre exemple, l’esclavage. Lacoste y revient comme l’avait fait, par exemple, Daniel Lefeuvre dans Pour en finir avec la repentance coloniale. (1)

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Quant à la traite des esclaves africains, avance Yves Lacoste, autre grand thème du discours anticolonialiste, on continue de passer systématiquement sous silence le fait que ce n’étaient pas des Blancs (européens ou arabes) qui capturaient les esclaves en brousse, mais des négriers africains (des rois, des chefs de tribus ou des chefs de bande) qui allaient ensuite vendre leurs captifs dans des comptoirs côtiers ou en bordure du Sahara à des commerçants européens ou arabes. Et il poursuit : Aujourd’hui, cette "rectification" historique n’est pas jugée politiquement correcte et ne plaît guère aux dirigeants africains appartenant à des ethnies qui sont encore dominantes, celles qui, jusqu’au milieu du XIXe siècle, ont profité de la traite des esclaves, avant de souvent devenir les auxiliaires des colonisateurs.

L’historien Olivier Pétré-Grenouilleau qui a publié en 2004 un grand livre très documenté sur les Traites négrières (Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, 2004.) a ainsi été accusé par un "collectif d’Antillais, de Guyanais, de Réunionnais" de tenir d’ "insoutenables propos révisionnistes" et a été menacé de procès, avant qu’une mise en garde de nombreux historiens réputés n’atteste de la véracité de ses travaux. »

Frédéric Encel, quant à lui, centre davantage son propos sur « les raisons d’une angoisse collective », indéniable, qui s’est peu à peu emparée d’une partie du peuple de France. Il revient sur ce qui signifie la nation, à savoir « une entité particulière par rapport aux collectifs infra ou supranationaux » et que par conséquent, « elle introduit une altérité. Comme tout type d’identité du reste ». Paraphrasant le philosophe allemand Emmanuel Levinas, il avance que la nation est à la foi « particulière et universelle ». C’est là que concernant les islamistes, le bât blesse, car, écrit-il :

« Les islamistes détestent la nation. Avant d’ajouter : Le concept même, watan en arabe, est considéré comme occidental et antimusulman. D’abord parce qu’il implique nécessairement des frontières. Or, on ne répétera jamais assez que pour l’islam politique, c’est l’oumma qui constitue l’horizon tout à la fois spatial, social, politique et religieux prioritaire à atteindre. Ce concept spécifiquement islamique provient de la racine oum, la mère, et englobe en principe l’ensemble des musulmans, la "communauté des croyants", où qu’ils se trouvent. »

Et de poursuivre : « Pas d’universalité dans l’oumma ; il ne concerne que les musulmans. Certes, des non-musulmans peuvent y vivre, mais en tant que citoyens de seconde zone, comme dhimmi, c’est-à-dire protégés, en réalité durement soumis à des règles sociales, fiscales, militaires et religieuses humiliantes et dévalorisantes. Encore ce statut n’est-il "accordé" qu’aux seuls peuples du Livre, entendre les chrétiens et les juifs, les athées, les animistes et les polythéistes étant pour leur part voués purement et simplement à la mort.

Quant aux chiites dans toutes leurs composantes, ils y sont tout juste tolérés (mais ségrégués) sous la férule de régimes sunnites ultra-conservateurs comme l’Arabie saoudite ou nationalistes prétendument progressistes comme l’Irak de Saddam Hussein (1979-2003). Je rappelle au passage que nombre de leaders nationalistes arabes étaient chrétiens - réalité rédhibitoire pour les Frères musulmans et les wahhabites, deux branches très différentes mais majeures de l’islam politique - à l’image du cofondateur du parti nationaliste panarabe Baath, Michel Aflak, ou encore du chef marxiste palestinien Georges Habache. »

Au contraire, la nation - au sens où l’entend Encel « c’est-à-dire dans son cadre démocratique et dégagée de sa gangue chauvine et excluante - comprend et accueille tous ceux qui, nés sur le sol national ou immigrés naturalisés, souhaitent et se représentent en faire partie ; elle est universelle par essence, non pas au sens de l’altermondialisme bêlant et dogmatiquement hostile aux frontières, mais dans la mesure où elle n’exige pas d’unicité ethnique, religieuse, ou spirituelle ».

D’où sa thèse centrale, « la France a été ensanglantée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle fait. »

Quand dans sa thèse de doctorat « Chère Algérie, la France et sa colonie » (2), Daniel Lefeuvre a montré que l’Algérie, durant la période coloniale, loin d’être une source d’enrichissement pour la France (mais pas de certains français), a constitué un fardeau économique (en 1959, elle absorbe 20% du budget de l’Etat français), il y eut de vifs débats, mais personne à ma connaissance pour qualifier cet ancien militant communiste d’islamophobe !... Aussi, pourquoi en raison de divergences politiques avec Encel et Lacoste par exemple, disqualifier un travail sérieux en les qualifiant eux-mêmes d’islamo-paranoïaques ?

Le diagnostic est une chose, la médication une autre. Il se trouve que Frédéric Encel, notamment, a le courage de ses idées qui contredisent la doxa d’une large partie de la gauche... Pour mon humble part, le lecteur que je suis considère qu’Encel sous-estime la force destructrice du capitalisme mondialisé lorsqu’il affirme, par exemple, que la mondialisation ne change rien aux représentations identitaires. Il suffit d’observer la déjà ancienne implantation anglo-saxonne dans le domaine du livre, du cinéma (malgré une vraie résistance) dans la « consommation » de nos compatriotes. On est assez loin de la Bataille du Livre d’après la Seconde Guerre mondiale par exemple. Mais ceci est une autre histoire.

Par ailleurs, je ne suis pas tout à fait certain que « réenchanter la nation républicaine », au moment où les couches populaires ont été rayées de l’écran de nos très malnommées élites, puisse faire l’économie d’une analyse de classe un peu poussée. En d’autres termes, travailler à une perspective visant à renforcer la cohésion nationale est impossible sans les premiers intéressés, à commencer par celles et ceux, couches moyennes comprises, à qui le capitalisme triomphant impose un vrai malheur quotidien. Que la démocratie soit déceptive, rien de plus normal. Cependant qu’elle soit excluante à ce point et voici la raison des progrès fulgurants du populisme.

Disons-le, l’apport du livre de Lacoste et Encel consiste à remettre au centre une réalité historique oubliée ou décriée : la nation. Et ce, en s’attachant à un fait d’actualité majeur, lequel ne doit plus être ignoré, refoulé ou sous-évalué mais bien objet de connaissance, à savoir la situation post coloniale de notre pays et les conséquences encore inconnues de l’action du djihadisme sur le territoire national.

Fort heureusement, Yves Lacoste et Frédéric Encel ne sont pas seuls à accomplir ce travail de connaissance, et de compréhension. Ainsi, outre les travaux de l’incontournable Gilles Kepel, l’on peut citer Farhad Khosrokhavar, auteur de l’Islamisme et la mort. Le martyre révolutionnaire en Iran (l’Harmattan, 1995), de l’Islam et les jeunes (Flammarion, 1997). A son sujet, l’historien Michel Wieworka observe qu’il a « dès le début pensé que la catégorie "musulmane" était plus importante que le mot immigré. » Farhad Khosrokhavar, dont un cadre pénitentiaire dit : « il se permet un regard qui avait été autrefois systématiquement taxé d’islamophobe. » (Le Monde, 7 janvier 2017) dirige aujourd’hui l’Observatoire des radicalisations à la Maison des sciences de l’homme à Paris et a rejoint le cercle restreint des quinze chercheurs du tout nouveau Conseil de la stratégie et de la prospective du ministère de l’Intérieur.

Prendre ses responsabilités à la lumière de faits et de leur entendement, voilà à quoi participe sans conteste Géopolitique de la nation France. Donc ouvrage à lire et à faire lire.



 

 

Géopolitique de la nation France Yves Lacoste, Frédéric Encel. 287 pages. 19€. PUF

-1 - Ibn Khaldoun, Naissance de l’Histoire, passé du tiers monde 1966 Maspero. Réédité en 2009.

-2 - Pour en finir avec la repentance coloniale Daniel Lefeuvre. Flammarion (2006), champs actuels, 2008. Voir l’article d’Éric Le-Lann sur le site La Faute à Diderot.

 

 

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Dans le dossier: Le progrès social et environnemental c'est possible et urgent !

31 Juillet 2020, 07:55am

Publié par PCF Villepinte

CGT

Financer le progrès social, c’est possible !
Publié le 15 juil 2020
Temps de lecture : 3 min.
Les richesses produites en France (PIB) représentent aujourd’hui trois fois plus qu’au début des années quatre-vingt. Cependant, sans mesures fortes, la crise économique, précipitée par l’épidémie, va conduire à l’explosion du chômage et à l’appauvrissement de la population.

Pour répondre aux besoins de celle-ci, il y a un besoin vital, en toute transparence et sous le contrôle des citoyens, de mobiliser des fonds considérables, en particulier pour développer les services publics. La solution passera par une meilleure répartition des richesses ! Refonder notre système économique est crucial.

Une réforme juste, globale et cohérente de la fiscalité est absolument nécessaire :

  • baisser le taux normal de TVA et la supprimer sur les produits de première nécessité ;
  • renforcer et rendre plus progressif l’impôt sur le revenu ;
  • rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune ;
  • affecter les moyens nécessaires à la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale – qui atteignent 100 milliards d’euros par an.

Le taux d’imposition des entreprises en constante baisse (de 50 % en 1985 à 28 % en 2020 puis 25 % en 2022) doit être :

  • relevé pour les grands groupes dans le cadre de la lutte contre l’épidémie ;
  • modulé, avec les taux d’emprunts en fonction du comportement des entreprises : modéré pour celles qui favorisent l’emploi, les salaires, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, l’investissement, la recherche et la préservation de l’environnement,
  • pénalisant pour celles qui spéculent, licencient, précarisent et délocalisent.
  • Les aides publiques aux entreprises doivent être conditionnées aux mêmes critères sociaux et environnementaux. Il faut en finir avec toutes les aides, type CICE, versées, sans contrainte pour les employeurs.
  • Dans la période, le gouvernement doit interdire le versement de dividendes.
  • Quant aux profits financiers (324 milliards en 2018), il faut absolument les taxer au niveau national et international.
  • Une autre utilisation du crédit et de la création monétaire des banques centrales

Pour surmonter la crise et répondre aux besoins fondamentaux de la population, il va falloir développer les services publics et relancer une nouvelle politique industrielle respectueuse de l’environnement, dans le cadre d’un aménagement solidaire des territoires. Pour y parvenir, il faut utiliser autrement l’argent des banques.

La CGT propose :

  • que les crédits aux entreprises (1 100 milliards d’euros en France, 4 500 milliards dans la zone euro) servent à l’emploi, à la création de richesses dans les territoires et à la préservation de l’environnement, et non plus à la recherche de rentabilité des capitaux ;
  • que les 3 000 milliards d’euros que la Banque centrale européenne prévoit de consacrer au refinancement de ces crédits, à taux très incitatif, soient réservés aux entreprises qui poursuivent ces objectifs. En France, la Banque de France doit y veiller ;
  • la création d’un pôle financier public mettant en réseau des institutions financières exerçant des missions de service public et d’intérêt général (Caisse des dépôts et consignations, Banque publique d’investissement, Banque de France, etc.), afin de peser sur le comportement des banques privées et réorienter les centaines de milliards d’euros de l’épargne populaire vers des investissements dans les services publics, le logement ou l’industrie. Sous contrôle public et social, ce pôle contribuerait à développer les services publics à une échelle inédite.

Enfin, plutôt qu’augmenter de 1 050 milliards d’ici à la fin de l’année leur portefeuille de titres achetés sur les marchés, la Banque centrale européenne, la Banque de France et les autres banques centrales nationales de la zone euro devraient consacrer cet argent à financer, via les institutions financières publiques que sont la Caisse des dépôts et consignations et la Banque européenne d’investissements, des projets démocratiquement élaborés.

 

 

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