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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Les socialistes auront-ils le courage de s’affranchir des contraintes du libéralisme ?

6 Août 2012, 09:51am

Publié par PCF Villepinte

 

Désormais au pouvoir, le PS a une responsabilité considérable
Mots clés : ps, austérité, libéralisme,

Par Yvon Quiniou, philosophe.

 

On ne peut que se réjouir de la large victoire de la gauche : elle met fin au désastre social du sarkozysme et pourrait ouvrir la voie à une politique en direction de cette majorité populaire qui souffre tant de la crise du capitalisme. Mais on ne saurait occulter l’immense risque qui pèse sur cette victoire dans la conjoncture actuelle, qui tient à plusieurs raisons que seules l’inconscience ou la mauvaise foi peuvent entraîner à nier.

 

D’abord, il n’est pas vrai que le PS ait un projet social-démocrate. La social-démocratie a été une forme appréciable du mouvement ouvrier, qui faisait référence au marxisme et au contrôle par l’État de l’économie. Elle a perdu son identité depuis que l’abandon par le SPD allemand de cette référence, en 1959, s’est généralisé à l’ensemble des membres de l’Internationale dite socialiste, au profit d’une doctrine sociale-libérale d’accompagnement plus ou moins humain du libéralisme économique. Cette orientation s’est traduite un peu partout, après la disparition du système soviétique, par un démantèlement de l’État providence, c’est-à-dire des acquis sociaux importants que le monde du travail avait obtenus tout au long du XXe siècle.

Le PS français est-il prêt à inverser cette tendance et croit-il seulement possible cette inversion ? On peut en douter au regard des propositions de F. Hollande qui le situent clairement au centre gauche. Ensuite, ce sont les conditions politiques de cette victoire qui peuvent rendre inquiets ceux qui pensent que le capitalisme n’est pas « l’horizon indépassable de notre temps », pour retourner la formule de Sartre. Le PS peut gouverner seul en raison de la scandaleuse sous-représentation au Parlement du Front de gauche, malgré la force électorale de celui-ci qui en fait la seconde force politique à gauche. Or c’est bien lui qui est porteur de propositions permettant non de freiner mais de mettre fin à la domination des marchés financiers sur les États nationaux et, tout autant, de satisfaire les attentes des couches populaires littéralement abandonnées par la politique et, du coup, l’abandonnant en s’abstenant de voter.

Révision du statut de la BCE, création d’un pôle financier public, politique fiscale visant prioritairement les grandes fortunes, restauration des services publics, voire nationalisations, lutte contre la paupérisation absolue (et non relative !) de pans entiers de la population, etc., ce sont là les seules mesures capables de mettre fin à ce malheur social qui va grandissant et qui mériterait qu’on se souvienne du cri de colère de Rousseau, à la fin de son Discours sur l’inégalité, dénonçant une société où « une minorité regorge de superfluités tandis que la multitude affamée manque du nécessaire » : franchement, et toutes les transpositions historiques nécessaires faites par ailleurs, n’est-ce pas là le miroir critique de ce qui arrive aujourd’hui aux peuples européens et qui menace aussi la France ? Or le Front de gauche, avec les communistes en son cœur, ne pourra guère peser sur la politique du PS si les luttes sociales ne s’en mêlent.

Seules celles-ci pourront l’empêcher de s’enfoncer dans la tentation sociale-libérale à laquelle il a cédé intellectuellement faute de ce courage moral et de cette intelligence critique sans lesquels on ne croit pas possible de transformer le monde. D’où le risque, catastrophique à mes yeux, qui menace l’expérience actuelle si elle s’enferme dans les contraintes du libéralisme : la déception, une fois de plus, des classes populaires, nos « damnés de la terre ». Une fois de plus, car ce fut déjà le cas dans le passé et cela a 
expliqué le retour de la droite au pouvoir (après Mitterrand, après Jospin). Or cette fois-ci, ce n’est pas la droite classique qui risque de revenir en 2017 : c’est, malgré l’échec électoral de son orientation récente, une droite alliée à l’extrême droite et recomposée idéologiquement sur cette base. Car l’abstention énorme aux législatives et, surtout, le succès du Front national dans les zones urbaines et rurales marquées par le déclin économique ou la désertification signifient bien cela : l’influence grandissante des idées d’extrême droite sur fond de crise nationale et internationale, l’un à cause de l’autre, qui fait penser aux années trente du siècle dernier.

L’inaptitude de la social-démocratie de l’époque à résoudre la question sociale avait alimenté la tentation fasciste comme elle l’alimente aujourd’hui, sous une forme plus soft, dans des pays comme la Hongrie ou la Pologne. Or Marine Le Pen sait admirablement jouer des conséquences de la crise pour séduire d’un même mouvement les pauvres en déshérence et les riches hostiles au partage des richesses, réunissant ceux dont les intérêts sont pourtant opposés ! La responsabilité du PS est donc considérable. Saura-t-il affronter la question sociale dans toute sa crudité ? Cela supposerait qu’il abandonne sa grille libérale de lecture de l’économie et sa grille d’analyse de la société qui masque ce que Bourdieu appelait « la misère du monde ». Et qu’il entende le projet alternatif du Front de gauche, seul à même d’éviter le retour, qu’on croyait impossible, de la peste brune.

Yvon Quiniou

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Le beach-volley, ce sport olympique où les filles jouent avec leurs fesses

5 Août 2012, 07:23am

Publié par PCF Villepinte

Extrait de:
Marine Marck | Rue89

Et si l’on photographiait tous les sports olympiques comme on photographie le beach-volley ? C’est la question posée par Metro.us, ce mercredi.

Les journalistes du site, constatant que le beach-volley féminin se résumait à des gros plans sur les postérieurs des joueuses, se sont amusés à transformer des photos de lutteurs, de gymnastes, d’athlètes, de nageurs ou de basketteurs.


Montage de photos de Metro.us : les fesses d’un athlète, d’un basketteur et d’un plongeur

Le résultat est plutôt percutant. Difficile de résumer un plongeon à 10 m par une photo de fesses en l’air. Alors pourquoi les volleyeuses devraient-elles subir ce traitement partiel ?

« Le rôle des femmes : couronner les vainqueurs »

Merci Pierre de Coubertin.

« Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. »

Forcément, si même l’homme qui ressuscite les JO estime que les femmes devraient se satisfaire d’un rôle de potiche, difficile pour les filles de faire reconnaître leur statut de sportives.

Souvent, elles n’ont que deux choix :

  • dire adieu à leur féminité et se fondre dans le cliché de la sportive virile ;
  • accepter leur sexualisation à outrance.

Un article du Monde diplomatique, publié à l’occasion des Jeux olympiques de Sydney, en 2000, résumait déjà cette dichotomie. Catherine Louveau, sociologue du sport, dénonçait le syndrome de la sportive mignonne :

« Lorsqu’il s’agit de la femme, impossible d’échapper à une appréciation esthétique. Lorsque la sportive paraît, cherchez la femme : “La toujours belle et toujours aussi rapide Florence Griffith Joyner” ; ou l’alpiniste Catherine Destivelle, qui, “ tranquillement redoutable derrière son joli sourire, arrive toujours au sommet ”.

L’Equipe Magazine n’avait pas hésité à opposer, sur la question de la “ féminité ”, la cycliste Jeannie Longo à Muriel Hermine (natation synchronisée).

En légendant une photographie de cette dernière (“ belle et féminine ”), le journaliste indiquait : “ La faute à qui si Longo rime avec macho et Hermine avec féminine ?” L’une était conforme au référent normatif de la “ féminité ”, l’autre non. »

Plus récemment, fin 2010, Catherine Louveau s’exprimait sur Rue89, dans le cadre d’un article sur la boxe féminine. En dix ans, son discours n’a pas changé :

« Elles [les femmes] sont incitées à pratiquer des sports esthétiques, comme la danse, des sports non violents. »

Au beach-volley, bikini rikiki

Dans le cas du beach-volley, c’est encore plus délicat. Jusqu’en mars dernier, le règlement de la Fédération internationale de volley-ball (FIVB) imposait le port du maillot de bain. Et attention, d’une largeur maximale de 7 cm.

Depuis le début d’année, la FIVB a modifié son attitude. Aujourd’hui, les joueuses peuvent porter des T-shirts et des shorts si elles le souhaitent. En filigrane, la fédération donne raison à certains de ses pays membres, qui jugeaient le bikini trop provocant et/ou en désaccord avec leurs traditions culturelles ou religieuses.

A l’époque, le site sportif 10sport, dans un article sobrement intitulé « JO : déjà un gros coup dur », regrettait cette décision. Et sonnait le glas des audiences télévisées :

« Cette mesure devrait permettre d’universaliser le sport, mais ce sont les audiences TV, elles, qui risquent de chuter ! Désormais, on va voir qui s’intéresse vraiment au beach-volley… »

Pour l’instant, pas de risque majeur que les spectateurs désertent les tribunes et les écrans. Depuis le début des JO, aucune joueuse de volley ne s’est présentée couverte en match.

« C’est vraiment ridicule »

Pour Fabienne Broucaret, auteure du livre « Le sport féminin : le sport, dernier bastion du sexisme ? » (éditions Michalon), l’image du beach-volley féminin reste intimement liée au port du maillot deux pièces :

« Quand le beach-volley fait son entrée aux Jeux olympiques, en 1996, le port du bikini est très codifié, pour intéresser le public et les médias.

Ça fonctionne d’un point de vue “buzz”. Les photos sont largement commentées, mais on ne se souvient pas de qui a gagné. Le corps des sportives intéresse plus le public que leurs performances sur le terrain. »


Une photo « normale » du beach-volley (Juan Barreto/AFP)

L’initiative de Metro US lui plaît. Fabienne Broucaret est persuadée que le contraste entre les photos permet d’interpeller les lecteurs :

« Visuellement, c’est frappant. Les gens se mettent à réfléchir sur la manière dont ils regardent ce sport. Hélas, c’est rentré dans les mentalités : le beach-volley, c’est des tenues sexy et des gros plans sur les fessiers ou les poitrines.

Avec ces photos, on se rend compte que c’est vraiment ridicule. Vraiment ridicule. Si on regardait un match de hand ou de basket de la même façon, on passerait à côté de l’essentiel. »

Derrière les caméras, des hommes ?

L’autre question sous-jacente concerne les auteurs de ces clichés. Il y a bien quelqu’un qui les prend, ces photos, quelqu’un qui les cadre, ces gros plans.

Ce serait trop facile, évidemment, de pointer le journalisme sportif du doigt. Mais avec plus de 90% d’hommes au sein de la profession de journalistes sportifs (et 8% des articles sportifs signés par des femmes), on peut décemment affirmer que la majorité de ces photos et ces images ne sont pas réalisées ni impulsées par des femmes [à Rue89 Sport, les JO sont couverts par deux filles et deux garçons qui avouent avoir glissé un postérieur de volleyeuse dans un diaporama].

Fabienne Broucaret s’interroge :

« Qui est derrière les caméras ? Est-ce qu’il y a des femmes qui filment le beach-volley ? Pendant les Jeux, les commentateurs font des remarques sur les sportives : on entend du “mignonne”, de “la belle”, à différents degrés. Si c’étaient des femmes derrière les caméras ou qui commentaient, ce serait sans doute moins réduit à ça. »

Eric Libiot, journaliste à l’Express, regarde les Jeux olympiques sur France TV. Dans une tribune publiée ce mercredi, il souligne l’absence des femmes de manière assez mordante :

« Sur 50 journalistes du service des sports, il n’y a que deux femmes. Qui commentent le badminton, le tir à l’arc ou la gym. C’est dire si elles sont sur le devant de la scène. »

Et le phénomène n’est pas propre à la France. En 2009, le Washington Post déplorait l’absence de femmes dans le journalisme sportif. Les seules professionnelles étaient reléguées au bord de touche, comme le relayait Arrêt sur images :

« Les femmes journalistes de télévision restent sur la touche.Qu’il s’agisse de football ou de basket, il y a toujours un mur de verre. »

Seule exception : les ex-championnes reconverties en consultantes.

Le plafond de verre : sport et entreprise, même combat ?

Le plafond de verre, c’est exactement le problème, selon Fabienne Broucaret. Il ne suffit pas de se battre pour la place de la femme dans le sport. Il faut également tacler l’absence de représentation féminine dans les instances sportives :

« Il n’y a aucune femme à la tête de fédérations olympiques nationales en France. Plus on grimpe en hiérarchie, comme dans les entreprises, moins on trouve de femmes dans les instances sportives. Féminiser le milieu, féminiser le journalisme, ça changerait peut-être le regard des gens. »

Cette passionnée de sport reste tout de même persuadée que les performances sont la clé de la reconnaissance. Elle cite en exemple les filles de l’équipe de France de foot, qui s’étaient dénudées pour une campagne de pub en 2009. Le slogan : « Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? »

Même si l’initiative a fait le buzz, ce sont les performances de l’équipe, demi-finaliste du Mondial 2010, qui ont attiré l’attention sur ces joueuses. Et Fabienne Broucaret de conclure :

« Elles ont réussi à faire parler d’elles par leur jeu, leurs résultats. Et si elles sont mignonnes en plus, alors tant mieux pour elles. »

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Éducation populaire, une ambition enfin relancée?

8 Juillet 2012, 21:39pm

Publié par PCF Villepinte

Valérie Fourneyron

Société - le 6 Juillet 2012

l'Humanité des débats Table ronde

 

Rappel des faits Valérie Fourneyron a été nommée ministre des Sports, de la Jeunesse… et de l’Éducation populaire. Comment interpréter ce signe politique fort ? Quelle politique mener en la matière ? Table ronde avec Marc Charbonné, directeur de MJC à Viry-Châtillon (CGT) et membre des Militants indignés des MJC. Marc Lacreuse, communiste et membre du Collectif éducation populaire du Front de gauche. Gwendal Ropars, secrétaire national de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), vice-président du Cnaje.

L’éducation populaire n’a pas 
de définition précise. 
C’est, semble-t-il, sa force 
car elle va de « l’instruction pendant toute la durée 
de la vie » défendue en 1792 par Condorcet, à « l’apprentissage 
à construction collective 
d’un projet et de la citoyenneté » porté par les grandes fédérations existantes en passant par 
une éducation populaire plus politique que veulent remettre 
au goût du jour des nouvelles Scop, des militants mobilisés dans les MJC ou lors 
d’états généraux qui 
se multiplient en province. Quelle approche choisira 
la nouvelle ministre ? L’éducation populaire ne doit-elle être qu’une éducation informelle, comme l’indique 
disgracieusement sa définition dans les institutions européennes, ou redevenir 
un des piliers pour 
la transformation sociale ?

L’éducation populaire a de nouveau son ministère. Simple symbole ou cela traduit-il la volonté, selon vous, de relancer une grande politique 
en la matière ? Pour quoi faire ?

Marc Lacreuse. Une simple étiquette ne suffira pas. Une grande politique ambitieuse est nécessaire car l’éducation populaire, particulièrement dans sa dimension d’émancipation démocratique, est (re)devenue un enjeu politique majeur. Et ce, pour plusieurs raisons, à commencer par l’inquiétante évolution de la société vers une abstention grandissante des citoyens vis-à-vis de la « res publica », la chose publique, le vivre ensemble, parfois minutieusement entretenus par des jeux politiciens désastreux. Marie-George Buffet, alors ministre, devait partager ce constat lorsqu’elle a initié une « offre publique de réflexion », en impliquant des centaines de collectifs et des milliers de personnes pour apporter leurs contributions à une nouvelle politique publique d’éducation populaire. J’y ai observé une belle – et rare – appétence pour ce nouveau geste politique, qui faisait revivre, en quelque sorte, ce que furent les cahiers de doléances. Une nouvelle loi-cadre devait en découler mais l’expérience n’a pas pu être menée jusqu’au bout. Sans doute a-t-elle un peu effrayé les tenants d’une vision purement délégataire de la démocratie. Mais depuis, la situation sociale et politique du pays n’a fait que s’aggraver : l’économisme et la finance ont pris le pas sur le politique, et l’éducation populaire, parquée entre le football et les jeux Olympiques dans un ministère sans moyens, était menacée de disparition. Il y a urgence aujourd’hui à ouvrir de nouveau un vaste débat public à propos de l’éducation populaire, dont se réclament de plus en plus d’initiatives associatives, syndicales, coopératives cherchant à construire de nouvelles procédures visant à augmenter radicalement la capacité d’agir des hommes et des femmes, d’évaluer et d’infléchir les politiques publiques dans tous les domaines : école, santé, travail, urbanisme, culture… Le formidable travail mené en 2005 par les citoyens à propos de la proposition de ratification du traité européen constitue un des exemples de ce que souligne l’éducation populaire comme faculté et légitimité de chacun à apporter sa pierre dans la construction sociale. Une des dimensions de l’éducation populaire contemporaine est de 
participer à la libération de ces potentialités culturelles et civiques dont le peuple est porteur.

Gwendal Ropars. La création du ministère de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative est un symbole car cela fait longtemps que l’éducation populaire n’a pas été mise en avant, et je crois sincèrement qu’il traduit la volonté de relancer une grande politique en la matière. Des défis restent à relever en termes d’éducation populaire aujourd’hui. Dans ce but, le Comité pour les relations nationales et internationales de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep) a lancé le mois dernier son événement « Educ’pop en fête », pour montrer ce qu’est concrètement l’éducation populaire. L’éducation populaire contribue à l’apprentissage de la citoyenneté, à ce que des hommes et des femmes se construisent individuellement et collectivement, s’émancipent, et participent à la construction et à la mise en œuvre de projets. Par exemple, la JOC a lancé la dynamique « Impose ta voix », en novembre 2011, afin d’organiser des soirées élections dans les quartiers populaires où l’on pouvait apprendre le rôle d’un élu, les différences entre les partis politiques, rencontrer des candidats, organiser des débats pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique... Nous considérons en effet la participation à la vie de la cité comme un levier essentiel dans le parcours des individus vers l’autonomie et l’émancipation, et comme une ressource primordiale dans l’élaboration des politiques publiques. Le fait d’avoir lié jeunesse et éducation populaire au sein de ce ministère est important : c’est reconnaître qu’en dehors de l’éducation nationale, l’éducation populaire peut faire du temps libre un temps éducatif et émancipateur.

Marc Charbonné. Un ministère de l’Éducation populaire est à la fois un message fort et un outil. Sans être le seul remède d’une société souffrante, l’éducation populaire peut redonner à chacun la capacité de réagir et d’agir sur ses conditions de vie. Cette vieille et grande idée du « savoir et de la culture pour tous, avec tous » doit être une force de proposition et d’action pour que les citoyens ne soient plus seulement acteurs de leur vie, mais auteurs. Et auteurs ensemble ! De plus en plus, le désengagement des pouvoirs publics et de l’État transforme les associations, et particulièrement les MJC, en prestataires de services, lieux de consommation d’activités, boutiques de loisirs… Au-delà du décrochage financier subi, cette marchandisation nous éloigne de notre identité première de lieux d’expérimentation sociale, d’expression, de socialisation, d’émancipation individuelle et collective, de solidarité, de créativité… C’est cela le plus révoltant ! Je suis convaincu qu’aucune société ne peut vivre sans un espace économique du don, de l’empathie, de la solidarité et de la fraternité. En cela, les associations jouent un rôle essentiel de corps intermédiaires en assurant cette dimension de la vie sociale et du lien entre les citoyens.

L’éducation populaire semble en plein marasme. Quelles mesures d’urgence s’imposent selon vous ?

Marc Charbonné. Stoppons net l’hémorragie ! Les constats sont accablants : disparition de MJC, municipalisation des structures d’éducation populaire, appels d’offres et délégations de service public… Au-delà de la mise en concurrence des associations entre elles, l’arrivée d’entreprises issues du secteur marchand risque de causer un plus lourd préjudice au monde associatif, à la culture et à l’éducation populaire. Tout a été préparé dans ce sens, de la circulaire Fillon de janvier 2010 à la récente directive européenne dite « paquet Almunia ». Les associations et fédérations d’éducation populaire doivent se réveiller. Une société anonyme pilotée par GDF Suez gère actuellement l’équipement culturel de la Gaîté-Lyrique. Que se passera-t-il quand Veolia organisera le soutien scolaire de vos enfants, quand le Club Méditerranée organisera les colonies de vacances de vos comités d’entreprise, quand Vivendi gérera les MJC de vos villes… Vous pouvez en être sûr, c’est tout un pan de la liberté associative qui disparaîtra sous nos yeux. Au même titre que l’éducation nationale, dont elle est complémentaire, l’éducation populaire n’est pas une marchandise ! Il nous faut d’urgence un dispositif législatif définissant l’éducation populaire comme une exception française, au même titre que la culture, et créer une loi-cadre pour une relation sereine entre les pouvoirs publics et les associations d’éducation populaire. Au-delà de l’octroi d’un simple agrément, celle-ci doit affirmer le statut particulier des associations d’éducation populaire, sortir des logiques d’appels d’offres et de délégations de service public, engager l’État à financer les associations d’éducation populaire et leurs fédérations par le retour aux subventions de fonctionnement, relancer une politique de formation des personnels de l’éducation populaire et alléger les charges pesant sur les associations agréées par une exonération de la taxe sur les salaires.

Gwendal Ropars. Les associations de jeunesse et d’éducation populaire s’appuient sur l’initiative citoyenne et encouragent une démarche participative des populations dans la conduite des projets, pour permettre aux individus de vivre des expériences d’engagement. Il faut donc les associer à la mise en place d’une politique d’éducation à la citoyenneté et les soutenir en reconnaissant leur spécificité et leur action dans la construction de la société. Il faut également remettre en cause la réduction de leurs financements. Toutes les associations n’ont pas des salariés. Il faut donc soutenir les têtes de réseaux associatives qui offrent les principales demandes d’accompagnement des militants.

Marc Lacreuse. Il faut ouvrir à nouveau un vaste chantier citoyen de réflexion impliquant associations, syndicats, collectifs de terrain, coopératives, et redonner aux associations d’éducation populaire la capacité de leur autonomie politique. Beaucoup étaient sommées de « perdre leur âme » en n’assurant leur subsistance qu’avec la course aux financements sur projets, instrumentalisées par des dispositifs d’État dont les effets n’ont jamais été évalués et qui se succédaient en toute incohérence. Outre une progression importante de leurs moyens financiers, via des subventions de fonctionnement, il faut rapidement instituer un nouveau statut pour l’élu associatif bénévole, une reconnaissance juridique de l’utilité sociale des associations d’éducation populaire. Une nouvelle place doit être accordée aux associations d’éducation populaire dans les lieux de concertations publiques, à tous les échelons de la nation. Savez-vous que les associations, créatrices d’emplois, représentent un poids économique très important ? Savez-vous qu’elles sont aujourd’hui souvent en première ligne – et seules – pour tenter d’arrêter le délitement du lien social dans les zones rurales, dans les quartiers populaires désertés par les services publics ?

De nouveaux acteurs (collectifs, Scop…) qui émergent à côté des grandes fédérations d’éducation populaire (Ligue de l’enseignement, Fédération Léo Lagrange, Francas…), dénoncent une dérive vers des activités socioculturelles. Ils appellent à une « éducation populaire politique ». N’est-il pas temps de redéfinir ce qu’est l’éducation populaire, et ses acteurs ?

Gwendal Ropars. N’est-il pas temps plutôt de reconnaître ce qu’apporte l’éducation populaire à notre société ? Que ce soit les petites associations ou les grosses fédérations, qu’elles soient nées à la fin du siècle dernier ou il y a peu, toutes participent à un même projet de transformer cette société afin de permettre à chaque personne, à chaque groupe de personnes d’avoir sa place dans la société, de permettre à chaque personne, à chaque groupe de personnes d’être debout et respectés et de les mettre au centre !

Marc Charbonné. Des Amap aux Enfants de Don Quichotte, chaque création d’association répond à un besoin, dévoile une faille de notre système, questionne notre société et nos modes de vie. Faire de l’éducation populaire est un acte politique ! L’émergence de nouveaux acteurs n’est donc pas une forme de dénonciation de l’impuissance ou de mal-faire des associations ou fédérations « historiques », mais plutôt une dynamique complémentaire avec des modes d’actions souvent différents, mais bénéfiques pour tous. Alors oui, redéfinissons l’éducation populaire dans la dimension politique de son action, des valeurs humanistes qu’elle défend, des méthodes pédagogiques qu’elle emploie et du bénéfice citoyen qu’elle recherche !

Marc Lacreuse. Peu avant la présidentielle, nous avons décidé de créer un 
collectif consacré à l’éducation populaire au sein du Front de gauche parce que nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un enjeu de société majeur pour notre pays. Nos travaux, qui ne font que commencer, se sont attachés dès l’origine à contribuer à cette émancipation démocratique qui nous fait tant défaut aujourd’hui… Les initiatives à venir sont foisonnantes, initiées par des fédérations d’élus communistes et républicains que cette montée en puissance de l’éducation populaire intéresse au plus haut point, par des coopératives telles que Le Pavé ou par des revues telles que Résonnances qui prépare un rendez-vous important de consultation démocratique à l’automne… Ces initiatives permettront sans nul doute de faire grossir encore le camp des citoyens qui ne se contentent plus du monde tel qu’il est, et aspirent à son changement en s’y impliquant non pas simplement et seulement lors des consultations électorales mais au quotidien. Il y a suffisamment de conviction et de culture 
en chaque être humain pour rendre cette avancée possible. C’est une urgence démocratique que de contribuer à libérer la capacité d’agir du peuple et les intelligences collectives dont il est porteur.

Dix raisons d’aimer 
l’Éducation populaire

Clémentine Autain, Julien Bayou, Emmanuelle Cosse... 
ces militants politiques bien connus se sont formés 
à travers les réseaux d’éducation populaire, comme d’ailleurs le premier ministre, Jean-Marc Ayrault (issu du Mouvement 
rural de la jeunesse chrétienne). 
Dans ce livre, édité par 
les éditions de l’Atelier, 
ils donnent à voir avec une dizaine de militants – pas forcément devenus des leaders politiques – leur expérience 
de l’éducation populaire.

« L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont 
pas voulu ! »

Christiane Faure.

Cette professeure de lettres à Oran, belle sœur d’Albert Camus, se voit confier en 1944 un « bureau d’éducation populaire », créé par Jean Guéhenno. 
Son ambition de mettre 
en place un système d’éducation démocratique, critique ou politique des jeunes adultes 
sera abandonnée quatre ans 
plus tard. Une histoire 
racontée par Franck Lepage dans sa conférence gesticulée Inculture(s).

À voir absolument sur le site

www.scoplepave.org.

Entretiens croisés réalisés par 
P. Du.

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Illusion(s): bilan et perspectives après élections...

26 Juin 2012, 06:44am

Publié par PCF Villepinte

 Près d'un électeur sur deux s’est abstenu aux législatives. Les moins de quarante-cinq ans, majoritairement, ne se sont pas exprimés. Et il en est de même avec les catégories sociales les plus défavorisées... Pour François II, l’adhésion reste à conquérir…

Majorité. À force de répéter sur tous les tons que «la gauche, cette fois, ne peut pas décevoir», qu’elle n’en a «pas le droit», faute de quoi le pire serait à envisager dans un avenir plus ou moins proche, certains omettent de dimensionner le périmètre du mot «gauche» ainsi utilisé dans une globalité erronée. En l’espèce, nous devons entendre: les socialistes et leurs alliés gouvernementaux. Ceux pour lesquels les élections législatives furent un moment de grâce. Ou presque. Mettons de côté les destins personnels, concentrons-nous sur ce que nous nous permettrons de considérer comme un sacre en trompe-l’œil. Il n’est nullement question, ici, de minimiser l’ampleur de la victoire des socialistes: en nombre, sinon en pourcentage, jamais la gauche n’avait obtenu semblable hégémonie à l’Assemblée. D’autant que ladite gauche domine dorénavant le paysage politique comme jamais cela ne s’était produit depuis l’avènement de la Ve République: le Palais-Bourbon, le Sénat, l’essentielle des régions, la majorité des départements et la plupart des grandes villes. Que reste-t-il à la droite parlementaire? Soyons précis: 3 régions sur 26, dont 2 en outre-mer ; 40 départements sur 101 ; 12 villes de plus de 100.000 habitants sur 41. Du jamais-vu, inutile de le préciser.

Vertige. Bien sûr, cette hyperdomination ne tombe pas du ciel. Après cinq années de nicoléonisme et de dérives en tout genre, l’envie de changement était la plus forte et les Français ne se sont pas contentés, aux législatives, de confirmer le résultat de la présidentielle.
Seulement voilà, l’anomalie démocratique que constitue le mode de scrutin actuel a transformé le «vote de cohérence» en un véritable plébiscite atrophiant la représentativité. Comme une distorsion pouvant laisser des traces d’amertume. Car, depuis dimanche soir, François II et son gouvernement ont les pleins pouvoirs – et cette plénitude théorique et pratique, qui leur permet de disposer de tous les leviers de l’État central et décentralisé, les oblige, en effet, à une sorte de devoir de réussite, qui, rapporté à l’ampleur des attentes, ne peut que donner le vertige. Raison de plus pour ne pas perdre «le fil d’Ariane – la lutte pour la justice – reposant sur l’union du populaire et du régalien, l’une des meilleures définitions possible sur le long terme» de la gauche, selon Régis Debray (Rêverie de gauche, Flammarion).
Abstention. Prendre la juste mesure d’une victoire comme première condition pour ne pas perdre de vue l’horizon qu’on s’est fixé. François Hollande ne doit surtout pas sous-estimer la difficulté qu’il y a à braver l’opinion d’une démocratie d’opinion, qui, parfois, s’avère trop peu représentative dans les urnes mêmes… Ne tournons pas autour du pot: la force de frappe parlementaire, au profit de François II, est un gage sinon de succès, du moins de marges de manœuvre considérables. Mais comment négliger le fait qu’elle s’adosse sur une base politique réelle relativement étroite. Cela ne signifie pas qu’une épée de Damoclès tournoie déjà au-dessus de l’Élysée et qu’elle s’abattra à la moindre occasion, mais connaître la structuration d’un vote comme sa sociologie ne saurait nuire à la compréhension globale. Ainsi n’est-il pas inutile de rappeler que les records d’abstention enregistrés au premier et plus encore au second tour des législatives relativisent singulièrement l’ampleur du soutien populaire vis-à-vis de l’exécutif. Le 17 juin, alors qu’il s’agissait du second tour de l’élection la plus importante de nos institutions, près d’un électeur sur deux s’est abstenu. Plus grave et plus inquiétant encore : les moins de quarante-cinq ans, majoritairement, ne se sont pas exprimés. Et vous l’aurez deviné, il en est de même avec les catégories sociales les plus défavorisées (revenus inférieurs à 1 200 euros). L’adhésion reste à conquérir…

Mémoire. Les chiffres sont têtus, alors prenons garde aux illusions d’optique. Au premier tour des législatives, le Parti socialiste avait recueilli 29,2% des voix exprimées, soit 16,4% des électeurs inscrits. Quel est le résultat au soir du second tour? Le PS rassemble à lui seul la moitié des députés. Une anomalie électorale, oui ou non? Rappelons-nous par ailleurs du 22 avril dernier. François II avait obtenu 51,6% des voix, mais seulement 48,6% des votants, chiffre historiquement bas. Sans parler 
de l’accroissement du vote blanc et nul, qui avait atteint 4,6% des électeurs inscrits: 2.146.405 voix, soit un total inférieur à l’écart final entre François II et Nicoléon. Le nouvel élu et toutes ses majorités feraient bien de ne pas gommer cette singularité. Comme ils feraient bien de ne pas effacer de leur mémoire que, sans les quatre millions de voix du Front de gauche 
au second tour de la présidentielle, un certain Nicoléon trônerait toujours au Palais…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 22 juin 2012

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Front national: un défi pour la gauche, toute la gauche

26 Avril 2012, 21:43pm

Publié par PCF Villepinte

 
On dit souvent que la France est «très à droite». Disons plutôt que la droite est extrêmement à droite.

L a réalité en face. Contrairement à ce que nous aurions pu croire il y a encore quelques semaines, l’élan électoral de Marine Le Pen n’a pas explosé en plein vol. Près de 6,5 millions d’électeurs ont, en toute conscience, choisi le bulletin de la honte. Un million de voix de plus que le père, en 2002. La performance, qui n’était alors qu’un exploit, frappe cette fois par son implantation nationale. Triste à admettre, le pays de Jaurès et d’Hugo est gravement malade. Malade du sarkozysme. Malade du lepénisme. On dit souvent que la France est «très à droite». Disons plutôt que la droite est extrêmement à droite. Car, voyez-vous, quand la droite et l’extrême droite se disputent le même terrain idéologique, quand Nicolas Sarkozy annonce un 1er Mai antisyndical en utilisant des mots qui rappellent de lugubres souvenirs à la classe ouvrière, qu’entend-on? D’odieux syllogismes vichystes. Et d’évidentes convergences pour l’avenir…

Le Pen a profité du tapis rouge que les Sarkozy, Hortefeux et autres Guéant ont déroulé sous ses pieds. Si l’argument à lui seul ne suffit pas à expliquer l’ampleur d’un vote, ne le sous-estimons surtout pas! Identité nationale, immigration, islamalgame, méthodes ultra-sécuritaires, logiques d’exclusions, etc. : en imposant les pires débats, Sarkozy a désenclavé les thèses du FN, réveillant la bête nihiliste et préfascisante par temps de crise.
Car l’atomisation sociale ne promet que ruine et haine de l’autre. Or l’histoire nous a enseigné un invariant : quand l’extrême droite se met à parler de social, le danger lui aussi devient extrême! Le vote FN ne serait qu’un «vote de colère», rarement de nature idéologique. Est-ce toujours vrai quand la banalisation des idées xénophobes signe dans toute sa tragédie la responsabilité du sarkozysme depuis cinq ans? Est-ce toujours vrai quand l’adhésion aux «idées» du FN dans l’opinion publique n’a jamais été aussi élevée, environ 30%?

Comment des individus, modestes, miséreux, peuvent-ils à ce point voter contre leurs intérêts? Tout citoyen de raison reste confondu devant cette contradiction. La réalité du FN est donc un défi républicain pour la gauche. Pour le comprendre, prenons comme lieu d’étude quelques quartiers populaires sur lesquels beaucoup fantasment sans jamais y mettre les pieds? Quel est par exemple le score de Le Pen en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne, départements si décriés dont on nous abreuve d’images anxiogènes? 13,5% et 11,8%, autrement dit bien loin de ses résultats dans le Sud-Est, dans l’Est, dans les communes rurales ou périurbaines, où elle dépasse allègrement les 20%. Moralité ? Dans certaines zones de grandes populations et de paupérisation, décrites comme le terreau du lepénisme, sa «représentante» ne représente pas grand-chose…

En somme, Le Pen est contestée là où les Français assument ce qu’ils sont, solidaires et universels, là où l’aspiration à l’égalité est le plus revendiquée, à commencer par les héritiers de l’immigration. Mieux, le lepénisme est contenu et parfois il recule là où le Front de gauche progresse, quand les militants de la République sociale se dévouent corps et âme, auprès du peuple qui souffre, dans cette difficile mais joyeuse tâche qu’est l’éducation populaire – l’arme absolue pour faire reculer l’obscurantisme et les peurs… Prochaine étape ? Soyons nombreux, aux côtés des syndicats, dans les défilés du 1er Mai! D’ordinaire, seule l’extrême droite tente d’occuper le pavé parisien pour contester les revendications des travailleurs. Sarkozy a décidé de se rallier à cette tradition lepéniste. Rien d’étonnant.

 

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Pourquoi la jeunesse aspire au modèle républicain

12 Avril 2012, 22:19pm

Publié par PCF Villepinte

 

LE BLOG DE JEAN-EMMANUEL DUCOIN

Nous ne croyons pas que les jeunes acceptent d’être relégués au rang d’accompagnateurs passifs d’une époque brûlée par le brasier de la déréalisation. Leur engagement au sein du Front de gauche en témoigne.
À la faveur d’un sondage plus commenté que les autres, les jeunes sont revenus dans l’actualité de la pire des manières, par l’enquête sondagière. Et pour cause. Marine Le Pen trouverait grâce aux yeux des 18-24 ans, affichant le meilleur score des prétendants à la présidentielle, 26%. Amen! la messe serait dite. Permettez-nous d’en douter. Que la fille de papa-nous-voilà attire un vote protestataire est une chose ; mais qu’elle puisse porter le début du commencement du moindre espoir politique en est une autre! Ce serait négliger le fait que 25% disent vouloir voter François Hollande. Ce serait aussi ignorer que 16% de ces mêmes jeunes affichent désormais leur préférence envers Jean-Luc Mélenchon, une progression de 11 points… Ceux qui ont participé aux meetings du Front de gauche le savent: les jeunes sont devenus un phénomène dans le phénomène, expliquant pour partie l’ampleur de la vague rouge. Au cœur de cette dynamique, celle de la jeunesse est de loin l’une des plus réjouissantes!

Car voyez-vous, en ces temps anxiogènes où on ne leur promet que le déclassement intergénérationnel et les injustices protéiformes d’une marchandisation globalisée, nous nous singularisons par la force d’une conviction : nous ne croyons pas que les jeunes, nos jeunes, acceptent d’être relégués au rang d’accompagnateurs passifs d’une époque brûlée par le brasier de la déréalisation. Cette conviction ancrée en nous marie le réel (celui que nous devons transformer) à nos ambitions philosophiques (celles qui nous permettent de maintenir notre cap).
À l’heure où le Front de gauche présente son programme en direction des jeunes, nous refusons de les comparer à de vulgaires troupeaux de moutons, forcément non-pensants, non-conscients d’eux-mêmes et du monde qu’on voudrait leur imposer, perdus dans un océan de précarité, d’intérim et d’incertitudes, «désenchantés» et «plus du tout séduits» par les «idéologies de transformations sociales», comme l’écrivait récemment le Figaro. Quand le mépris de classe s’additionne à la haine générationnelle, nous savons qui triomphe: le conservatisme, le déclinisme…
Aimer nos jeunes ne constitue pas, en soi, un projet politique. Disons que ce minimum commun ne suffit pas à les émanciper, à leur ouvrir les portes de la société. Seule l’éducation permet d’inverser les signes de pulsions nihilistes qui atomisent le vivre-ensemble et les relations sociales. Convaincre ceux qui se détournent comme par réflexe «de la» politique, donc de la vie de la Cité, reste une immense tâche, l’une des plus importantes qui nous soient assignées. Surtout dans les quartiers populaires en proie à un appauvrissement généralisé, là où se joue en grande part l’à-venir de la République, mais où un jeune sur deux est en échec scolaire, où le chômage les concernant peut y dépasser les 45%, où la délinquance guette, où ils ne connaissent que le mépris, la stigmatisation, les discriminations sociales et culturelles, même quand ils ont suivi une scolarité normale.

Ces jeunes n’aspirent pourtant qu’à l’élémentaire. Avoir une formation, un emploi durable, un salaire correct. Et puis accéder au sport, à la culture, aux voyages et à l’amour. Que demander de moins? Nos jeunes rêvent? Encore heureux. Ils espèrent? Tant mieux, l’espérance repousse les masques de l’éphémère. Mais comment oublier que le taux de pauvreté des 18-29 ans, en France, est passé de 7% à 12% en moins de dix ans? Comment oublier la grande leçon des révoltes de 2005, celle que refusent d’entendre les puissants? La jeunesse populaire a tellement intégré le modèle républicain qu’elle n’aspire qu’à l’égalité, pleine et entière. L’insurrection civique est taillée pour elle!

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 11 avril 201

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Rêver le travail

9 Avril 2012, 21:32pm

Publié par PCF Villepinte

"Rêver le travail " à télécharger ou à regarder sur internet mais aussi à diffuser autour de vous.

Diffusé pour la première fois à l'Usine le 28 mars dernier à l'occasion d'une soirée autour du travail. Le film de Marcel Trillat et Cécile Mabileau est maintenant disponible libre de droits.

De la belle ouvrage en faveur de la belle ouvrage.

 

 

Le débat

 

Rêver le travail

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Pascal Boniface Sarkozy n’a pas une conception d’ensemble du rôle de la France

9 Avril 2012, 06:59am

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 6 Avril 2012

L'Humanité des débats L' entretien

 

Le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), qui vient de publier le Monde selon Sarkozy, déplore que la France soit vue de l’extérieur comme un pays aligné au camp occidental. Elle n’a rien gagné à son retour dans l’Otan. Il souligne les lourdes conséquences de l’aventure militaire en Libye. La France doit renouer avec sa tradition universaliste.

La France de Sarkozy a-t-elle gagné en influence sur la scène mondiale ?

Pascal Boniface. Non, et d’abord pour deux raisons, l’une liée à l’évolution générale du monde. Pendant la guerre froide, la France occupait un créneau particulier. C’était un pays occidental, mais indépendant. Elle pouvait discuter avec l’Union soviétique sans être liée au monde communiste. Elle jouissait d’une situation exceptionnelle qui lui permettait de peser davantage que son poids réel. Le paradoxe, c’est que tous les présidents de la Ve République ont appelé au dépassement du monde bipolaire, mais la fin du monde bipolaire a réduit le rôle de la France car elle a perdu alors sa place spécifique. Le deuxième facteur, c’est que nous assistons à la fin du monopole occidental de la puissance. Comme pays occidental, la France voit son rôle diminuer. Ces évolutions stratégiques majeures s’imposent à tout président. Mais l’erreur qu’a commise Nicolas Sarkozy est d’avoir arrimé trop strictement la France au camp occidental.

La volonté politique a été déterminante. À l’époque de la guerre froide, le choix de l’atlantisme aurait pu l’emporter…

Pascal Boniface. Il y avait deux attitudes possibles : se rallier à la locomotive américaine ou travailler à faire bouger les lignes, mais pour cela il fallait être indépendant. C’est la ligne qu’a adoptée de Gaulle, qui fut poursuivie sous Mitterrand et même plus tard, après la guerre froide, par Chirac, quand celui-ci a refusé la guerre contre l’Irak en 2003. Ce fait est important car il montre que cette ligne gaullo-mitterrandiste n’était pas uniquement liée au contexte de la guerre froide mais pouvait lui survivre. Rappelons-nous le prestige qu’a apporté à la France son opposition à la guerre de George Bush. Quel est l’ADN stratégique de la France ? C’est d’être la voix de ceux qui n’en ont pas, de représenter ceux qui n’ont pas droit au chapitre. La France est forte quand elle représente un intérêt général plus important qu’elle-même, quand elle s’oublie en se dépassant dans l’autre. De la Révolution française à de Gaulle et à Mitterrand, chaque fois qu’elle a porté les aspirations de ceux qui ont du mal à peser sur le cours des choses, la France a toujours eu une influence supérieure à son poids réel. Si nous perdons cela, nous ne pesons plus grand-chose.

Sarkozy n’a-t-il pas marqué une rupture avec cette idée de la France ? N’est-ce pas là la portée symbolique du retour dans le giron militaire de l’Otan ?

Pascal Boniface. Dans la configuration géopolitique actuelle, la France ne peut peser que si son intérêt national est en phase avec ceux des autres nations, des autres peuples. C’était le génie de De Gaulle que d’avoir compris cela. Cette stratégie internationale, le Parti communiste la soutenait alors qu’il s’opposait à la politique intérieure de De Gaulle. À l’inverse, le PS, à l’époque, condamnait la politique extérieure de De Gaulle mais Mitterrand l’a poursuivie quand il est arrivé au pouvoir.

Sur l’arme nucléaire, le « rapport Kanapa » (1), qui marque l’approbation par le PCF de la dissuasion nucléaire, est antérieur au ralliement du PS. Le Parti communiste y voyait un instrument d’autonomie. La situation a changé aujourd’hui, mais à l’époque, la force nucléaire nous donnait des marges de manœuvre vis-à-vis de l’Union soviétique, et surtout vis-à-vis des États-Unis. Mitterrand critique la décision de De Gaulle de quitter le commandement intégré de l’Otan. Mais, sur ce point aussi, il suivra cette ligne d’autonomie.Il sera le premier président qui réclamera que les Palestiniens aient un État. En arrivant au pouvoir, Sarkozy veut opérer une rupture, mais ce n’est pas si facile. La France participait déjà à plusieurs comités militaires, elle était déjà en grande partie réintégrée dans l’Otan sans le dire. La principale question est : est-ce que l’Otan doit devenir l’alliance universelle occidentale, ce que Mitterrand qualifiait, en 1990, de « Sainte-Alliance » ? Devons-nous résoudre tous les défis politiques par des moyens militaires ? Est-ce que le rôle de l’Otan, c’est de s’inventer des missions qui nous font courir de graves dangers car nous apparaissons comme le bras armé du monde blanc contre tous les autres ? Pourquoi sommes-nous toujours en Afghanistan après avoir augmenté nos effectifs ? Parce que Nicolas Sarkozy a voulu plaire aux Américains. Nous mettons en danger la vie de nos soldats et nous ne remettons pas en cause les missions de l’Otan. Malgré la montée en puissance des dépenses militaires russes et chinoises, l’Otan représente 70 % des dépenses militaires mondiales.

La France a-t-elle gagné quelque chose à revenir dans le giron de l’Otan en 2009 ?

Pascal Boniface. Non, la France n’a rien gagné. 
Au début, on nous a dit que la France entrait dans l’Otan en échange de l’européanisation de l’alliance. L’entrée était conditionnée à l’obtention d’un gain en ce domaine. Ensuite, on a changé de discours : « Puisque nous sommes dans l’Otan, nous allons obtenir une plus grande européanisation de l’alliance militaire. » Le problème, c’est le regard que porte le monde sur la France. Nous avons donné le sentiment d’un alignement. Nous étions vus comme un pays indépendant des États-Unis. Nous avons perdu cet atout.

Vous distinguez deux courants en matière de politique extérieure : les gaullo-mitterrandistes et les occidentalistes. À quelle école rattachez-vous Nicolas Sarkozy ?

Pascal Boniface. Quand Nicolas Sarkozy était candidat, il s’est franchement rapproché de l’école occidentaliste. En même temps, il est pragmatique et reconnaît que le monde est multipolaire. Il est dans une grande contradiction. Il a deux ministres différents : Claude Guéant et Alain Juppé. Juppé se situe dans la ligne gaullo-mitterrandiste. Le discours de Guéant est une caricature de l’occidentalisme. Juppé reconnaît le caractère positif des révolutions arabes. Une semaine plus tard, Guéant se rend à Vintimille pour dire que 20 000 réfugiés tunisiens représentent un danger pour l’Europe et pour la France. Il y a un écart terrible, une vision du monde et de la France tellement opposée, antagonique, entre Guéant et Juppé qui, logiquement, ne devraient pas appartenir à la même formation politique.

Qu’est-ce qui fait courir Nicolas Sarkozy ? Une conception, une vision du rôle de la France ? Ne sont-ce pas plutôt la recherche de coups qui lui assurent des succès médiatiques, une mise en scène de son propre personnage ?

Pascal Boniface. Je crains que oui. Il agit comme un avocat. Il prend un dossier, va le défendre brillamment avec beaucoup d’énergie mais n’établit pas de lien entre le dossier qu’il plaide aujourd’hui, celui qu’il plaidera demain ou celui qu’il a plaidé hier. Il n’a pas une conception d’ensemble du rôle de la France dans le monde. On l’a vu avec la Libye. Heureusement qu’Alain Juppé a obtenu une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, car guidé par Bernard-Henri Lévy, Nicolas Sarkozy voulait que la France parte seule sans mandat du Conseil de sécurité. La dernière fois que nous avons fait cela, c’était dans l’affaire du canal de Suez, en 1956, et ce fut une catastrophe politique et stratégique majeure pour la France. Les bombardements en Libye ont duré sept mois, imaginez que cela ait pu se faire sans mandat international, cela aurait été un nouveau Suez. Sarkozy s’est lancé dans cette guerre pour faire un coup. Que voit-on maintenant ? Certes Kadhafi a été renversé, mais quels sont les dégâts de cette guerre ? Une cassure avec l’Europe, car nous avons reconnu seuls le CNT (Conseil national de transition) de façon unilatérale, sans avertir l’Europe. La responsabilité de protéger les civils, élaborée par Kofi Annan, est morte parce que nous l’avons détournée vers une action militaire pour un changement de régime. C’était pourtant un concept juridiquement novateur qui permettait de sortir du débat entre ingérence et indifférence. Maintenant, les pays arabes sont réticents. Si rien ne bouge en Syrie, c’est la conséquence de la Libye ; le coup d’État et le chaos au Mali, c’est une conséquence de l’affaire libyenne. Médecins sans frontières a quitté la Libye parce qu’on y pratique la torture, nous avons mis en place des gens qui ne respectent pas la démocratie, sans oublier le risque d’explosion de la Libye avec la volonté d’indépendance de la Cyrénaïque. Sans parler des événements au Mali qui en sont la conséquence indirecte. La guerre en Libye était très présentable médiatiquement mais le coût diplomatique peut être lourd. Sarkozy a réussi en Côte d’Ivoire. On a empêché le redémarrage d’une guerre civile qui aurait plongé l’Afrique de l’Ouest dans une dangereuse tourmente. Sarkozy en parle moins, il préfère évoquer la Libye.

La nomination de Kouchner au Quai d’Orsay, au début du quinquennat, signe-t-elle cette orientation occidentale et médiatique ?

Pascal Boniface. Au départ, Sarkozy hésitait entre Bernard Kouchner et Hubert Védrine. Les deux sont aux antipodes l’un de l’autre. Kouchner accepte le poste sans conditions. Devenu ministre, il a abandonné tous les principes qui étaient les siens lorsqu’il était dans les ONG et dans l’opposition. Védrine a refusé le poste pour ne pas abandonner ses principes. La nomination de Kouchner a été un coup médiatique. Il était populaire, incarnait l’action humanitaire. Il théorisera ensuite son propre échec et son absence de poids dans la détermination de la politique extérieure de la France.

La France a-t-elle renoncé à faire entendre sa voix pour la reprise du processus de paix au Proche-Orient ?

Pascal Boniface. Sarkozy s’est affiché comme étant très proche d’Israël, mais contrairement aux idées reçues, les hommes qui ont enclenché la rupture avec la diplomatie traditionnelle et active de la France furent Chirac et Villepin. Villepin est arrivé à détacher l’appréciation de la relation bilatérale franco-israélienne de l’action pour la reprise du processus de paix au Proche-Orient. Il était d’autant plus aisé à Nicolas Sarkozy de rebondir sur cette politique. Contrairement à Chirac, qui avait parfois des mots durs à l’encontre des autorités israéliennes sans que cela ne changeât rien à sa politique concrète, Sarkozy multiplie les déclarations d’amitié à Israël, au Crif, mais il critique l’absence de résultats au Proche-Orient. Mais il n’en tire aucune conséquence concrète vis-à-vis du gouvernement israélien.

Le discours de Dakar, en 2007, a laissé des traces d’autant plus terribles qu’il a été suivi de mesures vexatoires à l’égard des Africains. N’est-ce pas l’un des aspects les plus graves de la dégradation de l’image de la France ?

Pascal Boniface. Le discours de Dakar a laissé des traces terribles car il a été jugé insultant par les Africains. Dire que l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire apparaît comme une marque de mépris. Il y avait dans ce discours d’autres points plus positifs, mais on a retenu la phrase la plus choquante. Il est grave que pour un Malien ou un Sénégalais, il soit plus facile de se rendre aux États-Unis qu’en France. C’est pourtant la réalité. Pour des raisons de politique intérieure, d’affichage, nous perdons ce qui est notre essence et notre capacité de rayonnement. La circulaire Guéant sur les étudiants étrangers a été un instrument de dévalorisation de la France. À long terme, dans un monde globalisé, nous avons besoin de rayonner, d’être acceptés par le reste du monde. C’est la tradition française, et si nous donnons l’impression de la renier, d’être repliés sur nous-mêmes, de refuser l’autre, nous aurons moins de moyens de rayonner dans le monde et d’exister.

Qu’attendez-vous fondamentalement d’une politique extérieure nouvelle et d’un nouveau président ?

Pascal Boniface. Le prochain président devra faire en sorte que la France soit la France, comprenne qu’un pays ne peut être fort que s’il a une tradition universaliste. Je ne suis pas un inconditionnel de la France. Je suis patriote, mais si la France fait la guerre en Algérie, je ne suis pas fier de la France, quand elle fait le discours de Cancun ou de Phnom Penh, j’en suis fier. La France ne peut être elle-même que si elle représente une dimension plus large qu’elle-même. Qu’elle arrête de tenir des discours de stigmatisation et renoue avec sa tradition universaliste.

Une contribution au débat 

Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et enseignant à l’institut d’études européennes de l’université Paris-VIII, vient de publier le Monde selon Sarkozy (1). Cet ouvrage fait figure d’exception dans le foisonnement éditorial 
qui accompagne la campagne de l’élection présidentielle, en traitant de la politique étrangère de la France au cours des cinq années qui viennent de s’écouler. Les questions internationales ne sont pas le principal critère du choix des électeurs, elles sont reléguées à la seconde place, derrière les préoccupations de politique intérieure. Cependant, 
la place de la France et son action dans l’arène mondiale à l’époque de la globalisation capitaliste 
en crise sont des enjeux d’autant plus importants que 
le président sortant a voulu se dégager d’une certaine idée de la France qui a marqué notre diplomatie depuis de Gaulle et qui fut à peu près fidèlement poursuivie 
par ses successeurs jusqu’en 2007.

 

(1) Le Monde selon Sarkozy, 
Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. 284 pages 18,90 euros.

 

(1) Du nom de l’ancien dirigeant communiste, 
Jean Kanapa.

Entretien réalisé par Jean-Paul Piérot

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A ceux qui croient au ciel et à ceux qui n’y croient pas

8 Avril 2012, 06:32am

Publié par PCF Villepinte

A ceux qui croient au ciel et à ceux qui n’y croient pas
Au moment de faire partir cette lettre aux croyants, sur laquelle nous réfléchissions depuis plusieurs semaines, une profonde révolte est venue nous étreindre.
Face à la terrible tuerie de Toulouse et de Montauban, l'immense majorité du pays a réagi avec compassion, solidarité, dignité. Aujourd'hui la peine n'est pas tarie et nous n'oublions pas. Le temps est venu pour tous ceux qui refusent les paroles de haine, qui ont été prononcées depuis, de s'unir pour s'y opposer.
L’identité du tueur est désormais en train d’ouvrir les vannes aux discours de haine et de guerre. A la suite du violent climat de xénophobie qui a été soigneusement entretenu ces dernières années jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, les amalgames nauséabonds reviennent au galop : immigration, insécurité, terrorisme, misère. Avec ceux qui croient au ciel et avec ceux qui n’y croient pas, nous voulons faire barrage à ce déferlement, nous voulons lancer un puissant message de paix.

Ces évènements dramatiques n’adviennent pas dans un ciel sans nuages. Ces derniers temps, de polémiques dangereuses en stigmatisations malsaines, religion comme laïcité ont été détournées pour essayer de faire avancer la peur de l’autre et le repli sur soi. Chaque geste en ce sens a donné du grain à moudre aux racistes comme aux intégristes, qui au fond se rejoignent et se nourrissent.

- Nous avons dû combattre la course à l’islamophobie engagée par le Président de la République et ses amis avec Marine Le Pen. Aux hommes et aux femmes de confession musulmane, qui ont été violemment montrés du doigt, nous voulons dire qu’ils ne sont pas seuls.
- Nous avons dû dénoncer la façon insultante qu’a eu Nicolas Sarkozy de s’approprier la foi des chrétiens et d’y mêler la République. Subissant de plein fouet sa politique, nombre d’entre eux ont été choqués par les valeurs qu’il a foulées aux pieds, avec la traque des roms, la stigmatisation des chômeurs et le culte de l’argent.
- Nous avons dû démasquer l’imposture de l’extrême droite et les dérives de la droite qui a cherché à réveiller la bête immonde, en ressuscitant l’idée de civilisations supérieures et en montrant du doigt les comoriens, les tunisiens ou encore les grecs. Une droite qui a cherché à réinventer le racisme sur la base des convictions religieuses. L’antisémitisme ne tarde pas à surgir, lorsque la peur et la haine de l’autre grandissent. Il faut s’unir pour les combattre ensemble !
- Nous avons du affronter les fondamentalismes, qui contestent la légitimité de la République et veulent imposer des lois au nom de présupposés religieux. De même que les communautarismes, qui apparaissent pour certains comme des refuges face à la violence du monde, mais en réalité isolent et opposent.
- Nous avons dû, enfin, défendre la laïcité, à qui l’on a bien souvent voulu faire dire des choses qu’elle ne dit pas. Elle établit l’égalité de droits pour tous les citoyennes et citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques, dans un état indépendant. Cette égalité de droits comprend l’égalité entre hommes et femmes qui demeure dans toute la société un combat essentiel à mener. La laïcité est une grammaire du vivre ensemble.

C’est pourquoi nous refusons cette manière qu’a Nicolas Sarkozy de vouloir dicter aux croyants les cadres d’une religion-pharmacie qui serait chargée de répandre une morale publique d’appoint et de renvoyer dans l’au-delà les attentes d’une vie meilleure. Comme nous refusons une conception de la laïcité qui mène combat contre la religion et cherche à formater des individus dépouillés de leurs convictions dès qu’ils franchissent le pas de leur porte. Les communistes pensent que les croyants ont beaucoup à apporter au pot commun dans la construction d’une société plus humaine.

Nous voyons bien que le pouvoir en place n’a jamais eu qu’une idée en tête : diviser, opposer, désigner des boucs-émissaires. La laïcité est tout l’inverse de cela. Elle doit permettre un débat démocratique apaisé, parce que chacun s’y sent respecté, pour construire la paix.

Notre société est traversée par une crise sociale et économique, mais aussi écologique et démocratique, d’une extrême gravité. Pour nous, il s’agit d’une crise de civilisation qui remet profondément en cause la place et le devenir de l’humain. Elle est le résultat de choix politiques, outrancièrement accentués ces dernières années, qui ont conduit à des régressions majeures et à des renoncements dévastateurs pour la vie quotidienne des hommes et des femmes. Les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ont été allègrement piétinées. Comment bien vivre ensemble lorsque l’angoisse du lendemain est devenue une obsession lancinante ?

Il y a urgence aussi à arrêter les guerres néo-coloniales insupportables qui servent aujourd’hui de prétexte à des fous et à établir une paix juste en Israël et en Palestine.
La seule solution, la seule perspective qui devrait nous faire vibrer, c’est la fraternité, c’est une humanité dans laquelle chacun est reconnu et respecté.

Avec le Front de gauche, la volonté du Parti communiste français est plus que jamais de construire un changement profond qui conteste le pouvoir des forces de la finance et fasse valoir l’humain d’abord. Ce changement, nous voulons le construire avec notre peuple dans sa diversité. Et pour reprendre à nouveau la formule d’Aragon, avec celles et ceux qui croient au ciel comme avec celles et ceux qui n’y croient pas.

Les vraies raisons de nos difficultés ne sont à chercher ni chez celui qui croit différemment, ni chez celui qui souffre plus encore, ni chez l’étranger qui essaye de survivre à la traque, ni chez le jeune qui ne se voit pas d’avenir.
On les trouvera dans le choix de la concurrence à tout crin, la destruction de l’intervention publique, les atteintes à la démocratie, la marchandisation de tout ce qui pourrait nous unir et nous grandir, les discriminations en tous genres, la recherche effrénée du profit maximum quelles qu’en soient les conséquences, l’accaparement des richesses par quelques uns, les guerres néo-coloniales…
Hommes et femmes du peuple, nous pouvons nous unir dans notre diversité, face aux vraies causes et aux vrais responsables de notre mal-vie.
Nous sommes convaincus qu’il y a besoin d’autres choix politiques, radicalement différents. Des choix politiques qui mettront l’humain au coeur des préoccupations et des enjeux, pour redonner du sens au vivre ensemble.
En prenant garde de ne pas tout ramener aux élections, nous tenions à vous adresser ces quelques mots de respect et d’espoir, après ces années de traumatismes. Ces quelques mots de confiance en ce que notre peuple est capable de construire. Ensemble, prolongeons le débat et poursuivons sur des chemins communs.

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Mouvement(s): ce que la re-prise de la Bastille nous dit...

25 Mars 2012, 21:34pm

Publié par PCF Villepinte

Avec le drame de Toulouse, sommes-nous passés d'une séquence de classes à une séquence sécuritaire? Retour sur le sens de la Bastille. 

Séquences. Nul besoin d’avoir un grand sens de l’État pour voir le malaise environnant qui a chaviré la France depuis quelques jours. Schématiquement résumé, nous pouvons affirmer que la campagne électorale vient de changer de visage. En ce début de semaine encore, au lendemain d’une marche historique entre Nation et Bastille, nous étions dans une séquence de classes. Les odieux assassinats de Toulouse ont alors plongé la France dans la stupéfaction d’une séquence communautaire. Depuis, ce que nous redoutions le plus a surgi: nous voilà en pleine séquence sécuritaire. Et puisque vous y pensez autant que nous, ne tournons pas autour du pot. Nous savons que le surgissement de cette séquence «sécuritaire» était secrètement espéré par tous ceux qui portent la stigmatisation et la division en bandoulière.

Symboles. Comme l’affirmation d’un choix radical: revenons à la séquence de classes. Celle qui s’est déroulée pour notre plus grand bonheur à la Bastille. Ne nous méprenons pas. Lorsque Jean-Luc Mélenchon, auquel certains ont prêté des accents autant jaurésiens que gaulliens, lança au peuple réuni: «Où étiez-vous passés, tout ce temps?», ce n’était ni par pente nostalgique ni par esprit rétroviseur.
Non, cette expression volontairement ironique lui permit d’asséner à ceux qui en ont peur: «Nous sommes de retour!» Entre examen de conscience et examen d’émotion qu’appellent nécessairement les circonstances, nous laissons le rouge au front pour retrouver et réinventer le rouge du drapeau. Il y a de la grandeur à vouloir continuer et à continuer de vouloir – régénérer les idées, reconstruire une espérance, repartir de plus belle, lever les poings. Ce que Régis Debray appelle le «re» éternel, celui de Sisyphe «qu’il nous sied d’imaginer heureux (le contraire serait déprimant)». Nous étions brocardés, vilipendés, moqués, voire sacrifiés? Affrontons de face les déluges en vidéosphère pour ne pas taire notre fierté d’être là et bien là, moins seuls que jamais, même s’il ne faut jamais sous-estimer «la difficulté qu’il y a à braver l’opinion dans une démocratie d’opinion» (Debray). Car oui, nous étions «au bon endroit» et «à la bonne date».
Bastille: là où le peuple grandit dès qu’il redevient le peuple. 18 mars: anniversaire de la Commune de Paris. Qu’on ne s’y trompe pas. Certains symboles ne sont pas que des accessoires dévitalisés à destination de folklores dépassés – ils font partie du nous collectif et décorent et inspirent le chemin en tant qu’ils nous rappellent le devoir d’histoire et le travail de mémoire. Les mots «reprenons la Bastille», aussi bombés du torse soient-ils, avaient bel et bien un sens qu’il convient de ne pas cacher. Que signifiaient-ils et que signifient-ils encore? Ceci: arrêtons de consentir, sortons de la résignation, luttons, n’ayons plus peur, regroupons-nous, réunissons-nous, etc. Sans être des «modèles» d’action (quelle horreur!), les symboles ouvrent nos imaginaires et inspirent les actes. Puisque les antécédents sont là, pourquoi le peuple de France ne pourrait-il pas mettre une nouvelle révolution à l’ordre du jour, cette révolution citoyenne que nous souhaitons de tout notre cœur? Pas pour sortir les piques et les fourches, les armes et le fer, mais bien par les moyens du rapport de forces politique enfanté par une insurrection civique. Cette perspective tient en quelques mots: devant une France défigurée par les inégalités sociales, il est urgent de tourner la page de cet Ancien Régime en refondant une République. En somme, refonder le peuple français lui-même, rassemblé autour d’un idéal commun.

Idées. Il y a du bonheur, du plaisir et même de la fertilité à participer à une renaissance, qui, par définition, renouvelle et transforme l’âme matricielle. À quoi sert le Front de gauche? À regarder par-dessus l’épaule de son voisin, à imaginer plus loin que l’horizon, à tenter de s’incarner dans quelque chose de plus grand que soi. Choses vues à la Bastille, toutes aussi importantes: le Front de gauche nous permet – enfin ! – de quitter le dos-à-dos pour retrouver le coude-à-coude! Affirmons-le à visage découvert: nos idées avancent et nous avons tourné la page des humiliations. Que les excellences et autres éditocrates-de-la-haute se le disent: la gauche a retrouvé son peuple. Car la gauche sans le peuple n’a jamais été la gauche. Nous sommes là et ils n’en finiront jamais avec nous. L’histoire s’est remise en mouvement… Ce que nous avons
(re)commencé nous dépasse? Tant mieux. La force est ouverte, toujours prête à être enrichie par l’intelligence des autres. Comme disait Robespierre, nous voulons substituer dans notre pays «les principes aux usages», «le mépris du vice au mépris du malheur», «la grandeur d’âme à la vanité», «la vérité à l’éclat», «la grandeur de l’homme à la petitesse des grands»…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 23 mars 2012.]
 

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