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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

← Les mots jamais écrits

17 Janvier 2013, 18:52pm

Publié par PCF Villepinte

Sortie du N°100 des Lettres Françaises

 

Revue culturelle et littérraire les lettres françaises

N°100 – Les Lettres Françaises du 10 janvier 2013

Depuis 2004 (année de la création de sa nouvelle série) la revue Les Lettres Françaises continue de paraître dans les pages de l’Humanité! C’est pour nous l’occasion de vous signaler la sortie du numéro 100. Retrouvez ce mois-ci dans Les Lettres Françaises: Aragon par Antoine Compagnon et François Eychart, Amis, amants et démons par René de Ceccatty et Lefrère enquête sur un faux Rimbaud par Jean Ristat (2).

Pour télécharger le N° 100 des Lettres Françaises cliquez sur ce lien.  N°100 – Les Lettres Françaises http://www.les-lettres-francaises.fr/n100-les-lettres-francaises-du-10-janvier-2013/

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L’hémisphère Gauche : Les nouveaux lieux
 de la "pensée critique"

6 Janvier 2013, 16:56pm

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 4 Janvier 2013

Enquête. Quel rôle jouent les laboratoires d'idées ? (4/4)

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Des fondations aux Économistes atterrés, de multiples structurent existent aussi à gauche pour déconstruire le discours dominant et renouveler la pensée critique. Inaugurent-elles un nouveau mode d’engagement politique ?

« Il ne faut surtout pas déserter ces espaces », confie Alain Obadia. Dans le cadre du troisième Forum des think tanks, le président de la Fondation Gabriel-Péri participait, le 15 décembre, à un débat sur les « Dépenses publiques ». Au milieu d’une armée d’« experts » interchangeables issus des « laboratoires d’idées » les plus médiatiques, comme Terra Nova ou l’Institut Montaigne, une autre musique se fait entendre. Celle qui rappelle que le progrès humain devrait être la finalité, « à un moment où l’on n’offre d’autre perspective que la régression sociale au nom d’une vision “réaliste” de la mondialisation». « C’est un peu David contre Goliath », ironise un étudiant, lassé qu’on lui entonne toujours « la même chanson sur la dette et l’État dépensier ».

Aux antipodes des « boîtes à idées » en grande partie financées par les patrons du CAC 40 (voir l’Humanité du 31 décembre), la Fondation Gabriel-Péri assume sa vocation scientifique. Créée en 2004, à l’initiative du PCF, elle est l’une des cinq fondations reconnues d’utilité publique et financées par l’État. Ce projet, porté par Robert Hue, reposait sur deux objectifs : « travailler à comprendre l’histoire récente, et en particulier celle du mouvement ouvrier et communiste en France », mais aussi créer « un espace de rencontres et de confrontations intellectuelles utiles au progrès social ». « Au moment où s’accentue le fossé entre les lieux de décision politique et les réalités populaires, où seules les idées libérales exercent leur lobbying sur les politiques et sont surreprésentées dans les médias, la fondation avance des objectifs en lien étroit avec les dynamiques en œuvre dans les mouvements sociaux et dans les mobilisations populaires », rappelle Alain Obadia, à sa tête depuis mai dernier. Basée à Pantin, totalement indépendante financièrement, la Fondation Gabriel-Péri assume de ne pas livrer des « kits de prêt à penser » en vue d’échéances électorales, comme le font Terra Nova, pour le PS, ou la Fondation pour l’innovation politique, pour l’UMP. « Les fondations ne doivent pas être en concurrence intellectuelle avec les partis politiques. Nos activités se veulent à la fois utiles à la société tout entière, mais aussi un outil de réflexion privilégié pour les militants de gauche, et en particulier communistes. La bataille des idées, nous la menons sans être soumis au rythme infernal de l’actualité, ni aux impératifs électoraux », précise celui qui est également dirigeant du PCF.

Fondation Copernic

Depuis 1998, la Fondation 
Copernic, entièrement financée par les cotisations de ses adhérents, travaille elle aussi à « remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers », dans une démarche qui se veut beaucoup plus militante. « Face à la domination des idées libérales, notre objectif était de déconstruire le discours dominant et de proposer des alternatives en mélangeant les cultures et les origines de nos contributeurs, en faisant débattre des gens qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble », explique Pierre Khalfa, son coprésident. La Fondation 
Copernic assume vouloir « construire des cadres unitaires larges, comme sur les retraites ou le référendum européen, créer des ponts entre syndicats et partis », comme l’affirme le syndicaliste. Mélange des genres ou recomposition des modes d’engagement politique ? La candidature de l’économiste Yves Salesse (alors coprésident de la Fondation) à l’élection présidentielle de 2007 n’a pas manqué de soulever la question. Preuve qu’une certaine confusion règne encore sur l’articulation entre la production intellectuelle de ces structures, leurs liens aux partis politiques, et la nécessité pour la gauche de construire des batailles unitaires.

Attac et les atterrés

D’Attac aux Économistes atterrés, de multiples lieux de « pensée critique » ont vu le jour ces quinze dernières années. Inaugurent-ils une nouvelle forme d’organisation politique et entérinent-ils la délocalisation du « cerveau politique » ? « Ces nouveaux cadres de réflexion ont indéniablement comblé le vide laissé par la désertion des intellectuels, le désarroi idéologique provoqué par la chute du mur de Berlin. La gauche et le Parti communiste en particulier ont mis du temps à se relever pour assumer le débat d’idées qui se posait tout à fait différemment », analyse un dirigeant du PCF. « Le Front de gauche, avec la dynamique militante et intellectuelle qu’il a su faire naître pendant la campagne présidentielle, peut représenter ce lieu de convergences entre la culture militante des partis et une production intellectuelle autonome », poursuit-il.

« L’époque “des intellectuels organiques” est bel et bien terminée », ironise un historien, qui se félicite que l’intervention des intellectuels se fasse désormais hors des partis, dans ces structures « qui garantissent leur indépendance, tout en assumant leur démarche militante ». Pour d’autres, cette désertion illustre « la mort cérébrale » de l’ensemble de la gauche, piégée par la « professionnalisation politique » et la technocratisation du débat publique. C’est ce qu’avance Philippe Corcuff, pour qui elle confond « discours critique et pensée critique ». « La résistance aux stéréotypes néolibéraux » en a fait naître de nouveaux, relève-t-il, « refermant trop vite le travail de l’interrogation ». Et le philosophe de soulever ce paradoxe : la gauche vient de gagner électoralement alors qu’elle était en état de « décomposition intellectuelle ». Autrement dit, le chantier reste ouvert.

Maud Vergnol

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RUE 89:Face au vide de la pensée politique, les philosophes entrent en scène

3 Janvier 2013, 10:15am

Publié par PCF Villepinte

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Et si la vérité sortait de la bouche des octo et nonagénaires ? Coup sur coup, voici deux de nos plus vieux philosophes qui nous donnent leur diagnostic sur l’état de notre société et qui, chacun à leur manière, montrent un cap, pas exactement celui que nous suivons aujourd’hui.


Une de Rue89 Le Mensuel, février 2011 

Il y a bientôt deux ans, déjà, nous titrions un numéro de notre (défunt) mensuel « Ils nous réveillent, 258 ans de réflexion, toujours révoltés », avec en couverture Edgar Morin, Stéphane Hessel, et Susan George.

Edgar Morin, 91 ans, est de retour, non pas dans les vœux présidentiels comme lorsque Nicolas Sarkozy lui avait « emprunté » en 2008 son concept de « politique de civilisation » pour donner l’impression d’inventer quelque chose, mais dans un long texte publié par Le Monde, et intitulé de manière provocatrice :

« En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts. »

Deux jours plus tôt, c’était le philosophe Michel Serres, 82 ans, qui, dans une longue interview au Journal du dimanche, diagnostiquait fort justement la situation actuelle :

« Ce n’est pas une crise, c’est un changement de monde. »

Incapables de faire un « diagnostic juste »

L’un comme l’autre, chacun avec sa perspective, ils nous alertent sur notre incapacité à nous doter des clés pour comprendre ce « changement de monde ».


Edgar Morin chez lui à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Edgar Morin, qui avait participé pendant la campagne électorale à un exercice un peu complaisant avec François Hollande, justement dans Le Monde – le futur président qui dialogue avec le philosophe... –, lance une pique indirecte à l’homme qui, entretemps, est effectivement devenu Président et ne parvient pas (encore ?) à incarner les changements du monde.

Le philosophe souligne notre incapacité à faire un « diagnostic juste » de ce qui se passe aujourd’hui :

« Tout notre passé, même récent, fourmille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un progrès indéfini de la société industrielle, l’illusion de l’impossibilité de nouvelles crises économiques, l’illusion soviétique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sortie de la crise par l’économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise.

Règne aussi l’illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la croissance est remède à la rigueur. »

Il enfonce encore plus précisément le clou :

« Cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde. »

« Les illusions de la vieille gauche... »

C’est la gauche qui est visée :

« La gauche est incapable d’extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l’évolution et de la mondialisation. [...]

Notre Président de gauche d’une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un “en avant”. Mais cela nécessite une profonde réforme de la vision des choses, c’est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, à partir d’un diagnostic pertinent, d’indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle. »

Edgar Morin prône une « réforme de la connaissance et de la pensée par l’éducation publique », qui passe notamment par « la formation de professeurs d’un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l’identité et la condition humaine, l’ère planétaire, la compréhension humaine, l’affrontement des incertitudes, l’éthique ».

L’objectif :

« Ainsi, nous pouvons voir qu’un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l’autonomie individuelle et l’insertion communautaire. »

« Petite Poucette »

Michel Serres, pour sa part, se place dans une autre perspective, celle qu’ouvre la révolution technologique couplée aux formidables bouleversements sociologiques de notre temps.

Du haut de ses 82 ans, le philosophe et historien fait remarquer que, de son vivant, la population du monde est passée de deux à sept milliards, et que la part des agriculteurs en France est tombée de 50% à 1% !

« Dans la même période, l’espérance de vie a triplé. C’est tout cela que l’on ne voit pas. »

Mais notre penseur octogénaire est surtout fasciné par la montée de la génération numérique, celle des trentenaires, qu’il a baptisé « Petite Poucette » (titre d’une conférence puis de son dernier livre, éd. Le Pommier, 2012), celle qui vit « dans » l’ordinateur et pas « avec » comme la sienne.

Et il retrouve Edgar Morin dans la première de ses priorités de ce qui doit être repensé dans notre monde pour s’adapter à la montée en puissance de cette génération et de sa culture, l’éducation :

« Une nouvelle université. Il faut aussi construire une nouvelle chambre des députés, une nouvelle représentation politique, un nouveau droit. Le droit tel qu’il est – il n’y a qu’à voir l’échec d’Hadopi – ne correspond plus à la réalité… Le plus grand effort qu’il faudra faire, demain matin, c’est même assez urgent, est de repenser l’ensemble de ces institutions. »

Il se met à rêver d’une démocratie directe aidée par les moyens numériques généralisés, faisant du monde une grande Suisse où les citoyens ont la parole.

L’historien entre en scène :

« Reprenons l’histoire. En Grèce, avec l’écriture, arrivent la géométrie, la démocratie et les religions du Livre, monothéistes. Avec l’imprimerie arrivent l’humanisme, les banques, le protestantisme, Galilée, la physique mathématique… Il suffit de voir tout ce qui a changé lors du passage à l’écriture et à l’imprimerie. Ce sont des changements colossaux à chaque fois.

On vit une période historique. Petite Poucette n’est pas générationnelle. Ce n’est pas l’héroïne de la rentrée, elle est historique. D’ailleurs, une part de la “crise” d’aujourd’hui vient aussi de cela, de la coexistence actuelle de deux types d’humains… Petite Poucette et ceux de l’ancien monde. Son temps à elle arrive. »

Pas de prêt-à-penser

Ni Edgar Morin, ni Michel Serres, n’arrivent avec un prêt-à-penser à usage des nouvelles générations. Morin se place visiblement dans une perspective de reconstruction longue. Et Serres dit au JDD que si « une nouvelle politique se mettra en place », il ne s’estime « pas assez bon pour le dire, mais [la voit] arriver ».

Mais ils viennent à point nommé nous alerter sur le fait que nous ne pouvons pas seulement analyser la crise actuelle avec nos grilles de lecture traditionnelles ; il faut en inventer d’autres pour éviter de rater le coche des profonds bouleversements de notre temps, en France et dans le monde.

Ça n’est pas nécessairement rassurant – l’inquiétude, mal français... –, mais ce questionnement est salutaire face au discours politique qui tourne de plus en plus à vide et dont les citoyens se détournent sans savoir par quoi le remplacer.

P.S. : Sur Twitter, François Damerval me signale que j’oublie un centenaire, l’économiste Américain Ronald Coase, Prix Nobel qui s’est exprimé le 29 décembre pour appeler les Américains à se méfier ... des économistes.

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Les 5 essais de 2012 (regards.fr)

27 Décembre 2012, 10:32am

Publié par PCF Villepinte

|Web

Sur l’État, de Pierre Bourdieu, Cours au Collège de France 1989-1992, coéd. Raisons d’agir / Le Seuil, 658p., 29 €. - Pour les dix ans de la mort de Pierre Bourdieu, les éditions Raisons d’agir et Le Seuil publient les cours du sociologue au Collège de France dans un ouvrage intitulé Sur l’État. Où l’on découvre la complexité des rapports de Bourdieu à l’État. Lire la chronique.

La société du hold up, le nouveau récit du capitalisme, de Paul Vacca, éditions des Mille et une nuits, 158 pages, 13 € - Voici un petit essai brillant, léger, intelligent. Son idée ? Faire du « hold up » la métaphore mythologique ou encore le paradigme du capitalisme omnivore régnant. Lire la chronique.

Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? Politiques du charisme, de Jean-Claude Monod, éd. Seuil, 318 p., 21€ - Peut-on encore invoquer la nécessité du charisme en politique, après le fascisme, le nazisme ou le stalinisme ? Cette question, que pose l’ouvrage éponyme, a resurgi lors de présidentielle autour de la personne de François Hollande faisant campagne sur une candidature « normale » face à un l’hyperprésident Nicolas Sarkozy. Lire la chronique.

Congo. Une histoire, de David Van Reybrouck, éd. Actes Sud, 700 p., 28 € - En 2003, David Van Reybrouck, journaliste, romancier, homme de théâtre, belge quadragénaire, a décidé de raconter l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo (ex- Zaïre). L’aventure, documentaire et littéraire allait durer plus de cinq ans. Le résultat, ce Congo. Une histoire, est un bijou. Lire la chronique.

La dernière leçon de Michel Foucault. Sur le néolibéralisme, la théorie et la politique, de Geoffroy de Lagasnerie, éd. Fayard, 190 p., 17 € - Au lieu d’y voir une idéologie conservatrice ou réactionnaire, Michel Foucault a saisi ce que le néolibéralisme produisait en termes de rupture. Geoffroy de Lagasnerie pointe les potentialités d’une telle approche pour renouveler la grammaire critique à gauche. Lire la chronique

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Il est grand temps de rallumer les étoiles, Ce sont eux qui le disent!

9 Décembre 2012, 17:37pm

Publié par PCF Villepinte

Michel Wieviorka Gestion et sécurité, cela ne suffit pas à la gauche !
Publié le 09/12/2012 à 12h40

Manuel Valls à Montreuil vendredi (Chamussy/Sipa)

Il fut un temps où la gauche, en France, pouvait tenter de s’inspirer de grands modèles eux-mêmes sous tension.

  • le communisme a sombré, malgré les efforts de ses promoteurs les plus ouverts pour proposer dans les années 70 un « eurocommunisme » devant beaucoup à l’exemple italien et à la pensée d« Antonio Gramsci ;
  • la “ deuxième gauche ” syndicale (Edmond Maire) et politique (Michel Rocard) n’a pas survécu aux années Mitterrand ;
  • le social-libéralisme de Tony Blair, Bill Clinton ou Gerhard Schroeder a complètement disparu de notre horizon avec la crise financière et économique.

Reste l’idéal social-démocrate : ne résiste-t-il pas à l’usure du temps, ne peut-il pas encore être invoqué, même s’il s’agit d’une référence en réalité fort abstraite dans notre pays, qui n’a jamais été social-démocrate dans les faits ? François Hollande est-il encore social-démocrate ?

Etat providence + le mouvement ouvrier

La social-démocratie repose sur deux piliers :

  • l’Etat-providence, la redistribution associée à la solidarité ;
  • l’adossement de l’action politique sur le mouvement ouvrier.

De ce deuxième point de vue, les événements récents montrent à l’évidence qu’il impossible de se réclamer, aujourd’hui, à gauche, d’un quelconque esprit social-démocrate.

Le mouvement ouvrier s’est considérablement affaibli depuis une quarantaine d’années, au point que le Front national se fait le champion des “ oubliés ” et des “ invisibles ”, ces ouvriers sans repères ni espoir, sans capacité d’action collective, qui vivent en grand nombre dans des zones périurbaines et qui ont disparu de nos écrans et de nos représentations.

Ce qui subsiste du mouvement ouvrier, avec notamment les superbes “ hommes du fer ” de Lorraine, mène des luttes défensives, pour sauver l’emploi, bien plus qu’il n’est en mesure d’inspirer des contre-projets de société. Et à aucun moment le pouvoir actuel ne semble incarner les attentes et les demandes de ces acteurs. Son inspiration n’a rien à voir avec le souffle du combat des ouvriers de la sidérurgie ou de l’industrie automobile.

S’appuyer sur un autre mouvement social ?

Nous ne sommes plus une société industrielle, et on pourrait imaginer une “ néo-social-démocratie ”, une social-démocratie revisitée, repensée, dans laquelle de nouveaux mouvements sociaux et culturels viendraient prendre la place du mouvement ouvrier pour inspirer l’action politique.

Mais là aussi, le pouvoir semble bien loin d’être porté par les aspirations ou les revendications qui proviennent, par exemple, des mouvements antinucléaires ou écologistes. La construction du réacteur nucléaire nouvelle génération de Flamanville ne semble guère affectée par la contestation, et le gouvernement est assurément sur une autre ligne que les écologistes qui demandent l’abandon du projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

Nous étions orphelins du communisme, de la deuxième gauche, de la troisième voie, nous le sommes donc aussi de la social-démocratie. Et nous sommes bien en peine de déceler une inspiration de gauche claire et forte qui structurerait l’action de nos gouvernants.

Bonne gestion et ordre républicain

En fait, deux références principales viennent tenir lieu de colonne vertébrale au pouvoir actuel.

La première est celle de l’expertise et du savoir-faire technocratique : pour sortir de la crise actuelle, ne faut-il pas faire confiance à la raison, à la compétence en matière économique et gestionnaire, un peu comme en Italie, où Mario Monti a su un temps s’imposer au dessus des partis pour mettre en œuvre avec un gouvernement dit “ de techniciens ” une politique de rigueur ?

La cacophonie récente qui vient de discréditer le pouvoir à l’occasion de ses négociations avec Mittal pour tenter de sauver le site de Florange donne à penser que la logique de la compétence est vite débordée par les problèmes concrets : l’appel à la raison technocratique, incarnée par la présence massive d’anciens élèves de l’ENA au sommet des appareils d’Etat, n’est pas une réponse satisfaisante au déficit de structuration politique qui caractérise la gauche au pouvoir aujourd’hui.

Et ce n’est pas parce que le chef de l’Etat s’efforce en permanence de trouver des compromis entre des logiques d’action et des forces politiques conflictuelles qu’il transforme en social-démocratie un mélange de rationalité, de pragmatisme et de sens de la négociation.

Deuxième référence : la République. Le discours, ici, n’est pas adossé sur la compétence économique et gestionnaire, sur la prétendue rationalité des experts, il se fonde sur des promesses républicaines d’ordre et de sécurité. Cette promesse n’a rien de gauche en elle-même, et elle ne dit rien des tensions ou des problèmes économiques, culturels, sociaux qui génèrent l’insécurité.

Elle répond à de fortes attentes qui traversent tout la société, et celui qui l’incarne, le ministre de l’Intérieur, bénéficie bien plus que d’autres d’une image favorable au sein de l’opinion, en général, comme à gauche, en particulier.

La nécessité d’une nouvelle vision

Ni la raison experte, ni la mise en avant de l’ordre républicain ne sont à la hauteur des enjeux politiques d’aujourd’hui, et ni l’une ni l’autre ne sont spécifiquement de gauche. Pire : l’une comme l’autre peuvent susciter de nouveaux problèmes.

  • La première ne peut que créer ici et là d’intenses déceptions, et, de là, des difficultés politiques considérables que le pouvoir actuel croit à tort possible de gérer au cas par cas, au fur et à mesure que les questions deviennent aiguës, et en fonction de la capacité plus ou moins grande qu’ont les acteurs de se faire entendre.
  • La seconde, quand elle n’accompagne pas des mesures à l’écoute des demandes culturelles ou sociales émanant de la société, risque de s’autonomiser pour devenir un mélange inefficace de répression et d’incantation idéologique.

Le pouvoir ne nous tirera pas de la crise actuelle, qui est aussi morale et politique, en se contentant de conjuguer rigueur technocratique et ordre républicain, le tout assorti d’une com’ accompagnant tactiquement ses moindre faits et gestes. Il est grand temps qu’il réfléchisse aux idées générales qui le doteraient d’une vision tendue vers l’avenir.

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Résistant(s) : avec les mots de Jacques Decour

9 Décembre 2012, 17:23pm

Publié par PCF Villepinte

Un livre de recueil des articles de presse clandestins du fondateur des Lettres Françaises. De quoi comprendre où se plaçait l’intellectuel durant les années de plomb...

Decour. «Sans doute devons-nous voir dans cette mort, dans la façon dont il la veut et l’accueille, le point le plus sublime auquel pouvait atteindre ce jeune homme si doué, qui promettait beaucoup trop pour pouvoir tenir, s’il avait vécu.» Lorsque la police française arrêta Jacques Decour pour le livrer aux autorités allemandes, le 17 février 1942, elle réquisitionna un recueil qu’il tenait dans la poche intérieure de sa veste. Sur ces pages figurait cette citation extraite d’un texte admirable sur le Rouge et le Noir dans lequel il évoquait la figure de Julien Sorel. Stendhalien dans l’âme, Decour n’était pourtant pas un adepte des autoportraits dans son œuvre romanesque. Mais de roman il ne s’agit point ici. Grâce aux éditions la Thébaïde et à Pierre Favre, qui a réuni ses écrits avec Emmanuel Bluteau, tous les lecteurs peuvent désormais découvrir, soixante-dix ans plus tard, un ensemble de trente-deux articles de presse clandestins de l’auteur, publiés dans l’Université libre, la Pensée libre et les Lettres françaises, organes clandestins de combattants, rassemblés sous le titre "la Faune de la collaboration" (350 pages), de quoi comprendre au premier coup d’œil où se plaçait l’intellectuel durant les années de plomb (1) pour réveiller la conscience de ses compatriotes face à l’occupation et à l’émergence des «écrivains français en chemise brune».

Lettres. Tous les amoureux-lecteurs des Lettres françaises connaissent bien sûr le nom du cofondateur (avec Jean Paulhan) de cette revue mythique, dirigée par Louis Aragon après-guerre, actuellement par Jean Ristat. Mais savent-ils que Jacques Decour, qui avait adhéré au PCF en 1936, avait la passion de l’Allemagne?
De son vrai nom Daniel Decourdemanche, il avait obtenu, à vingt-deux ans, son agrégation d’allemand (plus jeune agrégé de France) et au lycée Rollin, il professait à ses élèves que le germanisme était un humanisme. Il enseignait l’amour de Heine, Hölderlin ou Nietzsche, il avait traduit Kleist, exalté le Prince de Hombourg, il vantait la littérature et la philosophie d’outre-Rhin et il avait même rapporté d’un long séjour à Magdebourg, un livre visionnaire, Philisterburg (1930). Pourtant, Jacques Decour ne doutait pas que dans ce pays, selon ses propres mots, «la civilisation la plus haute» avait toujours bataillé avec «la barbarie la plus inhumaine». Aussi savait-il à quoi s’en tenir quand il s’inquiétait, deux ans avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir, de la montée des idées du national-socialisme et de l’exacerbation de la haine antisémite: «Le nationalisme ne sert à rien, écrivait-il, il engendre la haine, il ne sauvera pas l’Allemagne.»

Écrire. Jacques Decour fut en toute logique l’un des tout premiers intellectuels à entrer en Résistance, à participer à la création de journaux clandestins, sans pour autant cesser d’enseigner. Et il décida d’écrire sa Résistance. Les phrases sont ainsi des actes de courage et d’engagement – comme les armes à la main. Ses ennemis? Les nazis. Et les collabos, quels qu’ils soient. Il rappelait les premiers à leur histoire, Heine (le juif), Kant, Hegel, Goethe, etc., non sans s’étonner qu’elle ait pu produire le mal absolu. Il tançait les seconds sous les traits jaillis de sa plume, les Brasillach, Drieu, Chardonne, Jouhandeau, Bonnard, Fernandez, Fraigneau, etc.: «Vous avez choisi l’abdication, la trahison, le suicide. Nous, écrivains français libres, avons choisi la dignité, la fidélité, la lutte pour l’existence et la gloire de nos lettres françaises.» Dans "le Sage et le Caporal", paru en 1930, Decour lança cette injonction: «Il faut écrire ou vivre.» Il avait trente-deux ans le 30 mai 1942, quand les Allemands le fusillèrent, au mont Valérien, après des semaines d’attente et d’angoisse en prison. Quelques heures avant d’être passé par les armes, dans une lettre fascinante adressée à ses parents, il émit le vœu que ses élèves du lycée Rollin sachent combien il avait pensé, dans sa cellule, à la pièce de Goethe, Egmont, dont l’ultime tirade est: «Pour sauver ce que vous avez de plus cher, je tombe avec la joie, ainsi que je vous en donne l’exemple.»

Céline. Pendant ce temps-là, l’ineffable Patrick Buisson, ex-conseiller de Nicoléon et ancien porte-plume de l’Action française et de Minute, s’est associé à Lorànt Deutsch, pseudo-royaliste tendance histrion, pour publier le "Paris de Céline" (Albin Michel). Mais dans ce livre consacré à Louis-Ferdinand vous ne saurez rien, absolument rien, du Paris de l’Occupation, ni des écrits antisémites du collabo Céline ou encore des raisons qui poussèrent l’écrivain de Bagatelle pour un massacre à l’exil après sa condamnation à l’indignité nationale. Mieux, nos deux missionnaires y glorifient le brave docteur Destouches, toujours prompt à «soigner de son mieux un homme torturé par la Gestapo». Hélas, vous avez bien lu…

(1) Nous regrettons néanmoins les trop rares évocations au fait que Jacques Decour était communiste - son engagement de la première heure n'étant pas sans rapport... 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 30 novembre 2012.]

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Peine(s) : quand Derrida enseignait la déconstruction de l'échafaud

24 Novembre 2012, 08:10am

Publié par PCF Villepinte

Les éditions Galilée publient le premier volet de «Séminaire. La peine de mort» (vol. 1, 1999-2000, 402 pages, 35 euros. Un événement philosophique.

Derrida. Comme les fragments d’un registre sans date arrachés à une longue nuit, l’envie s’invite parfois par effraction ou par nécessité. Ainsi l’autre soir, saisis par un élan irrépressible qui nous a entraînés loin dans l’insomnie, il nous fallut revisionner une fois encore le formidable documentaire D’ailleurs Derrida, de Safaa Fathy (éditions Montparnasse, 2000), et de nouveau se laisser bercer par le verbe, l’image et la voix – mon Dieu, cette voix ! – de Jacques Derrida, comme un retournement du temps d’autant plus nécessaire qu’à chaque « actualité » éditoriale post-mortem du philosophe, l’émotion de sa disparition et de son manque nous étreint comme au premier jour. Ses premiers mots, dans D’ailleurs Derrida, restent gravés dans le marbre de notre mémoire fondamentale: «Ce qui vient à moi, depuis longtemps, sous le nom de l’écriture, de la déconstruction, du phallogocentrisme, etc., n’a pas pu ne pas procéder à une étrange référence à un “ailleurs”. L’enfance, l’au-delà de la Méditerranée, la culture française, l’Europe finalement. Il s’agit de penser “à partir de” ce passage de la limite. L’ailleurs, même quand il est très près, c’est toujours l’au-delà d’une limite. Mais en soi. On a l’ailleurs dans le cœur, on l’a dans le corps. L’ailleurs est ici. Si l’ailleurs était ailleurs, ce ne serait pas un ailleurs.»

Mort. L’actualité éditoriale principale de Jacques Derrida ce mois-ci nous provient (sans surprise) des remarquables éditions Galilée, qui publient le premier volet de «Séminaire. La peine de mort» (vol. 1, 1999-2000, 402 pages, 35 euros).
Le philosophe a consacré à ce sujet, outre son enseignement aux universités d’Irvine (Californie) et de New York, deux années de séminaires à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess), en 1999-2000 et 2000-2001. «Questions de responsabilités» était le nom du vaste programme de recherche à partir duquel Jacques Derrida avait décliné quelques sujets majeurs et récurrents dans son enseignement comme dans son œuvre: «Hostilité-hospitalité», «Le parjure et le pardon», «La peine de mort» et «La bête et le souverain».
L’apport essentiel de cet ouvrage en tous points prodigieux vient du fait que le philosophe y pratique une déconstruction magistrale des principes «philosophiques» qui fondent les discours juridiques, religieux et politiques sur la peine de mort, ce qu’il appelait «la déconstruction de l’histoire comme échafaudage de cet échafaud». Tout passe ainsi au révélateur derridien: Platon, Beccaria, Kant, Nietzsche, Rousseau, Hegel, même Hugo, ou encore Foucault et Blanchot (forcément Blanchot) et bien sûr les textes canoniques ou de droit dans l’histoire. Vous l’avez compris: Derrida imposa, même aux États-Unis, sa «lecture» d’un abolitionnisme universel et non lié à des circonstances conjoncturelles. Résumons: nous ne sommes pas contre la peine de mort parce qu’il y a des risques d’erreurs judiciaires, mais bien en raison de valeurs philosophiques universelles!

Déconstruction. Le cœur a sa géographie, elle a aussi son histoire. Signalons donc au passage le très beau numéro réalisé par les Temps modernes intitulé «Derrida, l’événement déconstruction» (414 pages, 28 euros), qui revient sur les éléments déclencheur et moteur du concept si célèbre. Parmi les documents produits, deux entretiens inédits – et assez fascinants – du philosophe nous donnant à voir le travail de la pensée inconsciente qui consiste à défaire sans jamais les détruire ses («nos») pensées dominantes ou hégémoniques. Avouons-le: la déconstruction aura, pour beaucoup d’entre nous, constitué la grande invention philosophique de la fin du XXe siècle, en tant qu’instrument intellectuel et pratique, comme manière de décrypter le monde dans ses complexités. Car la pratique dite de «déconstruction» ne se réduit jamais à une (simple) critique – de l’idéologie ou textuelle – et s’opère toujours sur plusieurs fronts. Le front des textes au sens strict du mot comme sur celui de la langue; le front des institutions précisément structurées à partir de ces textes qui dictent les protocoles de lecture; le front du processus de déconstruction lui-même. Derrida disait: «Une pratique déconstructrice qui ne porterait pas sur “des appareils institutionnels et des processus historiques” (…), qui se contenterait de travailler sur des philosophèmes ou des signifiés conceptuels, des discours, etc., ne serait pas déconstructrice.»

Demain. Que les passionnés le sachent. Les chercheurs disposent de l’équivalent de 14.000 pages imprimées des cours de Jacques Derrida, à la Sorbonne, à l’Ehess ou aux États-Unis. L’édition critique intégrale devrait représenter une quarantaine de volumes, à raison d’un volume par année d’enseignement… Nous n’en finirons jamais avec Jacques Derrida!

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 22 novembre 2012

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« La République acquise dans le mouvement de l'histoire mérite une seconde jeunesse »

25 Septembre 2012, 13:17pm

Publié par PCF Villepinte

 
« La République acquise dans le mouvement de l'histoire mérite une seconde jeunesse »
 

 

 

 

Chers amis, chers camarades, citoyennes et citoyens,

 

Je veux d'abord remercier la Société des études robespierristes, Michel Biard son président, pour son action et l'initiative de ces deux journées de colloque conclues par la cérémonie qui nous rassemble ici ce soir.

 

En mai dernier, un chroniqueur du mensuel L'Express débutait un de ses compte rendu de lecture par ces mots : « En septembre de cette année, on pourra, si l'on veut, célébrer le 220e anniversaire de la naissance de la première République française. Il n'est pas certain que les célébrants seront légion. » Soyons donc heureux et fiers de pouvoir rassurer notre chroniqueur.

Votre présence active ce soir le contredit sur ce point. Oui, nous sommes légion à considérer que l'abolition des privilèges, et l'abolition de la monarchie – absolue puis constitutionnelle – qui ont présidé à la naissance de la République française est un événement digne, 220 ans plus tard, d'être fêté par ses enfants.

 

Événement d'autant plus digne d'être célébré que notre République souffre.

La République est malmenée quand on poursuit en son nom des syndicalistes, quand le pouvoir bafoue les droits sociaux, arrache à leurs bancs d'école des enfants d'immigrés, traque ces mêmes immigrés comme des parias, un pouvoir qui, par contre, distribue des milliards aux banques mais ferme des maternités ou des écoles pour « économiser » l'argent public.

Oui que cette République est bien malmenée, que les années que nous venons de traverser l'ont déformée par l'hyper-présidentialisation et l'effacement du Parlement, par des modes de scrutins qui tronquent la réalité politique de notre pays, déformée aussi par un exercice inique du pouvoir, soumis à la loi du marché et de la finance.

« La Liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément, » cria l'Enragé, Jacques Roux, à la tribune de la Convention, le 25 juin 1793. Et si je suis parmi vous ici ce soir, avec mes camarades communistes, c'est pour rendre hommage aux femmes et aux hommes et à leurs représentants qui, il y a 220 ans, décrétèrent le peuple souverain et seul maître de son destin. C'est parce que cet anniversaire est plus que jamais d'actualité.

 

Est venu le temps de décréter à nouveau le salut commun.

 

La Ve République est à bout de souffle.

 

Elle ressemble plus à une sorte de monarchie déguisée, clandestine, qu'à la République que chaque Français, que chaque femme et homme qui a choisi notre nation pour s'établir, porte dans son coeur et qui garantit l'égalité des citoyens devant la loi, qui garantit les droits fondamentaux et leur égalité d'accès à tous.

 

« La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d'exister, toutes les autres lois sont subordonnées à celle-là. » disait Robespierre (2 décembre 1792).

 

C'est pourquoi, quel que soit notre engagement philosophique ou politique, ce qui nous réunit, nous rassemble, si nous sommes présents c'est parce que la République fonde notre engagement constant pour la justice, l'égalité, la liberté et la fraternité.

 

Contre elle, les forces qui s'accrochent à leurs privilèges et qui en veulent toujours plus sont mobilisées – elles ont un talent particulier pour instaurer la peur, la confusion, la division.

 

La République fut acquise dans le mouvement de l'histoire, au coeur de la grande Révolution française. « C'était une sublime nouveauté du monde », écrit Jean Jaurès dans L'histoire socialiste de la Révolution française, qui ajoute

 

« Il y avait eu des républiques aristocratiques ou fondées sur le travail des esclaves, sur toute une hiérarchie de la conquête. Il y avait eu des républiques barbares, courtes associations militaires où le courage suscitait et désignait des chefs. Il y avait de petites républiques oligarchiques, comme celles des cantons suisses. Il y avait la république des exilés, des proscrits, celle que, sur le sol vierge de l'Amérique, où il n'y avait aucune racine de monarchie, formèrent les descendants des puritains. Mais qu'un grand et vaste peuple, policé et riche, chargé de dix siècles d'histoire, qui avait grandi avec la monarchie et qui, hier encore, la jugeait nécessaire même à la Révolution, que ce peuple, où il n'y avait pas d'esclaves, où il n'y avait plus de serfs et où, depuis le 10 août, tous les citoyens étaient égaux, s'élevât à la République, et qu'il devînt vraiment, tout entier, dans tous ses éléments, un peuple de rois, voilà en effet la grande nouveauté et la grande audace. »

 

Oui, une sublime nouveauté du monde qui remontait aux droits imprescriptibles de l'homme pour en déduire ceux du citoyen. Cette conquête est restée une bataille, que l'on pense à 1848, à la Commune de Paris, à 1936 ou à la Libération. Aujourd'hui, à nouveau, la bataille est engagée.

 

Le Bicentenaire de la République, en 1992, coïncidait avec le référendum sur le Traité de Maastricht. Qui se souvient de ce bicentenaire ? Nos historiens, certes, mais le peuple n'a pas oublié ce qu'on lui a fait avaler et vivre depuis. À une courte majorité, le Traité de Maastricht a alors été ratifié mais à quel prix de peurs et de mensonges. Et quand il a rejeté par le vote le Traité constitutionnel européen, on le lui a imposé quand même par la seule signature d'un chef d'État au Sommet suivant.

 

Aujourd'hui si nous votions, nous serions 64% à rejeter Maastricht sans pour autant vouloir renoncer à toute idée européenne. Précisément, les anniversaires ont quelque chose de bon : notre peuple – auquel on dénie le droit de se prononcer directement sur le Traité budgétaire européen – pourrait à nouveau se saisir de son droit fondamental de décider de son avenir.

 

Que nous prépare ce traité, qui porte un nom de composé chimique TSCG ? Il prépare le plus grave abandon de souveraineté nationale depuis l'instauration de la République. C'est un bras-de-fer non entre l'Europe et les nations, mais entre les peuples et l'oligarchie ; il s'agirait ni plus ni moins de couper les vivres à la nation dès qu'elle oserait choisir par elle-même d'autre voies que celle de l'inégalité, de la domination. Il s'agirait de maintenir les nations d'Europe, les peuples d'Europe en permanence dans la restriction, dans une société qui finira par ne plus ressembler à rien à force d'être vidée de toute solidarité.

 

À l'aristocratie nobiliaire a succédé une espèce d'aristocratie financière qui voit dans toute dépense publique un manque à gagner insupportable. Pourquoi, selon elle, quand il y a tant de richesses, la partager avec ceux, les plus nombreux, qui les ont produites ?

 

Que cherchent ces forces qui se battent becs et ongles pour leur monde de fric ?

 

« La fonction du libéralisme dans le passé a été de mettre une limite aux pouvoirs des rois. La fonction du vrai libéralisme dans l'avenir sera de limiter le pouvoir des parlements. » (Herbert Spencer, Le droit d'ignorer l'État, 1851)

 

Voilà que nous y sommes : la République appelle à un nouvel âge – Les libéraux veulent se passer des parlements ? Les républicains veulent arracher des droits et des pouvoirs nouveaux pour les citoyens, les salariés dans les entreprises et dans les institutions.

 

Les libéraux – qui ne voient de liberté que dans la circulation des flux financiers et l'accumulation du capital – veulent démolir le code et la durée légale du travail, dépecer une bonne fois pour toutes les services publics et s'approprier tout ce qui peut se vendre et être rentabilisé ; la santé, l'énergie, les transports. Qu'importe qu'on fasse vivre les peuples sous l'urgence et la précipitation, le manque et le besoin constants, l'injustice et la concurrence, la compétition et les aliénations.

 

La République française méprisée, c'est le peuple et la nation de France qu'on méprise. Et que pour cela on invoque la nécessité européenne est une insulte à l'intelligence de notre peuple, de tous les peuples d'Europe.

 

Ce jour, 21 septembre, est devenu au long des siècles qui nous sépare de Valmy et de la naissance de la République en France, journée mondiale de la paix. Il ne peut y avoir pour les républicains que nous sommes, pour les démocrates que nous sommes, de plus belle association que celle de la République et de la paix, du désarmement et de la coopération entre les peuples.

 

Lorsque les Français firent leur révolution, les noblesses d'Europe s'allièrent pour la mettre en échec. Oui, la violence peut être présente dans une révolution, mais que de violence déployée lorsque les aristocrates, pour protéger leurs privilèges, déclenchèrent la guerre et la répandirent en Europe.

 

Aujourd'hui, les nouveaux aristocrates mènent à nouveau une guerre : les institutions financières, les banques, les transnationales ont imposé la guerre économique pour régir les relations entre les peuples et s'accaparer leurs richesses. Ils ont imposé le thème réactionnaire et pernicieux du "choc des civilisations" pour briser dans l'oeuf, rendre inconcevable, toute convergence des résistances populaires à travers le monde contre l'iniquité de l'ordre capitaliste.

 

Fidèles à la République qui mérite une seconde jeunesse qu'on nommerait 6e République, nous luttons contre le pouvoir de l'argent qui casse l'emploi et jette à la rue des centaine de milliers d'ouvriers, de techniciens, de scientifiques.

 

Nous luttons pour une République des droits de l'homme, de la femme, de l'enfant et du citoyen qui de son lieu d'études, de travail à son lieu de vie jouit de ses pleines capacités, émancipé de toute forme de domination et d'exploitation.

 

La République – la conjuration des Égaux – est un combat démocratique sans autres armes que la force de conviction, le rassemblement, l'imagination et l'élaboration auxquels chacun et tous peuvent contribuer. Il n'y a pas les uns qui pensent et les autres qui obéissent même au meilleur d'entre nous.

 

La République est cette invention de l'inconnu, ce courage commun, cette force collective où l'homme libre compte à part entière, où il choisit de faire société car la solidarité nous unit et fait de chacun d'entre nous un être pleinement humain.

 

Ce combat a sans doute plusieurs naissances mais il n'a pas de fin.

 

Merci.

 

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Joseph Stiglitz : "Notre système de marché ne fonctionne pas"

13 Septembre 2012, 07:02am

Publié par PCF Villepinte

 

 

 

Grand entretien. Prix Nobel d’économie en 2001, ancien conseiller de Bill Clinton, Joseph Stiglitz dénonce une démocratie au service des plus riches (1 %), où le principe d’un citoyen-une voix s’est transformé en un dollar-une voix, creusant de plus en plus les inégalités et affaiblissant la croissance. 

Vous venez d’arriver en France en pleine polémique autour 
de l’affaire 
Bernard Arnault. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Stiglitz. C’est une expression très étonnante d’un manque de solidarité sociale. Quelqu’un comme lui a bénéficié de la communauté française, de la législation française pour réaliser tous ces bénéfices. Maintenant qu’il en a fait son bien, il s’en va.

Dans votre essai, vous dénoncez les dégâts sociaux causés par la crise financière aux États-Unis. Vous écrivez, notamment : « C’est donc désormais près d’un Américain sur six qui se trouve en situation de pauvreté. » Pouvez-vous illustrer rapidement cette réalité ?

Joseph Stiglitz. Un Américain sur sept perçoit une aide sociale. En dépit de cette aide, 14 % d’entre eux se couchent en ayant faim au moins une fois par mois. Non pas parce qu’ils font un régime, mais parce qu’ils ne peuvent pas se permettre d’avoir suffisamment de nourriture. Pour les pauvres, l’insécurité est énorme. Ne disposant pas de réserves, ils sont constamment au bord du précipice. Une voiture qui tombe en panne, la nounou qui tombe malade sont autant d’imprévus qui peuvent leur coûter leur emploi.

Vous insistez également sur la perte de richesse des classes moyennes avec la crise…

Joseph Stiglitz. La plus grande partie de leurs biens étant constituée de leur habitation, avec la chute des prix de l’immobilier, la classe moyenne américaine a énormément perdu. De telle sorte que le niveau de richesse des familles est aujourd’hui le même qu’au début des années 1990. Durant les deux dernières décennies, toutes les augmentations de richesse sont allées tout en haut de l’échelle sociale.

Vous dénoncez les politiques qui ont été conduites depuis les années 1980, y compris celles d’Obama. Vous leur reprochez de privilégier les plus riches (1 %) et d’avoir conduit à la grande récession. Est-ce votre manière d’intervenir dans la campagne ?

Joseph Stiglitz. Le choix est très réduit aux États-Unis. Même ceux qui critiquent Obama, qui pensent qu’il aurait dû faire plus pour stimuler l’économie ou être plus dur avec les banques, n’ont d’autres choix que de le soutenir. Romney (le candidat républicain – NDLR) est le candidat du 1 %, insensible aux problèmes de société. Le milliardaire Warren Buffett déclarait vouloir payer au moins autant d’impôts que sa secrétaire. Romney ne dit rien de tel. Pis, la réforme fiscale qu’il propose consiste à diminuer davantage les impôts des plus riches (1 %). Dans mon livre, je montre que la richesse de ces derniers ne vient pas de leur contribution à la société, mais de la rente qu’ils prélèvent sur les classes les plus pauvres. Ils n’ont pas inventé le transistor ou le laser, mais pris l’argent des autres. Romney reflète les abus et les excès de cette classe dirigeante.

Vous affirmez que l’inégalité coûte très cher et qu’elle rend nos économies inefficaces, pourquoi ?

Joseph Stiglitz. Premièrement, aux États-Unis, il n’y a pas d’égalité des chances. Les enfants pauvres ne peuvent pas exprimer leur potentiel, ce qui représente une perte de ressources humaines. Deuxièmement, le haut de l’échelle sociale dépense moins que ceux qui sont en dessous. Avec la crise et la chute du pouvoir d’achat des classes moyennes, la demande baisse. Le taux de chômage augmente, les salaires diminuent et les inégalités augmentent. Troisièmement, une grande partie des inégalités aux États-Unis et dans d’autres pays provient de la recherche de la rente. Les plus riches cherchent à faire de l’argent non pas en augmentant la taille du gâteau, mais en utilisant leur énergie pour avoir une part plus importante du gâteau. Les banques qui se sont mis à faire des prêts prédateurs ont affaibli l’économie en prenant l’argent en bas de l’échelle sociale pour le mettre en haut. Quatrièmement, une société qui fonctionne correctement doit réaliser des investissements, développer ses infrastructures, dépenser en recherche… Mais, lorsqu’il y a beaucoup d’inégalités, le gouvernement ne fait pas ces investissements. Les riches n’ont pas besoin de transports en commun, ni de jardins publics, par exemple

Vous accusez fortement les banques et les banquiers d’être responsables de la crise, comment les ramener à la raison ?

Joseph Stiglitz. La seule façon est de les réguler pour qu’ils reviennent à leur métier. Une banque n’est pas un casino de Las Vegas ! Le métier d’une banque est de prendre l’épargne des citoyens et de la traduire en investissements qui vont créer de l’emploi et améliorer la situation économique. Aujourd’hui, il est toujours trop facile pour les banques, malgré les nouvelles réglementations, de faire de l’argent grâce à la spéculation ou par la manipulation des marchés, comme dans le cas du Libor. Avec ce scandale, les banquiers ont créé un marché de 350 millions de milliards de dollars fondé sur des chiffres complètement faux, et on ne le sait que maintenant.

Les banques centrales, écrivez-vous, sont actuellement le bras armé des financiers. Pourquoi les politiques monétaires sont-elles si importantes ?

Joseph Stiglitz. Les marchés ne se régulent pas d’eux-mêmes. Parfois, ils ne produisent pas assez, ou il y a trop de demande, ce qui provoque de l’inflation, c’est pour cela qu’il faut réguler le niveau d’activité économique. Et l’un des instruments que nous avons, ce sont les politiques monétaires au travers des banques centrales. En cas de surplus de la demande, les banques centrales réduisent les flux du crédit ou augmentent les taux d’intérêt. À l’inverse, lorsque la demande est insuffisante, elles baissent les taux d’intérêt et tentent de fournir davantage de crédits. En Europe, lorsque l’euro été créé, une grave erreur a été commise concernant le rôle de la Banque centrale. Il a été indiqué qu’elle ne devait s’occuper que de l’inflation. Aux États-Unis, la FED, la banque centrale, se concentre sur l’inflation mais aussi sur l’emploi, la croissance et la stabilité financière. La BCE se concentre sur un objectif extrêmement restreint, c’est pour cela qu’elle n’arrive pas à stabiliser l’économie européenne.

Comment expliquer l’acharnement à imposer des politiques d’austérité un peu partout, alors qu’elles sont injustifiables économiquement ?

Joseph Stiglitz. C’est pour moi un véritable mystère. Nous avons expérimenté de telles politiques d’austérité des dizaines de fois et, à chaque fois, cela a été un échec. En 1929, cela a été le cas avec le président des États-Unis, Herbert Hoover, qui a transformé l’effondrement de la Bourse en une grande dépression. Plus récemment, le FMI a fait pareil dans le Sud-Est asiatique et en Argentine, et cela a été un désastre. La plupart des pays européens qui ont engagé des politiques d’austérité sont maintenant en récession ; l’Espagne, la Grèce sont en dépression. Compte tenu de toutes ces expériences, la possibilité pour les politiques d’austérité de réussir paraît minime. La plus forte probabilité est que l’économie cesse de croître, les recettes fiscales cessent d’augmenter, les dépenses sociales et le chômage continuent de croître et que, au final, les améliorations budgétaires espérées ne soient pas au rendez-vous.

 

Stiglitz : "l'austérité est une erreur" par Europe1fr

Quels leviers permettraient de relancer l’économie mondiale ?

Joseph Stiglitz. Plusieurs choses pourraient y aider. Les pays qui ont une grande marge budgétaire, comme les États-Unis et l’Allemagne, pourraient stimuler davantage leur économie. L’accroissement de leurs importations, en retour, pourrait avoir un effet d’entraînement sur les autres pays. En ce qui concerne les États-Unis, d’autres facteurs peuvent intervenir. Nous devons, par exemple, nous occuper des problèmes du logement. La deuxième chose qui pourrait jouer serait de fixer un prix élevé pour les énergies fossiles. Cela pousserait les entreprises à investir pour rééquiper l’économie afin de faire face au problème du réchauffement planétaire. En ce domaine, les besoins d’investissement sont énormes. Pour moi, l’ironie de l’histoire est qu’on sous-utilise nos ressources. Il y a, d’un côté, des gens qui veulent travailler, du capital qui ne produit rien et, de l’autre, ces besoins énormes en matière d’environnement, de développement, de lutte contre la pauvreté. Cette réalité est la preuve que notre système de marché et notre système politique ne fonctionnent pas.

Ce que vous appelez la « grande récession » ne témoigne-t-il pas du fait que le libéralisme est entré en crise ?

Joseph Stiglitz. Clairement, la crise montre que l’idéologie de la dérégulation est erronée. Elle n’a pas été efficace économiquement, elle a provoqué un gâchis considérable des ressources, et son échec a coûté énormément à la société. La liberté laissée aux banquiers a obligé le reste de la société à payer leurs erreurs. De ce fait, ils ont rogné la liberté des autres. C’est une réalité qu’on a tendance à oublier : la liberté de quelqu’un peut être la non-liberté de quelqu’un d’autre.

Vous évoquez différentes formes d’inégalité : de revenus, de patrimoine, de formation… Mais n’y a-t-il pas une autre forme d’inégalité particulièrement importante, l’inégalité de pouvoir, celle du citoyen mais aussi celle du salarié à l’entreprise, par rapport aux dirigeants et aux gros actionnaires ? Peut-on laisser les choix d’investissement des grands groupes au bon vouloir de ces derniers ou même de l’État ?

Joseph Stiglitz. Vous avez raison, l’inégalité économique n’est qu’une des dimensions de l’inégalité. Une des thèses de mon livre est que l’inégalité économique provient de l’inégalité politique, qui elle-même renforce l’inégalité économique.Cette inégalité économique et politique se manifeste dans beaucoup d’autres domaines de la société, dans la nature des investissements, des entreprises. Vous avez des compagnies pétrolières qui font des investissements sans s’occuper des coûts qu’ils vont imposer au reste de la société, que ce soit par le réchauffement durable ou, dans le cas de BP, par la pollution de la mer. Elles ont utilisé leur pouvoir politique pour bénéficier d’une immunité judiciaire. L’une des remarques critiques que je fais, c’est que la forme de capitalisme que nous connaissons aujourd’hui ne maximise pas le bien-être des gens. Les PDG s’occupent plus de leur bien-être que de celui des actionnaires. Ils font tout pour que les prix des actions monte parce qu’ils sont payés en stock-options. Ils manipulent les comptes. Par ailleurs, nombre d’actionnaires ont une pensée à court terme. Ils font tout pour maximiser le plus vite possible leurs bénéfices, plutôt que d’envisager une croissance à long terme. C’est aussi dû au fait que les marchés eux-mêmes fonctionnent davantage à court terme. Troisièmement, nous savons que, même lorsque les dirigeants maximisent les bénéfices des actionnaires à long terme, cela ne veut pas dire que cela soit profitable pour le reste de la société.

Suffit-il qu’il y ait un « bon État » pour sortir de la crise ?

Joseph Stiglitz. C’est complexe car qu’entendez-vous par un « bon État » ? On peut avoir un État bien intentionné qui ne comprend rien à l’économie ou qui croit que l’austérité, ça fonctionne. Mais s’il met en œuvre une politique d’austérité, aussi bien intentionné soit-il, il est probable que le résultat ne sera pas bon. D’un autre côté, si vous avez un État qui reflète l’intérêt des banquiers, on peut être certains qu’il sera incapable de sortir de la crise d’une manière qui serait profitable à la plupart des citoyens.

Êtes-vous solidaire des forces progressistes qui se battent contre l’adoption d’un pacte budgétaire dans les pays de la zone euro ?

Jospeh Stiglitz. Je pense qu’il y a un diagnostic totalement erroné du problème européen. L’attention est concentrée sur la Grèce. Celle-ci a trop dépensé. L’Espagne, l’Irlande avaient des surplus avant la crise et même si ces pays n’avaient pas de déficit, cela n’aurait pas réglé les problèmes de l’Europe. Si celle-ci en a, c’est parce que les banques n’étaient pas et ne sont pas suffisamment régulées. L’Europe a créé un système instable. C’est un des exemples de l’erreur fondamentale du système européen et ce n’est pas le pacte budgétaire qui résoudra les problèmes. Dans le contexte actuel, ce pacte imposerait plus d’autorité, une moindre croissance. Les dirigeants européens disent : « il faut restaurer la confiance », mais ils ne comprennent pas que le problème sous-jacent, auquel l’Europe fait face, c’est qu’eux-mêmes torpillent la confiance.

Pourquoi Stiglitz soutient les 75% de Hollande 

 

  • Lire aussi :

 

La riposte unitaire est lancée contre le pacte budgétaire européen
Le livre de Joseph Stiglitz est une critique acérée du libéralisme
Les dégâts de la politique de l’euro fort sur notre économie

Entretien réalisé par 
Pierre Ivorra 
et Clotilde Mathieu (traduction : 
Michel Zlotowski) Photos de Pierre Pytkowicz

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Dans l'Humanité ce mardi, entretien exceptionnel avec Joseph Stiglitz

11 Septembre 2012, 13:17pm

Publié par PCF Villepinte

 

 

Le Prix Nobel d'économie en 2001 dénonce une démocratie au service des plus riches (1%), où le principe d'un citoyen=une voix s'est transformé en 1 dollar=1 voix, creusant de plus en plus les inégalités et affaiblissant la croissance.

Extrait de nos trois pages d'entretien:

Êtes-vous solidaire des forces progressistes qui se battent contre l'adoption d'un pacte budgétaire dans les pays de la zone euro?

Joseph Stiglitz. Je pense qu'il y a un diagnostic totalement erroné  du problème européen. L'attention est concentrée sur la Grèce. Celle-ci a trop dépensé. L'Espagne, l'Irlande avaient des surplus avant la crise et même si ces pays n'avaient pas de déficit, cela n'aurait pas règlé les problèmes de l'Europe. Si celle-ci en a, c'est parce que les banques n'étaient pas suffisamment régulées. L'Europe a créé un système instable. C'est un des exemples de l'erreur fondamentale du système européen et ce n'est pas le pacte budgétaire qui résoudra les problèmes. Dans le contexte actuel, ce pacte imposerait plus d'austérité, un emoindre croissance. Les dirigeants européens disent: "Il faut restaurer la confiance". Mais ils ne comprennent pas que le problème sous-jacent, auquel l'Europe fait face, c'est qu'eux-mêmes torpillent la confiance.

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