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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Rencontre avec le philosophe Alain Badiou

21 Janvier 2011, 23:23pm

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 20 Janvier 2011

 La politique communiste, c’est de travailler aux jointures

 Une vingtaine d’années après l’annonce de la mort du communisme, Alain Badiou, philosophe, écrivain 
et dramaturge, évoque, en marge d’une conférence organisée à Lille dans le cadre de Citéphilo 2010, la ténacité 
d’un engagement 
qui rejoint l’obstination, 
d’un idéal théorique 
et pratique 
de l’histoire.

Évoquant votre itinéraire 
et vos engagements, pourquoi citez-vous Arthur Rimbaud, qui écrivait : 
« J’y suis. J’y suis toujours » ?

Alain Badiou. Je dis cela à propos des convictions qui étaient les miennes aux alentours de 1968. Toute une série des problèmes politiques et même existentiels, que j’ai rencontrés à ce ­moment-là, demeurent et ne se sont pas développés selon les lignes qu’on pouvait alors imaginer. Les problèmes du type : « Que pourrait être une nouvelle politique ? », « Que pourraient être de nouvelles formes d’organisation ? », « Qu’est-ce que c’est que la société égalitaire ? », « Comment surmonter la séparation entre le travail intellectuel et le travail manuel ? », « Que signifie le mot ouvrier ? », « Est-ce que l’on peut se passer d’un État oppressif et autoritaire ou est-ce que l’on est obligé de le garder pour toujours ? »… Par conséquent, je dis, comme ­Rimbaud : « J’y suis. J’y suis toujours. » Je n’ai pas entièrement changé contrairement à beaucoup d’autres. C’est une obstination. Tant que la théorie héliocentrique s’est présentée comme une simple hypothèse, elle était répandue et acceptée aussi bien que celle qui plaçait la Terre au centre de l’univers. Quand il s’est agi de Giordano Bruno ou bien de ­Galilée, la chose est devenue sulfureuse.

Vous parlez d’« hypothèse communiste ». Cela ne sent-il pas un peu ses « beaux quartiers » ! « Hypothèse communiste » 
au fond, pourquoi pas ? « Hypothèse communiste », une « hypothèse » parmi d’autres, cela ne mange 
pas de pain…

Alain Badiou. Les grands cris qui ont accueilli cette formule n’ont pas été : « Ah, bien, pourquoi pas ! » Ce n’est pas comme ça que cela s’est passé. J’ai l’impression que même le terme « hypothèse » reste un peu violent pour pas mal de monde. Je ne crois pas que cela soit tellement « beaux quartiers ». Le mot communisme est fortement dévalué aujourd’hui. Il a traversé des expériences qui font qu’il faut un peu le ramasser dans le ruisseau. Il faut dire ce qui est. On peut commencer ce « ramassage » en disant : « Eh bien, voilà, nous pouvons réassumer, reformuler cette hypothèse-là », à savoir, l’hypothèse que le destin de l’humanité n’est pas fixé une fois pour toutes au capitalisme et à la dictature d’une oligarchie financière. On peut formuler cela et puis, au fur et à mesure que cette hypothèse va croiser des secteurs du réel de plus en plus grands, on la transformera en une idée, et puis finalement en une conviction, en une certitude.

Vous passez de l’hypothèse à l’idée comme une chose active, comme une puissance d’action.

Alain Badiou. Une puissance, oui. Une puissance intellectuelle, une puissance de représentation, une puissance d’imagination d’ailleurs aussi. J’assume tout à fait que dans l’idée communiste, il y a un élément de puissance imaginaire de la totalité ou de l’histoire ou du destin de l’humanité. L’imagination est aussi une puissance. Je suis très peu vulnérable aux arguments du type : « C’est une utopie, c’est imaginaire… » Que ­ferions-nous sans ce genre de puissance après tout ? Ça, c’est toujours pour nous conduire à nous résigner à l’état des choses comme il est : « Ne rêvez pas ! Restez bien là où c’est ! »

Vous évoquez Marx dans votre réflexion sur la Commune 
en particulier et le marxisme politique issu de la Commune. 
Qu’en reste-t-il ?

Alain Badiou. Il en reste beaucoup de choses. Le marxisme, c’est quand même la conviction que l’organisation actuelle du monde est dominée par le capitalisme, que l’apparence démocratique doit être dénoncée au profit d’une analyse des oligarchies de propriétaires, de possédants et de financiers qui dirigent les choses. Tout cela est acquis. Tout le monde est d’accord sur cette partie du marxisme qui est entrée dans la vision commune des choses. Ce qui, par contre, n’y est pas entré du tout, après avoir joué un très grand rôle, c’est le versant politique et idéologique du marxisme, précisément, la vision communiste à la fin des fins, la conviction, non seulement que le monde est comme cela, c’est-à-dire avec le capitalisme, la lutte des classes, le prolétariat, les pauvres et les riches… mais qu’il y a un sens du mouvement, un sens de l’histoire qui est orienté vers le dépassement de tout cela. Cela, c’est, aujourd’hui, absolument contesté et critiqué. Je mets l’accent là-­dessus parce que c’est la partie affaiblie, la partie qu’on déclare morte du marxisme. Au fond, saluer aujourd’hui le Marx grand économiste, grand analyste de la société de son temps, etc., c’est cela qui « ne mange pas de pain ». Par contre, saluer le Marx qui annonce la possibilité et la viabilité d’une hypothèse radicalement différente, d’une organisation sociale entièrement bouleversée, ce n’est pas du tout à la mode.

Vous faites une critique assez 
acerbe de la conception de l’État socialiste, du parti ou de l’État parti. 
La question de l’État, dans 
le marxisme, est une question essentielle.

Alain Badiou. Bien sûr, c’est une question cruciale. Il est évident que la question qui est de savoir quel est le rapport entre État et société civile, la nature de classe de l’État, le pouvoir d’État, tout cela, est très important. Ce que je pense cependant c’est que l’on ne peut pas réduire la question de la politique à la question de la prise du pouvoir d’État. Il y a eu une expérience historique là-dessus, qui a compté, qui a été très importante mais qui a été aussi, par beaucoup d’aspects, très négative, et qui montre que cette question de l’État ne peut pas être substituée à toutes les autres et que ce n’est pas simplement le passage d’une forme d’État à une autre qui est en question mais une question beaucoup plus profonde de réorganisation de la société tout entière qui ne peut pas se faire sous la férule d’un État despotique ou terroriste. Le concept qui est sur le gril, c’est le concept, aujourd’hui, de dictature du prolétariat : c’est le concept d’une phase dictatoriale à travers laquelle on brise le vieux et on crée le nouveau. Cette phase dictatoriale semble avoir dévoré à la fois ses agents, ses acteurs et ses partisans dans une généralisation de l’usage de la violence qui n’a pas été féconde. Je reviens sur cette question de l’État comme une question qui est à nouveau ouverte. Aujourd’hui, les révolutionnaires de tout acabit et de toutes tendances, les protestataires même, n’ont pas sur la question de l’État une vision claire. Il faut commencer un peu avant le problème de l’État, c’est-à-dire, en réalité, à : « Où en sommes-nous de la question de l’organisation ? » D’un point de vue pratique, c’est le point essentiel. Le parti comme organe entièrement ordonné à la prise du pouvoir d’État, que ce soit d’ailleurs le parti qui envisage cela par la violence comme c’était le cas des partis léninistes, ou que ce soit le cas du parti qui l’envisage dans la modalité pacifique et parlementaire : le parti comme machine à prendre le pouvoir ne me semble pas un organisme approprié à l’avenir communiste.

Vous évoquez le retour de cette idée du communisme avec pour symptôme une conférence qui s’est produite à Londres récemment. Mais ne pensez-vous pas que, comme symptôme de ce retour, il y a ce qui se passe, notamment, en Amérique latine ?

Alain Badiou. Oui, bien sûr, je pense qu’il y a quantité d’expériences actuellement en cours. Mais le cœur de la question, ce sont les pays développés parce que ce sont eux qui portent à l’heure actuelle la nature la plus avancée des problèmes. Je légitime tout à fait ces expériences, je les admire et je les soutiens, je suis très heureux qu’elles existent mais je ne pense pas qu’elles puissent être paradigmatiques pour nous. Ce n’est pas un chemin pour nous.

Comment mouiller sa chemise ?

Alain Badiou. On mouille sa chemise en pratiquant tout ce qu’on peut faire à partir de politiques réelles dans la situation où l’on se trouve. Je précise bien que l’idée communiste est sous la condition qu’il y ait une pratique réelle. Le point réel de l’idée communiste, c’est la politique réelle. « Comment se mouiller ? » Eh bien, on se mouille en sachant quel type d’organisation on envisage dans le mouvement actuel contre le gouvernement Sarkozy. Est-ce que l’on voit surgir des formes d’organisation ? J’ai été très intéressé dans ce qui s’est passé récemment avec l’apparition du concept de grève par délégation. Inventer de nouvelles figures d’action et d’organisation, c’est cela « mouiller sa chemise » aujourd’hui. Et c’est être dans le sens du communisme quand on se soucie d’être transversal par rapport aux formes sociales, de ne pas être enfermé dans sa boutique, quand on se soucie d’une égalité pratique, d’une égalité dans l’action avec d’autres gens que d’habitude on ne croise pas, on ne voit pas. « J’y suis. J’y suis toujours » : en effet, on y revient. Ce qui m’a beaucoup frappé en mai 1968, c’étaient les tentatives acharnées et systématiques de liaisons organiques et d’actions communes entre les jeunes ouvriers et les étudiants. C’étaient évidemment cela qui était totalement nouveau. C’était une nouveauté radicale. Cette nouveauté, dans les grèves par délégation, on la retrouve, on la retrouve transformée, rénovée, et donc on peut dire que l’on n’y est toujours.

Mais c’est une nouveauté bien paradoxale. À la question « Que faire ? » ne peut-on répondre : « Unissons-nous ! » Qu’est-ce que vous en pensez ? « Prolétaires de tous les pays unissons-nous ? »

Alain Badiou. Oui, cela serait très bien, vraiment, oui. C’est une excellente idée, il faut s’unir aux ouvriers chinois…

Aux ouvriers chinois, par exemple… Oui, mais ici, en France, « unissons-nous aussi ? »

Alain Badiou. Oui, unissons-nous aussi. Travaillons à organiser des diagonales d’action. On sait très bien, si l’on voit les mouvements de la dernière période, qu’il y a, au fond, quatre ensembles sociaux qui sont susceptibles d’être mobilisés et de s’engager. Il y a les étudiants. Il y a la jeunesse populaire. Il y a ce qu’on peut appeler la grande masse des travailleurs ordinaires : ceux qu’on a vus notamment dans le mouvement récent et puis qu’on avait vus déjà aussi dans le grand mouvement contre les lois Juppé. Le quatrième, c’est ce que j’appelle les prolétaires nouveaux venus, c’est-à-dire les sans-papiers, les gens qui viennent de l’étranger… Ces quatre ensembles, on peut les créditer de luttes, d’interventions, d’actions. Le problème, c’est la jointure. Le problème, c’est que cela reste des univers séparés. La politique communiste, c’est de travailler aux jointures. Cela ne se donne pas par soi-même, ce n’est pas spontané. Chacun de ces groupes peut se manifester ou se déployer sur ses propres forces, mais les jointures, il faut les fabriquer.

Entretien réalisé par 
Jérôme Skalski

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Laïcité

31 Décembre 2010, 07:38am

Publié par PCF Villepinte

Michel Tubiana : « Un discours xénophobe a encouragé les dérives »

Politique - le 29 Décembre 2010

 

Président d’honneur
de la Ligue des droits de l’homme.

 

 

« Les discours faits par Marine Le Pen 
ont sans cesse été renforcés par une libération de la parole publique qui est totalement désolante. À la loi sur le voile à l’école sous Jacques Chirac, puis la loi sur la burqa, il faut ajouter les propos du président de la République, tenus par écrit dans le journal le Monde (édition du 9 décembre 2009 – NDLR), dans lequel il parle d’accueillir les musulmans en France alors que 4 ou 5 millions de nos concitoyens sont musulmans… Le ministère de l’Identité nationale 
a peut-être été supprimé récemment, mais le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a déclaré récemment qu’il voulait relancer le débat sur ce thème. 
Si l’on ajoute la stigmatisation systématique 
des étrangers de manière générale, la politique d’immigration, l’agitation autour de la polygamie, tout cela encourage ce type de peur et ses dérives. Aujourd’hui, on voit, à l’intérieur d’une partie non négligeable de l’UMP, se développer un discours antimusulmans primaire. Malheureusement, 
cela ne se passe pas uniquement à l’UMP, 
on en perçoit aussi des prémices à gauche. 
Un certain nombre de discours tenus sur la laïcité 
ne déparent pas du discours de Riposte laïque 
(site Internet d’extrême droite développant une rhétorique antimusulmans – NDLR). Il s’agit d’un détournement majeur de la laïcité, qui n’a jamais été un facteur antireligieux, et encore moins un facteur de xénophobie et de racisme. Elle est plutôt l’inverse, 
c’est-à-dire un processus d’inclusion dans un espace commun dans lequel nous partageons des valeurs. 
Il y a quelque chose de surréaliste à voir Marine Le Pen parler de laïcité. Elle en parle mais ne sait pas 
ce que c’est. »

Propos recueillis par Pierre Duquesne

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Laïcité

31 Décembre 2010, 07:32am

Publié par PCF Villepinte

Entretien avec le philosophe Henri Pena-Ruiz
Politique - le 29 Décembre 2010

 

« Justice sociale et laïcité 
sont indissociables »

 

Henri Pena-Ruiz
 fut membre de 
la commission Stasi sur la laïcité dans 
la République. 
La laïcité reste, 
pour lui, 
un combat d’actualité intimement lié 
à l’émancipation.

Comment expliquer que 
la laïcité revienne 
si régulièrement dans 
les débats français ?

Henri Pena-Ruiz Actuellement, il existe une stratégie des anti-laïcs qui consiste à dire que la laïcité est une réalité propre à la France, un « particularisme » qu’ils veulent supprimer. Les mêmes ont inventé les notions de « laïcité ouverte » ou « positive ». Celles-ci n’ont aucun sens sinon celui d’un rejet hypocrite de la laïcité. Parle-t-on de justice sociale ouverte ou de droits de l’homme ouverts ? En réalité la laïcité, sans adjectif, peut intéresser toute l’Europe. En Espagne, par exemple, les laïcs dénoncent l’octroi de fonds publics à l’Église alors que les services publics, communs aux croyants, aux athées, et aux agnostiques, sont maltraités. La laïcité n’est pas « française » par essence, mais de portée universelle. Dit-on que les droits de l’homme sont français, l’habeas corpus anglais ou la pénicilline écossaise ? Il est vrai que la France reste l’un des pays qui a séparé le plus nettement l’État de l’Église. La laïcité appelle une stricte égalité de traitement entre les croyants, les athées et les agnostiques ; il n’y a donc pas de raison de créer des privilèges publics pour la religion, pas plus que pour l’athéisme.

Qu’en est-il du débat sur la pratique des cultes ?

Henri Pena-Ruiz. Il convient d’abord d’éviter toute confusion entre immigrés et croyants pratiquants. L’immigration maghrébine et turque en France est faite de travailleurs qui contribuent à produire la richesse du pays. Ils méritent donc exactement les mêmes droits que les travailleurs français. Parmi ces immigrés, certains seulement se reconnaissent dans l’islam. Il y a environ 5 millions de personnes issues de l’immigration maghrébine et turque. Il y aurait parmi eux 15 % de pratiquants, c’est-à-dire qui se rendent à la mosquée, et 85 % de personnes qui ne sont pas musulmanes ou qui, si elles le sont, appliquent les principes religieux dans leur vie quotidienne sans rien exiger de plus. En revanche, ces personnes attendent de la République qu’elle joue son rôle social, et soit donc présente dans les grands services publics d’éducation, de culture, de santé. Il faut éviter l’erreur de croire que, pour mettre à égalité les citoyens musulmans avec les catholiques, il faudrait construire des mosquées grâce aux fonds publics. La justice sociale consiste à s’occuper d’abord de ce qui est commun à tous les hommes : l’accès aisé à la culture, à la santé, à l’éducation, à un logement décent. La gauche n’a pas à se soucier des 15 % de personnes croyantes pratiquantes, mais des 100 % de personnes qui aspirent à ce qui importe à tous. Ce n’est pas le rôle d’un État laïc de construire des mosquées ou des églises, mais c’est son rôle de faire des écoles publiques, des hôpitaux publics, des logements sociaux accessibles à tous. D’ailleurs il s’est construit 2 400 salles de prière ces dernières années : c’est désormais une légende de considérer que les citoyens de confession musulmane prient dans des caves. À Paris, il existe des mosquées vides, alors que des personnes prétendent prier dans la rue, à l’appel de responsables religieux salafistes. Il est clair ici que la religion n’est qu’un prétexte à une démonstration de défi à l’égard des lois de la République laïque. Il ne faut pas se tromper de combat. La religion n’est pas un service public, et elle est dans certains cas instrumentalisée contre les droits des femmes, contre la culture, contre la libre disposition de soi. La gauche ne doit pas laisser la défense de la laïcité à la droite, qui d’ailleurs l’a copieusement bafouée en subventionnant les écoles privées religieuses alors qu’elle ne cessait d’aggraver les conditions matérielles de l’école publique par des milliers de suppressions de postes. La boussole, en la matière, est simple : tout l’argent public pour les services publics, qui sont universels, donc communs aux croyants et aux athées. Justice sociale et laïcité sont indissociables : il y a des vases communicants. Un rappel. Au moment où Jean Jaurès préparait la loi de séparation de l’État et des églises, il pensait déjà aux retraites ouvrières. L’argent qui ne va plus aux cultes peut désormais être consacré à l’intérêt général. Les retraites ouvrières sont communes aux croyants et aux athées. Aujourd’hui c’est l’inverse : l’État se prétend trop pauvre pour assurer ces retraites, mais il se découvre assez riche pour financer des religions qui n’engagent que
les croyants…

Pourquoi de telles idées sont-elles masquées par des faux-semblants ?

Henri Pena-Ruiz. Les responsables politiques doivent avoir le courage de dire que la religion n’engage que les croyants. Lorsqu’un croyant va à l’hôpital, il doit être soigné gratuitement au lieu de payer ses soins chaque fois plus cher du fait de la logique des dépassements d’honoraires et des franchises médicales, qui a introduit une médecine à deux vitesses. Ainsi, il fait des économies sur les soins et peut plus aisément se cotiser avec d’autres croyants s’il veut financer son culte, dans la sphère privée. On rend un très mauvais service à la population issue de l’immigration maghrébine ou turque en l’amalgamant aux religieux qui défient la République laïque. La laïcité, l’égalité des sexes, le droit aux études et au savoir ne doivent pas être entravés par des traditions rétrogrades. Il faut lutter résolument contre les discriminations sociales qui frappent certaines populations. Mais ce n’est pas une raison pour entrer dans le jeu de chefs religieux intolérants qui ne représentent qu’eux-mêmes en leur prêtant une attention particulière.

C’est donc aussi la question 
de l’émancipation qui est posée 
par la laïcité ?

Henri Pena-Ruiz. L’émancipation est l’idée que les êtres humains ne doivent pas vivre sous tutelle. Avec la laïcité, une telle idée s’affirme. Si on laisse des populations entières entre les mains de salafistes qui sont porteurs de régression sociale et d’inégalité entre les sexes, on ne joue pas le jeu de l’émancipation. Dire que la République est laïque signifie qu’elle est liée à l’ensemble du peuple et pas à la partie qui croit en Dieu. Dire qu’elle est sociale signifie qu’elle doit jouer son rôle en matière de services publics et de droits sociaux.

En quoi l’intégrisme religieux est-il le complice de la dérégulation libérale ?

Henri Pena-Ruiz. Non sans hasard, il existe un couplage saisissant entre, d’une part, une mondialisation
ultralibérale qui détruit les droits des travailleurs et, d’autre part, la résurgence de la compensation religieuse. Il n’y a pas si longtemps, Margaret Thatcher a brisé la dernière grande grève des mineurs britanniques, a privatisé les services publics comme le rail, et détruit les conquêtes sociales. Elle a par ailleurs encouragé les confessions religieuses à prendre le relais de l’État social défaillant, et ce sur un mode caritatif. Si la charité part d’un bon sentiment, elle ne peut tenir lieu de politique sociale, ni de solidarité redistributive.

Entretien réalisé par 
Lina Sankari

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Une Crise de civilisation ?

17 Décembre 2010, 23:02pm

Publié par PCF Villepinte

UNE CRISE DE CIVILISATION: C’est le thème du colloque qu’organise Espaces-Marx en partenariat avec Transform ! et la fondation Gabriel Péri.

Les crises actuelles - économique, sociale, écologique, démocratique, idéologique - sont enchevêtrées. Elles marquent les impasses dans lesquelles conduisent non seulement un système capitaliste qui atteint des limites, mais aussi une conception des rapports des hommes à la nature et entre eux. Jamais la conscience de l’unicité du monde n’a été aussi forte. Peut-on vivre ensemble dans ce monde sans remettre en question les valeurs, les principes et les conceptions que, sous le nom de « mondialisation », le capitalisme occidental cherche à étendre au monde entier ? Ne faut-il pas penser au contraire une « mondialité » qui organise la vie en commun dans le respect du dialogue et le mélange des cultures ? Ne vit on pas, au total, une crise de civilisation qui en appelle une conception radicalement nouvelle ?

les 28 et 29 Janvier 2011 Espace Niemeyer 6 avenue Mathurin Moreau 75019 Paris

Vendredi 28 janvier 17h – 19h

Séance d’ouverture avec :

Geneviève Azam, Universitaire, économiste Ariane Mnouchkine, Fondatrice et animatrice du « Théâtre du Soleil » Immanuel Wallerstein, Historien et Sociologue Jean Ziegler, Sociologue, Vice-Président du comité consultatif des Droits de l’Homme de l’ONU. Patrick Chamoiseau, Ecrivain (en attente de confirmation).

20h – 22h30 Crise du Capitalisme : quelle crise ? Jean Christophe Le Duigou, Syndicaliste Michel Husson, Economiste, chercheur à l’IRES Pedro Paez, Ancien ministre de l’économie de l’Equateur et coordinateur de la « Banque du Sud » Stéphanie Treillet, Economiste, Fondation Copernic

Samedi 29 janvier

9h30 – 12h Quelle nouvelle conception du développement humain ?

Nasser Mansouri, Syndicaliste, membre du C.E.S Frédéric Lebaron, Sociologue, Université de Picardie Aurélie Trouvé, Ingénieur agronome, co-Présidente d’Attac France Marisa Matias, Sociologue, Députée européenne de la GUE, Portugal

14h – 16 h30 Une nouvelle démocratie du local au mondial

Céline Braconnier, Chercheuse en sciences politiques Michèle Descolonges, Sociologue, Université Paris X Nanterrre, Présidente de l’ASTS. Maryse Dumas, Syndicaliste Marcel Gauchet, Philosophe, rédacteur en chef de la revue « le débat »

17h – 19h30 Les nouvelles conditions de la lutte des classes

André Tosel, Philosophe Isabelle Garo, Philosophe François Micquet-Marty, Politologue et Président de l’institut Viavoice Joachim Bischoff, Conseiller de Hambourg, éditeur de la revue Sozialismus

contact : Marie-Pierre Boursier 06.74.45.15.87 mariepierreboursier@espaces-marx.org

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philosophie

21 Novembre 2010, 08:01am

Publié par PCF Villepinte

Le communisme entre idéal et construction
Florian Gulli, philosophe

marx vieuxDes intellectuels interrogent la consistance contemporaine d’un concept déclinant
la critique déterminante du réel et la possibilité de sa transformation concrète. Communisme ? revue Actuel Marx, n° 48, PUF, 224 pages, 24 euros.

 Le dossier de ce numéro d’Actuel Marx examine la réhabilitation du « communisme » à laquelle on assiste depuis quelque temps en philosophie. Les différents articles s’interrogent sur les causes, la pertinence et les modalités de ce retour. La discussion porte en fait, le plus souvent, sur la position d’Alain Badiou, principal artisan de cette réactualisation philosophique de l’hypothèse communiste.

L’article de Chantal Mouffe est très nettement hostile au retour de cette « hypothèse ». Cette idée « convoque, selon elle, une vison antipolitique de la société, où tout antagonisme aurait été supprimé et où la loi, l’État et les autres institutions régulatrices auraient perdu toute pertinence ». Selon elle, « le mythe du communisme (...) qui implique très clairement le fin de la politique, doit être abandonné ». À la perspective d’une élimination du pouvoir, devrait être opposée l’idée d’une démocratisation radicale sur le fond d’antagonismes qui ne disparaîtront jamais.

Les autres contributions critiquent non pas tant l’hypothèse communiste que les modalités de son affirmation. Franck Fischbach rappelle que le communisme n’est pas d’abord un idéal orientant nos actions. Il est avant tout « la construction et l’accumulation de conditions anticapitalistes au sein même du capitalisme ». Toni Negri affirme, dans le même sens, qu’il n’y a pas de communisme sans ontologie historique. Le dédain de Badiou pour les institutions héritées du passé, son désintérêt pour les contenus du capitalisme contemporain sont les contreparties d’une promotion trop abstraite du communisme. Le philosophe communiste se doit d’analyser les formes actuelles de la lutte des classes, identifier les institutions existantes les plus favorables à l’émancipation. L’idée communiste n’aura d’épaisseur historique qu’à ce prix.

Autre point de désaccord. La promotion actuelle du communisme s’accompagne d’une vigoureuse critique du socialisme. Plusieurs contributions pointent le caractère problématique de cette opposition. D’abord, force est de constater que les textes classiques du mouvement ouvrier utilisent le plus souvent ces termes comme des synonymes (dans le IIe Internationale, socialisme, communisme et collectivisme sont des équivalents). Ensuite, parce que cela permet de faire de l’URSS, République socialiste, une page de l’histoire du socialisme, opération permettant d’occulter toute réflexion sur les liens entre l’idée communiste et ce qui s'est fait en son nom. S’il convient de critiquer l’idée d’un lien nécessaire entre l’idée et son incarnation, il est sans doute trop facile de nier toute relation.

Outre ce dossier, la revue propose un entretien avec le sociologue et historien Immanuel Wallerstein sur le néolibéralisme et la crise actuelle, replacés dans une dynamique historique large, réflexion engagée depuis plusieurs numéros déjà.

nPhilosophie

Florian Gulli

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Sur le blog de Jean-Emmanuel Ducoin

10 Novembre 2010, 08:39am

Publié par PCF Villepinte

esc C’était à l’heure de l’apéro – l’instant enfin retrouvé de délaisser l’ordi surchauffé. Dehors, un épais brouillard enfouissait l’horizon, tandis qu’au loin le long murmure de la ville bruissait de son écho douloureux, nous enveloppant d’une empreinte incertaine. La télé crachotait l’une de ces émissions savantes où conversent sur tous sujets quelques éditocrates germanopratins. Il y était question de «la fin du conflit social». «Victoire totale de Sarkozy», entendit-on. «La fièvre est terminée et la France entre enfin dans un nouveau modèle social», affirma-t-on. Quelqu’un demanda : «Restera-t-il quand même de l’amertume chez les ‘’vaincus’’ ?», présupposant qu’il y ait déjà vainqueurs et vaincus. «Non», répondit un autre, sûr de lui. L’un d’eux, riant aux éclats, annonça qu’il allait citer deux fois Tocqueville, le maître à penser de tous les libéraux de la haute. La sentence tomba. Primo : «L’esclave est un serviteur qui ne discute point et se soumet à tout sans murmure. Quelquefois il assassine son maître, mais il ne lui résiste jamais.» Secundo : «Les hommes ne sauraient jouir de la liberté sans l’acheter par quelques sacrifices.» Pestant devant notre petit écran, nous aurions voulu rajouter une autre citation que nos lèche-bottes de la médiacratie ne connaissent sans doute pas : «En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux.» Encore Tocqueville…

republiqueFrayeur. Depuis quelques mois, un spectre hante la France. Celui de la révolte et de l’insurrection sociale. Puisqu’il ne sera pas dit que le bloc-noteur se refuse à puiser chez Tocqueville pour sonder les peurs enfouies des dominants lorsque les dominés finissent par se dresser, prenons l’exemple de la révolution de 1848. Dans ses souvenirs, celui-ci rapporte la frayeur d’un confrère député qui surprit les propos de jeunes domestiques rêvant à voix haute d’en finir avec le pouvoir des maîtres. Inutile de préciser que l’homme en question attendit prudemment que l’insurrection fût écrasée pour les congédier… Le même Tocqueville se souvient aussi d’avoir croisé, rue Saint-Honoré, une «foule d’ouvriers qui écoutaient le canon». Et il écrit : «Ces hommes étaient tous en blouse, ce qui est pour eux, comme on sait, l’habit de combat aussi bien que l’habit de travail. Ils remarquaient avec une joie à peine contenue que le bruit de la canonnade semblait se rapprocher, ce qui annonçait que l’insurrection gagnait du terrain. J’augurais déjà que toute la classe ouvrière était engagée, soit de bras, soit de cœur, dans la lutte ; cela me le confirma. L’esprit de l’insurrection circulait en effet, d’un bout à l’autre de cette vaste classe et dans chacune de ses parties, comme le sang dans un seul corps ; il remplissait les quartiers où l’on ne se battait pas, comme ceux qui servaient de théâtre au combat ; il avait pénétré dans nos maisons, autour, au-dessus, en dessous de nous. Les lieux mêmes où nous nous croyions les maîtres fourmillaient d’ennemis domestiques…»


fifiLèche-bottes.

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une autre civilisation est en gestation

5 Novembre 2010, 19:46pm

Publié par PCF Villepinte

Paul Boccara dans l'Humanité
 Lors d’une audition récente devant le Conseil économique, social et environnemental, l’économiste Paul Boccara a présenté ses nouveaux travaux. Pour lui, la crise actuelle n’est pas qu’économique. 
Une autre civilisation est en gestation. Entretien.

En quoi les luttes actuelles 
sur les retraites ont-elles 
une portée de civilisation  ?

Paul Boccara. Elles ont une double dimension. L’une économique et sociale, concernant les besoins sociaux et une transformation de progrès du financement, à l’opposé de la «  réforme  » favorisant la domination des capitaux financiers. Mais il y a une seconde dimension, non économique, qui concerne la vie en société et la civilisation. On nous dit qu’avec l’allongement de l’espérance de vie, il faut travailler plus longtemps. On ne peut pas se contenter de répondre qu’il y a d’autres possibilités de financement. Il faut opposer à cela l’idée de profiter pleinement de l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé, en développant des activités sociales libres. Avec la productivité nouvelle, on peut réduire le temps de travail dans tous les moments de la vie, par l’accroissement du temps de formation avant de travailler, la réduction des horaires de travail et un allongement du temps de la retraite pour des activités sociales libres, culturelles, politiques associatives, qui se développent déjà. Ce changement du modèle culturel de la retraite participe à un autre type de société. Cela donne beaucoup plus de force aux luttes contribuant à une transformation de la civilisation.

 

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Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.

24 Octobre 2010, 06:56am

Publié par PCF Villepinte

Bête(s)

sarkoZDérives. Jusqu’alors nous n’avions jamais osé l’écrire – les circonstances nous y poussent. Depuis 2007, les occasions d’indignations anti-Nicoléon se sont tellement présentées 
à nous, que, parfois, nous avons songé à quelques phrases-chocs. Leur symbolique même, empreinte de références historiques exagérées, nous avait souvent maintenus dans 
la prudence. Mais pas toujours. Ainsi les mots « pétainisme » 
ou « dérives vichystes » ont pu, de-ci de-là, se glisser dans 
les aléas bousculés des commentaires d’une actualité brûlante et/ou nauséeuse. Un jour, n’en pouvant plus d’entendre parler « d’identité nationale », du « ministère » qui s’y rapportait, 
de « bons patriotes », de « valeurs chrétiennes » et autres relents maurrassiens aux échos glaçants, heurté par ce climat plus proche de l’Action française que de la République, le bloc-noteur prononça cette phrase en conférence de rédaction : « Que 
ne dirait-on pas si ce n’était pas la France mais l’Allemagne qui parlait ainsi ! » L’argument valait ce qu’il valait. C’était il y a un an.

Allemagne. Puisque « l’avenir est rare » et que « chaque jour qui vient n’est pas un jour qui commence », comme l’écrivait Maurice Blanchot, nous fûmes donc, cette semaine, rattrapés par la réalité. Et le coup est venu… de l’Allemagne. D’où on ne l’attendait pas. La chancelière Angela Merkel, devant les Jeunesses conservatrices des chrétiens-démocrates (tout un programme), a en effet enfoncé une barrière morale en affirmant que le modèle d’une Allemagne « Miltikulti » avait « échoué, totalement échoué ». Entendez par « Miltikulti » : multiculturelle, multireligieuse, hétérogène, tolérante, etc. Un concept qui 
a toujours servi d’élément fédérateur et presque fondateur sur 
les ruines du IIIe Reich. D’où notre malaise, notre très grand malaise, au point de considérer cet événement comme 
un moment de basculement symbolique important. Car, dans cette Allemagne toujours hantée par son passé nazi et si peu laïque que l’expression n’y a quasiment aucun sens (n’oublions jamais que la référence à « Dieu » figure dans son préambule constitutionnel), les dirigeants s’emploient d’ordinaire à manier les sujets sur les « étrangers » et les « minorités » avec une infinie prudence, et pour cause. Angela Merkel, fille de pasteur, jusque-là restée sur la réserve idéologique, a-t-elle tout fait voler en éclats ? « Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes, a-t-elle ajouté. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici. » Traduction. « Nous » : les chrétiens. « Celui qui… » : les musulmans.

Malsain. La suspicion des « étrangers » dans 
la bouche de sa principale dirigeante a-t-elle sa place 
en Allemagne, pays où vivent quelque 4 millions de musulmans et où, voilà dix ans, l’accès au droit à la double nationalité avait bousculé le sacro-saint droit du sang germanique ? Et Angela Merkel, prise en flagrant délit de radicalisation conservatrice anti-immigration, vient-elle de rejoindre le club très fréquenté d’un populisme d’un nouveau genre à l’échelle du continent : l’ultra-libéralo-nationalisme ? Poser la question, n’est-ce pas déjà y répondre… D’autant qu’à l’origine de ce débat malsain, la lecture d’un livre, intitulé L’Allemagne court à sa perte, avait choqué de nombreux Allemands, car son auteur, Thilo Sarrazin, n’est autre qu’un des ténors du Parti social-démocrate (vous avez bien lu) et, accessoirement, l’un des membres du directoire de la Banque centrale, contraint depuis à la démission. 
Ce pamphlet aux accents xénophobes, écoulé à près de 700 000 exemplaires, dénonçait le déclin de « l’identité culturelle » allemande et « l’invasion islamique », le tout mêlé 
à l’une des peurs les plus enfouies dans l’inconscient du pays en ce début de XXIe siècle : le déclin démographique. De quoi frémir.

Dangers. Pour une fois qu’un sujet de consensus 
le rapproche de la chancelière, le national-libéral Nicoléon 
ne se plaindra pas de ce renfort inattendu. Depuis son discours de Grenoble et la stigmatisation infâme des Roms, qui valut à la France une mise en demeure de l’Europe, les chiens sont lâchés et, après la déchéance de la nationalité, quelques députés UMP n’hésitent pas à évoquer la suite du programme : la suppression du droit du sol ou de la double nationalité… Une enquête révélait cette semaine que 37 % des enfants de naturalisés français déclarent « ne pas se sentir reconnus comme tels ». Comment s’en étonner, quand on tient à distance le « Maghrébin » ou « l’Arabe » au point qu’à la quatrième génération on parle encore de l’« origine des beurs » ? 
Qu’en pense Nicoléon, pourtant fils direct de l’immigration ? 
« La France, tu l’aimes chrétienne ou tu la quittes ? » Ce serait donc ça, la République d’aujourd’hui ? Oublieuse qu’elle s’est aussi construite en rupture avec la France chrétienne, délivrant 
un message républicain universel, par-delà ses frontières 
et reconnu comme tel ? Et l’Europe ? « Tu l’aimes chrétienne 
ou tu la quittes ? » Elle aussi ? Du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, la crise sociale attise la haine de l’autre. En 2010, entre 20 
et 30 % de l’électorat du Vieux Continent se déclare ouvertement opposé à la diversification culturelle. Il est un peu tôt pour (re)parler de la bête immonde, mais il est un peu tard pour totalement l’ignorer. Il n’y a pas si longtemps, nous disions, exténués et à bout d’argument : « Que ne dirait-on pas si l’Allemagne parlait ainsi ! »

Le blog du bloc-noteur : http://larouetournehuma.blogspot.com

Jean-Emmanuel Ducoin

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expo - « revolución gráfica »

29 Septembre 2010, 19:47pm

Publié par PCF Villepinte

 

HELIOS GOMEZ - JOSEP BARTOLI
L’ expo - « revolución gráfica »
 

Par : Archives
Mis en ligne : 29 septembre
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Thèmes : Mémoire

Entre la dernière semaine de janvier et le 13 février 1939, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants quittèrent l’Espagne par les Pyrénées. Ce fut la « Retirada », la retraite des vaincus qui purent fuir la longue nuit franquiste qui s’abattit sur l’Espagne. Retraite des vaincus et non fuite. 

Vaincus car défaits militairement, vaincus par ceux qui préféraient Hitler aux fronts populaires, vaincus puisque trahis par ceux qui n’ont le goût du populaire que lorsqu’il les porte au sommet de l’état. Une retraite et non une fuite… Ces vaincus ne se rendaient pas. Des portes de Stalingrad aux maquis de l’Ariège, des jungles colombiennes au Chili de Pinochet, du 68 mexicain à la sierra Maestra, les vaincus et leurs enfants n’eurent de cesse de combattre la bête immonde et le ventre d’où elle surgit.*

En 2009, l’on célébrait leur mémoire. Les célébrations ont ceci d’utile qu’elles permettent à des oeuvres vouées à l’oubli de resurgir, et de nous sidérer par leur force, leur justesse, et leur présence. OEuvres dont les vaincus ne furent pas avares. C’est bien le cas de l’ensemble des dessins de Josep Bartoli qu’Actes Sud publie sous le titre « La retirada ». Elle nous invite à redécouvrir l’exceptionnelle éclosion de talents qui annonça et accompagna la révolution outre- Pyrénées. Bartoli, infatigable de Mexico à New York en passant par Paris n’eut de cesse de produire une oeuvre protéiforme, il mourut dans son dernier lieu d’exil, à New York.

L’un d’eux mérite la notoriété d’un Franz Masereel. Il s’agit d’Hélios Gomez, dont une association s’emploie à sauvegarder et à rééditer l’oeuvre. Affichiste, peintre et poète, anarcho-communiste, gitan et andalou, révolutionnaire errant de Paris à Berlin, d’Amsterdam à Moscou au gré des expulsions. Il franchit les Pyrénées lors de la « Retirada » mais choisit de rentrer lutter clandestinement. Arrêté il payera de huit années de détention ce courage. Il meurt peu après sa remise en liberté.

C’est à la découverte de leurs oeuvres que nous vous convions, inédites dans l’hexagone pour Helios Gomez et rarement montrées de façon aussi exhaustive pour Josep Bartoli. Une expo commune pour deux hommes qui se connurent et s’estimèrent. Commune car, si leurs engagements partisans furent divers, ils nous invitent à ce qu’ensemble, aujourd’hui nous continuions à exiger justice et vérité pour toutes les victimes du franquisme.

* « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » B.Brecht.

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quelle union populaire pour rassembler les forces de luttes et de transformation ?

10 Août 2010, 06:42am

Publié par PCF Villepinte

Idée, Identité, Désir communistes

Par Jacques Broda, sociologue.

 

L'inconscient Politique - Vivance - Elles
Le Camp domestique - Ils naissent un couteau au coeur
L'éclipse, le Choeur de la Savine

Idée, comme formation de l’esprit (idéelle, idéale), Identité comme image de soi, Désir comme volonté de justice, le communiste est au centre.

L’Idée communiste le porte à agir, elle représente pour lui le futur, le souhaitable, elle guide ses actions, ses pensées. Cette idée est une vision avant d’être une visée, elle porte une utopie, un lieu du désir. L’Idée communiste est un imaginaire, un souhait, un espoir, un guide pour l’action. Pas seulement l’action politique, elle guide les actes dans la vie courante, familiale, au travail, chez soi, à table. Idéalement basée sur le respect, le partage, la dignité, l’écoute, le don, le courage, l’analyse des situations, elle convoque une morale et une éthique, guide pour l’action et pour la pensée, elle se nourrit de toutes les expériences, 
(ré)interprétées à l’aune de la lutte des classes, mais aussi à l’aune d’un idéal d’émancipation agi au quotidien et dans le projet. Cette Idée communiste nous y tenons, autant qu’elle nous tient. Elle forge l’organisation – théoriquement –, « épouser la notion », dit Mallarmé. Quand les camarades ont épousé l’organisation au détriment de la notion, le pire est arrivé.

L’Identité communiste, un sentiment d’appartenance, une communauté de partage, une référence, un référent, à l’identique et au même sont dans le même parti. L’Idée est plus large que l’Identité, l’Idée dépasse le parti. L’Identité individuelle et collective nous situe par rapport aux autres, aux mêmes (liens et altérités), aux différents (liens possibles) idéologiques et politiques. L’Identité nous soude, et en même temps chacun la vit différemment, singulièrement, elle rassemble dans le lien et le dissensus. Elle n’est pas du « un », elle est du multiple et du commun, ce qui fait lien à l’intérieur, c’est l’Idée et le Désir. À l’extérieur l’Identité communiste est vécue comme une image, l’image de soi pour les camarades devient une image de l’autre. Elle symbolise la lutte, le courage, le dévouement, le Parti des fusillés, mais aussi le stalinisme, l’hégémonie, le centralisme, un « mauvais objet » à détruire.

Le Désir communiste est un désir pour l’autre, pour les autres, la justice est son ressort, son essor, c’est un désir de politique et une politique du désir, et non du besoin. Le besoin part de soi, le désir de l’autre. Certes, la satisfaction des besoins sociaux est vitale, cruciale, tout doit être mis en œuvre pour cette réalisation, mais le Désir communiste est d’une autre ampleur, il vise à une transformation radicale des rapports sociaux et pour le sujet à une volonté, une force, un courage d’être le sujet historique de cette transformation. Le Désir communiste transforme le communiste dans son action, tout comme l’Idée, il est un guide pour l’action. Un guide n’est pas une force de frappe, mais une orientation, un sens, une autocritique analytique du pourquoi de son désir, de la justesse de son dire et de son agir. Une éthique. Si la révolution doit être permanente, le rapport à la révolution est soumis à une critique permanente du désir de révolution en son application.

Le pacte d’union populaire proposé par Pierre Laurent provoque les trois dimensions. Le pacte nous lie dans un projet commun, une idée commune, partagée avec d’autres dans un but, il engage l’engagement commun et réciproque à le respecter. L’union veut construire du lien, réunir et rassembler les forces de luttes et de transformation. Populaire est partagé le plus largement par le peuple, porté par les valeurs populaires de luttes, de justice et de fraternité. L’Idée, l’Identité et le Désir communistes sont convoqués simultanément dans une stratégie d’alliance. Toute la difficulté est là, ne pas perdre son âme, tout en la jouant dans une lutte violente. Nous ne choisissons pas les situations, mais nous pouvons les créer, comités de lutte, comités citoyens, cellules élargies, comités de base, réseaux, ateliers d’écriture, ateliers de création de l’action politique, l’ouverture du champ des possibles est immense. La pulsion d’effacement doit céder le pas à la pulsion de création.

En 1945, voici ce que dit Tristan Tzara (j’ai changé le poète en communiste) : « La mauvaise organisation sociale qui… aboutit, en opprimant une partie de l’humanité par une autre, à des contradictions et des luttes inhumaines, le communiste en ressent singulièrement l’immoralité et le mensonge. Le communiste est essentiellement révolutionnaire. Son sentiment profond tend à la transformation du monde actuel en un monde où l’homme puisse être entièrement d’accord avec lui-même. Mais le monde présent est tel que toute révolte individualisée est non seulement inefficace, mais nuisible, car vouée à un échec consubstantiel certain, elle se réfugie dans une attitude de pessimisme ou d’évasion. La vie de nos jours, pour le communiste, a nom Révolution. Avec tout ce que cela comporte d’action, de foi, d’adhésion aux nécessités immédiates des hommes tels qu’ils sont, tels qu’ils deviennent, tels qu’ils luttent, tels qu’ils vivent et qu’ils aiment. » (1)

 

(1) T. Tzara, « Poésie latente et poésie manifeste », revue Europe, « la Poésie et la Résistance », 1974, no 543

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