Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

Axiome(s): Jean-Luc Mélenchon sur tous les fronts...

5 Mars 2012, 06:56am

Publié par PCF Villepinte

Quand la formule républicaine reprend de la valeur et de la hauteur, le Front de Gauche n'est jamais bien loin. Même du côté des ouvriers !

Ridicule. «Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine», disait Churchill. Voilà exactement ce quoi nous songions, l’autre soir, devant notre petite lucarne. Avouons que les moments d’allégresses télévisuelles sont trop rares pour les passer sous silence. Comme nous tous, vous avez donc vu Marine Le Pen se ridiculiser – c’est peu dire – à la télévision. Ne tournons pas autour du pot: aviez-vous déjà assisté à semblable scène? Et aviez-vous déjà vu fifille-nous-voilà dans une posture aussi grotesque, limite bouffonne? Dans l’émission Des Paroles et des Actes, sur France 2, l’héritière de papa-nous-voilà de Montretout a joué la fidèle «semi-démente» du clan, n’utilisant jamais sa «bonne moitié», pour, finalement, refuser l’opportunité d’un vrai face-à-face avec un adversaire et pas n’importe lequel: Jean-Luc Mélenchon. Pas au mieux de sa forme, Le Pen, qui n’a toujours pas compris que la politique, en certaines heures, était une chose trop sérieuse pour vouloir jouer dans la cour des grands. Car à ce petit jeu-là, pardonnez-nous, Jean-Luc Mélenchon ne boxe décidément pas dans la même catégorie. Qui en doute désormais?
Apeurée. Avouons que depuis le début de la campagne, le candidat du Front de Gauche à la présidentielle ne marque pas seulement des points (dans les sondages) mais il progresse (dans les esprits) au point d’irriter tous ses adversaires. A commencer par la tenancière de la maison extrême-droite. La ligne anti-FN de Mélenchon et du Front de Gauche, outre qu’elle redonne à la gauche dite «de gauche» un rôle classique dans le dispositif républicain, permet de dénoncer l’imposture de la famille Le Pen avec les grands moyens, jour après jour, mètre par mètre, sans ne plus rien lâcher, ce qui, mécaniquement, porte ses fruits et met les lepénistes sur le reculoir.
Avez-vous remarqué, depuis deux mois environ, très exactement depuis que le Front de Gauche a lancé sa grande offensive contre elle, à quel point Le Pen est à la peine? Comme si sa bulle (essentiellement médiacratique) résistait peu à la confrontation brutale. Comme si quelque chose se dégonflait enfin. Preuve, l’attitude apeurée de fifille-nous-voilà sur le plateau de France 2, qui préféra la dérobade (visible) et le mépris (limite ordurier) aux règles élémentaires du débat démocratique en pleine ferveur électorale. Une vraie débandade. Pour le père, l’indignité de Brasillach. Pour la fille, la fuite à Varenne. Ou comment le Front de Gauche, grâce à cinq mots d’ordre, réussi le tour de force à renvoyer le FN dans les cordes: résistance, dénonciation, argumentation, reconquête, castagne.

Ouvriers. Et puisque certains petits bonheurs n’arrivent jamais seuls, voilà qu’un sondage est venu confirmer notre intuition. Alors que Le Pen essaie de se poser en candidate des classes populaires, cette enquête TNS Sofres montre casse les idées reçues. Pour 35% des sondés, c’est en effet Jean-Luc Mélenchon qui «défend le mieux les ouvriers», arrivant devant François Hollande (30%), François Bayrou (16%), et loin devant Marine Le Pen (10%). Mais ce n’est pas tout. Contrairement à tout ce que vous entendez du matin au soir à la télévision ou sur les radios, si les ouvriers devaient voter aujourd’hui ce sont François Hollande (31%) et Jean-Luc Mélenchon (25%) qui arriveraient largement en tête de leur suffrage. Malgré le mur du silence, malgré son aspect «anti vote utile» qui en dérange plus d’un, la percée du candidat du Front de Gauche est définitivement l’un des événements des dernières semaines. Chacun de ses actes est analysé, chacune de ses paroles disséquée. Ainsi, à en croire Rue 89, il convenait «absolument» de lire «l’interview la plus intéressante de la semaine» donnée au magazine La Vie. L’ancien enfant de choeur Mélenchon y évoque la foi, cette «brûlure» qui «vous laisse des marques que vous gardez toute votre vie» et peut «vous ouvrir les yeux sur une dimension du réel matériel auquel vous n'auriez jamais pensé». Mélenchon poursuit: «Les gens qui ont la foi se situent dans un espace comparable au mien, dans un domaine plus grand que soi. J'ai plus de facilité à parler avec des chrétiens qu'avec des traders! (…) De tous les hommes qui composaient ma section socialiste à la fin des années 70, j'étais le seul mécréant!»
Histoire. S’il se définit comme «matérialiste», Jean-Luc Mélenchon confesse qu’il n’hésite pas à citer «saint Martin qui partage son manteau» pour mieux l'opposer aux «chrétiens des croisades de madame Le Pen». Pourquoi croit-il, comme Mitterrand, aux forces de l’esprit? Parce que «chacun possède un tribunal de sa conscience où se trouvent les êtres qu'il a aimés et qui ne sont plus là». Lui qui aimerait tant «pouvoir éteindre» lui-même «la lumière» à l’heure de sa mort, se déclare par ailleurs «croyant, mais pas pratiquant» en franc-maçonnerie: «J'ai le sentiment d'appartenir à une longue histoire, à laquelle avaient pris part mon père et mon grand-père.» A la lecture de ces mots, d’autres nous vint à l’esprit. «La formule républicaine a su admirablement ce qu'elle disait et ce qu'elle faisait; la gradation de l’axiome social est irréprochable. Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter. Rien à retrancher. Ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir. Tout l'homme est là.» Ca aurait pu être du Mélenchon. C’est du Victor Hugo.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 2 mars 2012.]
(A plus tard...)

Voir les commentaires

Sur le Blog de Jean-Emmanuel DUCOIN

28 Février 2012, 10:20am

Publié par PCF Villepinte

Espérance(s): l'effet Mélenchon... et bien au-delà !
Si la sagesse et la raison critique gagnent (enfin) du terrain dans cette campagne électorale, le Front de Gauche n’y est pas pour rien.

Gauche. Drôle de dépaysement en notre pays lui-même, où le simplisme devient expédient, où tout se transforme en vérité, où la paresse d’esprit – et le minimum d’informations – s’érige en fréquentation publique. Lu cette semaine dans un grand magazine populaire, cette citation de François Mitterrand datant de 1986: «J’affirme que pour la France hospitalière les immigrés sont chez nous chez eux.» La justesse du propos, nous renvoyant vingt-cinq ans en arrière, n’est évidemment pas en cause. Ce qui chagrine le lecteur toujours munis de lunettes double-foyers? Le commentaire qui suit cette noble évocation. Ainsi peut-on lire ces mots: «Quel candidat oserait aujourd’hui prononcer une telle phrase?», demande la journaliste, visiblement peu informée des propositions et des paroles des acteurs du Front de Gauche, par exemple… Et celle-ci d’ajouter: «La gauche rivalise de prudence pour défendre les derniers entrants contre une xénophobie d’Etat de moins en moins refoulée.» Notre irritation atteignit alors des sommets. Car de quelle «gauche» parle-t-on là, sinon de la gauche dite «socialiste» incarnée par son candidat François Hollande, qui, en ce domaine comme en bien d’autres, ne dispose ni du monopole de la gauche et encore moins du passeport des idées aux estampilles «progressistes».
Signe. A plein régime, la machine à câliner qu’est devenue la communication se déchaîne à tous les échelons d’une société sens dessus dessous. D’un côté, les instrumentalisations des peurs du matin au soir, les manoeuvres ordurières des Nicoléon, Guéant, Hortefeux et autres Le Pen, papa et fifille-la-voilà, dont l’axiome dénominateur reste la division des citoyens entre eux pour les maintenir dans un état de dépendance morale et subjective. De l’autre côté, cette satanée «prudence» érigée en camp, celui dit de «gauche», réduit, pour l’instant, à sa fraction hégémonique: le parti socialiste. Cette espèce de fuite du réel révèle la panique des «élites» et sa déconnexion du monde tel qu’il est. D’autant qu’elle ne résiste pas à une double observation.
Primo: les thématiques dominantes dans la tête des individus, même éloignés de leurs corps sociaux environnants (curieuse idée), tournent autour des mêmes préoccupations sociales et économiques, chômage, précarité, travail, santé, logement, éducation, etc. Secundo: dans cette époque de crises et de tempêtes, qui risquent d’emporter l’esprit républicain et une partie de notre idéal de justice et d’égalité, l’attitude qui consiste à refuser de voir l’une des réalités de la campagne électorale actuelle, à savoir la percée du Front de Gauche et de son candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, est un signe d’immaturité politique et d’inconséquence intellectuelle. Faut-il seulement s’en étonner?

Mélenchon. Heureusement, de ci de là, quelques exceptions commencent à percer le mur du silence, histoire d’habiller de velours l’horreur quotidienne qui nous tient lieu de fond sonore médiacratique. Quelques lignes approfondies – toujours bonnes à prendre – dans un océan de survols et de lieux communs. Ainsi dans Marianne, Jacques Julliard a-t-il consacré son éditorial au candidat de notre coeur, comme en écho au bloc-notes, ici-même, la semaine passée. Julliard s’interroge: «A quoi sert Mélenchon?» Sachez-le, nous ne partageons ni son postulat (cataloguer le Front de Gauche à «l’extrême gauche») ni sa conclusion («l’impuissance» supposée de ses idées serait une «défaite de la pensée»). Mais Julliard, avant d’en arriver à cette fin que nous jugerons stupide, loue à bien des égards, et sans le vouloir assurément, les qualités du Front de Gauche. «L’utilité du social-mélenchonisme, écrit-il, c’est de déchirer le voile des fausses évidences capitalistes.» Pour lui, pas de doute, Mélenchon «a le verbe, la gouaille, le culot, la formule, la repartie, les colères, vraies ou simulées, et ce grain de folie qui emballe les meetings». Mais il ajoute aussitôt, car la vérité l’oblige et l’engage: «Je m’arrête là. Il serait trop facile et trop injuste de limiter l’écho que rencontre aujourd’hui Mélenchon à son talent oratoire. S’il déplace aujourd’hui des foules considérables, c’est qu’il dit de la situation actuelle ce qu’elles ont envie d’entendre et que son discours sonne juste. Il exagère? Non, c’est le capitalisme qui exagère: ce sont les banquiers et les spéculateurs qui sont dans le déni de la réalité.»

Politique. A la bonne heure. Même pour Jacques Julliard, la fameuse «angoisse identitaire», doublée du non moins tragique «vertige français» dont on nous rebat les oreilles depuis tant d’années, ne sauraient désormais être analysés – à supposé que ce soit possible et utile – isolément du mal essentiel qui ronge ce début de siècle: l’insécurité sociale… Si la sagesse et la raison critique gagnent enfin du terrain, le Front de Gauche n’y est pas pour rien. Elever les consciences en déclassant les raccourcis lamentables sera encore long… Chers lecteurs, vous en connaissez mieux que personne l’ampleur et l’enjeu. Vos innombrables témoignages et réactions à cette chronique de la semaine dernière, consacrée justement à Mélenchon, témoignent que les idées forces ancrent notre gauche, ferme sur ses principes, dans l’histoire sociale et l’art politique majeur. Celui du sublime. Celui des possibles. Celui du bonheur et des sourires. En deux mots: l’espérance française.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 24 février 2012

Voir les commentaires

Civilisation(s): Claude Guéant ou l'odieux sentiment de supériorité

12 Février 2012, 12:58pm

Publié par PCF Villepinte

En flattant les penchants les moins civilisés (précisément) de nos concitoyens et en réactivant le «choc des civilisations», les nicoléoniens réitèrent en grand l’opération de l’«identité nationale».

Mots. Pour aller «au bout de la possibilité misérable des mots»(Bataille), à l’épreuve de la cruauté ressentie au-delà de l’âme, nous savons que toutes les formes de totalitarisme débutent par des mots... Pour Nicoléon et son aboyeur à pas de Guéant, il y aurait donc des civilisations «supérieures» à d’autres. La question – absurde mais récurrente dans notre tradition ethnocentrique occidentale – est à nouveau posée dans le cadre d’un processus électoral. Au nom d’un supposé «relativisme de gauche», elle serait taboue. Or, ce n’est ni par relativisme ni par tabou que nous refusons l’intitulé même, mais par Raison. Cette Raison qui, au XXIe siècle, devrait nous inviter à considérer toute volonté classificatrice comme une aberration et l’expression ultime du sentiment de supériorité, dont on sait, par l’histoire, qu’elle déclenche la foudre et attise les excès. Guéant veut nous dire: «Je suis supérieur à toi, donc je te domine.» En flattant les penchants les moins civilisés (précisément) de nos concitoyens en manque d’estime d’eux-mêmes et en réactivant le «choc des civilisations», au moment où la crise sociale atteint des sommets de destruction des vies, les nicoléoniens réitèrent en grand l’opération de l’«identité nationale» avec pour but de ressouder l’électorat ultra-droitier tout en éloignant les Français de l’essentiel. Stratégie électoraliste? Oui. Mais pas seulement. L’implacable mécanique de la logique des «boucs-émissaires» par temps de crise est désormais une marque de fabrique de la droite umpéiste et frontiste. Leur fond de commerce? Ni la crise sociale, ni les injustices, ni les inégalités... mais la peur de l’autre. 
N’en doutons plus: ils adoptent ce concept idéologique par conviction. La vieille France maurassienne et pré-fascisante a repris du service. Lisez plutôt ces mots prononcés sous le règne du prince-président:«Ce sont des guerres de civilisations que nous devons mener.»Dans la bouche des colonisateurs de la finance, par le mélange des genres et la haine de «l’autre», rien n’est donc impossible. Difficile dès lors de ne pas penser à Pétain, qui disait lors de son procès, en juillet 1945: «Je représente une tradition qui est celle de la civilisation française et chrétienne, face aux excès de toutes les tyrannies.»

Rejets. Ne feignons pas de croire que le fléau – comme danger, quel qu’il soit – reste cantonné dans les replis obscurs d’une lointaine géographie. L’obscurantisme menace aussi chez nous, parmi les puissants, il s’habille d’excès, de suspicions, de rumeurs, de rejets, de divisions. La démocratie républicaine est un art de poids et de mesure, de procédures, de principes intangibles et de pratiques, où la responsabilité ne saurait se déléguer. Au Palais, les digues ont lâché: plus de vigilance, plus d’esprit de mission ; place à la voracité du monde qu’ils veulent nous imposer... Sous prétexte que le mot «civilisation» ait été inventé par Mirabeau et que les Révolutionnaires s’en soient emparés pour les plus belles raisons qui puissent être imaginées – celle du progrès de l’humanité, des idées et des techniques –, il faudrait travestir l’esprit des Lumières et formuler un contresens qui nous ferait oublier l’esclavagisme, le colonialisme et pourquoi pas les camps de la mort, qui, n’en déplaisent à certains, avaient pour géographie matricielle la vieille Europe, celle de la philosophie, des Lettres, du latin et du grec ancien… La barbarie européenne n’est pas un fantasme «relativiste». Elle fut une réalité. Nous devons considérer une culture par ses nobles idéaux invariants, certes, mais aussi, comme le dit Edgar Morin,«selon sa façon de camoufler sa barbarie sous ces idéaux».

 

Culture. Alors? Attention: de l’ordo-libéralisme de Nicoléon aux pratiques fascisantes d’exclusions et de discriminations (ethniques, politiques ou religieuses), il n’y a qu’un pas. Un pas infime que les mots occidentalocentristes franchissent souvent depuis peu. Les civilisations, dont on sait qu’elles sont «mortelles» (Valéry), ne sont pas des berceaux dorés où l’on s’endort. Elles ne peuvent exister sans une conscience inquiète, non seulement de l’état de perfection auquel l’homme croit être parvenu, mais de l’imperfection qui demeure sous le monde étoilé. Cette conscience, en déviant, en s’affolant, fait le lit des intégrismes et des nationalismes étroits. Edgar Morin a bien raison:«Chaque culture a ses vertus, ses vices, ses savoirs, ses arts de vivre, ses erreurs, ses illusions. Il est plus important, à l’ère planétaire qui est la nôtre, d’aspirer, dans chaque nation, à intégrer ce que les autres ont de meilleur, et à chercher la symbiose du meilleur de toutes les cultures. Le faux universalisme consiste à nous croire propriétaires de l’universel…» Nous sommes définitivement avec Montaigne, qui dénonçait déjà en son temps la barbarie d’une pensée qui «appelle barbares les peuples d’autres civilisations».

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 10 février 2012.]

 

Voir les commentaires

Ce lundi, l'Humanité rend hommage à Pierre Bourdieu

22 Janvier 2012, 15:05pm

Publié par PCF Villepinte

Pierre Bourdieu

Médias - le 22 Janvier 2012

 

 

 

 

Dix ans après sa mort, l'œuvre du sociologue de la domination continue de traverser les consciences en nous donnant des raisons et des moyens d'agir sur la réalité sociale. L'Humanité de ce lundi consacre un cahier spécial de quatre pages sur "l'ennemi numéro un de tous les défenseurs de l'ordre néolibéral". A retrouver dès ce dimanche soir en vente dans notre boutique en ligne:

  • Inédit de Pierre Bourdieu: "Le sociologue devant l'Etat", Communication au XIe colloque "Les sciences sociales dans les années 1980, défis et tâches", organisé par l'Association internationale des sociologues de langue française, à Paris, du 27 septembre au 1er octobre 1982
  • Pierre Bourdieu, un sociologue de combat: rencontre avec Patrick Champagne, sociologue critique spécialiste des sondages et ancien proche de Pierre Bourdieu
  • Il fut considéré comme "l'ennemi numéro un de tous": retour sur l'homme et l'oeuvre

--> A lire aussi nos articles précédents dans l'Humanité:

Bourdieu, mort d'un grand intellectuel critique

Dix ans après Bourdieu, la sociologie critique: une démarche d'actualité

Voir les commentaires

Entreprises : les salariés peuvent prendre le pouvoir !

22 Janvier 2012, 08:15am

Publié par PCF Villepinte

A l'exemple des Scop, de nouveaux droits d’intervention des salariés dans les entreprises sont plus que jamais indispensables.

souffrance__morale_travail_harceleent.jpg

«Pour une autre répartition des richesses.» «Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque.» «Les salariés doivent avoir la parole.» Face aux grandes peurs d’à-venir, sous les coups de boutoir de l’atomisation sociale qui martèle nos sociétés, combien de fois avez-vous entendu ces phrases et bien d’autres, au coin des rues, en tête des cortèges, sur les piquets de grève et dans vos propres familles à l’heure des fins de mois difficiles? En exprimant leurs révoltes et en luttant comme ils le peuvent contre le règne du «moi» et la «commercialisation universelle», les peuples cherchent une voie, des idées, des solutions. Contre les inégalités et les injustices du capitalisme. Contre l’autoritarisme des puissants qui possèdent tous les leviers, financiers ou médiacratiques. Contre les oligarchies du fric et les organisations internationales sous tutelle – G20, banques centrales, OMC, FMI, etc. Contre la mise en concurrence des individus, qui renvoient les citoyens à la fabrique du néosujet, à la désaffiliation, au délitement du lien social…

bottom_img_19.jpg

L’entreprise est l’un des lieux où se croisent le mieux (si l’on peut dire) à la fois l’ensauvagement et les souffrances du monde d’aujourd’hui, et en même temps le souffle d’aspirations nouvelles, formulées souvent de manière inédite dans leur mode opératoire. L’entreprise comme laboratoire, symbole du néolibéralisme: après avoir aboli les obstacles à la circulation des capitaux, les puissants veulent en effet démolir tout ce qui reste des systèmes sociaux et le droit du travail. Et autant dire que ce ne sont pas les toutes dernières annonces façon «grand bluff» de Sarkozy sur la taxe Tobin qui réconcilieront les Français avec la crédibilité «sociale» du pouvoir, chacun ayant bien compris la nature opportuniste de cette saillie lyrique du chef de l’État, qui ne vise qu’à atténuer les conséquences désastreuses de l’annonce de la TVA «sociale» sur les couches populaires... Les citoyens le savent. Dans un univers ordo-globalisé qui change et évolue vite, si vite, le monde du travail reste un continent à conquérir. Partout, par l’élaboration de Scop comme alternatives aux modes de gestion actuels et aux délocalisations, par l’accès à des financements émancipés du marché financier (coopératives de production, de distribution, de consommation, etc.), nous sentons cet irascible souhait de s’en mêler, de ne pas laisser les patrons et les princes du CAC décider seuls de nos sorts communs. Qu’on se le dise. Monte dans les tréfonds de la société l’envie de ne plus laisser les puissants et les appareils politiques s’arranger avec les affaires du monde, sur le dos de tous, pour préparer, par exemple, une petite alternance bien pépère...

tumblr_lj1w0fpuay1qee8huo1_500_large.jpg

S’il s’agit urgemment de sortir le pays de l’emprise des puissances de l’argent, de la Sarkozye Compagnie et de l’idéologie libéralo-néoréactionnaire, les changements «à la marge», synonymes d’acceptation des politiques de rigueur et de «règles d’or», seraient un contresens historique devant l’ampleur des ébranlements liés à la crise. La vraie feuille de route, simple et audacieuse, tient en quelques mots: une réflexion inédite pour un nouveau projet de civilisation postcapitaliste. Ni plus ni moins… Même s’ils ne le formulent pas ainsi, les peuples, n’en doutons pas, sont prêts à s’y investir. En commençant par leurs lieux de travail ! De nouveaux droits et des pouvoirs d’intervention des salariés dans les entreprises sont plus que jamais indispensables pour réorienter les choix industriels et d’investissement… Ne l’oublions jamais, c’est aussi par le travail – et l’appropriation du travail – que l’homme se transforme. Un beau thème de campagne pour 2012, non?

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 9 janvier 2012.]

 

 

Voir les commentaires

Tribune de Claude Tedguy : Comprendre le monde, oui mais uniquement pour le changer

19 Décembre 2011, 14:57pm

Publié par PCF Villepinte

 Mots clés : claude tedguy,

Par Claude Tedguy, Philosophe et psychanalyste.

art 

 

Nous vivons dans un monde dans lequel chacun d'entre nous essaye instinctivement de sauver sa peau. Encore plus, lorsque les temps sont difficiles. Et en oubliant l'Autre.

    De la Gauche à la Droite, en passant par le Centre et toutes leurs dérives et leurs satellites, les mouvements politiques qui prétendent représenter les opinions et les désirs des populations, jouent le même ou au même jeu. Ils gardent les mêmes structures et poussent le pion (pour reprendre un mot de Diderot) comme ils peuvent, c'est-à-dire à leur profit, sur ce vaste échiquier de la société, comme ci celle-ci leur appartenait et que les êtres qui la constituent étaient un bien à conquérir pour une victoire, très aléatoire mais toujours cruelle, injuste, inhumaine et sale, qui s'appelle le pouvoir ou pire encore l'exercice du Pouvoir.
    De Camus qui se flattait d'appartenir à une gauche qui avait pour fonction " de faire en sorte que le monde ne se défasse pas ", à Derrida qui considère que tous les Etats sont " voyous " au point qu'il n'y a donc plus de voyous même si dit - il " je résisterai à cette tentation aussi facile que légitime, de penser que là où tous les Etats sont des Etats voyous, là où la voyoucratie est la CRATIE même de la souveraineté étatique, là où il n'y a que des voyous, il n'y a plus de voyous... " De l'un à l'autre malheureusement une constante : rester dans le cadre de la société constituée telle qu'elle est. Ne pas sortir des limites que la pseudo démocratie chère à tous, impose aux uns et aux autres, lesquels s'en réclament à qui mieux mieux... Au point qu'elle ne signifie plus rien tant elle est galvaudée et violée.
    Nulle remise en cause fondamentale de la société elle-même, mais des remèdes pour tenter de la guérir. Nulle remise en cause de l'Etat lui-même, de sa signification, de l'utilité de son existence, même si on le traite de voyou... Et de l'extrême gauche à l'extrême droite, on " joue le jeu " de ce qu'on appelle faussement la Démocratie.
    En fait on ne veut rien faire " qui défasse " le monde comme le voulait Camus, et si nous sommes tous " voyous ",  eh bien finissons par accepter qu'il n'y a pas de voyous même si la vraie démocratie, à qui on a demandé qu'une chose, " plus de démocratie ", n'est  " qu' à venir "... Oui, mais quand ? C'est la question qu'on est tenté et qu'on est en droit de se poser. Et c'est la seule question intéressante.
    Souvenons-nous de Marx, de ce Marx acharné à convaincre même les plus convaincus, même Engels qui n'était pas à convaincre ; de ce Marx argumenteur, dialectitien enflammé qui finit par dire : " ... Mais enfin disons-le une bonne fois, il n'est pas question de comprendre le monde, il s'agit de le changer !... "
    Depuis, les régimes dits " Communistes ", ou ayant opté pour cette appellation incontrôlée ont lamentablement échoué, ce sont écroulés ou bien sont habilement passés à des régimes inavouables et inavoués. Mao Tsé Dong qui avec raison voulait en priorité changer l'homme, n'a fait que donner naissance à un univers monstrueux. La Russie est devenue la pat,rie d'une super-voyoucratie instituée et exportée. Les petits seigneurs des pseudo Républiques Satellites s'encanaillent du plus et du mieux qu'ils peuvent. Cuba se meurt en attendant d'éclater, sur fond d'une musique qui défoule et dans les volutes des cigares qui grisent... Quant aux Etats Capitalistes avec à leur tête les USA qui avaient la prétention de donner des leçons de toute nature au monde civilisé, ils agonisent, victimes de leur propre jeu. Entrainant dans leur perte un peuple à la dérive se demandant enfin ce qui lui arrive, et mesurant l'ampleur du mensonge habilement distillé.
    En réalité, les peuples n'en peuvent plus. Les hommes et les femmes que nous sommes n'en peuvent plus d'être manipulés par des Pouvoirs qui se prétendent " Etats ", et qui au nom d'une éthique partout inventée à l'aune du Profit privent nos enfants de tout Bonheur, de tout Espoir, de toute confiance dans l'humain, en faisant, en voulant faire d'eux des citoyens prétenduement libres, mais en fomentant une sourde et cynique conspiration contre cette jeunesse qui dérange.
    Car nous sommes plus que jamais " dans les fers " comme le disait Rousseau. Et nous y sommes tellement et depuis si longtemps, que nous croyons ne pas y être, ce qui est le comble de l'esclavage !... Alors, pour revenir à notre question, quand tout cela va-t-il changer ?
    " Du passé faisons table rase " dit la chanson... Et nous n'avons fait table rase de rien. Nous avons tous continué à jouer avec les petits camarades dans la cour de récréation, au même jeu qui n'engage à rien, au gendarme et au voleur, alternativement...
    Nous n'avons jamais eu le courage d'affirmer qu'il fallait casser et démolir les stuctures existantes pour bâtir autre chose. Nous avons voulu rafistoler, réparer, améliorer, alors qu'il fallait raser, réinventer et reconstruire ( et ce dans l'ordre où je le dis ). Nous avons cru qu'on pouvait confier notre destin commun, notre avenir pourtant bien hypotéqué à des hommes dits charismatiques, alors que notre avenir nous appartient à nous tous ensemble, qu'il appartient aux peuples collectivement... Nous avons oublié le Nous anonyme pour le Je fanfaron et pour le Il admiratif... Nous sommes responsables de nos malheurs et pire encore du malheur que nous préparons aux enfants que nous avons eu la légèreté et la cruelle inconscience de faire naître.
    Nous avons cru que l'Espoir était un Mot. Alors qu'en réalité, il est un dur combat physique, risqué, violent, contre tout ce qui empêche l'homme d'atteindre la Liberté. Nous nous sommes endormis, confortablement bercés par des concepts et des mots qui nous ont hypnotisé au point que nous n'arrivons plus à nous réveiller et que nous allons mourir de nous-mêmes sans même savoir que nous mourons.
    Nous avons oublié ces mots d'Eluard : " Faire avec du sable du pur cristal et avec du rêve de la réalité ". Mais il n'est jamais trop tard pour agir, se battre contre notre propre inertie et pour que ce monde soit enfin celui de la Fraternité à laquelle il faudra faire autre chose que de rêver ; à laquelle il faudra     donner vie au péril même de notre propre existence. Pour que nos enfants se souviennent de nous et qu'ils comprennent que c'est là le seul héritage que nous pouvons et que nous devons leur transmettre.

Claude Tedguy

Voir les commentaires

SUR LE BLOG DE JEAN-EMMANUEL DUCOIN

11 Décembre 2011, 08:05am

Publié par PCF Villepinte

Surveillance(s) : quand les libéraux deviennent fous...
Qu'y a-t-il de commun - ou de skyzophrène - entre les larmes d'une ministre italienne et les agissements d'une agence de notation ?

Larmes. Se souviendra-t-on des sanglots d’Elsa Fornero, ministre italienne des Affaires sociales? Au côté du nouveau président du Conseil, Mario Monti, cette dame d’apparence austère aux cheveux droits tirés sur les oreilles, par ailleurs vice-présidente de la banque Intesa Sanpaolo (sic), présentait dans le détail le nouveau plan de rigueur. Un à-venir social terrible pour ses compatriotes, dont elle semblait prendre la mesure à chaque énumération, comme une sorte de révélation progressive mise en abyme, comme si, derrière la froideur des chiffres et la pâleur des mots, des êtres prenaient soudain forme humaine dans le désarroi d’une matérialisation enfin palpable. Alors, sans prévenir, la voix de cette femme s’érailla, dérailla… La tentation fut grande de croire à un stratagème, à une comédie, à une tragedia dell’arte faussement surjouée à destination d’une vox populi y perdant son latin. Dans cette désarmante scène de la vie politique, une ministre a gémi – et les marchés ont souri. Triste à pleurer. Les apparences sont-elles trompeuses?

Fin. Connaissez-vous le très sérieux et influent Conseil européen des relations étrangères, élu «meilleur nouveau think tank dans le monde sur les cinq dernières années»? Basé à Londres et disposant d’antennes en Europe, cette structure a pour but de favoriser une perspective paneuropéenne dans les débats économiques et politiques. Cette semaine, la représentante d’un de ses bureaux les plus influents, celui de Berlin, a décidé de sortir de l’ombre en nous adressant une missive sur le thème : «Français, à vous de jouer!» Ulrike Guérot, auteur d’une thèse sur le Parti socialiste français, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris avant de partir enseigner dans le privé aux États-Unis, prône ouvertement une harmonisation fiscale et politique des deux côtés du Rhin. 
Mais cette dame n’a ni le temps ni le goût de la nuance. «Que ce soit clair, déclare-t-elle. Oui, ce sera la fin des 35 heures, la fin de la retraite à soixante ans, la fin de “travailler moins pour vivre mieux”. Et ce n’est pas la faute des Allemands, mais parce que nous sommes en train d’intégrer quelque deux milliards de personnes dans le marché global du travail.» Et elle ajoute: «L’Europe le vaut.» Moralité, écoutons toujours attentivement les technocrates, ils expriment très consciemment la pensée stratégique inconsciente de ceux qui nous gouvernent.

Allemagne. Ces mêmes technocrates n’hésitent pas à affirmer que la crédibilité de l’euro ne peut se jouer que sur le terrain de l’apolitique. Est-ce l’ambition de l’Allemagne? Doit-on y voir une politique bismarckienne? Ou plutôt le retour d’un des courants les mieux établis du libéralisme, l’ordolibéralisme, né dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres et théorisé sous le nom «d’économie sociale de marché»? Et est-ce si incongru d’établir un parallèle entre la posture idéologique d’Angela Merkel et celle suivie au moment de la grande dépression par Heinrich Brüning, chancelier (trop méconnu) de 1930 à 1932? Le trouble historique a de quoi imposer la réflexion. Car Brüning, contournant le Parlement de l’époque, imposa par décret d’urgence une politique absolument radicale d’austérité qui lui valut le surnom de «chancelier de la faim»: baisse des salaires, réduction des indemnités, coupes drastiques dans les dépenses publiques, politique monétaire restrictive par peur de l’inflation, démantèlement de l’État social, affaiblissement de la République de Weimar, etc. Inutile ici d’en réécrire les conséquences… Et aujourd’hui, au nom de doctrines libérales quasi fanatiques,
il faudrait masquer toutes similitudes avec les années trente?

Fous. Pendant ce temps-là? Croyez-le ou non, mais l’agence de notation Standard& Poor’s a annoncé qu’elle plaçait sous «surveillance négative» la note du Fonds européen de stabilité financière (FESF), lui-même mis en place pour venir en aide aux États… Cherchez l’erreur. Plus incroyable encore. Le fameux Fonds monétaire international (FMI), qui, par dogme économico-libéral, lorgne depuis toujours sur la gestion des États et tond les populations à la première occasion, cherche lui-même de l’argent auprès des institutions bancaires européennes. Vous avez bien lu. L’institution de Washington serait à court de liquidités. Problème, la BCE n’étant pas membre du fonds, son intervention auprès du FMI semble impossible. Alors? Pour lever au moins 100 milliards d’euros le plus rapidement possible, le FMI devra se tourner vers les banques centrales nationales, comme la Banque de France ou la Bundesbank, qui, comme vous le savez, ne peuvent plus prêter à leurs propres États… Et la boucle est bouclée. Conclusion de ce circuit financier schizophrénique ? Ils sont tous devenus fous. Et comme la plupart des fous, ils ne s’en aperçoivent pas…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 9 décembre 2011

Voir les commentaires

Intouchable(s) : ce que nous dit le succès d'un film...

4 Décembre 2011, 08:09am

Publié par PCF Villepinte

 
Ce triomphe en millions de spectateurs est-il proportionnel à la détresse sociale de ce début de XXIe siècle ?

Succès. «Seul l’amour et l’amitié comblent la solitude de nos jours. Le bonheur n’est pas le droit de chacun, c’est un combat de tous les jours. Je crois qu’il faut savoir le vivre lorsqu’il se présente à nous.» Orson Welles avait le don des choses simples et l’art d’en complexifier le sens. Que dirait-il, ici-et-maintenant, face à ce dilemme très contemporain : comment toucher les cœurs par temps de catastrophe? Et comment se mettre en situation de «s’ouvrir» aux autres sans calcul ni tricherie? Question (à tiroirs) tellement brûlante que chacun, depuis quelques semaines, y va de son petit commentaire plus ou moins savant pour expliquer et décrypter 
le surprenant et tonitruant succès public du film Intouchables. Déjà dix millions – et presque autant affirmant «vouloir le revoir». De quoi rester tétanisés par l’ampleur du phénomène, dans la mesure où l’analyse de l’objet cinématographie en lui-même ne nous apporte pas de réponses significatives. Le talent des auteurs? Pourquoi pas. La justesse du jeu des acteurs? À l’évidence. L’incroyable histoire d’amitié de deux personnages que tout sépare? Sans doute. Et après, beaucoup de bruit pour rien? Comme avec Titanic ou Bienvenue chez les Ch’tis, qui résistent peu à l’examen critique? Ou beaucoup d’entrées pour de bonnes raisons – évidemment autres qu’artistiques?

Fraternité. La première manière d’entrevoir une partie de la réalité est sans doute de raisonner cul par-dessus tête. Par retournement. En temps de catastrophe globale, donc intime (comme sur le Titanic), l’abolition des classes (sociales) face à l’inéluctabilité du drame se produit d’autant plus symboliquement qu’elle en révèle toutes les injustices (sa condition détermine son rang). Chacun s’y retrouve donc. Intouchables provoque le même effet, en tant qu’il verbalise la catastrophe hors classes tout en jouant avec les classes: la catastrophe personnelle touche n’importe qui, le riche comme le pauvre, le Blanc comme le Black. Et le handicapé côtoie le stigmatisé. Tout les oppose? L’amitié va les réunir. Ou comment la fraternité – l’une des devises républicaines – devient promesse d’égalité. Voire de démocratie citoyenne… Dans un monde de crise à tous les étages où les solidarités humaines (face aux égoïsmes) et républicaines (face au recul des droits) deviennent l’exception, des millions de Français se précipitent dans les salles obscures et plébiscitent, consciemment ou inconsciemment, une autre espérance que l’atomisation sociale et le règne du chacun pour soi. L’affirmation d’un autre à-venir. Comment ne pas se féliciter de cette émotion empathique? Mieux, peut-on seulement ne pas s’en réjouir?


Métaphore. Il existe néanmoins une seconde manière d’examiner le phénomène de société Intouchables. N’y voir qu’un conte à la portée de tous où le bon Black des cités populaires vient en aide au paraplégique des quartiers riches, avec, pour toute métaphore, une mièvrerie bien dans l’air 
du temps: l’argent ne fait pas le bonheur. Quelle trouvaille. Le Black au chômage s’extirpe du néant social grâce aux bienfaits du paralysé. Chacun ses galères. Et rigolez-en bien. Comme l’écrivait cette semaine dans Libération un professeur de philosophie, Jean-Jacques Delfour: «C’est l’un des effets principaux du film. Naturaliser la violence sociale et masquer cette opération par du racolage aux affects.» Et il ajoutait: «Le message du conte est simple : l’instruction, la culture, le désir d’émancipation, la révolte sont inutiles ; la beauté cosmétique et le hasard ont seuls quelque puissance.» Autrement dit: le triomphe d’Intouchables est-il proportionnel 
à la détresse sociale de ce début de XXIe siècle?

Rêves. Curieuse époque. Où chaque jour un peu plus les dirigeants européens semblent livrer les peuples à la loi de la finance. Où les pires cloaques semblent être les derniers refuges des idées de nos gouvernants. Où chaque citoyen de progrès ayant baigné un tant soit peu dans l’émancipation philosophique et politique en vient légitimement à se demander si le libéralisme dit «de gauche» serait forcément meilleur que celui dit «de droite», chacun constituant l’une des faces – politique et culturelle pour l’un, économique et idéologique pour l’autre – du même système. Pendant ce temps-là, lesdits libéraux martèlent en chœur que le «principe de réalité» et le «pragmatisme» sont désormais les horizons indépassables de la politique. Un monde meilleur? De nouvelles règles de gouvernance? N’y pensons plus. Ne rêvons plus. Ne rêvons à rien d’ailleurs. Rêver? Voilà le danger. Au royaume du réalisme, le cynisme est roi. Plus question de changer la vie ou d’abattre le capital. Et l’amour? Toujours intouchable?

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 2 décembre 2011.]

Voir les commentaires

Le mur du dogmatisme stalinien est tombé, mais Marx est toujours vivant.

26 Novembre 2011, 07:37am

Publié par PCF Villepinte

images-copie-1 
La chute du mur de Berlin a signifié à la fois le triomphe 
du capital et l’échec de la deuxième tentative – après la Commune de Paris – de construction d’une société libérée de l’exploitation capitaliste. Pour en finir avec ce qui mutile les humains, pour que tous et chacun(e) puissent affronter les contradictions de la vie en s’épanouissant, il faut des propositions, des idées et des luttes nouvelles.

L’affrontement des idées n’a jamais cessé. Le mur du dogmatisme stalinien est tombé lui aussi, mais Marx est toujours vivant. Le matérialisme dialectique, qui saisit le mouvement du réel dans ses contradictions, a-t-il cessé d’être une pensée libératrice ? Faut-il l’abandonner ou faut-il l’enrichir, le développer pour ce siècle ? Pour transformer le monde, il faut 
le connaître.

On nous dit maintenant que les théories sont des constructions sociales, que toute vérité est relative. La lutte des classes n’est-elle qu’une vieille lune ? Notre monde technologique, où la mécanique quantique joue un grand rôle, témoigne de connaissances indiscutables. Les avancées nouvelles bousculent parfois les convictions, mais en les corrigeant, elles les améliorent souvent et les rendent plus fiables. La pensée émancipatrice conçoit la connaissance comme un reflet 
du monde, reflet imparfait, 
mais reflet sans cesse amélioré par 
la recherche et l’activité pratique.

Un observateur, ou un groupe social, avec son histoire et ses objectifs ne perçoit jamais  que quelques aspects des choses. D’où la nécessité de la libre confrontation des idées, de l’activité collective de compréhension critique d’un monde en mutation permanente. Les libertés d’expression, individuelles et collectives, sont indispensables à quiconque veut transformer le monde. Encore faut-il qu’elles soient assurées concrètement. Le pluralisme de points de vue dans les journaux, à la télé, etc., est une nécessité démocratique vitale, pour aujourd’hui comme pour demain.

Pascal Lederer. Directeur de recherche émérite au CNRS, coanimateur d’une autre voix juive

Voir les commentaires

Sur le site du PCF

12 Novembre 2011, 09:00am

Publié par PCF Villepinte

Des éléments de réflexion ...et d'action.

 

Télécharger

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>