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justice

FEMME DU JOUR

23 Janvier 2023, 08:44am

Publié par PCF Villepinte

Éliane Assassi

L'Humanité Lundi 23 Janvier 2023

Émilien Urbach

La sénatrice communiste avait déjà été mise à l’honneur début janvier par la chaîne parlementaire Public Sénat, qui l’avait saluée pour son action en tant que rapporteure de la commission d’enquête sénatoriale sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques.

Samedi, Éliane Assassi a reçu – avec Arnaud Bazin (LR), président de la commission d’enquête – le prix éthique de l’association Anticor pour ce même travail sur le recours systématique à ces cabinets privés. Les travaux codirigés par la parlementaire ont déjà contraint l’exécutif à produire un décret réduisant de 15 % cette pratique des administrations publiques.

Ils ne sont pas non plus sans lien avec l’ouverture, par le parquet, de l’enquête préliminaire visant McKinsey pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale».

 

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De quoi la justice française a-t-elle peur ?

12 Janvier 2023, 11:19am

Publié par PCF Villepinte

Dulcie September, la femme à abattre

Cinq coups de feu au matin du 29 mars 1988 à Paris ont mis fin à la mission de Dulcie September, représentante de l’ANC, le mouvement de libération de Nelson Mandela.

L’émotion fut à la hauteur de l’ignominie du crime, des milliers de Parisiens se rassemblèrent devant le cimetière du Père Lachaise pour dire adieu à celle qui leur avait tant appris sur le système d’apartheid, ce crime contre l’humanité.

Une juge d’instruction fut chargée de l’enquête, mais celle-ci fut close dès le mois de juillet 1992 par un non-lieu. Une enquête qui avait suivi la piste la plus simple : des mercenaires français payés par le régime d’apartheid.

Christian Rouget avait un alibi et Jean-Paul Guerrier n’a jamais été entendu, ces deux noms cités par Eugène de Kock dans le rapport de la commission Vérité et Réconciliation. Cette dernière demandait un complément d’enquête car elle n’avait pas pu statuer sur l’Affaire Dulcie September, faute d’éléments significatifs.

La sœur de Dulcie, Stephanie, anéantie par la mort de sa sœur et effrayée par le climat de violence qui régnait alors en Afrique du Sud, ne fit pas appel de la décision de la justice française. Mais en 2019, ses enfants et son beau-frère, rongés par le silence qui entourait ce crime, décidèrent de saisir la justice française et de porter plainte pour déni de justice et pour crime d’apartheid, crime imprescriptible. Plainte rejetée par le procureur de Paris en 2019, puis à nouveau en 2020.

La famille, soutenue par un collectif d’ami·e·s français et sud-africain, n’a pas baissé les bras, et a saisi le tribunal judiciaire de Paris en engageant la responsabilité de l’État pour fonctionnement défectueux du service de la justice et déni de justice continu depuis 34 ans. L’audience publique, la première depuis la mort de Dulcie, devant le Tribunal a eu lieu le 16 novembre 2022 et le jugement a été rendu le 14 décembre 2022.

La famille a été déboutée au motif qu’elle n’avait pas utilisé tous les moyens de recours et que la qualification de crime d’apartheid ne pouvait pas être retenue. Autrement dit, la justice française considère que le meurtre de Dulcie September est un crime de droit commun. Elle écarte d’un revers de manche et sous un jargon juridique le fait qu’il s’agit là d’un crime politique et que Dulcie September est la seule responsable de l’ANC assassinée en dehors de l’Afrique du Sud et du continent africain.

Il est de notoriété publique que la France a violé toutes les sanctions des Nations unies concernant les ventes d’armes et la collaboration nucléaire avec l’Afrique du Sud. De quoi la justice française a-t-elle peur ? De révélations compromettantes pour des responsables politiques en France et en Afrique du Sud ?

Quoi qu’il en soit l’affaire n’est pas close. La famille va faire appel et en novembre 2022, une unité spéciale de la police sud-africaine, les Hawks, a commencé son enquête sur la mort de la militante anti-apartheid. Cette mission répond enfin aux recommandations de la commission Vérité et Réconciliation.

Jacqueline Berens

 

 

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Le Qatar a le bras long au Parlement européen

12 Décembre 2022, 08:21am

Publié par PCF Villepinte

Corruption. 

Les responsables de l’Assemblée de Strasbourg cherchent la démarche à suivre après la révélation d’un réseau d’influence en faveur de cet émirat du Moyen-Orient en son sein.

L'Humanité Lundi 12 Décembre 2022

Gaël De Santis

Le 7 décembre, Eva Kaili, la vice-présidente socialiste grecque du Parlement européen, a été inculpée et écrouée dimanche à Bruxelles. Éric Vidal/european parliament/afp

La scène se déroule au Parlement européen le 21 novembre. Après des mois de tergiversation, à Strasbourg, l’Assemblée discute enfin de l’opportunité d’une résolution concernant le sort des travailleurs au Qatar. Eva Kaili prend la parole. Grecque, elle est vice-présidente socialiste du Parlement européen.

«Aujourdhui, la Coupe du monde au Qatar est la preuve de comment la diplomatie sportive peut réaliser une transformation historique d’un pays avec des réformes qui inspirent le monde arabe, lance-t-elle à la tribune. Je suis la seule à avoir dit que le Qatar est à l’avant-garde des droits des travailleurs, en abolissant la kafala et en introduisant le salaire minimum.»

Ignorant visiblement le recensement de 6500 décès sur les chantiers de la Coupe du monde par le quotidien britannique The Guardian, elle dénonce lhypocrisie des Occidentaux: «Malgré le défi que des compagnies européennes refusent dappliquer ces lois, (les Qatariens) ont adhéré à une vision par choix et se sont ouverts au monde. Ici, il y en a qui veulent les discriminer, ils les maltraitent et accusent de corruption tous ceux qui s’engagent avec eux.» Vendredi soir, le domicile bruxellois de celle-ci a été perquisitionné. Les enquêteurs y auraient trouvé des liasses de billets de banque, selon le journal belge l’Écho.

Elle n’est pas la seule tombée dans le coup de filet de la police belge. Pier Antonio Panzeri, ex-député européen du Parti démocrate italien, qui siégeait dans le groupe socialiste de 2004 à 2019 et a présidé la commission des Relations avec le Maghreb, a été entendu, tout comme Francesco Giorgi, son ex-assistant parlementaire et compagnon d’Eva Kaili.

Par ailleurs, l’ex-secrétaire de la Confédération européenne des syndicats, nouvellement élu secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, l’Italien Luca Visentini, a également été appréhendé. Ce dernier avait récemment déclaré, rappelle le quotidien transalpin la Repubblica, que «  la Coupe du monde a été une opportunité pour accélérer les changements et ces réformes peuvent constituer un bon exemple à étendre aux autres pays qui accueillent de grands événements sportifs».

«Blanchiment dargent» en bande organisée

Dans le viseur également, l’Italien Niccolo Figa-Talamaca, un responsable d’ONG et, selon les journaux le Soir et Knack, l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, dont le domicile aurait été perquisitionné. Selon le parquet belge, l’enquête du juge Michel Claise porte sur des «faits de corruption» et de «blanchiment dargent» en bande organisée. Panzeri et Giorgi auraient fait office de représentants du Qatar au Parlement européen de 2016 à 2018, et auraient reçu de l’argent.

500000 euros en liquide auraient été retrouvés chez Pier Antonio Panzeri.

«  Depuis plusieurs mois, les enquêteurs de la (police judiciaire fédérale) soupçonnent un pays du Golfe d’influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen, en versant des sommes d’argent conséquentes ou en offrant des cadeaux importants à des tiers ayant une position politique ou stratégique significative au sein du Parlement européen», a indiqué le parquet. Selon le média Politico, qui a eu accès au mandat d’arrêt, Pier Antonio Panzeri est accusé «dintervenir politiquement avec des membres travaillant au Parlement européen pour le bénéfice du Qatar et du Maroc».

Pier Antonio Panzeri, dont l’épouse et la fille ont été arrêtées à Bergame, aurait, après la fin de son mandat en 2019, continué à jouer un rôle crucial au service de l’émirat, faisant valoir son carnet d’adresses. Ancien responsable du syndicat italien CGIL aux politiques européennes, il a entretenu ses nombreux contacts en assurant ces dernières années la présidence de l’ONG Fight Impunity.

À Bruxelles et Strasbourg, c’est le branle-bas de combat. Manon Aubry, coprésidente du groupe La Gauche demande un débat lors de la session parlementaire qui s’ouvre cette semaine, consacré au «lobbyisme agressif du Qatar» . La parlementaire française rappelle que, depuis 2021, elle ­demandait «à chaque plénière mensuelle du Parlement ladoption dune résolution» sur le sort des travailleurs migrants au Qatar, qui lui est «systématiquement refusée, notamment par le groupe socialiste et la droite».

 Elle a dû porter la question dans l’Assemblée, avec un vote public lors du début de la session en novembre, pour obtenir le droit de déposer une résolution qui lui était refusée par la conférence des présidents de groupe. L’autorisation n’est passée qu’avec 16 voix d’avance

Ce week-end, la vice-présidente socialiste Eva Kaili a été démise des fonctions par la présidente Roberta Metsola. Le groupe des socialistes et démocrates (S & D) l’a suspendue et son parti, le Pasok, lui a demandé de renoncer à son poste. «Cest un cas d’école dingérence et de corruption», a dénoncé la délégation française au groupe S & D.

«  Lors de la dernière séance plénière en novembre, je m’étais opposé avec d’autres à la ligne complaisante du groupe vis-à-vis de Doha. Les révélations d’aujourd’hui éclairent sous un jour différent les positions lunaires prises alors par certains apologues du Qatar», a réagi sur Twitter Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique, qui informe que la commission parlementaire qu’il préside, chargée des ingérences étrangères, «va semparer de cette affaire». Le groupe S & D s’était en effet divisé sur le vote sur la ­résolution concernant le Qatar, le 22 novembre.

L’opération qatarienne visait à défendre l’image de la Coupe du monde de football mais aussi à renforcer les liens avec le bloc européen. Erik Marquardt, député européen vert allemand, rapporteur d’un texte sur la libéralisation des visas pour les ressortissants du Qatar et du Koweït, a d’ores et déjà prévenu que son groupe s’opposerait au lancement des pourparlers sur le sujet.

Secrétaire national du PCF, Fabien Roussel a également réagi à l’affaire. «Nous ne mettrons jamais assez de moyens pour éradiquer la corruption, le blanchiment dargent, la fraude fiscale. Le Qatar est aussi le seul pays en France à bénéficier dune convention fiscale avantageuse pour les exonérations dimpôts sur les plus-values immobilières», a-t-il rappelé. À Paris aussi, il y a lieu de faire changer les choses.

 

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Affaire McKinsey :

26 Novembre 2022, 07:49am

Publié par PCF Villepinte

 "toute la lumière doit être faite"

Par Éliane Assassi  / 25 novembre 2022

Communiqué d’Arnaud BAZIN et Éliane ASSASSI, président et rapporteure de la commission d’enquête du Sénat sur les cabinets de conseil.

Arnaud BAZIN et Éliane ASSASSI prennent acte de l’ouverture d’une information judiciaire pour « favoritisme » et « financement illégal de campagne électorale », impliquant le cabinet de conseil McKinsey.

Ils ont toute confiance en la justice pour mener cette enquête. Toute la lumière doit être faite sur cette affaire, qui revêt une importance majeure pour notre vie démocratique.

Cette affaire s’ajoute aux constats alarmants dressés par la commission d’enquête du Sénat :

  • les dépenses de l’État en cabinets de conseil ont plus que doublé entre 2018 et 2021, pour dépasser le milliard d’euros ;
    - le cabinet McKinsey n’a pas payé d’impôts sur les sociétés pendant au moins 10 ans.
  • Toutes ces affaires ont un point commun : le manque de transparence de l’État dans ses relations avec les cabinets de conseil, qui jouent pourtant un rôle déterminant dans les politiques publiques.

Le 18 octobre dernier, le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi pour en finir avec toute cette opacité. L’État aurait par exemple l’obligation de publier la liste de ses cabinets de conseil et aurait l’interdiction de recourir à des prestations gratuites (pro bono), ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Arnaud BAZIN et Éliane ASSASSI déplorent que le Gouvernement n’ait pas souhaité inscrire ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, alors qu’il est plus que jamais nécessaire.

Il faut agir rapidement pour mieux encadrer l’intervention des cabinets de conseil.

 

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L’affaire PPDA, un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles ?

26 Septembre 2022, 07:47am

Publié par PCF Villepinte

Justice.

Une décision de la cour d’appel de Versailles pourrait permettre de reprendre l’enquête sur l’ex-présentateur du JT de TF1 Patrick Poivre d’Arvor en l’étendant à des faits prescrits. Une première en matière de violences sexuelles. Le livre d’Hélène Devynck et une nouvelle plainte relancent l’affaire.

Kareen Janselme L'Humanité

Lundi 26 Septembre 2022

Au printemps, vingt femmes sont venues témoigner sur le plateau de Mediapart. Collectivement, elles assument leurs accusations et leur solidarité. Sébastien Calvet/ Mediapart

 

L’affaire PPDA sera-t-elle celle qui fera changer le paradigme du traitement des violences sexuelles en France? Cinq ans après #MeToo, des dizaines de femmes veulent forcer l’écoute. Conscientes de sexposer, de se mettre en danger, elles témoignent depuis un an malgré les classements sans suite de leurs plaintes qui pourraient les faire taire. Elles sont prêtes à pousser les portes d’une justice qui a du mal à reconnaître les crimes sexuels en France, qui véhicule encore des préjugés sexistes et minimise l’ampleur des dégâts. En 2020, seul 0,6 % des viols déclarés par des personnes majeures ont fait l’objet d’une condamnation.

«Comme journaliste, jai raconté pendant plus de vingt ans tous les scandales de la Ve  République sans jamais voir poindre l’ombre du nez d’un avocat», raconte Hélène Devynck dans son livre Impunité (Seuil), paru vendredi dernier. «Depuis que je parle publiquement de ma propre vie, de mon intimité, tout ce que j’écris est relu et amendé par des spécialistes aguerris du droit, y compris ce livre.»

 Les violences sexuelles ont un traitement à part. Hélène Devynck sait que prendre la plume et accuser de viol celui dont elle était assistante en 1993 a un coût. Celui de l’opprobre social qui retombe systématiquement sur les plaignantes, mais pas seulement. «Cette parole-là, on la paie, je peux être attaquée pour ce que je dis», racontait-elle la semaine dernière dans l’émission la Grande Librairie sur France 5.

Et d’ailleurs, comme 16 des 23 personnes qui ont témoigné l’an dernier dans l’enquête préliminaire sur Patrick Poivre d’Arvor, elle est poursuivie par l’ex-présentateur du JT de 20 heures de TF1 pour «dénonciation calomnieuse». «Patrick Poivre dArvor est présumé innocent. Nous aussi», répond-elle, rappelant que «le tribunal médiatique» que dénonce l’ex-journaliste ne les épargne pas non plus.

les accusations se sont multipliées en un Effet boule de neige

Cette affaire emblématique éclate il y a un an. En février 2021, l’écrivaine Florence Porcel est la première femme à porter plainte contre Patrick Poivre d’Arvor. Seule, elle l’accuse de lui avoir imposé un rapport sexuel en 2004 et une fellation en 2009. Rapidement, d’autres personnes réagissent en déposant des plaintes pour viol, agression ou harcèlement sexuels, créant un effet boule de neige. Suivra une tribune dans le Monde.

Puis huit femmes à visage découvert feront la une de Libération, à l’automne 2021. Au printemps 2022, par un prompt renfort, elles se virent vingt réunies sur le plateau de Mediapart. Collectivement, elles assument leurs accusations et leur solidarité. Malgré les dénégations de Patrick Poivre d’Arvor, qui, par l’intermédiaire de ses avocats, continue de contester «toute violence, sexuelle ou non, à l’égard des femmes qui lont accusé». En juin 2021, en parallèle, l’enquête préliminaire qui avait recueilli 23 témoignages a été classée sans suite, en grande partie pour prescription des faits.

Mais Florence Porcel s’est obstinée. Malgré la décision du parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) de classer l’affaire la concernant pour «insuffisance de preuves» , l’autrice a porté plainte pour viol avec constitution de partie civile, afin d’obtenir la saisine d’un juge d’instruction, et faire enquêter de nouveau sur les faits reprochés. Et cette fois-ci, comme le révélait l’AFP le 29 juillet 2022, l’enquête «a changé d’approche».

Les faits prescrits vont pouvoir être étudiés. En 2017, le délai de prescription pour un viol est passé de dix à vingt ans, mais cette loi n’est pas rétroactive. Les faits de 2004 dénoncés par Florence Porcel sont donc prescrits, mais pas ceux de 2009. Or, cet été, la cour d’appel de Versailles s’est appuyée sur la jurisprudence, notamment une décision de la Cour de cassation, pour demander aux magistrats instructeurs de revenir sur la prescription et réexaminer les faits. Une sérialité des faits pourrait être invoquée et permettre de reporter la date de la prescription. Une grande première en matière de violences sexuelles (voir page 4).

Cette prise en compte inattendue dans l’enquête permettra-t-elle de poursuivre l’ex-présentateur vedette de 74 ans, alors qu’une nouvelle plainte a été déposée contre lui la semaine dernière? Il faudra attendre pour le savoir. Mais déjà pointe lespoir de voir enfin évoluer la considération de ces questions.

De nombreuses avocates féministes dénoncent des dysfonctionnements propres à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles: le temps réduit daudition des plaignantes, labsence de prise en considération des psychotraumas, l’état de sidération qui saisit la majorité des victimes rarement compris par la police ou la justice.

L’absence de volonté politique, des moyens nécessaires pour former spécialement les magistrats, les experts, ou permettre de recueillir et analyser les preuves. Les plaintes sont étudiées séparément, rarement dans leur globalité, quand il s’agit d’un même auteur désigné par plusieurs victimes. Pourquoi la justice a-t-elle autant de mal à imaginer qu’un agresseur peut l’être en série quand cela est envisagé sans mal pour d’autres crimes et délits?

Une série de témoignages que la justice n’a pas voulu analyser comme un ensemble

«Quand vous regardez larticle sur le viol de Diderot et dAlembert dans l’Encyclopédie, il est très clairement écrit qu’une femme qui n’a pas résisté n’est pas acceptable pour déposer plainte, analyse la juriste Catherine Le Magueresse. La femme porte la responsabilité de l’agression: si elle ne voulait vraiment pas, ça ne se serait pas passé. On pense que cest de lhistoire ancienne, mais ça reste complètement inscrit dans nos perceptions. Le droit n’a jamais fait l’analyse profonde de sa construction.»

La société non plus. C’est ce qu’écrit Hélène Devynck en se demandant pourquoi la direction de TF1 ne l’a pas protégée, alors que les invitations de jeunes femmes à venir assister au journal de 20 heures de PPDA sur le plateau étaient connues et régulières. Le fameux «coup du plateau» qu’elles sont nombreuses à décrire. «L’énormité tranquille de la misogynie prépare nos viols», affirme l’autrice, et plus loin: «Les hommes violent parce qu’ils le peuvent.»

S’appuyant sur l’analyse de nombreuses autrices, Hélène Devynck rappelle comment les inégalités de genre nourrissent le continuum de violences auquel chaque femme est exposée au travail, dans la rue, chez soi. «Plus lhomme est puissant, plus on lui octroie de “crédit de consentement”», remarque-t-elle, réinterrogeant la place du pouvoir assis sur la domination patriarcale dans la société, les médias, la politique. Mais dès mardi dernier, avant même la parution de son texte, l’avocat de Patrick Poivre d’Arvor, Me Philippe Naepels, a déclaré à l’AFP qu’Hélène Devynck «répondra (du livre) devant un juge, à linstar de toutes ces fausses victimes». Notre rédaction a tenté de joindre la défense du présentateur, qui n’a pas réagi.

Vendredi dernier, jour du lancement officiel , Hélène Devynck présentait son ouvrage dans une librairie parisienne. Dans la vitrine d’exposition, Impunité côtoyait Cher connard, de Virginie Despentes, et Moi aussi, de la sociologue Irène Théry. À l’intérieur, l’ancienne journaliste a rapidement donné la parole aux amies, aux plaignantes, c’est-à-dire à toutes celles qui ont marqué les pages de son récit choral.

Toutes lui ont donné leur consentement quant à la publication de leur histoire. Une série de témoignages que la justice n’a jusqu’ici pas voulu analyser comme un ensemble. «Hélène, cest nos mots», ont-elles pudiquement résumé. Les lecteurs voulant assister à la présentation publique ont vite saisi l’intimité d’un tel événement. Presque gênés de participer à ces échanges précieux, émouvants, qui célébraient celle qui, ce soir-là, les représentait tous.

Une sororité palpable, généreuse, qui avait attiré une avocate engagée contre les violences sexuelles, éditeurs, porte-parole féministes, amis, proches, famille, auteurs et autrices comme Camille Kouchner, dont le livre la Familia grande a permis de faire bouger les textes législatifs pour condamner l’inceste. Autour de ce nouvel écrit, une communauté hétérogène s’est resserrée ce soir-là, laissant ouvrir les bouches sans peur, laissant exprimer les traumas, mais surtout essayant de créer collectivement une réponse pour changer un ordre des choses, renverser le poids de la culpabilité, renverser la charge de la honte.

 

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UN JOUR AVEC Jamal Jr, son combat pour libérer « Paps »

2 Juillet 2022, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

Avec le collectif Love not Phear, le petit-fils de Mumia Abu Jamal, condamné à mort depuis 1982, organise ce dimanche des manifestations dans 40 villes des États-Unis pour exiger la libération de celui qu’il appelle «Paps».

Gaël De Santis L'Humanité

Publié le Jeudi 30 Juin 2022

Le 4 juin à Villjuif. Inauguration d’une fresque qui réclame la libération de Mumia Abu Jamal en présence de Jamal Junior. Julien Jaulin/hanslucas

 

Tel grand-père, tel petit-fils. Petit, son père le lui disait souvent: «Tu tiens ça de ton grand-père.» Pourtant, Mumia Abu-Jamal, il ne l’a connu qu’au parloir. Depuis un an et demi, Jamal Jr lui rend souvent visite: il est dans l’équipe légale qui assiste le journaliste africain-américain qui avait été condamné à mort en 1982. Loccasion de rattraper le temps perdu. «Jai plus vu Paps dans cette période que tout au long du reste de ma vie», soupire-t-il. L’occasion pour les deux de faire connaissance.

Quand nous le voyons en France, où il est venu inaugurer à Villejuif une fresque qui réclame la libération de son grand-père, Jamal Jr arbore un T-Shirt de Captain America, héros légendaire de la bande dessinée américaine. Il tient ça de son grand-père, chose qu’il n’a découverte que récemment. «Jamais je nai rencontré un fada des comics du même niveau que moi!» s’amuse-t-il.

Un jour, au détour d’une phrase, Mumia lui dit qu’enfant, il a eu en sa possession le premier numéro de Captain America. «Pour les fans, cest le Graal, ça vaut plus dun million, s’amuse Jamal Jr. Il avait même le numéro 1 de Superman !» À l’époque, les gamins s’échangeaient leurs vielles BD contre des nouvelles. Mais ce type de pièce de collection ne se troque pas: «Ça se conserve!»

 S’il n’avait pas croisé la route du policier Faulkner, dans une rue de Philadelphie, la nuit du 8 au 9 décembre 1981, et été accusé de l’assassinat de ce dernier, Mumia Abu-Jamal aurait-il été millionnaire? «Je lui ai demandé où étaient ces albums. Mumia ma répondu: Un jour, je jouais dehors, je suis rentré… Ils étaient à la poubelle. Et il a ajouté: Je navais pas fait mes tâches ménagères. Tu sais ce que sont les adultes, on ne peut pas les contester», raconte Jamal Jr. Enfant, Mumia a été privé de ses précieux comic books. Sa privation de liberté l’empêche de partager pleinement sa passion avec son petit-fils.

«lamour, la force la plus importante de lunivers»

Ce dernier est devenu l’un des piliers du collectif Love not Phear qui organise quarante manifestations, ce dimanche 3 juillet, aux États-Unis, pour marquer les quarante ans de l’entrée de Mumia Abu-Jamal dans le couloir de la mort. «Love» se traduit par «amour»; «Phear» signifie «peur», mais s’écrit normalement en anglais avec un «f»: «fear». «Ph fait référence à Philadelphie, là où cette campagne est partie, du fait du racisme qui y est très présent», traduit Jamal Jr.

C’est en effet à Philadelphie que Mumia a été arrêté. C’est là qu’il «  a été emprisonné par un juge raciste connu, Albert F. Sabo, sous le règne d’un raciste connu, Franck Rizzo», ancien policier devenu marie de la capitale de Pennsylvanie, ajoute Jamal Jr. «La peur de la répression ne devrait pas empêcher de dénoncer la corruption policière, la brutalité, ou de soutenir les prisonniers politiques. On défie tout cela avec lamour, la force la plus importante de l’univers», explique-t-il.

Jamal Jr est artiste. Mais «les journées ne font que 24 heures», s’afflige-t-il . Son grand-père Mumia, journaliste surnommé la «Voix des sans voix» pour sa défense des Africains-Américains, était obligé dêtre chauffeur de taxi pour pouvoir vivre; Jamal Jr, lui, travaille dans les nouvelles technologies, en Californie. «Dans ce monde, si vous n’êtes pas formé à la tech, vous navez probablement aucun futur», sourit-il. 

«Il est dur de produire de lart; il faut prioriser. J’ai l’impression que mon boulot doit être, 24 heures par jour, de me battre pour mon grand-père.» Un homme qu’il admire plus que tout. «Il fait toujours un effort pour être éducatif. Il aime écouter le point de vue des gens, même sil est incollable sur le sujet. Il demande: Dis-moi ce que tu en penses. Cest une façon géniale dapprocher toute situation: humble. Il écrit, il parle pour tout le monde. Il a un état desprit communiste.»

 Un état d’esprit à défendre. Et pour ce, une mobilisation à reconstruire. Car, en 2011, à la suite des irrégularités commises pendant le procès par le juge Albert F. Sabo qui a déclaré, selon une greffière, vouloir aider les jurés à «frire ce nègre», la peine de mort de Mumia a été commuée en prison à vie. «En conséquence, le soutien à Mumia diminue. Des gens me demandent parfois Il na pas été libéré en 2010 ou 2011?”» déplore Jamal Jr.

Ce dernier a 34 ans et des souvenirs du sinistre Sabo, qui appartient au même syndicat politico-mafieux que le policier tué, David Faulkner, l’Ordre fraternel de la police, et a écarté, en 1982, des jurés parce qu’ils avaient la peau noire.

Trop jeune, il n’a pas connu le procès de 1982, mais il était là quand une révision du procès a été réclamée lors d’une audience en 1995, date qui marque le début de son engagement pour la liberté de Mumia. «Javais 7, peut-être 8ans, se souvient Jamal Jr. Sabo a demandé à tout le monde de se taire. Ça a fâché le juge: jai rompu le silence par un Je taime, grand-père!” »

 

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Logiques de l’ultralibéralisme

11 Mai 2022, 06:41am

Publié par PCF Villepinte

Jean-Emmanuel Ducoin L'Humanité

Publié le Mercredi 11 Mai 2022

En 2019, le premier procès France Télécom fut exemplaire et le jugement du tribunal correctionnel de Paris entra dans l’Histoire. Le harcèlement moral managérial institué en système fut alors décortiqué, analysé et… lourdement condamné.

Nous n’oublierons pas de sitôt les mots de la présidente, empruntant à La Fontaine cette phrase: «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.» Pour la mise en place du plan Next, novlangue anglo-saxonne d’une véritable machine de guerre sociale ayant entraîné une crise sans précédent, il fut précisé que «les dirigeants» avaient froidement organisé le « choix d’une politique à marche forcée». Seuls 39 cas de victimes avaient été retenus par les magistrats instructeurs. Dont 19 suicidés…

Comment se déroulera le second procès qui s’ouvre ce mercredi, puisque les dirigeants, l’ex-PDG Didier Lombard en tête, osèrent faire appel? Des sanctions inférieures seraient perçues, par toutes les victimes, comme un nouveau drame s’ajoutant aux drames qui secouèrent la société française si durablement. Une nouvelle fois, le rôle de l’État a été laissé à l’écart de la procédure.

Plusieurs gouvernements successifs ont pourtant présidé à cette violente mue de l’entreprise, transformant l’un de nos fleurons des services publics en groupe du CAC 40 aux méthodes managériales vautours. Car l’histoire emblématique de France Télécom dit d’abord et avant tout les logiques infernales de l’ultralibéralisme poussé aux limites de la négation des travailleurs.

Au seuil de toutes les injustices, quand des femmes et des hommes sont broyés et poussés au pire, que dire encore de la course à la rentabilité, des ambiances délétères, du «time to move»? Figure là tout ce que nous connaissons de l’évolution du travail au sein de l’économie capitaliste.

La pression, la précarisation, la subordination, la concurrence entre salariés, lindividualisation croissante des responsabilités, la désaffiliation, la sauvagerie du chacun pour soi… France Télécom n’a pas été un cas isolé. Le travail a aussi tué ailleurs, dans tous les secteurs: Renault, HSBC, BNP Paribas, La Poste, EDF, Sodexo, Ed, IBM, etc. Ou comment sortir des solidarités du service public jusqu’au sens du travail.

 

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Publié le 13/04/2022 par PCF L’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques

15 Avril 2022, 13:01pm

Publié par PCF Villepinte

Extraits des conclusions de la commission d’enquête dont la rapporteure était Éliane Assassi, sénatrice (CRCE) de Seine-St-Denis.

La crise sanitaire a mis en lumière l’intervention des consultants dans la conduite des politiques publiques. Ce n’était en réalité que la face émergée de l’iceberg : au quotidien, des cabinets privés conseillent l’État sur sa stratégie, son organisation et ses infrastructures informatiques. Peu connus du grand public, ils s’appellent Accenture, Bain, Boston Consulting Group (BCG), Capgemini, Eurogroup, EY, McKinsey, PwC, Roland Berger, ou encore Wavestone, et emploient environ 40 000 consultants en France.

À l’initiative du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), le Sénat a investigué pendant 4 mois sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques, en utilisant les moyens de contrôle renforcés des commissions d’enquête parlementaires.

Les cabinets de conseil interviennent au cœur des politiques publiques, ce qui soulève deux principales questions : notre vision de l’État et de sa souveraineté face à des cabinets privés, d’une part, et la bonne utilisation des deniers publics, d’autre part. (…)

1. Un recours massif et croissant aux cabinets de conseil : les consultants au cœur des politiques publiques.

A. Plus d’un milliard d’euros pour des prestations de conseil, un « pognon de dingue ».

En 2021, les dépenses de conseil de l’État au sens large ont dépassé le milliard d’euros, dont 893,9 millions pour les ministères et 171,9 millions pour un échantillon de 44 opérateurs. Il s’agit d’une estimation minimale, car les dépenses des opérateurs sont en réalité plus élevées : si la commission d’enquête a interrogé ceux dont le budget était le plus important (Pôle emploi, Caisse des dépôts et consignations, etc.), l’échantillon ne représente que 10 % du total des opérateurs. Le recours aux consultants n’a pas commencé sous ce quinquennat, chacun gardant en mémoire la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Il a toutefois été croissant entre 2018 et 2021, comme le confirment les données de la direction du budget : les dépenses de conseil des ministères ont plus que doublé, avec une forte accélération en 2021 (+ 45 %). (…)

B. Recourir à des consultants est devenu un réflexe, y compris pour les principales réformes du quinquennat.

Le recours aux consultants constitue aujourd’hui un réflexe : ils sont sollicités pour leur expertise technique – même lorsque l’État dispose déjà de compétences en interne –, et leur capacité à apporter un regard extérieur à l’administration, par exemple pour des parangonnages internationaux (benchmarks).

La force de frappe des cabinets de conseil s’adapte à l’accélération du temps politique : des consultants peuvent être mobilisés très rapidement pour répondre aux priorités d’un ministre ou d’un directeur d’administration centrale. (…)

C. Covid-19 : des pans entiers de la gestion de crise sous-traités à des cabinets de conseil.

Au début de la crise sanitaire, le jeudi 5 mars 2020, un agent du ministère des Solidarités et de la Santé écrit à ses collègues : « J’ai vu une boîte de logistique hier habituée à travailler dans la pharma [...]. Ils peuvent être là lundi pour monter le truc. [...]. J’ai demandé l’ordre de grandeur, 50 000 euros pour nous mettre en place le système et suivre le déploiement pendant 15 jours. » La « boîte », c’est le cabinet de conseil Citwell ; le « truc », c’est un système de pilotage pour l’approvisionnement de la France en masques.

Le recours aux cabinets de conseil débute dans ce climat d’impréparation de l’État. Il va ensuite se prolonger tout au long de la crise sanitaire : au moins 68 commandes sont passées, pour un montant total de 41,05 millions d’euros.

2. L’intervention « disruptive » des consultants, pour des résultats inégaux.

A. Les méthodes des cabinets de conseil pour « transformer » l’action publique : vers une république du post-it ?

Les consultants doivent « transformer » l’administration en proposant des méthodes « disruptives », inspirées du secteur privé et répondant à un vocabulaire propre. (…)

B. Des livrables de qualité inégale, qui ne connaissent pas toujours de suite.

Une journée de consultant coûte en moyenne 1 528 euros à l’État. Si l’expertise des consultants n’est pas remise en cause, leurs livrables ne donnent pas toujours satisfaction. Certaines évaluations de la DITP font état d’un « manque de culture juridique et plus largement du secteur public », « d’une absence de rigueur sur le fond comme sur la forme », même si les consultants étaient « des personnes de bonne compagnie ». (…)

C. Un encadrement déontologique à renforcer.

Si des règles existent déjà, « l’intervention des cabinets de conseil peut [...] légitimement susciter des inquiétudes en matière de déontologie », comme l’a souligné Didier Migaud, président de la HATVP. Les risques déontologiques identifiés : -les conflits d’intérêts, les cabinets de conseil conseillant simultanément plusieurs clients ; - la porosité, lorsque les cabinets recrutent d’anciens responsables publics (« pantouflage »). À titre d’exemple, parmi les 22 profils proposés par le BCG et EY dans leur réponse à l’accord-cadre de la DITP de 2018, 6 sont d’anciens responsables publics de haut niveau (dont un ancien conseiller économique à l’Élysée et un ancien conseiller du secrétaire d’État à l’industrie). - Le pied dans la porte, lorsque les consultants interviennent gratuitement (pro bono) pour l’administration. (…)

3. Une influence avérée sur la prise de décision publique.

A. « Behind the scene » : le devoir de discrétion des consultants.

L’intervention des consultants doit rester discrète : lors de la crise sanitaire, McKinsey indique qu’il restera « behind the scene », en accord avec le ministère. Le cabinet n’utilise pas son propre logo pour rédiger ses livrables mais celui de l’administration. M. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, l’a d’ailleurs confirmé devant la commission d’enquête : « Si vous aviez voulu [les] documents estampillés McKinsey présents dans le dossier, vous auriez trouvé une feuille blanche. »

B. Le rôle des consultants : proposer des scénarios « arbitrables »... Mais le plus souvent orientés.

Au cours des auditions, gouvernement, administration et cabinets de conseil l’ont affirmé avec vigueur : l’autorité politique décide en responsabilité ; les cabinets de conseil n’ont aucune influence sur la décision. Les cabinets de conseil déploient néanmoins une stratégie d’influence dans le débat public, en multipliant les think tanks et les publications. À titre d’exemple, EY proposait en janvier 2022 « d’imaginer un nouveau plan de transformation ambitieux pour le prochain quinquennat » et évoquait la possibilité de supprimer 150 000 postes de fonctionnaires grâce au numérique. (…)

Les principales propositions de la commission d’enquête

En finir avec l’opacité des prestations de conseil :

Publier chaque année, en données ouvertes, la liste des prestations de conseil de l’État et de ses opérateurs.

Présenter les prestations de conseil dans le bilan social unique, pour permettre aux représentants des agents publics d’en débattre.

Interdire aux cabinets de conseil d’utiliser le logo de l’administration dans leurs livrables, pour plus de clarté et de traçabilité dans leurs prestations. Mieux encadrer le recours aux cabinets de conseil.

Évaluer systématiquement les prestations de conseil et appliquer des pénalités lorsque les cabinets ne donnent pas satisfaction.

Cartographier les compétences dans les ministères et élaborer un plan de « réinternalisation », pour mieux valoriser les compétences internes et moins recourir aux cabinets de conseil. Renforcer les règles déontologiques des cabinets de conseil.

Interdire les prestations pro bono, en dehors du mécénat dans les secteurs non marchands (humanitaire, culture, social, etc.).

Imposer une déclaration d’intérêts aux consultants afin que l’administration puisse prévenir les risques de conflit d’intérêts, sous le contrôle de la HATVP.

Exclure des marchés publics les cabinets qui n’ont pas respecté leurs obligations déontologiques.

Prévoir la destruction systématique des données confiées aux cabinets de conseil à l’issue de leur mission, sous le contrôle de la CNIL.

 

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Verdict du procès de l’assassinat de Thomas Sankara : Une victoire devant l’histoire et contre l’impunité

15 Avril 2022, 12:58pm

Publié par PCF Villepinte

Trente-cinq ans après l’assassinat du président Thomas Sankara et douze de ses compagnons, la justice du Burkina Faso vient de rendre son verdict. Les trois principaux accusés, Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré, sont condamnés à la prison à perpétuité. Les deux premiers sont en fuite, en Côte d’Ivoire, le dernier en prison au Burkina, pour son implication dans la tentative de putsch réactionnaire et meurtrier de 2015.

Ce jugement est un pas important dans la lutte contre l’impunité qui a gangrené le Burkina Faso pendant les 27 années de pouvoir de l’autocrate Blaise Compaoré. Il témoigne de l’indépendance de la justice burkinabé, un acquis précieux à préserver. Un signal est également envoyé clairement : les crimes de sang et crimes économiques ne sont plus impunis et leurs auteurs devront dorénavant rendre des comptes devant la justice burkinabé.

L’issue du procès est l’aboutissement de 25 ans de procédures, portés par les familles des victimes, dont la courageuse et emblématique épouse de feu Thomas Sankara, Mariam Sankara. Il faut mesurer également l’immensité des efforts produits par des militants et des organisations engagés en faveur de la justice et des droits humains. Ils et elles sont nombreux, à l’image de l’avocat de la famille Sankara, Maitre Bénéwendé Sankara, créateur de l’Unir-Mouvement sankariste, figure de l’insurrection de 2014, et ministre de l’Urbanisme dans le précédent gouvernement.

Une large part de la vérité est établie, 35 ans après les faits. Mais des zones d’ombre persistent, notamment sur les complicités internationales. Il conviendra donc de poursuivre inlassablement ce travail pour la vérité. Raison pour laquelle le PCF réitère la demande que toutes les archives françaises à ce sujet soient ouvertes.

Avec l’assassinat de Thomas Sankara et ses compagnons le 15 octobre 1987, un ensemble de forces réactionnaires au Burkina Faso et à l’extérieur, notamment en Côte d’Ivoire et en France, a mis fin à une expérience progressiste qui commençait à mobiliser les ressources intérieures du pays et à produire des résultats très intéressants pour les populations.

Il faut rappeler qu’en plus de cette responsabilité criminelle, aujourd’hui établie, Blaise Compaoré et ses 27 ans de régime autocratique ont produit une situation catastrophique. Sous son règne, le pays a acquis un Indice de développement humain parmi les plus bas de la planète. Il a accumulé des retards considérables liés à des choix politiques fortement inégalitaires, initiant un modèle de croissance sans développement. Il a été au service de nombreux coups fourrés et déstabilisations en Afrique de l'Ouest.

Pion essentiel de la Françafrique, il se présentait comme le pompier de la sous-région, alors qu'en réalité il a trempé dans les affaires les plus sombres, favorisé guerres et rebellions, de la Sierra Léone au Liberia, en passant par la Côte d'Ivoire et jusqu'au Mali. Au Burkina, il a pactisé avec les forces obscurantistes du djihadisme et du banditisme, installées dans les quartiers huppés de Ouagadougou. Ces forces se sont retournées ensuite pour déstabiliser le Burkina une fois l’autocrate chassé du pouvoir par le peuple.

Rappelons également que Blaise Compaoré a été sauvé in extremis par l’État français en 2014, lors de l’insurrection burkinabé. Les troupes françaises l’ont exfiltré pour le placer à l’abri en Côte d’Ivoire chez son ami Alassane Ouattara à la solde de Paris, pour ne pas qu’il parle et afin qu’il tire les mauvaises ficelles contre le Burkina.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire devrait extrader Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando au Burkina Faso pour qu’ils y purgent leur peine. À défaut, ils pourraient être appréhendés s’ils foulent le sol de pays avec lesquels le Burkina Faso entretient des accords judiciaires.

Au moment où les peuples africains expriment avec de plus en plus de force leur volonté d’exercer concrètement leurs souverainetés, les objectifs que s’était fixés Thomas Sankara sont plus d’actualité que jamais dans son pays comme ailleurs en Afrique. Le PCF fait par ailleurs sienne sa vision selon laquelle il faudrait «encourager laide qui nous aide à nous passer de laide».

Collectif Afrique PCF

 

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Il faut donner à la justice les moyens d’exercer ses missions

21 Décembre 2021, 07:29am

Publié par PCF Villepinte

Les professionnels de justice se font entendre comme jamais dans notre pays.

Plus de 5000 magistrats, 1200 greffiers et 500 magistrats en formation viennent ainsi, ces dernières semaines, de signer un texte dénonçant les conditions indignes dans lesquelles il leur est demandé d’exercer leurs missions. Ils n’acceptent plus un fonctionnement qui nuit aux droits des justiciables, faute de personnels en nombre suffisant et de moyens à la hauteur des besoins.

 À l’appel de 17 organisations, des magistrats, avocats, greffiers, personnels de la justice, se sont encore massivement mobilisés ce 15 décembre, dans toute la France et, à Paris, devant Le ministère des Finances. Pour parer à la montée de cette contestation, le président de la République avait lancé « les états généraux de la justice ». Cette initiative, lancée à peine six mois avant l’élection présidentielle, a d’autant moins convaincu le monde judiciaire que le budget dédié à ce service public reste totalement insuffisant.

 La justice et l’accompagnement des mineurs ont besoin que soient créés 25 000 postes de magistrats, greffiers et éducateurs.

 L’état de délabrement des tribunaux et des outils matériels de l’institution judiciaire n’est plus tolérable, tout comme la gestion purement comptable des « stocks ».

 De même, la surcharge de travail, le nombre de dossiers à traiter, la saturation des juridictions entrainent des retombées terriblement négatives sur l’activité des avocats, dont les clients pâtissent des énormes délais nécessaires pour voir régler les procédures.

En se perpétuant, cette situation aggrave l’incompréhension entre les justiciables et leur justice, ce qui alimente les campagnes démagogiques d’une droite et d’une extrême droite appelant à restreindre l’état de droit et les libertés.

La justice est un pilier de la République. La résolution des litiges, la prévention et la sanction de la délinquance ou de la criminalité, participent de la cohésion sociale de la France. Pour cette raison, le Parti communiste français apporte son plein soutien aux professionnels qui luttent pour une justice humaine, modernisée et démocratisée. Il appelle à la mise en œuvre d’un grand plan de sauvetage de la justice, et il demande au gouvernement d’engager sans délai un dialogue sérieux avec toutes les organisations syndicales, afin que soient dégagés les moyens adaptés à un service public de qualité.

 

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