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feminisme

Le fléau des violences sexistes

29 Septembre 2022, 11:29am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 28/09/2022 par PCF

Le fléau des violences sexistes

L’affaire Adrien Quatennens secoue l’opinion publique et la classe politique. Reconnaissant être auteur de violences conjugales sur sa future ex-compagne, il choisit de ne pas se mettre en retrait de son mandat électif. Comment représenter la République et œuvrer à protéger les femmes du fléau des violences sexistes et sexuelles si on violente soi-même sa compagne ?

 

Quelques soutiens entreprennent de minimiser. « Une gifle, oui mais… » pas tous les jours, oui mais il s’est excusé... On se centre uniquement sur la gifle et on ne parle pas du téléphone subtilisé, du harcèlement, du poignet saisi. Pas un mot pour la victime. Une séquence révélatrice d’une ignorance ou d’un mépris de la réalité des violences conjugales et de leur gravité et qui suscite une nouvelle vague d’indignation.

Ernestine Ronai, communiste et responsable de l’Observatoire des violences faites aux femmes en Seine-Saint-Denis, en déduit que « ce qui marque notre époque c’est le recul de la tolérance sociale vis-à-vis de ces violences, et c’est ce qu’il faut cultiver et faire grandir ».

D’autres affaires d’accusations de violences sexistes et sexuelles concernant des élus et personnalités politiques font également beaucoup parler. La méthodologie des partis politiques dans la gestion et la prise en charge de ces accusations et faits de violences sexistes et sexuelles est questionnée.

Fabien Roussel le rappelle ainsi dans sa tribune parue au JDD le 25 septembre dernier : « Au PCF, nous avons fait le choix de mener une politique de tolérance zéro. » Nous prenons nos responsabilités et avons été parmi les premiers à le faire. Nous avons fait le choix de refuser l’impunité des agresseurs dans notre organisation. Notre programme à la dernière élection présidentielle a montré notre volonté d’être à la pointe en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Depuis 2018, le PCF est doté d’un dispositif Stop violences que l’on peut saisir à l’adresse mail stopviolences@pcf.fr ou via le collectif féministe contre le viol avec lequel nous sommes conventionnés. Au sein du dispositif comme au CFCV, les victimes sont assurées d’être écoutées, accompagnées et orientées par des personnes formées.

Notre périmètre d’action n’est pas judiciaire. Nous ne rendons pas la justice et nous ne nous substituons pas à celle-ci. Il s’agit de faire respecter nos statuts qui garantissent à chacun·e la protection de son intégrité physique et morale.

Être communiste ne protège pas des violences du monde patriarcal dans lequel nous vivons, mais être adhérent au PCF nous oblige à y faire face et être à l’initiative. En prônant une société libérée de toutes formes de domination, exploitation, oppression, nous avons un devoir d’exemplarité.

Voilà pourquoi nous avons créé ce dispositif et pourquoi, avec l’appui du secteur formation, nous formons toutes et tous les camarades à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Nous travaillons concrètement à créer des conditions toujours plus propices à un cadre de militantisme sain et sécurisé, au bénéfice de toutes et tous.

Wirden Shirley

membre du CN

 

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Sorcière, de la créature maléfique à l’icône féministe

30 Juillet 2022, 06:56am

Publié par PCF Villepinte

De Salem à Édimbourg, le mouvement de réhabilitation de milliers de femmes persécutées et exécutées pour «sorcellerie», entre les XVe et XVIIIe siècles, marque des points. Quelle est la modernité de ce combat? ANALYSE

Samedi 30 Juillet 2022

L'Humanité Christophe DeroubaixThomas Lemahieu

Marche dans les rues d’Istanbul en Turquie pour la Journée internationale des droits de femmes. © Bulent Kilic/AFP

Elle était la dernière des sorcières de Salem… non graciée. Son nom s’était perdu dans les limbes de l’Histoire. Ce sont des collégiens qui l’en ont sorti. Célibataire sans enfant, Elizabeth Johnson avait 22 ans lorsqu’elle fut dénoncée comme sorcière et condamnée à la pendaison. Sans être acquittée, elle a échappé à la potence après que le gouverneur royal de l’État du Massachusetts, un certain William Phips, a mis fin à l’hystérie presque générale qui saisissait, à la fin du XVIIe siècle, cette partie de la Nouvelle-­Angleterre. 

Une « pécheresse » examinée lors de son procès, « créature » forcément insensible à la douleur puisque protégée par le diable. La puissante vague misogyne a culminé en Europe au XVIIe siècle.

En mai dernier, Elizabeth Johnson a finalement été réhabilitée par le Sénat de ce même État, trois cent vingt-neuf ans après sa condamnation. Au cours d’une recherche sur les fameuses «sorcières de Salem», des collégiens de North ­Andover ont découvert son nom, un an plus tôt. Ils n’ont dès lors cessé de plaider sa cause auprès des élus de l’État, qui ont pris l’affaire en mains, comme un point final au mouvement de vérité et de réhabilitation concernant cette tache – une de plus – dans l’histoire des États-Unis. En quelques mois, 20 personnes de Salem et des villages environnants avaient été tuées (19 par pendaison et une par lapidation) et des centaines accusées durant une grande crise puritaine.

Les théocrates conduisent la chasse

Nous sommes en 1692. Soixante-douze ans plus tôt, à bord du « Mayflower », les «pères pèlerins» ont accosté à Plymouth, à une centaine de kilomètres au sud de Salem. Persécutés en Angleterre pour leur croyance religieuse, ils ont traversé lAtlantique afin dy trouver une «nouvelle Jérusalem» et dy installer sur terre le royaume de Dieu. Ils sont puritains. Leur présence na quun but: instaurer une théocratie. Alors que le siècle tire à sa fin, la jeune colonie nest toujours quune enclave ­anglaise en territoire indien mais trop éloignée de sa maison mère pour être protégée. 

Tout a commencé par des jeux de ­divination de la fille et de la nièce – respectivement âgées de 9 et 11 ans – du révérend Samuel Parris. Lors d’une séance, l’une des deux gamines assure avoir eu la vision d’un spectre, accompagnée d’une angoisse et d’une respiration coupée. Un médecin diagnostique une possession satanique. D’autres «cas» de fillettes prises de convulsions et de troubles du langage sajoutent. Pressées par les adultes, elles évitent de dire qu’elles se sont elles-mêmes adonnées à ce qui peut s’apparenter à de la sorcellerie et, de peur de contrevenir à la norme chrétienne de la communauté, donnent les noms de trois femmes: une mendiante, une vieille femme alitée et lesclave barbadienne du pasteur…

Le parti républicain et le «bloc évangélique»

La mécanique est enclenchée. Les arrestations se multiplient mais en dehors de toute légitimité ­judiciaire, un vide que le gouverneur comble en instituant une cour ad hoc. Cette dernière condamne à la chaîne, évitant seulement la mise à mort pour celles qui avouent. Elizabeth Short, condamnée alors qu’elle est enceinte, est pendue juste après avoir donné naissance. Quatorze femmes – presque toutes vieilles et pauvres – sont assassinées, ainsi que cinq hommes: un ministre du culte respecté, un ancien policier qui a refusé d’arrêter davantage de prétendues sorcières, et trois personnes disposant d’une certaine fortune. La microcommunauté­ se vide de ses habitants injustement accusés ou ­effrayés de l’être. Sans doute est-ce cela qui oblige le gouverneur à stopper le délire collectif.

Les historiens se disputent encore sur l’origine de ce sombre épisode – de l’ergotisme (mal provoqué par l’ergot de seigle, qui contient une substance voisine du LSD) à l’hallucination collective d’une communauté enfermée dans le puritanisme. En tout état de cause, selon l’historien George Lincoln Burr, «la sorcellerie de Salem a été le roc sur lequel la théocratie s’est brisée». Lorsque les États-Unis se fondent, ils établissent, selon la formule de Thomas Jefferson, rédacteur de la déclaration dindépendance, un «mur de séparation»… que le «bloc évangélique» et le Parti républicain, avec leur bras armé, s’efforcent aujourd’hui d’abattre, criant, à la première résistance, à… la «chasse aux sorcières» !

En Europe, les premiers mouvements vers une réhabilitation des sorcières persécutées au nom de l’humanisme et de la science en pleine Renaissance émanent des périphéries, ou de nations sans État comme la ­Catalogne et l’Écosse. Dans les deux cas, ce sont les formations indépendantistes de gauche au pouvoir qui ont, l’an dernier, remis le sujet sur la table.

Sur la table du Parlement écossais

À Édimbourg, où les autorités ont, en 1563, trois ans après avoir épousé le protestantisme, édicté une loi déclenchant une chasse aux sorcières particulièrement sanglante – près de 4000 femmes, dans leur écrasante majorité, avaient été poursuivies, torturées et, pour une bonne part, exécutées –, le principe général d’une réhabilitation est désormais en cours d’examen au Parlement écossais.

Selon Natalie Don, députée du Parti national écossais (SNP) à Holyrood – le nom de l’assemblée locale – et promotrice de la proposition de loi, tout échec dans la tentative de rendre enfin justice à ces milliers de personnes ne ferait que «prolonger une misogynie ancestrale». Plusieurs textes de loi du même acabit se sont déjà heurtés à un veto des plus réactionnaires au début des années 2000. Mais le sens de l’Histoire a tourné, semble-t-il.

Au printemps dernier, la première ministre indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon a pris les devants en formulant des «excuses officielles» à toutes celles qui ont pu être frappées à travers la «misogynie profonde» qui inspirait la loi sur les chasses aux sorcières. «La seule manière davancer contre le patriarcat, cest de réparer une fois pour toutes ces injustices de notre passé, ajoute encore Natalie Don. La plupart des femmes ont été visées parce qu’elles étaient un peu différentes, qu’elles étaient pauvres ou bannies. De nos jours, même si leurs caractéristiques peuvent ne pas être les mêmes qu’à l’époque, on continue de constater que, quand les femmes cherchent à être différentes ou indépendantes, cela met les hommes dans une rage folle.»

Résolution solennelle en Catalogne

Inspirés au départ par la campagne initiée par des féministes écossaises, rassemblées dans le collectif Witches of Scotland (Sorcières d’Écosse), les parlementaires catalans ont été plus rapides que leurs homologues d’Édimbourg et de Glasgow. Le 26 janvier dernier, une large majorité des députés membres de l’assemblée régionale ont adopté une résolution visant à réhabiliter la mémoire de plus de 700 femmes torturées et mises à mort en tant que sorcières.

«Jadis, ils nous appelaient sorcières, maintenant ils parlent de nous comme des “féminazies, des hystériques, des frustrées ou des mal baisées, dénonce Jenn Diaz, journaliste féministe et députée de la Gauche républicaine catalane (ERC) à lorigine du texte législatif catalan. Les chasses aux sorcières qu’ils menaient portent un autre nom ­aujourd’hui. On les appelle des féminicides.»

D’après «Sapiens», une revue scientifique qui a, avec les recherches de l’historien Pau Castell, servi de base pour l’exposé des motifs de la résolution votée par l’assemblée locale, la Catalogne a été l’une des premières régions d’Europe où ont eu lieu des actes antisorcellerie, à partir de 1471. Elle est aussi considérée comme l’une des régions où ont eu lieu le plus grand nombre d’exécutions de femmes ­accusées d’être des sorcières. «Les accusations à notre encontre nont pas disparu au XXIe siècle, prolonge Jenn Diaz.

 Elles se sont adaptées au climat, à l’environnement. Nous traiter de sorcières, ce n’est que légitimer un discours qui veut voir des femmes dociles, belles et silencieuses… Et si nous refusons de nous taire, on veut nous le faire payer cher. Les bûchers d’aujourd’hui auront une forme différente selon l’endroit où vous êtes née, mais ce sont les mêmes. Ce qui a changé, en l’occurrence, c’est nous, les descendantes, les héritières des ­sorcières et des guérisseuses. Nous ne sommes plus isolées et nous sommes organisées.»

 

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Avortement – Un droit inaliénable qui doit être constitutionnalisé

7 Juillet 2022, 09:04am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 06/07/2022 par PCF

Le droit à l’interruption volontaire de grossesse est l’une des grandes conquêtes de notre monde moderne, l’un des symboles de liberté et d’émancipation des femmes. Mais c’est aussi un droit particulièrement attaqué et de manière récurrente !

Acquis de haute lutte en France en 1975, il est sans cesse remis en cause par le système patriarcal, fondé sur la prise de pouvoir et donc le contrôle du corps des femmes. Cette réaction conservatrice touche tous les pays.

En Europe, ce droit est loin d’être acquis et là aussi des forces réactionnaires agissent pour le remettre en cause. Ainsi, la Pologne n’autorise toujours pas l’IVG, sauf « circonstances exceptionnelles ». Souvenons-nous, en 2016 des millions de femmes polonaises sont descendues dans la rue pour défendre ce droit. Malte, par exemple, connait une législation encore plus restrictive puisque l’avortement y est totalement interdit.

Notre vigilance, notre engagement pour défendre ce droit doit être constante. Comment oublier qu’en 2013, en Espagne, le gouvernement Rajoy a tenté de faire passer un projet de loi remettant en cause ce droit, sans succès heureusement grâce à une mobilisation extraordinaire !   

Si nous quittons l’Europe pour nous rendre aux États-Unis, l’élection de Donald Trump a été dans ce domaine, comme dans d’autres, une régression totale, avec aussi la fin de l’aide aux associations qui soutiennent l’avortement. Et maintenant la Cour suprême décide de supprimer ce droit protecteur. Conséquence : la moitié des États s’apprêtent à restreindre voire à l’interdire tout court. Ces exemples, auxquels il faut ajouter également l’interdiction dans de nombreux pays arabes, d’Asie ou d’Amérique latine… montrent bien qu’en 2022, les femmes ne peuvent être totalement libres de choisir d’avoir ou non un enfant, de prendre des décisions qui concernent leur propre corps.

L’avortement continue de soulever des débats violents, houleux, sous l’influence des milieux les plus réactionnaires, masculinistes, du RN qui est maintenant renforcé à l’Assemblée nationale, et toujours sous le poids des fanatiques religieux.

En France nous ne pouvons qu’être inquiètes de la fermeture de 130 centres IVG en 10 ans. Nous ne pouvons qu’être inquiètes des politiques austéritaires imposées à notre système de santé qui participent à l’allongement des délais d’attente, à la raréfaction des médecins, l’éloignement des CIVG, contraignant de plus en plus de femmes à aller à l’étranger pour réaliser une IVG.

Il faut obtenir la suppression de la double clause de conscience, qui est totalement superfétatoire et discriminatoire.

La Nupes, le PCF continueront de se battre pour que ce droit comme celui de la non–marchandisation du corps, soient constitutionnalisés en France ! D’ailleurs c’est inscrit en bonne place dans nos programmes :

Celui des « jours heureux », objectif 5, engagement 77 : Le droit à L’IVG sera inscrit dans la Constitution comme un droit fondamental avec des moyens associés. L’accès libre et gratuit à la contraception, sous toutes ses formes et sur tout le territoire, sera garanti. Sur le délai de recours à l’IVG, comme le recommande le Planning familial, la France s’alignera avec les pays européens les plus progressistes, en vertu de la « clause de l’Européenne la plus favorisée ». Les femmes ne pourront se voir refuser d’exercer leur droit de façon égale sur l’ensemble du territoire par des délais d’accès à l’IVG qui les en empêcheraient.

Et dans le programme Nupes, chapitre 7, nous nous engageons à :

• Renforcer le réseau des centres IVG en ouvrant un centre par hôpital et supprimer la double clause de conscience des médecins.

• Constitutionnaliser la non-marchandisation du corps humain et le droit fondamental de disposer de soi en toutes circonstances.

• Ajouter dans la Constitution le droit à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Avec le PCF nous continuons à unir nos voix à celles des associations féministes avec le collectif : « Avortement en Europe, les femmes décident » : Nous dénonçons cette horrible décision de la Cour suprême des États-Unis sur l’avortement qui est une atteinte historique aux droits des femmes.

Nous sommes solidaires des femmes aux États-Unis, en Ukraine, en Pologne, en Afghanistan… et appelons toutes et tous les progressistes pour que ce droit fondamental à disposer de son corps soit reconnu pour TOUTES les femmes de par le monde.

Hélène Bidard, membre du CEN.

 

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Ovidie et Diglee : « Désirable mais pas trop active », ces doubles injonctions faites aux filles

26 Juin 2022, 08:18am

Publié par PCF Villepinte

ENTRETIEN Dans «Tu nes pas obligée», guide pédago et féministe, lauteure et réalisatrice Ovidie retrouve lillustratrice Diglee pour livrer quelques bons conseils aux adolescentes à l’aube de leur vie sexuelle.

L'Humanité Kareen Janselme

Publié le Samedi 25 Juin 2022

Après «Libres», «Baiser après #MeToo», Ovidie et Diglee sattaquent aux injonctions faites au corps et à la sexualité dans «Tu nes pas obligée», en sadressant plus particulièrement aux adolescentes. Face au retour de bâton antiféministe, les autrices misent tout sur la génération qui vient. Dialogue.

« Tu n'es pas obligé »,
d'Ovidie et Diglee,
éditions la Ville brûle,
76 pages, 12 euros

 Votre nouveau livre décortique les injonctions liées au corps, aux normes, aux relations sexuelles. Comment définiriez-vous une injonction?

Ovidie C’est lorsqu’on se sent obligé de faire quelque chose dont on n’a pas réellement envie, alors que personne ne nous y contraint réellement. C’est plus pernicieux qu’une obligation, dans la mesure où l’injonction nous laisse croire que la décision vient de nous. Il y a cette illusion que ce serait notre choix.

C’est plus agressif qu’une simple suggestion parce que, si on ne s’y plie pas, on risque d’en payer le prix en retour. Exemple typique: «si je me maquille, cest pour moi». Non, ce nest pas vrai. Nous le faisons pour le regard social, pour les autres. Personne ne nous y oblige, mais, si nous n’y répondons pas, nous nous retrouvons en marge de la norme, donc exclues.

Comment se traduit l’injonction à la sexualité dans la société?

 

 Ovidie Elle est omniprésente dans notre environnement: dans lespace public, dans la rue, dans les Abribus, dans notre environnement culturel et médiatique. On ne remarque même plus tous ces signaux sexuels dans les pubs, les séries. Et il y a cette idée que, si une femme n’a pas de sexualité, c’est qu’elle n’est pas désirée et qu’elle n’a donc aucune valeur.

C’est un peu moins le cas des hommes, qui arrivent à se revaloriser par d’autres choses, comme la réussite sociale. Nous, avant même la réussite sociale ou les études, notre première fonction est d’être belle. Dès qu’on est petite fille, on nous apprend à attirer et faire risette au monsieur. Après, si on est bonne élève, tant mieux. On ne nous apprend pas l’auto-accomplissement. Même dans l’acte sexuel, on veut avant tout plaire à l’autre et non prendre du plaisir.

 Diglee La manière dont un homme ou une femme se prépare avant un rendez-vous possiblement sexuel est significative. La femme va s’épiler, acheter peut-être de la lingerie – d’ailleurs ce truc de lingerie me questionne énormément: cest l’emballage du cadeau bandant et désirable. Il y a vraiment deux comportements différents. L’homme se pointe. S’il est lavé, c’est un plus! Et nous, on a parfois mis des heures à se préparer.

Mais attention à la double peine. Il ne faut pas être trop active sexuellement. Il y a la double injonction à être effectivement désirable et en même temps surtout pas pute. Il y a aussi deux poids deux mesures dans le rapport à la première fois. Les jeunes filles anticipent que ce sera douloureux et que c’est normal.

Or, très souvent, les saignements ne sont pas du tout liés à la rupture de l’hymen. C’est un mythe. C’est dû fréquemment à des rapports trop brutaux, sans lubrification. C’est juste un saignement d’agression du corps. Les filles partent déjà mal armées, avec la croyance que l’acte va faire mal et qu’il faudra s’y plier. On a un peu intégré ce rapport-là dans la sexualité hétérosexuelle. Alors, comment aujourd’hui construire une sexualité hétérosexuelle si ce n’est égale, au moins douce et satisfaisante? Quand on a érotisé la domination pendant trente ans, que va-t-il rester si on l’exclut de sa sexualité?

En tant que mère et féministe, ne craint-on pas aussi de transmettre ses peurs à ses enfants?

Ovidie Bien sûr. C’est parce qu’on est hyperlucide des dangers – en gros parce qu’on a pratiquement toutes été violées un jour –, que ça peut être insupportable d’être mère d’une fille de 16 ans. C’est hyper-angoissant de se dire que, statistiquement, il est fort probable que la personne que j’aime le plus au monde soit confrontée à cette violence-là un jour.

Sur le papier, nous avons envie de transmettre un désir d’émancipation, mais, par désir de protection de nos gamins, nous allons leur dire de faire l’inverse. Mais c’est valable pour n’importe quel combat politique: nous ne sommes pas toujours cohérents avec nous-mêmes. Nous pouvons avoir des convictions, aspirer à un idéal et parfois être rattrapés par la réalité et ne pas se comporter en accord avec nos idéaux.

Le féminisme est-il forcément anticapitaliste?

Ovidie Lutter contre la dimension consumériste des corps, type applications de rencontre, est une problématique anticapitaliste. Or, nous nous rendons compte que, dans nos luttes, nos camarades militants hommes ne se posent pas toutes ces questions liées à l’intime. Ils peuvent lutter contre le consumérisme mais ne pas penser à la consommation des corps. Ils peuvent se prononcer en faveur d’une égalité sociale, mais ils ne vont pas forcément penser à une égalité au sein de la chambre à coucher.

Je n’adhère pas à l’idée qu’une fois qu’on aura fait sauter le capitalisme il n’y aura plus de problème de sexisme dans la société. C’est un leurre. C’est un truc que l’on a inventé pour faire croire que le féminisme était une sous-lutte. J’entends la critique du féminisme washing. La récupération capitaliste de nos luttes existe, l’intégration du féminisme dans la société du spectacle. On le voit dans les séries, dans certains produits pop.

Mais est-ce que c’est grave? Si quelque chose doit se vendre en ce moment, je préfère que ce soit ça plutôt que des idées nauséabondes. Je préfère que les ados aient envie de s’identifier à des personnalités médiatiques qui se revendiquent féministes plutôt que dans les mouvements Zemmour et d’extrême droite où il y a plein de jeunes, comme avant eux les bébés manif pour tous…

Diglee La réalité, c’est qu’il y a cinq-six ans, dire qu’on était féministe créait un froid. Ça a au moins servi à démocratiser ce mot. Tant qu’on luttait sur son utilisation, on ne parlait pas des vraies questions. Quand j’avais mis sur ma bannière de blog que j’étais «autrice, illustratrice, féministe», on mavait dit de ne pas trop le revendiquer, car je pourrais perdre des contrats Et ce nest pas vieux du tout.

Où en est-on de la séquence #MeToo après l’acquittement des policiers du 36, quai des Orfèvres, les plaintes accusant PPDA classées sans suite…?

Diglee En ressenti intime, je sens le retour de bâton arriver. L’accueil de ce livre n’est pas le même que pour «Libres» en 2017. Une opposition sorganise. Mes amies autrices féministes ont peur, et se demandent si elles devront se protéger, comme Pauline Harmange et Alice Coffin. Il y a aussi le climat du pays dans cette période présidentielle, le traitement du deuxième procès du 36, quai des Orfèvres, l’affaire Johnny Depp et Amber Heard, avec des journaux qui titrent «Elle a menti», «Elle est folle», mais rien sur la violence de Johnny Depp. Il suffirait davoir un ou deux contre-exemples d’une femme publique qui aurait accusé à tort pour que tout soit rasé, tout ce qu’on a essayé de bâtir en cinq ans.

Ovidie J’abonde. On est en plein dans le backlash et ce n’est que le début de la guerre. J’ai l’impression qu’elle est menée par la génération des plus de 50 ans. C’est la génération des plus jeunes qui va nous en sortir.

Les garçons auront grandi dans un contexte où ils auront été familiarisés à toutes ces notions de féminisme: consentement, slutshaming, revenge porn, manspreading, mansplaining, etc. Et les filles de la génération qui arrive sont hyper-badass!

Cest cette génération-là qui arrivera à mettre un terme à cette guerre qui nen finit pas. Cest une question de temps. Mais nous, on va continuer à se battre pendant ce temps-là.

 

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Le droit à l’avortement n’est plus constitutionnel aux États-Unis : le grand bond en arrière

25 Juin 2022, 07:07am

Publié par PCF Villepinte

La Cour a aboli l’arrêt Roe v. Wade, datant de 1973, qui faisait de l’interruption volontaire de grossesse un droit protégé par la Constitution. Dans la foulée, le Missouri est le premier Etat à interdire ce droit. Comment en est-on arrivé à ce grand retour en arrière ?

Christophe DeroubaixL'Humanité

Publié le Vendredi 24 Juin 2022

Les militants soutenant l'accès légal à l'avortement manifestaient régulièrement devant la Cour suprême des États-Unis à Washington. Ils ont perdu. Dès demain, l’avortement sera interdit dans treize États (Arkansas, Idaho, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Missouri, Dakota du Nord et du Sud, Oklahoma, Tennessee, Texas, Utah et Wyoming). Photo SAUL LOEB / AFP

Le corps des femmes américaines n’est plus protégé par la Constitution. Ainsi en a décidé ce vendredi la Cour Suprême des États-Unis dans un arrêt au contenu malheureusement attendu depuis qu’une première ébauche avait fuité début mai.

L’arrêt Roe v. Wade, pris en 1973, qui considérait le droit à l’avortement comme constitutionnel est invalidé. Il faudra lire avec précision les dizaines de pages de ce nouvel arrêt qui sera connu sous le nom de Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, mais le premier «draft», obtenu et publié par le site journalistique Politico livrait des indications qui nont pas été contredites.

Remonter un à un les échelons du système judiciaire

«Nous estimons que Roe v. Wade doit être annulé»: ces mots figuraient en toutes lettres dans le document, laissant augurer du pire. Les arguments avancés par le signataire de l’avis de la majorité de la Cour - Samuel Alito, un spécialiste des commentaires publics à caractère directement politiques voire militants - semblaient déjà sans appel: «La conclusion inéluctable est que le droit à lavortement nest pas profondément enraciné dans lhistoire et les traditions de la Nation» et qu’il «nest protégé par aucune disposition de la Constitution».

"La Constitution ne fait aucune référence à l'avortement et aucun de ses articles ne protège implicitement ce droit", écrit, dans la version finale, le même juge Samuel Alito qui estime que Roe v. Wade "était totalement infondé dès le début" et "doit être annulé".

La Cour Suprême, libre de déterminer les dossiers sur lesquels elle s’exprime, avait décidé, l’automne dernier, de se saisir d’une loi votée par le Mississippi en 2018 qui interdisait tout avortement après 15 semaines de grossesse. Les élus locaux savaient pertinemment que le texte contrevenait à la jurisprudence de 1973 et qu’il serait bloqué par la justice. Leur stratégie était de remonter un à un les échelons du système judiciaire américain jusqu’au sommet: la cour suprême. 

Depuis 2019, les législatures d’État dominées par le GOP ont voté pas moins de 300 nouvelles règles dans 28 États. La Géorgie a, par exemple, interdit l’IVG dès le premier battement de cœur du fœtus. L’Alabama totalement, y compris en cas de viol ou d’inceste.

L'héritage de Trump

Le tremblement de terre politique que vient de déclencher la cour suprême a été préparé de longue date par le mouvement conservateur de plus en plus en osmose avec la droite chrétienne. Invalider Roe est devenu au fil des années un marqueur pour tout candidat républicain que le «bloc évangélique» (la formule est de John Mason, professeur de sciences-politiques), prenait de plus en plus de pouvoir au sein du GOP.

Et c’est d’ailleurs pour cette raison - faire la peau du droit à l’avortement - que Donald Trump, dont la personnalité répond assez peu aux standards de vie des fondamentalistes chrétiens, avait recueilli, en 2016 et 2020, 77 % puis 84 % des suffrages des électeurs évangéliques blancs.

La nomination par un président pourtant minoritaire dans les urnes (3 millions de voix de moins que Hillary Clinton) de trois nouveaux juges (Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett) a permis de «sécuriser» une majorité ultraconservatrice au sein de la plus haute instance judiciaire des États-Unis, dont le rôle dans un pays de «common law», où la jurisprudence fait aussi le droit, est donc forcément très politique.

Une prohibition automatique de l’IVG dans certains États

Voilà qui est donc fait: «Roe v. Wade» est à terre. Dans la foulée, le Missouri a été le premier État à interdire l'avortement. Une douzaine d'autres (Arkansas, Idaho, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Dakota du Nord et du Sud, Oklahoma, Tennessee, Texas, Utah et Wyoming).

Ces derniers, tous dirigés par les républicains, ont voté durant ces dernières années des «trigger laws» (littéralement «lois gâchettes»): elles étaient anticonstitutionnelles hier car elles contrevenaient à «Roe», elles sappliquent donc automatiquement. Dautres États conservateurs ne tarderont pas à faire voter des lois dans le même sens. Le pays sera rapidement coupé en deux.

Pour le mouvement conservateur, la victoire politique est éclatante, mais elle ne signe pas la cessation des «hostilités» sur le sujet. Comme le rappelait Ryan Grim, journaliste pour le site d’investigation The Intercept, juste après la fuite du «draft»: «laisser le choix du droit à lavortement aux États nest évidemment pas le but final. Leur but est de linterdire partout. »

Une reconnaissance de la «personnalité» au foetus

Mitch Mc Connell, le leader des républicains au Sénat, avait laissé entendre que cela pourrait faire l’objet d’une loi si le GOP remportait les élections de mi-mandat de novembre prochain. Il se heurterait pourtant au même obstacle qu’il oppose aux démocrates tentant de légiférer au Congrès afin de «sacraliser» le droit à lavortement: le fameux «filibuster», cette pratique dobstruction parlementaire qui nécessite une supermajorité de 60 sénateurs ce dont ne disposent ni les démocrates, ni les républicains – pour les lois autres que budgétaires.

Faute de possibilité dans le champ de la loi, le mouvement conservateur avance ses pions dans celui du droit. Sa prochaine bataille réside dans la reconnaissance du statut de personnalité au «fœtus». En ce cas, il serait placé sous la protection du 14e amendement de la Constitution.

Ce dernier a été ratifié après la guerre de Sécession, en 1868, et visait à protéger les droits des anciens esclaves émancipés par le 13e amendement (1865) en garantissant la citoyenneté à toute personne née aux États-Unis (droit du sol) et en en affirmant l’égale protection face à la loi de tous ceux qui se trouvent sur le territoire. Si, par une décision jurisprudentielle, le fœtus était reconnu comme un individu, dès la conception ou dès le premier battement de cœur, le 14e amendement s’appliquerait à lui.

Même les plus conservateurs des juges – notamment Antonin Scalia – ont toujours émis les plus grands doutes sur cette théorie. Mais le principe d’une dynamique – et c’est bien ce qu’a enclenché la droite chrétienne – est de faire sauter des verrous considérés comme solides peu de temps avant. La preuve: dans un texte complémentaire à l'avis majoritaire dans le cas de Roe v. Wade, le juge Clarence Thomas avance des arguments afin de renverser des jurisprudences qui autorisent aujourd'hui la contraception, les relations entre personnes du même sexe ainsi que le mariage gay.

 

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Menaces contre l’IVG

16 Mai 2022, 11:13am

Publié par PCF Villepinte

 

Maurice Ulrich L'Humanité

Publié le Lundi 16 Mai 2022

Il y a près d’un demi-siècle, deux ans avant le vote en France, avec la loi Veil, du droit à l’IVG conquis de haute lutte, la Cour suprême des États-Unis, par sept voix contre deux, validait, avec l’accord Roe v. Wade, le droit des femmes à disposer de leur corps au nom de l’égalité entre hommes et femmes et du respect de la vie privée.

Samedi, dans 450 villes des États-Unis, des dizaines de milliers de manifestantes et de manifestants protestaient contre l’éventualité d’une remise en cause de ce droit par la Cour suprême elle-même, en ouvrant aux États la possibilité d’interdire l’IVG ou de le limiter drastiquement. On prête ces intentions à 26 États. Déjà, dans nombre d’entre eux, les restrictions sont telles qu’avorter est devenu impossible pour des milliers de femmes.

Certains, comme le Texas, ont même défini des villes entières comme des «sanctuaires denfants». Ce n’est pas nouveau aux États-Unis. Donald Trump, dès le début de son mandat, avait interdit les ONG favorables à l’IVG, avec ce commentaire du porte-parole de la Maison-Blanche, un chef-d’œuvre d’absurdité: «Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés.»

Ce qui se passe là ne concerne pas que les États-Unis. Une vague réactionnaire, conservatrice, se répand un peu partout dans le monde. Les menaces contre l’IVG en Pologne ne sont que suspendues. L’avortement est interdit à Malte, pourtant membre de l’UE. Il est interdit ou fortement restreint dans plusieurs dizaines de pays avec des peines allant jusqu’à cinquante ans de prison.

Surtout, l’IVG, fondé sur le droit imprescriptible des femmes à disposer de leur corps, a aussi une dimension politique. Elle touche à la domination patriarcale exercée sur elles, et c’est aussi une question, oui, de classe et de contrôle social. Les femmes les plus exposées sont les plus modestes, les plus démunies, celles qui n’ont le choix qu’entre les grossesses subies et l’avortement clandestin au risque de leur vie, comme Simone Veil l’avait dit avec force et émotion devant l’hostilité de sa propre famille politique. Ne croyons pas, ici, en France, que nous ne soyons plus concernés.

 

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Grève féministe du 8 mars à Paris: « Ma vie m’appartient ! »

9 Mars 2022, 07:34am

Publié par PCF Villepinte

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Résistances. Danièle Kergoat, « Le travail est un enjeu de luttes unificateur »

8 Mars 2022, 08:50am

Publié par PCF Villepinte

Le reflux du mouvement ouvrier a entraîné un reflux du travail comme objet de combats. Un recul préjudiciable aux mobilisations car il continue d’occuper une place centrale dans la société. Entretien

L'Humanité Publié le Mardi 8 Mars 2022 Pierre-Henri Lab

Comme bien d’autres, les ateliers de confection sont un lieu de labeur mais aussi de solidarité, d’émancipation collective et de coopération.© Leligny/ANDBZ/Abacapress

ANDBZ/ABACA

Sociologue du travail, Danièle Kergoat est une pionnière des études féministes. Ses travaux (1), qui continuent d’alimenter aujourd’hui la recherche sur les dominations de classe, de genre et de race, se sont attachés à rendre visibles et à comprendre les résistances et les révoltes. Ils permettent notamment de penser comment les rapports sociaux, entendus comme des rapports qui exploitent, dominent et oppriment, sont imbriqués les uns dans les autres et s’alimentent mutuellement. Elle réaffirme ici la centralité du travail, lieu à la fois de pouvoir et d’exploitation mais potentiellement d’émancipation.

Les mobilisations féministes actuelles autour des violences faites aux femmes sont qualifiées de «nouveau féminisme». Faites-vous vôtre cette appellation?

Il est toujours difficile de répondre succinctement à une question complexe… Je ne sais pas si l’on peut parler de «nouveau» féminisme à propos des violences faites aux femmes. Cette thématique nest pas nouvelle: le Collectif contre le viol a été créé en 1985, par exemple. Les récentes mobilisations contre les féminicides peuvent tout à fait être analysées comme étant dans la continuité de celles des décennies précédentes. Cela dit, je pense qu’il y a aussi une rupture générationnelle. Le mouvement actuel est marqué par des transformations au niveau des formes de lutte – je pense au rôle des réseaux sociaux, #Metoo en est un bon exemple qui est passé d’une mobilisation individuelle au départ à une réappropriation collective. Et des transformations aussi au niveau des objets de ces luttes. Je pense par exemple à la sexualité, aux problématiques queer et trans, aux débats sur le voile et la prostitution. Toutes choses relativement nouvelles mais qui en tout cas font l’objet de clivages profonds au sein du mouvement. Universalistes contre décoloniales ou intersectionnelles, par exemple. Mais en fait, pour moi, la nouveauté relative tient à l’absence du travail comme objet de ces nouvelles formes de lutte.

Pourquoi selon vous est-ce en retrait?

Il faut dire en préalable que ce retrait n’est pas propre au mouvement féministe mais que c’est transversal à toute la société. On raisonne en termes d’exclusion, de précarité, mais pas d’exploitation. Et voyez comme le mot ouvrier a été quasiment banni du vocabulaire courant. Il n’est plus question de classe ouvrière. Il est au mieux question de riches et de pauvres ou de catégories socioprofessionnelles. Et pourtant, les enquêtes emploi montrent qu’un actif sur cinq est ouvrier. Si on ajoute la catégorie des employés non qualifiés, cela concerne un individu sur trois! Le rapport de classe sest longtemps incarné dans le Parti communiste français, plus largement dans le mouvement ouvrier dans son ensemble. Avec le reflux de celui-ci, cest comme si c’était le rapport de classe qui refluait. Pourtant, s’il n’est pas le seul rapport social à l’œuvre, il est toujours aussi moteur dans la société. Le mouvement des gilets jaunes l’a démontré.

N’est-ce pas handicapant pour le mouvement féministe?

Tout le monde n’est pas dans l’oubli mais il est vrai que ce que l’on désigne comme «nouveau féminisme» minimise le rapport de classe comme rapport social au profit du rapport de race et de celui de sexe. Cest évidemment un handicap pour les mobilisations. Il ny a pas assez de luttes contre le précariat. Il n’y a pas suffisamment de luttes pour les retraites des femmes alors qu’elles sont misérables. Et c’est aussi un handicap au point de vue théorique et sociologique. Le travail est central pour comprendre les transformations des sociétés contemporaines: la mondialisation et son cortège de migrations, le néolibéralisme et le chômage, les transformations du travail et la montée des inégalités.

Cette occultation du travail est problématique tant pour le mouvement ouvrier que pour le mouvement féministe. Le travail est au cœur de toute analyse qui cherche à appréhender les rapports de domination, donc les rapports sociaux de sexe. C’est le médiateur par excellence des rapports entre l’individu et la société. Il est central dans le vécu quotidien des individus, pour les femmes comme pour les hommes. Mais le travail est aussi un enjeu de luttes potentiellement unificateur. Ce n’est pas seulement un lieu de domination, c’est aussi un lieu de solidarité, d’émancipation collective et de coopération.

Politiquement, le travail est donc central car c’est par lui que s’exerce le pouvoir dans la société. Il est l’enjeu des rapports sociaux, des rapports de classe comme des rapports de sexe. Dans les deux cas, les rapports de domination s’appuient sur l’appropriation du travail, qu’il s’agisse du contrat de travail ou du travail domestique. Donc ne pas tenir compte du travail est un contresens pour le mouvement féministe puisqu’il en vient à occulter l’enjeu même des rapports de domination.

«Le “nouveau féminisme minimise le rapport de classe comme rapport social au profit du rapport de race et de celui de sexe.» Danièle Kergoat, sociologue du travail et du genre

Cela dit, il ne faut pas généraliser trop vite: bien des mouvements, tant en France qu’à l’étranger, relient le travail aux violences. Je pense en particulier à l’Espagne, où les luttes féministes, de très grande ampleur, sont emblématiques de ce point de vue, ou bien, en France, à la mobilisation pour le 8 mars en termes de grève féministe. Et même si ce ne sont pas des luttes féministes à proprement parler, il faudrait évoquer aussi toutes les luttes de femmes «premières de corvée» dans la foulée de l’épidémie de Covid. Je pense en particulier aux travailleuses des Ehpad.

Dans vos travaux, vous pointez l’hétérogénéité de la classe ouvrière en montrant qu’elle est composée de groupes aux intérêts parfois antagonistes. La classe des femmes n’est-elle pas divisée?

Effectivement, de la même façon que la classe ouvrière et plus largement les classes populaires qui sont traversées par de multiples clivages (de statut, d’âge, de nationalité, de sexe…), la classe des femmes est évidemment divisée puisqu’elle est traversée par d’autres rapports sociaux, les rapports de classe, bien entendu, mais aussi les rapports de race, accentués qu’ils sont par les bouleversements migratoires engendrés par la mondialisation.

Je prends souvent l’exemple de l’externalisation du travail domestique pour illustrer cela: dans les pays du Nord et les grandes métropoles des pays du Sud, les femmes travaillent de plus en plus et sont plus souvent cadres, tandis que l’implication subjective est de plus en plus demandée par les entreprises. Le travail domestique n’étant toujours pas pris en compte dans les sociétés marchandes, ces femmes doivent externaliser «leur» travail domestique. Pour cela, elles peuvent puiser dans limmense réservoir des femmes précaires pauvres, françaises ou immigrées, souvent racisées.

Se crée ainsi un double clivage: un rapport de classe entre les femmes du Nord, employeuses, et cette nouvelle classe servile, entre les femmes nanties et les femmes précaires économiquement et/ou légalement. Ce clivage est nouveau car, contrairement au rapport de classe entre bourgeoise et domestique au XIX e siècle, celui-ci est direct (et non plus médié par le mari, le père ou l’amant), massif et se joue au niveau international. Un autre clivage se met en place: celui de concurrence entre les femmes, toutes précaires mais précaires différemment. Dautant que les femmes du Sud sont souvent diplômées, alors que les précaires des pays du Nord le sont moins.

Comment expliquez-vous l’intérêt pour l’intersectionnalité alors que l’intrication des rapports sociaux a été pensée en d’autres termes dès les années 1970?

Si l’intérêt pour l’intersectionnalité est relativement récent, le problème de l’interaction des rapports de domination a été pensé dès les années 1970, en Europe et aux États-Unis. L’oubli des travaux menés à cette période s’explique sans doute par une rupture générationnelle. Le concept d’intersectionnalité s’inscrit donc dans une histoire et doit être pensé comme tel. Cependant, il ne peut être assimilé à d’autres notions.

Dans un récent article publié dans la Pensée (2), vous vous montrez plutôt critique de l’intersectionnalité. Pourquoi?

Je ne suis pas critique a priori de l’intersectionnalité. Je ne suis pas contre, je dirais plutôt que je suis à côté. J’ai moi-même proposé dès les années 1970 le concept de consubstantialité. Il veut rendre compte du fait que les rapports sociaux de classe, de race et de sexe sont indissociables, tout en étant différents les uns des autres. Le terme s’est construit autour du travail, travail salarié et travail domestique, et des luttes autour du travail. Il s’est construit dans le cadre d’une analyse structurelle.

Si l’intersectionnalité et la consubstantialité tentent de penser l’articulation entre les différents rapports de pouvoir, et cela dans une visée émancipatrice, elles se distinguent cependant par différents aspects. Le concept de consubstantialité, au contraire de celui d’intersectionnalité, repose sur une lecture matérialiste des faits sociaux.

Pourtant très intéressant, par exemple quand Kimberlé Crenshaw l’utilise d’un point de vue juridique, ce dernier ne permet pas de comprendre comment les rapports sociaux se consolident, se transforment, s’agrègent. Simplement additionner des catégories emblématiques des injustices sociales, femmes + pauvres + noires, cela n’est pas tenir compte de la dynamique qui agit sur ces catégories. Cela ne permet pas d’appréhender les causes de la domination et donne donc moins d’outils pour penser les luttes.

(1) Se battre, disent-elles, textes de Danièle Kergoat, éditions la Dispute, 2012. (2) «Penser la complexité: des catégories aux rapports sociaux», de Danièle Kergoat, la Pensée , no 407, pages 127 à 139.

 

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La gauche en première ligne pour l’égalité

8 Mars 2022, 08:44am

Publié par PCF Villepinte

Du PCF au PS en passant par FI et EELV, les candidats à la présidentielle multiplient les propositions pour changer le quotidien des femmes dont les métiers sont essentiels, mais si dépréciés.

L'Humanité Publié le Mardi 8 Mars 2022 Julia Hamlaoui

REUTERS

Aides à domicile, femmes de ménage, caissières, aides-soignantes… elles exercent des métiers essentiels et sont sous-payées, précarisées, dévalorisées. Souvent les trois à la fois. Quand certains, à l’instar d’Emmanuel Macron, ont fait mine de tomber de leur chaise lorsque leur sort a été mis en lumière par la pandémie, d’autres mettent des propositions concrètes sur la table.

«Ce sont elles, les prolétaires du XXIe siècle», estime le prétendant communiste à l’Élysée, Fabien Roussel, jugeant que «révolutions sociale et féministe se mènent ensemble». Parmi les priorités: la création dune «fonction publique du lien, de lhumain» dédiée à ces missions, «protégées par un statut et avec un salaire qui ne sera pas inférieur à 1700 euros net et 2100 brut», a-t-il annoncé, à Bordeaux la semaine dernière.

Le candidat qui veut également mettre un terme au temps partiel imposé. «On était plus de 2000, place de la République, pour dire que des millions de femmes en dessous du seuil de pauvreté, essentielles au pays, ne seront pas les oubliées de la présidentielle», sest également réjoui, samedi, François Ruffin, dans la foulée dun rassemblement autour de son film Debout les femmes! Jean-Luc Mélenchon, propose ainsi «des discussions secteur dactivité par secteur dactivité pour réévaluer leur salaire et changer leur statut», explique Sabrina Nouri, chargée du dossier chez FI, où lon veut aussi plafonner le recours aux CDD à 10% dans les grandes entreprises.

Le comparatif avec les métiers davantage occupés par des hommes révèle l’ampleur de la tâche, selon l’écologiste Mélanie Vogel. «L’égalité des salaires doit être assurée non seulement à poste égal, mais aussi à travail de valeur égale – avec le même type de qualification, de responsabilité….

C’est le sens de l’éga-conditionnalité des aides publiques que nous proposons», assure la sénatrice EELV. Pas plus que cette égalité professionnelle, l’égalité salariale n’est cependant une réalité, malgré 14 lois visant à l’imposer. En la matière, la socialiste Anne Hidalgo veut «inverser la charge de la preuve» et contraindre «les grandes entreprises à obtenir un certificat qui démontre quelles mettent tout en œuvre», explique Gabrielle Siry-Houari, responsable de ces questions au PS.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il souhaite «la mise en place de contrôles systématiques par des commissions de salariés et lamplification des sanctions», détaille Sabrina Nouri. De son côté, Fabien Roussel entend voir les écarts de salaires disparaître en six mois dans le public et en un an dans le privé, quitte à «nommer un administrateur judiciaire» dans les entreprises récalcitrantes.

Mais le niveau même des rémunérations est aussi en cause. «La hausse du Smic de 15% bénéficiera majoritairement à des femmes puisqu’elles sont les plus nombreuses parmi les salariés concernés», pointe Gabrielle Siry-Houari. Les insoumis visent, eux, 1400 euros net, les communistes comme les écologistes plaident pour 1500 euros net (immédiatement chez les premiers, «dici cinq ans» pour les seconds). Une première étape qui en appellerait d’autres pour la hausse de l’ensemble des salaires.

 

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8 mars. Cinq chantiers pour instituer l’égalité

7 Mars 2022, 07:03am

Publié par PCF Villepinte

La «grande cause» du quinquennat Macron est restée lettre morte. Les inégalités de genre ont prospéré alors que les solutions existent. Organisations féministes et candidats de gauche avancent des propositions pour que progressent enfin les droits des femmes.

L'Humanité Publié le Samedi 5 Mars 2022 Julia Hamlaoui

2000. La parité femmes-hommes dans les mandats et fonctions électifs est votée le 6 juin. En 2008, elle sera inscrite dans la Constitution.

Marta NASCIMENTO/REA

Ce devait être LA grande cause du quinquennat. Emmanuel Macron et le gouvernement n’ont cessé de vanter leur action pour l’éga­lité femmes-hommes. Mais, après cinq années, les féministes en restent coites et cherchent péniblement les maigres avancées. Et pour cause: «Lorsque la sécurité routière a été déclarée grande cause nationale, on parlait de milliards, là, tous ministères confondus, ce sont 360 millions», souligne Céline Piques, porte-parole dOsez le féminisme !

La goutte deau? «Gérald Darmanin et Éric ­Dupond-Moretti nommés respectivement à lIntérieur et à la Justice», assure lautrice de «Déviriliser le monde», paru le 17 février (éd. Rue de l’échiquier), qui pointe aussi des «victoires arrachées par la lutte» sur la PMA pour toutes, le seuil d’âge du consentement ou encore sur lIVG. Beaucoup reste à faire, mais ni les organisations féministes ni la gauche ne sont en mal de propositions pour animer la campagne présidentielle.

1- L’IVG dans la Constitution

La lutte emblématique pour le droit à disposer de son corps a marqué récemment un nouveau point. La loi a été adoptée en février pour allonger le délai légal de l’IVG de douze à quatorze semaines. Reste un énorme point noir: la double clause de conscience pour les professionnelles de santé. À gauche, les principaux candidats proposent de la faire sauter. Certains veulent aussi inscrire dans le marbre de la Constitution le droit à l’IVG.

«Régulièrement, il est remis en cause, via le financement dassociations anti-IVG par exemple», explique Hélène Bidard, de la commission féministe du PCF. Cest aussi une question de moyens, insiste- t-on dans les équipes de gauche. Outre la gratuité de la contraception, le PCF ou la FI veulent, par exemple, investir pour rouvrir des lieux de santé de proximité, dont des centres IVG.

2- Un milliard contre les violences

Dédier un milliard à la lutte contre les violences est une des revendications phares des organisations féministes que tous partagent à gauche. À la FI, le budget est déjà réparti: «460 millions seraient destinés aux associations, 32 millions à la formation, 100 millions au développement des outils statistiques», détaille, Sabrina Nouri, annonçant que Jean-Luc Mélenchon veut «créer un haut-commissariat dédié à la lutte contre les féminicides». Beaucoup de programmes regardent du côté du modèle espagnol.

«Nous voulons une grande loi qui sen inspire, notamment sur la spécialisation des tribunaux», rapporte Gabrielle Siry-Houari, en charge de la question au PS, relevant également le «référent unique dès le signalement» proposé par Anne Hidalgo. «Nos institutions reproduisent les violences de genre, il faut ­reconnaître leur dimension systémique», insiste aussi Mélanie Vogel, porte-parole de Yannick Jadot, qui pointe la formation de toute la chaîne police-justice comme une priorité. Lhébergement durgence et laccès au logement constituent aussi un levier sur lequel il est indispensable dagir, selon le PCF, qui plaide également pour «une prise en charge gratuite et immédiate en psychotraumatologie» des femmes comme des enfants.

3- Une santé dégenrée

Il est un autre domaine où la dénonciation des violences a percé le mur du silence: les soins gynécologiques et obstétricaux. «Infantilisation, non-respect du consentement, épisiotomies systématiques», liste Céline Piques. Les insoumis proposent une loi pour «interdire dexercice les médecins visés par des plaintes pendant la procédure». Mais, en matière de santé, les injustices ne sarrêtent pas là: «De la formation aux premiers secours aux chirurgiens, la médecine est faite pour le corps masculin.

Par exemple, les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes symptômes pour les crises cardiaques, or ce sont ceux des hommes qui sont enseignés, les femmes sont donc moins diagnostiquées», rappelle Hélène Bidard, dont le parti propose «un plan national pour former l’ensemble des professionnels». Sans compter les maladies spécifiquement féminines trop longtemps restées sur le carreau, comme lendométriose, que la candidate PS veut ajouter à la liste des affections longue durée.

4- Les salaires en première ligne

Avec la crise sanitaire, les inégalités au travail sont apparues plus criantes que jamais. En la matière, la gauche rivalise de propositions quand l’écart de salaires entre hommes et femmes était encore de 16,5 % en 2021. Fabien Roussel veut nommer un administrateur judiciaire dans les entreprises qui ne respecteraient toujours pas l’égalité salariale un an après son élection, quand Jean-Luc Mélenchon promet d’instituer des commissions de salariés pour effectuer les contrôles avec sanctions financières à la clé.

Anne Hidalgo entend «inverser la charge de la preuve pour que ce soit les grandes entreprises qui aient à démontrer labsence de discriminations». Mais, attention, précise Hélène Bidard, cette égalité salariale doit correspondre non pas strictement à un poste identique mais à une même qualification, des compétences équivalentes. «Les métiers à prédominance féminine sont majoritairement sous-valorisés et donc sous-payés, abonde Mélanie Vogel. Il faut donc qu’à travail de valeur égale avec le même type de qualification, de responsabilité… les hommes et les femmes soient payés pareil», insiste l’écologiste, qui défend une «éga-­conditionnalité» des aides publiques.

5- Une charge mentale partagée

Et puis, reste aussi cette satanée charge mentale si injustement répartie. «80 % des femmes font la cuisine ou le ménage au moins une heure chaque jour, contre 36 % des hommes», souligne lObservatoire des inégalités. Depuis, les confinements sont passés par là: «La flexibilité que certains estiment avoir gagnée avec le télétravail sest beaucoup faite sur le dos des femmes», note Hélène Bidard.

Il s’agit, plaident les candidats de gauche, d’agir dès les plus jeunes âges avec une éducation à l’égalité tout au long du parcours scolaire. Quant à l’allongement du congé paternité pour l’aligner sur le congé maternité, c’est une proposition qu’ils partagent, et qui permettrait de partir sur de bonnes bases à la naissance d’un enfant.

 

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