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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

20 avril 1871, ce qui manque à la Commune, c’est que nous ne sommes pas tous responsables – et autres nouvelles

20 Avril 2021, 07:14am

Publié par PCF Villepinte

Mardi 20 Avril 2021

IL Y A 150 ANS. 

Avant d’arriver à la belle phrase d’Auguste Vermorel qui fait le titre de cet article, quelques nouvelles dans le Journal officiel d’aujourd’hui.

D’abord, la déclaration « Au peuple français », dite « Programme de la Commune », à laquelle j’ai déjà consacré un article, je vous y renvoie. Vous pouvez la lire entièrement dans le journal, c’est aussi le texte de l’affiche utilisée en couverture (et que j’ai trouvée sur le beau site ficedl). Suit le résultat des élections dont j’ai parlé dans l’article d’hier.

Et quelques nouvelles que voici (en italique):

Les matériaux qui composent la colonne de la place Vendôme sont mis en vente [anticipée!].
Ils sont divisés en 4 lots:
2 lots, matériaux de construction.
2 lots, métaux.
Ils seront adjugés par lots séparés, par voie de soumissions cachetées adressées à la direction du génie, 84 rue Saint-Dominique-Saint-Germain.

*

On vient de découvrir, enfouies à la Monnaie, pour près de deux cent mille francs de pièces de vingt centimes.
On a commencé à en émettre avant-hier, ce qui explique comment on en voit foisonner dans toutes les poches aujourd’hui.
Ces pièces, entièrement neuves, sont à l’effigie de Napoléon III, et datées de 1866 et 1867.
Si l’effigie est mauvaise, la découverte ne l’est pas.

*

Plusieurs journaux ont parlé, il y a quelques jours, de traces sanglantes découvertes dans les souterrains de l’Hôtel de Ville.
L’expertise chimique a montré que ce sang était tout simplement du sang de porc et de veau; mais ce qu’il y a de particulièrement curieux, c’est que, d’après les constatations légales, ces traces ne remonteraient pas au-delà du mois de janvier. D’où il résulte qu’à l’époque où la canaille de Belleville mourait de faim, on tuait le veau gras pour ces messieurs du 4 septembre.

*

Voici en quels termes, sur la terre sacrée du prestige monarchique, le journal Reynold’s Weekly annonce à ses lecteurs une fausse couche de la princesse de Galles.

Icon Quote C’est avec une joie sincère que nous annonçons que l’enfant nouveau-né du prince et de la princesse de Galles est mort quelques heures après sa naissance [ce n’est pas exactement une fausse couche], et qu’ainsi la classe ouvrière n’aura pas à entretenir un mendiant de plus.

Je vous laisse lire les autres informations, puisque vous avez accès au journal. J’attire votre attention sur un article de la chronique « Variétés » (en termes d’aujourd’hui, la partie magazine du journal), intitulé « Paris indépendant dans l’histoire » et signé de Charles Limousin. Charles Limousin était un des plus anciens de l’Association internationale des travailleurs, voir ici la photographie de la conférence de Londres. Son nom figurait encore sur l’affiche du 23 mars (voir notre article à cette date). Il y a une suite de son article dans le Journal officiel du 2 mai, mais elle n’est plus signée.

Il nous reste à aller à l’Hôtel de Ville pour la séance de la Commune, qui commence à trois heures dix.

Là, les élus s’ « empaillent », passez-moi l’expression, sur les commissions et leurs pouvoirs… dix jours avant d’en venir avec la question: Comité de salut public ou pas? Différentes propositions sont faites, par Andrieu, par Grousset, par Cluseret. Et, comme l’écrit le compte rendu que l’on peut lire dans le Journal officiel daté du 22 avril,

Icon Quote Le citoyen Vermorel formule une troisième proposition ainsi conçue: « Il y aura un délégué à chaque grand service ».

Ce qui est un résumé d’une intervention dont je trouve qu’elle vaut la peine d’être citée en entier. La voici:

VERMOREL. — Un mot fâcheux a été prononcé, c’est celui de « dictature ». Depuis un mois, il faut bien le dire, nous sommeillons, nous n’avons pas eu d’organisation. Ne votons pas sous la pression de la terreur, mais disons-nous que, si cette attaque n’a pas lieu demain, elle pourra se produire dans deux, quatre, six ou huit jours, et qu’il faut être prêts. Il faut le dire; jusqu’ici, nous n’avons pas compris que le danger était à nos portes, en n’imposant pas aux délégués la responsabilité de leurs actes. Eh bien! oui, c’est là le sommeil plein de danger! On a répété, citoyens, à la chute de tous les pouvoirs, un mot bien banal, mais que nous pouvons dire: « nous dormons sur un volcan ». Eh! bien, réveillons-nous, il en est encore temps; et, le moyen de se réveiller, c’est de donner une responsabilité à des délégués, car ce qui manque à la Commune, c’est que nous ne sommes pas tous responsables; nous ne sentons pas la responsabilité collective, car, si nous la sentions, nous serions tous ici. Dans toutes les Commissions, il y a un ou deux membres qui travaillent, et, quand il y a des absences, on ne prend pas de délibération. Oui, il faut le dire, nous avons perdu notre force. Eh! bien il y a un moyen, c’est la responsabilité. Votons donc sur ce principe, qu’il est indispensable qu’il faut un délégué responsable à chaque grand service : nous ne nous annihilerons pas en organisant le contrôle.

Un peu plus tard, il précise:

VERMOREL. — J’ai le sentiment très profond de la nécessité d’un contrôle sérieux et efficace. Il faut bien poser la question: où est le danger? Il n’est pas ici, il est à Versailles. Nous avons eu peur du Comité central, nous avons eu peur de toucher à la Sûreté générale. Aujourd’hui, il n’y a plus crainte de conflit à l’intérieur. D’une part, il faut, je crois, pour donner satisfaction à des sentiments légitimes, il faut effectivement une Commission de contrôle général, de contrôle suprême, qui représente l’unité de la Commune, qui est tribunal suprême, comme vous l’avez dit. Il faut qu’il y ait une unité, une âme, qui nous représente. Si vous nommez un délégué à la hauteur de sa situation, il ne craindra pas de contrôle.

On élit neuf délégués aux neuf commissions:

Guerre: Cluseret;
Finances: Jourde;
Subsistances: Viard;
Relations extérieures: Grousset;
Travail et Échange: Frankel;
Justice: Protot;
Services publics: Andrieu;
Enseignement: Vaillant;
Sûreté générale: Rigault.

Livre utilisé

Bourgin (Georges) et Henriot (Gabriel), Procès verbaux de la Commune de Paris de 1871, édition critique, E. Leroux (1924) et A. Lahure (1945).

Cet article a été préparé en novembre 2020

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