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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

devoir de memoire

Vision Commune

31 Mai 2021, 07:46am

Publié par PCF Villepinte

Des milliers de personnes face au miroir du présent, venues honorer et célébrer, pour les cent cinquante ans, la trace unique de la Commune de Paris. 

Au pied du Mur, nous vîmes des visages, des poings dressés, des paroles, des chants, de la joie retrouvée en partage et ces petits riens et ces grands touts qui témoignent de l’écume du temps. Des milliers de personnes face au miroir du présent, venues honorer et célébrer, pour les cent cinquante ans, la trace unique de la Commune de Paris, cette mémoire vivante des communardes et des communards qui tient une place à part dans nos vies.

Pas de nostalgie. À peine le souffle frissonnant de la mélancolie. Mais d’abord et avant tout, en pleine conscience, quelque chose qui dépasse la simple rêverie d’un monde meilleur rehaussé par l’Histoire avec un grand H: la permanence des idées, l’irascible lutte pour le bien social, le combat révolutionnaire!

Il fallait y être, samedi, dans cette «montée» républicaine vers le Père-Lachaise, puis dans cette pause groupée au Mur des fédérés, silhouettes agglomérées et soudain dressées «à l’assaut du ciel». Figures riantes et émues, aux yeux bordés de reconnaissance d’un bonheur collectif si puissant qu’un élan politique – un vrai – semblait remonter des tréfonds du peuple et de ses pas en avant.

Comprenons bien. Ce n’était pas le seul surgissement du passé qui réchauffait les cœurs jusqu’aux larmes. Non, c’était l’action d’aujourd’hui conjuguée au futur. Quand nous lisons : « J’aimerai toujours le Temps des cerises », en tant que permanence et inspiration.

Quand Louise Michel est citée : « Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteurs et sans exploités. » Quand ces héros de justice nous parlent encore, nous obligent ici-et-maintenant, éclairés par le couteau bavard de leurs plaies.

L’héritage en ampleur s’impose à nous : ce besoin de création sociale plus que jamais. Ce devoir d’inventer un élan populaire qui relève l’ambition. Et savoir revisiter le creuset où naquirent des lois sociales, des institutions propres à décourager la lutte des places et les conflits d’intérêts, une démocratie dont les enseignements restent inépuisables.

Voilà l’honneur de la Commune, qui réside dans son actualité brûlante. Tout autant que l’Empire, elle est l’antithèse absolue de la France macronienne, en pleine dérive ultradroitière. Cette longue lignée du « peuple par le peuple » nous pousse dans le dos…

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 31 mai 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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22 mai 1871, place aux combattants aux bras nus?

24 Mai 2021, 06:42am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Samedi 22 Mai 2021

IL Y A 150 ANS. 

Malgré sa date 1er prairial (qui serait le 20 mai selon les dates des journaux de l’époque), l’affiche de couverture date du 21 mai, la proclamation paraît dans les journaux du 22 et sans doute est affichée sur les murs ce jour-là. Pour nous, elle vient de La Contemporaine.

Remarquez que cette proclamation du Comité de Salut public ne contient pas explicitement le fait que l’armée versaillaise est entrée dans Paris — mais elle l’est. Remarquez aussi, comme dit Lissagaray, qu’elle « flétrit » la discipline — alors même que l’absence de discipline était le gros point faible de la garde nationale.

Il n’est pas vrai que les membres de la Commune n’ont rien fait après avoir appris cette nouvelle. Par exemple, Adolphe Assi, élu du onzième, est allé à Passy et y a été arrêté. Albert Theisz, élu du douzième, est allé dans son arrondissement faire sonner le tocsin. Dans le septième, Sicard se bat…

Peut-être les élèves de la nouvelle école ouverte par la Commune rue Lhomond s’y rendent-ils ce matin, en tout cas cette annonce paraît dans le Journal officiel ce matin:

« Les jeunes gens inscrits déjà pour l’école professionnelle de la rue Lhomond sont invités à s’y présenter tous les jours, à partir de lundi 22 mai courant. Le même avis s’adresse aux jeunes gens non encore inscrits à l’école et qui voudraient s’y faire inscrire.

Les ouvriers qui voudraient être maîtres d’apprentissage dans l’école sont invités à adresser leurs demandes à la délégation du travail et de l’échange, section des Chambres syndicales.
la commission de l’organisation de l’enseignement,
ANDRÉ, DACOSTA, MANIER, RAMA, SANGLIER.

Eugène André, professeur de mathématiques signataire de cette annonce, n’a plus que trois jours à vivre. En attendant, le cinquième arrondissement est assez calme, comme le rapporte Gaston Darboux, lui aussi professeur de mathématiques, dans une lettre écrite quelques jours plus tard à un de ses collègues (la citation est en italique gras):

La semaine qui a vu l’entrée des troupes à Paris nous a donné de singulières émotions. Je m’attendais bien à avoir un vilain moment à passer, mais pas comme ça, oh non. Dimanche soir [le 21] je me promenais à huit heures place de la Concorde. Tout était tranquille. Je vis passer Dombrowski à cheval, fumant tranquillement un cigare et allant au pas. Je ne me serais jamais imaginé qu’en ce moment les versaillais canonnaient le palis de l’Industrie [sur les Champs-Élysées] de l’arc de Triomphe de l’Étoile. Le lundi matin en allant au lycée, j’appris la grande nouvelle.

Un artilleur fédéré que nous questionnâmes nous confirma l’entrée des troupes. Là-dessus je m’empresse de lever les bras au ciel, de m’écrier que c’est la fin du monde; toute le monde se prit à rire, moi le tout premier. Je m’attendais à voir tout fini le soir même, pas de barricades, pas de fédérés, rien. En revenant du lycée mon impression changea. Je tombai dans des groupes à pied et à cheval, m’en tirant comme je pouvais. Rue de Rennes, le canon avait commencé la partie. À chaque instant les fédérés nous criaient de fermer les fenêtres, d’ouvrir les persiennes. Je me montrais imprudent sans me gêner. Il y a des quartiers où on a fait des perquisitions où on en a enrôlé de force. 

Ce matin-là, il y a peut-être aussi une réunion à l’Hôtel de Ville. En tout cas Theisz y est passé et a vu Vermorel, mais dit qu’il n’y a pas de séance à proprement parler. Lissagaray raconte une séance qui ressemble à celle que Theisz place demain mardi.

À midi, les versaillais ont déjà envahi l’esplanade des Invalides.

Aux Batignolles, Malon et Jaclard dirigent la défense. Ils essaient en vain de trouver des renforts à Montmartre.

La ville se couvre de barricades

L’après-midi, pour la première fois, l’Académie des sciences n’a pas pu tenir sa séance. On lit dans le compte rendu de la séance du 29 mai:

« Les abords du palais de l’Institut ayant été rendus inaccessibles le lundi 22 mai par les barricades qui l’environnaient, l’Académie n’a pu tenir sa séance hebdomadaire.

Dans les quartiers les plus à l’ouest, on s’occupe déjà des corps des fédérés.

Au cimetière d’Auteuil, on inhume ce lundi 22 mai 40 cadavres de fédérés trouvés dans le quartier d’Auteuil.

Au cimetière de Passy (au Trocadéro) on enterre cinq inconnus fédérés, dont on prend la peine de noter (d’après leurs uniformes) que ce sont un artilleur, un adjudant, deux gardes nationaux et un « turco de la République » — sans doute un garde du bataillon de Victorine, défenseur de la République ou turco de la Commune, mais aussi un restaurateur de la rue de la Roquette (?), un autre garde national et quatre soldats déserteurs envoyés par la Justice militaire — il y avait des soldats de l’armée qui s’étaient rangés du côté de la Commune, mais ainsi nous apprenons qu’une justice militaire les avait déjà jugés, condamnés et passés par les armes.

La nuit, le ministère des finances, rue de Rivoli, qui a reçu des obus versaillais et dont les combles sont emplis de papier, brûle. Je finis pour aujourd’hui par un beau passage de Lissagaray.

Le Paris de la révolte est debout. Des bataillons descendent sur l’Hôtel de Ville, musique et drapeau rouge en tête, deux cents hommes par bataillon, résolus. D’autres se forment sur les grandes voies; les officiers parcourent les fronts, distribuent des cartouches; les petites cantinières trottent, fières de courir les mêmes dangers. La première impression avait été terrible; on avait cru les troupes au cœur de Paris.

La lenteur de leur marche refît l’espoir; tous les combattants de race accoururent. On voit le fusil sur l’épaule beaucoup de ceux qui ont dit les fautes et n’ont pas été écoutés [il est de ceux-là]. Mais il s’agit bien à cette heure de récriminations vaines. Pour la sottise des chefs, les soldats doivent-ils déserter le drapeau? Le Paris de 71 lève contre Versailles la Révolution sociale tout entière. Il faut être ou n’être pas pour lui, malgré les fautes commises; ceux-là même qui n’ont pas d’illusion sur l’issue de la lutte veulent servir leur cause immortelle par le mépris de la mort.

Livre et articles utilisés

Lissagaray (Prosper-Olivier), Histoire de la Commune de 1871, (édition de 1896), La Découverte (1990).

Gispert (Hélène), La correspondance de G. Darboux avec J. Houël. Chronique d’un rédacteur, Cahiers du Séminaire d’Histoire des Mathématiques, volume 8 (1987).

Audin (Michèle), La semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes, Libertalia (2021).

 

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Inventaire(s)

23 Mai 2021, 08:11am

Publié par PCF Villepinte

Un certain 10 mai 1981…

Programme. Quarante ans après, la gauche version «tragique», plus soucieuse en général d’expliquer que d’émouvoir, tente encore d’accorder plus d’importance à la cause qu’à la trace, à la structure qu’à l’événement en lui-même.

Et pourtant.

Dans le souvenir à la fois ému et terrifiant d’un certain 10 mai 1981 et l’élection de François Mitterrand, nous regardons droit dans les yeux cette date lige jusqu’à l’overdose, puisqu’elle signifia pour des générations entières la concrétisation d’un espoir véritable, celui qui hante encore toutes les mémoires du peuple: que la gauche, la vraie gauche, change la société, nos existences et tout le reste en tant quexemple de transformation globale et de promesses d’à-venir…

Nous connaissons la suite. Et l’histoire en sa trahison. Bien sûr, le droit d’inventaire est passé par là, depuis beau temps. Et nous ne racontons plus les circonstances d’une lente et fascinante accession personnelle vers le pouvoir suprême, celle de l’homme Mitterrand, sans nous départir de narrer que, derrière lui et malgré lui, un fil d’Ariane le poussait en avant: cette inexpugnable aspiration à «changer la vie» qui, dans ce vieux pays, nous vient du fond des âges. Ainsi, cette année encore, cette commémoration datée qui célèbre l’accession d’un président au pouvoir ne nous fera pas occulter qu’elle honore d’abord et avant tout, quoique enfouie dans nos inconscients, la victoire d’une gauche unie par la trace-sans-trace d’un programme commun.

Rigueur.

Comment oublier? Oui, comment oublier ce ­Mitterrand des premières années, les ministres communistes et les conquêtes politiques et sociales? Et comment oublier cette désillusion du «tournant de la rigueur», quand le ­monarque-élu révélait sa vraie nature et se glissait dans les plis dinstitutions quil disait vomir?

Comment oublier sa personnalisation du pouvoir, sa fin de règne, sa responsabilité quant à l’évaporation du rêve socialiste (au sens de l’idéal), sa maladie érigée en calvaire commun, lui, le dernier Florentin en politique de digne tenue sous les lambris dorés, ultime suzerain républicain d’avant la mondialisation?

Comment oublier, surtout, que Mitterrand renonça au discours d’Épinay (1971), qu’il abandonna les classes populaires, installa «l’ère» des «gagneurs» et laissa, sans ciller, s’installer l’oligarchie financière caviardée, accompagnant les années Reagan et Thatcher sans l’idée même d’une contre-­société en application?

Renoncements.

 «Le vrai savoir est sédentaire», disait l’élu du 10 mai, qui, dans sa jeunesse, ne détestait pas lire Barrès et Maurras, avant de vénérer, au crépuscule de son existence, ­Nerval ou Stendhal. La revanche est souvent le moteur de l’histoire. Comment ce grand initié des Arts et des Lettres, qui méprisait l’argent pour son «capital de destruction de la beauté de la vie», a-t-il pu choisir le coup de frein brutal au changement sous les traits du «tournant de la rigueur»?

Ce qui fut présenté comme une «pause», en 1983-1984, enterrait en vérité la volonté de rupture avec le capitalisme, refermant le couvercle sur quelques valeurs fondamentales. Quatre décennies plus tard, cette «parenthèse libérale» ne s’est pas refermée (sauf, visiblement, aux États-Unis). Le Mitterrand d’Épinay affirmait ceci: «Réforme ou révolution?» Et il ajoutait: «Celui qui n’accepte pas la rupture –la méthode, cela passe ensuite, celui qui ne consent pas à la rupture avec lordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste.» 

Nous lisons encore ces mots avec émotion, c’est dire si nous nous raccrochons à ce que nous pouvons. Car le chavirement idéologique, synonyme de tous les renoncements, n’était pas qu’une entorse à l’idéal des Mai (68 et 81), mais bien la négation de notre histoire née de la Révolution, du Front populaire et du CNR. Pour le dire autrement, un crime mortel vis-à-vis du peuple de gauche. Le bloc-noteur le sait: un droit dinventaire mérite toujours un devoir d’invention. 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 7 mai 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Le sport, c'est bon pour les retraité-e-s

22 Mai 2021, 09:03am

Publié par PCF Villepinte

Notre camarade Robert Marchand recordman du monde de l'heure, il y a 4 ans, à 105 ans, est parti au-delà des cimes de l'Ardéchoise. Bravo Robert

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Journée nationale de la Résistance - 27 mai

21 Mai 2021, 14:21pm

Publié par PCF Villepinte

Journée nationale de la Résistance - 27 mai

Journée nationale de la Résistance : le 27/05/2021

Le 19 juillet 2013, l'Assemblée nationale a adopté, à l'unanimité, une proposition de loi émanant du Sénat instaurant le 27 mai comme Journée nationale de la Résistance. Cette journée, dont la date a été choisie en référence à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) le 27 mai 1943, fournit l'occasion d'une réflexion sur les valeurs de la Résistance et celles portées par le programme du CNR.

La première Journée nationale de la Résistance se tient le 27 mai 2014. Cet évènement revêt une importance d'autant plus symbolique qu'il s'inscrit dans le cadre du 70e anniversaire des combats de la Résistance, des débarquements, de la libération de la France et de la victoire sur la barbarie nazie

Photo d'illustration : Déplacement de François Hollande au Lycée Buffon le 27 mai 2013 - Présidence de la République

Le 27 mai 2013, à l'occasion des 70 ans de la création du Conseil national de la Résistance, le président de la République a échangé avec des élèves du lycée Buffon, à Paris, haut lieu de la Résistance (cinq de ses élèves de cet établissement ont été fusillés par les nazis le 8 février 1943), en présence de plusieurs anciens résistants.

Des résistances à la Résistance

Photo d'illustration : Affiche ayant suivi l'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle (Source : Fondation charles de Gaulle)

Les mouvements de résistance à l'occupation nazie en France firent leur apparition de manière progressive et dispersée dès l'été 1940. A la suite de l'appel lancé, le 18 juin, par le Général de Gaulle sur les ondes de la BBC, des civils et militaires ont rejoint l'Angleterre, formant, autour de ce dernier, la "France libre". Plusieurs territoires coloniaux d'Afrique, d'Asie et d'Océanie se rallièrent à leur tour dans les mois qui suivirent.

Sur le territoire français métropolitain, partiellement puis entièrement occupé par l'armée allemande (octobre 1942), les mouvements de résistance, qui voyaient leurs effectifs croitre avec le temps (dureté de l'occupation allemande, rejet de la politique de Vichy, rupture du pacte germano-soviétique, refus du Service du travail obligatoire...), demeuraient très isolés et leur action souffrait cruellement d'un manque de coordination.

De son côté, la France libre avait besoin d'une reconnaissance officielle des mouvements de résistance afin d'asseoir sa légitimité vis à vis des Alliés.

Dans ce contexte, Jean Moulin, préfet de la IIIe République révoqué par le Régime de Vichy, reçut du Général de Gaulle, au début de l'année 1942, la mission de rallier et d'unir les principaux mouvements de résistance afin de créer une véritable armée secrète œuvrant sur le territoire occupé par l'ennemi, sous une même autorité. 

La création du Conseil national de la Résistance (CNR)

Photo d'illustration : Jean Moulin en 1939 (Source : Musée Jean Moulin - Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris)

La première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) s'est déroulée le 27 mai 1943 dans l'appartement mis à disposition par René Corbin, un proche de Jean Moulin, au premier étage du n°48 de la rue du Four, au cœur de Paris occupé.

A cette occasion, furent réunis, pour la première fois dans un même lieu, autour de Jean Moulin, représentant le général de Gaulle, les représentants des huit principaux mouvements de résistance français ("Ceux de la Libération", "Ceux de la Résistance", "Combat", "Libération-Nord", "Libération-Sud", "l'Organisation civile et militaire", "Franc-Tireur" et "le Front national de la Résistance") ainsi que des principaux partis politiques ("l'Alliance démocratique", "la Fédération républicaine", "le Parti communiste", "le Parti radical", "le Parti démocrate populaire", et "la Section française de l'internationale ouvrière") et syndicats ("la Confédération française des travailleurs chrétiens", "la Confédération générale du travail") existant avant la guerre.

Ensemble, ils allaient œuvrer à coordonner l'action de la Résistance et même, dans la perspective de la libération du territoire national, à préparer la refondation de la République.

L'évolution du CNR

Photo d'illustration : Le Conseil national de la résistance en septembre 1944 à Paris (Source : MRN)

Moins d'un mois plus tard, Jean Moulin fut arrêté par la Gestapo à Caluire-et-Cuire, près de Lyon. Torturé, il mourut de ses blessures, quelques jours après, sur le chemin de l'Allemagne, sans avoir parlé (voir l'hommage solennel rendu à Jean Moulin, par André Malraux, lors de la cérémonie du transfert de ses cendres au Panthéon sur le site de l'INA).

Jean Moulin fut remplacé, en tant que président du CNR, par Georges Bidault (auquel succéda Louis Saillant en septembre 1944), Émile Bollaert (puis, après son arrestation par les Allemands en février 1944, Alexandre Parodi) assurant de son coté les fonctions de représentant du général de Gaulle au sein de ce conseil.

Le 15 mars 1944, après plusieurs mois de négociations, a été adopté, à l'unanimité, le programme du CNR. Il appelle à l'intensification de la lutte contre l'occupant et ses collaborateurs français, organisant l'insurrection armée, mais il jette également les bases d'une République nouvelle, profondément démocratisée, s'appuyant sur "un ordre social plus juste".

L'héritage du CNR après la guerre

Photo d'illustration : Couverture d'une des éditions du programme du Conseil de la Résistance (Source : Musée de la Résistance Nationale)

À la Libération, le programme visionnaire élaboré par le CNR conduisit à la mise en œuvre de réformes économiques, sociales et politiques donnant la priorité à l'accès à l'éducation pour tous et posant les bases d'un modèle social qui est aujourd'hui le nôtre (ex : création de la Sécurité sociale par l'ordonnance du 4 octobre 1945).

Il inspira également la rédaction du préambule de la Constitution de la IVe République, qui fait partie des textes fondamentaux de notre droit actuel ("bloc de constitutionnalité").

La Journée nationale de la Résistance, à laquelle les collèges et les lycées sont invités à s'associer, fournit l'occasion d'une réflexion sur les valeurs de la Résistance et celles portées par le programme du CNR, tel le courage, la défense de la République, le souci constant de la justice, de la solidarité, de la tolérance et du respect d'autrui.

Cet évènement revêt une importance d'autant plus symbolique qu'il s'inscrit dans le cadre du 70e anniversaire des combats de la Résistance, des débarquements, de la libération de la France et de la victoire sur la barbarie nazie.

 

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IL Y A 150 ANS.1er mai 1871

2 Mai 2021, 07:20am

Publié par PCF Villepinte

Edouard Detaille, Ambulances de Passy, le 1er mai 1871. Musée Carnavalet, Histoire de Paris

1er mai 1871, Rossel est nommé délégué à la Guerre, 72 morts à Issy dans le bataillon de Victorine

 Le 1er mai, à l’Hôtel de Ville, on s’empaille encore. Encore une fois à propos de la publicité des débats. D’autant plus qu’un des membres, Pierre Vésinier, a rédigé et publié dans son journal, Paris libre, un compte rendu d’une réunion « en comité secret », celle du 28 avril. Je me contente (par favoritisme) de citer l’intervention d’Albert Theisz — qui est favorable, depuis le début, à la publicité des débats:

Icon QuoteJe crois qu’il y a là une question de tact et de convenance, et que les journalistes qui font partie de la Commune devraient oublier qu’ils le sont. Quand ils discutent les séances de la Commune, ils devraient discuter quand la séance a paru dans l’Officiel: c’est leur affaire comme citoyens. Mais profiter de ce qu’on est membre de la Commune pour discuter ses affaires, avant la publication des séances, c’est manquer de tact. Je blâmerai tout citoyen qui profitera de son titre de journaliste pour blâmer telle ou telle décision avant sa publication dans le Journal Officiel.

Vous pouvez lire le reste de ce qui s’est dit ce jour-là en ce lieu, l’élection du Comité de Salut public, notamment, dans le procès verbal, qui est en ligne, ici.

Pour ma part, je vous livre plutôt les actes décidés dans la réunion en comité secret d’hier (sur cette séance, voir l’article d’hier). Voici l’essentiel, qui paraît dans le Journal officiel d’aujourd’hui 1er mai, dans un ordre légèrement baroque:

Icon QuoteLa commission exécutive

Arrête:
Le citoyen Rossel est chargé, à titre provisoire, des fonctions de délégué à la guerre.
Paris, le 30 avril 1871.

La commission exécutive
Jules Andrieu, Paschal Grousset
Ed. Vaillant, F. Cournet, Jourde

*

Icon QuoteLe citoyen Cluseret est révoqué de ses fonctions de délégué à la guerre. Son arrestation, ordonnée par la commission exécutive, est approuvée par la Commune.

*

Icon QuoteIl a été pourvu au remplacement provisoire du citoyen Cluseret: la Commune prend toutes les mesures de sûreté nécessaires.

*

Icon QuoteAux citoyens membres de la Commission exécutive

Citoyens,

J’ai l’honneur de vous accuser réception de l’ordre par lequel vous me chargez, à titre provisoire, des fonctions de délégué à la guerre.
J’accepte ces difficiles fonctions, mais j’ai besoin de votre concours le plus entier, le plus absolu, pour ne pas succomber sous le poids des circonstances
Salut et fraternité.
Paris, le 30 avril 1871.

Le colonel du génie,
ROSSEL.

L’explication, quant à Cluseret, n’apparaîtra que dans le Journal officiel de demain 2 mai. La voici:

Icon QuoteL’incurie et la négligence du délégué à la guerre ayant failli compromettre notre possession du fort d’Issy, la commission exécutive a cru de son devoir de proposer l’arrestation du citoyen Cluseret à la Commune, qui l’a décrétée.

La Commune a pris d’ailleurs toutes les mesures nécessaires pour retenir en son pouvoir le fort d’Issy.

*

Le fort d’Issy… mais justement, Victorine Brocher y est, avec son bataillon. Elle raconte (en italique):

Il était […] minuit [le 30 avril au soir]. Nous frappâmes à la porte de l’asile, on nous ouvrit avec assez de difficulté; enfin nous entrâmes, dans une grande salle il y avait des lits sur lesquels nos blessés gisaient; plusieurs avaient déjà succombé, d’autres avaient des mouvements étranges, un autre avait reçu une balle entre les deux yeux, il n’avait pas repris connaissance, tout son corps était inerte, il avait la tête tout enveloppée de ouate, ses yeux seuls semblaient vivre, ils faisaient un mouvement continuel, c’était pénible à voir; ils étaient tous horriblement blessés; ceux qui avaient leur connaissance paraissaient heureux de nous voir, mais ils savaient qu’ils étaient perdus; malgré cela ils n’étaient pas tristes, ils acceptaient stoïquement la fin de leur existence, ils considéraient que c’était un sacrifice naturel, offert à la liberté. Nous étions vraiment plus tristes qu’eux. Lorsque nous les quittâmes, ils nous serrèrent la main bien affectueusement, je leur dis au revoir.

Icon Quote Non, pas au revoir, c’est adieu qu’il faut dire, il y a encore loin d’ici au lever du soleil. Alors nous aurons cessé de vivre, nous mourons avec confiance dans l’avenir, nous mourons heureux ! Rappelez-vous, petite sœur, que les balles mâchées ne pardonnent pas.
— Dans la matinée nous reviendrons, leur dis-je, puis nous les quittâmes.

[…]
Nous retournâmes au petit séminaire. Dans le village, tout était calme. Nous pûmes constater tous les dégâts produits par les obus versaillais, le séminaire n’avait point été épargné.

Nous passâmes le reste de la nuit à mettre de l’ordre dans nos affaires; nous allions aux nouvelles, nous apprîmes que la défense avait faibli, cependant le fort tenait bon.

Dès l’aurore nous reçûmes l’ordre d’établir un campement dans la grand-rue d’Issy pour protéger la retraite, le cas échéant, et préserver l’entrée de Paris.

Le général La Cécilia venait d’arriver, le colonel Lisbonne avec ses lascars prit notre place au séminaire.

Dans la matinée du 1er mai, nous sommes allés avec le capitaine Letoux et le sergent Louvel à l’ambulance pour voir nos camarades. En arrivant, on nous apprit que pas un seul n’avait survécu, ils étaient tous morts dans la nuit. Nous allâmes dans la salle, tous ces pauvres amis semblaient dormir. Quelle sinistre vision! Vivrais-je cent ans que je ne pourrais oublier cette effroyable hécatombe.

Nous avons eu 72 hommes hors de combat, ils étaient tous morts.

*

Le dessin d’Édouard Detaille représente l’ambulance de Passy, le 1er mai, et, lui aussi, la guerre meurtrière de Versailles contre Paris. Il est au musée Carnavalet.

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IL Y A 150 ANS. 26 avril 1871, et ces paroles seront entendues…

26 Avril 2021, 09:52am

Publié par PCF Villepinte

La Commune à Marseille/ Le Monde illustré 8 juillet 1871/ gallica.bnf.fr

Lundi 26 Avril 2021

Nous voici le 26 avril, et, malgré l’image de couverture, toujours à Paris, place de l’Hôtel-de-Ville.

Je suis franc-maçon. Cet après-midi, j’ai rejoint mes frères au théâtre du Châtelet. Un d’eux, le frère Thirifocq, a proposé d’aller planter nos bannières sur les remparts, ce qui a été accepté par mille applaudissements enthousiastes. Il y avait bien quelques opposants, mais ils étaient peu nombreux et nous avons décidé d’aller, bannières en tête, à l’Hôtel de Ville. Et nous l’avons fait. Nous étions environ deux mille.

La Commune a interrompu sa séance pour recevoir nos délégués dans la cour d’honneur. Quand ils sont revenus, la bannière était cravatée d’une écharpe rouge brodée d’or. C’était celle du citoyen Jules Vallès, membre de la Commune. Je crois que c’est un frère lui aussi. On dit qu’il a été reçu dans une loge du rite écossais. Lui et quelques-uns de ses collègues nous ont accompagnés jusqu’à notre temple de la rue Cadet. Nous nous retrouverons samedi au Carrousel, et cette fois nous irons au rempart. Vive la Commune! [ma]

Je ne me sens pas très compétente pour parler des francs-maçons. Heureusement, en sortant de la cour d’honneur, sur la place, voici mon amie Léodile!

Vous voyez tous ces petits ballons que l’on va lâcher depuis la place de l’Hôtel de Ville? Ce sont des distributeurs de tracts. Un ruban qui se consume peu à peu libère des paquets de feuilles qui tombent et sont ainsi distribuées dans les provinces. Il s’agit d’informer les travailleurs des campagnes de ce qui nous faisons vraiment à Paris. Ils ne savent pas. C’est le blocus versaillais. Nous sommes enfermés dans Paris, ils sont enfermés au dehors.

On leur ment. On les trompe. « Frère, on te trompe », voilà comment commence mon texte. Il est déjà paru dans les journaux ici à Paris, mais Thiers empêche nos journaux de quitter la ville. Je suis du Poitou. Je voudrais que mes compatriotes sachent. Je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Léodile Champseix, mais je signe mes livres André Léo, oui, je suis écrivain. Regardez, les voilà qui s’élèvent. Ils emportent un vrai message socialiste: L’outil à l’ouvrier, la terre au paysan! [ma]

Tiens, puisqu’elle est là, voici la suite qu’elle annonçait dans notre article d’hier. C’est paru dans La Commune du 10 avril, à la suite de son beau message socialiste (la citation est en italique).

Icon Quote Si Paris tombe, le joug de misère restera sur votre cou et passera sur celui de vos enfants. Aidez-le donc à triompher, et, quoi qu’il arrive, rappelez-vous bien ces paroles ; car il y aura des révolutions dans le monde jusqu’à ce qu’elles soient accomplies : la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous.

[c’étaient les dernières phrases du tract…]

Et ces paroles seront entendues. La terre est la passion du paysan, le prix sans pareil auquel tendent tous ses efforts, tous ses rêves. Une telle proclamation répandue dans les campagnes, y produirait un effet puissant.

Elle soulèverait le Cher, l’Allier, la Nièvre, la Haute-Vienne, le Lyonnais, une grande partie du Midi. Elle rendrait l’élan aux villes révolutionnaires. Elle serait enfin le signal de la révolution sociale, qu’il eût mieux valu retarder jusqu’après le départ de l’étranger; mais dont les fureurs de la réaction monarchique sonnent l’heure instamment.

Les moyens de cette propagande? Ils sont aussi nombreux que les démocrates à Paris. Qui donc parmi nous est de naissance parisienne, ou n’a pas de parents et d’amis en province? Qui donc parmi ceux qui s’exposent au feu des monarchistes ne s’exposera pas à leurs prisons? Il n’est pas besoin d’en dire davantage. C’est l’affaire d’un Comité.

Considérez que ce qui a profondément attaché le paysan à la première révolution, c’est l’abolition des redevances et corvées, ou la vente des biens nationaux.

Privé d’instruction, son intelligence des conquêtes révolutionnaires s’est arrêtée là. Tout ce qui est d’intérêt moral ou intellectuel lui échappe ou le touche peu. Parlez-lui politique, essayez de le convaincre, énumérez les réformes nécessaires, vous le laisserez à peine ébranlé, défiant encore, bientôt oublieux. — Parlez-lui de diminution d’impôt, d’institutions de crédit, d’affranchissement des droits excessifs qu’il paie au capital, son regard s’anime et il vous dira cordialement: si c’est ça, j’en suis. — Ce dont on le croit si éloigné est précisément la seule chose qu’il puisse comprendre.

La politique le laisse froid; le socialisme le prend. C’est par les mêmes moyens que la Révolution de 89; c’est en affranchissant la terre du droit seigneurial actuel qu’on attachera le paysan à la Révolution nouvelle, complément de la première.

Et maintenant en hâte! L’artillerie de Paris, c’est l’idée sociale. Qu’il se renferme dans ses remparts et qu’il lance l’appel au pauvre. Il n’a pas le choix. Il faut que Paris triomphe avec la démocratie, ou que la démocratie tombe pour longtemps avec lui. À la vie ou à la mort! L’autre siège n’était rien en comparaison de la lutte actuelle.

Alors on n’avait contre soi que le gouvernement du 4 septembre et les Prussiens. Aujourd’hui, en outre de ces deux complices, on a contre soi la réaction monarchique ouverte, enseignes déployées, et la province. À bas les mensonges! Que les nôtres du moins soient avec nous! À nous la France populaire contre la France monarchique, et que toutes les forces de l’avenir entrent en bataille contre toutes les forces du passé!

Seulement, à si grande épreuve, il faut des hommes! Des hommes, non des plagiaires ou des écoliers. Nous ne sommes plus en 93. Aveugles, fous, ou traîtres, ceux qui prétendent marcher servilement dans les mêmes sentiers et recommencer les mêmes actes. Ceux-là ne sauront imiter de la grande Révolution que ses fautes. Ce qu’il faut prendre au génie révolutionnaire, c’est ce qui fit sa grandeur, et non pas ce qui fit sa chute: c’est ce qui manque trop encore à ceux qui nous guident: l’audace dans la foi.

André Léo.

Le mouvement communaliste en dehors de Paris, il serait réducteur de le limiter à des mouvements insurrectionnels dans quelques grandes villes. Il semble qu’André Léo en était bien consciente.

C’est un bon endroit pour regretter encore une fois le parisianisme de cet ensemble d’articles. Ma seule excuse est que, précisément, je n’étais pas (et ne pouvais pas aller) à Paris quand je les ai écrits.

Une (classique) image de Marseille, en couverture, pour me faire pardonner.

La gravure représente, bien sûr, Notre-Dame de la Garde, et, moins évidemment, une batterie de marins luttant contre les insurgés qui, eux, étaient à la Préfecture, est parue dans Le Monde illustré daté du 8 juillet 1871 (même si le mouvement insurrectionnel a eu lieu du 23 mars au 4 avril), juste au-dessus d’une autre image représentant un autre lieu emblématique de Marseille, le Château d’If (où, en juillet, les insurgés étaient bien emprisonnés). D’eux je reparlerai en juin.

Cet article a été préparé en décembre 2020.

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IL Y A 150 ANS. 

25 Avril 2021, 06:55am

Publié par PCF Villepinte

24 avril 1871, Elisabeth Dmitrieff écrit à Hermann Jung

L'Humanité Samedi 24 Avril 2021

Elisabeth Dmitrieff est arrivée à Paris sans doute le 27 ou le 28 mars. À temps pour participer à la fête du 28 mars. Elle est envoyée par le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs. Le 11 avril, l’Union des femmes était, au moins, fondée. Nous en avons parlé (dans cet article ancien, et dans celui du 12 avril), nous en reparlerons (voir notre article du 5 mai). Aujourd’hui, 24 avril, Elisabeth Dmitrieff écrit au Conseil général, en la personne de Hermann Jung. Pas besoin d’en dire plus. Elle explique très bien ce qu’elle fait. Voici sa lettre. 

Le 24 avril 1871
Cher Monsieur,

Il est impossible d’écrire par la poste, les communications sont interrompues, tout tombe entre les mains des versaillais. Serraillier, qui vient d’être nommé à la Commune et qui va bien, a fait parvenir sept lettres à Saint-Denis [en zone d’occupation prussienne, de là elles pouvaient partir pour Londres] et pourtant il paraît qu’elles n’ont pas été reçues à Londres.

Je vous avais envoyé un télégramme de Calais et une lettre de Paris, mais depuis, malgré toutes nos recherches et informations, je n’ai pu découvrir quelqu’un qui se rende à Londres. Comment se peut-il que vous restiez là à ne rien faire, quand Paris va périr à cause de cela? Il faut agiter à tout prix la province, qu’elle vienne à notre secours.

La population parisienne se bat héroïquement (en partie), mais on ne comptait jamais être abandonné comme cela. Pourtant, jusqu’à présent, nous gardons toutes nos positions, Dombrowski se bat bien et Paris est réellement révolutionnaire. Les vivres ne manquent pas. Vous savez, je suis pessimiste et ne vois rien en beau, je m’attends donc à mourir un de ces jours sur une barricade. On s’attend à une attaque générale. Je crois, moi, que tout dépend de la chance.

Je suis très malade, j’ai une bronchite et la fièvre. Je travaille beaucoup, nous soulevons toutes les femmes de Paris. Je fais des réunions publiques, nous avons institué dans tous les arrondissements des comités de défense dans les mairies mêmes, et en outre un comité central, le tout pour organiser l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.

Nous nous mettons en rapport avec le gouvernement, je crois que l’affaire marchera, mais que de temps perdu et quelle peine cela m’a donnée! Il faut que je parle tous les soirs, que j’écrive beaucoup, et ma maladie s’empire. Si la Commune triomphe, notre organisation, de politique deviendra sociale, nous formerons des sections internationales.

L’idée prend très bien, en général la propagande internationale que je fais pour démontrer comme quoi tous les pays ainsi que l’Allemagne sont tous à la veille de la révolution sociale — cette propagande est fort goûtée des femmes, nous avons jusqu’à trois-quatre mille femmes à ces réunions. Le malheur, c’est que je suis malade et qu’il n’y a personne pour me remplacer.

La Commune marche bien — seulement au commencement on a fait beaucoup de fautes. Cluseret a été nommé il y a quinze ou vingt jours malgré toute notre propagande, mais M[alon] déjà s’arrache les cheveux de ne pas m’avoir écoutée, one of these days, Cl[useret] will be arrested. [Un de ces jours, Cluseret sera arrêté.]

On n’a pas fait à temps le manifeste aux paysans, je crois que ça n’a pas été fait du tout [là, elle a tort, voir notre article de demain] — et cela encore malgré tout ce que S[erraillier] et moi avons pu dire. Le comité central n’avait pas rendu tout de suite ses pouvoirs, il y a eu des histoires qui ont affaibli les partis. Mais depuis, tout s’organise plus fermement — je crois que l’on fait ce que l’on peut.

Je ne puis le dire trop, de crainte que les beaux yeux de M. Thiers ne viennent inspecter ces lignes, car c’est encore une question si le porteur de ces lignes, un rédacteur suisse de Bâle qui m’a apporté des nouvelles d’Out[ine] parviendra sain et sauf à Londres. Je suis sans argent. Si vous avez reçu le mien, tâchez de me l’envoyer avec quelqu’un, mais non par la poste, cela n’arriverait pas.

 Comment allez-vous, je pense à vous tous quand j’en ai le temps, ce qui arrive rarement, du reste. Je vous serre la main, à vous, à votre famille, et aux M[arx]. Que fait Jenny [Jenny est la fille aînée des Marx.]? Si la position de Paris n’était aussi critique qu’elle l’est, j’aurais bien aimé que Jenny soit ici — il y a tant à faire.
Lise
P. S. Je vois peu Malon et Serr[aillier]. Tous, chacun de son côté, nous sommes très occupés.

La phrase « en anglais dans le texte » évite de se demander dans quelle langue Dmitrieff écrit: c’est bien en français, qu’elle a appris dans la bonne société russe où elle a été élevée et que Hermann Jung, horloger suisse vivant en Angleterre, parle parfaitement. La signature « Lise » le confirme. J’avais utilisé des versions coupées de cette lettre, dont l’une dans le livre de Sylvie Braibant. Mais elle est parue en entier (avec même une photographie d’une page de l’original) dans La Commune des écrivains, et je l’ai complétée là.

La plaque n’était pas beaucoup plus véridique que celle que j’avais photographiée au temps où je publiais ce vieil article lorsque j’ai fait cette photographie, le 17 décembre 2020, mais la photo m’a semblé plus réussie…

Livres utilisés

Braibant (Sylvie), Elisabeth Dmitrieff aristocrate et pétroleuse, Belfond (1993).

La Commune des écrivains — Paris, 1871: vivre et écrire l’insurrection, anthologie établie par Alice de Charentenay et Jordi Brahamcha-Marin, Folio classique (2021)

Cet article a été préparé en décembre 2020

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20 avril 1871, ce qui manque à la Commune, c’est que nous ne sommes pas tous responsables – et autres nouvelles

20 Avril 2021, 07:14am

Publié par PCF Villepinte

Mardi 20 Avril 2021

IL Y A 150 ANS. 

Avant d’arriver à la belle phrase d’Auguste Vermorel qui fait le titre de cet article, quelques nouvelles dans le Journal officiel d’aujourd’hui.

D’abord, la déclaration « Au peuple français », dite « Programme de la Commune », à laquelle j’ai déjà consacré un article, je vous y renvoie. Vous pouvez la lire entièrement dans le journal, c’est aussi le texte de l’affiche utilisée en couverture (et que j’ai trouvée sur le beau site ficedl). Suit le résultat des élections dont j’ai parlé dans l’article d’hier.

Et quelques nouvelles que voici (en italique):

Les matériaux qui composent la colonne de la place Vendôme sont mis en vente [anticipée!].
Ils sont divisés en 4 lots:
2 lots, matériaux de construction.
2 lots, métaux.
Ils seront adjugés par lots séparés, par voie de soumissions cachetées adressées à la direction du génie, 84 rue Saint-Dominique-Saint-Germain.

*

On vient de découvrir, enfouies à la Monnaie, pour près de deux cent mille francs de pièces de vingt centimes.
On a commencé à en émettre avant-hier, ce qui explique comment on en voit foisonner dans toutes les poches aujourd’hui.
Ces pièces, entièrement neuves, sont à l’effigie de Napoléon III, et datées de 1866 et 1867.
Si l’effigie est mauvaise, la découverte ne l’est pas.

*

Plusieurs journaux ont parlé, il y a quelques jours, de traces sanglantes découvertes dans les souterrains de l’Hôtel de Ville.
L’expertise chimique a montré que ce sang était tout simplement du sang de porc et de veau; mais ce qu’il y a de particulièrement curieux, c’est que, d’après les constatations légales, ces traces ne remonteraient pas au-delà du mois de janvier. D’où il résulte qu’à l’époque où la canaille de Belleville mourait de faim, on tuait le veau gras pour ces messieurs du 4 septembre.

*

Voici en quels termes, sur la terre sacrée du prestige monarchique, le journal Reynold’s Weekly annonce à ses lecteurs une fausse couche de la princesse de Galles.

Icon Quote C’est avec une joie sincère que nous annonçons que l’enfant nouveau-né du prince et de la princesse de Galles est mort quelques heures après sa naissance [ce n’est pas exactement une fausse couche], et qu’ainsi la classe ouvrière n’aura pas à entretenir un mendiant de plus.

Je vous laisse lire les autres informations, puisque vous avez accès au journal. J’attire votre attention sur un article de la chronique « Variétés » (en termes d’aujourd’hui, la partie magazine du journal), intitulé « Paris indépendant dans l’histoire » et signé de Charles Limousin. Charles Limousin était un des plus anciens de l’Association internationale des travailleurs, voir ici la photographie de la conférence de Londres. Son nom figurait encore sur l’affiche du 23 mars (voir notre article à cette date). Il y a une suite de son article dans le Journal officiel du 2 mai, mais elle n’est plus signée.

Il nous reste à aller à l’Hôtel de Ville pour la séance de la Commune, qui commence à trois heures dix.

Là, les élus s’ « empaillent », passez-moi l’expression, sur les commissions et leurs pouvoirs… dix jours avant d’en venir avec la question: Comité de salut public ou pas? Différentes propositions sont faites, par Andrieu, par Grousset, par Cluseret. Et, comme l’écrit le compte rendu que l’on peut lire dans le Journal officiel daté du 22 avril,

Icon Quote Le citoyen Vermorel formule une troisième proposition ainsi conçue: « Il y aura un délégué à chaque grand service ».

Ce qui est un résumé d’une intervention dont je trouve qu’elle vaut la peine d’être citée en entier. La voici:

VERMOREL. — Un mot fâcheux a été prononcé, c’est celui de « dictature ». Depuis un mois, il faut bien le dire, nous sommeillons, nous n’avons pas eu d’organisation. Ne votons pas sous la pression de la terreur, mais disons-nous que, si cette attaque n’a pas lieu demain, elle pourra se produire dans deux, quatre, six ou huit jours, et qu’il faut être prêts. Il faut le dire; jusqu’ici, nous n’avons pas compris que le danger était à nos portes, en n’imposant pas aux délégués la responsabilité de leurs actes. Eh bien! oui, c’est là le sommeil plein de danger! On a répété, citoyens, à la chute de tous les pouvoirs, un mot bien banal, mais que nous pouvons dire: « nous dormons sur un volcan ». Eh! bien, réveillons-nous, il en est encore temps; et, le moyen de se réveiller, c’est de donner une responsabilité à des délégués, car ce qui manque à la Commune, c’est que nous ne sommes pas tous responsables; nous ne sentons pas la responsabilité collective, car, si nous la sentions, nous serions tous ici. Dans toutes les Commissions, il y a un ou deux membres qui travaillent, et, quand il y a des absences, on ne prend pas de délibération. Oui, il faut le dire, nous avons perdu notre force. Eh! bien il y a un moyen, c’est la responsabilité. Votons donc sur ce principe, qu’il est indispensable qu’il faut un délégué responsable à chaque grand service : nous ne nous annihilerons pas en organisant le contrôle.

Un peu plus tard, il précise:

VERMOREL. — J’ai le sentiment très profond de la nécessité d’un contrôle sérieux et efficace. Il faut bien poser la question: où est le danger? Il n’est pas ici, il est à Versailles. Nous avons eu peur du Comité central, nous avons eu peur de toucher à la Sûreté générale. Aujourd’hui, il n’y a plus crainte de conflit à l’intérieur. D’une part, il faut, je crois, pour donner satisfaction à des sentiments légitimes, il faut effectivement une Commission de contrôle général, de contrôle suprême, qui représente l’unité de la Commune, qui est tribunal suprême, comme vous l’avez dit. Il faut qu’il y ait une unité, une âme, qui nous représente. Si vous nommez un délégué à la hauteur de sa situation, il ne craindra pas de contrôle.

On élit neuf délégués aux neuf commissions:

Guerre: Cluseret;
Finances: Jourde;
Subsistances: Viard;
Relations extérieures: Grousset;
Travail et Échange: Frankel;
Justice: Protot;
Services publics: Andrieu;
Enseignement: Vaillant;
Sûreté générale: Rigault.

Livre utilisé

Bourgin (Georges) et Henriot (Gabriel), Procès verbaux de la Commune de Paris de 1871, édition critique, E. Leroux (1924) et A. Lahure (1945).

Cet article a été préparé en novembre 2020

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12 avril 1871, des femmes, encore un étranger, un renégat et une lettre de Londres

13 Avril 2021, 06:28am

Publié par PCF Villepinte

Lundi 12 Avril 2021

IL Y A 150 ANS. 

D’abord Marguerite Lachaise, dont j’ai déjà utilisé la photographie en couverture d’un article ancien et dont avant-avant-hier on lisait le nom dans le Journal officiel:

Aux citoyens membres de la Commune de Paris

Les citoyens soussignés, appartenant au 66e bataillon de la garde nationale de Paris, déclarent que Marguerite Gainder, épouse Lachaise, cantinière audit bataillon, demeurant rue Sedaine 65, a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et panser les nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical.

En foi de quoi, citoyens membres de la Commune, nous venons appeler votre attention sur ces actes, afin qu’il soit rendu justice au courage et au désintéressement de cette citoyenne, républicaine des plus accomplies.
Salut et fraternité.

Ce qui est suivi de soixante-treize signatures. La virilité est une qualité appréciée…

Dans un article intitulé « Les héroïnes de la Révolution » du numéro suivant du même Journal officiel, à la suite de différentes « héroïnes » de l’insurrection de juin 1848, sont mentionnées plusieurs cantinières « héroïques » de ces derniers jours, une cantinière qui, frappée à la tête, est revenue au combat, une femme énergique qui a tué plusieurs gendarmes et gardiens de la paix (celle-ci n’est pas nommée mais combattait avec le 61e, un bataillon de Montmartre, et je vous laisse deviner qui elle pouvait être), une autre, cantinière, qui se battait au plateau de Châtillon, celle du 68e qui a été tuée, la citoyenne Eudes, etc., etc.

Comme certainement vous le savez, c’est hier 11 avril que s’est formée l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, mais j’en ai déjà parlé, là, et j’en reparlerai (voir les articles du 24 avril et du 5 mai). Si cette organisation va travailler main dans la main avec Leo Frankel, à la délégation au travail, que nous avons vu accueilli à la Commune bien qu’étranger, c’est d’un autre étranger qu’il est question ici (Journal officiel du 11 avril):

Citoyens,


Nous apprenons que certaines inquiétudes persistent, dans la garde nationale, au sujet du citoyen Dombrowski, nommé commandant de la place. On lui reproche d’être étranger et inconnu de la population parisienne.  En effet, le citoyen Dombrowski est Polonais. Il a été élu chef principal de la dernière insurrection polonaise, et a tenu tête à l’armée russe pendant plusieurs mois.

Il a été général, sous les ordres de Garibaldi, qui l’estime tout particulièrement. Dès qu’il devint commandant de l’armée des Vosges, le premier soin de Garibaldi fut de demander le concours du citoyen Dombrowski. Trochu refusa de le laisser partir de Paris, et le fit même incarcérer.

Le citoyen Dombrowski a également fait la guerre du Caucase, où il défendait, comme ici, l’indépendance d’une nation menacée par un ennemi implacable. Le citoyen Dombrowski est donc incontestablement un homme de guerre et un soldat dévoué de la République universelle.

La Commission exécutive de la Commune

Nous le verrons (dans notre article du 7 mai), celui-là n’a pas toujours marché main dans la main avec les femmes…

Et le renégat? Le mot n’apparaît pas dans la résolution du Conseil fédéral de l’Association internationale des travailleurs, qui  tient séance aujourd’hui 12 avril, mais il est bien dans un article d’Henri Goullé dans le numéro du 16 avril de l’hebdomadaire La Révolution politique et sociale. Voici la résolution:

À l’unanimité le conseil fédéral adopte la résolution suivante

Considérant que le sieur Tolain, nommé à l’Assemblée nationale pour représenter la classe ouvrière, a déserté sa cause de la manière la plus lâche et la plus honteuse, le Conseil fédéral parisien de l’Internationale le rejette de son sein, et propose au Conseil général de Londres de consacrer cette expulsion.

Et quelques extraits de l’article d’Henri Goullé:

[La bourgeoisie] se dit au fond de sa conscience que Thiers est un homme habile; elle compte sur la division dans notre camp elle a gagné Langlois, et un renégat, Tolain. Ce Tolain, soi-disant socialiste, auquel elle croit une grande position auprès du conseil général de Londres.

Nous qui n’entendons rien aux finesses politiques de Thiers, nous comprenons qu’on espère en Tolain comme en un puissant élément de discorde, destiné à égarer les prolétaires dans un socialisme césarien dont il serait le chef.
Chef à la dévotion et sans cesse dans la main de la bourgeoisie. Il est vrai que la bourgeoisie ignore que nous ne reconnaissons aucun chef et que notre seule force consiste à n’en avoir jamais eu.
[…]
Tolain et Langlois, courtisans de la classe riche, ont renié la classe pauvre! 
L’arrêt est prononcé, nous ne les connaissons plus. Sous l’empire nous crûmes à de la faiblesse. Aujourd’hui, nous les voyons à Versailles acceptant, en appointements, le prix de notre sang.

Et bien entendu, le Conseil général de l’Association à Londres a approuvé l’expulsion de Tolain dans sa séance du 25 avril.

Puisque nous sommes à Londres et le 12 avril, je ne résiste pas au plaisir de vous citer un extrait d’une lettre célèbre écrite, justement à Londres, justement ce jour-là.

[…]
Si tu relis le dernier chapitre de mon 18 Brumaire, tu verras que j’y exprime l’idée suivante: la prochaine tentative révolutionnaire en France ne devra pas, comme cela s’est produit jusqu’ici, faire changer l’appareil bureaucratico-militaire de main, mais le briser. Et c’est la condition préalable de toute véritable révolution popu­laire sur le continent. C’est bien là d’ailleurs ce que tentent nos héroïques camarades parisiens.

Quelle souplesse, quelle initiative historique, quelle capacité de sacrifice chez ces Parisiens! Après avoir été, pendant six mois, affamés et désorganisés par la trahison intérieure plus encore que par l’ennemi extérieur, voilà qu’ils se soulèvent, sous la menace des baïonnettes prussiennes, comme si l’ennemi n’était pas toujours aux portes de Paris, comme s’il n’y avait pas eu de guerre entre la France et l’Allemagne! L’histoire ne connaît pas d’autre exemple de pareille grandeur!

S’ils succom­bent, ce sera uniquement pour avoir été « trop gentils ». Il eût fallu marcher tout de suite sur Versailles, une fois que Vinoy d’abord, puis la fraction réactionnaire de la Garde nationale de Paris eurent d’eux-mêmes laissé le champ libre. Par scrupules de cons­cience, on laissa passer le moment opportun. On ne voulait pas déclencher la guerre civile, comme si ce mischievous [je dirais « malfaisant » — la lettre est écrite en allemand, le mot est en anglais dans le texte] avorton de Thiers ne l’avait pas déjà déclenchée en tentant de désarmer Paris!

Deuxième faute: le Comité central résilia ses pouvoirs trop tôt, pour faire place à la Commune. Encore par un souci excessif « d’honnêteté »! Quoi qu’il en soit, l’actuel soulève­ment de Paris, même s’il succombe sous l’assaut des loups, des porcs et des sales chiens de la vieille société — est l’exploit le plus glorieux de notre parti depuis l’insurrection parisienne de juin 48.

Que l’on compare les Parisiens se lançant à l’assaut du ciel aux esclaves célestes du Saint-Empire romain prusso-germanique, avec ses mascarades posthumes et ses relents de caserne et d’église, de féodalité racornie et surtout de bourgeoisie philistine.
[…]

Le destinataire est un médecin de Hanovre, Ludwig Kugelmann, l’auteur est, bien sûr, Karl Marx.

Livres utilisés ou cités

Les séances officielles de l’Internationale à Paris pendant le siège et pendant la Commune, Lachaud (1872).

Marx (Karl) et Engels (Friedrich), Correspondance, Éditions sociales (1985).

Cet article a été préparé en novembre 2020

 

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