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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Articles avec #art et cuture

Les Dingues et les Paumés ( Soleil Cherche Futur ).wmv

25 Janvier 2015, 13:21pm

Publié par PCF Villepinte

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Cinéma : les choix de l'Humanité

13 Avril 2013, 11:24am

Publié par PCF Villepinte

Humphrey Bogart dans "les Griffes jaunes" de John Huston (1945)

 

 

Culture - le 12 Avril 2013

 

 

 

 

Retrouvez, chaque semaine, toute l'actualité cinéma avec les critiques de films de la rédaction.
Cette semaine...

Derrière la colline, d'Émin Arper
Le repenti, de Mersak Allouache
Pietà, de Kim Ki-duk
Le temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell

The act of killing, de Joshua Oppenheimer
Casa nostra, de Nathan Nicholovitch

 

  • Derrière la colline, d’Emin Alper. Turquie. 1 h 34.

 Par Jean Roy. Dans une nature rocheuse magnifiquement photographiée, en particulier dans les scènes de jour, un fermier isolé 
veille sur ses biens. Il lui faut protéger les animaux et 
les siens. Pourquoi les choses vont-elles déraper ? On ne 
se souvient pas toujours de la réponse à une telle question, comme chacun a pu un jour en faire l’expérience. Tout engrenage fatidique a commencé ainsi par une goutte d’eau. C’est donc une réflexion sur la violence qui nous est ainsi proposée, un cas particulier sans doute, mais si facile 
à extrapoler. Seule certitude, 
le film est magnifique, qui parvient aisément à dépasser 
le stade de la thèse pour parvenir à l’œuvre d’art.
>>> Lire l'entretien avec le réalisateur, le Turc Emin Alper qui a obtenu pour ce premier long métrage, en 2012 à Berlin, le prix 
du meilleur film de la section Forum.

 

  • Le Repenti, de Merzak Allouache. Algérie, France. 1 h 27

Par Dominique Widemann. Un homme perd le souffle à dévaler des pentes de roches enneigées, muscles et nerfs tendus par l’urgence. On en devine la source par quelques lignes d’un contexte politique particulier par quoi Merzak Allouache installe un film qui en observera les conséquences. Après une décennie de barbarie islamiste entamée en Algérie vers 1990, une loi de « pardon et de concorde civile » est promulguée. Elle appelle les terroristes à « cesser le combat, quitter le maquis et regagner leurs maisons ». Ils pourraient ainsi regagner impunément la société. On les nomme « les repentis ». (...) Le film de Merzak Allouache s’est vu attribuer le Label Europa Cinemas lors de la ­Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en 2012. Un regard brut sur le terrorisme islamiste.

 

  • Les choix de Vincent Ostria

 

Pietà, de Kim Ki-duk. Corée du Sud, 2012, 1 h 44. Une histoire 
de vengeance sadique où 
Kim Ki-duk prend la relève 
de son compatriote Park 
Chan-wook, parti aux États-Unis. On y assiste d’abord aux sévices infligés à des artisans endettés par un homme de main, 
puis à la quasi-rédemption 
de ce malfrat sadique. Surenchère de cruauté gratuite pour un thriller improbable.

 

Le temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell. France, 2012, 1 h 45.

 Une comédienne stressée croise 
un étranger élégant et discret dans l’Eurostar et décide de 
le rejoindre dans une église où 
il est venu assister aux obsèques d’une amie. S’ensuit une relation aussi éphémère qu’intense. Tout cela a un petit air de Brève Rencontre, le mélo déprimé 
de David Lean. Évidemment, c’est moins empesé, et tout compte fait plus proche des demi-teintes du cinéma de Sautet. Bonnell, cinéaste naguère intimiste, prend des risques positifs et se sort haut la main de l’exercice consistant à filmer une romance à deux pleine 
de rebondissements au milieu de l’activité parisienne. Le début de la maturité pour un cinéaste qui commence à compter.

 

The act of killing, de Joshua Oppenheimer. Danemark, Norvège, Royaume-Uni, 2012, 1 h 55.

L’évocation farcesque d’un génocide occulté qui aurait fait un million de morts en 1965 en Indonésie. Notamment parmi les communistes, massacrés par les sbires du président Suharto. Le cinéaste rencontre certains de ces bourreaux à la retraite, dont Anwar Congo et Herman Koto, qui narrent leurs exactions avec vanité, paradent avec une milice paramilitaire, et figurent en travestis dans des tableaux kitsch. Poussant le grotesque 
à son comble, le cinéaste 
fait éclater la monstruosité 
de ces êtres sans morale.

 

Casa nostra, de Nathan Nicholovitch. France, 2012, 1 h 30.

Pas une histoire de mafia mais de fratrie. Au début, le film est peu aimable : noir 
et blanc, format carré, suite de séquences sans lien évident. Peu à peu, on comprend qu’il s’agit des destins de deux sœurs et 
un frère, que la mort de leur père va réunir et remettre en question. Fouillis, émaillé de conflits, 
le film opte pour l’extraversion. 
On se serait passé des séquences mentales où le père joue la pièce autobiographique de son fils 
sur une scène de théâtre. 
Mais, malgré cette réserve, 
Casa nostra a un certain charme.

  • Lire aussi :

Jaurès, de Vincent Dieutre sort en DVD
La chronique cinéma d'Émile Breton : Philippe Garrel, maître d’école
Expo : "Le monde enchanté de Jacques Demy" à la Cinémathèque française

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CINEMA

1 Avril 2013, 08:43am

Publié par PCF Villepinte

Par Thomas Bauder| REGARDS27 mars 2013

 

Révélé grâce à Canine, son premier long métrage magnifiquement claustrophobe, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos poursuit son exploration de l’étrangeté des comportements humains avec ALPS, fable inquiétante et implacable dans laquelle il est question de prendre la place des morts. L’expression métaphorique et dérangeante d’une société au bord de l’abime. Un cinéma de l’essentiel.

  
 

 

Longtemps, le cinéma et la Grèce n’ont été principalement associés qu’autour de deux figures assez hétérogènes, l’une incarnée par Anthony Quinn, gesticulant dans le personnage crétois de Zorba, l’autre par le cinéaste contemplatif Théo Angélopoulos statufié de son vivant. Etrangement, c’est à la faveur de la crise financière qu’a émergé, autour de figure de la productrice Athina Tsangari, (et réalisatrice elle même d’Attenberg, découvert l’an passé) un cinéma grec remarqué par la cinéphilie festivalière d’Europe et d’ailleurs. Un cinéma tellement éloigné de la mélodie habituelle des films de fiction qu’on pourrait le dire « atonal ». Un cinéma qui travaille le déraillement scénaristique avec une belle constance, depuis son présupposé fictionnel jusqu’à son dénouement paroxystique.



Dans Canine Yorgos Lanthimos observait la réclusion volontaire, quoique totalement insane, d’une famille de la moyenne bourgeoisie jusqu’au morbide le plus achevé. Dans ALPS son nouveau film, le cinéaste grec s’attache à suivre un groupe d’individus dont l’activité, étrange et à mi-chemin entre le service à la personne et le travail du comédien, consiste à remplacer, auprès de la famille ou des proches, celles et ceux qui ne sont plus. Un ami dont il ne reste qu’une ancienne photographie et la casquette de capitaine de navire, un mari disparu, une maitresse ou une amante, mais aussi une jeune fille de seize ans, joueuse de tennis, décédée des suites d’un accident qu’il va falloir incarner auprès de parents en détresse. Revêtant certains effets de la défunte, prononçant des phrases convenues d’avance, rejouant certaines scènes à la demande de la famille, l’infirmière - ici les membres qui officient au sein du groupe ne possèdent pas de noms – va s’acquitter de sa tache avec un investissement qui n’aura d’égal que son incapacité, passée la trentaine, à incarner de façon convaincante une adolescente. Personnages égarés dans leurs simulacres d’existences, tout comme nous aussi parfois, devant ce film hypnotique.

Mais derrière l’enchainement de situations, au mieux absurdes, néanmoins tirant constamment vers le malaise, ce qui se dévoile dans le creux de l’écriture et de la mise en scène, c’est la représentation d’une société dont les digues du surmoi se seraient effondrées. Une société dans laquelle la prise en charge du deuil ou de la douleur de la perte, par des avatars travestis irait de soi dès lors qu’elle est rémunérée et fait l’objet d’un contrat commercial. Une société qui serait devenue incapable de réagir malgré le franchissement de paliers toujours plus grands dans la déshumanisation des rapports individuels. Une société qui bien entendu, ne ferait aucunement l’économie d’une multitude de chefs, sous chefs et contremaitres, plus ou moins effrayants, agents indispensables de l’approfondissement des mécanismes de la servitude volontaire. Ainsi, même si Yorgos Lanthimos se défend d’avoir réalisé un film politique, on ne peut s’empêcher de convoquer la situation économique et idéologique de la Grèce pour servir de grille de lecture à ce que ALPS projette sur l’écran. Notamment cette économie souterraine, clandestine même, que la baisse des salaires et l’augmentation des impôts a rendu indispensable à la survie de millions de citoyens, sans parler du risque de retour du fascisme, présent dans les deux films de Lanthimos et de moins en moins contenu par le corps politique hellène.

Quand on lui pose la question de savoir comment une cinématographie peut s’épanouir dans un tel contexte, Lanthimos répond à sa manière, de façon légèrement absurde. Notant tout d’abord l’extrême liberté créatrice de ceux qui n’ont rien, aucun financement, et montent leurs films sans autres contraintes que celles du « do it yourself » il met aussi en avant le temps disponible de quelques uns, dont lui, venus de la publicité et profitant depuis la crise des très longues périodes sans travail pour se consacrer à des activités plus nécessaires, plus essentielles. Le cinéma, pour eux, comme pour nous, en fait partie. Ce bonheur du cinéma, surgi au beau milieu d’un désastre, voilà bien l’expression de la formidable capacité d’adaptation grecque, sans que l’on sache pour autant, entre résistance et résilience quel élan l’emportera.

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LEGENDE

26 Mars 2013, 08:04am

Publié par PCF Villepinte

Miles Davis, une rare anthologie du Lost Quintet en Europe

 

 

Le coffret paru chez Legacy-Columbia immortalise quatre concerts européens du légendaire trompettiste en 1969, notamment au fameux Festival d’Antibes.

A chaque tournant amorcé par le légendaire trompettiste, compositeur et leader américain, il y a toujours eu une partie de la critique pour chicaner, voire l’accuser de traître au jazz ou de vendu au business. C’est que, pour certains donneurs de leçons engoncés dans leurs certitudes sur le beau et le bien, le génie davisien progressait trop rapidement. Du milieu des années 1940 jusqu’à sa mort en 1991, Miles a participé à l’insurrection bop, catalysé la naissance du cool, éclairé la révolution électrique, enfourché le free, annoncé le funk, honoré le hip hop...

Chercher, tenter, inventer

L’étude de la documentation sonore disponible, qui s’élargit au fil du temps, prouve, s’il le fallait, que Miles Davis, réputé pour son impitoyable exigence artistique, n’a cessé de chercher, tenter, inventer. Parmi les pépites exhumées, figurent des enregistrements  effectués par les radions et télévisions nationales française, allemande et suédoise, dont certains ont abouti, dans le passé, à de médiocres publications pirates (ou bootlegs). Depuis trois ans, Legacy-Columbia s’attelle à une remarquable tâche. Après la publication, en 2011, de «  The Bootleg Series Vol.1: Live in Europe 1967 », voici le coffret « The Bootleg Series Vol. 2: Live In Europe 1969 » (3 CD, 1 DVD): 2 disques pour les concerts des 25 et 26 juillet dans le cadre de l’historique festival d’Antibes, un disque pour le live de Stockholm (5 novembre) et le DVD pour le concert de Berlin (7 novembre). Cette première édition officielle bénéficie d’une qualité sonore enfin digne du héros. Un trésor pour 24 euros seulement!

"Le Lost quintet, un groupe terrible!"

Dès le CD1, consacré à la première des deux soirées de Miles au Festival international d’Antibes, le ‘Monsieur Jazz’ de l’ORTF, André Francis, annonce le groupe au public: aux côtés du maître, Jack DeJohnette (batterie), l’Anglais Dave Holland  (contrebasse), Chick Corea (piano et claviers électriques) et Wayne Shorter (saxophone). Il s’agit de la troisième mouture du fameux ‘Quintet’, format que Miles avait exploré à partir de 1955 avec John Coltrane, puis de nouveau sondé en 1963 avec Herbie Hancock et Wayne Shorter (arrivé en 1964 dans formation). Ce dernier est le seul ancien membre resté dans ce troisième Quintet, parfois baptisé le Lost Quintet (le Quintet perdu), car Columbia ne l’a jamais immortalisé en studio. Ce que regrettait Miles dans son autobiographie, en se souvenant des prestations scéniques avec cette escouade de francs-tireurs. Ses propos sont rapportés par Josef  Woodard (du Los Angeles Times), auteur du texte de livret: « Man, j’aurais aimé que ce groupe soit enregistré en live, parce qu’il était terrible! 

On apprécie le soin apporté à l’ensemble de l’anthologie: son de qualité, texte explicatif (en anglais), détails discographiques (noms des compositeurs, durée des morceaux, etc.), reproductions de documents d’époque, photos rares. Les différentes versions de mêmes morceaux montrent la créativité qui bouillonne sur le feu de leur imaginaire. Au répertoire, des pièces emblématiques et d’autres moins connues du grand public, certaines jouant un rôle de pivot entre deux périodes davisiennes: des standards (« ‘Round Midnight », de Monk, et « I Fall In Love Too Easily », de Cahn et Styne) au mémorable « Bitches Brew », en passant par « Miles Runs The Voodoo Down » et « Milestones ». Sans oublier de splendides compositions de Wayne Shorter, souvent reprises aujourd’hui, telles « Footprints » et « Nefertiti ».

Saisissantes sont les images du DVD (en couleur, 46 minutes, soit l’intégralité du concert berlinois). Ceux qui avaient pu voir des versions pirates n’ont jamais accédé à une aussi belle qualité d’image. On ressent une émotion singulière à retrouver le charisme de Miles et la beauté sculpturale de son visage, à assister en direct à l’inventivité de ces artistes hors pair, à plonger dans cet océan de musicalité. Avec ce culotté Quintet, le jazz pète les plombs. Sauvage, acéré, foudroyant, et, pourtant, infiniment subtil.

 

  • A lire aussi:

La chronique de Farac C. sur The Bootleg Series Vol.1: Live in Europe 1967

L'intégralité des enregistrements Columbia de Miles Davis avec John Coltrane

Expo Miles Davis et témoignages

Fara C.

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Le nouveau Jimi Hendrix (Nova planet)

23 Mars 2013, 10:56am

Publié par PCF Villepinte

La BBC a joué, en janvier, le premier extrait de l'album d'inédits de Jimi Hendrix à sortir en Mars

Le nouveau Jimi Hendrix

Tôt ce matin, le temps s'est arrêté sur la BBC Radio 6. Pour la toute première fois dans l'Histoire du monde tel que nous le connaissons a été joué le morceau "Somewhere" de Jimi Hendrix, premier extrait d'un album à venir, vous savez, ce genre de compilations de raretés, extraits lives ou autres enregistrements inédits.

Son nom, "People, Hell & Angels", à paraître le 5 mars.

Extrait de cet objet comprenant douze nouveautés (enregistrées entre 68 et 69), "Somewhere" est un morceau assez particulier, un blues psychédélique en featuring avec le légendaire Buddy Miles aux drums et Stephen Stills à la basse.

Fermez les yeux... nous sommes en 1969, Facebook n'existe pas et mas pattes d'eph me vont nickel.

 

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les choix Cinéma de l'Humanité:

16 Mars 2013, 22:14pm

Publié par PCF Villepinte

Humphrey Bogart dans "les Griffes jaunes" de John Huston (1945)

 - le 15 Mars 2013

 

 

Camille Claudel 1915, Le mur invisible, Cloud atlas, 40 ans, mode d'emploi, Tu seras sumo

 

 

Retrouvez, chaque semaine, toute l'actualité cinéma avec les critiques de films de la rédaction.
Cette semaine...

Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont
Le mur invisible de Julian Romain Pölsler
Notre monde de Thomas lacoste
Cloud atlas de Lana Wachowski, d'Andy Wachowski et de Tom Tykwer
40 ans, mode d'emploi de judd Apatow
Tu seras sumo de Jill Coulon 

 

  • Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont. France. 1 h 37

Par Jean Roy. Camille Claudel, artiste statuaire, est née en 1864. 
Son frère Paul est de quatre ans son cadet. Élève puis maîtresse de Rodin pendant quinze ans, elle le quitte en 1895. En 1913, elle est internée par sa famille pour troubles mentaux. Le film la saisit pendant trois jours, en 1915, alors qu’elle est internée à Montdevergues, dans le Vaucluse. C’est Juliette Binoche (dans un de ses meilleurs rôles) qui incarne le rôle-titre, entourée d’une poignée de professionnels et de davantage d’internés authentiques. Le 
20 février dernier nous l’écrivions, c’était notre film préféré au sein de toute la compétition berlinoise. D’où il est revenu scandaleusement bredouille.
>>> Lire l'entretien avec Bruno Dumont : "Il nous faut reprendre ce que la religion a accaparé"

La bande annonce :

 

  • Le Mur invisible, de Julian Roman Pölsler. Autriche-Allemagne, 1 h 48

Par Jean Roy. Non, ce n’est ni un film sur l’apartheid ni un film sur le plafond de verre dont sont victimes les femmes visant au travail l’ascension sociale. Plus prosaïquement, à moins qu’il ne faille dire plus « fantastiquement », en prenant le terme au sens premier, c’est l’histoire d’une femme qui se trouve séparée des siens plus ou moins fortuitement, alors qu’elle conduit sa voiture vers un chalet isolé qu’elle vise à rejoindre en pleine forêt dans la montagne autrichienne. Personne ne vient à sa recherche et pour cause. (...) Cela évoque le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich, mais au cinéma. >>> Lire la suite

La bande annonce :

  • Notre Monde, de Thomas Lacoste. France, 2012, 1 h 59

Par Lionel Venturini. Il faut dire un mot d’abord du dispositif filmique. Notre monde, de Thomas Lacoste, manifeste foisonnant de propositions concrètes, reprend un dispositif inauguré avec les ciné-entretiens, 47 au total, menés par l’auteur. Il y a une rencontre en place publique, comme un appel au « peuple à venir », qui remplit peu à peu les gradins de la Maison des métallos, qui servit de cadre aux entretiens. Il y a ensuite une lumière jaillissant du noir, un clair-obscur modelé par la patte d’Irina Lubtchansky « pour faire naître de cette nuit le détail et le sujet », comme le dit joliment Thomas Lacoste ; il y a encore de subtils silences. Et puis chacun, dans son domaine de compétences, vient exposer les maux du monde. (...) Rassemblant plus de 35 intervenants dans des champs disciplinaires variés, le film de Thomas Lacoste se veut projet politique, pour encourager à une pensée commune. >>> Lire la suite

La bande annonce

 

Les choix de Vincent Ostria

  • Cloud Atlas, de Lana Wachowski, 
Andy Wachowski et Tom Tykwer. États-Unis, 2012, 2 h 45.

Saga mammouth en six époques tournée par trois 
réalisateurs ; d’un côté, 
les Wachowski, auteurs de Matrix, et, de l’autre, l’Allemand Tom Tykwer, qui compose également la musique. La vraie nouveauté, qui apparente Cloud Atlas à certaines séries télé (Heroes, Lost), c’est l’alternance permanente entre les diverses périodes – ici, elles vont 
du XIXe au XXIVe siècle. Le propos global du film est plus ou moins libertaire et messianique. 
On passe de l’affranchissement d’un esclave sur un bateau en 1849 à diverses séquestrations et évasions, culminant en 2144 avec un Spartacus au féminin (une serveuse asiatique 
de fast-food), qui deviendra 
une icône des siècles plus tard. 
Mais malgré l’audace du montage
alterné et les nombreuses passerelles entre les épisodes, 
le résultat reste inégal, encombré 
par les costumes et les maquillages (des mêmes comédiens principaux à travers les âges). La plus belle partie, 
à notre sens, est l’épisode orwellien de 2144, dû 
aux Wachowski, qui prolonge leurs inventions de Matrix par un saisissant imaginaire dramaturgique et plastique.

  • 40 ans, mode d’emploi, de Judd Apatow. États-Unis, 2012, 2 h 15.

Les aléas 
de la vie d’un couple marié 
avec enfants, au moment 
où leurs finances commencent à battre de l’aile. Le réalisateur redonne vie à des personnages secondaires d’En cloque, 
mode d’emploi, mais ce faisant, si son talent d’observateur cinglant de la trivialité 
de l’american way of life demeure intact, il s’éloigne 
de plus en plus de la comédie (romantique) qu’il avait renouvelée avec brio dans 40 ans, toujours puceau, 
son brillant premier film. 
Reste une chronique sociale 
bien vue mais mal construite. 
Un fouillis braillard qui manque de pleins et de déliés. Un peu 
de stylisation, que diable !

  • Tu seras sumo, de Jill Coulon. France-Japon, 2012, 1 h 23.

L’expérience 
d’un jeune Japonais de dix-huit  ans qui entre dans 
une école de sumo de Tokyo. Récit au jour le jour, commenté par le principal intéressé, d’une vie communautaire et studieuse qui s’avère assez banale. 
Si on a quelques aperçus 
de ce sport étrange qu’est 
le sumo, l’essentiel est surtout consacré aux états d’âme 
d’un ado parmi tant d’autres, rebuté par la discipline sportive.

  • Lire aussi :

Guédiguian ou l’Estaque rivé au cœur.  Un beau livre de Christophe Kantcheff vient de sortir sur le cinéaste né dans ce quartier de Marseille.

Deauville en vigie des horizons cinématographiques d’Asie. Le Festival du film asiatique de Deauville tenait sa quinzième édition.

La chronique cinéma d'Emile Breton : Capellani encore, et un livre

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Musique

10 Mars 2013, 07:41am

Publié par PCF Villepinte

Photo Sarah Preston

Culture - le 9 Mars 2013

 

 

Mélissa Laveaux : "Cet album est sur la survie, les ruptures, le renouveau..."

 

 

 

 

Il y a dans le sens du groove et dans l’énergie déployée par Melissa Laveaux dans son deuxième album « Dying is a wild night » quelque chose du jeune Keziah Jones. Pourtant la jeune chanteuse de 28 ans se destinait plutôt à la bioéthique. Mais l’étudiante, très investie dans des associations de défense de droit des femmes ou de formations des médecins aux rapports avec leurs patients, s’est fait repérer via MySpace par un label français.

Oublié le master et Ottawa, la Canadienne s’installe à Paris. Le premier album rencontre un succès d’estime. En revanche, sa reprise très réussie de « Crazy In Love » un tube de Beyoncé, repris dans la compilation Paris Dernière, lui a permis d’élargir son public, y compris aux Etats-Unis. Spontanée, disponible et visiblement très heureuse de vivre son rêve, Melissa Laveaux évoque pour nous son parcours.

Quel est votre parcours de musicienne ?

Melissa Laveaux. J’ai commencé à jouer de la guitare à 13 ans. Mon père m’en a offert une. Je viens d’une famille antillaise où les enfants doivent jouer ou réciter un poème pendant les fêtes. Dans l’une d’elles, un très grand pianiste m’a vu jouer. Il m’a dit : « arrête, il faudrait que tu prennes des cours ». Je me suis arrêtée pendant plusieurs années. J’ai repris en terminale, en voulant composer une chanson pour ma classe. C’était mon second départ pour la musique. Je n’ai plus jamais lâché. A la fac, je faisais pas mal de bénévolat. J’ai fait beaucoup de concerts pour les associations dans lesquelles je m’impliquais. J’ai participé à des scènes ouvertes où j’ai rencontré beaucoup de gens. Je me suis très bien entendue avec un percussionniste. On a enregistré un titre. On l’a mis sur myspace.  Je pensais arrêter et passer mon master de bioéthique. Un label français m’a vu sur myspace. Ils sont venus au Canada. Ils m’ont vu jouer. Le concert était pourri. Mais ils m’ont quand même signée parce qu’ils croyaient en moi. Un mois plus tard, j’étais à Paris.

Vous parlez un français parfait. Pourquoi chantez-vous exclusivement en anglais sur cet album ?

J’apprécie la musique française mais je n’ai pas vraiment grandi avec. Du coup, je n’ai pas de marqueur ou de référence. Pour cet album, on a travaillé sur 30 chansons. Certaines étaient en français, une en créole. Mais on a pris les meilleurs et elles n’ont pas été retenues.

Quels sont les artistes référents pour vous ?

J’ai grandi en étant baigné dans la musique antillaise : Tabou Combo, l’orchestre septentrionale haïtien, Martha Jean-Claude. Martha Jean-Claude est la première voix que j’ai entendue. Je l’ai appréciée toute ma vie parce qu’elle était vachement engagée. Elle a été emprisonnée enceinte pendant la dictature haïtienne. Elle s’est exilée à Cuba. Elle parlait plusieurs langues. C’est une femme du monde qui a beaucoup écrit, critiqué les régimes Duvallier tout en restant très coquine et délicate. Après ça, à l’adolescence, j’ai écouté pas mal de musique brésilienne Tropicalia :  Os mutantes, Caetano Veloso. J’écoutais aussi du trip Hop, Joni Mitchell et plein d’artistes canadiens qui font de la folk.  Voila mes grandes influences.

Beaucoup de français ne comprennent pas l’anglais. Quelles sont les thématiques de vos chansons ?

Je comprends l’espagnol mais quand j’écoute des chansons dans cette langue, je n’écoute pas les paroles en premier. C’est un risque de faire un album en anglais dans un pays où les gens ne vont pas comprendre. Surtout dans un pays où la chanson et les paroles sont super importantes. On a voulu prendre ce risque. Les chansons sont sur mes expériences par rapport à mon départ. J’ai eu une énorme rupture avec ma famille. Etre au bureau de l’OFII (office français de l’immigration et de l’intégration) pour obtenir des papiers a nourri mon expérience. Je n’étais pas déprimée mais j’étais « down » (en bas NDLR). Je me retrouvais seule à devoir m’adapter à mon environnement. Je n’avais pas trop d’amis, pas trop d’argent, je n’étais pas en règle. Je n’avais même pas de numéro de sécu. D’ailleurs, j’ai souffert d’une bronchite pendant cinq semaines. Quand je me suis enfin décidé à aller voir le médecin, elle m’a dit : « Si vous étiez venue une semaine plus tard, vous auriez eu une pneumonie et votre carrière aurait été ruinée ». Cet album est sur la survie, les ruptures, le renouveau, la mort et la renaissance.

Quels sont vos rapports avec la culture haïtienne ?

Mon identité haïtienne fait partie de moi. Haïti fait partie de moi. Moins que ceux qui y ont grandi. Ce pays m’a forcément touchée. A l’extérieur, j’étais canadienne. A l’intérieur, j’étais Haïtienne. On parlait le créole à la maison. J’ai grandi et j’ai été bercé dans cela. En même temps, je ne me considère pas du tout haïtienne. Par contre, je suis créole c’est-à-dire que je suis un mélange de culture haïtienne et canadienne. Je suis très canadienne mais historiquement, dans mes choix, dans la manière dont j’ai été élevée, il reste beaucoup de mes racines haïtiennes malgré moi.

« Dying is a wild night »

  • Concerts :

Le 15 mars à Loiron (53)
Le 18 mars à Paris (Point ephémère)
Le 29 mars à Chelles (77)
Le 30 mars à Sannois (95)
Le 9 avril à Roubaix (59)
Le 19 avril à Feysin (69)
Le 20 avril à Arles (13
Le 25 avril au printemps de Bourges (18)

Entretien réalisé par Michaël Melinard

 

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Cinéma :

2 Mars 2013, 17:09pm

Publié par PCF Villepinte

les choix de l'Humanité

 

 Humphrey Bogart dans "les Griffes jaunes" de John Huston (1945)

Culture - le 2 Mars 2013

 

 

 

Retrouvez, chaque semaine, toute l'actualité cinéma avec les critiques de films de la rédaction.
Cette semaine...

Bestiare de Denis Côté
Zaytoun
d'Enran Riklis
Möbius
d'Eric Rochant
Ouf
de Yann Coridian
Les équilibristes
d'Ivano De Matteo

 

  • Bestiaire, de Denis Côté. Canada. 1 h 12.

Par Dominique Widemann.   D’abord des gros, voire très gros plans, sur des fragments de visages et de mains. Les doigts esquissent au crayon, les yeux, parfois, s’obstruent d’une mèche de cheveux. Mystères de la création. Quelques dessinateurs tentent de capter l’essence de leur modèle, un cerf empaillé. Tout se passe dans un silence qui nimbera le film de bout en bout, travaillé avec science de sons diffus. Extérieur jour : un pan de hangar et partout la neige, le nuage d’une soufflerie, des plans longs d’où naîtront une route, une calligraphie d’arbres noirs. Le cadre suivant sera tout empli d’un troupeau de bêtes à cornes en pelage d’hiver. Des lamas à tête de périscopes vont et viennent dans leurs enclos, en piétinements trop brefs. (...) Le cinéaste canadien Denis Côté a réalisé plusieurs films souvent primés. Son dernier opus, sélectionné dans des festivals du monde entier, explore en poésie l’étrange cohabitaion de l’animal et de l’humain.
>>> Lire la suite

La bande annonce :

 

  • Zaytoun, d’Eran Riklis. Israël. 1 h 50.

Par Dominique Widemann. Tout commence dans le ciel, vu au travers de l’écran de tir d’un avion de chasse. Les cercles blancs des cibles dessinent l’horreur à venir au-dessus d’un magma gris. Au sol, le Liban. 1982. Beyrouth est une ville en état de siège. Dans les rues, une petite troupe de gamins palestiniens s’égaille sous les insultes qui leur sont jetées des balcons. On les somme de « retourner chez eux », dans le camp de réfugiés de Shatila, au-delà des égouts. Nous allons nous attacher à l’un de ces mômes, Fahed (Abdallah El Akal). Par le truchement de sa vie, se lira celle du camp. Le jour, l’école à moitié détruite où l’on s’obstine à enseigner. La nuit, les bombes. Le lendemain, les photos des enfants défunts les remplacent aux pupitres. (...) Eran Riklis compose un conte réaliste réunissant un jeune réfugié palestinien et un pilote de chasse isréalien.
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La bande annonce :

 

  • Möbius, d’Éric Rochant. France. 1 h 43.

Par Jean Roy. Au commencement, le film semble jouer de cartes connues, voire évidentes. Une photo magnifique et très composée, ce dès le plan d’ouverture, une plongée vertigineuse sur le port de Monaco depuis les hauteurs françaises, une insistance, discrète mais quand même, sur les noms de marques qui ont dû contribuer au montage du budget, comme si nous n’allions voir qu’une suite de clips publicitaires, ceux haut de gamme comme on les tourne pour les parfums, le sentiment que nous allons être dans un univers de luxe et donc d’exception comme dans les James Bond. (...) Éric Rochant revient avec son meilleur film depuis les Patriotes. Une histoire écrite par lui, où la froideur de la raison s’oppose à la chaleur du sentiment, avec un parfum hitchcockien.
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La bande annonce :

 

Les choix de Vincent Ostria

Ouf, de Yann Coridian. France, 2012, 1 h 22. Quoique toujours dépressif, après un séjour 
en hôpital psychiatrique imposé en raison d’un comportement explosif et dangereux envers 
ses proches, et notamment 
son épouse, François tente 
de se réacclimater à la vie quotidienne, infantilisé par ses parents. C’est le point de départ d’une errance en quasi-roue 
libre à travers la ville de Lille 
(qui s’avère plus photogénique qu’on ne le pense), au cours 
de laquelle ce vieil adolescent fait la tournée des amis, parents et inconnus, et tente de reconquérir sa femme – remontée contre lui au point 
de l’accueillir avec un fusil. 
Mais François est désarmant. 
Les prémices rappellent beaucoup le pitch du récent Happiness Therapy, mais 
l’issue, quasiment opposée, 
est finalement plus romantique. La beauté de Ouf, outre la folie douce que le titre suggère, provient avant tout de cette errance et de cette liberté 
du héros, tout compte fait moins aliéné par la société que les gens dits normaux. Occasion 
de voir Éric Elmosnino dans un rare contre-emploi d’aquoiboniste bon enfant 
et désinvolte. Bonne idée aussi d’avoir confié le rôle du père 
au rare Luis Rego, qui ressemble étonnamment à Elmosnino. Une trop rare tonalité douce-amère dans un cinéma français cultivant plus volontiers 
le rire gras et le drame que 
les états intermédiaires.

Les Équilibristes, d’Ivano De Matteo. Italie, 2012, 1 h 53. Les affres 
d’un divorcé graduellement réduit à la misère, à l’insu 
de sa famille qu’il a quitté. 
Le dossier de presse (pas le film) explique que sa femme pousse son mari au divorce parce que le bougre a fauté une seule fois avec une collègue. On aurait pu marcher, compatir à la peine 
de ce bon père ayant eu 
un moment de faiblesse, 
qui se transforme en Job moderne… On ne dit pas 
que ça n’existe pas, mais 
le film se contente de bluffer 
en permanence au lieu d’étayer les paliers successifs 
de l’infortune du pauvre 
père trop digne, ruiné par 
les contraintes de la pension alimentaire, qui plonge dans la misère à la vitesse grand V. On ne parle pas de la pirouette finale, qui ne change rien 
à l’affaire. Bref, ce film décrit 
bien une certaine réalité sociale, mais il le fait à l’emporte-pièce, ce qui eût pu être acceptable 
si cela s’accompagnait 
d’une véritable stylisation.

  • Lire aussi :

La chronique cinéma d'Émile Breton : La lutte des classes, sujet de western
Oscars : et le gagnant est… Ben Affleck
La Cinémathèque française, à Paris, propose une exposition intitulée 
« Maurice Pialat, peintre 
& cinéaste ».

 


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Catacombe(s): la leçon de littérature de Régis Debray

4 Février 2013, 12:37pm

Publié par PCF Villepinte

Le philosophe et médiologue revisite quelques grands écrivains. Ou comment vouloir être Chateaubriand ou rien...

Debray. Quelque chose de mystérieux et pourtant d’irrépressible flotte dans notre époque comme un rappel au temps métronomique. Ce tic-tac, lent et paisible, convoque en nous d’élégiaques aventures que nous nous remémorons par grand froid, préservés des absurdités du réel par les souvenirs ironiques de nos songes funambulesques. Pour les chasseurs d’impensé que nous sommes restés, maltraitant les dogmes et s’accommodant des doutes, nous nous demandons sans relâche, moins par nostalgie que par vanité: mais qu’est-ce que notre monde nous dit, en ce moment, et quel récit mémorable laissera-t-il en héritage? Face à cette interrogation majuscule, Régis Debray apporte une réponse monumentale dans son dernier livre, "Modernes catacombes" (Gallimard), dont le titre, non moins magistral, peut prêter à confusion. Dans ce recueil rassemblant divers articles, préfaces et conférences, échelonnés de 1994 à 2012, le philosophe et médiologue ne sonde pas l’ici-maintenant en décrivant le monde tel qu’il est, mais 
se plonge dans les œuvres de quelques écrivains sous la forme d’«Hommages à la France littéraire», comme le suggère le sous-titre du livre. Des impressions de lecture et des critiques d’auteurs. Des textes du passé, en somme. Et pourtant, croyez-nous, dans ce parcours subjectif en littérature, les mots du philosophe savent de notre époque des choses que nous ignorons d’elle.
Debray confirme: «Qu’on ne s’étonne pas si ces exilés de l’intérieur se tournent d’instinct vers un passé littéraire qui, pour eux du moins, ne passe pas, vers des fantômes peut-être démodés, mais dont je ne peux m’empêcher de penser qu’ils en savaient sur nous-mêmes plus que nous.» L’illusion actuelle veut que le village global soit d’une totale accessibilité et que chaque Occidental puisse se délocaliser low cost dans des contrées standardisées. Romantisme ou déraison, le contre-pied de Régis Debray consiste à voyager en universalité sans parcourir le moindre kilomètre. À ouvrir des livres. À les lire. À les rouvrir. À les relire. Puis à en parler.

Culture. Pénétrer dans "Modernes catacombes" procède de cette intelligence suggestive, celle de détecter, dans des textes, la trace-sans-trace de ce qui va durer par-delà nous. Nous y croisons Breton, Semprun, Gracq, Foucault, Malraux, Mauriac, Valéry, Sartre, Gary et même Nourissier ou Sollers 
(liste non exhaustive). Le trait commun? Tous, à leur manière, ont attendu et espéré l’horizon des espoirs accouché dans leurs rêves les plus fous – Régis Debray n’était pas le dernier… Alors pourquoi, aujourd’hui, cette obsession chez lui des reliures et des pages imprimées? Il s’en explique ainsi: «Le simple lecteur que je suis, qui aime vagabonder chez les grands auteurs, a remisé depuis longtemps toute ambition théorisante et prétention critique. Je ne puis ni nier, cela dit, que je me sens lié à eux par un courant souterrain et profond, qu’on aurait pu appeler, jusqu’à ce matin, un caractère national. J’entends par là un monde en voie de disparition, celui des humanités où s’abreuvait la culture générale d’antan, et qui faisait comme un sang commun.»
Régis Debray, lors d'une lecture publique.
Incendie. Pas de méprise. Si notre époque vit la «fin de ce sentiment de l’Histoire dont Chateaubriand fut l’accoucheur et Malraux le croque-mort», à savoir «la sensation d’appartenir à quelque chose d’obligatoire, d’irrécusable et de plus grand que soi», Régis Debray continue d’attendre «des témoins d’un sombre temps, plus vrai que nature, quelque chose comme un écho, une haleine, un reflet d’incendie». Nous partageons cette attente, en tant qu’elle nous renseigne sur le monde hybride qui prend forme sous nos yeux, sans jamais nier les évidences des nouvelles contradictions qu’il convient d’affronter quotidiennement. Nous savons depuis longtemps qu’une idée lui tient à cœur: toute Renaissance passera obligatoirement par la (re)visitation des Illustres comme source d’inspiration et de principe de précaution. Une longue lignée nous pousse dans le dos. Elle nous force à ne rien trahir. Mais s’adapter n’est pas forcément trahir, même si ça l’est souvent avec certains. Le problème n’est pas ici de renverser les rôles en faisant de l’écrivain l’interprète du philosophe qui l’interprète. Il est de remettre en perspective la manière dont se rencontrent des énoncés et des arguments épinglés au registre de la philosophie, de la littérature et même de la médiologie, puisqu’elle nous aide à comprendre le monde par ses évolutions. «Les temps nouveaux ne sont pas nuls, ils sont autres», écrit Debray. Et il ajoute: «Le jeune homme est en colère, le vieux dit merci.» Entre les deux âges, un conseil. Que tous ceux qui président à nos destinées, quels qu’ils soient, se précipitent dans la lecture de Debray. Ils s’y découvriront en miroir. Et apprendront au moins l’art du dégagement brillant et l’analyse au sommet du genre.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 25 janvier 2013.]
 

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Zero Dark Thirty, film féministe ?

26 Janvier 2013, 09:00am

Publié par PCF Villepinte

 

Chronique, par Thomas Bauder| 25 janvier 2013 REGARS.FR

 

De par son sujet, la traque et l’exécution d’Oussama Ben Laden par les États-Unis, mais aussi par ce qu’il donne à voir de la torture utilisée par la CIA comme « technique de renseignements », Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow possède tous les composants du film polémique chaud bouillant. Et si derrière l’évidence promotionnelle de ces attributs se cachait un autre film ? Un film, au risque d’une nouvelle polémique, féministe ? Tentative d’explication.

Dès les premiers instants du film la cause semble entendue. En entremêlant à quelques images de l’attentat du World Trade Center, les enregistrement sonores, téléphoniques, des derniers instants de quelques unes des victimes du 11 septembre 2001, Kathryn Bigelow semble légitimer tout ce qui va suivre. Notamment la première vraie scène de son film, mettant en images un interrogatoire utilisant l’humiliation individuelle, l’épuisement psychique ainsi que l’agression physique, c’est à dire une vraie scène de torture. Mais outre que celle ci, orchestrée de façon presque protocolaire par un jeune type aux antipodes des crétins red-necks d’Abou Grahib, donne immédiatement au spectateur une nausée, ce en quoi elle nous renseigne sur l’usage de la torture, aussi perversement « évoluée » soit elle, c’est qu’elle ne sert absolument à rien.

 

C’est ici, après avoir été le spectateur candide de cette scène, qu’intervient le personnage principal, jouant alors de l’habilité psychologique plus que de la contrainte, pour obtenir une information. Que ce personnage principal soit une femme semble avoir absolument échappé à l’ensemble de la critique ; c’est pourtant là que se joue l’un des points centraux du film, dans ce personnage rare d’héroïne de cinéma, absolument désexuée, dégenrée, superbement banalisée. Une femme sans histoire sentimentale interférant avec son activité principale - trouver où se planque OBL, aka Oussama Ben Laden - une nana non « féminisée » ni apprêtée ni butchisée, juste pas maquillée. Banale, ce qui ne l’est pas.

Il est étonnant que les voix qui, outre atlantique, se sont exprimées sur ce film proviennent, soit des républicains qui craignaient que le film ne serve la campagne présidentielle d’Obama, soit de certains démocrates qui réfutent misérablement que la CIA puisse user de telles pratiques, soit encore de la presse dite spécialisée (mais en quoi, nul ne sait ) pour qui le film légitimerait la torture – et l’on a vu plus haut ce qu’il en était ; en tous cas pas des universitaires et/ou militantes et/ou critiques de cinéma féministes, comme si sa réalisatrice ne constituait finalement pas un assez « bon objet » critique, pas suffisamment en tous cas pour que leurs points de vue parviennent jusqu’à nos rivages…

Et pourtant. Femme, réalisatrice, et metteu(se) en scène de films d’actions psychologiques assez burnés, de Point Break à Démineurs, Bigelow est assez atypique dans le champ culturel genré du cinéma américain pour qu’on s’y attarde un peu, quand même. De même, que les agents de la CIA se soient manifestement féminisés ne fait pas pour les investisseurs d’Hollywood ipso facto d’une femme, qui n’est ni Lara Croft ni Carrie Bradshaw, un personnage central d’un film de plus de deux heures trente sur la traque de Ben Laden... CQFD.

Ce que laisse voir aussi Zero Dark Thirty via son héroïne, c’est un point de vue anti-héroïque. Pas l’anti-héroïsme qui voudrait que cette traque soit juste un « job » que les États-Unis aurait à terminer, pas celui non plus de la quête existentielle, mais celui organisé par la division des tâches propres à l’administration sécuritaire, la chaîne des responsabilités morcelées, celle de la CIA renvoyant tout aussi bien à l’autre, celle de l’organisation du groupe terroriste.

Que le film enfin soit le résultat d’une enquête de longue haleine sur le terrain de Mark Boal, journaliste et scénariste à l’origine de l’histoire de Démineurs, le précédent film de Bigelow, participe aussi de la singularité de son propos. Factuel à la limite de l’aridité, le scénario laisse l’enquête s’étirer, se perdre, être désorientée par les revirements politiques pour mieux valoriser l’idée fixe de son héroïne, la force de sa logique, la primauté de sa réflexion sur les emballements testostéronés. En ce sens aussi Zero Dark Thirty militerait presque pour élargir l’horizon de la représentation des femmes au cinéma. On attend sur ce sujet avec impatience l’avis de principales intéressées.

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