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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

tribunes et idees

L'homme marche avec sa tête.

15 Mars 2010, 11:53am

Publié par PCF Villepinte

La gauche a-t-elle besoin d’une morale ? Regards croisés :

PAUL ARIÈS, politologue, directeur du journal le Sarkophage et rédacteur au mensuel la Décroissance ;
 quiniou.jpgYVON QUINIOU, philosophe, spécialiste du matérialisme (*)

Tout d’abord, peut-on dire que la crise systémique du capitalisme a une dimension morale ?

YVON QUINIOU. Certains aspects de la crise ont une dimension clairement morale : les comportements individuels des traders ; les rémunérations des patrons qui sont à un niveau invraisemblable, alors que, par ailleurs, des masses de gens vivent dans la misère. Il y a un creusement par le haut des inégalités, ce qui frappe l’opinion publique. Mais ces aspects-là, dont chacun saisit l’immoralité, ne sont que les révélateurs d’une immoralité plus profonde, qui tient au système lui-même. Or, ceux qui mettent en avant ces aspects spectaculaires et individuels d’une immoralité pratique cherchent souvent à masquer ainsi sa réalité plus profonde et structurelle. L’enjeu de cette manipulation est de faire croire qu’on pourrait résoudre la crise du système en remédiant aux comportements, en modifiant les mentalités, sans jamais toucher à la structure elle-même. Si on voulait vraiment, comme cela a été dit parfois, y compris par Sarkozy, moraliser le système, on ne le pourrait pas. Parce que c’est un système intrinsèquement immoral. Si on veut le moraliser, alors il faut le supprimer.

Et pour ce qui est de la gauche, ses interrogations morales, par exemple sur les contours de la laïcité, peuvent-elles être mises en rapport avec la crise, qui fragilise les collectifs et donc conduit à chercher des repères pour le « vivre ensemble » ?

YVON QUINIOU. Oui, il y a aussi une crise plus large de la moralité dans la conscience collective. Mais cette crise, flagrante à droite depuis toujours, je la sens aujourd’hui du côté des dirigeants socialistes. Ceux-ci me semblent avoir perdu le contact avec les couches populaires et être relativement indifférents au malheur humain que sécrète le capitalisme.

PAUL ARIÈS. Cette notion de crise systémique doit être prise au sérieux. Cela veut dire que cette crise affecte tous les domaines : social, environnemental, politique, institutionnel, symbolique, culturel, etc. Cela veut dire aussi qu’il y a quelque chose qui fait lien et sens. Et ce qui fait lien, c’est le fait que le productivisme nous a fait perdre la capacité de nous donner des limites. Notre société a sombré dans l’ubris, la démesure. Le capitalisme est une machine à accumuler et fonctionne au « toujours plus ». Ce système est impossible car lorsqu’un individu n’est pas capable de se donner des limites, il va les chercher dans le réel : conduites à risques, toxicomanie, suicide… et lorsqu’une société n’est pas capable non plus de se donner des limites, elle va aussi les chercher dans le réel : réchauffement planétaire, épuisement des ressources, explosion monstrueuse des inégalités sociales, etc. Les réponses habituelles de la gauche sont inadaptées face à cette crise. Savez-vous que lorsque vous détenez un patrimoine de 5 650 euros, vous appartenez déjà aux 50 % les plus riches de la planète et avec 350 000 euros, au 1 % plus riche ? La grande question n’est donc plus de faire croître le gâteau mais de renouer avec le sens des limites, donc de primer la politique et la culture. Nous devons en finir avec l’idée de toute-puissance ou de monde sans limites. Cette crise est donc à la fois une catastrophe mais aussi la dernière chance pour la gauche de se refaire en cessant de refouler la grande question du partage. Ce qui veut dire en finir avec le capitalisme, mais aussi avec une certaine gauche. L’objectif ne peut plus et ne doit plus être de faire grossir le gâteau, le PIB, mais de changer sa recette : qu’est-ce qu’on produit ? comment ? pour quels besoins ? Cette crise appelle à réhabiliter les autres dimensions de nos personnalités : la dimension politique, certes, mais aussi morale, artistique, gourmande, poétique. Cette gauche morale doit être celle d’un socialisme gourmand et du Verbe. Cette gauche n’a pas tant besoin d’experts que de poètes : songeons à ce qu’ont été la place des poètes dans la Résistance, la part des chants dans les révolutions. Nous ne luttons pas seulement contre l’exploitation et la domination ou la destruction de la planète, mais pour la dignité, pour la vie bonne, la joie de vivre.

Par définition, toute morale prétend à l’universalité. Cette prétention ne peut-elle pas avoir pour effet de masquer les contradictions du réel, de la société telle qu’elle est ?

PAUL ARIÈS. Dire que le débat moral masque les enjeux de classe est un vieux discours. Dans ma jeunesse, certains courants de gauche lançaient des mots d’ordre tels que « pollution = piège à cons ». Leur idée, c’était qu’il y avait des enjeux plus sérieux que l’environnement, à savoir la défense du pouvoir d’achat. Dire que le débat moral serait réactionnaire, c’est aussi oublier, comme on le fait depuis des décennies, que les milieux populaires sont foncièrement du côté de la morale. Ce constat a été ma grande surprise lors de l’écriture de mon ouvrage sur la Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance : les gens de peu ont été durant des siècles porteurs de morale, d’habitus totalement anticapitalistes. On peut même dire qu’être révolutionnaire n’a jamais exclu le fait d’être conservateur en matière de défense des valeurs, des modes de vie, etc. Cette morale populaire n’a rien de commun avec le « droitde- l’hommisme  » d’un Kouchner ou le « jouir sans entraves » d’un Cohn-Bendit.

YVON QUINIOU. La question du caractère idéologique ou non de la morale traverse le marxisme, et Marx lui-même. Celui-ci a pu la définir comme « l’impuissance mise en action », pour lui opposer l’analyse scientifique concrète de la réalité sociale et l’appel au politique pour transformer cette réalité. C’est en s’appuyant sur ce Marx qu’Althusser s’est risqué à réduire la morale à un « traitement imaginaire des problèmes réels ». Cette vision n’est pas dénuée de fondement, mais elle est unilatérale. Il y a une dimension normative irréductible de la politique en général et de la politique marxienne en particulier. Marx l’a reconnue dans sa jeunesse, même s’il l’a niée ensuite dans le discours explicite qu’il tient sur son oeuvre et son engagement. Et elle affleure constamment dans son texte sous la forme de prises de position normatives : indignation, colère, dénonciation virulente de l’injustice du capitalisme. Son texte n’est donc pas seulement scientifique, il est aussi critique, et il ne le serait pas s’il n’était porté par des valeurs que la science ne saurait justifier. Il faut donc admettre ce que disait Rousseau dans l’Émile : « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront rien à chacune des deux ! » De plus, la morale faisant référence à l’Universel, il faut prendre au mot le discours universaliste que la bourgeoisie tient, souvent hypocritement, et le retourner contre elle : vous parlez de liberté et d’égalité, eh bien, mettez-les donc en pratique dans votre politique !

PAUL ARIÈS. La question fondamentale me paraît être celle du rapport entre la science, ou connaissance objective, et les universaux que l’on se donne. Car on ne se révolte pas seulement au nom des « lois de l’histoire » mais parce qu’on a un haut-le-coeur devant le travail des enfants, l’humiliation, le mépris du faible. La politique de gauche est fondée sur des intérêts de classe, mais aussi sur une morale. La science peut informer nos normes et nos valeurs, mais pas les fonder. Prenons l’exemple de l’égalité. Aujourd’hui, lorsque je parle d’égalité à mes étudiants, ils me renvoient à des faits objectifs, notamment biologiques. Ils passent donc totalement à côté de l’égalité comme fiction humanisante. Si nous étions égaux en faits, la question de l’égalité ne se poserait pas. C’est nous qui choisissons de nous reconnaître comme égaux ! Poser la question de la morale, c’est donc interroger nos fictions humanisantes ou pas. Les récits dominants d’aujourd’hui constituent des fictions déshumanisantes.

YVON QUINIOU. Je dirais pour ma part qu’il y a dans la critique indissociablement politique et morale de la réalité un formidable potentiel de mobilisation des individus. Une gauche authentique ne doit pas se contenter, en effet, de faire appel aux intérêts, elle doit susciter aussi la capacité proprement humaine de dénoncer ou d’approuver la réalité d’un point de vue moral.

La démocratie est également en crise, et cela remonte bien avant le déclenchement de la crise systémique actuelle. Peut-on établir un lien avec le ralliement d’une partie de la gauche à un pragmatisme étroit, un esprit purement gestionnaire ?

YVON QUINIOU. Oui, absolument. On assiste, selon moi, à une vraie « démoralisation » de l’esprit public, qui facilite l’acceptation du système. Elle est liée à la diffusion d’une idéologie à la fois économiste et techniciste, qui vise à dépolitiser la vie sociale en naturalisant l’économie capitaliste. L’idée que la justice commande que l’on répartisse autrement les richesses et qu’on puisse donc apporter des solutions politiques aux maux de notre société tend à être éliminée. Bien sûr, j’exclus de cette critique les communistes, pour autant qu’ils sachent être clairs avec les fondements normatifs de leur engagement, et la gauche extrême. Parallèlement, on assiste au renforcement d’une idéologie ultra-individualiste, qui est proprement celle du libéralisme. Elle tarit la sensibilité à la dimension collective des problèmes, exacerbe l’égoïsme et pousse à la concurrence interindividuelle. En même temps, elle tente de faire porter aux individus la responsabilité des maux sociaux, soit via leur libre arbitre (les chômeurs ne recherchent pas d’emploi), soit via leur nature (les délinquants sont violents de naissance). Dans tous les cas, la causalité sociale du malheur est occultée et on nous apprend à ne pas la voir. Il ne faut donc pas sous-estimer le rôle de l’idéologie dans la situation actuelle. Au contraire, il faut être offensif sur ce terrain : cela permet d’être raisonnablement optimiste car on peut changer les idées des hommes ! En même temps, il faut impérativement essayer de réactiver la conscience morale collective !

PAUL ARIÈS. Yvon Quiniou a raison : la crise du politique renvoie très clairement à une crise morale. Tout simplement parce que le capitalisme ne peut pas faire société. Quand on parle de société capitaliste, c’est un véritable abus de langage. Le capitalisme est générateur d’incivilités, il engendre une vie sans urbanité. La gauche a trop longtemps sous-estimé ce danger, comme elle sous-estime la dangerosité de ce courant que l’on nomme le transhumanisme et qui prétend engendrer une post humanité débarrassée de nos petites faiblesses. Le capitalisme vert est prêt à adapter la planète mais aussi l’humain à ses besoins. Face à cette véritable menace de « désespècement », la gauche devrait rappeler que l’humanité n’est grande que dans le respect de ses faiblesses, c’està- dire le respect des plus faibles mais aussi de la part faible de chacun.

La montée en puissance dans l’opinion publique des questions écologiques révèle-t-elle un besoin de morale, la quête d’une nouvelle éthique ?

PAUL ARIÈS. La question que pose l’écologie antiproductiviste (qui n’a rien à voir avec le capitalisme vert de Sarkozy, de Cohn-Bendit ou du Medef), c’est de marier le « principe responsabilité » (Hans Jonas) et le « principe espérance » (Ernst Bloch). Il n’y aura pas de nouvel espoir à gauche sans cela. Il y a aujourd’hui deux démarches écologistes : d’une part, celle qui est fondée sur la science et la culpabilisation des individus, avec le danger de tomber dans un discours du type « salauds de pauvres qui osez revendiquer alors qu’il y a le feu à la planète » ; d’autre part, celle dont je me réclame, qui n’est pas dans l’ordre de la culpabilisation, mais du désir, qui sait susciter l’envie de changer la vie. Nous ne gagnerons que si nous menons le combat sur les modes de vie. Le véritable enjeu, c’est de reconstruire du collectif autour des cultures populaires. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, la seule région au monde où le socialisme se conjugue au présent, à savoir l’Amérique latine et centrale, est celle où l’on a su marier le marxisme et les cultures indigènes.

YVON QUINIOU. Je prendrai les choses de manière un peu différente, tout en partageant l’essentiel de ce qui vient d’être dit. Il faut bien préciser les rapports respectifs de l’écologie à la morale et à l’éthique. Il y a selon moi deux écologies : l’écologie de préférence et l’écologie d’existence. La première consiste à valoriser la nature par opposition à la culture. C’est ce que l’on retrouve dans la « Deep Ecology » aux États-Unis. Elle ne relève pas d’un enjeu interhumain et elle n’a aucun caractère obligatoire. Pour ces deux raisons, elle échappe à la morale stricto sensu et relève plutôt d’une éthique. La deuxième renvoie à une crise qui met en jeu les conditions naturelles de la vie humaine sur terre. Cette écologie d’existence est habitée par un impératif proprement moral, qui est de tout faire pour assurer la reproduction de cette vie. Ensuite, il est certain qu’il faut chercher aussi à améliorer la qualité de la vie. Faut-il pour autant aller jusqu’à remplacer le paradigme marxiste par un paradigme écologique  ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Car on pourrait très bien imaginer une société où les conditions de la vie seraient respectées pour tous, mais où il y aurait toujours des exploiteurs et des exploités. La question sociale demeure donc primordiale.

PAUL ARIÈS. Pour ma part, et tous les objecteurs de croissance ne partagent pas ce point de vue, le développement d’une gauche antiproductiviste enfin optimiste est bien une façon de revisiter le marxisme et de refonder le communisme. C’est pour cela que je mets au coeur de ma réflexion la défense et l’extension de la sphère de la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. Nous devons passer d’un pack de droits sociaux fondés sur le travail à un nouveau pack de droits sociaux, tout aussi émancipateurs, fondés sur le droit à une vie bonne : il faut pour cela un revenu d’existence couplé à un revenu maximal autorisé. L’alternative est entre la barbarie et la victoire des nouveaux partageux.

YVON QUINIOU. La question de la place du travail est complexe et on ne saurait l’éliminer, vu son importance anthropologique. Par contre, il faut récuser l’idée que le capitalisme aurait pour but de nous permettre de consommer. L’économiste hétérodoxe John Galbraith, dans son dernier ouvrage, remet en cause la notion de « société de consommation ». Pour lui, on est dans une société de production : le système produit à la fois des objets et les sujets consommateurs de ces objets. Et derrière la production d’objets, il y a production de profits. C’est déjà ce que pointait Marx. Et c’est par ce biais-là que je rejoins la question, en effet décisive, de savoir si ce qui est produit correspond ou non à de vrais besoins. Dans l’économie capitaliste, c’est la valeur d’échange qui est essentielle, alors que dans une économie de type communiste, c’est l’usage qui l’emporterait.

Si, pour remobiliser, la gauche a besoin de réimpulser du désir, peut-elle s’appuyer pour ce faire sur son patrimoine humaniste ?

YVON QUINIOU. Oui, absolument. Marx dit que le communisme « n’est pas un idéal sur lequel la réalité devrait se régler », mais « le mouvement réel qui abolit l’état actuel ». Je réponds qu’il est aussi un idéal sur lequel la réalité devra se régler. On entend constamment dire que lorsqu’on est matérialiste, on ne peut avoir d’exigences morales. Je ne suis pas d’accord. Comme Darwin l’a montré dans la Filiation de l’homme, la morale est une compétence naturelle de l’homme développée par l’histoire ; et c’est au travers de celle-ci qu’elle parvient à saisir son contenu universel. Le critère de l’universel, c’est que les intérêts de tous soient satisfaits. C’est pourquoi la morale, dans sa formulation kantienne, nous commande de ne jamais réduire l’autre à l’état de moyen ou d’instrument pour les fins que l’on poursuit. Elle réclame aussi, corrélativement, l’autonomie de l’être humain. Du coup, si on la prend au sérieux, on voit que, dans toute sa rigueur, elle mène au communisme. Comme l’a dit magnifiquement Ernst Bloch dans Droit naturel et dignité humaine, le communisme, « c’est ce qu’on avait longtemps cherché sous le nom de morale ».

PAUL ARIÈS. L’autonomie est en effet le bon critère de jugement d’une morale. Charles Péguy disait cependant de Kant : « Il a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » Je crois donc qu’il est essentiel de penser la morale de façon incarnée. Il faut libérer déjà les corps de la pesanteur des institutions, du travail (« perdre sa vie à la gagner  »), de la publicité, de la mode, du culte de la santé parfaite, tout ce qui conduit à considérer son propre corps comme un capital à valoriser. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme sans révolution anthropologique. Être communiste, pour moi, c’est être un adepte de la lenteur, un partisan de la reterritorialisation, un défenseur des collectifs, des modes de vie populaires. À chacun son éthique mais une seule morale pour tous : le partage, le don.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT ETRE

(*) Yvon Quiniou a notamment publié Athéisme et matérialisme aujourd’hui, aux éditions Pleins Feux (2004). Dernier ouvrage (à paraître) : Éthique, morale et politique. Changer l’homme ? Éditions l’Harmattan. Paul Ariès vient de publier la Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, aux éditions la Découverte et, en collaboration avec Florence Leray, Cohn-Bendit, l’imposture, aux éditions Max Milo.

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Tribune & idées

5 Mars 2010, 16:03pm

Publié par PCF Villepinte

Le travail vivant au cœur du débat communiste.

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Par Ivan Lavallée, professeur des universités, directeur de programme au cnrs.

un dépassement irréversible du capitalisme est-il possible ?

Le dépassement du capitalisme doit consister en une démarche irréversible. Ce dépassement doit créer une société qui rende impossible le retour en arrière, contrairement aux expériences socialistes du XXe siècle, à l’est de l’Europe. Elles ont échoué, et les tentatives en cours actuellement dans le reste du monde sont fragiles parce qu’à aucun moment elles n’ont dépassé le capitalisme – au sens du développement des forces productives. Les révolutions bourgeoises avaient permis, en revanche, ce dépassement  : même si des formes monarchiques peuvent subsister ou réapparaître çà ou là, la façon dont les marchandises sont produites et échangées (ce qui fonde la société) ne permettrait pas un retour à l’Ancien Régime, au-delà de la question des formes du pouvoir.

Les sociétés humaines sont caractérisées par la façon dont les produits de l’activité humaine sont élaborés, partagés ou échangés. C’est du travail des hommes qu’il faut partir pour comprendre les logiques internes des sociétés. Le capitalisme a dépassé l’ancien système féodal grâce à la révolution industrielle qui a cassé le mode de production, et donc d’organisation de la société, basé sur la terre. Ce nouveau mode a nécessité la libération de la force de travail permettant de créer un marché sur lequel le prolétaire puisse aller vendre cette force. Aujourd’hui, le travail change de nature, la révolution industrielle est, dans nos pays, terminée, les forces productives matérielles passent du travail de la matière palpable au travail de conception, d’organisation et de service. Le prolétariat se diversifie, il s’identifie au salariat. C’est dans la composition organique du capital que se trouve la contradiction fondamentale, dans la dynamique de l’exploitation elle-même. En effet, la logique du mode de production capitaliste consiste à réduire sans cesse le rôle du travail vivant dans la composition capitalistique en accumulant tant et plus de capital constant. Dans la mesure où toute valeur est déterminée par le temps de travail vivant, le principe même qui régit le système est mis en cause. Dans la composition du capital, le temps de travail tend à jouer un rôle de plus en plus négligeable par rapport à l’ensemble du capital matériel (ou capital fixe), c’est ce qui s’exprime sous une autre forme dans la baisse tendancielle du taux de profit. Mesurer alors la valeur en temps de travail social revient à mesurer l’éternité en secondes  !

Si l’histoire de l’humanité est celle de ses forces productives, alors l’objectivation forte du communisme tient au développement desdites forces. La puissance des hommes sur la nature (le développement des forces productives) est devenue telle qu’un petit groupe d’êtres humains, voire des individus peuvent mettre en cause la vie de millions d’autres, voire de l’humanité tout entière. C’est ce qui rend nécessaire la propriété collective de ces moyens d’action et rend obsolète le capitalisme, comme mode de production et comme rapport social. Le rapport de l’humanité à la nature est en train de changer, une vision globale est en train de s’imposer. La mondialisation capitaliste et des forces productives fait que les actions humaines concernent maintenant l’ensemble de la planète. Le sort des uns dépend de celui des autres. C’est pourquoi on ne peut poser le problème de la gestion rationnelle des ressources de la planète dans le cadre du capitalisme. On est ainsi passé du socialisme possible au communisme nécessaire. Le problème majeur qui reste posé est celui de savoir ce qu’il convient de faire et comment, pour qui et pourquoi  ? Le poids du passé pèse toujours sur les consciences, les reculs momentanés et les incompréhensions brouillent les pistes, comme les remises en cause qu’ils induisent, sous l’effet, surtout, de l’idéologie de la classe qui domine, la bourgeoisie, qui fait passer ses intérêts immédiats avant ceux, immédiats et à plus long terme, de l’ensemble de la collectivité humaine. Mais il reste que cette classe, en dépit de son égoïsme et de sa capacité de nuisance, parce qu’elle est aussi constituée d’individus, est confrontée aujourd’hui aux problèmes qui se posent à tous en termes de survie de l’humanité. Il y a là sans aucun doute un réservoir d’alliés potentiels pour le mouvement révolutionnaire. Engels puis Marx nous donnent deux « définitions » du communisme  : « Le communisme, c’est lorsque les usines tourneront toutes seules » et « Le communisme, c’est lorsque le travail sera devenu le premier besoin social de l’homme. » C’est dans la tension entre ces deux formulations qu’il nous faut chercher une voie.

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Enjeux / Idées :

1 Mars 2010, 07:14am

Publié par PCF Villepinte

Le nouvel étage de la crise, par Patrick Le Hyaric

Durant toutes ces dernières semaines, on a jeté en pâture à nos concitoyens, comme à un spectacle de cirque, un nauséabond débat sur l’identité nationale, les voiles et les burqas, une mise en scène médiatico-politique de l’affaire Clearstream, une pincée de sécuritaire, des petites phrases peu ragoûtantes. Tout ceci a servi à camoufler la réalité des pas d’ogre d’une crise sociale qui écrase les familles populaires et celles qui, jusqu’ici, se croyaient à l’abri. Dans ce théâtre d’ombres, des spécialistes des oscillations de la crise – qui ne prévoient d’ailleurs jamais rien et expliquent tout…après coup -, le nez levé sur les seules cotations de la bourse, ont voulu faire croire que la crise, tel un mauvais nuage poussé par le vent, se terminait. Ils parlaient évidemment des spéculateurs qui se portaient mieux. Car, comme nous n’avons cessé de l’écrire ici, ceux qui n’ont que leur travail, leur retraite ou leurs maigres allocations pour vivre, vont être poussés à l’étage supérieur de la crise sociale.


16 février 2010

Voilà qu’après avoir sauvé le secteur bancaire ainsi que quelques grandes entreprises et abaissé la fiscalité des plus fortunés, les États doivent combler les déficits et les dettes qu’ils ont ainsi créés.

Autrement dit, dans toute l’Union Européenne, on demande aujourd’hui aux peuples de payer les pots cassés. Comment ? En pression sur les salaires, en chômage, en soins plus chers, en démantèlement des services publics, en recul de l’âge ouvrant droit à la retraite, en diminution de la protection sociale, en difficultés d’accès au crédit pour les PME et les collectivités locales, alors que la taxe professionnelle est supprimée.

Les gouvernements semblent s’être défiés dans une sorte de championnat du monde des plans de rigueur et d’austérité, pour une prétendue vertu budgétaire, mais contre les populations.

En remerciement de leur sauvetage par les États, les marchés financiers, ces aigles prédateurs, composés des banques, des institutions financières et des assurances, à qui des responsables politiques ont donné carte blanche, s’attaquent aux finances des États en difficulté, comme c’est le cas de l’Islande, de la Grèce, de l’Espagne ou du Portugal. Ils font de l’argent par la spéculation sur la dette des États.

Ainsi la totalité de l’impôt sur le revenu collecté dans notre pays sert à payer les frais financiers générés par la dette. Au lieu de leur résister, les gouvernements se couchent, et font payer la crise aux peuples.

Cette crise économique, sociale, écologique, fait naître désormais une crise politique qui prend racine dans les mensonges assénés depuis des années sur la nature des Traités de Maastricht et de Lisbonne.

Ni l’Union monétaire, ni l’Euro ne créent un système de solidarité et de coopération entre les pays européens, en faveur de leurs habitants. L’Euro n’est pas une monnaie commune pour le travail, la formation, l’impulsion d’une grande et nouvelle politique industrielle, agricole, de services ou d’infrastructures. Elle est une monnaie gérée par la seule Banque Centrale Européenne indépendante au service des spéculateurs et contre les travailleurs.

Le sacro-saint principe de « concurrence libre » n’est qu’un venin injecté de force dans le corps des États, qui fait mourir les modèles sociaux existants.

Ainsi, la concurrence fiscale conduit à abaisser sans cesse la fiscalité du capital et à le faire payer aux populations, en réduction de services et en impôts supplémentaires sur le travail et les familles.

A l’opposé, il serait maintenant nécessaire d’obtenir une directive pour une fiscalité commune sur les grandes entreprises et les banques de l’Union Européenne. Le corset du pacte de stabilité sauterait pour être remplacé par un pacte coopératif de développement humain durable, favorable au travail, à la formation, et à la construction d’infrastructures communes, en lien avec les défis écologiques.

Un mécanisme contre la fraude fiscale et l’évasion des capitaux devrait être mis en place qui taxerait lourdement les mouvements de capitaux spéculatifs. Les paradis fiscaux fermés. Une première modification des traités européens devrait conduire à changer le rôle et les missions de la Banque Centrale Européenne, pour une monnaie européenne solidaire au service des peuples.

Autant d’alternatives qui appellent partout à développer la résistance sociale et politique, solidarité des travailleurs à l’intérieur de l’Union Européenne ; des travailleurs d’Opel à ceux de Renault, des salariés des services publics de toute l’Union Européenne, des familles populaires de Grèce, d’Espagne, du Portugal, de France et d’ailleurs, qui ont les mêmes intérêts.

Leur unité est indispensable face à l’internationale des spéculateurs protégée par les gouvernements et l’Europe des marchands.

Cette résistance doit se manifester à l’occasion des élections régionales, pour des régions qui deviennent des points d’appui pour de nouveaux choix ancrés à gauche et dans les mouvements sociaux et citoyens. Résistance sociale et propositions neuves pour un post-capitalisme social et écologique sont à l’ordre du jour.

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Pourquoi Bernard-Henri Lévy n’est pas un grand penseur, ni un grand progressiste

27 Février 2010, 07:18am

Publié par PCF Villepinte

Aveugle à la réalité du monde social

Par Yvon Quiniou, philosophe.

Pauvre BHL  ! À l’occasion de la sortie d’un gros recueil de divers écrits et d’un petit livre, De la guerre en philosophie, il vient de mettre en place, comme d’habitude, une batterie de promotion médiatique impressionnante  : articles sur lui ou interviews de lui dans
le Figaro, le Point (où il tient une chronique),
le Nouvel Observateur, Libération, le Monde, émissions de radio ou de télévision, etc. (à quand une affiche dans le métro  ?). Le problème est qu’il n’est pas content et qu’il le dit  : alors qu’il entend, par ces deux ouvrages, se donner enfin une stature philosophique et réaffirmer l’importance magistrale de son engagement progressiste, il se trouve qu’il ne fait pas l’unanimité sur ces points et qu’on le lui rappelle. D’où sa colère et ses rages publiques. Faut-il le plaindre comme on plaint un baudet qui s’expose aux coups  ?

Soyons clairs sur les deux points du débat  : BHL n’est ni un grand penseur ni un grand progressiste. Ayant lu la plupart de ses livres quelque peu ambitieux, à commencer par
la Barbarie à visage humain et le Testament de Dieu, ou encore l’Idéologie française, je peux dire que je n’ai retenu de lui aucun concept particulier, ni aucune vision d’ensemble dont je puisse faire usage dans mon travail de philosophe, ne fût-ce que pour les contester, comme c’est le cas, à l’opposé des idées d’un René Girard ou d’un Régis Debray  : aussitôt lu, aussitôt oublié, même quand c’est bien écrit (ce qu’il faut reconnaître). D’où ce décalage ahurissant entre une notoriété énorme et une faiblesse théorique tout aussi énorme, qui était le propre du mouvement des « nouveaux philosophes » qu’il avait lancé dans les années 1970 avec, en particulier, André Glucksmann.

Quant à son prétendu progressisme, il faut le démystifier. S’appuyant sur l’idée, qui n’est pas nouvelle, qu’il y a une nature humaine marquée par un mal irréductible, il n’a cessé de se battre contre toute tentative d’améliorer substantiellement les rapports sociaux et l’humanité, qui en est inséparable, tentative dans laquelle il voit une « volonté de pureté » matrice du totalitarisme. C’est dire qu’à l’horizon de son combat politique le plus constant, il y a, bien plus que le fascisme (dont il oublie de signaler qu’il a toujours été associé au capitalisme), le marxisme, ce qu’il vient récemment d’avouer. Incapable de distinguer clairement le message politique de Marx de ce qui s’est fait en son nom au XXe siècle, il prétend qu’il mène nécessairement à « l’asservissement », ce qui constitue, j’ose le dire, une bêtise qui donne une idée de l’infini. Du coup, sa définition de la gauche, dont il se réclame (il se dit proche de Ségolène Royal) et dont il se veut désormais le héraut sinon le héros, est d’une fadeur désolante  : cette gauche accepte clairement le système capitalise et les motivations anthropologiques qui l’habitent, comme la compétition économique, la recherche du profit et le règne de l’argent, qu’il serait dangereux de vouloir abolir, et il trouve même, dans la philanthropie aux États-Unis, une bonne solution pour la redistribution des richesses (vive les dames patronnesses  !). Dans un ouvrage antérieur, la Gauche à la renverse, où il évoque les marqueurs de la gauche selon lui, la question sociale est quasiment absente et il avoue d’ailleurs qu’elle lui est largement « indifférente ». D’où une définition curieuse du programme qu’il propose aux socialistes  : une gauche antitotalitaire, antifasciste et anticolonialiste. Définition curieuse puisque le totalitarisme, au sens où il l’entend, a disparu pour l’essentiel (la question de la Chine est autrement complexe), comme le fascisme. Le colonialisme politique, lui non plus, n’est pas vraiment d’actualité  : il a été remplacé par un néocolonialisme économique qui tient à la domination du libéralisme sur l’ensemble de la planète, qui ne le scandalise pas outre mesure.

BHL ne veut donc pas voir la réalité de notre monde social en face et le comprendre avec les concepts qui seuls conviennent, comme ceux de l’exploitation, de l’oppression, de la domination et de l’aliénation, comme il ne veut pas se battre pour une politique égalitaire de justice sociale et d’émancipation collective aussi bien qu’individuelle. Il préfère les combats lointains (Bosnie, Afghanistan, etc.) pour des causes qui ne sont pas toujours claires, où il est fréquemment seul et donc en vedette (une caméra n’est jamais loin), et il ne supporte pas, par exemple, le retour en force de « l’hypothèse communiste » chez les philosophes, nouveau démon qui nous menacerait. Je ne peux m’empêcher de déceler, derrière tout cela, un réel manque de courage politique et intellectuel, et de me dire qu’on a raison, finalement, de crier « haro sur le baudet » !

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Témoignage

21 Février 2010, 08:05am

Publié par PCF Villepinte

"Les MJC fabriquaient des hommes libres, là était peut-être le danger…"
soitAuteur, compositeur, chanteur de Marcel et son orchestre, candidat du front de gauche en région Nord-Pas-de-Calais, Franck Vandecasteele est l’invité de la semaine de l’Humanité.

J’ai été animateur puis travailleur social pendant dix-sept ans avant de faire Marcel à temps complet. Pour devenir animateur, comme tout le monde j’ai commencé par le Bafa. On l’obtient si on est capable de débarrasser la table, dire bonjour, donner la main et si on sait faire traverser la rue à un groupe. Le Bafa n’est pas un diplôme, c’est un brevet, mais il suffit pour que l’on vous confie des enfants. La plupart des animateurs n’ont pas d’autres qualifications. Tous les soirs dans les garderies et les centres sociaux, les mercredis, samedis et durant les vacances scolaires, on a besoin d’animateurs.

Le temps libre est plus important que le temps passé à l’école. Les diplômes dans le secteur de l’animation ne sont pas nombreux, pas très qualifiants et permettent rarement d’obtenir un emploi correct. La gestion du temps libre n’est pourtant pas une mince affaire. Savoir ne pas se faire chier n’est pas inné.

Dans les quartiers populaires, l’animateur est une personne référente et ne doit pas juste être un accompagnateur vers le bowling, le flash-ball où encore le cinéma. Il a un rôle social déterminant et doit avoir des compétences à transmettre pour aider les jeunes à trouver des satisfactions ailleurs que dans la consommation. J’ai cependant énormément de mal à comprendre comment des personnes très peu qualifiées, bien souvent en échec scolaire, peuvent se voir confier une charge aussi lourde.

Développer des métiers dans l’animation et redonner vie aux Maisons des jeunes et de la culture est une nécessité. Mettre de l’argent dans ce domaine, c’est investir pour l’avenir. Ce n’est pas avec des caméras de surveillance et une politique sécuritaire que l’on aidera les quartiers. Je dois énormément de choses aux mouvements d’éducation populaire. Dans le quartier où j’ai grandi, dans les années 1980, la Maison des jeunes a été un lieu formidable. J’y ai appris la photo, la sérigraphie, réalisé des fresques et débuté la musique. J’y ai appris à m’émanciper, à oser fréquenter les musées, les théâtres, à aller au concert, à lire la presse. 
Le danger était peut-être là  : 
les MJC fabriquaient des hommes libres.

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Mandela, le long combat contre l'apartheid

10 Février 2010, 22:47pm

Publié par PCF Villepinte


Le 11 février 1990, Nelson Mandela, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, était enfin libre au terme de 27 années de prison.
Retour sur l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle
.

Le 15 octobre 1989, sept compagnons de Nelson Mandela emprisonnés avec lui dans le sinistre bagne de Robben Islands, au large de la ville du Cap, sont libérés par le pouvoir de l’apartheid. « Je savais que je n’aurai plus longtemps à attendre », écrit Mandela dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. De fait, le 11 février 2010, il y a vingt ans jour pour jour, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sort de sa prison. Une libération fêtée dans le monde entier par tous ceux qui se sont mobilisés depuis des années parce que c’est la première grande victoire contre ce régime honni, soutenu presque jusqu’au bout par les « démocraties occidentales ».

Lui dont on ne connaissait que quelques photos réalisées dans les années cinquante, alors qu’il n’avait que la quarantaine, stupéfait le monde entier, ému, avec sa chevelure grisonnante. Mais avec le recul, ce qui a sans doute le plus surpris lorsqu’on l’a vu avec, à ses côtés, celle qui était encore son épouse, Winnie, c’est la dignité de cet homme que le pouvoir blanc ne voulait pas seulement faire plier : il voulait le briser. Il n’y parviendra pas. En avril 1964, déjà emprisonné (il a été arrêté le 5 août 1962), devant ses juges qui le condamneront à la perpétuité, Mandela déclare : « J’ai combattu la domination blanche, j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et atteindre. Mais s’il en était besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

« J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie ». Nelson Mandela.

Mandela va rejoindre sa cellule dans le bagne de Robben Island, une île au large de la ville du Cap. Il devient le prisonnier matricule 466-64. Il ne recouvrira la liberté que vingt-sept ans plus tard. « La prison ne vous vole pas seulement votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité », écrit-il. « C’est par définition un État purement autoritaire qui ne tolère ni indépendance ni individualité. » Au combat politique s’ajoutait donc celui pour la dignité du prisonnier. « Toute demande de livre qui contenait le mot “rouge”, même s’il s’agissait du Petit Chaperon rouge, était rejetée par les censeurs », se souvient-il.

Lors de son premier discours, prononcé depuis le balcon de l’hôtel de ville du Cap, il dit : « Je suis là devant vous non pas comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. Ce sont vos inlassables et héroïques sacrifices qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je remets entre vos mains les dernières années qui me restent à vivre. » Surtout, au grand dam des dirigeants de l’apartheid et de ceux des pays occidentaux (notamment Margaret Thatcher, alors premier ministre britannique), il exprime sa profonde gratitude à l’ANC, au Parti communiste sud-africain et aux combattants de l’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, plus connue sous le nom de MK. Bien que libre, à ce moment-là, Mandela, comme tous les Noirs d’Afrique du Sud, ne possède toujours pas le droit de vote et l’apartheid est toujours en place. « Je suis un membre loyal et discipliné de l’ANC, en accord total avec sa stratégie et sa lutte sur tous les fronts, lance-t-il devant une foule émue. Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer la lutte armée. » Il demande également le maintien des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud.

« Nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple ». Georges Marchais

Politiquement, les années qui suivent sa libération sont éprouvantes. Les négociations, commencées le 2 mai 1990, traînent en longueur. Il apparaît que le président blanc Frederik De Klerk, soutenu par les Occidentaux, cherche avant tout à conserver le pouvoir et à diviser l’ANC et le Parti communiste. Pendant qu’il discute, sa police poursuit d’ailleurs sa répression. Certains tentent, aujourd’hui d’oublier les manœuvres de De Klerk, voyant en lui un visionnaire et un homme de paix. C’est oublier que la lutte de l’ANC et de ses alliés et le soutien des progressistes et des démocrates dans le monde entier ont contraint ce régime à desserrer l’étau.
En France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde et n’ouvriront guère leurs colonnes ou leurs antennes à ceux qui, ici, soutenaient ce combat : les Rencontres nationales contre l’apartheid, le Mouvement anti-apartheid, et encore moins au Parti communiste français (PCF), seul parti à s’être résolument et totalement engagé dans cette lutte. Notre journal prendra toute sa place dans cet engagement.

Le combat des communistes en faveur de la libération de Nelson Mandela, de ses compagnons et pour la fin de l’apartheid est un combat du premier jour. Dès le procès de Rivonia (1963-1964), qui devait envoyer au bagne le leader de l’ANC, c’est à la tribune de l’Assemblée nationale qu’intervient la député communiste, Marie-Claude Vaillant-Couturier en faveur des inculpés. Les manifestations vont se succéder, que ce soit à l’occasion de la terrible répression du mouvement noir, particulièrement des massacres de Soweto, ou pour dénoncer la complicité des autorités françaises qui arment l’apartheid et lui fournissent des centrales nucléaires. Des actions seront menées pour empêcher l’importation de marchandises en provenance d’Afrique du Sud, tel le charbon.
Le combat n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. La Fête de l’Humanité 1985 en porte la marque. Un immense concert, réunissant Max Roach, Eddy Louis, Salif Keita, Bernard Lubat et Manu Dibango, est donné. Une délégation élue par les centaines de milliers de participants, conduite par le directeur du journal, Roland Leroy, est chargée de se rendre à Matignon pour exiger que la France boycotte à 100 % le régime de l’apartheid.

En juillet 1988, Mandela fête ses soixante-dix ans en prison. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, lui adresse un message l’assurant, de la part des communistes français, de « nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple la contribution croissante qu’ils appellent ». Il ajoute : « Nous combattons et combattrons toutes les complicités, d’où qu’elles viennent, à l’égard d’un pouvoir qui a montré à l’opinion française jusqu’où il pouvait aller en faisant assassiner sur notre sol notre camarade Dulcie September (assassiné à Paris par l’apartheid en 1988 — ndlr). » Le successeur de Dulcie, Solly Smith, se verra remettre, le 20 juillet, dans les locaux de l’Humanité, plus de 3 000 messages de soutien adressés par les lecteurs. « Le Nobel pour Mandela » : la proposition faite par Georges Marchais est approuvée par les participants au meeting de la Fête de l’Humanité 1988. Cette campagne va crescendo. Le 9 décembre, sous un chapiteau dressé au Champ-de-Mars, 20 000 personnes participent à une soirée ou se succèdent musique et témoignages. Joëlle Kauffmann, Valérie Kaprisky, Roger Hanin s’associent à cette campagne. Le 31 janvier, le Comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde, que préside Georges Marchais, se rend à Oslo. Il rencontre le directeur du comité Nobel, Jacob Sverdrup. Á La Courneuve, la Fête de l’Humanité se met aux couleurs de l’ANC. Le portrait de Nelson Mandela est partout, popularisant encore plus le combat contre l’apartheid et pour la libération du dirigeant de l’ANC.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Quelques semaines plus tard il se rend à Paris. Au sortir des rendez-vous officiels, il rencontre, au siège du PCF, place du Colonel-Fabien, Georges Marchais qu’il appelle « mon camarade » dans une interview à l’Humanité. En 1993, il reçoit le prix Nobel de la paix, consécration de son combat et de celui de ces millions de personnes qui ont manifesté pendant des années alors que les gouvernements d’Europe de l’Ouest et des États-Unis soutenaient le régime d’apartheid.
Les artistes se mobilisent également contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela. En 1974, humainement et politiquement ému par cette situation, le plasticien d’origine niçoise Ernest Pignon-Ernest recouvre les murs de Nice (que la mairie de droite a jumelé avec celle du Cap malgré la ségrégation) de ces terribles sérigraphies ou l’on voit une famille africaine derrière des grillages. Un engagement qui se poursuivra avec les artistes contre l’apartheid que Pignon-Ernest animera avec le peintre Antonio Saura. Un musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes sillonne la planète avec une promesse : l’ensemble sera remis au premier gouvernement démocratique. En 1996, deux ans après l’élection de Nelson Mandela comme président de la République sud-africaine, Ernest Pignon-Ernest lui remettra personnellement les « clés » de ce musée pas comme les autres, dans les locaux du Parlement, au Cap.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994, à l’issue d’une campagne électorale si épuisante qu’on se demande comment un homme de son âge a pu la supporter ! Certainement grâce à cet enthousiasme qu’il avait chevillé au corps et qui lui faisait dire pendant les meetings électoraux : «  Je voudrais tous vous mettre dans ma poche. J’ai soixante-quinze ans et avec vous j’ai l’impression d’en avoir seize. Vous êtes ceux qui m’inspirez à chaque jour de ma vie. » Élu président, il se met tout entier au service de cette cause : bâtir une nouvelle nation, une nation débarrassée de l’apartheid ou le mot « race » n’a plus aucune signification. En ce sens, la création de la Commission vérité et réconciliation (TRC) a permis d’ouvrir un chemin original, « entre amnistie et amnésie », parce que, comme le répétait Mandela, « nous pouvons pardonner mais nous ne pouvons pas oublier ».

Pierre Barbancey

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A-10 02 05 : 1848 naissance de la république bourgeoise

6 Février 2010, 21:56pm

Publié par PCF Villepinte

C'est dimanche, un peu de temps pour un rappel historique plein d'enseignements, avec l'autorisation de Canaille le Rouge

Paris 11: Barricades rue Saint-Maur 25juin1848

BarricadeRueSaintMaur25juin1848-copie-1.jpg











1848
LA REPUBLIQUE BOURGEOISE. Michel Peyret

« La République de février fut conquise par les ouvriers avec l'aide passive de la bourgeoisie.

« Les prolétaires se considéraient à bon droit comme les vainqueurs de février et ils avaient les prétentions arrogantes des vainqueurs.

« Il fallait qu'ils fussent vaincus dans la rue, il fallait leur montrer qu'ils succombaient dès qu'ils luttaient non avec la bourgeoisie, mais contre elle.

« De même que la République de Février avec ses concessions socialistes nécessita une bataille du prolétariat uni à la bourgeoisie contre la royauté, de même une seconde bataille était nécessaire pour détacher la République de ses concessions socialistes, pour mettre en relief la « République bourgeoise », détenant officiellement le pouvoir.

« C'est les armes à la main qu'il fallait que la bourgeoisie réfutât les revendications du prolétariat.

« Et le véritable lieu de naissance de la République bourgeoise n'est pas la « victoire de février, c'est la défaite de juin. »

( Karl Marx – Les luttes de classes en France – 1848- 1850 )

 

DES TEMPS QUI DONNENT SENS A L'HISTOIRE

 

Dans le mouvement de l'histoire, il est des périodes qui donnent sens pour longtemps à ce mouvement et qui, souvent aussi, mettent en relief l'esprit, l'essence ou le contenu de la phase en cours, qui quelquefois éclairent et déterminent les caractéristiques des siècles suivants.

 

Depuis Platon, la République est, dans le très long temps, une construction des humains, au sens que Marx donnait à cette construction:

 

« La production des idées, des représentations et de la conscience, est d'abord directement et intimement mêlée à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes: elle est le langage de la vie réelle. » ( L'idéologie allemande )

Il faudra ainsi plusieurs civilisations pour en venir en cette partie du monde à une époque où une idée de République peut devenir une concrétisation pour succéder aux formes féodales et monarchiques des sociétés.

 

1789, ANNEE DE LA RUPTURE

 

En France, l'année 1789 est donnée pour être l'expression de cette rupture, de ce passage d'une forme de société à une autre, de cette « révolution » qui permet la transition de la domination d'une classe sur la société à une autre classe qui dominera à son tour.

 

En 1789, c'est la bourgeoisie qui aspire à cette domination. En réalité, des formes capitalistes de production se sont déjà développées dans les sociétés occidentales.

 

Et c'est quand la bourgeoisie capitaliste veut donner toute l'extension possible à son mode de production, qu'elle veut accéder au pouvoir d'Etat pour institutionnaliser les conditions de différente nature indispensables à son développement.

 

En fait, ce sera l'objet de toute une période historique d'affrontements où se succéderont plusieurs formes d'Etat, républiques, consulat et directoire, empires, restaurations monarchiques...jusqu'à ce que la République se donne à elle-même des successions républicaines...

 

1848 DONNE UN SENS PARTICULIER A LA REPUBLIQUE

 

Pourquoi l'année 1848 apporte-t-elle une signification particulière?

Pour Lénine en 1913, c'est Marx qui a mis en évidence cette singularité, n'est-ce pas en cette année-là que Marx et Engels publient Le Manifeste du Parti communiste, et c'est loin, très loin, d'être une coïncidence étrange.

 

« L'essentiel de la doctrine de Marx, dit Lénine, c'est qu'elle a mis en lumière le rôle historique mondial du prolétariat comme bâtisseur de la société socialiste. » Marx l'avait appelée communiste, mais ce n'est pas là notre débat aujourd'hui.

 

« Depuis, poursuit Lénine, l'histoire universelle se divise nettement en trois périodes principales:

-1) de la Révolution de 1848 à la Commune de Paris ( 1871 );

-2) de la Commune de Paris à la Révolution russe ( 1905 );

-3) de la Révolution russe à nos jours... »[1]

 

1848, L'ANNEE DES REVOLUTIONS

 

La Révolution de 1848?

 

Il faudrait cependant préciser que cette année 1848 a connu plusieurs révolutions en différents pays d'Europe, tandis que la France pour sa part en a connu deux, celle de février qui met fin au règne timoré de Louis-Philippe 1er, et les journées tragiques de juin.

 

Pour Lénine, au début de ce qu'il considère être la première période,

 

« la doctrine de Marx est loin d'être dominante, elle n'est que l'une des très nombreuses fractions ou courants du socialisme...

 

« La Révolution de 1848 porte un coup mortel à toutes ces formes bruyantes, bigarrées, tapageuses du socialisme d'avant Marx.

 

« Dans tous les pays, la révolution montre à l'oeuvre les différentes classes de la société.

 

1848 REVELE LA NATURE SOCIALISTE DU PROLETARIAT

 

« Le massacre des ouvriers par la bourgeoisie républicaine dans les journées de juin 1848, à Paris, achève de fixer la nature socialiste du prolétariat, du prolétariat seul.

 

« La bourgeoisie libérale redoute l'indépendance de cette classe, cent fois plus que la pire réaction.

 

« Le libéralisme peureux rampe devant cette dernière.

 

« la paysannerie se contente de l'abolition des vestiges du féodalisme et se range du côté de l'ordre; elle ne balance que rarement entre la démocratie ouvrière et le libéralisme bourgeois... »

 

« Dans tous les autres pays d'Europe, une évolution plus confuse et moins achevée conduit toujours à une société bourgeoise constituée.

 

« A la fin de la première période ( 1848-1871 ), période de tempêtes et de révolutions, le socialisme d'avant Marx meurt.

 

« Des partis prolétariens indépendants naissent: la première internationale ( 1864-1872 ) et la social-démocratie allemande.

 

LA REVOLUTION OUBLIEE

 

Dans un ouvrage qui vient de sortir, « 1848, la révolution oubliée », Mauricio Gribaudy et Michèle Riot-Sarcey rappellent sans fioritures que la révolution de février 1848 a mis fin à la monarchie de juillet ( 1830 ) et inauguré la brève expérience de la 2eme République.

 

« Mais, disent-ils, quatre mois après cet immense espoir, l'armée et les gardes mobiles ont brisé l'insurrection des ouvriers et des artisans parisiens.

 

« Pendant plusieurs jours, la République a bombardé et massacré les insurgés, tuant plusieurs milliers d'entre-eux. »

 

C'est cette histoire tragique et oubliée, trop oubliée, que restitue ce livre qui, s'appuyant largement sur les récits de témoins ou acteurs des évènements, d'Alexis de Tocqueville à Georges Sand, de Flaubert à Lamartine, rend compte de ce temps d'ouverture exceptionnel à l'espérance et à la liberté de penser, tout en retraçant la fatale succession des drames par lesquels cette société est passée du rève au cauchemar.

 

LE SECRET DU 19EME SIECLE

 

Marx et Engels vont cependant aller plus avant dans ce qui constitue le fondamental de cette période, allant bien au-delà des évènements de la seule année 1848.

 

En 1856, avec un certain recul, Marx, dans un discours à une fête du journal des chartistes de Londres, en montre bien les enjeux considérables:

 

« Les révolutions de 1848 furent des épisodes, de tout petits craquements, de toutes petites déchirures dans l'écorce solide de la société bourgeoise.

 

« Mais elles dévoilent l'abîme que recouvrait cette écorce, sous laquelle bouillonnait un océan sans fin capable, une fois déchaîné, d'emporter des continents entiers.

 

« Elles annoncèrent à grand fracas l'émancipation du prolétariat, secret du 19eme et de sa révolution.

 

LA VAPEUR, L'ELECTRICITE, LES INVENTIONS

 

« Cette révolution, il est vrai, ne fut pas une trouvaille de l'année 1848.

 

« La vapeur, l'électricité, les inventions diverses avaient un caractère révolutionnaire autrement dangereux que les bourgeois Barbès, Raspail et Blanqui.

 

« Mais sentons-nous l'atmosphère que nous respirons et qui pourtant pèse sur nous d'un poids de 10 000 kilos?

 

« La société européenne de 1848 ne sentait pas davantage l'atmosphère révolutionnaire qui la baignait et pesait sur elle de toute part.

 

« Il est un fait important qui caractérise le 19eme siècle et qu'aucun parti ne saurait nier.

 

« D'un côté, ce siècle a vu naître des forces industrielles et scientifiques qu'on n'aurait même pas imaginé à une époque antérieure.

 

« D'autre part, les signes se multiplient d'une déchéance telle qu'elle éclipsera même la fameuse décadence des dernières années de l'empire romain.

 

« De notre temps, toute chose paraît grosse de son contraire.

 

« La machine qui possède le don prodigieux d'agréger et de féconder le travail humain, entraîne la faim et l'excès de travail.

 

« Les nouvelles forces de richesses que l'homme vient d'acquérir se transforment, par un caprice étrange du sort, en sources de misère.

 

« On dirait que chaque victoire de l'art se paie par une perte de caractère.

 

L'HOMME DEVIENT L'ESCLAVE DES HOMMES

 

« L'humanité acquiert la maîtrise de la nature, mais, en même temps, l'homme devient l'esclave des hommes et de sa propre infamie.

 

« La pure lumière de la science elle-même semble avoir besoin, pour resplendir, du contraste de l'ignorance.

 

« Toutes nos découvertes, et tout notre progrès, ont pour résultat, semble-t-il, de doter les forces matérielles d'une vie intelligente et de ravaler l'homme au niveau d'une simple force matérielle.

 

« Cet antagonisme entre la science et l'industrie modernes d'une part, la misère et la décadence de l'autre, cette contradiction entre les forces productives et les conditions sociales de notre époque est un fait, un fait patent, indéniable, écrasant...

 

LES OUVRIERS, DE NOUVEAUX HOMMES

 

« Certains partis peuvent en gémir, d'autres souhaiter l'anéantissement des découvertes modernes pour se délivrer par là-même des conflits actuels.

 

« Libre à eux d'imaginer qu'un progrès aussi marqué en économie doit, pour être complet, s'accompagner d'une régression non moins marquée en politique.

 

« Quant à nous, nous ne voulons pas méconnaître l'esprit solide qui travaille activement à dénouer ces contradictions.

 

« Nous savons que les nouvelles forces de la société n'ont besoin, pour faire œuvre utile, que de nouveaux hommes.

 

« Ces hommes, ce sont les ouvriers. »

 

L'APPROPRIATION DES MOYENS DE PRODUCTION PAR LA SOCIETE

 

Engels, qui écrit l'introduction à « Les luttes de classes en France, 1848-1850 », déjà citées au début de cet article, évoque un autre ouvrage de Marx, « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte », confirme l'importance de ces textes et écrit:

 

« Ce qui donne à notre ouvrage une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie: l'appropriation des moyens de production par la société.

 

« Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail », qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire:

 

 « Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques.

 

« Donc, pour la première fois, se trouve formulée la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc...que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif... »

 

UNE SEULE PERIODE REVOLUTIONNAIRE DE LONGUE DUREE

 

Revenons, pour l'instant encore, à la révolution de février ( 1848 ).

 

Lorsqu'elle éclate, poursuit Engels, « nous étions tous, quant à la façon dont nous concevions les conditions et le cours des mouvements révolutionnaires, sous la hantise de l'expérience historique passée, notamment celle de la France.

 

« N'est-ce pas précisément de cette dernière qui, depuis 1789, avait dominé toute l'histoire de l'Europe, qu'était parti encore une fois le signal du bouleversement général?

 

« Aussi, était-il évident et inévitable que ses idées sur la nature et la marche de la révolution « sociale » proclamées à Paris en février 1848, de la révolution du prolétariat, furent fortement teintées des souvenirs des modèles de 1789 et de 1830!

 

« Et, notamment, lorsque le soulèvement de Paris trouve son écho dans les soulèvements victorieux de Vienne, Milan et Berlin, lorsque toute l'Europe jusqu'à la frontière russe fut entraînée dans le mouvement, lorsqu'ensuite au mois de juin, à Paris, la première grande bataille pour le pouvoir se livra entre le prolétariat et la bourgeoisie, lorsque la victoire même de sa classe ébranla la bourgeoisie de tous les pays au point qu'elle se réfugia à nouveau dans les bras de la réaction monarchiste-féodale qu'on venait seulement de renverser, nous ne pouvions dans les circonstances d'alors absolument plus douter que le grand combat décisif était commencé, qu'il faudrait le livrer dans une seule période révolutionnaire de longue durée et pleine d'alternatives, mais qu'il ne pouvait se terminer que par la victoire définitive du prolétariat... »

 

L'HISTOIRE NOUS A DONNE TORT

 

C'est ce que considère Engels pour qui l'histoire « a montré clairement que l'état de développement économique sur le continent était alors bien loin encore d'être mûr pour la suppression de la production capitaliste.

 

Elle l'a prouvé par la révolution économique qui, depuis 1948, a gagné tout le continent et qui n'a véritablement donné droit de cité qu'à ce moment à la grande industrie en France, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, et dernièrement en Russie, et fait de l'Allemagne un pays industriel de premier ordre – tout cela sur une base capitaliste, c'est-à-dire encore très capable d'extension en 1848.

 

« Or, c'est précisément cette révolution industrielle qui, la première, a partout fait la lumière sur les rapports de classes, supprime une foule d'existences intermédiaires provenant de la période manufacturière...engendrant une véritable bourgeoisie et un véritable prolétariat de grande industrie et les poussant l'un et l'autre au premier plan du développement social... »

 

LA REPUBLIQUE BOURGEOISE:

PERPETUER LA DOMINATION DU CAPITAL,

L'ESCLAVAGE DU TRAVAIL

 

Marx, lui, froidement, très réaliste, veut faire apparaître la signification profonde et durable de l'évènement.

 

« Ce fut la bourgeoisie qui contraignit le prolétariat de Paris à l'insurrection de juin.

 

« De là son arrêt de condamnation.

 

« Ses besoins immédiats avoués ne le poussaient pas à vouloir obtenir par la violence le renversement de la bourgeoisie, il n'était pas encore de taille pour cette tâche.

 

« Force fut au Moniteur de lui apprendre officiellement que le temps n'était plus où la république jugeait à propos de rendre les hommes à ses illusions, et seule la défaite le convainquit de cette vérité que la plus infime amélioration de sa situation reste une utopie au sein de la république bourgeoise, utopie qui se change en crime dès qu'elle veut se réaliser.

 

« A ses revendications, outrées par la forme, puériles par le contenu, et par là-même encore bourgeoises dont il voulait arracher la concession à la révolution de février, se substitua l'audacieux mot d'ordre de lutte révolutionnaire: Renversement de la bourgeoisie! Dictature de la classe ouvrière!

 

« En faisant de son lieu funéraire le berceau de la République bourgeoise, le prolétariat força celle-ci à apparaître aussitôt sous sa forme pure comme l'Etat dont le but avoué est de perpétuer la domination du capital, l'esclavage du travail.

 

« Les yeux toujours fixés sur l'ennemi couvert de cicatrices, implacable et invincible, -invincible parce que son existence à lui est la condition de sa propre vie à elle – force était à la domination bourgeoise libérée de toute entrave de semer aussitôt un terrorisme bourgeois... »

 

 

La république bourgeoise a sans doute, depuis, évolué dans ses formes, mais n'a-t-elle pas conservé intact l'essence de son pouvoir?

 

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Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

1 Février 2010, 06:43am

Publié par PCF Villepinte

Bouffon(s)

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Nicoléon. Pris par le vacarme assourdissant 
de mimiques verbales ronronnantes surjouées, symbolisant à elles seules cette phraséologie rudimentaire dont il est coutumier et qui, depuis plus de deux ans, rapetisse la fonction, nous eûmes soudain la stupéfaction d’entendre ces quelques mots, agrémentés d’une énorme absence de négation  : 
« Une nation, c’est comme une famille. On dit ce qui va, on dit ce qui va pas. C’est un peu ce qu’on fait entre nous. » Avec Nicoléon, les fautes de français font tellement partie de ses interventions qu’une espèce de seuil de tolérance a depuis beau temps été enfoncé… Là, sur le plateau de TF1 faussement transformé 
en brasserie (côté déco) mais carrément en café du commerce (côté ambiance), nous vîmes de loin le Pernaut des ménagères de 13 heures acquiescer du menton, l’air satisfait 
de cette diatribe nicoléonienne. Vous aussi, vous vous êtes dit que quelque chose d’incongru, de grave, venait d’être prononcé  ?

« Révolte » ?  Jusque-là, les paroles échangées par les invités du « panel » avaient témoigné avec une certaine vérité de la souffrance significative vécue par une ultra-majorité 
de nos concitoyens, doublée d’une inquiétude en l’à-venir 
si ténue qu’elle nous fait craindre le meilleur (la révolte collective) comme le pire (le repli, le nihilisme, l’égoïsme). Dans ce chamboulement d’idées qui surgissaient en nous – trop d’idées d’un coup pour une émission aussi navrante qu’annoncée –, nous eûmes au moins la satisfaction de voir Pierre Le Ménahès, ce syndicaliste CGT de l’automobile, non seulement lui tenir tête, pas impressionné par la théâtralisation, mais lui demander les yeux dans les yeux ce qu’il attendait pour « taxer les revenus financiers ». En somme, s’attaquer au pouvoir de l’argent roi. Exhortation restée sans réponse. Nicoléon n’avait rien à dire, sinon sa « révolte » (sic) contre les injustices. 
La bonne blague. Au milieu de paroles totalement démonétisées et contredites par son action quotidienne, Nicoléon n’avait qu’une métaphore pétainiste à faire valoir  : « Une nation, 
c’est comme une famille. » Face à l’insécurité sociale, 
la précarité, l’exclusion, la division, la stigmatisation, la pauvreté et l’incertitude, cette référence régressive libérale nationale 
et identitaire avait de quoi nous faire peur. À cinquante-cinq ans, Nicoléon endosse l’ex-costume maréchaliste du « père 
de la nation ». Pas de ciel au loin mais un seul horizon. 
Chacun sait qu’il est surtout le patron de « l’entreprise France » gagnée par l’une des contre-révolutions conservatrices 
les plus impressionnantes de ces dernières décennies…

Môquet. Les temps sont donc durs et les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules… Ainsi, un livre dont 
nous avions entendu parler et pour lequel on nous prédisait 
« le pire », a fini par atterrir entre nos mains. Sachez-le, le résultat est bien au-delà de ce que nous redoutions  : ni plus ni moins qu’une deuxième mort de Guy Môquet  ! Cosigné par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, professeurs et surtout spécialistes 
en anticommunisme lucratif, ce torchon s’appelle l’Affaire 
Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle. 
Le titre résume à lui seul le contenu. D’ailleurs, le supplice 
du jeune Guy n’est qu’un prétexte. La quasi-totalité du livre n’existe que pour dénoncer toute idée d’engagement plus 
ou moins communiste. Le parti pris, qui se base en totalité 
sur la parole policière de l’époque (sic), vise autant à plaquer un « point de vue » sur l’histoire qu’à sa falsification. 
Nos deux grands « enquêteurs » doutent en effet que Guy Môquet ait été résistant en quoi que ce soit, puisque, affirment-ils, il n’a jamais tué le moindre Allemand… Leur sentence est donc contresignée  : vivant ou mort, Môquet n’était pas un héros. 
Mais tenez-vous bien. Berlière et Liaigre légitiment 
les arrestations des députés et autres militants du PCF, 
ce « parti de l’étranger ». Pourquoi les justifient-ils  ? Parce 
qu’elles étaient conformes à la loi  ! Vous avez bien lu. 
Il aurait fallu par la même occasion passer de Gaulle par les armes et tous ceux qui refusaient le régime de Vichy, l’Occupation… Forcément, que vient faire un gamin 
de dix-sept ans fusillé en 1941, un titi parisien qui n’aurait 
même pas été torturé lors de son passage à la préfecture 
de police, sauf « une gifle peut-être », osent-ils écrire… N’en jetez plus. Môquet, Timbaud, le député Charles Michels et les martyrs de Châteaubriant, tous les suppliciés du Mont-Valérien sont-ils donc morts pour que, soixante-dix ans plus tard, un débat 
de démagogues sur l’« identité nationale » remette 
au goût du jour une vision ethnicisée de la France empruntée 
à Maurras, Barrès et Pétain, rouvrant la voie à tous 
les extrémistes  ? Après l’agression faite à la mémoire 
de Môquet par Nicoléon, on aimerait franchement connaître 
les commanditaires de ce livre qu’il ne faut surtout pas acheter. Le nôtre a fini dans la poubelle.

Clearstream. Michelet disait de la France qu’elle était une nation d’historiens. Ces derniers 
se souviendront qu’un homme, cette semaine, a été relaxé 
après avoir été déclaré « coupable » par le prince-président 
avant même son procès. Nicoléon aime tellement la promotion des histrions qu’il est devenu lui-même l’un de ces bouffons. Triste époque.

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Crise systèmique

30 Janvier 2010, 07:47am

Publié par PCF Villepinte

Crise : faut-il se contenter de résister ? trava+
Les 14 et 15 janvier à Vienne, plus de cinquante économistes, historiens, élus, universitaires, militants de gauche venus de seize pays européens ont confronté leurs opinions sur la crise économique et financière. L’Humanité des débats pose la question : Comment les forces progressistes doivent-elles adapter leur stratégie à cette nouvelle donne ?

L’interprétation de la crise [1]est une question décisive pour la gauche. Elle détermine évidemment les réponses à élaborer et à mettre en débat dans la société. Comment les forces progressistes doivent-elles adapter leur stratégie à cette nouvelle donne ? Les objectifs émancipateurs doivent-ils être revus à la baisse, sous la contrainte d’une réalité plus dure, de reculs sociaux et civilisationnels à l’œuvre dans tous les pays européens, ou au contraire la gauche doit-elle affirmer avec plus de force un projet de rupture avec la logique néolibérale ? Ce questionnement a traversé le séminaire de Vienne, qui était animé par Walter Baier, coordinateur de Transform ! Europe et Élisabeth Gauthier (Espaces Marx France).

A lire dès à présent, le point de vue de Miguel Portas, député européen portugais (Bloc de gauche/groupe GUE-GVN).

Un programme d’ajustement budgétaire d’une brutalité inouïe

Nous sommes confrontés à la première crise systémique du capitalisme dans l’ère de la globalisation. Mais la situation est paradoxale : comment comprendre que la plupart des réponses à la crise soient déterminées et exécutées au niveau national ? La dimension mondiale de la crise a obligé les principaux États du monde à introduire de nouveaux dispositifs internationaux : ils ont mis en place le G20, ont revitalisé le Fonds monétaire international et ont créé une sorte de coordination informelle sur le plan financier. Mais un an et demi après le krach des Bourses, en septembre 2008, aucune décision fondamentale n’a été prise en commun. L’une des raisons qui poussent à des réponses nationales, c’est la question du temps international des décisions. Dans le temps accéléré dans lequel nous vivons, le temps est une clé essentielle pour déterminer l’échelle territoriale du choix politique.

L’Union européenne a essayé de prendre une série de mesures qui s’articulent autour d’un budget européen, qui reste insensible à la crise (1 % du PIB et soumis au critère de déficit zéro) et d’un transfert massif de l’endettement sur les États nationaux. On a flexibilisé le pacte de stabilité et de croissance de façon à absorber les déficits au niveau national. On a tardé à baisser les taux d’intérêt. 400 milliards d’euros ont été injectés dans le système financier. Et on a discuté d’un paquet de mesures financières.

L’investissement privé est en panne. La sortie de la crise par les exportations est obstruée par une survalorisation de l’euro face au dollar. Un programme d’ajustement budgétaire au niveau des États nationaux doit être appliqué, entre 2011 et 2013, qui va mettre les dépenses sociales sous une pression inouïe. Selon les pays, on parle de réduction des déficits de 1 % à 3 % par an. C’est une réponse brutale visant à réaliser, en trois ans, ce que la politique monétariste n’a pu faire en quinze ans. 2011 sera l’heure de vérité pour les chefs d’État et pour la gauche politique.

Notre réponse traditionnelle consiste à résister dans des luttes sur des revendications à l’échelle nationale. C’est déterminant. Mais il faut s’attendre à ce que la poursuite de l’augmentation du chômage fasse monter la peur, et non pas qu’elle encourage la lutte.

De ce point de vue, les possibilités sont limitées. Si nous n’organisons la résistance qu’au plan national, nos propositions refléteront inévitablement les inégalités de développement entre les différents pays. Nous devons travailler sérieusement à l’articulation de la résistance au niveau national avec une exigence commune de refondation démocratique et sociale de l’Union européenne. Cela doit se traduire par des choix politiques clairs et compréhensibles par les citoyens. La discussion budgétaire au niveau européen peut nous aider. Pour la gauche, la sortie de la crise doit passer par deux voies : la répartition des frais de la crise entre le capital et le travail et entre les territoires à l’intérieur de l’Union. Cela nécessite de faire entrer le budget européen -qu’il faudrait porter à 2 % du PIB- dans le débat politique.

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Quel payasge de L’enseignement supérieur et de la recherche, un an après le grand conflit ?

23 Janvier 2010, 12:25pm

Publié par Daniel JUNKER

 

Les enjeux politiques d’un moment à la dimension collective indéniable
cherche
Par JEAN FABBRI, MAîTRE DE CONFERENCES DE MATHEMATIQUES À L’UNIVERSITé DE TOURS.

Le plus long et le plus massif des conflits sociaux de 2009 a surgi il y a juste un an. De février à avril 2009, des dizaines de milliers d’universitaires, de chercheurs ont affiché, par la grève et des manifestations considérables (plus de 100 000 personnes), leur attachement aux libertés scientifiques que rendent possibles à la fois les statuts – des établissements et des personnels – et, s’ils existent, des financements publics massifs.

Revenir sur ce moment politique à la dimension intellectuelle collective indéniable éclaire de multiples enjeux  : quelle sortie de crise  ? Quelles fonctions assigner à la recherche publique et à l’élargissement de l’accès – et de la réussite – des étudiants dans l’enseignement supérieur  ? Quelle régulation  ? Une stratégie politique qui cherche à contrôler comme
jamais le monde universitaire peut-elle réussir en France  ? Esquissons des pistes de réponses en trois points.

1) Le gouvernement veut aveugler l’opinion par des annonces de milliards d’euros (en réalité 400 millions par an, soit l’inflation). L’« effet Loto » est facile en temps de crise, mais ni le grand emprunt ni la logique de rivalité (et son corollaire, le déclassement) qu’induisent les primes individuelles ne résistent à l’analyse. L’exemple de l’Institut Pasteur, bridé en 2009 par les moins-values boursières, donne déjà à réfléchir. Ce « nouveau » plan – lié à l’emprunt – se révèle fondamentalement stérile par le refus de toute création d’emploi statutaire de chercheur, d’enseignant-chercheur, de technicien et de personnel des bibliothèques.

Pourtant, les besoins sont là  : pour la réussite des étudiants via des pédagogies adaptées, pour l’ouverture la plus large possible des thématiques de recherche sur une durée qui dépasse l’horizon d’un contrat (trois ou quatre ans), il faut, en nombre, des universitaires stables. Un plan pluriannuel de recrutement maîtrisé n’est pas plus coûteux sur trente ans que le remboursement de la dette liée à cet emprunt (intérêt et capital)… et nous savons que cela aurait un impact scientifique bien plus considérable.

2) La crise économique, de l’emploi et de l’accès à l’emploi, est habilement exploitée par le patronat et le pouvoir pour agiter l’idée de « quotas de boursiers » dans l’accès aux formations supérieures affichées comme les plus prestigieuses. Ce faux débat est biaisé de façon multiple. Il occulte la nécessité d’élever pour le plus grand nombre – et pas seulement dans une perspective d’employabilité – le niveau de formation de l’immense majorité des jeunes. Il tend à figer une inégalité de moyens (financements, encadrement) entre les établissements. Il va à l’encontre d’une convergence cohérente au sein du service public universitaire de l’ensemble des formations post-baccalauréat, appuyée sur une globale refonte des allocations versées aux jeunes. Il ignore les enjeux aigus d’une bataille déclenchée par le patronat qui vise à vider de leurs dimensions qualifiantes les diplômes universitaires au profit des « compétences » et des réseaux d’anciens élèves mesurés par les seuls employeurs. La double logique du désengagement et de la focalisation sur des niches dites d’innovation et de rentabilité est le credo économique imposé. L’État entraîne sur ce terrain les collectivités locales. Dans la campagne électorale des régionales, la surenchère gagne les régions et les forces politiques qui entendent les gérer. Ainsi, au lieu d’une stratégie scientifique et de formation fondée sur l’état réel des savoirs et des questionnements (dont l’appréciation pertinente ne peut être qu’au moins nationale), se met en place une logique parcellisée de guichets pour subventions.

3) Partout, universités, campus, Pres, CNRS… explosent sous l’effet des dysfonctionnements que les choix budgétaires et la loi LRU ont monstrueusement engendrés. Cette faillite met en lumière l’écroulement de la citoyenneté universitaire. Le modèle collégial, qui s’est imposé au fil des siècles et partout dans le monde dans l’enseignement supérieur et la recherche, demande à être réhabilité et sans doute réapproprié au-delà de sa sphère originelle. Il est possible de construire des coopérations et des synergies entre laboratoires, entre établissements, dans le cadre du service public pour les deux missions fondamentales de recherche et de formation, si la collégialité et l’ouverture sur la société en sont les poumons.

L’acharnement du pouvoir autour des universités dessine sa visée de normalisation à la fois idéologique et scientifique, pour contrecarrer tout ce qui peut mettre en péril des intérêts d’entreprise (amiante, OGM, ondes…) et leurs critères de gestion. Il faut plonger dans ces enjeux avec audace contre les turpitudes de la loi LRU vers un autre horizon législatif. La vigueur des résistances à la révision brutale de la formation et du recrutement des enseignants montre qu’enraciné dans le puissant mouvement de l’hiver dernier, l’élan perdure.

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