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tribunes et idees

Pourquoi Bernard-Henri Lévy n’est pas un grand penseur, ni un grand progressiste

27 Février 2010, 07:18am

Publié par PCF Villepinte

Aveugle à la réalité du monde social

Par Yvon Quiniou, philosophe.

Pauvre BHL  ! À l’occasion de la sortie d’un gros recueil de divers écrits et d’un petit livre, De la guerre en philosophie, il vient de mettre en place, comme d’habitude, une batterie de promotion médiatique impressionnante  : articles sur lui ou interviews de lui dans
le Figaro, le Point (où il tient une chronique),
le Nouvel Observateur, Libération, le Monde, émissions de radio ou de télévision, etc. (à quand une affiche dans le métro  ?). Le problème est qu’il n’est pas content et qu’il le dit  : alors qu’il entend, par ces deux ouvrages, se donner enfin une stature philosophique et réaffirmer l’importance magistrale de son engagement progressiste, il se trouve qu’il ne fait pas l’unanimité sur ces points et qu’on le lui rappelle. D’où sa colère et ses rages publiques. Faut-il le plaindre comme on plaint un baudet qui s’expose aux coups  ?

Soyons clairs sur les deux points du débat  : BHL n’est ni un grand penseur ni un grand progressiste. Ayant lu la plupart de ses livres quelque peu ambitieux, à commencer par
la Barbarie à visage humain et le Testament de Dieu, ou encore l’Idéologie française, je peux dire que je n’ai retenu de lui aucun concept particulier, ni aucune vision d’ensemble dont je puisse faire usage dans mon travail de philosophe, ne fût-ce que pour les contester, comme c’est le cas, à l’opposé des idées d’un René Girard ou d’un Régis Debray  : aussitôt lu, aussitôt oublié, même quand c’est bien écrit (ce qu’il faut reconnaître). D’où ce décalage ahurissant entre une notoriété énorme et une faiblesse théorique tout aussi énorme, qui était le propre du mouvement des « nouveaux philosophes » qu’il avait lancé dans les années 1970 avec, en particulier, André Glucksmann.

Quant à son prétendu progressisme, il faut le démystifier. S’appuyant sur l’idée, qui n’est pas nouvelle, qu’il y a une nature humaine marquée par un mal irréductible, il n’a cessé de se battre contre toute tentative d’améliorer substantiellement les rapports sociaux et l’humanité, qui en est inséparable, tentative dans laquelle il voit une « volonté de pureté » matrice du totalitarisme. C’est dire qu’à l’horizon de son combat politique le plus constant, il y a, bien plus que le fascisme (dont il oublie de signaler qu’il a toujours été associé au capitalisme), le marxisme, ce qu’il vient récemment d’avouer. Incapable de distinguer clairement le message politique de Marx de ce qui s’est fait en son nom au XXe siècle, il prétend qu’il mène nécessairement à « l’asservissement », ce qui constitue, j’ose le dire, une bêtise qui donne une idée de l’infini. Du coup, sa définition de la gauche, dont il se réclame (il se dit proche de Ségolène Royal) et dont il se veut désormais le héraut sinon le héros, est d’une fadeur désolante  : cette gauche accepte clairement le système capitalise et les motivations anthropologiques qui l’habitent, comme la compétition économique, la recherche du profit et le règne de l’argent, qu’il serait dangereux de vouloir abolir, et il trouve même, dans la philanthropie aux États-Unis, une bonne solution pour la redistribution des richesses (vive les dames patronnesses  !). Dans un ouvrage antérieur, la Gauche à la renverse, où il évoque les marqueurs de la gauche selon lui, la question sociale est quasiment absente et il avoue d’ailleurs qu’elle lui est largement « indifférente ». D’où une définition curieuse du programme qu’il propose aux socialistes  : une gauche antitotalitaire, antifasciste et anticolonialiste. Définition curieuse puisque le totalitarisme, au sens où il l’entend, a disparu pour l’essentiel (la question de la Chine est autrement complexe), comme le fascisme. Le colonialisme politique, lui non plus, n’est pas vraiment d’actualité  : il a été remplacé par un néocolonialisme économique qui tient à la domination du libéralisme sur l’ensemble de la planète, qui ne le scandalise pas outre mesure.

BHL ne veut donc pas voir la réalité de notre monde social en face et le comprendre avec les concepts qui seuls conviennent, comme ceux de l’exploitation, de l’oppression, de la domination et de l’aliénation, comme il ne veut pas se battre pour une politique égalitaire de justice sociale et d’émancipation collective aussi bien qu’individuelle. Il préfère les combats lointains (Bosnie, Afghanistan, etc.) pour des causes qui ne sont pas toujours claires, où il est fréquemment seul et donc en vedette (une caméra n’est jamais loin), et il ne supporte pas, par exemple, le retour en force de « l’hypothèse communiste » chez les philosophes, nouveau démon qui nous menacerait. Je ne peux m’empêcher de déceler, derrière tout cela, un réel manque de courage politique et intellectuel, et de me dire qu’on a raison, finalement, de crier « haro sur le baudet » !

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Témoignage

21 Février 2010, 08:05am

Publié par PCF Villepinte

"Les MJC fabriquaient des hommes libres, là était peut-être le danger…"
soitAuteur, compositeur, chanteur de Marcel et son orchestre, candidat du front de gauche en région Nord-Pas-de-Calais, Franck Vandecasteele est l’invité de la semaine de l’Humanité.

J’ai été animateur puis travailleur social pendant dix-sept ans avant de faire Marcel à temps complet. Pour devenir animateur, comme tout le monde j’ai commencé par le Bafa. On l’obtient si on est capable de débarrasser la table, dire bonjour, donner la main et si on sait faire traverser la rue à un groupe. Le Bafa n’est pas un diplôme, c’est un brevet, mais il suffit pour que l’on vous confie des enfants. La plupart des animateurs n’ont pas d’autres qualifications. Tous les soirs dans les garderies et les centres sociaux, les mercredis, samedis et durant les vacances scolaires, on a besoin d’animateurs.

Le temps libre est plus important que le temps passé à l’école. Les diplômes dans le secteur de l’animation ne sont pas nombreux, pas très qualifiants et permettent rarement d’obtenir un emploi correct. La gestion du temps libre n’est pourtant pas une mince affaire. Savoir ne pas se faire chier n’est pas inné.

Dans les quartiers populaires, l’animateur est une personne référente et ne doit pas juste être un accompagnateur vers le bowling, le flash-ball où encore le cinéma. Il a un rôle social déterminant et doit avoir des compétences à transmettre pour aider les jeunes à trouver des satisfactions ailleurs que dans la consommation. J’ai cependant énormément de mal à comprendre comment des personnes très peu qualifiées, bien souvent en échec scolaire, peuvent se voir confier une charge aussi lourde.

Développer des métiers dans l’animation et redonner vie aux Maisons des jeunes et de la culture est une nécessité. Mettre de l’argent dans ce domaine, c’est investir pour l’avenir. Ce n’est pas avec des caméras de surveillance et une politique sécuritaire que l’on aidera les quartiers. Je dois énormément de choses aux mouvements d’éducation populaire. Dans le quartier où j’ai grandi, dans les années 1980, la Maison des jeunes a été un lieu formidable. J’y ai appris la photo, la sérigraphie, réalisé des fresques et débuté la musique. J’y ai appris à m’émanciper, à oser fréquenter les musées, les théâtres, à aller au concert, à lire la presse. 
Le danger était peut-être là  : 
les MJC fabriquaient des hommes libres.

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Mandela, le long combat contre l'apartheid

10 Février 2010, 22:47pm

Publié par PCF Villepinte


Le 11 février 1990, Nelson Mandela, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, était enfin libre au terme de 27 années de prison.
Retour sur l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle
.

Le 15 octobre 1989, sept compagnons de Nelson Mandela emprisonnés avec lui dans le sinistre bagne de Robben Islands, au large de la ville du Cap, sont libérés par le pouvoir de l’apartheid. « Je savais que je n’aurai plus longtemps à attendre », écrit Mandela dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. De fait, le 11 février 2010, il y a vingt ans jour pour jour, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sort de sa prison. Une libération fêtée dans le monde entier par tous ceux qui se sont mobilisés depuis des années parce que c’est la première grande victoire contre ce régime honni, soutenu presque jusqu’au bout par les « démocraties occidentales ».

Lui dont on ne connaissait que quelques photos réalisées dans les années cinquante, alors qu’il n’avait que la quarantaine, stupéfait le monde entier, ému, avec sa chevelure grisonnante. Mais avec le recul, ce qui a sans doute le plus surpris lorsqu’on l’a vu avec, à ses côtés, celle qui était encore son épouse, Winnie, c’est la dignité de cet homme que le pouvoir blanc ne voulait pas seulement faire plier : il voulait le briser. Il n’y parviendra pas. En avril 1964, déjà emprisonné (il a été arrêté le 5 août 1962), devant ses juges qui le condamneront à la perpétuité, Mandela déclare : « J’ai combattu la domination blanche, j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et atteindre. Mais s’il en était besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

« J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie ». Nelson Mandela.

Mandela va rejoindre sa cellule dans le bagne de Robben Island, une île au large de la ville du Cap. Il devient le prisonnier matricule 466-64. Il ne recouvrira la liberté que vingt-sept ans plus tard. « La prison ne vous vole pas seulement votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité », écrit-il. « C’est par définition un État purement autoritaire qui ne tolère ni indépendance ni individualité. » Au combat politique s’ajoutait donc celui pour la dignité du prisonnier. « Toute demande de livre qui contenait le mot “rouge”, même s’il s’agissait du Petit Chaperon rouge, était rejetée par les censeurs », se souvient-il.

Lors de son premier discours, prononcé depuis le balcon de l’hôtel de ville du Cap, il dit : « Je suis là devant vous non pas comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. Ce sont vos inlassables et héroïques sacrifices qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je remets entre vos mains les dernières années qui me restent à vivre. » Surtout, au grand dam des dirigeants de l’apartheid et de ceux des pays occidentaux (notamment Margaret Thatcher, alors premier ministre britannique), il exprime sa profonde gratitude à l’ANC, au Parti communiste sud-africain et aux combattants de l’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, plus connue sous le nom de MK. Bien que libre, à ce moment-là, Mandela, comme tous les Noirs d’Afrique du Sud, ne possède toujours pas le droit de vote et l’apartheid est toujours en place. « Je suis un membre loyal et discipliné de l’ANC, en accord total avec sa stratégie et sa lutte sur tous les fronts, lance-t-il devant une foule émue. Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer la lutte armée. » Il demande également le maintien des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud.

« Nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple ». Georges Marchais

Politiquement, les années qui suivent sa libération sont éprouvantes. Les négociations, commencées le 2 mai 1990, traînent en longueur. Il apparaît que le président blanc Frederik De Klerk, soutenu par les Occidentaux, cherche avant tout à conserver le pouvoir et à diviser l’ANC et le Parti communiste. Pendant qu’il discute, sa police poursuit d’ailleurs sa répression. Certains tentent, aujourd’hui d’oublier les manœuvres de De Klerk, voyant en lui un visionnaire et un homme de paix. C’est oublier que la lutte de l’ANC et de ses alliés et le soutien des progressistes et des démocrates dans le monde entier ont contraint ce régime à desserrer l’étau.
En France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde et n’ouvriront guère leurs colonnes ou leurs antennes à ceux qui, ici, soutenaient ce combat : les Rencontres nationales contre l’apartheid, le Mouvement anti-apartheid, et encore moins au Parti communiste français (PCF), seul parti à s’être résolument et totalement engagé dans cette lutte. Notre journal prendra toute sa place dans cet engagement.

Le combat des communistes en faveur de la libération de Nelson Mandela, de ses compagnons et pour la fin de l’apartheid est un combat du premier jour. Dès le procès de Rivonia (1963-1964), qui devait envoyer au bagne le leader de l’ANC, c’est à la tribune de l’Assemblée nationale qu’intervient la député communiste, Marie-Claude Vaillant-Couturier en faveur des inculpés. Les manifestations vont se succéder, que ce soit à l’occasion de la terrible répression du mouvement noir, particulièrement des massacres de Soweto, ou pour dénoncer la complicité des autorités françaises qui arment l’apartheid et lui fournissent des centrales nucléaires. Des actions seront menées pour empêcher l’importation de marchandises en provenance d’Afrique du Sud, tel le charbon.
Le combat n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. La Fête de l’Humanité 1985 en porte la marque. Un immense concert, réunissant Max Roach, Eddy Louis, Salif Keita, Bernard Lubat et Manu Dibango, est donné. Une délégation élue par les centaines de milliers de participants, conduite par le directeur du journal, Roland Leroy, est chargée de se rendre à Matignon pour exiger que la France boycotte à 100 % le régime de l’apartheid.

En juillet 1988, Mandela fête ses soixante-dix ans en prison. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, lui adresse un message l’assurant, de la part des communistes français, de « nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple la contribution croissante qu’ils appellent ». Il ajoute : « Nous combattons et combattrons toutes les complicités, d’où qu’elles viennent, à l’égard d’un pouvoir qui a montré à l’opinion française jusqu’où il pouvait aller en faisant assassiner sur notre sol notre camarade Dulcie September (assassiné à Paris par l’apartheid en 1988 — ndlr). » Le successeur de Dulcie, Solly Smith, se verra remettre, le 20 juillet, dans les locaux de l’Humanité, plus de 3 000 messages de soutien adressés par les lecteurs. « Le Nobel pour Mandela » : la proposition faite par Georges Marchais est approuvée par les participants au meeting de la Fête de l’Humanité 1988. Cette campagne va crescendo. Le 9 décembre, sous un chapiteau dressé au Champ-de-Mars, 20 000 personnes participent à une soirée ou se succèdent musique et témoignages. Joëlle Kauffmann, Valérie Kaprisky, Roger Hanin s’associent à cette campagne. Le 31 janvier, le Comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde, que préside Georges Marchais, se rend à Oslo. Il rencontre le directeur du comité Nobel, Jacob Sverdrup. Á La Courneuve, la Fête de l’Humanité se met aux couleurs de l’ANC. Le portrait de Nelson Mandela est partout, popularisant encore plus le combat contre l’apartheid et pour la libération du dirigeant de l’ANC.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Quelques semaines plus tard il se rend à Paris. Au sortir des rendez-vous officiels, il rencontre, au siège du PCF, place du Colonel-Fabien, Georges Marchais qu’il appelle « mon camarade » dans une interview à l’Humanité. En 1993, il reçoit le prix Nobel de la paix, consécration de son combat et de celui de ces millions de personnes qui ont manifesté pendant des années alors que les gouvernements d’Europe de l’Ouest et des États-Unis soutenaient le régime d’apartheid.
Les artistes se mobilisent également contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela. En 1974, humainement et politiquement ému par cette situation, le plasticien d’origine niçoise Ernest Pignon-Ernest recouvre les murs de Nice (que la mairie de droite a jumelé avec celle du Cap malgré la ségrégation) de ces terribles sérigraphies ou l’on voit une famille africaine derrière des grillages. Un engagement qui se poursuivra avec les artistes contre l’apartheid que Pignon-Ernest animera avec le peintre Antonio Saura. Un musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes sillonne la planète avec une promesse : l’ensemble sera remis au premier gouvernement démocratique. En 1996, deux ans après l’élection de Nelson Mandela comme président de la République sud-africaine, Ernest Pignon-Ernest lui remettra personnellement les « clés » de ce musée pas comme les autres, dans les locaux du Parlement, au Cap.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994, à l’issue d’une campagne électorale si épuisante qu’on se demande comment un homme de son âge a pu la supporter ! Certainement grâce à cet enthousiasme qu’il avait chevillé au corps et qui lui faisait dire pendant les meetings électoraux : «  Je voudrais tous vous mettre dans ma poche. J’ai soixante-quinze ans et avec vous j’ai l’impression d’en avoir seize. Vous êtes ceux qui m’inspirez à chaque jour de ma vie. » Élu président, il se met tout entier au service de cette cause : bâtir une nouvelle nation, une nation débarrassée de l’apartheid ou le mot « race » n’a plus aucune signification. En ce sens, la création de la Commission vérité et réconciliation (TRC) a permis d’ouvrir un chemin original, « entre amnistie et amnésie », parce que, comme le répétait Mandela, « nous pouvons pardonner mais nous ne pouvons pas oublier ».

Pierre Barbancey

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A-10 02 05 : 1848 naissance de la république bourgeoise

6 Février 2010, 21:56pm

Publié par PCF Villepinte

C'est dimanche, un peu de temps pour un rappel historique plein d'enseignements, avec l'autorisation de Canaille le Rouge

Paris 11: Barricades rue Saint-Maur 25juin1848

BarricadeRueSaintMaur25juin1848-copie-1.jpg











1848
LA REPUBLIQUE BOURGEOISE. Michel Peyret

« La République de février fut conquise par les ouvriers avec l'aide passive de la bourgeoisie.

« Les prolétaires se considéraient à bon droit comme les vainqueurs de février et ils avaient les prétentions arrogantes des vainqueurs.

« Il fallait qu'ils fussent vaincus dans la rue, il fallait leur montrer qu'ils succombaient dès qu'ils luttaient non avec la bourgeoisie, mais contre elle.

« De même que la République de Février avec ses concessions socialistes nécessita une bataille du prolétariat uni à la bourgeoisie contre la royauté, de même une seconde bataille était nécessaire pour détacher la République de ses concessions socialistes, pour mettre en relief la « République bourgeoise », détenant officiellement le pouvoir.

« C'est les armes à la main qu'il fallait que la bourgeoisie réfutât les revendications du prolétariat.

« Et le véritable lieu de naissance de la République bourgeoise n'est pas la « victoire de février, c'est la défaite de juin. »

( Karl Marx – Les luttes de classes en France – 1848- 1850 )

 

DES TEMPS QUI DONNENT SENS A L'HISTOIRE

 

Dans le mouvement de l'histoire, il est des périodes qui donnent sens pour longtemps à ce mouvement et qui, souvent aussi, mettent en relief l'esprit, l'essence ou le contenu de la phase en cours, qui quelquefois éclairent et déterminent les caractéristiques des siècles suivants.

 

Depuis Platon, la République est, dans le très long temps, une construction des humains, au sens que Marx donnait à cette construction:

 

« La production des idées, des représentations et de la conscience, est d'abord directement et intimement mêlée à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes: elle est le langage de la vie réelle. » ( L'idéologie allemande )

Il faudra ainsi plusieurs civilisations pour en venir en cette partie du monde à une époque où une idée de République peut devenir une concrétisation pour succéder aux formes féodales et monarchiques des sociétés.

 

1789, ANNEE DE LA RUPTURE

 

En France, l'année 1789 est donnée pour être l'expression de cette rupture, de ce passage d'une forme de société à une autre, de cette « révolution » qui permet la transition de la domination d'une classe sur la société à une autre classe qui dominera à son tour.

 

En 1789, c'est la bourgeoisie qui aspire à cette domination. En réalité, des formes capitalistes de production se sont déjà développées dans les sociétés occidentales.

 

Et c'est quand la bourgeoisie capitaliste veut donner toute l'extension possible à son mode de production, qu'elle veut accéder au pouvoir d'Etat pour institutionnaliser les conditions de différente nature indispensables à son développement.

 

En fait, ce sera l'objet de toute une période historique d'affrontements où se succéderont plusieurs formes d'Etat, républiques, consulat et directoire, empires, restaurations monarchiques...jusqu'à ce que la République se donne à elle-même des successions républicaines...

 

1848 DONNE UN SENS PARTICULIER A LA REPUBLIQUE

 

Pourquoi l'année 1848 apporte-t-elle une signification particulière?

Pour Lénine en 1913, c'est Marx qui a mis en évidence cette singularité, n'est-ce pas en cette année-là que Marx et Engels publient Le Manifeste du Parti communiste, et c'est loin, très loin, d'être une coïncidence étrange.

 

« L'essentiel de la doctrine de Marx, dit Lénine, c'est qu'elle a mis en lumière le rôle historique mondial du prolétariat comme bâtisseur de la société socialiste. » Marx l'avait appelée communiste, mais ce n'est pas là notre débat aujourd'hui.

 

« Depuis, poursuit Lénine, l'histoire universelle se divise nettement en trois périodes principales:

-1) de la Révolution de 1848 à la Commune de Paris ( 1871 );

-2) de la Commune de Paris à la Révolution russe ( 1905 );

-3) de la Révolution russe à nos jours... »[1]

 

1848, L'ANNEE DES REVOLUTIONS

 

La Révolution de 1848?

 

Il faudrait cependant préciser que cette année 1848 a connu plusieurs révolutions en différents pays d'Europe, tandis que la France pour sa part en a connu deux, celle de février qui met fin au règne timoré de Louis-Philippe 1er, et les journées tragiques de juin.

 

Pour Lénine, au début de ce qu'il considère être la première période,

 

« la doctrine de Marx est loin d'être dominante, elle n'est que l'une des très nombreuses fractions ou courants du socialisme...

 

« La Révolution de 1848 porte un coup mortel à toutes ces formes bruyantes, bigarrées, tapageuses du socialisme d'avant Marx.

 

« Dans tous les pays, la révolution montre à l'oeuvre les différentes classes de la société.

 

1848 REVELE LA NATURE SOCIALISTE DU PROLETARIAT

 

« Le massacre des ouvriers par la bourgeoisie républicaine dans les journées de juin 1848, à Paris, achève de fixer la nature socialiste du prolétariat, du prolétariat seul.

 

« La bourgeoisie libérale redoute l'indépendance de cette classe, cent fois plus que la pire réaction.

 

« Le libéralisme peureux rampe devant cette dernière.

 

« la paysannerie se contente de l'abolition des vestiges du féodalisme et se range du côté de l'ordre; elle ne balance que rarement entre la démocratie ouvrière et le libéralisme bourgeois... »

 

« Dans tous les autres pays d'Europe, une évolution plus confuse et moins achevée conduit toujours à une société bourgeoise constituée.

 

« A la fin de la première période ( 1848-1871 ), période de tempêtes et de révolutions, le socialisme d'avant Marx meurt.

 

« Des partis prolétariens indépendants naissent: la première internationale ( 1864-1872 ) et la social-démocratie allemande.

 

LA REVOLUTION OUBLIEE

 

Dans un ouvrage qui vient de sortir, « 1848, la révolution oubliée », Mauricio Gribaudy et Michèle Riot-Sarcey rappellent sans fioritures que la révolution de février 1848 a mis fin à la monarchie de juillet ( 1830 ) et inauguré la brève expérience de la 2eme République.

 

« Mais, disent-ils, quatre mois après cet immense espoir, l'armée et les gardes mobiles ont brisé l'insurrection des ouvriers et des artisans parisiens.

 

« Pendant plusieurs jours, la République a bombardé et massacré les insurgés, tuant plusieurs milliers d'entre-eux. »

 

C'est cette histoire tragique et oubliée, trop oubliée, que restitue ce livre qui, s'appuyant largement sur les récits de témoins ou acteurs des évènements, d'Alexis de Tocqueville à Georges Sand, de Flaubert à Lamartine, rend compte de ce temps d'ouverture exceptionnel à l'espérance et à la liberté de penser, tout en retraçant la fatale succession des drames par lesquels cette société est passée du rève au cauchemar.

 

LE SECRET DU 19EME SIECLE

 

Marx et Engels vont cependant aller plus avant dans ce qui constitue le fondamental de cette période, allant bien au-delà des évènements de la seule année 1848.

 

En 1856, avec un certain recul, Marx, dans un discours à une fête du journal des chartistes de Londres, en montre bien les enjeux considérables:

 

« Les révolutions de 1848 furent des épisodes, de tout petits craquements, de toutes petites déchirures dans l'écorce solide de la société bourgeoise.

 

« Mais elles dévoilent l'abîme que recouvrait cette écorce, sous laquelle bouillonnait un océan sans fin capable, une fois déchaîné, d'emporter des continents entiers.

 

« Elles annoncèrent à grand fracas l'émancipation du prolétariat, secret du 19eme et de sa révolution.

 

LA VAPEUR, L'ELECTRICITE, LES INVENTIONS

 

« Cette révolution, il est vrai, ne fut pas une trouvaille de l'année 1848.

 

« La vapeur, l'électricité, les inventions diverses avaient un caractère révolutionnaire autrement dangereux que les bourgeois Barbès, Raspail et Blanqui.

 

« Mais sentons-nous l'atmosphère que nous respirons et qui pourtant pèse sur nous d'un poids de 10 000 kilos?

 

« La société européenne de 1848 ne sentait pas davantage l'atmosphère révolutionnaire qui la baignait et pesait sur elle de toute part.

 

« Il est un fait important qui caractérise le 19eme siècle et qu'aucun parti ne saurait nier.

 

« D'un côté, ce siècle a vu naître des forces industrielles et scientifiques qu'on n'aurait même pas imaginé à une époque antérieure.

 

« D'autre part, les signes se multiplient d'une déchéance telle qu'elle éclipsera même la fameuse décadence des dernières années de l'empire romain.

 

« De notre temps, toute chose paraît grosse de son contraire.

 

« La machine qui possède le don prodigieux d'agréger et de féconder le travail humain, entraîne la faim et l'excès de travail.

 

« Les nouvelles forces de richesses que l'homme vient d'acquérir se transforment, par un caprice étrange du sort, en sources de misère.

 

« On dirait que chaque victoire de l'art se paie par une perte de caractère.

 

L'HOMME DEVIENT L'ESCLAVE DES HOMMES

 

« L'humanité acquiert la maîtrise de la nature, mais, en même temps, l'homme devient l'esclave des hommes et de sa propre infamie.

 

« La pure lumière de la science elle-même semble avoir besoin, pour resplendir, du contraste de l'ignorance.

 

« Toutes nos découvertes, et tout notre progrès, ont pour résultat, semble-t-il, de doter les forces matérielles d'une vie intelligente et de ravaler l'homme au niveau d'une simple force matérielle.

 

« Cet antagonisme entre la science et l'industrie modernes d'une part, la misère et la décadence de l'autre, cette contradiction entre les forces productives et les conditions sociales de notre époque est un fait, un fait patent, indéniable, écrasant...

 

LES OUVRIERS, DE NOUVEAUX HOMMES

 

« Certains partis peuvent en gémir, d'autres souhaiter l'anéantissement des découvertes modernes pour se délivrer par là-même des conflits actuels.

 

« Libre à eux d'imaginer qu'un progrès aussi marqué en économie doit, pour être complet, s'accompagner d'une régression non moins marquée en politique.

 

« Quant à nous, nous ne voulons pas méconnaître l'esprit solide qui travaille activement à dénouer ces contradictions.

 

« Nous savons que les nouvelles forces de la société n'ont besoin, pour faire œuvre utile, que de nouveaux hommes.

 

« Ces hommes, ce sont les ouvriers. »

 

L'APPROPRIATION DES MOYENS DE PRODUCTION PAR LA SOCIETE

 

Engels, qui écrit l'introduction à « Les luttes de classes en France, 1848-1850 », déjà citées au début de cet article, évoque un autre ouvrage de Marx, « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte », confirme l'importance de ces textes et écrit:

 

« Ce qui donne à notre ouvrage une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie: l'appropriation des moyens de production par la société.

 

« Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail », qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire:

 

 « Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques.

 

« Donc, pour la première fois, se trouve formulée la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc...que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif... »

 

UNE SEULE PERIODE REVOLUTIONNAIRE DE LONGUE DUREE

 

Revenons, pour l'instant encore, à la révolution de février ( 1848 ).

 

Lorsqu'elle éclate, poursuit Engels, « nous étions tous, quant à la façon dont nous concevions les conditions et le cours des mouvements révolutionnaires, sous la hantise de l'expérience historique passée, notamment celle de la France.

 

« N'est-ce pas précisément de cette dernière qui, depuis 1789, avait dominé toute l'histoire de l'Europe, qu'était parti encore une fois le signal du bouleversement général?

 

« Aussi, était-il évident et inévitable que ses idées sur la nature et la marche de la révolution « sociale » proclamées à Paris en février 1848, de la révolution du prolétariat, furent fortement teintées des souvenirs des modèles de 1789 et de 1830!

 

« Et, notamment, lorsque le soulèvement de Paris trouve son écho dans les soulèvements victorieux de Vienne, Milan et Berlin, lorsque toute l'Europe jusqu'à la frontière russe fut entraînée dans le mouvement, lorsqu'ensuite au mois de juin, à Paris, la première grande bataille pour le pouvoir se livra entre le prolétariat et la bourgeoisie, lorsque la victoire même de sa classe ébranla la bourgeoisie de tous les pays au point qu'elle se réfugia à nouveau dans les bras de la réaction monarchiste-féodale qu'on venait seulement de renverser, nous ne pouvions dans les circonstances d'alors absolument plus douter que le grand combat décisif était commencé, qu'il faudrait le livrer dans une seule période révolutionnaire de longue durée et pleine d'alternatives, mais qu'il ne pouvait se terminer que par la victoire définitive du prolétariat... »

 

L'HISTOIRE NOUS A DONNE TORT

 

C'est ce que considère Engels pour qui l'histoire « a montré clairement que l'état de développement économique sur le continent était alors bien loin encore d'être mûr pour la suppression de la production capitaliste.

 

Elle l'a prouvé par la révolution économique qui, depuis 1948, a gagné tout le continent et qui n'a véritablement donné droit de cité qu'à ce moment à la grande industrie en France, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, et dernièrement en Russie, et fait de l'Allemagne un pays industriel de premier ordre – tout cela sur une base capitaliste, c'est-à-dire encore très capable d'extension en 1848.

 

« Or, c'est précisément cette révolution industrielle qui, la première, a partout fait la lumière sur les rapports de classes, supprime une foule d'existences intermédiaires provenant de la période manufacturière...engendrant une véritable bourgeoisie et un véritable prolétariat de grande industrie et les poussant l'un et l'autre au premier plan du développement social... »

 

LA REPUBLIQUE BOURGEOISE:

PERPETUER LA DOMINATION DU CAPITAL,

L'ESCLAVAGE DU TRAVAIL

 

Marx, lui, froidement, très réaliste, veut faire apparaître la signification profonde et durable de l'évènement.

 

« Ce fut la bourgeoisie qui contraignit le prolétariat de Paris à l'insurrection de juin.

 

« De là son arrêt de condamnation.

 

« Ses besoins immédiats avoués ne le poussaient pas à vouloir obtenir par la violence le renversement de la bourgeoisie, il n'était pas encore de taille pour cette tâche.

 

« Force fut au Moniteur de lui apprendre officiellement que le temps n'était plus où la république jugeait à propos de rendre les hommes à ses illusions, et seule la défaite le convainquit de cette vérité que la plus infime amélioration de sa situation reste une utopie au sein de la république bourgeoise, utopie qui se change en crime dès qu'elle veut se réaliser.

 

« A ses revendications, outrées par la forme, puériles par le contenu, et par là-même encore bourgeoises dont il voulait arracher la concession à la révolution de février, se substitua l'audacieux mot d'ordre de lutte révolutionnaire: Renversement de la bourgeoisie! Dictature de la classe ouvrière!

 

« En faisant de son lieu funéraire le berceau de la République bourgeoise, le prolétariat força celle-ci à apparaître aussitôt sous sa forme pure comme l'Etat dont le but avoué est de perpétuer la domination du capital, l'esclavage du travail.

 

« Les yeux toujours fixés sur l'ennemi couvert de cicatrices, implacable et invincible, -invincible parce que son existence à lui est la condition de sa propre vie à elle – force était à la domination bourgeoise libérée de toute entrave de semer aussitôt un terrorisme bourgeois... »

 

 

La république bourgeoise a sans doute, depuis, évolué dans ses formes, mais n'a-t-elle pas conservé intact l'essence de son pouvoir?

 

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Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

1 Février 2010, 06:43am

Publié par PCF Villepinte

Bouffon(s)

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Nicoléon. Pris par le vacarme assourdissant 
de mimiques verbales ronronnantes surjouées, symbolisant à elles seules cette phraséologie rudimentaire dont il est coutumier et qui, depuis plus de deux ans, rapetisse la fonction, nous eûmes soudain la stupéfaction d’entendre ces quelques mots, agrémentés d’une énorme absence de négation  : 
« Une nation, c’est comme une famille. On dit ce qui va, on dit ce qui va pas. C’est un peu ce qu’on fait entre nous. » Avec Nicoléon, les fautes de français font tellement partie de ses interventions qu’une espèce de seuil de tolérance a depuis beau temps été enfoncé… Là, sur le plateau de TF1 faussement transformé 
en brasserie (côté déco) mais carrément en café du commerce (côté ambiance), nous vîmes de loin le Pernaut des ménagères de 13 heures acquiescer du menton, l’air satisfait 
de cette diatribe nicoléonienne. Vous aussi, vous vous êtes dit que quelque chose d’incongru, de grave, venait d’être prononcé  ?

« Révolte » ?  Jusque-là, les paroles échangées par les invités du « panel » avaient témoigné avec une certaine vérité de la souffrance significative vécue par une ultra-majorité 
de nos concitoyens, doublée d’une inquiétude en l’à-venir 
si ténue qu’elle nous fait craindre le meilleur (la révolte collective) comme le pire (le repli, le nihilisme, l’égoïsme). Dans ce chamboulement d’idées qui surgissaient en nous – trop d’idées d’un coup pour une émission aussi navrante qu’annoncée –, nous eûmes au moins la satisfaction de voir Pierre Le Ménahès, ce syndicaliste CGT de l’automobile, non seulement lui tenir tête, pas impressionné par la théâtralisation, mais lui demander les yeux dans les yeux ce qu’il attendait pour « taxer les revenus financiers ». En somme, s’attaquer au pouvoir de l’argent roi. Exhortation restée sans réponse. Nicoléon n’avait rien à dire, sinon sa « révolte » (sic) contre les injustices. 
La bonne blague. Au milieu de paroles totalement démonétisées et contredites par son action quotidienne, Nicoléon n’avait qu’une métaphore pétainiste à faire valoir  : « Une nation, 
c’est comme une famille. » Face à l’insécurité sociale, 
la précarité, l’exclusion, la division, la stigmatisation, la pauvreté et l’incertitude, cette référence régressive libérale nationale 
et identitaire avait de quoi nous faire peur. À cinquante-cinq ans, Nicoléon endosse l’ex-costume maréchaliste du « père 
de la nation ». Pas de ciel au loin mais un seul horizon. 
Chacun sait qu’il est surtout le patron de « l’entreprise France » gagnée par l’une des contre-révolutions conservatrices 
les plus impressionnantes de ces dernières décennies…

Môquet. Les temps sont donc durs et les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules… Ainsi, un livre dont 
nous avions entendu parler et pour lequel on nous prédisait 
« le pire », a fini par atterrir entre nos mains. Sachez-le, le résultat est bien au-delà de ce que nous redoutions  : ni plus ni moins qu’une deuxième mort de Guy Môquet  ! Cosigné par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, professeurs et surtout spécialistes 
en anticommunisme lucratif, ce torchon s’appelle l’Affaire 
Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle. 
Le titre résume à lui seul le contenu. D’ailleurs, le supplice 
du jeune Guy n’est qu’un prétexte. La quasi-totalité du livre n’existe que pour dénoncer toute idée d’engagement plus 
ou moins communiste. Le parti pris, qui se base en totalité 
sur la parole policière de l’époque (sic), vise autant à plaquer un « point de vue » sur l’histoire qu’à sa falsification. 
Nos deux grands « enquêteurs » doutent en effet que Guy Môquet ait été résistant en quoi que ce soit, puisque, affirment-ils, il n’a jamais tué le moindre Allemand… Leur sentence est donc contresignée  : vivant ou mort, Môquet n’était pas un héros. 
Mais tenez-vous bien. Berlière et Liaigre légitiment 
les arrestations des députés et autres militants du PCF, 
ce « parti de l’étranger ». Pourquoi les justifient-ils  ? Parce 
qu’elles étaient conformes à la loi  ! Vous avez bien lu. 
Il aurait fallu par la même occasion passer de Gaulle par les armes et tous ceux qui refusaient le régime de Vichy, l’Occupation… Forcément, que vient faire un gamin 
de dix-sept ans fusillé en 1941, un titi parisien qui n’aurait 
même pas été torturé lors de son passage à la préfecture 
de police, sauf « une gifle peut-être », osent-ils écrire… N’en jetez plus. Môquet, Timbaud, le député Charles Michels et les martyrs de Châteaubriant, tous les suppliciés du Mont-Valérien sont-ils donc morts pour que, soixante-dix ans plus tard, un débat 
de démagogues sur l’« identité nationale » remette 
au goût du jour une vision ethnicisée de la France empruntée 
à Maurras, Barrès et Pétain, rouvrant la voie à tous 
les extrémistes  ? Après l’agression faite à la mémoire 
de Môquet par Nicoléon, on aimerait franchement connaître 
les commanditaires de ce livre qu’il ne faut surtout pas acheter. Le nôtre a fini dans la poubelle.

Clearstream. Michelet disait de la France qu’elle était une nation d’historiens. Ces derniers 
se souviendront qu’un homme, cette semaine, a été relaxé 
après avoir été déclaré « coupable » par le prince-président 
avant même son procès. Nicoléon aime tellement la promotion des histrions qu’il est devenu lui-même l’un de ces bouffons. Triste époque.

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Crise systèmique

30 Janvier 2010, 07:47am

Publié par PCF Villepinte

Crise : faut-il se contenter de résister ? trava+
Les 14 et 15 janvier à Vienne, plus de cinquante économistes, historiens, élus, universitaires, militants de gauche venus de seize pays européens ont confronté leurs opinions sur la crise économique et financière. L’Humanité des débats pose la question : Comment les forces progressistes doivent-elles adapter leur stratégie à cette nouvelle donne ?

L’interprétation de la crise [1]est une question décisive pour la gauche. Elle détermine évidemment les réponses à élaborer et à mettre en débat dans la société. Comment les forces progressistes doivent-elles adapter leur stratégie à cette nouvelle donne ? Les objectifs émancipateurs doivent-ils être revus à la baisse, sous la contrainte d’une réalité plus dure, de reculs sociaux et civilisationnels à l’œuvre dans tous les pays européens, ou au contraire la gauche doit-elle affirmer avec plus de force un projet de rupture avec la logique néolibérale ? Ce questionnement a traversé le séminaire de Vienne, qui était animé par Walter Baier, coordinateur de Transform ! Europe et Élisabeth Gauthier (Espaces Marx France).

A lire dès à présent, le point de vue de Miguel Portas, député européen portugais (Bloc de gauche/groupe GUE-GVN).

Un programme d’ajustement budgétaire d’une brutalité inouïe

Nous sommes confrontés à la première crise systémique du capitalisme dans l’ère de la globalisation. Mais la situation est paradoxale : comment comprendre que la plupart des réponses à la crise soient déterminées et exécutées au niveau national ? La dimension mondiale de la crise a obligé les principaux États du monde à introduire de nouveaux dispositifs internationaux : ils ont mis en place le G20, ont revitalisé le Fonds monétaire international et ont créé une sorte de coordination informelle sur le plan financier. Mais un an et demi après le krach des Bourses, en septembre 2008, aucune décision fondamentale n’a été prise en commun. L’une des raisons qui poussent à des réponses nationales, c’est la question du temps international des décisions. Dans le temps accéléré dans lequel nous vivons, le temps est une clé essentielle pour déterminer l’échelle territoriale du choix politique.

L’Union européenne a essayé de prendre une série de mesures qui s’articulent autour d’un budget européen, qui reste insensible à la crise (1 % du PIB et soumis au critère de déficit zéro) et d’un transfert massif de l’endettement sur les États nationaux. On a flexibilisé le pacte de stabilité et de croissance de façon à absorber les déficits au niveau national. On a tardé à baisser les taux d’intérêt. 400 milliards d’euros ont été injectés dans le système financier. Et on a discuté d’un paquet de mesures financières.

L’investissement privé est en panne. La sortie de la crise par les exportations est obstruée par une survalorisation de l’euro face au dollar. Un programme d’ajustement budgétaire au niveau des États nationaux doit être appliqué, entre 2011 et 2013, qui va mettre les dépenses sociales sous une pression inouïe. Selon les pays, on parle de réduction des déficits de 1 % à 3 % par an. C’est une réponse brutale visant à réaliser, en trois ans, ce que la politique monétariste n’a pu faire en quinze ans. 2011 sera l’heure de vérité pour les chefs d’État et pour la gauche politique.

Notre réponse traditionnelle consiste à résister dans des luttes sur des revendications à l’échelle nationale. C’est déterminant. Mais il faut s’attendre à ce que la poursuite de l’augmentation du chômage fasse monter la peur, et non pas qu’elle encourage la lutte.

De ce point de vue, les possibilités sont limitées. Si nous n’organisons la résistance qu’au plan national, nos propositions refléteront inévitablement les inégalités de développement entre les différents pays. Nous devons travailler sérieusement à l’articulation de la résistance au niveau national avec une exigence commune de refondation démocratique et sociale de l’Union européenne. Cela doit se traduire par des choix politiques clairs et compréhensibles par les citoyens. La discussion budgétaire au niveau européen peut nous aider. Pour la gauche, la sortie de la crise doit passer par deux voies : la répartition des frais de la crise entre le capital et le travail et entre les territoires à l’intérieur de l’Union. Cela nécessite de faire entrer le budget européen -qu’il faudrait porter à 2 % du PIB- dans le débat politique.

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Quel payasge de L’enseignement supérieur et de la recherche, un an après le grand conflit ?

23 Janvier 2010, 12:25pm

Publié par Daniel JUNKER

 

Les enjeux politiques d’un moment à la dimension collective indéniable
cherche
Par JEAN FABBRI, MAîTRE DE CONFERENCES DE MATHEMATIQUES À L’UNIVERSITé DE TOURS.

Le plus long et le plus massif des conflits sociaux de 2009 a surgi il y a juste un an. De février à avril 2009, des dizaines de milliers d’universitaires, de chercheurs ont affiché, par la grève et des manifestations considérables (plus de 100 000 personnes), leur attachement aux libertés scientifiques que rendent possibles à la fois les statuts – des établissements et des personnels – et, s’ils existent, des financements publics massifs.

Revenir sur ce moment politique à la dimension intellectuelle collective indéniable éclaire de multiples enjeux  : quelle sortie de crise  ? Quelles fonctions assigner à la recherche publique et à l’élargissement de l’accès – et de la réussite – des étudiants dans l’enseignement supérieur  ? Quelle régulation  ? Une stratégie politique qui cherche à contrôler comme
jamais le monde universitaire peut-elle réussir en France  ? Esquissons des pistes de réponses en trois points.

1) Le gouvernement veut aveugler l’opinion par des annonces de milliards d’euros (en réalité 400 millions par an, soit l’inflation). L’« effet Loto » est facile en temps de crise, mais ni le grand emprunt ni la logique de rivalité (et son corollaire, le déclassement) qu’induisent les primes individuelles ne résistent à l’analyse. L’exemple de l’Institut Pasteur, bridé en 2009 par les moins-values boursières, donne déjà à réfléchir. Ce « nouveau » plan – lié à l’emprunt – se révèle fondamentalement stérile par le refus de toute création d’emploi statutaire de chercheur, d’enseignant-chercheur, de technicien et de personnel des bibliothèques.

Pourtant, les besoins sont là  : pour la réussite des étudiants via des pédagogies adaptées, pour l’ouverture la plus large possible des thématiques de recherche sur une durée qui dépasse l’horizon d’un contrat (trois ou quatre ans), il faut, en nombre, des universitaires stables. Un plan pluriannuel de recrutement maîtrisé n’est pas plus coûteux sur trente ans que le remboursement de la dette liée à cet emprunt (intérêt et capital)… et nous savons que cela aurait un impact scientifique bien plus considérable.

2) La crise économique, de l’emploi et de l’accès à l’emploi, est habilement exploitée par le patronat et le pouvoir pour agiter l’idée de « quotas de boursiers » dans l’accès aux formations supérieures affichées comme les plus prestigieuses. Ce faux débat est biaisé de façon multiple. Il occulte la nécessité d’élever pour le plus grand nombre – et pas seulement dans une perspective d’employabilité – le niveau de formation de l’immense majorité des jeunes. Il tend à figer une inégalité de moyens (financements, encadrement) entre les établissements. Il va à l’encontre d’une convergence cohérente au sein du service public universitaire de l’ensemble des formations post-baccalauréat, appuyée sur une globale refonte des allocations versées aux jeunes. Il ignore les enjeux aigus d’une bataille déclenchée par le patronat qui vise à vider de leurs dimensions qualifiantes les diplômes universitaires au profit des « compétences » et des réseaux d’anciens élèves mesurés par les seuls employeurs. La double logique du désengagement et de la focalisation sur des niches dites d’innovation et de rentabilité est le credo économique imposé. L’État entraîne sur ce terrain les collectivités locales. Dans la campagne électorale des régionales, la surenchère gagne les régions et les forces politiques qui entendent les gérer. Ainsi, au lieu d’une stratégie scientifique et de formation fondée sur l’état réel des savoirs et des questionnements (dont l’appréciation pertinente ne peut être qu’au moins nationale), se met en place une logique parcellisée de guichets pour subventions.

3) Partout, universités, campus, Pres, CNRS… explosent sous l’effet des dysfonctionnements que les choix budgétaires et la loi LRU ont monstrueusement engendrés. Cette faillite met en lumière l’écroulement de la citoyenneté universitaire. Le modèle collégial, qui s’est imposé au fil des siècles et partout dans le monde dans l’enseignement supérieur et la recherche, demande à être réhabilité et sans doute réapproprié au-delà de sa sphère originelle. Il est possible de construire des coopérations et des synergies entre laboratoires, entre établissements, dans le cadre du service public pour les deux missions fondamentales de recherche et de formation, si la collégialité et l’ouverture sur la société en sont les poumons.

L’acharnement du pouvoir autour des universités dessine sa visée de normalisation à la fois idéologique et scientifique, pour contrecarrer tout ce qui peut mettre en péril des intérêts d’entreprise (amiante, OGM, ondes…) et leurs critères de gestion. Il faut plonger dans ces enjeux avec audace contre les turpitudes de la loi LRU vers un autre horizon législatif. La vigueur des résistances à la révision brutale de la formation et du recrutement des enseignants montre qu’enraciné dans le puissant mouvement de l’hiver dernier, l’élan perdure.

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