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sports

FOOTBALL

26 Novembre 2022, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

Une histoire de France en crampons 

Révélateurs

Le football, continent mémoriel aussi vaste qu’une Histoire des hommes presque bicentenaire, ne parle pas que de sport, de buts ou de dribbles. Il dessine aussi, avec une profondeur de champ assez phénoménale, les portraits intimes et collectifs de joueurs qui épousent, souvent, une forme de récit national.

Alors que les matchs se poursuivent au Qatar, et dans l’attente que cette infamie s’achève, le bloc-noteur propose un fabuleux pas de côté, sinon un contre-pied, avec la lecture fascinante d’ Une histoire de France en crampons (éditions du Détour).

L’auteur, désormais connu des lecteurs de l’Humanité, s’appelle François da Rocha Carneiro, docteur en histoire contemporaine à l’université d’Artois. Grâce à lui, puisqu’il en eut l’idée originale, nous avons réalisé notre hors-série intitulé Une histoire populaire des Bleus (en vente depuis début novembre). François da Rocha Carneiro, qui ne fait pas les choses à moitié, a sélectionné 23 matchs internationaux entre 1908 et 2020, qu’il relate magistralement, tous révélateurs d’enjeux politiques et sociaux. Nous y voilà.

Document Celui qui résume le mieux l’intensité du propos n’est autre que l’historien Patrick Boucheron, préfacier prestigieux de ce livre: «En historien averti des enjeux politiques de sa discipline, François da Rocha Carneiro excelle à faire de chaque récit de match une belle leçon dhistoire générale.

À le lire, on comprendra donc beaucoup sur l’histoire de France, de ses régions, de ses passions, de ses horizons.» Et il ajoute, élogieux: «Indemne de toute nostalgie, son écriture de lhistoire ne cesse au contraire de relancer lenthousiasme d’un regardeur de match qui ne conçoit pas son métier d’historien autrement que comme un art du récit.» François da Rocha Carneiro l’exprime à sa manière: «Nous sommes des esprits, des âmes, mais aussi des corps.

Et ces corps-là, que lon admire sur des terrains, disent quelque chose d’un pays. Un match nous informe par les hommes qui le composent, l’adversité proposée… C’est un document comme un autre pour écrire des histoires de France. Tout ce qui forge la trame de la vie collective d’une communauté.»

Héritiers Par ses choix, le livre nous permet de comprendre une certaine «permanence» autour de notre équipe nationale. Tout resurgit, la passion populaire plus ou moins fluctuante, la place prépondérante de la presse écrite au XX e siècle, sans rien omettre, bien sûr, des interrogations et autres errements sur les origines des joueurs – thématique aussi vieille que le ballon rond lui-même. Les héritiers de l’immigration que furent les «Polaks» ou les «Ritals», puis les Africains du Nord, sans oublier le choc politique que constitua le départ, en 1958, des joueurs algériens de l’équipe de France, qui décidèrent de rejoindre le FLN en pleine guerre d’indépendance (gloire à eux!).

Tous ces faits nous rappellent combien les polémiques très contemporaines sur une soi-disant «ascendance africaine» des footballeurs français puent toujours le racisme et la haine de classe. François da Rocha Carneiro ne néglige rien. Ni la place, peu fréquente, laissée aux mouvements sociaux, au temps du Front populaire (1936) comme à Knysna (2010); ni la complexité des relations internationales dans le chaos des guerres, des fascismes et du nazisme; ni les attentats de novembre 2015, dont un au Stade de France; ni l’épidémie de Covid.

Lauteur le répète: «LHistoire donne une autre dimension au présent, révèle une profondeur du temps. Cest valable pour un match de football, pour un hors-jeu qui est sifflé, ou un schéma tactique!» Ainsi pourrait-on évoquer une sorte d’«historicisation du temps sportif», ce qui permet dentrevoir, derrière la face visible, une réalité bien plus complexe. Du grand art.

 

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Football

22 Novembre 2022, 08:28am

Publié par PCF Villepinte

 Dans les filets de la finance débridée

Économie Le sport le plus populaire de la planète est devenu l’aire de jeu du capitalisme mondialisé. Certains montants de transferts de joueurs sont convertis en titres de Bourse et font l’objet de toutes les spéculations.

Bruno Odent L'Humanité.

Mardi 22 Novembre 2022

Belga via AFP

Rien n’est resté à l’écart de la monstrueuse tumeur financière de la mondialisation ­capitaliste. Surtout pas le football. Le scandale de la Coupe du monde au Qatar est le symptôme d’une terrible ­affection qui mine la santé de la planète comme de ce sport le plus populaire, livré à la financiarisation. Il en résulte, comme dans la gazo-monarchie, les pires crimes sociaux et ­environnementaux contre l’humanité.

Le phénomène de la ­financiarisation du foot a démarré doucement «il y a quarante ans», expliquent deux éminents spécialistes du sujet, les économistes Jérémie Bastien (Reims) et Pau Lopez Gaitan (Barcelone). Puis s’est accéléré, «jusqu’à devenir aujourdhui une des marques essentielles du foot professionnel». Le poids du Qatar sur le foot et lindustrie du spectacle qui lui est associée sont proportionnels à la suraccumulation financière réalisée par l’émirat grâce aux gains tirés des hydrocarbures.

Obéissant aux mêmes réflexes que leurs collègues de la petite confrérie mondiale des gros détenteurs de capitaux, champions de Wall Street ou du CAC 40, les féodaux du petit pays du golfe ont placé leurs mégaprofits pour servir le court terme, la spéculation, le retour rapide sur investissement.

Comment en est-il arrivé là? En Europe, berceau de ce sport, lengrenage est enclenché par la libéralisation des transferts de joueurs au milieu des années 1990. Un arrêt de la Cour européenne de justice en faveur du joueur belge Jean-Marc Bosman, au nom de la liberté de circulation des travailleurs dans l’UE, va permettre de lâcher la bride au foot business. Toute régulation est abandonnée, notamment celle limitant à 3 le nombre de joueurs étrangers évoluant dans une équipe de club d’un des États membres.

Le «mercato» des transferts européen voit rapidement le montant de ses transactions évoluer selon une courbe exponentielle. Les clubs s’endettent lourdement pour attirer les meilleurs talents. Les marchés financiers entrent alors sur le terrain en leur offrant leurs services avec les moyens de conclure de somptueux recrutements. 

« Ils vont débloquer les fonds. Mais, bien entendu, ce n’est jamais sans contrepartie », relève le jeune économiste catalan Pau Lopez Gaitan. Des acteurs, jusqu’aux plus spéculatifs, vont accéder toujours davantage au poste de pilotage des clubs professionnels. «Avec un seul critère, celui de la rentabilité financière», précise Lopez Gaitan.

Des agents gestionnaires et juristes de haut vol

Tout un réseau de plus en plus dense d’agents, tout à la fois marchands de joueurs, de leur image, gestionnaires de leurs intérêts et souvent juristes de haut vol, s’est ainsi installé dans le monde du foot. Ils agissent individuellement ou, de plus en plus souvent sous forme de sociétés spécialisées, issues elles-mêmes directement du monde de la finance.

En parallèle, surfant sur l’immense popularité de ce sport, toute une industrie du spectacle sportif investit les lieux. Les retransmissions sont partiellement privatisées. Les droits télé flambent. Principale source de revenus des clubs, ils deviennent la cible de toutes les convoitises et la clé de voûte d’un système. Les plus grands clubs européens se transforment en multinationales avec les logiques prédatrices afférentes.

Manchester City, le géant britannique aujourd’hui détenu par les Émirats arabes unis via Abu Dhabi United Group, au top de cette banalisation actionnariale, possède ainsi au moins un club sur chaque continent (dont Troyes en France). Ce qui lui permet de monopoliser les talents en devenir. La valeur des joueurs se mesure aussi selon les règles d’une Bourse des valeurs. Fondé en Allemagne, le site Transfermarkt (marché des transferts) est devenu une référence internationale incontournable pour mesurer l’évolution de la cote des footballeurs et des clubs. Les traders appelés à négocier la valeur des transactions sur le mercato européen ont l’œil fixé sur lui en permanence.

Les gros emprunts portant sur l’acquisition d’un joueur sont titrisés. «Cest lune des principales marques de la financiarisation du football», relève Pau Lopez Gaitan. Cette mécanique permet de partager le plus largement possible une levée de fonds qui peut être considérable quand elle vise des étoiles mondiales de la discipline. 

«Les joueurs deviennent des petites parts dun gros gâteau boursier», précise l’universitaire catalan. La titrisation est créée pour répondre aux besoins d’une valorisation financière dont on attend qu’elle enfle considérablement et très vite. «La flambée des droits télé est une aubaine de ce point de vue. Car elle permet de satisfaire la promesse dun marché en ascendance perpétuelle», explique Pau Lopez Gaitan.

Mais cette belle mécanique possède déjà un terrible passif. Au tournant des années 2000, des prêts hypothécaires ont ainsi été titrisés aux États-Unis. Le marché de l’immobilier, promis à une hausse continue et substantielle, devait garantir l’équilibre de l’édifice. Jusqu’au jour où les ventes de logements se sont affaissées aux États-Unis. La brusque dévalorisation des titres provoqua un krach mondial en 2008. Terrible envers du décor: des millions daccédants à la propriété aux revenus modestes ont été condamnés à la misère du jour au lendemain, jetés à la rue au sens propre du terme par les gros détenteurs de titres, généralement de grandes banques.

l’enthousiasme et les rêves des plus jeunes minés par une éthique corrompue

Pour se prémunir d’une nouvelle crise, on se jura, au tournant des années 2010, de s’interdire de toucher aux outils qui avaient conduit à l’exubérance, puis à la dégringolade financière. Rien n’y fit. Tout a continué comme avant. La preuve par… le football.

La pandémie de Covid a réuni les conditions d’un écroulement de ce bel édifice spéculatif sur le monde du ballon rond. Avec les annulations de matchs pendant plusieurs mois, suivis de stricts huis clos, la cote des meilleurs joueurs comme celle des droits télé s’effondrent.

Les banques centrales et les pouvoirs publics dans les capitales européennes vont réagir, mais pas pour se saisir de l’occasion d’assainir les mœurs du foot professionnel. À l’inverse, ils vont s’appliquer à renflouer les agioteurs du système et à leur donner les moyens de repartir de plus belle. Jérémie Bastien, spécialiste de l’économie du sport, démontre combien «la pandémie, loin davoir interrompu la financiarisation en cours, la au contraire accélérée» (1). Il s’appuie sur les évolutions très concrètes observées en Europe ces deux dernières années. Comme cette récente prise de contrôle partiel des ligues de foot française et espagnole par le fonds luxembourgeois CVC (lire page 4).

La fuite en avant pratiquée pour le foot professionnel rejoint ce qui fut la règle à l’égard de l’économie réelle pour affronter la crise née du Covid. Les soutiens des États et le crédit gratuit déversé par les banques centrales sur les marchés financiers – sans aucune condition, sans sélectivité sur la qualité des investissements à mettre en œuvre – ont boosté encore davantage le court terme et les opérations les plus immédiatement rentables ­financièrement, les plus étroitement mercantiles pour le foot, les plus éloignées des besoins de l’humanité pour l’économie en général.

Ils ont porté à incandescence le foot business jusqu’à lui faire courir un risque d’embolie. Comme ils ont perfusé les milliardaires du Dow Jones ou du CAC 40, faisant émerger, en quelques mois, un monde où les oligarques du capital n’ont jamais été aussi riches et aussi nombreux, relève un rapport de l’ONG Oxfam (lire notre édition du 24 mai).

En favorisant les placements les plus spéculatifs, ils ont miné l’éthique du sport et gravement entamé son meilleur atout, sa capacité à mobiliser l’enthousiasme et les rêves des plus jeunes. Ils ont aussi créé un terrible décalage entre les investissements utiles et ceux réservés à des opérations dévouées à shooter les performances de la finance. Résultat: il sest creusé un déficit dinvestissements abyssal dans ces biens communs en services publics et sportifs, en emplois, en formations et en grandes initiatives nationales et internationales pour le climat.

La monnaie nouvelle et les flots de crédits gratuits déversés font pschitt aujourd’hui comme l’air des ballons de baudruche financiers surgonflés, qui se vident à grande vitesse les uns après les autres. Tel, par exemple, celui des cryptomonnaies qui éclate sous l’effet de la faillite de FTX, plateforme géante de monnaie virtuelle, paradis des faussaires du Web et des virtuoses du blanchiment d’argent.

Cette spectaculaire contraction de l’enflure spéculative est l’une des principales causes de l’inflation. Elle nourrit le ralentissement général de l’activité bien davantage encore que la guerre en Ukraine et menace très sérieusement de se traduire dans les mois qui viennent par une récession planétaire. Les millions de pratiquants du foot et de passionnés du spectacle sportif ont besoin de ­reprendre les rênes de leur discipline à la dérive. Comme les salariés de conquérir des pouvoirs sur les féodalités du capital. Le ballon rond comme l’humanité méritent un autre Mondial et un autre monde.

(1) Jérémie Bastien: «Effets mésoéconomiques de la crise de la Covid-19» (In Revue de la régulation Capitalisme, institutions, pouvoirs).

 

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Coupe du monde

3 Novembre 2022, 08:25am

Publié par PCF Villepinte

Comment le soft power

du Qatar a mangé le football

 L’organisation du tournoi jette une lumière crue sur les violations des droits humains, le désastre écologique et la corruption endémique qui gangrènent le monde du sport. Mais illustre aussi une stratégie lancée voici vingt ans et qui a largement porté ses fruits.

L'Humanité Benjamin König 

Jeudi 3 Novembre 2022

Des travailleurs immigrés, à Doha, le 29 octobre. Selon le journal britannique The Guardian, plus de 6 500 d’entre eux seraient morts sur les chantiers.Jewel Samad/AFP

Ce devait être l’apothéose. Dans dix-sept jours, débutera le Mondial, le second événement le plus regardé sur la planète après les jeux Olympiques, avec près de 3,5 milliards de téléspectateurs. Une vitrine extraordinaire pour un petit pays né il y a cinquante et un ans, peuplé de 2 millions d’habitants – dont seulement 300000 nationaux, le reste étant constitué de travailleurs immigrés.

 «Il faut avoir en tête que cest le Graal, lobjectif principal de cette diplomatie sportive imaginée dès le début des années 2000», pointe Carole Gomez, directrice de recherche associée à l’Iris en géopolitique du sport. Une consécration jalonnée de plusieurs étapes: les jeux Asiatiques d’été de 2006, le championnat du monde de handball de 2015 – où les Qatariens se hissent en finale avec une équipe montée de toutes pièces –, les championnats du monde d’athlétisme de 2019 à Doha, l’obtention d’un Grand Prix de Formule 1 depuis 2021. En attendant l’organisation des jeux Olympiques, pour lesquels l’émirat est candidat depuis 2019?

Mais voilà, rarement les critiques n’ont autant plu sur un pays hôte. D’autres pays organisateurs ont fait l’objet de divers reproches: la Chine, la Russie, le Brésil, la Grèce ou lAfrique du Sud, à loccasion d’événements sportifs de grande envergure. Mais la petite monarchie du golfe et cette Coupe du monde semblent concentrer et symboliser toutes les dérives du capitalisme et du cynisme géopolitique appliqués au sport.

Un sentiment renforcé par l’annonce, le 4 octobre, de l’attribution des jeux Asiatiques d’hiver à l’Arabie saoudite autour d’un projet délirant de 500 milliards d’euros en plein désert. Le président de la Fifa, Gianni Infantino, n’a-t-il pas déclaré que cette Coupe du monde serait «la meilleure de tous les temps» ? Les milliers de travailleurs migrants morts pour construire des stades climatisés en plein désert pour un coût exorbitant de 6,75 milliards de dollars (6,82 milliards d’euros)? Les soupçons étayés de corruption? Les droits humains bafoués, ceux des personnes LGBT et des femmes reniés? De son côté, l’émir Tamim ben Hamad Al Thani dénonce «des calomnies», «un deux poids deux mesures» et «un niveau dacharnement qui a amené beaucoup de gens à sinterroger, malheureusement, sur les véritables raisons et motivations de cette campagne».

Les États-Unis crient à la corruption

Quand, le 2 décembre 2010, le vote du comité exécutif de la Fifa désigne l’émirat pour organiser cette Coupe du monde 2022, «tout le monde est surpris: la candidature du Qatar n’était pas considérée comme crédible», rappelle Carole Gomez.

Candidats malheureux, les États-Unis crient à la corruption. « Il fallait réagir avant», entend-on parfois revenir dans la bouche des défenseurs du Qatar et des intérêts capitalo-footballistiques. «Il ny a dailleurs pas que le Qatar qui dit cela, fait remarquer Carole Gomez. C’est, par exemple, le cas de Noël Le Graët (président de la Fédération française de football – NDLR).

Or, il y a eu des réactions dès le lendemain…» Dès 2011, Amnesty International alerte sur les discriminations et les violences envers les femmes ou les travailleurs migrants, privés de leur dignité et souvent de leur passeport. «Depuis douze ans, une lumière crue est jetée sur l’émirat», relate la chercheuse, énumérant les critiques.

Pour Jean-Baptiste Guégan, auteur de Géopolitique du sport, une autre explication du monde (Bréal, 2017), le monde découvre en réalité le soft power qatari. «Il y a deux manières de voir les choses: la première est que le Qatar a déjà gagné: il est désormais inscrit sur la carte du monde, il est visible. La seconde, cest le boomerang du soft power: plus on lenvoie loin, plus il revient fort. Le Qatar sest retrouvé exposé à la réalité.»

Le Qatar aurait donc gagné son pari? «Ce point est très difficile à évaluer», tempère Carole Gomez. Car cette diplomatie du sport répond à «plusieurs objectifs – économiques, de politique intérieure et extérieure, de visibilité. Cest désormais un pays connu et reconnu». Mais avec cette Coupe du monde, il s’agit pour l’émirat «dun réel enjeu de crédibilité», résume-t-elle.

Cette diplomatie du sport répond également à des problématiques de «Nation Branding et Nation Building (développement d’une image de marque et d’une identité nationale – NDLR)», analyse Jean-Baptiste Guégan. Selon lui, le sport «est le meilleur moyen de faire connaître le pays car il touche plus de la moitié de lhumanité, et le Qatar est un pays jeune, pour qui le sport est un moyen de rassembler sa population, de créer de la cohésion sociale», sans oublier «de renforcer la mainmise de la famille régnante».

 Cette irruption a entraîné une réaction des pays voisins concurrents: lArabie saoudite, donc, avec le football (Manchester City), le sport automobile (Grand Prix de Formule 1, Paris-Dakar qui y débutera en janvier 2023), mais aussi Bahreïn (cyclisme, Formule 1) ou les Émirats arabes unis (cyclisme, Formule 1, football). Avec une différence notable, selon Carole Gomez: «LArabie saoudite na pas besoin du sport pour être reconnue et crainte sur la scène internationale.»

L’émir, sarkozy et platini à l’Élysée

Cette reconnaissance et cette respectabilité nécessitent de s’assurer les bonnes grâces d’autres puissances internationales. Dès 1995, le Qatar s’est rapproché des États-Unis, dont il est un allié régional privilégié. Mais c’est avec la France, qui a joué un rôle – obscur mais majeur – dans l’obtention du Mondial, que l’émirat a développé des liens multiples.

Au point qu’une expression persifleuse fasse de l’Hexagone «le pays coorganisateur officieux». Plusieurs enquêtes de Mediapart et de Radio France ont fait état du fameux dîner organisé à l’Élysée en novembre 2010, en présence de l’émir du Qatar, neuf jours avant l’attribution du Mondial. Dîner où Nicolas Sarkozy mena un intense lobbying auprès d’un Michel Platini réticent, alors président de l’UEFA et vice-président de la Fifa, afin de le convaincre d’user de son influence auprès du comité exécutif de l’organisme du football mondial en faveur du Qatar.

En échange de quoi? Cest lobjet de lenquête menée depuis 2016 par le Parquet national financier, qui a ouvert en 2019 une information judiciaire confiée à deux juges dinstruction, Marc Sommerer et Bénédicte de Perthuis. À ce sujet, «il ne faut pas se limiter à la diplomatie sportive», analyse Carole Gomez, mais aussi «politique, économique dans le secteur du luxe, de la culture, de limmobilier. La Coupe du monde est la partie émergée de liceberg». Une partie où trône également le rachat du PSG en 2011. Quant à la partie émergée, les soupçons se portent notamment sur des ventes d’armes et en particulier de Rafale: le contrat portant sur la vente à l’émirat de 24 chasseurs fut signé en avril 2014. Pour un montant de 6,3 milliards d’euros.

Alors, la coupe est-elle pleine? Condamnations mondiales, appels au boycott, cette diplomatie du sport – et de largent – aurait-elle atteint ses limites? Lattribution des jeux Asiatiques de 2029 à lArabie saoudite, alors même que la polémique mondiale bat son plein, permet d’en douter.

Malgré des signes encourageants comme le fait que «l’équipe nationale dAustralie ait pris la parole, cest inattendu», signale Carole Gomez. Peu d’acteurs du jeu, les premiers concernés, ont pris position. Cependant, «il y aura forcément un avant et un après», analyse Jean-Baptiste Guégan, qui estime qu’un «bilan sera fait» mais ne croit pas à une fin subite de cette diplomatie, «puisque ça marche», en termes de visibilité, de reconnaissance, de… diplomatie, donc.

Le chercheur évoque même un rapprochement entre l’Arabie saoudite et le Qatar via la chaîne Bein Sports, l’étendard télévisuel de cette diplomatie sportive, car «leur rivalité les dessert sur la scène mondiale». Mais, avec la mobilisation de la société civile, des ONG, des sponsors, «quelque chose est en train de se jouer, même si 2029 a montré que le monde du sport na pas tout à fait compris ce qui se passait», estime Carole Gomez.

La gouvernance du Comité international olympique et de la Fifa va-t-elle évoluer? Lattribution des Jeux 2036 devrait donner un élément de réponse. Si Doha les obtenait, raille Jean-Baptiste Guégan, «un siècle après Berlin, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée».

 

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Tour de France 2021. Pogacar, retour à la case suspicion

5 Juillet 2021, 07:49am

Publié par PCF Villepinte

Une traversée des Alpes embrumées, avec cinq ascensions répertoriées. Stéphane Mahe/Reuters

Lundi 5 Juillet 2021

Jean-Emmanuel Ducoin

Dans la neuvième étape, entre Cluses et Tignes (144,9 km), victoire en solitaire de l’Australien Ben O’Connor (AG2R-Citroën). Depuis le coup de force du maillot jaune Tadej Pogacar, samedi, le sillon du doute creuse de nouveau un chemin béant. Hier, il en a remis une couche.

Tignes (Haute-Savoie), envoyé spécial.

Entre pluie incessante, températures automnales (7degrés) et climat de plomb, le Tour poursuivait donc sa traversée des Alpes embrumées, tandis que certains voyaient sagiter des pantins hideux à lhorizon du monde où roulait encore un soleil noir. Partout, les mélèzes voûtés par le poids de l’humidité tiraient vers le bas leurs épines courbées, quand bien même nos forçats de Juillet devraient projeter leurs bécanes par-delà quelques à-pics terrifiants. Cette neuvième étape, entre Cluses et Tignes (144,9 km), ne promettait aucun calme mais bien une nouvelle tempête des cimes sous les crânes.

Tout rincé, le chronicœur dut admettre la vérité: pas facile de dormir contre les hurlements du ciel qui soulèvent peu à peu les haillons hideux de lHistoire. Nous partîmes dailleurs sans deux des principaux acteurs du cyclisme contemporain, Primoz Roglic et Mathieu Van der Poel, qui se retirèrent au petit matin. Le premier, défait et tout cabossé, traînait sa peine sans espoir de rédemption. Le second, héros de la première semaine mais déchu samedi de son paletot en or par un extraterrestre de 22 ans, préféra abandonner afin de préparer les JO et rêver d’un autre or. Arrimés comme on le pouvait à la roche environnante, nous songions déjà à la suite, non sans repenser au Slovène Tadej Pogacar, qui, la veille, doucha la concurrence et frappa les esprits en irritant nos intelligences.

Les souvenirs crépusculaires d’une course à deux vitesses

Allait-il réitérer sa stupéfiante performance, sur un profil propice à son imagination – sans bornes –, avec cinq ascensions répertoriées, dont le redoutable col du Pré (12,6 km à 7,7%, HC), puis linterminable montée vers Tignes (21 km à 5,6%, 1re cat., 2107 m)? Nous nen étions pas là, à nous demander mille fois si le tenant du titre avait tué tout suspense, mais bien à ressasser quelques questions spectrales.

Nous ne fûmes pas les seuls à tracer à grandes expirations le sillon du doute. Bien qu’il ait tenté de laver plus blanc que blanc, le vélo continue d’avancer masqué sous les souvenirs crépusculaires d’une course à deux vitesses. Retour à la case suspicion. «On peut se poser la question dune telle domination, mais je nai pas de réponse», commenta par exemple Julien Jurdie, directeur sportif dAG2R-Citroën. «On va dire que je serai prudent, très prudent», déclara Jean-René Bernaudeau, manager de TotalEnergies. Et Jurdie d’ajouter: «Je ne peux pas vous dire que tout va mal ou que tout va bien. Est-ce que je mettrais ma main au feu? Non, je tiens à ma main.» Une autre membre dun staff français prévenait: «Il ny a aucune preuve. Mais nous savons que les formations étrangères ne sont pas soumises aux mêmes règles. Nous constatons les dégâts.»

Un respect mystérieux pour les non-dits domine toujours

Le dominant excite les mots, d’autant que tous les schémas habituels, quand nous voyions de grosses armadas contrôler les étapes à leur guise, ont volé en éclats. Comme l’an passé, Pogacar n’éprouve aucun besoin d’être épaulé par ses équipiers pour atomiser et creuser des écarts stratosphériques, comme il le montra à maintes reprises depuis le début de sa carrière. Son équipe reste pourtant soumise aux regards en biais. Souvenons-nous, avec la lucidité requise, que le patron de l’UAE Team Emirates s’appelle Mauro Gianetti, dont le pedigree laisse songeur.

Ex-coureur à la réputation sulfureuse, il était jadis à la tête de Saunier Duval quand son leader, Riccardo Ricco, fut contrôlé positif à l’EPO et exclu avec tout son groupe du Tour 2008. Rappelons-nous aussi que le directeur sportif d’UAE, le Slovène Andrej Hauptman, dut renoncer à prendre le départ du Tour 2000 en raison d’un taux d’hématocrite trop élevé. Des témoins à charge. Ce passé renvoie-t-il nos commentaires à leur dérisoire nullité ou jette-t-il sur le présent un discrédit navrant?

Dans ce grand bric-à-brac de misère perpétuelle, où se distillent les pires événements supposés, un respect mystérieux pour les non-dits domine toujours. Mais nous ne sommes plus dix, vingt ans en arrière. Cédric Vasseur, manager des Cofidis, insista au passage sur un anachronisme qui confinait à la schizophrénie: «La faiblesse de Pogacar, cest son équipe. Elle na en rien la force des Sky ou des Ineos des dernières années.» Rajoutons une interrogation à ce sombre panorama: comment qualifier la surpuissance de l’équipe Bahrain, qui truste les victoires depuis Brest, sans parler du dernier Dauphiné ou du Giro?

Visages fantomatiques et corps frigorifiés

Le cyclisme en tant que croyance a disparu, Dieu merci… Nous en étions là, cette fois, quand le maillot jaune dévora la pente vers Tignes – et ses pseudo-dauphins. Depuis le départ, de nombreux échappés (Quintana, Poels, Woods, O’Connor, Hamilton, Higuita...) avaient secoué un peloton supplicié par des conditions dantesques, duquel disparut Wout Van Aert.

Il y eut des visages fantomatiques, des corps frigorifiés, des abandons (Peters, Merlier et De Buyst), des chutes et un valeureux vainqueur parmi les fuyards: lAustralien Ben OConnor (AG2R-Citroën), qui fut un temps paré du jaune virtuel, réalisant un splendide rapproché au général (2e). Pas d’inquiétude pour Pogacar, qui se joua des Ineos. Richard Carapaz plaça une attaque… et le Slovène s’envola, fustigeant d’un regard ses suivants, avant de filer. Deuxième coup de massue aux sommets. À quoi bon? Le chronicœur espéra juste qu’il n’aurait pas, tôt ou tard, à imaginer que le Tour donnait à voir un spectacle inopiné et inachevé, livré à des murmures clos trahis par les circonstances.

Tour de France 2021

 

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Pogacar écrase les sommets

4 Juillet 2021, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), envoyé spécial.

Un spectre de feuilleton pour passionnés, quand se propageait, tout là-haut, des ondes de souffrances et de vibrations sur des corps élaborés. Nos héros vivants de Juillet, impassibles ou contraints, volontaires ou désabusés, découvrirent un ciel si bas que, à l’horizon, l’hostilité des Alpes se masquaient derrière les nuages en cette huitième étape, entre Oyonnax et Le Grand-Bornand (150,8 km).

De la pluie façon déluge, de l’humidité, du froid à liquéfier les ardeurs, comme si le Grand Départ breton collait à leurs roues en tant qu’épithète. Pour l’entrée officielle dans la haute montagne, le chronicoeur huma l’air frais pour conjurer les mauvais sorts et l’imminence de quelque-chose d’irrationnelle qu’on pourrait nommer «l’appréhension». Un parfum de feuilles tendres flottait et commençait de s’étouffer doucement sous le poids de la vitesse.

Tout de nerfs et de cernes après le parcours dantesque et quasiment historique de la veille vers Le Creusot, le peloton, dès le départ d’Oyonnax, s’étira en lambeaux sur des routes pré-grimpantes et nous voyions clairement à travers depuis un moment. Partis comme des furieux affamés, sur l’asphalte glissant, nous imaginions les dialogues spumescents et hallucinés qui couraient de bouches en bouches, chacun pensant maladroitement à part soi. Sauve-qui-pouvait.

Ce fut un train fou, absolument démentiel dès le kilomètre 0, que seule la quête de gloire ou d’absolu, dans les tréfonds des rares âmes grisées, pouvaient expliquer par sa logique furieuse et ambiguë. Des 177 rescapés, certains manquèrent vite à l’appel ou montrèrent d’inquiétants signes de lassitude, comme Chris Froome, pathétique quadruple vainqueur en pleine tentative survie (mais pour qui, pour quoi?). Ou encore Geraint Thomas, largué et à la peine dès les premiers hectomètres accidentés, ou le Français Pierre Latour, piégé avant même les cols. Sans parler de la «guêpe» Primoz Roglic, à la dérive, à l’agonie, se livrant aux tortures de plus en plus désordonnées de son supplice, de nouveau dépassé par les événements et tétanisé par les douleurs tenaces de sa chute en Bretagne. Seul, dépossédé, il erra en martyr, pour se lover enfin dans le gruppetto. Sans doute pour l’honneur, ultime valeur dont il fut encore capable dans son aliénation.

Après le festival des puncheurs et sprinteurs durant une semaine, les purs grimpeurs laisseraient nécessairement libre cours à leur sublimation. Car la route s’éleva sitôt l’heure du café post-déjeuner, sachant que les grandes difficultés répertoriées allaient s'enchaîner au-delà des 50 kilomètres de course. Profil impitoyable par temps de chien. D'abord les abordables côtes de Copponex (6,5 km à 4,4 %, troisième cat.) et de Menthonnex-en-Bornes (2,7 km à 4,9 %, quatrième cat.). Puis l’alignement assez terrifiant d’un raide triptyque de première catégorie : côte de Mont-Saxonnex (5,7 km à 8,3%), col de Romme (8,8 km à 8,9%) et col de la Colombière (7,5 km à 8,5%). Avant une descente vertigineuse vers le Grand-Bornand, où notre Julian Alaphilippe s’imposa en 2018.

Les images se déposaient en couches fines sur nos rétines dans un vacarme éternel. Pas de doute, il était écrit qu’il s’agirait d’une journée binaire. Survivre par l’exploit ; ou trépasser par la faiblesse. Pas de rhétorique en mode mineur, lorsqu’ils s’enfoncèrent dans l’épique. Dès la côte de Copponex (à 89 bornes du but!), une bagarre de luxe s’engagea et un groupe d’une vingtaine d’unités – parmi lesquels Tadej Pogacar ou Guillaume Martin – alluma une mèche trop peu incandescente sous les ondées. L’armada Ineos de Richard Carapaz, tout comme le maillot jaune Mathieu Van der Poelidor (Alcepin), revinrent d’un coup de pédale alerte.

Juste un prélude. Avant quelque oraison. Autant l’admettre, il fallut dès lors nous frotter les yeux pour tenter de discerner une logique autre que la vérité nue de la montagne sacrée. Car le Belge Wout Van Aert, jadis équipier de luxe de Roglic sur les routes du Tour et désormais leader des Jumbo, montra qu’ils savaient se nourrir de la maturation saccadée des aventures illustres. Il secoua le groupe des cadors, tous soumis à «la dure». Dans ce cyclisme d’audace réinventé, tels ces amoureux au bord d’un précipice, la part du cœur ne se réduisait en rien. Tout au contraire. Le Slovène Pogacar, prêt à contrer chaque velléité, veillait au grain. Son vélo oscillait déjà harmonieusement entre ses jambes, il semblait voler sans heurts et il s’appliquait férocement à dissimuler son aisance afin que personne n’en tirât avantage.

A portée de vue du plateau des Glières et des maquis de la Résistance, nous entrâmes alors dans ces endroits uniques de vérité nue, là où sur les à-pics les escaladeurs laissèrent le fardeau de la vie en commun et pratiquèrent cet art singulier que nos glorieux aïeux nommaient jadis «l’art de grimper». Nulle part ailleurs le Tour surgit à ce point d’une limpide définition. Pas de duperie, pas d’illusion.

A l’avant, suite à plusieurs tentatives, dix-huit fuyards prirent finalement leurs aises, jusqu’à près de sept minutes (Andersen, Henao, Martin, Paret-Peintre, Poels, Cattaneo, Yates, Elissonde, Teuns, Quintana, Castroviejo, Benoot, Woods, Izagirre, Armirail, Peters, Kuss et Juul Jensen). Quelque part entre les groupes, transit par les basses températures et l’ampleur du rideau de gouttes, nous aperçûmes le vétéran Alejandro Valverde se relever et renoncer à jouer la gagne. Dans les lacets détrempés, sur le fil du rasoir, il y eut des chutes en pagailles, commuant le spectacle en peur cadencée. La geste de la Grande Boucle en haute dramaturgie.

Se dressa le col de Romme, maudite montée nimbée dans la pénombre. Nous assistâmes au grand ménage d’été par essorage, sous l’impulsion de l’équipe UAE de Pogacar. A bout de souffle, Mathieu Van der Poel plia définitivement ses ailes jaunes – gloire au petit-fils de Raymond Poulidor. Puis ce fut au tour de Wout Van Aert, Rigoberto Uran, Vincenzo Nibali… et Julian Alaphilippe.

La pénombre se transforma en crépuscule pour les hardis. Dès lors, Pogacar en personne s’envola vers les cimes, suivi un bref instant par l’Equatorien Richard Carapaz (Ineos), le vrai-faux dauphin. Le tenant du titre s’installa dans ce dodelinement fastueux, signant par l’agilité ce moment où la force d’un homme claqua la porte et imposa à sa volonté le divorce d’avec les autres. Du panache, assurément. Faute de mieux, comment l’exprimer autrement?

L’improbable homme-machine, à son faîte, avala ensuite le col de la Colombière sur un rythme identique, usant du grand plateau, écrasant les braquets (53x30) et le Tour avec. Ahurissante impression de performance extrême. Sous les nuages ourlés de plomb, nous en oubliâmes qu’il y avait toujours des échappés à l’avant-garde.

Comme on dit dans le jargon, Pogacar «ramassa tout le monde» dans les pourcentages, sauf le Belge Dylan Teuns (Bahrain), qui, au point culminant, à 1618 mètres, plongea vers le Grand-Bornand. A tombeau ouvert, ce dernier dévala la descente-patinoire et vint quérir une victoire de prestige, en solitaire. Pogacar, flanqué de Woods et Izagirre, coupa la ligne avec plus de trois minutes d’avance sur le groupe Carapaz et Lutsenko, cinq sur Van Aert, près de vingt sur Van der Poel. Un gouffre venait de se creuser entre le Slovène et tous les autres, renvoyés au rang de figurants.

Le chronicoeur, lui aussi tout de nerfs et de cernes devant tant d’orgueil projeté par un frêle bonhomme venu de Slovénie, se força à percevoir la poursuite – ou le début – d’une œuvre élégiaque sur des monts historiques. Alentour, un parfum de feuilles tendres flottait en effet dans le chaos et commençait de s’étouffer doucement sous le poids du « moment » Pogacar.

[ARTICLE publié sur Humanite.fr, 3 juillet 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Van der Poel, ou l’attitude majuscule

3 Juillet 2021, 08:14am

Publié par PCF Villepinte

Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre cède parfois devant l’exigence de l’audace. Alors nous le regardons vaciller puis s’incliner, au moins momentanément, face à ceux qui forcent les portes et rehaussent leurs propres récits en épousant les pas de la grande Histoire. Le peloton n’avait pas encore parcouru cinquante kilomètres de cette septième étape entre Vierzon et Le Creusot (249,1 km), la plus longue depuis vingt-et-un ans, que, subitement, nous trouvâmes une définition assez parfaite à cette «vélorution» que nous imposent certains cadors es-déconstruction.

Casser les normes, dépasser les frontières: voilà à quoi s’attachèrent, dès le matin, Mathieu Van der Poel, Wout Van Aert et Julian Alaphilippe, partis dans une tentative d’échappée royale. Ce fut la première étincelle, celle qui nous incita à croire que ce vendredi de plein soleil, sur un parcours long, sublime et très accidenté, ne ressemblerait à aucun autre.

Si l’escarmouche des trois puncheurs suscita la réaction des armadas, qui l’étouffa dans l’œuf aussitôt, elle mit le feu aux mollets des 177 rescapés. Car peu après, au kilomètre 45, alors qu’il en restait plus de deux-cents pour rallier l’arrivée, nous dûmes nous frotter les yeux. Car Van Aert en remit une couche, comme par provocation. Ce ne fut plus une flammèche, mais un feu de plaine sur la Grande Boucle qui se courba, avant de bomber le torse en retrouvant ce supplément d’âme des orgueilleux.

D’ailleurs, qui alla cueillir l’impétrant? Van der Poelidor, le maillot jaune en personne. Et le spectacle qui suivit releva de la chronique de l’inattendu. Beaucoup sautèrent dans les roues des deux champions et pas moins de vingt-neuf coureurs en tout s’installèrent dans l’«échappée du jour» – peut-être celle du Tour! – qui dégrafa les certitudes et provoqua dans la caravane cette onde de choc que nous n’imaginions plus possible. 

Imaginez un peu. Parmi tous ces fuyards, que nous ne nommerons pas tous, dix d’entre eux avaient déjà remporté au moins une étape dans leur carrière : Mark Cavendish (32), Vicenzo Nibali (6), Wout Van Aert (3), Simon Yates (2), Soren Kragh Andersen (2), Philippe Gilbert (1), Magnus Cort (1), Jan Bakelants (1), Mike Teunissen (1) et Mathieu Van der Poel (1).

Des noms à rendre jaloux le moindre connaisseur et à ouvrir la boîte aux fantasmes. Vous l’aviez compris, cette fois manquait à l’appel Alaphilippe. Et surtout Tadej Pogacar, piégé avec toute son équipe UAE – contrainte de se mettre durement à la planche toute la journée, bien avant l’heure des cols.

Sur le moment, le chronicoeur se remémora les grands moments d’adrénaline de ses trente-deux Tours, repensant à toutes ces illusions noyées dans la normalité robotisée, biologisée. Et puis, vingt, trente, cinquante kilomètres plus tard, quand l’avance de cette troupe bordée d’expérience dépassa les trois minutes, jusqu’à dépasser les six, il était temps de rouvrir le grand livres des Illustres en se creusant les méninges: quelque chose d’étonnant venait de se produire.

Si étonnant que nous en étions déjà à imaginer l’avenir, les jours prochains, et ce qu’il faudrait comme débauche d’énergie à Pogacar et consorts pour venir à bout de cet étonnant Van der Poel, capable décidément de tout, y compris de se jouer d’une topographie hyper favorable – à la veille des Alpes et la montée vers le Grand-Bornand – en s’octroyant le luxe suprême d’être accompagné dans son aventure épique par quelques-uns des meilleurs rouleurs et des plus durs à cuir du cyclisme moderne. Renversant de cran, de conviction et de cœur!

Nous l’avions déjà écrit, répétons-nous: il n’y a plus que notre champion du monde pour dé-normaliser le vélo. Par son talent, mais aussi par ses manières désinhibées, qui permettent aux foules de se réincarner dans la figure du forçat de chair et d’os, souffrant et courageux, Van der Poel redonne lui aussi du sacré au sacré et propage, depuis qu’il a revêtu le paletot jaune qui a tant manqué à son grand-père Raymond Poulidor, une espèce d’utopie populaire, mélange de traditions racinaires (la lignée familiale) et d’anticonformisme (la prise de risque comme définition à sa façon «d’être» cycliste).

Autant l’admettre. Confronté à une telle félicité de la course, si souvent improbable comme le surgissement de ces événements imprévisibles qui donnent sel et corps à l’existence, le chronicoeur surgissait enfin dans ce Tour d’une parfaite définition: l’onirisme réinventé. Celui qui oblige les acteurs.

Certes, le profil tranchait avec les trois dernières étapes en ligne, en particulier dans les 100 derniers kilomètres. Après Nevers et Château-Chinon, la traversée du Morvan offrait en effet un terrain propice aux baroudeurs, avec un enchaînement de montées et descentes qui pouvaient constituer autant de tremplins à des attaquants inspirés et solides. Il y avait même tout lieu d’imaginer que cet exercice quatre-pattes fournirait des enseignements sur l’attitude que comptaient adopter les perdants du grand coup frappé par Pogacar lors du chrono de Laval.

Cette sorte de Liège-Bastogne-Liège en miniature comportait même cinq côtes classées. Le sommet du Signal d'Uchon (5,7 km à 5,7%), ascension redoutable dotée de bonifications pour les trois premiers au sommet, était situé à 18 kilomètres de l'arrivée, avant une dernière petite côte aux 8 kilomètres. «Il était évident que les puncheurs se régaleraient, dans le final, on enchaîne les difficultés», expliqua Thierry Gouvenou, le traceur-en-chef de l’épreuve, qui précisa que la ville d'arrivée avait précisément été choisie à cause de l'inédit et spectaculaire Signal d'Uchon, appelé «la perle du Morvan». Sorte de prélude à la grande montagne, par l’innovation topographique mêlant étroitesse des routes et beauté des paysages. Rendons grâce aux traceurs de la Grande Boucle.

Sous la chaleur, tout se disloqua. A l’avant, à l’arrière, partout. Magistrale bagarre, à tous les points cruciaux de la course. Parmi les éclaireurs, réduits à 23 avant un écrémage définitif dans les parties escarpées, trois courageux prirent la poudre (Mohoric, Van Moer et Stuyven) et les attaques se succédèrent à la volée. De la frénésie à tous les étages. Le peloton, lui, ressortit du Signal d'Uchon totalement essoré, éparpillé en pièces détachées, à l’image du Slovène Primoz Roglic, à la limite de l’agonie (un débours de quatre minutes à l’arrivée sur Pogacar).

Nous vîmes même Van der Poelidor s’installer dans ce petit dodelinement anxieux qui témoignait de la douleur physique, sinon de ses limites, bien qu’il parvînt à suivre une nouvelle offensive de Van Aert. Un autre Slovène – mais combien sont-ils? – sortit alors de sa boite, Matej Mohoric (Bahrain), 26 ans, qui faussa compagnie à l’avant-garde et s’envola vers une victoire de prestige dans les rues du Creusot, à quelques encablures du vieux Marteau Pilon, transformé en monument, témoin du glorieux passé industriel de la ville.

Restait l’essentiel. Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert provoquèrent un beau ménage au classement général, désormais premier et deuxième, avec près de quatre minutes d’avance sur Pogacar. Le maillot jaune néerlandais, héritier de la légende, venait de suivre la vieille coutume du vélo : la meilleure défense se niche parfois dans l’attaque. Notre Van der Poelidor signa d’une attitude majuscule la très haute idée que nous nous faisons du Tour. Et sachez-le. Par un sortilège effarant, les images de cette journée devinrent – déjà – des souvenirs. 

[ARTICLE publié sur Humanite.fr, 2 juillet 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Il est grand temps de songer à réformer le football professionnel

29 Avril 2021, 07:18am

Publié par PCF Villepinte

“Créé par les pauvres, volé par les riches”: mettons fin à l’accaparement du football par les investisseurs financiers !

Dimanche 18 avril, 12 des top clubs européens ont annoncé la création de la Super Ligue, une compétition dont l’objectif était de concurrencer la Ligue des Champions en faisant participer 15 clubs fondateurs permanents, et 5 autres équipes invitées chaque saison.

Cette ligue fermée au fonctionnement profondément inégalitaire avait ainsi pour objectif d’accroître les recettes des gros clubs (ce sont 3,5 milliards d’euros qui devaient être distribués d’entrée aux participants par la banque JP Morgan finançant le projet) dans un contexte de crise du modèle économique du football. Cette sécession explicite a ainsi suscité l’opposition des supporters comme des joueurs, notamment parce qu’elle refuse le principe de promotion-relégation au sein de ligues nationales qui assurait la compétition entre petits et gros clubs, et ce parce que les gros clubs veulent, face à l’incertitude des résultats, sécuriser leurs revenus quitte à mettre fin au principe de la compétition.

On retrouve la tension caractéristique du football moderne entre les aspirations capitalistes à la profitabilité et la logique sportive : alors que la rationalité capitaliste pousse à sécuriser les profits, dans le sport c’est l’incertitude du résultat, la difficulté du match, qui fait la valeur de la performance. C’est bien tout un modèle économique qui est mis en échec aujourd’hui et dans lequel s’inscrit ce coup de force opéré par les “hyperclubs”, nouvelle étape d’une longue série de tentatives de pression des gros clubs (représentés par l’ECA, l’Association européenne des clubs) sur l’UEFA.

La libéralisation et ses corollaires - financiarisation - du football trouvent ici son issue logique et témoignent de la voie délétère dans laquelle s’engouffre le football, au travers de réformes qui ont rendu les ligues nationales toujours plus déséquilibrées, et donc prévisibles, sous la pression des investisseurs. Ces déséquilibres financiers entre les clubs ont été accentués par les réformes successives de la ligue des champions, dont une nouvelle mouture est actuellement à l’étude pour 2024 (avec un nombre accru de matchs, 36 équipes au lieu des 32 actuelles, une qualification fondée sur les résultats passés et des droits commerciaux de la compétition accaparés par les top clubs). La recherche d’une plus forte exposition médiatique à travers la multiplication des matchs (avec la réforme de l’UEFA actuellement à l’étude ce sont 100 matchs supplémentaires qui seront joués chaque année en coupe d’Europe), et donc de droits TV revalorisés, pousse les clubs à exiger des formats qui portent atteinte à la qualité du jeu et à l’accès de tous et toutes aux matchs.

Un tel projet n’est hélas pas neuf : déjà en 1998, la menace d’une ligue d’élite était agitée par les grands clubs pour imposer à l’UEFA de réformer les compétitions en vue d’accroître leur profitabilité. Les Football Leaks ont également révélé diverses versions d’une telle ligue qui restaient dans les petits papiers des gros clubs, et avaient refait surface sous les traits d’une European Premier League - qui accordait notamment des droits de vote préférentiels aux plus gros clubs anglais - en octobre dernier. La cupidité des propriétaires des clubs n’est que mal masquée par les diverses raisons invoquées pour fonder cette ligue des riches, le président du Real Madrid Florentino Perez évoquant ainsi “une pyramide qui coule pour tout le monde”, ou encore un fonctionnement qui, par le truchement d’un obscur ruissellement, favoriserait la “redistribution”. Bien au contraire, la crise que traverse le football européen (un manque à gagner de 2 milliards cette année pour les 20 clubs les plus riches, s’ajoutant à un déficit déjà existant) pousse les investisseurs privés à se jeter sur l’opportunité d’une ligue qui leur promet des rentrées d’argent 2 à 3 fois plus élevées.

Si l’inflation des droits télé ne peut durer indéfiniment, l’objectif des gros clubs à travers ce projet de Super Ligue était la conquête de nouveaux marchés pour compenser. Or ces nouveaux marchés ne sont pas prêts à payer pour voir des affiches de petits clubs des ligues nationales, d’où la volonté de créer une ligue d’élite multipliant les rencontres entre clubs prestigieux.

Mardi soir dernier, les 6 clubs britanniques ont annoncé leur retrait du projet, émettant même des communiqués d’excuses, suivis par l’Atlético Madrid mercredi matin, avant que le projet ne soit enterré cette même journée.

Toutefois, l’échec de la Super Ligue ne doit pas faire oublier la victoire de ce football des hyperclubs après des années de dérégulation du football, de dégradation des finances des clubs, de capitulation de la gouvernance sportive européenne face à la pression des clubs les plus riches pour instaurer des mécanismes inégalitaires mais toujours plus rémunérateurs pour des clubs dont le modèle économique n’est plus viable et qui dépossède les supporters de leur patrimoine collectif.

Il est grand temps de songer à réformer le football professionnel (meilleure répartition des revenus perçus collectivement - droits de diffusion -, interdiction de la multipropriété des clubs pour garantir la pérennité de la compétition sportive) et de mettre un terme à la spéculation financière (limitation du nombre de prêts de joueurs, répartition des indemnités de transferts entre tous les clubs où le joueur a été formé afin de limiter la spéculation faite par le club vendeur, augmentation de la “contribution de solidarité”, fin de la “titrisation” des joueurs - montages type Third party investment). Ce fonctionnement va à l’encontre de la nécessité de garantir un droit à l’accès au football, tant pour les joueurs que les supporters. Il est désormais évident qu’il faut mettre fin à l’accaparement du football par les investisseurs financiers.

Léon Deffontaines secrétaire général du MJCF

 

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À l’état de résistance collective…

23 Avril 2021, 06:23am

Publié par PCF Villepinte

Une sorte de « leçon » politique appliquée au sport le plus populaire du monde.

Quarante-huit heures et ci-gît la Super Ligue de football. Du moins, pour l’instant. Par un retournement de ­situation aussi spectaculaire que l’avait été son irruption dans le paysage, cette compétition privée, imaginée par quelques clubs les plus puissants afin de supplanter la Ligue des champions, l’historique trophée européen depuis 1955, se retrouve vidée de sa substance.

Voilà la mise en échec de l’avidité ­cynique des grands patrons, à la suite d’une révolte surgie d’Angleterre qui a vu les supporters, les entraîneurs, les joueurs et les pouvoirs publics se dresser solidairement contre la trahison des propriétaires de leurs équipes chéries.

Les six en question, d’abord ­Manchester City, puis Arsenal, Liverpool, Tottenham et Manchester United, et pour finir Chelsea, ont donc renoncé, certains dirigeants avouant même leur péché capital: « Nous avons fait une erreur et nous nous excusons pour cela », déclarent les responsables d’Arsenal…

Une banderole, brandie par les fans près du stade de Manchester United, Old Trafford, résumait le dépit général ressenti bien au-delà de la Grande-Bretagne: « Créé par les pauvres, volé par les riches. » En vérité, les promoteurs de ce barnum du foot business poussé à l’extrême avaient mal mesuré l’ampleur de la tempête qu’ils venaient de déclencher.

Même au stade suprême du capitalisme, le football reste une puissance à part entière. La sécession d’une douzaine de clubs n’était, à première vue, qu’une affaire de droit privé. Elle a pourtant provoqué, en un rien de temps, et au plus haut niveau, une avalanche de communiqués. Downing Street, l’Élysée, Bruxelles… les chancelleries n’auraient pas réagi plus promptement s’il s’était agi d’une tentative de coup d’État.

S’il n’y a sans doute pas de « morale » à cette histoire, puisque les compétitions actuelles, déjà inégalitaires, réservent les places de choix aux plus riches, au moins trouverons-nous la trace d’une sorte de « leçon » politique appliquée au sport le plus populaire du monde.

À l’état de résistance collective, quand s’entrechoquent l’humain et le pognon, ce qui est ainsi possible pour le football ne le serait pas pour d’autres domaines, que beaucoup jugeront bien plus fondamentaux? Les combats universels ne manquent pas: levée des brevets sur les vaccins; progrès social; diplomatie; évasion fiscale; droits des migrants

Parions que le football européen va saisir loccasion pour tenter de se refaire une virginité face à une dérive à laquelle il a activement contribué. Il n’a évidemment pas montré la voie en tant qu’exemple. Parmi ce cénacle, certains ont juste marqué un but. Sous la forme d’une belle passe aux autres.

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 22 avril 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Au Qatar, jouer au football sur des cadavres ?

8 Avril 2021, 20:49pm

Publié par PCF Villepinte

Boycott(s)

 

Contestation.

 La question est aussi vieille que l’existence du sport de haut niveau et l’organisation de grandes compétitions dans certains pays. Est-ce une raison pour ne pas la poser, surtout dans le cas présent: peut-on jouer au football sur des cadavres, dans un pays ouvertement esclavagiste?

Vous lavez compris, la Coupe du monde au Qatar, prévue en 2022, continue dagiter les consciences et den réveiller tardivement quelques-unes. Un long feuilleton en vérité, dès lattribution à ce pays de la péninsule Arabique de l’événement planétaire suivi par des milliards de téléspectateurs. Une désignation scandaleuse, dont nous nous souvenons tous des circonstances.

Et depuis, une horreur contre les droits humains les plus élémentaires sur les chantiers de construction des stades – ce que les lecteurs de l’Humanité connaissent parfaitement, pour en avoir été informés en premier au lancement desdits chantiers (tout le monde n’a pas la chance de lire le journal de Jaurès). Pourquoi le bloc-noteur en parle-t-il cette semaine? Parce quun vent de contestation vient de se soulever et quil pourrait, sait-on jamais, provoquer une petite «révolution» dans le paysage du sport international.

Acte. 

Le 27 mars, l’attaquant norvégien Erling Braut Haaland, désormais star du ballon rond que souhaitent enrôler les plus grands clubs (Bayern, Real, Barça, PSG), arborait un tee-shirt sur lequel nous pouvions lire: «Les droits humains sur et en dehors du terrain.» Un acte, juste un acte, qui ne passa pas inaperçu et pour cause: c’était avant de disputer un match contre la Turquie, comptant précisément pour les qualifications au Mondial 2022.

Les connaisseurs le savent: on ne peut pas dire que la Norvège, à linfluence modeste, soit une superpuissance du football. Sauf que, depuis ce geste fort, le débat a pris une ampleur considérable. Les Allemands, les Néerlandais, les Danois et les Belges sont entrés en scène. Les footballeurs de ces sélections nationales ont tous appelé à une amélioration des conditions de travail des ouvriers au Qatar, utilisant le même mode opératoire.

L’initiative est à mettre au crédit du sélectionneur norvégien, Stale Solbakken, qui s’est ainsi justifié: «Bien sûr que c’est de la politique, mais sport et politique vont ensemble et iront toujours ensemble.» Nous ne l’aurions pas mieux verbalisé.

Jouer.

 À l’origine du surgissement de cette polémique – il était temps! , un article accablant paru dans le quotidien anglais The Guardian qui dénombre la mort d’au moins 6500 travailleurs migrants depuis 2010 dans cet émirat du Golfe – de l’esclavagisme à l’état pur. Bien sûr, de la contestation aux appels au boycott, il n’y avait qu’un pas.

Des personnalités politiques, dont Jean-Luc Mélenchon, l’ont déjà effectué. Fin février, plusieurs clubs norvégiens avaient pris les devants – dont le club professionnel le plus septentrional du globe, Tromso – en exhortant leur fédération nationale à boycotter le prochain Mondial, en cas de qualification. Et l’équipe de France, au fait? Aucun message collectif lors de leurs derniers matchs. Seuls Hugo Lloris et Lucas Hernandez ont abordé le sujet.

Lloris, considérant comme «une bonne chose» l’initiative des Norvégiens, affirma qu’«aucun joueur n’est insensible à ce qui a été dit ou écrit par rapport à tout ça». Hernandez, interrogé en conférence de presse: «Les droits de l’homme, c’est sûr que tout le monde a ses droits. Je ne vais pas rentrer dans cet aspect-là. Tout le monde a ses opinions. Je ne sais pas dans quelles conditions ils (les ouvriers) ont travaillé au Qatar, ce n’est pas moi qui dois dire si c’est bien ou pas bien. Je peux juste dire que ce sera une belle coupe du monde là-bas.»

 Fin de la prise de parole. Quant à l’idée même du boycott, «la France sera présente au Qatar si elle se qualifie», a tranché Noël Le Graët, président de la FFF, mettant fin à toute discussion. On notera au passage l’argument ultime d’un député LaREM: «J’aurais pu l’entendre, mais, aujourd’hui, il est trop tard, les stades sont finis.» Le dilemme reste donc le même: jouer sur des cadavres, ou pas…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 9 avril 2021.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin 

 

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Sports – Une loi au rabais

1 Avril 2021, 06:32am

Publié par PCF Villepinte

 

Publié le 31/03/2021 par PCF

Emmanuel Macron avait promis une grande loi sur le sport et la société, c’est une loi au rabais qui a été adoptée le 19 mars à l’Assemblée nationale.

À trois ans de l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques, nous aurions pu espérer un texte ambitieux vu la situation de crise inédite que traverse le sport. Rappelons que le budget des sports est en baisse depuis le début du quinquennat, que le ministère des Sports est sous la tutelle de l’Éducation, en perte constante d’effectifs, et que la baisse du nombre de licenciés dans les clubs est supérieure à 25 % avec toutes les trésoreries dans le rouge.

En novembre, un rapport de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS) tire la sonnette d’alarme : 66 % des jeunes de 11 à 17 ans « présentent un risque sanitaire préoccupant » et 49 % « présentent un risque sanitaire élevé, caractérisé par des seuils plus sévères, soit 4 h 30 de temps d’écran journalier et/ou moins de 20 minutes d’activité physique par jour ». La principale cause est la sédentarité et le manque d’activité physique et sportive. Déjà en 2019, l’OMS relevait que 80 % des enfants scolarisés ne respectent pas la recommandation de faire au moins une heure d’activité physique par jour, et si l’on ne change rien l’espérance de vie de cette génération sera plus courte que celle de leurs parents.

Si le texte avait pour objectif de développer la pratique sportive pour le plus grand nombre, en réalité il se limite à quelques avancées à la charge des collectivités. C’est d’abord la possibilité pour les associations d’utiliser les équipements sportifs des collèges et des lycées et l’obligation, lors de la construction de nouvel équipement, de créer un accès indépendant. C’est la possibilité pour les communes et les intercommunalités volontaires de mettre en œuvre des plans sportifs locaux, auxquels seront associés les acteurs du sport, les écoles, collèges et lycées, ainsi que de nouvelles missions pour les conférences régionales du sport (notamment le sport santé et les savoirs sportifs fondamentaux).

Un amendement des députés élargit la prescription du sport santé aux maladies chroniques (l’hypertension, l’obésité, la maladie mentale, la dépression). Cependant, la prise en charge des malades par les associations sportives ou par des spécialistes du secteur n’est pas remboursable par la Sécurité sociale.

La loi rénove la gouvernance des fédérations sportives en imposant la parité dans les instances dirigeantes, en limitant la présidence d’une fédération ou d’une ligue professionnelle à trois mandats, et en renforçant les obligations de transparence. De plus, un dispositif visant à lutter contre le streaming illégal dans le sport est mis en place.

Un amendement prévoit enfin la possibilité pour les ligues professionnelles de créer une société commerciale pour la commercialisation et la gestion des droits d’exploitation audiovisuelle.

Malgré ces dispositions, cette loi ne répond en rien aux enjeux d’actualité. Nous notons particulièrement l’absence de mesures pour développer la pratique sportive chez les enfants. Les députées communistes Marie-George Buffet et Elsa Faucillon se sont vues repousser leurs amendements sur l’Éducation physique et sportive à l’école, jugés irrecevables car pas en lien avec le texte. Rappelons que l’EPS est une matière à part entière qui doit retrouver sa place dans les diplômes. Ce n’est pas faire « bouger les élèves », mais bien un outil éducatif qui permet d’intégrer dès le plus jeune âge des habitudes de pratiques essentielles à la culture sportive.

Cette loi ne permet aucun plan de relance des pratiques et de soutien aux clubs malgré le contexte si particulier que nous connaissons. Rien non plus sur le renforcement du service public du sport et pas un mot sur le financement.

Pourtant, depuis plus d’un an, le PCF propose des mesures d’urgence : une prise en charge de la licence à hauteur de 50 % sur critères sociaux et une indexation sur la base du quotient familial, un doublement immédiat des crédits dédiés au sport et sa progression pour atteindre 1 % du budget de la nation.

Le financement du sport, au regard de son rôle essentiel pour la santé publique et le lien social, devrait être un volet à part entière de la Sécurité sociale. De même que les contributions salariales et patronales alimentent le budget de la Sécurité sociale, une part des cotisations sociales devrait être consacrée au service public du sport d’une nouvelle ère.

Nicolas Bonnet

responsable du collectif Sports et loisirs

 

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