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social

Conférence sociale : la méthode est saluée, peu d’espoir sur les réformes

9 Juillet 2012, 18:22pm

Publié par PCF Villepinte

Social-Eco - le 9 Juillet 2012

 

 

 

Le président François Hollande a donné lundi matin le coup d'envoi de la grande conférence sociale. Un rendez-vous censé relancer le dialogue social, proposer un calendrier de réforme et trouver un consensus avec syndicats et patronat pour résoudre la crise.

C'est le moment "de mettre la France en mouvement, il n'y a pas de temps à perdre", a lancé le président en ouvrant la conférence au Palais d'Iéna, au siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) devant 300 personnes. Cette conférence, prévue sur deux jours, doit ouvrir une nouvelle ère en matière de dialogue social. Fini les sommets de deux heures de Sarkozy, place à un dialogue dans la durée. François Hollande a d’ailleurs renouvelé sa promesse de campagne de constitutionaliser le dialogue social : "Il n'y aura pas de loi dans le domaine de la vie économique et sociale qui pourra être votée par le Parlement sans qu'il y ait une phase de dialogue et de concertation."

Une réussite sur la forme, méfiance sur le fond

La méthode est saluée par les syndicats qui se voient à nouveaux respectés et placés au centre des décisions, même si sur les faits et réformes à venir, ils restent très prudents. Le président a rendu hommage à ces "corps intermédiaires sans lesquels la France ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui". Une méthode qui devrait se renouveler : "Il ne s'agit pas d'un sommet ponctuel", a-t-il dit, en donnant "rendez-vous dans un an". "C'est un compromis positif pour sortir par le haut des épreuves qu'on traverse".
Et les épreuves, ce sera aussi la rigueur. Pour Hollande, les "trois grands défis" du pays sont le redressement des comptes publics, la détérioration de la compétitivité et le chômage. Si Hollande a assuré que "l'Etat ne pourra pas rester inactif" devant les plans sociaux qui s'accumulent, le Premier ministre a prévenu qu'il ne fallait pas s'attendre à de grandes annonces : "réformer, cela prend du temps"

Il y a urgence pour les syndicats

Pourtant il y a plus de temps à perdre. Le leader de la CGT Bernard Thibault, réclame des "mesures concrètes", "des décisions immédiates" face aux "situations d'urgence". Mais le consensus recherché par le PS est encore loin : alors que Mme Parisot plaide pour une réduction des charges pesant sur les entreprises, Bernard Thibault veut une remise à plat de toutes les aides dont elles bénéficient et une redéfinition du licenciement économique.

Syndicats, patronat et ministres vont en débattre au cours de sept tables rondes prévues dans l'après-midi et mardi matin, axées outre l'emploi, sur le service public, les retraites, le redressement économique, l'égalité hommes/femmes, les salaires, la formation.

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Dans l'Humanité ce lundi : Conférence social, huit syndicats exposent leurs attentes

9 Juillet 2012, 09:28am

Publié par PCF Villepinte

Médias - le 9 Juillet 2012

 

 

 

Aujourd'hui et demain, gouvernement, syndicats et patronat planchent sur les sujets sociaux les plus chauds. Entre les espoirs de changement du monde du travail et un Medef arc-bouté sur les vieilles recettes, vives confrontations en vue. Huit organisations de salariés exposent leurs attentes.

 

Sagesse populaire. L'édito du jour par Paule Masson

Faire des efforts pour redresser les finances du pays ? À la question posée, les Français ne disent pas franchement « non » mais ils préféreraient des ponctions sur les hauts revenus plutôt que sur les leurs. L’enquête Ifop publiée hier par le Journal du dimanche confirme cette opinion. 53 % privilégient l’augmentation de l’impôt sur la fortune et 44 % celui sur les bénéfices des sociétés pour renflouer les caisses de l’État. On dit que la sagesse populaire rappelle à chacun ce qui tient du bon sens. Les salariés, les plus démunis, ceux qui travaillent plus qu’ils ne possèdent, savent qu’ils ont déjà payé un lourd tribut à la crise. En termes d’emplois perdus, de pouvoir d’achat raboté et de montées des insécurités sociales, le bilan est lourd, très lourd depuis 2008. L’Insee vient même de montrer à quel point les 10 % des ménages les plus modestes ont dû casser la tirelire pour surnager : leur niveau de vie moyen a reculé de 2,1 %. Le cochon des plus riches, lui, reste bien grassouillet, surtout pour ceux que l’institut de statistique classe dans son dernier décile : le patrimoine détenu par 1,3 % de la population, qui déclare au moins 85 000 euros annuels, a progressé de 92 % quand celui des plus pauvres n’a pas évolué. Puisque les disparités de richesses et de patrimoines continuent de se creuser, autant réclamer en premier lieu la solidarité des possédants.

Les syndicats espèrent d’ailleurs que, cette fois-ci, la balance va pencher du côté des salariés. Sous Sarkozy, les grand-messes sociales, organisées à la hâte et en un temps record, étaient calées sur l’agenda revendicatif du patronat. François Hollande inaugure aujourd’hui une méthode différente. La conférence sociale qui s’ouvre dure deux jours, examine sept thématiques. Chaque table ronde planche avec un ministre et un médiateur chargé de rédiger la synthèse. Le gouvernement a en tête, paraît-il, d’écrire le « contrat social d’après-crise ». Rien de moins ! Les syndicats ne manquant pas d’idées pour promouvoir les intérêts des salariés, cette perspective pourrait permettre d’entrevoir un coin de ciel bleu dans le long tunnel de l’austérité. Le conditionnel, hélas, s’impose. Car la principale décision que l’on nous promet pour l’heure est d’établir un calendrier des réformes sociales. Au nom du « mal nécessaire » qui consiste à se plier au dogme libéral d’un déficit public réduit à 3 % en 2013, il serait urgent d’attendre. Avec ce gouvernement, il est aisé de multiplier les oxymores. François Hollande veut tout concilier : équilibre, efficacité, compétitivité, solidarité, justice sociale.

Dans le contexte européen actuel, la tâche est, il faut le dire, sacrément ardue. D’autant que sur ce plan, la France se contente d’une mini-dose de mots ajoutés sur la croissance dans un paquet qui conduit tout droit dans le mur de l’austérité. À cela, s’ajoute un patronat en posture de combat. La présidente du Medef, Laurence Parisot, n’ose-t-elle pas proposer d’« inscrire la liberté d’entreprendre dans la Constitution » ? Constitutionnaliser la concurrence libre et non faussée, ça ne vous rappelle rien ? Mais c’est précisément la fuite en avant dans la dérégulation de l’économie qui a déclenché une des plus graves crises de l’histoire. Aujourd’hui, ses promoteurs ne cessent de présenter la facture aux peuples. Pour en sortir vraiment, faut-il chercher à tout concilier pour rassurer les marchés ou travailler à les désarmer ?

 

Et aussi :

Social : Une scop pourrait voir le jour sur le site de Gémenos. Reportage

Politique : Le suite du match entre Copé et Fillon.

Société : La détention des enfants devient l'exception

Monde : En Lybie, des élections qui laissent le pays toujours aussi divisé

Enquête :  Compétitivité, le Medef exerce sa tyrannie

Tour de France : première victoire du Français Thibault Pinot en solitaire

Festival d'Avignon : Le In et le Off avec nos envoyés spéciaux

En juilet et août, retrouvez la série d'été de l'Humanité : des journalistes et des combats. Premier portrait : Séverine, insurgée toute sa vie

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A quelques jours de la conférence sociale:Interview de Bernard Thibault

8 Juillet 2012, 06:51am

Publié par PCF Villepinte

b thibault

mercredi 4 juillet 2012

« Nous contestons l’idée selon laquelle la dégradation de l’emploi serait liée au fait que les salariés n’accepteraient pas les souplesses exigées par les employeurs. Par conséquent, nous ne sommes pas favorables à la conclusion de négociations sur ce terrain-là », à savoir sur les accords compétitivité-emploi, déclare Bernard Thibault. Dans un entretien accordé à l’AEF (agence de presse spécialisée), le secrétaire général de la CGT détaille ses attentes et ses revendications avant la conférence sociale qui réunira les partenaires sociaux et le gouvernement au CESE (Conseil économique social et environnemental), les 9 et 10 juillet 2012.

Propos recueillis par Jérôme Lepeytre

AEF : Comment jugez-vous les premières semaines des pouvoirs publics en matière de dialogue social ?
Bernard Thibault : Il y a manifestement une posture plus volontariste dans la volonté de dialogue mais c’est encore un peu tôt pour l’apprécier. Des décisions ont été annoncées et c’est à la conférence sociale que l’on va voir si cela se traduit véritablement dans les faits. On a eu une concertation pour le décret sur les retraites mais là, nous avons des annonces fortes sur les aspects budgétaires de l’État ; il est prévu, dans le cadre de la conférence sociale, une table ronde sur l’État, ses prérogatives et ses moyens. On pouvait considérer que l’on attendrait au moins ce moment-là pour annoncer des arbitrages. Peut-être y a-t-il des impératifs de calendrier, mais il faudrait que ces temps de concertation fassent la démonstration que les opinions des organisations syndicales sont réellement prises en compte dans les décisions du gouvernement. Cela ne durerait pas très longtemps si tout cela n’était que de l’affichage.
Le choix du président de la République de convoquer une conférence sur deux jours et d’afficher cette volonté de dialogue est quelque chose de positif, mais c’est en fonction des résultats que l’on va pouvoir apprécier la qualité de ce dialogue.

AEF : Justement, quels résultats attendez-vous de la conférence sociale ?
Bernard Thibault : Les résultats vont s’apprécier de plusieurs manières. D’abord, même si la manière dont la conférence est structurée ne semble pas l’assurer, il ne faudra pas séparer l’économique et le social. Il ne faudrait pas que l’approche par table ronde thématique nous empêche de discuter du fond de l’analyse que l’on fait de la situation actuelle. Je ne parle pas d’un diagnostic de la situation économique comme l’entend Laurence Parisot, mais plutôt d’une analyse contradictoire sur les raisons qui nous ont amenés à cette situation. Je vois bien la démarche classique de la partie patronale qui consiste, au motif d’un contexte économique contraint, à ne pas faire de place aux demandes sociales et aux revendications syndicales. Sauf que face à ce constat qui devrait, d’après le patronat, s’imposer à nous, nous voulons opposer une analyse. Nous avons un niveau de chômage jamais atteint ces dernières années, une forte précarité avec 4,5 millions de salariés sans emploi et entre 6 et 7 millions de salariés en sous-emploi. De même, nous atteignons un nombre de salariés en travail illégal de plusieurs centaines de milliers et je ne parle pas uniquement des immigrés sans papiers. Et les politiques salariales entretiennent l’austérité depuis des années. Bref, nous sommes à même de nous appuyer sur cette réalité pour montrer que la situation actuelle n’est pas due à un coût du travail trop élevé ou à une réglementation du travail trop rigide. C’est important d’avoir un moment pour mener cette analyse parce que forcément, selon les actions que le gouvernement est susceptible d’engager, on pourrait s’inscrire plus ou moins dans les trajectoires des précédents gouvernements alors que, pour notre part, nous attendons des ruptures.

AEF : Selon vous, cette conférence sociale doit déboucher sur des mesures immédiates ou sur un calendrier de concertations et de négociations ?
Bernard Thibault : Bien sûr, il faut être en capacité de travailler sur la prospective parce que personne ne considère que la situation tendue du moment va se résorber dans un laps de temps court. Mais, pour autant, il faut que le gouvernement n’hésite pas à prendre quelques décisions marquant un changement en matière sociale et économique. De ce point de vue, il y a des domaines dans lesquels nous estimons qu’il n’y a pas à refaire des expertises ou des études, mais plutôt à mettre en oeuvre immédiatement des choix politiques. Cette conférence ne peut être uniquement un rendez-vous se concluant par un calendrier de discussions. Cela peut être le cas sur certains thèmes qui le nécessitent mais il faut aussi des actes politiques immédiats. J’illustre mes propos, par exemple, par l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes : le droit existe, les rapports sont nombreux et il n’y a plus à tergiverser ! Nous attendons du gouvernement qu’il nous dise comment on passe à l’échelle de sanctions à l’égard d’entreprises qui ne respectent la loi.
Autre exemple : on demande depuis longtemps une remise à plat de l’ensemble des aides publiques et exonérations en tout genre accordées aux entreprises, qui représentent 180 milliards d’euros, soit l’équivalent de ce que les entreprises non financières versent en dividendes à leurs actionnaires. Si on ne mène pas un débat contradictoire sur le sujet, on va avoir la reconduction d’un certain nombre de dispositifs sans savoir si cela sert ou non l’emploi. Cette mise à plat ne nécessite pas une nouvelle expertise, il existe toute une série de rapports sur le sujet. Pour résumer, nous allons essayer d’obtenir de la part du gouvernement qu’il annonce des initiatives ou des perspectives de décisions à court terme sur des sujets urgents. Et ceci, même si on a bien compris que la partie patronale considère que la conférence sociale serait une réussite dès lors qu’il n’y aurait pas de décisions.

AEF : Qu’attend la CGT de la table ronde sur l’emploi ?
Bernard Thibault : C’est typiquement la table ronde où le contexte général nécessite d’être abordé. Il ne faut pas se laisser enfermer dans la vision patronale selon laquelle pour que l’emploi progresse, il faut contenir les salaires ou aller vers plus de flexibilité du marché du travail. On sort d’une longue période durant laquelle les employeurs ont obtenu de plus en plus de facilités, la dernière en date étant la rupture conventionnelle, et ceci sans que l’emploi en soit amélioré. Si le gouvernement se laissait enfermer dans cette logique, la CGT s’y opposerait fortement parce que le type de mesures envisagé serait alors dans la lignée de ce qui a été fait dernièrement. Pour rester sur ces ruptures conventionnelles, il faut qu’on les encadre. On atteint des sommets avec 900 000 ruptures conventionnelles, alors que nos permanences juridiques nous montrent qu’il y a à peu près 10 % des cas où effectivement les salariés sont demandeurs ; les ruptures se font avant tout, sous la pression patronale. Il faut une remise à plat des conditions dans lesquelles ces ruptures se font. On ne peut pas faire comme s’il y avait deux parties égales, il reste toujours la relation de subordination entre le salarié et l’employeur. Tout le code du travail consiste à réguler cette relation de subordination et voilà un dispositif qui cherche à l’ignorer. Les conditions de cette séparation doivent se faire avec une certaine équité et les salariés doivent être accompagnés, s’ils le souhaitent, au moment de discuter les modalités de la rupture.

AEF : La négociation sur la mise en place des accords compétitivité-emploi devrait aussi être à l’ordre du jour de cette table ronde…
Bernard Thibault : Remarquons tout d’abord que le patronat a changé l’intitulé de la négociation. Nous sommes demandeurs pour discuter de la compétitivité et c’est justement parce que le patronat refuse de discuter et de négocier sur tous les éléments concourant à cette compétitivité que l’intitulé a été changé pour le transformer en accord de sauvegarde de l’activité et de l’emploi. C’est une approche qui réduit la problématique aux seuls efforts et sacrifices que les salariés sont capables d’accepter, c’est-à-dire une plus grande flexibilité à la fois sur l’organisation du travail, les horaires et la rémunération. Le Medef dit explicitement chercher à sécuriser les entreprises dans les souplesses qu’elles souhaitent obtenir. Aujourd’hui, avec les NAO, nous sommes censés négocier sur les horaires de travail et sur les niveaux de rémunération. Les éléments de négociation existent mais on ne peut pas laisser faire n’importe quoi ! Il existe des conventions collectives et des lois et ce que cherche à faire le patronat, c’est de déroger à tout cela en faisant sauter un des verrous, à savoir le contrat individuel de travail. Sous couvert d’accord collectif, dans un paysage où la présence syndicale est, je ne dirais pas marginale mais enfin loin d’être majoritaire dans les entreprises, ce dispositif permettrait de déroger aux contrats de travail et interdirait à tout salarié de revendiquer, y compris devant les prud’hommes, le respect de son contrat et des clauses sur lesquelles il a été recruté. Les souplesses existent déjà et le patronat veut encore aller au-delà dans une forme de déréglementation. Nous contestons l’idée selon laquelle la dégradation de l’emploi serait liée au fait que les salariés n’accepteraient pas les souplesses exigées par les employeurs. Par conséquent, nous ne sommes pas favorables à la conclusion de négociations sur ce terrain-là !

AEF : Toujours dans la table ronde sur l’emploi, devrait être abordée la question de la modulation des cotisations d’assurance chômage en fonction du niveau de précarité des contrats de travail. Que pensez-vous de cette possible évolution ?
Bernard Thibault : C’est une revendication que la CGT porte depuis des années ! Plutôt que d’exiger de la flexibilité du côté des salariés, nous pensons qu’agir sur le porte-monnaie serait un levier non négligeable pour améliorer la situation de l’emploi. Il faut indexer les cotisations aux politiques sociales mises en oeuvre dans les entreprises. Je rappelle que seule la moitié des demandeurs d’emploi est indemnisée par la caisse d’assurance chômage et qu’on est, par conséquent, devant un système que l’on ne peut pas considérer comme avantageux pour les salariés. D’une manière générale, dans ce pays, on considère que les entreprises sont à l’origine de l’emploi mais jamais qu’elles créent du chômage. La preuve en est que quand il faut indemniser les demandeurs d’emploi, au bout d’un certain temps, il faut faire appel à des éléments de solidarité nationale et non plus faire appel à la responsabilité des entreprises ; c’est anormal. Voilà pourquoi, nous portons cette idée de moduler les cotisations en fonction du comportement social des entreprises. On pourrait appliquer ce principe à d’autres cotisations, comme celles de l’assurance maladie, par exemple.

AEF : Dans ce même dossier de l’assurance chômage, faut-il remettre sur la table de négociation la question de l’indemnisation des intermittents du spectacle ?
Bernard Thibault : La question des intermittents reste une question spécifique mais on ne peut pas se servir de la situation particulière du régime des intermittents comme un alibi pour justifier la faible indemnisation du chômage. La CGT ne laissera pas dire que si on ne peut rien faire de plus en matière d’indemnisation, c’est de la faute du régime des intermittents. Plus généralement, il n’y a pas eu de modification dans l’attitude des entreprises qui, abusivement, bénéficient du régime d’indemnisation des intermittents. Le tout étant de bien identifier les responsabilités et de ne pas les faire porter aux personnels qui sont d’abord des victimes sociales d’un système. Les responsabilités incombent d’abord aux entreprises qui abusent d’un régime qui ne leur est pas destiné.

AEF : Comment abordez-vous les discussions sur les contrats de génération, tels que souhaités par le gouvernement ?
Bernard Thibault : J’espère une discussion sérieuse et précise sur le sujet. D’après ce que l’on comprend, cela pourrait être encore une mesure s’accompagnant d’aides sous forme d’exonérations de cotisations, ce qui va à l’inverse de ce que nous défendons. De plus, faut-il une même mesure dans tous les secteurs d’activité ? Il y a sans doute des secteurs où la transmission des savoirs professionnels des seniors à des jeunes est nécessaire, mais il y a aussi des secteurs professionnels où il y a des jeunes mieux qualifiés sur des technologies d’aujourd’hui que leurs aînés et où le problème n’est pas cette transmission des savoirs mais les moyens de créer de la place pour faire entrer ces jeunes. Quoi qu’il en soit, il faudra mener une discussion spécifique sur le sujet après la conférence sociale.

AEF : Faut-il une énième réforme de la formation professionnelle ?
Bernard Thibault : Il y a beaucoup de choses à discuter et à faire en la matière, mais nous ne sommes pas sur l’idée de réaliser une nouvelle révolution de la formation professionnelle. Par exemple, la mise en oeuvre du DIF n’est pas satisfaisante. À l’époque, la CGT a acté ce principe nouveau de droit attaché à la personne pour sortir de la situation dans laquelle ce sont les plus formés qui bénéficient le plus de la formation. Force est de constater que dans la pratique, l’utilisation complexe du DIF n’a pas permis d’infléchissement en la matière. Il faudra aussi aborder la question des jeunes sans qualification professionnelle ou celle de la complexité de la gouvernance de la formation professionnelle. De plus, d’une manière générale, c’est quand les plans sociaux se mettent en place que l’on nous explique qu’il faut former les salariés, c’est-à-dire au moment où ils prennent la porte de l’entreprise. Il faut revenir sur la capacité de former tout au long de la carrière de telle manière à anticiper, lorsque cela se justifie, le moment où un salarié a besoin de se reconvertir.

AEF : Dans la table ronde sur les rémunérations, devrait être évoquée la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, contre laquelle la CGT se bat depuis 2007. Comment abordez-vous cette mesure qui, de fait, va déboucher sur une baisse de pouvoir d’achat des salariés ?
Bernard Thibault : Nous ne renions pas nos principes de base. Au-delà de cette défiscalisation, il faut que tous les éléments de rémunération soient soumis à cotisations sociales. Si tel était le cas, cela impliquerait effectivement un manque à gagner pour les salariés mais, parallèlement, nous portons des revendications pour des hausses de salaires. Il n’est pas normal que certains éléments de rémunération échappent aux cotisations et ce fut le choix de l’ancien gouvernement avec la défiscalisation des heures supplémentaires qui a été une forme d’encouragement à en faire plutôt qu’à recruter. En termes d’emploi, c’est désastreux. Plus globalement, cela touche aux moyens de financement de la protection sociale : on ne peut à la fois maintenir un système de protection sociale et ne pas assurer son financement.
Par ailleurs, au-delà de la très insuffisante revalorisation du Smic, il faut une indexation automatique des minima de branche dès lors qu’il y a revalorisation. Là aussi, on peut discuter des modalités mais il faut une prise de position politique et, au final, une règle pour que les branches soient à jour dans les deux-trois mois et non pas comme aujourd’hui, avec des branches qui continuent à vivre leur vie en toute indépendance. Cette table ronde sur les rémunérations sera aussi l’occasion de regarder la situation faite aux femmes. Là non plus, il n’y a pas d’études à réaliser, et je le redis, il faut passer directement aux sanctions même si le patronat va chercher à expliquer que c’est à l’ordre du jour de la négociation sur la qualité de vie au travail et sur l’égalité professionnelle. Il n’y a pas à rediscuter du droit, sauf si on veut le modifier mais, a priori, le patronat ne revendique pas de pouvoir rémunérer les femmes en moyenne 25 % de moins que les hommes ! Ce n’est pas démagogique de revendiquer l’application de la loi !

AEF : Êtes-vous satisfait qu’une table ronde soit consacrée exclusivement au redressement productif ?
Bernard Thibault : Nous portons cet enjeu depuis des années. Nicolas Sarkozy avait convoqué les États généraux de l’industrie qui, il faut bien le dire, n’ont pas donné grand chose. Nous souhaitons aujourd’hui aborder la question de la posture du politique : est-ce que l’État doit être un stratège en matière d’activité industrielle ? Est-il aberrant de dire qu’un État se doit de faciliter l’élaboration de stratégies dans le domaine industriel ? Cela doit se faire naturellement avec les industriels eux-mêmes, il ne s’agit pas de créer une sorte de ’Gosplan’ administratif . Il existe bien des pays qui ont des stratégies industrielles : il serait naïf de croire, au nom d’une économie de marché que l’on veut à tout prix respecter, qu’il faille laisser les choses se faire. On nous a imposé, pendant des mois, la comparaison avec l’Allemagne, or il existe des stratégies industrielles en Allemagne, avec un État s’appuyant sur des régions et des industriels qu’ils soient donneurs d’ordre ou sous-traitants, pour créer des plans cohérents d’investissement. En France, nous avons le sentiment que dans une même filière, les différents maillons se mènent une compétition acharnée, voire meurtrière. Nous devons aussi poser la question de la relation entre donneurs d’ordre et sous-traitants et des moyens que l’on donne aux salariés pour en être des acteurs. La mise en place de droits pour que les salariés interviennent sur les éléments structurants de la stratégie des entreprises est déterminante. Il faut renforcer les prérogatives et les moyens des représentants du personnel pour élaborer des diagnostics et avoir voix au chapitre, et ne pas le faire uniquement dans un périmètre aussi confiné que les IRP actuelles, à savoir le seul périmètre de l’entreprise. Il faut reconnaître la nécessité de donner, par filière, aux représentants du personnel des outils pour agir.

AEF : Faut-il faire évoluer les modalités du licenciement économique ?
Bernard Thibault : Oui, il faut revenir sur la définition même du licenciement économique. Avec les récentes décisions de justice, on ne peut pas laisser le droit en l’état. Tous les licenciements aujourd’hui ne se justifient pas par la situation économique de l’entreprise, contrairement à ce que l’on nous dit. Il faut permettre aux salariés de contester le bien-fondé économique de certains licenciements et il faut discuter de paramètres permettant de les caractériser. Il y a trop de cas où la décision est contestable et nous sommes dépourvus de moyens d’interventions. Les pouvoirs publics ne peuvent pas rester indifférents.

AEF : Quelle sera l’approche de la CGT sur la table ronde sur la fonction publique, alors que les arbitrages budgétaires sur les moyens de l’État sont déjà pris ?
Bernard Thibault : Là aussi, il faut discuter. On ne peut pas uniquement considérer les postes de fonctionnaires et les moyens de l’État comme des éléments de dépenses inefficaces. Il y a des activités de l’État pour lesquelles investir peut rapporter de l’argent. Par exemple, il serait utile de recruter des personnels chargés de lutter contre la fraude fiscale que l’on estime à 50 milliards d’euros par an. Par rapport à ces 50 milliards à récupérer, cela peut se justifier de dépenser quelques millions d’euros pour recruter des fonctionnaires. Continuer à couper dans les effectifs, c’est accepter l’idée que tous les territoires ne seront pas à la même enseigne et que tous les publics ne seront plus servis par l’État comme il le faudrait. C’est d’autant plus important que notre société se dégrade et qu’il faut des moyens pour restaurer la cohésion sociale dans le pays.

AEF : Ceci étant, seront préservés certains ministères comme celui de l’éducation ou celui de la justice …
Bernard Thibault : Au passage, sur la justice, je souhaite que les moyens de la justice du travail ne soient pas oubliés. L’ancien gouvernement a instauré des mécanismes qui rompent avec le principe de gratuité de la justice, ce qui n’est pas normal. Il n’est pas normal non plus que, faute de moyens suffisants, il faille un an et demi ou deux ans pour obtenir réparation devant la justice du travail. Plus généralement, il est difficile de dire quel champ ministériel n’est pas prioritaire aujourd’hui. C’est la santé, les transports, l’écologie ? Il y a d’énormes priorités dans tous les domaines. Ce qui est regrettable, c’est d’être confrontés à ces annonces gouvernementales de réduction d’effectifs sans avoir pris le temps d’apprécier les répercussions de la poursuite, voire de l’amplification dans certains secteurs, de la suppression de postes. Il faut procéder à un examen contradictoire sur le sujet.

AEF : Que pensez-vous du fait que le dialogue social ne soit pas à l’ordre du jour en tant que tel de la conférence sociale ?

Bernard Thibault : Durant la conférence de méthode, j’ai demandé que le dialogue social fasse l’objet d’une table ronde spécifique. La réponse du Premier ministre a été de ne pas retenir le sujet pour une table ronde mais de convenir que nous allions en discuter dans l’ensemble des tables rondes. Par exemple, dans la table ronde sur le redressement productif, comme déjà évoqué, il faut des droits nouveaux pour les représentants du personnel ; dans celle sur la protection sociale, il faudra aborder la question de la démocratie représentative dans les organismes de gestion ; dans celle sur le rôle de l’État, il faudra poser la question de la prise en compte de l’opinion des syndicats alors qu’une troisième étape de décentralisation est annoncée…
Par ailleurs, il y a toujours le problème de la représentativité au sein du collège patronal. De plus, nous ne sommes pas encore au bout de la réforme de la représentativité syndicale avec la mise en place à terme d’accords avec 50 % d’engagement et non plus 30 %. Enfin, il n’y a pas de raison que les entreprises financent la représentation patronale et pas la représentation syndicale. Cela fait bondir les organisations patronales mais c’est l’évidence.

AEF : Que pensez-vous de l’opportunité de reconnaître la démocratie sociale dans la Constitution, comme proposé par les pouvoirs publics ?
Bernard Thibault : Je ne bondis pas comme Jean-Claude Mailly demandant aucun changement dans la Constitution. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que l’on va y écrire. Si on écrit, et je ne pense pas que ce soit encore la position du gouvernement, qu’il y a une autonomie explicite de toute négociation collective qui engage les partenaires sociaux et que cela s’impose au législateur, non seulement, nous sommes contre, mais cela n’a aucune chance d’être considéré conforme à la Constitution. Cela induirait que l’on ampute le pouvoir du législateur, représentant du peuple et garant de l’intérêt général, d’une partie de ses prérogatives. Ce n’est pas imaginable.
Autre chose serait d’inscrire dans la Constitution une nouvelle articulation entre le législateur et les moyens qu’il se donne pour que sa décision soit assise sur une concertation ou une négociation avec les partenaires sociaux.

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Conférence sociale juillet 2012 :

27 Juin 2012, 22:34pm

Publié par PCF Villepinte


Pour la croissance et la justice sociale, la CGT propose

MP3 - 2.7 Mo

La CGT se félicite de la tenue en juillet d’une conférence sociale organisée par le gouvernement. Après des années de politique régressive dans le domaine de l’emploi et du pouvoir d’achat, des services publics, d’atteintes aux libertés syndicales, les attentes des salariés sont grandes. La CGT aborde cette étape du dialogue social avec pour chacun des sept thèmes retenus par le gouvernement Ayrault, une série de propositions. Elle aura la même démarche en ce qui concerne les thèmatiques qui n’ont pas été retenues pour la conférence qui se déroulera les 9 et 10 juillet prochains dans l’enceinte du Conseil Economique, Social et Environnemental.


Dernière mise à jour : 22 juin 2012

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0,6 % de coup de pouce, les salariés ne se satisferont pas d’une bouchée de pain

26 Juin 2012, 22:24pm

Publié par PCF Villepinte

SMIC

 

mardi 26 juin 2012

Le gouvernement vient d’annoncer une hausse du SMIC de 2 %, le portant à 1 425,67 euros brut mensuel, dont 1,4 % au titre d’une anticipation de la prise en compte de l’inflation normalement prévue pour janvier prochain.

Le coup de pouce réel n’est donc que de 0,6 %, soit l’équivalent d’une baguette de pain par semaine !

Cette augmentation est largement insuffisante. Elle se situe dans la fourchette basse des augmentations des 20 dernières années. Elle n’est pas de nature à impulser une dynamique sur les bas salaires permettant l’évolution de l’ensemble des salaires à la suite. Elle ne répond ni aux attentes sociales fortes exprimées dans les urnes en mai et juin derniers, ni à une contribution nécessaire pour une reprise par la consommation, la croissance et la création d’emplois.

En 2010 la moitié des salariés à temps plein touchaient moins de 1 675 euros net. Aujourd’hui le SMIC dépasse légèrement les 1 100 euros net par mois, soit 150 euros au-dessus du seuil de pauvreté.

Elle attend du gouvernement qui affiche l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes comme une priorité qu’il revalorise significativement le SMIC. 80% des salariés qui sont rémunérées du SMIC étant des femmes, il ferait ainsi un premier pas pour remettre en cause les écarts inacceptables sur les salariés, les traitements des fonctionnaires et les pensions des retraités.

La CGT rappelle sa revendication d’un SMIC à 1 700 euros brut, niveau minimum pour assurer aux salariés nouvellement embauchés et sans qualification les moyens nécessaires à leur existence et à leurs besoins fondamentaux.

De même, la CGT demande une revalorisation de 25 % des minima sociaux pour les salariés ou privés d’emploi obligés d’y recourir. La CGT demande également une revalorisation des pensions de retraite au niveau du SMIC.

La CGT rappelle que l’argument de la compétitivité ne tient pas, 75 % des salariés concernés par le SMIC ne travaillant pas dans des secteurs concernés par la concurrence internationale.

La CGT demande également que, sans tarder, des négociations se traduisent dans les branches professionnelles par un rétablissement d’une hiérarchie des salaires permettant reconnaissance de l’expérience et des qualifications, validation des acquis et de la formation continue.

Enfin, la CGT encourage le Président et le gouvernement à promouvoir une véritable politique de croissance au niveau européen, passant par une relance des salaires et de la consommation et ne cherchant pas à calquer un modèle allemand construit en partie sur des bas salaires et une précarité accrue.

La CGT demandera qu’à l’occasion de la conférence sociale des 9 et 10 juillet prochains, la question des salaires soit traitée comme un élément déterminant de la politique de croissance souhaitable pour notre pays.

Montreuil, le 26 juin 2012

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Trois bonnes raisons d'augmenter le SMIC

2 Juin 2012, 22:29pm

Publié par PCF Villepinte

 - le 1 Juin 2012

Salaires

 

 

Après cinq années sans revalorisation, le gouvernement s’apprête à relever le pouvoir d’achat des 10 % de salariés payés au minimum. Entre les fortes 
attentes populaires en la matière et le pressing hostile du Medef et de Bruxelles, le gouvernement doit faire un choix conforme à la justice et à l’efficacité.

 

1. Une nécessité pour 
la justice et la croissance

Un salarié sur dix, environ, bénéficierait directement du « coup de pouce » annoncé pour le Smic, un quart des salariés à temps partiel et 7 % de ceux à temps plein. Mais la portée et l’efficacité de la mesure va dépendre de l’importance du « coup de pouce » en faveur d’un Smic mensuel brut, actuellement de 1 393,82 euros, sur la base de 35 heures.

La France est devenue un pays à bas revenus pour un pôle de la société, notamment en raison de l’importance de la précarité de l’emploi. En 2009, un quart des salariés ont perçu sur l’année un revenu salarial net inférieur à 9 414 euros (0,75 Smic sur l’année), soit moins de 784,50 euros en moyenne par mois. Cela tient pour une bonne part au fait qu’ils occupent des emplois à temps partiel. Un petit « coup de pouce » apparaîtrait bien dérisoire à ces salariés qui, souvent, ne touchent qu’un demi-Smic.

Il y va donc de la justice que cette hausse soit conséquente. Il en va aussi de son efficacité économique. La hausse du salaire minimum a un effet sur l’ensemble de la grille des salaires. Elle peut ainsi contribuer à doper la demande. Le rebond de la consommation des ménages français en avril dernier (+ 0,6 %), annoncé hier par l’Insee, est dû pour l’essentiel aux dépenses d’énergie. Les achats de textile ont chuté de 8,2 %, après – 0,3 % en mars, pour tomber à leur plus bas niveau depuis dix ans. Les dépenses en biens durables ont fléchi (– 0,6 %, après + 1,9 % en mars). Dans l’alimentaire, après un début d’année dynamique, suivi d’un repli en mars (– 2,1 %), la consommation a de nouveau reculé en avril (– 0,5 %).

Une véritable hausse du Smic et de l’ensemble des salaires permettrait de relancer la consommation des milieux populaires et offrirait un regain d’activité aux entreprises en mal de chiffre d’affaires. Elle favoriserait ainsi la création d’emploi. Certes, pour que cette hausse des bas salaires soit sécurisée et la plus efficace possible, elle doit être complétée par une action contre la précarité et pour une meilleure efficacité productive, ce qui appelle d’autres transformations au niveau du crédit et des gestions d’entreprise.

 

2. Non, ce ne serait 
pas forcément la mort des PME !

Une augmentation de ce type tuerait instantanément une grande partie des PME qui sont déjà en difficulté, martèle le patronat. La proposition du Front de gauche est de passer le Smic à 1 700 euros brut en début de mandat présidentiel puis de l’augmenter progressivement pour arriver à 1 700 euros net. La première augmentation revient donc à 21 % par rapport au Smic actuel d’environ 1 500 euros brut (9,19 euros brut horaire).

Jusqu’ici, la modération salariale n’a pas sauvé les PME de la crise, bien au contraire. Avec le gel des salaires et la baisse du pouvoir d’achat, ces entreprises sont confrontées à un manque de débouchés. D’autant que la répartition par secteurs d’activité des salariés au Smic montre que la grande majorité d’entre eux le sont dans des secteurs non délocalisables et non concernés par le commerce extérieur, selon l’étude de la Dares de septembre. Ainsi, près de 75 % des travailleurs au Smic sont salariés du bâtiment, de la restauration et de l’hôtellerie, des services à la personne, ou encore des salariés de la distribution ou des commerces. Une hausse du Smic des salariés de ces secteurs n’aura pas de conséquences sur la compétitivité de leurs produits ou services, ne provoquant aucune délocalisation.

Par ailleurs, il ne faut pas nier les contraintes qui pèsent sur ces entreprises. Nombreuses sont celles qui sont liées à un donneur d’ordres. Pour obtenir le marché et rester dans la course, elles se retrouvent à devoir accepter des productions ou des services à des prix insoutenables, ne leur permettant pas de rentrer dans leurs coûts.

La CGT propose d’inscrire dans la loi l’interdiction d’imposer des prix en dessous de ceux du marché. Le financement de ces entreprises et les charges financières qui y sont associées sont aussi prépondérants pour leur survie ou leur développement. Le Front de gauche propose la création d’un pôle financier public appliquant des taux d’intérêt bas, voire même négatifs, suivant les projets des entreprises et notamment en fonction de leur politique salariale.

 

3. L’effet d’entraînement de la hausse du Smic

L’augmentation du Smic à 1 700 euros pourrait entraîner un tassement des salaires… C’est le risque que pointe notamment François Chérèque. Une étude de la Dares montre au contraire qu’entre 2000 et 2005 « l’effet à l’horizon d’un trimestre, d’une augmentation de 1 % de la valeur du Smic se répercuterait à hauteur de 0,4 % sur les salaires de base situés entre 1 et 1,1 Smic, et à hauteur de 0,1 % pour ceux situés entre 1,4 et 1,5 Smic. À l’horizon d’une année, la répercussion d’une hausse du Smic est plus importante. Une augmentation de 1 % du Smic se répercuterait quasi intégralement sur les salaires de base entre 1 et 1,1 Smic et à hauteur de 0,5 % pour ceux situés entre 1,4 et 1,5 Smic ». Même si « la diffusion des hausses du Smic devient quasi nulle au-delà de 2 fois le Smic ».

En appui des luttes sur les revendications salariales, qui ont permis aux ouvriers allemands de la métallurgie une hausse de leurs salaires de 4,3 %, la politique fiscale peut pleinement jouer son rôle. Jusqu’à présent, les entreprises pouvant bénéficier d’allégements de cotisations ou autres niches sociales et fiscales devaient embaucher des salariés au Smic ou à 1,6 fois le Smic, ce qui touchait près de 10 millions de salariés. Cette « trappe à bas salaires », en quinze années de mise en œuvre, a représenté plus de 200 milliards d’euros de perte de recettes dans les caisses de l’État et pas moins de 27,3 milliards d’euros en 2011.

Tous les économistes pointent l’effet d’aubaine de cette mesure sans en démontrer son efficacité pour l’emploi. À l’opposé, le Front de gauche propose une modulation de la politique fiscale et sociale des entreprises. Finis les allégements ou autres niches, les cotisations sociales tout comme l’impôt sur les sociétés (IS) seront modulés en fonction de la politique salariale de l’entreprise. Si celle-ci s’avère déplorable, l’entreprise se verra appliquer, par exemple, un taux d’imposition beaucoup plus élevé pour l’IS, tout comme celui appliqué aux cotisations sociales. La conférence sociale de la mi-juillet pourra rendre compte du rapport de forces politique et syndical sur cette problématique des salaires.

 

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Travailleurs sans papiers: des syndicats et des associations interpellent Jean Marc Ayrault

29 Mai 2012, 21:50pm

Publié par PCF Villepinte

Une manifestation à Paris en 2008 pour réclamer la régularisation des sans papiers

 - le 29 Mai 2012

 

 

 

Dans une lettre ouverte, des associations et syndicats demandent la régularisation des travailleurs sans papiers en France et « l’égalité de traitement entre Français(es) et Etranger(e)s dans les études comme au travail » à l’occasion des premières rencontres entre partenaires sociaux et du gouvernement ce mardi à Matignon.

Le courrier transmis au premier ministre par le représentant de la CGT a été signé par les premiers dirigeants de 12 organisations agissant conjointement pour la régularisation des travailleurs sans papiers : la FSU, l’UNEF, l’Autremonde, La Cimade, le Collectif du 31 mai, Femmes Egalité, la JOC, la LDH, le MRAP, le RESF et enfin SOS Racisme.

Critique directe du gouvernement de Nicolas Sarkozy

La lettre revient sur la lutte qui s’est organisée depuis 2006 pour soutenir les milliers de travailleurs et travailleuses sans papiers, une "lutte, faite de grèves, de manifestations de temps médiatiques et qui, comme vous le savez, a perduré tout au long du quinquennat de Nicolas Sarkozy". Le courrier dénonce le blocage du gouvernement Sarkozy qui considérait la question  comme une "gestion de flux migratoires" et cible également "la circulaire du 31mai » de Claude Guéant, visant à sélectionner « qui peut travailler et étudier dans notre pays ou pas » . Selon les syndicats et associations signataires de la lettre, c’est "dans leur mise en œuvre" que "ces avancées durement conquises se sont heurtées et se heurtent encore trop souvent au  pouvoir discrétionnaire des préfets".

"ls ne prennent le travail de personne"

La contrainte de travailler dans le "non dit" et le "non droit" est d’autant plus injuste que les travailleurs étrangers" ne prennent le travail de personne" et assurent "le fonctionnement de pans entiers de secteurs économiques de notre pays".  Mis a part l’absence de papiers, ces personnes "vivent et travaillent ici" se comportent en citoyens, "règlent leur cotisations sociales et leurs impôts". Pour les auteurs de la lettre ouverte, la représentation du travailleur étranger est amenée aujourd’hui à évoluer. Elle ne correspond plus à la réalité perçue par l’opinion publique, mais symbolise au contraire "l’image d’une France du courage".

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Thibault : les salariés veulent "des décisions les plus rapides et les plus concrètes"

29 Mai 2012, 21:44pm

Publié par PCF Villepinte

Social-Eco - le 29 Mai 2012

 

 

 

Le secrétaire générale de la CGT, Bernard Thibault, s’est entretenu ce mardi avec le Premier ministre. Il l’a informé de l'"impatience" des salariés, de leur souhait de mesures "rapides", "qui modifient le quotidien". Le leader de la centrale syndicale s’est affiché plutôt satisfait au sortir de cet entretien.

"On n’est pas mécontents que ce ne soient pas les mêmes interlocuteurs" et "on a même la faiblesse de penser qu'on y est pour quelque chose", a même ajouté Bernard Thibault après sa rencontre avec Jean-Marc Ayrault à Matignon. La CGT avait appelé à faire battre Nicolas Sarkozy. Bernard Thibault a aussi invité le gouvernement à s'appuyer "sur les forces vives qui ont souhaité le changement".
"Déjà sur la méthode, l'ambiance change, c'est déjà important". "Nous avons un gouvernement qui affirme haut et fort sa volonté de dialogue et de concertation avant toute décision. Nous ne pouvons que nous en féliciter (mais) ça ne veut pas dire pour autant que par avance nous allons nous féliciter de toutes ses décisions", a-t-il averti.

Les priorités sociales

"On n'a pas caché l'impatience qu'il y avait chez les salariés d'avoir des décisions les plus rapides et les plus concrètes (...) qui modifient le quotidien", a-t-il déclaré à la presse. "C'est une majorité de salariés qui a contribué au changement", a insisté M. Thibault. Ce premier contact officiel a permis selon lui "un tour d'horizon" des sujets à ses yeux prioritaires: salaires, Smic, obligations des entreprises, mise à plat des aides publiques, rétablissement de l'Allocation équivalent retraite et retour à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler tôt.
Sur le décret en préparation sur les retraites, "la porte n'est pas totalement fermée à une modification du champ d'application" du décret "mais on ne peut pas vous en dire plus aujourd'hui. Le gouvernement nous a entendu", a-t-il dit.

45 000 emplois menacés

Bernard Thibault a confié au Premier ministre une liste de 45000 emplois actuellement menacés dans 46 entreprises en France. Au-delà de "l'urgence de se pencher sur certaines situations", il réclame une loi pour "permettre aux salariés de contrarier la décision des gestionnaires lorsqu'il n'y a pas de bien-fondé économique aux licenciements".
Parmi les entreprises citées figurent le constructeur automobile PSA, le groupe pharmaceutique Sanofi, Carrefour ou Fralib, filiale du géant anglo-néerlandais Unilever que le distributeur de presse Presstalis.

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Le Smic à 1700 euros, un combat à mener

24 Mai 2012, 18:20pm

Publié par PCF Villepinte

 - le 24 Mai 2012

 

 

 

 

"Légitime"... Mais pas pour tout de suite. Voire même "inatteignable". À environ un mois d'une possible revalorisation du salaire minimum, le Smic à 1700 euros, demandé par la CGT et le Front de gauche, suscite des appréciations divergentes de la part du gouvernement et des autres syndicats.

Michel Sapin a estimé ce jeudi "légitime" de donner un coup de pouce au Smic. Mais le ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social a rejeté l'idée d'une forte hausse. "Quand vous êtes une caissière à 70 % du Smic, vous n'arrivez pas à vivre ; il est légitime de donner un coup de pouce au Smic. Mais quand vous êtes une petite entreprise avec des carnets de commandes difficiles, vous vous posez la question de l'équilibre de vos comptes, et là on ne peut pas non plus faire des sauts sur le Smic. C'est cela qu'il faut concilier, et une décision sera prise."

Michel Sapin n'a pas chiffré la hausse éventuelle du Smic au 1er juillet prochain, renvoyant la décision aux prochaines concertations avec les syndicats et les organisations patronales annoncées mercredi par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

La CGT attend de Hollande un geste fort

Sur le sujet du Smic, les syndicats présentent des opinions différentes. Pascal Debay, membre de la commission exécutive de la CGT, a indiqué à l'Humanité attendre un "geste fort" de François Hollande. "La problématique des bas salaires continue de se poser de façon dramatique, en particulier pour de nombreux salariés précaires. La moitié des salariés à temps complet gagnent moins de 1500 euros. Notre revendication est de porter le Smic à 1700 euros brut. Ce qu’on attend comme geste fort de M. Hollande, c’est une revalorisation dans les semaines ou les mois qui viennent, qui permette d’atteindre ce seuil."

Force ouvrière réclame elle aussi une augmentation progressive du Smic. La centrale fixe à 1340 euros net contre environ 1100 euros net aujourd'hui le niveau du salaire minimum souhaité.

Le déroulement des carrières, une priorité pour la CFDT

En revanche, François Chérèque ne place pas cette question au cœur de ses préoccupations. Le leader de la CFDT expliquait mercredi à Paris Match : "Ils ne croient même pas à ce qu'ils demandent ! Ils savent très bien que c'est inatteignable. L'évolution du Smic doit aussi être liée à la croissance. Discuter d'un coup de pouce est utile, mais cela ne suffit pas à régler le problème du pouvoir d'achat", a-t-il expliqué, en plaidant pour "des aides aux entreprises et des contreparties sur les déroulements de carrière pour que les gens ne restent pas au Smic toute leur vie".

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S.G.

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« Nous voulons vite un smic à 1 700 euros brut »

17 Mai 2012, 14:39pm

Publié par PCF Villepinte

Le 6 mai, place de la Bastille

 

Depuis le 6 mai, l’Humanité passe en revue les attentes du peuple de gauche. Aujourd’hui, la question des salaires, avec Pascal Debay, membre de la commission exécutive de la CGT.

François Hollande a envisagé un coup de pouce pour le Smic. Quelles sont vos attentes 
en la matière ?

Pascal Debay. Nous avons engagé une campagne pour l’augmentation des salaires depuis 
plus d’un an. Changement 
de président ou pas, la problématique de bas salaires continue de se poser, de façon dramatique, en particulier pour de nombreux salariés précaires. La moitié des salariés à temps complet gagnent moins de 1 500 euros. Notre revendication est de porter le Smic à 1 700 euros brut. Ce qu’on attend comme geste fort de M. Hollande, c’est une revalorisation dans les semaines, les mois qui viennent, qui permette d’atteindre ce seuil.

 

D’un seul coup ?

Pascal Debay. On sort d’un quinquennat où l’on n’a pas été entendus, où il n’y a eu aucun coup de pouce sur le Smic. On sait qu’on est dans une situation économique complexe. 
On est prêts à avoir des discussions avec le futur gouvernement sur les modalités d’augmentation. Mais j’insiste, nous voulons un Smic à 1 700 euros très vite. Ça correspond aux besoins des salariés, et c’est aussi une partie de la réponse à la crise..

Dans quelle mesure ?

Pascal Debay. Une hausse importante des bas salaires permettrait, avec d’autres choix, notamment sur la réindustrialisation, de relancer la croissance. Cela créerait une dynamique positive. Il y a actuellement beaucoup de conflits en entreprises, dans divers secteurs d’activité, notamment dans des PME, pour 
des augmentations claires et nettes 
de salaires. Ils se soldent par des hausses de 3, 4 ou 5 % de salaires, parfois par des primes.

 

Le Smic ne résume pas 
la question salariale…

Pascal Debay. On n’oublie pas 
les fonctions publiques, qui n’ont pas connu de revalorisation des traitements depuis des années. Là, le gouvernement va devoir affronter la question 
de sortir de la RGPP, de l’idéologie du blocage des dépenses publiques. 
Dans le public comme dans 
le privé, on posera, de façon très exigeante, le problème des départs de grilles salariales, qui, dans de nombreuses professions, se situent au-dessous du Smic. À partir du moment où le Smic sera augmenté, le gouvernement devra créer les conditions pour que s’ouvrent des négociations dans toutes les branches professionnelles, toutes les conventions collectives, parce qu’il y a un écrasement des grilles depuis longtemps. Un nouveau gouvernement se met en place, il va devoir prendre les affaires en main. Mais il ne faudra pas qu’il reporte le sujet aux calendes grecques : pour nous, la question des salaires, de la justice sociale, est un élément central.

 

La hausse des salaires est l’ennemie 
de l’emploi, vous opposent 
déjà les libéraux…

Pascal Debay. On est au cœur 
du problème qui traverse l’Europe. 
Est-ce qu’on continue à croire aveuglément cette orthodoxie libérale qui nous dit qu’il faut toujours serrer les boulons de tous les côtés ? 
Ou est-ce qu’on prend acte qu’on atteint une limite totale de ce côté-là ?

 

Que pensez-vous de la proposition 
de François Hollande de plafonner 
les salaires dans le secteur public, 
en sorte que l’écart entre bas et haut de l’échelle soit de 1 à 20 ?

Pascal Debay. Il n’y aurait vraiment 
rien de choquant à ce qu’on limite les très hauts revenus. Et ce n’est pas populiste. Avec un écart de 1 à 20, 
on reconnaît les études, 
les qualifications, les compétences 
des gens qui prennent des responsabilités. En tout cas, les salaires, y compris ceux des premiers dirigeants de l’entreprise, ne doivent pas être 
un tabou, ils doivent être débattus, 
y compris dans le privé.

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Entretien réalisé par Yves Housson

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