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Non, le massacre de notre système de santé n'est pas inéluctable, ensemble nous pouvons faire bouger les choses !

28 Septembre 2022, 12:45pm

Publié par PCF Villepinte

Publié le 28/09/2022 par PCF

Non, le massacre de notre système de santé n'est pas inéluctable, ensemble nous pouvons faire bouger les choses !

Le 22 septembre, les personnels de la santé et de l'action sociale se sont de nouveau retrouvés dans la rue, devant leurs établissements et les ARS (agences régionales de santé) pour, encore une fois, dénoncer la casse de l'hôpital public, l'abandon des secteurs médicaux-sociaux et de la psychiatrie. Localement, ils ont été rejoints par des collectifs d'usagers et des élu·e·s, afin d'exiger tous ensemble l'arrêt des fermetures de lits, de services, de maternités, de services d'urgences. « Il nous faut des lits, du personnel et des augmentations de salaire ! » Voilà ce qu'elles et ils réclament et cela inlassablement depuis des années.

Après des décennies de diète budgétaire délibérément organisée, après l'épreuve de la pandémie et les miettes accordées par le gouvernement Macron avec le Ségur de la santé, beaucoup de soignant·e·s serrent les dents, épuisé·e·s, s'efforçant malgré tout d'assurer une prise en charge de qualité de leurs patients dans un contexte de manque de lits et de personnels, alors que d'autres craquent, écœuré·e·s au point de démissionner. La crise hospitalière atteint son paroxysme, avec cet été le tri aux urgences, un pas de plus dans la rupture d'égalité d'accès aux soins, mesure que le ministre de la Santé et de la Prévention entend pérenniser.

Aucune proposition, ni du ministre de la Santé, ni du président Macron, avec sa prétendue volonté de refondation du système de santé, ne laisse présager un changement de cap dans la politique de casse de l'hôpital public, pris pour cible constante dans leur obsessionnelle volonté de réduire les dépenses publiques, dont notre système de santé public et son financement par la Sécurité sociale.

Sécurité sociale qui va faire l'objet, n'en doutons pas, d'une nouvelle attaque avec l'examen et le vote du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) pour 2023. Ce PLFSS, qui devrait être dévoilé dans les jours à venir et qui se voudrait exceptionnellement ambitieux au vu du cataclysme sanitaire en cours, nous fait craindre de nouvelles restrictions budgétaires.

Il va faire l'objet de batailles intenses, notamment autour de l'Ondam (objectif national des dépenses d'assurance maladie) qui va fixer les budgets alloués aux dépenses d'assurance maladie au sein d'enveloppes fermées. Nos parlementaires communistes vont s'attacher à porter de nombreuses propositions, dans une approche qui replace l'humain au cœur de notre projet, avec des mesures d'urgence pour l'hôpital public et notre système de santé.

Car nul besoin d'une consultation citoyenne, comme le propose E. Macron, pour savoir qu'il faut engager un grand plan de formations ambitieux, une nouvelle politique de l'emploi à l'hôpital et dans les établissements médico-sociaux, avec des recrutements massifs, une réelle augmentation généralisée des salaires, de nouveaux droits pour les salarié·e·s et leurs représentants.

Des financements, à la hauteur des besoins actuels immenses, doivent permettre aux établissements hospitaliers de retrouver des marges financières nécessaires pour répondre aux attentes urgentes des professionnel·le·s et de la population, avec notamment notre proposition d'exonération de la taxe sur les salaires, de récupération de la TVA, de la reprise intégrale de la dette, et bien entendu d'une Sécurité sociale en capacité de répondre aux besoins de l'hôpital public, de la santé et de la retraite.

Autant le travail de nos parlementaires est essentiel pour faire aboutir ces propositions, autant une mobilisation large, en lien avec les syndicats, les collectifs de défense professionnels et citoyens et la population, est indispensable pour être en capacité d'exiger un système de santé et de protection sociale à la hauteur des besoins du 21e siècle.

Soyons toutes et tous le 29 octobre dans la rue pour exiger un véritable changement de politique de santé !

Maryse Montangon

membre du CEN

responsable nationale collectif Santé, protection sociale

 

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Santé. Au cœur de la mobilisation parisienne avec les soignants

24 Septembre 2022, 06:46am

Publié par PCF Villepinte

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Dans une lettre ouverte, Madeleine Riffaud dénonce la grande misère de l'hôpital

20 Septembre 2022, 10:20am

Publié par PCF Villepinte

Au début du mois de septembre, la résistante et ancienne journaliste de l'Humanité, Madeleine Riffaud, 98 ans, a vécu un calvaire à l’Hôpital Lariboisière. Elle a été laissé seule sur un brancard sans manger pendant 24 heures. Dans cette tribune à l’intention de Nicolas Revel, directeur de l’APHP, elle dénonce l’état révoltant de l’hôpital public.

Madeleine Riffaud L'Humanité Mardi 20 Septembre 2022

Partout en France, les services d’urgences sont débordés, comme ici, au centre hospitalier d’Alençon, dans l’Orne. © P. Forget/Saga Photo

Il y a deux semaines, j’ai dû me rendre aux urgences pour un examen important dû à un covid long, variant omicron.

Le SAMU m’a emmenée à l’hôpital Lariboisière, à midi et demi, le dimanche 4 septembre pour examens. Je me suis retrouvée couchée au milieu de malades qui hurlaient de douleur, de rage, d’abandon, que sais-je. Et les infirmières couraient là-dedans, débordées… Elles distribuaient des « J’arrive ! » et des « ça marche ! » « J’arrive, j’arrive ! ». Mais personne n’arrivait. Jamais.

Nul doute que leur vocation est réduite en charpie

Moi-même, j’ai mis douze heures pour obtenir la moitié d’un verre d’une eau douteuse. Tiède. Je suis restée 24 heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land. C’était Kafka.

Rendez-vous compte : je suis aveugle. Je sentais parfois qu’on emportait mon brancard, que je traversais une cour, peut-être ? Il faisait plus froid, c’est tout ce que je peux dire. Et puis on m’a laissée là, sans aucune affaire, sans moyen de communication avec mes proches (qu’on ne prévenait d’ailleurs pas de l’évolution de la situation, seul le docteur Christophe Prudhomme a pu avoir quelques nouvelles, je le remercie ici).

Étais-je dans un couloir ? Dans une salle commune ? Au bout d’un moment, j’ai vraiment cru que je devenais folle. Ah, si j’avais eu un appareil photo comme quand j’étais reporter de guerre… Si j’avais pu voir ce que j’entendais… Dès l’arrivée à l’hôpital, mon ambulance est passée devant des gens d’une absolue pauvreté, qui se plaignaient à grands cris d’avoir été refoulés.

Drogue ? Misère sociale ? 

Ceux-là n’ont même pas été admis dans « le service-porte », la foire aux malades, l’antichambre de l’hôpital par où l’on accède aux urgences. Les infirmières, qui n’ont déjà pas assez de temps à consacrer aux malades admis entre les murs, les voient forcément quand elles vont prendre leur service.

Nul doute que leur vocation est réduite en charpie depuis longtemps. D’où les « Ça marche », les « J’arrive. » J’ai entendu ça toute la nuit.

Les infirmières et aides-soignants, je les connais bien, j’ai vécu parmi eux, je sais qu’elles auraient éperdument voulu arriver à s’occuper de chacun… Et surtout que l’hôpital marche.

Le lendemain après-midi, l’hôpital n’ayant pas de lit disponible pour moi, on m’a transférée dans une clinique privée, sans jamais avoir prévenu mes proches. J’étais la troisième âme errante que cette clinique réceptionnait ce jour-là.

Hôpital d’il y a 50 ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes

J’avais déjà fait une enquête de l’intérieur en 1974, en m’engageant incognito comme aide-soignante dans un service de chirurgie cardio-vasculaire d’un hôpital parisien. J’avais aussi travaillé au SAMU dans le service du professeur Huguenard à l’hôpital Mondor. De cette immersion, j’ai publié le livre “Les linges de la nuit” qui s’est vendu à près d’un million d’exemplaires en 1974 (réédité chez Michel Laffont en 2021).

Hôpital d’il y a cinquante ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, manque de crédit, l’écart se creuse entre la technique de la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition.

Après la sortie du livre, j’avais rencontré le directeur de l’Assistance Publique dans un face à face télévisé. Nous étions tombés d’accord sur tous les points ! Tout le monde est d’accord, sauf les gouvernements qui se suivent et qui, au mieux, ne bougent pas.

Nous avions été nombreux, au cours des années, à témoigner sur l’état lamentable de la santé. Durant tout ce temps, aucun dirigeant n’a voulu entendre. Si la pandémie de 2020 a changé quelque chose, c’est en mal : le personnel est épuisé. L’état les a tous abandonnés, soignants comme malades.

Ma mésaventure, c’est une histoire quotidienne dans l’hôpital en France.

Mon sort est celui de millions de Parisiens et de Français.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais demandé de passe-droit de toute ma vie. Mon âge n’y change rien. Mais j’ai remarqué qu’il était presque une circonstance aggravante, et ce pour deux raisons :

On pensait que j’étais trop vieille pour que ça vaille la peine de me soigner (réflexe pris lors de l’épidémie de covid ?)

Dès que je parlais, on se disait que j’étais gâteuse et on pensait d’emblée que je racontais n’importe quoi… alors pas la peine de m’écouter.

Pourtant, j’ai une voix. Une voix qui ne s’en est jamais prise au personnel. Ça ne changera pas.

Évidemment, j’ai mal, mais je vais continuer à me bagarrer, comme d’habitude.

Moi, j’ai de la chance, j’ai des amis, et des confrères journalistes. Mais tous ces pauvres gens qui n’ont personne, que peuvent-ils faire ? Quand on entre dans le circuit infernal, quand on est aspirés dans le néant des urgences, on ne peut pas en sortir indemne. Parfois même, on n’en sort pas vivant… L’infirmier libéral qui vient à mon domicile m’a dit que c’était arrivé à un de ses patients, il y a trois semaines.

Si je peux être leur voix – comme Aubrac m’avait demandé d’être l’une de celle de la Résistance – alors je le serai.

J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner !

Madeleine Riffaud

 

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Alzheimer, Parkinson,.. Sommes-nous dans l’erreur ?

17 Septembre 2022, 07:44am

Publié par PCF Villepinte

Après plus de quarante années d’intenses recherches, pourquoi ne parvient-on toujours pas à, tout au moins, ralentir l’évolution de ces pathologies? À loccasion de la Journée mondiale Alzheimer, le 21 septembre, Yves Agid dévoile les raisons de ces échecs et nous invite à changer notre fusil d’épaule.

Yves Agid L'Humanité Samedi 17 Septembre 2022

Dans le cadre de notre partenariat avec l’Académie des sciences, des académiciennes et académiciens analysent et apportent leur éclairage sur les grands enjeux du monde contemporain au travers de questions scientifiques qui font l’actualité.

Un jour, un professeur faisait un cours sur les maladies neurodégénératives. Comme un groupe d’étudiants faisait du tapage au fond de l’amphithéâtre, le professeur interpella l’un d’eux: «Pourriez-vous me dire ce quon appelle une maladie neurodégénérative?» L’étudiant hésite un moment et dit: «Je lai su, mais je ne men souviens plus.» «Cest bien dommage, lui dit le professeur, parce que désormais plus personne ne saura»

De fait, il n’est pas évident de définir une maladie neurodégénérative. Celle-ci est caractérisée par des symptômes qui s’aggravent progressivement (par exemple, les troubles de la mémoire dans la maladie d’Alzheimer), une perte de neurones qui est lente et sélective, et des anomalies caractéristiques observées sous microscope (par exemple, dégénérescence neurofibrillaire dans la maladie d’Alzheimer).

Les mécanismes moléculaires à l’origine de ces affections sont différents selon les maladies, à l’origine de nombreuses hypothèses étiologiques et de diverses tentatives thérapeutiques, jusqu’à présent sans succès. Après plus de quarante années de recherche, comment se fait-il qu’on soit toujours incapable de même seulement ralentir l’évolution de quelque maladie neurodégénérative que ce soit?

Le clinicien sait identifier les symptômes caractéristiques de chacune de ces affections dont il s’assure qu’ils s’aggravent progressivement, en l’absence de toute autre lésion du système nerveux. Les pièges diagnostiques sont nombreux, notamment avec le vieillissement normal du système nerveux, dont les symptômes peuvent mimer une maladie neurodégénérative. Certes, les plaintes y sont moindres, les symptômes moins marqués, leur progression à peine perceptible.

Mais, en pratique, le clinicien a souvent des doutes, ce qui l’oblige à revoir les patients afin de s’assurer que la pente d’aggravation des symptômes s’abaisse significativement par rapport à ce qu’on attendrait d’un vieillissement normal. Dans le doute, il est essentiel de confirmer le diagnostic par des examens supplémentaires, car on connaît l’évolution inexorable de ces affections vers le handicap, source d’angoisse pour le malade… et pour le médecin.

La seule façon d’affirmer avec certitude le diagnostic est d’examiner le système nerveux post-mortem, ce qui est, malheureusement, devenu difficile dans de nombreux pays dont la France, pour des raisons administratives. Ce diagnostic histologique (observé sous le microscope) repose sur la mise en évidence de la perte neuronale dans des aires cérébrales caractéristiques (par exemple, l’hippocampe dans la maladie d’Alzheimer).

L’évaluation de la perte des neurones peut être difficile à distinguer d’un vieillissement normal dans les formes lentes ou débutantes de la maladie. D’où la question: quest-ce qui prouve que la perte neuronale pathologique nest pas un vieillissement «normal» accéléré, ou que la perte neuronale observée au cours du vieillissement dit normal ne résulte pas dune maladie neurodégénérative singulière?

Des protéines pathogènes

Comme les neurones ne représentent que la moitié des cellules nerveuses, il convient de prendre en compte le rôle possiblement délétère des autres cellules, qu’il s’agisse des cellules microgliales qui jouent un rôle dans l’inflammation de la myéline qui entoure les nerfs, ou des astrocytes qui nourrissent et modulent l’activité neuronale. À titre d’exemple, certaines protéines secrétées par les astrocytes peuvent être pathogènes (par exemple, l’APOE4 qui multiplie par huit le risque de maladie d’Alzheimer).

L’essentiel de la recherche admet que les stigmates histologiques, reconnus sous microscope à côté de la perte neuronale, sont à l’origine des maladies neurodégénératives (plaques séniles et dégénérescence neurofibrillaire dans la maladie d’Alzheimer, par exemple). Il y a là une logique indiscutable: des protéines pathologiques (protéine bêta-amyloïde pour Alzheimer; alpha-synucléine pour Parkinson) sont reconnues au sein de telles anomalies histologiques, protéines dont les mutations sont à lorigine dun petit nombre de formes héréditaires de ces affections.

Savoir inverser la réflexion

D’un autre côté, les mêmes anomalies histologiques sont trouvées dans le système nerveux de sujets sains. Par exemple, plaques séniles et dégénérescence neurofibrillaire caractéristiques de la maladie d’Alzheimer sont détectées dans le cerveau d’individus normaux déjà à l’âge de 50 ans. Pourquoi ces signes histologiques seraient-ils pathologiques dans un cas et normaux dans un autre?

Ne faudrait-il pas inverser la réflexion, à savoir que ce ne sont pas les stigmates histopathologiques qui entraînent la mort neuronale mais que c’est la souffrance neuronale primitive qui détermine l’apparition des déchets histologiques? Du reste, les deux hypothèses ne sont pas contradictoires: laccumulation de débris pathologiques au sein des cellules nerveuses peut contribuer au dysfonctionnement cellulaire. En bref, on peut se poser la question: lapparition des anomalies histologiques ne dépendrait-elle pas de la nature des mécanismes ou, plus encore, de la vitesse de la dégénérescence neuronale?

Surtout, depuis les années 1980, les progrès de la biologie ont permis d’identifier une quantité impressionnante de dysfonctionnements métaboliques à l’origine de la mort neuronale dans les maladies neurodégénératives. Cependant, les diverses anomalies biochimiques relevées au sein des cellules nerveuses n’ont jamais permis d’identifier un seul et même mécanisme initiateur.

C’est ce qui explique qu’on n’a pas encore identifié la cible thérapeutique unique de la moindre maladie neurodégénérative. D’où l’idée que le rétablissement du fonctionnement d’une seule voie de signalisation déficiente n’est peut-être pas suffisant pour stopper l’évolution de la maladie, mais qu’il faut rétablir le fonctionnement de l’ensemble des voies métaboliques considérées comme potentiellement anormales. Si tel est le cas, il faudrait peut-être traiter les malades atteints d’affections neurodégénératives à l’aide d’une polychimiothérapie capable d’enrayer chacune de ces voies métaboliques considérées comme altérées.

Les facteurs génétiques

Quand on dit «cause» de la maladie, on sous-entend le rôle respectif dun dérèglement de linné et de lacquis. Lhéritabilité de ces affections est soit majeure (maladie de Huntington), soit mineure (maladie dAlzheimer), soit significative (de l’ordre de 10 % pour les maladies de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique, par exemple). Ces facteurs génétiques sont rarement exclusifs, mais ils peuvent être contributifs pour permettre l’émergence du processus pathologique.

De fait, l’immense majorité des maladies dégénératives est sporadique, ce qui suggère la contribution étiologique de facteurs extérieurs. Certains facteurs peuvent être favorisants (par exemple, certains pesticides dans la maladie de Parkinson) ou au contraire protecteurs (la consommation de tabac dans cette même maladie!). Théoriquement, il peut sagir de toxiques encore inconnus (par exemple, des substances apparemment inoffensives, qui, à dose infime, deviennent délétères pour certains individus sélectivement vulnérables), de bactéries ou de virus, de protéines anormales.

À l’appui de cette dernière hypothèse, il y a le fait que des protéines pathologiques ont été reconnues non seulement dans le système nerveux central, mais aussi dans des organes périphériques comme l’intestin (alpha-synucléine, protéine bêta-amyloïde). Une des raisons pour lesquelles ces facteurs issus de l’environnement n’ont pas toujours été identifiés est qu’il ne s’agit peut-être pas d’une seule substance mais de substrats apparemment inoffensifs sauf pour quelques individus biologiquement vulnérables.

Faut-il connaître tout ce qui précède pour limiter l’évolutivité d’une maladie neurodégénérative? Nombreux sont les traitements curatifs ou symptomatiques qui ont été découverts sans connaître les données biologiques sous-jacentes (par exemple, les antibiotiques, les neuroleptiques). Cependant, il ne faudrait pas croire qu’il suffit d’inventer des traitements au hasard pour réussir à guérir une maladie dégénérative. En revanche, compte tenu de l’énorme corpus de connaissances accumulées depuis une cinquantaine d’années sur la genèse de ces affections, il est possible de concevoir des essais thérapeutiques fondés sur un rationnel intelligent.

Erreur stratégique, lenteur de la recherche

Mais, demandera-t-on, pourquoi ces échecs? Il y a deux raisons principales: lune est lerreur de stratégie scientifique qui doit amener à changer son fusil d’épaule; lautre, la lenteur de la recherche clinique due aux obstacles réglementaires. Aussi pourrait-on proposer aux agences compétentes, aux malades et aux associations de patients des essais thérapeutiques, avec deux idées.

1) Associer plusieurs médicaments retenus comme possiblement efficaces d’après les modèles expérimentaux afin de contrer non pas une mais plusieurs chaînes métaboliques pathologiques. Après tout, c’est ce qui permet de guérir la tuberculose et de nombreux cancers. 2) Faire des essais thérapeutiques courts sur un nombre restreint de patients volontaires, permettant de décider ou non d’un essai thérapeutique, dont on sait qu’il est dispendieux, sur une large population de patients. Si quelqu’un a une meilleure idée, je suis preneur…

EN SAVOIR PLUS

Le site de l’Académie des sciences: www.academie-sciences.fr

«Je marche donc je pense», de Roger-Pol Droit et Yves Agid. Albin Michel, 2022.

«Je mamuse à vieillir. Le cerveau, maître du temps», dYves Agid, éditions Odile Jacob, 2020.

«LHomme subconscient. Le cerveau et ses erreurs», dYves Agid, éditions Robert Laffont, 2013.

PROFIL

Médecin et scientifique, professeur émérite de neurologie et de biologie cellulaire à l’université Pierre-et-Marie-Curie, membre de l’Académie des sciences, Yves Agid est un spécialiste de l’étude des maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer…) dont il a étudié les causes, les mécanismes et les conséquences cliniques afin de proposer de nouvelles thérapeutiques.

 

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Restaurons un service public de santé d’égale qualité partout, pour toutes et tous !

6 Juillet 2022, 07:36am

Publié par PCF Villepinte

Des organisations de la société civile, associations, syndicats, collectifs, militants mutualistes, usagères et usagers du système de santé, lancent un appel solennel au président de la République et au gouvernement pour que soient prises immédiatement des mesures pérennes afin d’éviter une nouvelle catastrophe sanitaire qui nous toucherait toutes et tous.

Tribune collective à l'initiative de la LDH

et signée par 57 organisations

À la veille de l’été, malgré l’ultime alerte lancée le 7 juin par les organisations de soignantes et soignants, la situation du service public hospitalier, seul garant de l’égalité d’accès aux soins, est plus inquiétante que jamais.

La pénurie de soignantes et soignants s’accroît dans des proportions totalement inédites, faute d’anticipation des besoins et suite aux démissions de milliers de celles et ceux qui nous ont évité la catastrophe pendant les vagues successives de Covid-19.

Certes, les soignants ont tenu bon aux pires moments de la crise sanitaire. Par professionnalisme, par dévouement, et parce que se sont parfois réduites les lourdes contraintes administratives et les décisions non concertées qu’ils subissaient.

Les augmentations salariales pour l’ensemble des personnels soignants paramédicaux obtenues lors du « Ségur de la santé » sont restées modestes, en particulier pour les infirmiers et infirmières, dont la rémunération reste inférieure à la moyenne européenne. Elles ne peuvent compenser les conditions de travail vite redevenues insupportables. Partout, détresse et fatigue, sentiment d’être maltraités et volonté de ne pas être maltraitants se traduisent par des démissions ou des burn-out. Ce mal-être profond, aggravé par le Covid-19, s’enracine dans la logique de rentabilité à l’œuvre depuis des décennies.

Le résultat ? Partout, des fermetures temporaires de services s’ajoutent aux fermetures définitives décidées par les gestionnaires, qui avaient continué même pendant la pandémie ! Un service sur cinq est ainsi menacé de fermer pendant l’été : un pic de décès est à craindre, d’autant que l’été risque d’être caniculaire et qu’un rebond pandémique n’est pas exclu.

Ces fermetures menacent toutes les spécialités. Comme le Covid-19, elles occasionneront des déprogrammations, avec des répercussions sur la prise en charge des soins durables, des cancers, des maladies chroniques et du grand âge. Elles toucheront de plein fouet les services d’urgence, y compris dans des territoires sous-dotés, notamment ruraux et de périphérie, mal desservis par les transports collectifs et devenus aussi des « déserts médicaux » faute de médecins libéraux ou de centres de santé locaux.

Elles contribueront à creuser encore les inégalités territoriales d’accès aux soins, qui pèsent particulièrement sur les personnes socialement les plus fragiles – dont les personnes exilées déjà traumatisées par ce qu’elles ont vécu, en particulier celles arrivant de pays en guerre – aux moyens de locomotion réduits, en accroissant les distances et donc le temps nécessaire pour accéder à des soins parfois vitaux !

Aucune leçon ne semble avoir été tirée de la crise sanitaire et des nombreuses études, dont un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese), sur la dégradation du système hospitalier. La Haute autorité de santé a pourtant lancé un cri d’alarme dès le 31 mars et le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a récemment annoncé sa démission.

Cette hémorragie qui affecte autant les médecins que les soignants paramédicaux doit d’urgence être stoppée. Le bricolage et les expédients (appel aux retraités, aux étudiants, filtrage des urgences, multiplication des heures supplémentaires, recours à des médecins vacataires « mercenaires » surpayés) doivent cesser. Ils ont montré leurs limites, voire leurs effets pervers, puisqu’ils accroissent encore le découragement des titulaires, astreints encore plus souvent aux gardes de nuit et de week-end.

Nous, organisations de la société civile, associations, syndicats, collectifs, militants mutualistes, usagères et usagers du système de santé, lançons un appel solennel au président de la République et au gouvernement pour que soient prises immédiatement des mesures pérennes afin d’éviter une nouvelle catastrophe sanitaire qui nous toucherait toutes et tous.

Il en va de notre droit à toutes et tous de bénéficier grâce au service public d’un accès égal à des soins d’égale qualité en tout point du territoire.

Il faut au plus vite endiguer les départs, mais aussi faire revenir celles et ceux qui sont partis : ce sont les seules personnes formées immédiatement en capacité de prodiguer des soins de haut niveau. Créer les conditions de ce retour suppose de :

démocratiser la gouvernance à tous les échelons, en associant soignants et patients aux décisions dans tous les établissements et en donnant la priorité absolue à l’amélioration des conditions de travail de tous les personnels, pour des soins de qualité respectueux de la dignité des patients;

revaloriser plus substantiellement les salaires des soignants, toujours inférieurs aux moyennes européennes ;

respecter les droits de l'ensemble des soignants à des conditions de vie correcte en particulier en respectant leur repos hebdomadaire, droit devant être étendu aux internes, ainsi qu’à une vraie reconnaissance de leur travail, y compris pour les médecins à diplôme hors Union européenne et espace économique européen ;

arrêter toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits, à rouvrir où c’est nécessaire ;

stopper la sous-traitance à des entreprises privées –  « l’externalisation » – des services impliquant un contact avec les patients, qui nécessitent un personnel formé et stable (restauration, entretien des chambres, imagerie, laboratoire…).

Par-delà les mesures immédiates, sauver l’hôpital public implique une réelle et vaste concertation avec tous les acteurs, qui doit déboucher sur un grand programme national prévoyant :

des recrutements massifs, adossés à une ambitieuse politique de formation ;

les financements adéquats pour faire face aux besoins et l’abandon du primat donné à la rentabilité ;

un poids accru aux instances locales et régionales de démocratie sanitaire pour l’analyse des besoins en santé ;

le retour progressif dans le service public des prestations externalisées, en valorisant le travail d’équipe au service des patients.

 Nous appelons parallèlement à développer un plan d’action ambitieux sur l’ensemble des déterminants de santé en amont du soin, en portant une attention particulière à la santé environnementale et à la prévention tout particulièrement des zoonoses.

Ce plan permettrait de diminuer la pression s’exerçant sur l’hôpital. Il pourrait s’inspirer notamment des recommandations de l’Avis sur les inégalités sociales de santé adopté à l’unanimité par la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) en février 2022.

Premières organisations signataires : Act Up-Paris, AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Agées), AFMT (malades de la thyroïde), AFVS (victimes du saturnisme), AMUF (Association des médecins urgentistes de France), APF France  Handicap, APH (Action Praticiens Hôpital), AseP (Association santé environnement Provence), APSH (protection santé des habitants de St-Omer), Attac France, Avenir Hospitalier, CFE-CGC Fédération Santé Social, CGT (Confédération Générale du Travail), CGT Fédération Santé Action Sociale, CIB (Collectif inter-blocs), CIH (Collectif inter-hôpitaux), CIU (Collectif inter urgences), Collectif BAMP (Améliorer l’Aide médicale à la procréation), Collectif stop aux cancers de nos enfants, Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'ouest, Confédération des Praticiens des Hôpitaux, Conseil national des associations familiales laïques, Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Fibromyalgie France, FMF (Fédération des mutuelles de France), FSU (Fédération Syndicale Unitaire), Hhorages-France, Indecosa-CGT (Information et Défense des Consommateurs Salariés, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Ligue nationale contre l’obésité, Migrations Santé Alsace, OTMeds (Observatoire pour la Transparence dans les politiques du médicament), OXFAM France, Poem26, PRIARTEM Electrosensibles de France, Printemps de la Psychiatrie avec Collectif des 39 et Le Fil Conducteur (association de parents et patients pour une psychiatrie humaine), Regards Grandir sans cancer, Réseau Environnement Santé, Réseau Louis Guilloux, Santé sans ondes, Sciences citoyennes, SFCD (Syndicat des Femmes Chirurgiennes Dentistes), SMG (Syndicat de la médecine générale), SNPEH (Syndicat national des pédiatres en établissement hospitalier), SNPHARE (Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs), SNPI-CFECGC (Syndicat national des professionnels infirmiers), SNMPMI (Syndicat national des médecins de PMI), SOS MCS (malades chimico-sensibles), SPH (Syndicat des psychiatres des hôpitaux), SUD Fédération Santé Sociaux, USP (Union Syndicale de la Psychiatrie), Union syndicale Solidaires, Warrior Enguerrand- stop aux cancers pédiatriques, WECF France.

 

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Les sénateurs communistes proposent le 100 % santé

29 Juin 2022, 07:04am

Publié par PCF Villepinte

Sénat Le groupe CRCE a présenté, mardi, une proposition de loi visant à instaurer le remboursement intégral des soins. Les parlementaires plaident aussi pour la prise en charge de l’aide médicale d’État par la Sécurité sociale.

Publié le Mercredi 29 Juin 2022

Naïm Sakhi L'Humanité 

 

Au Sénat aussi, en ces temps de reparlementarisation de la vie politique, la gauche est à l’offensive. Le groupe communiste (CRCE) a présenté, mardi, une proposition de loi relative au remboursement intégral des dépenses de santé par l’assurance-maladie.

 «La crise sanitaire a révélé les difficultés du système de santé, fragilisé par les politiques d’austérité. Pourtant, ce dernier a tenu le choc grâce à la Sécurité sociale», assure Laurence Cohen. La mesure, présente dans le programme de la Nupes et portée par Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle, apporterait une solution aux 29 % de Français qui confient avoir déjà renoncé à des soins médicaux par manque d’argent, selon une enquête OpinionWay de 2019. 

«Ils ne le font pas par plaisir mais par contrainte. La pathologie, elle, s’aggrave de fait, entraînant un surcoût pour la société», poursuit la sénatrice du Val-de-Marne. D’autant que 4 millions de Français n’ont pas les moyens de payer une couverture complémentaire, dont de nombreux retraités.

suppression du délai de carence pour l’AME

Par ailleurs, les sénateurs PCF réclament le transfert de l’aide médicale d’État (AME) dans le régime général de la Sécurité sociale. Une aide dans le viseur d’une partie de LR et de l’extrême droite, mais à laquelle la moitié des personnes en situation irrégulière n’ont pas recours du fait des différents durcissements des conditions pour en bénéficier. Les parlementaires réclament d’ailleurs la suppression du délai de carence de trois mois, «comme c’est le cas pour les Ukrainiens sur notre sol.

Ce tri entre les réfugiés est non seulement intolérable, mais aussi irresponsable d’un point de vue de santé publique», mesure la parlementaire. La proposition de loi prévoit aussi la suppression des dépassements d’honoraires, des tickets modérateurs, des forfaits hospitalier et patient urgences, ainsi que le rétablissement de l’élection des administrateurs aux caisses de Sécurité sociale.

L’ensemble de ces mesures est chiffré à 24,5 milliards d’euros. Les sénateurs communistes souhaitent exclusivement les financer par des cotisations sociales, en rétablissant notamment les 6 points de cotisation employeur supprimés par le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice). Par ailleurs, le groupe communiste au Sénat entend plancher sur les déserts médicaux en proposant, entre autres, la création de centres de santé «dans lensemble des bassins de vie», explique Pascal Savoldelli.

Une vision de la santé publique contraire à celle d’Emmanuel Macron, malgré le projet de «Grande Sécu» envisagé en début dannée. «La Macronie est coutumière du fait: reprendre la sémantique mais en faisant tout le contraire, en introduisant des paniers de soins laissant à la charge des patients une partie des frais», insiste Laurence Cohen. Le gouvernement et la droite qui domine le Sénat prendront-ils en compte cette urgence sociale en inscrivant cette proposition à l’ordre du jour?

 

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Mme Borne et l’AAH : l’humiliation et le reniement (Ian Brossat)

10 Juin 2022, 06:32am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 08/06/2022 par PCF

Interrogée sur l’antenne de France Bleu par une femme en fauteuil roulant, Mme Borne a dépassé toutes les limites de l’indécence. Interrogée sur la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapée, elle a réussi le tour de force d’humilier son interlocutrice et de renier une promesse de campagne.

En effet, le 15 avril dernier, à une semaine du second tour, M. Macron s’était engagé à avancer sur ce sujet en jugeant ce « couperet absurde ».

Il rejoignait ainsi, après 5 années d’inaction, les parlementaires communistes par la voix de Stéphane Peu et les associations qui n’ont eu de cesse de porter cet impératif.

Comment la Première Ministre peut-elle justifier un tel revirement ?

Avec la NUPES, nous nous engageons à en finir avec ce système d’un autre âge qui fait dépendre le niveau de l’AAH du revenu du conjoint.

Ian Brossat, Porte-parole du PCF

 

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Santé : il faut que ça bouge, et vite – Note de la commission Santé-Protection sociale

10 Juin 2022, 06:26am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 08/06/2022 par PCF

En janvier 2018, les parlementaires communistes rencontraient les hospitaliers et lançaient leur tour de France, de février 2018 à juin 2019, avec l’élaboration d’un plan d’urgence pour l’hôpital et d’une proposition de loi.

En mai 2020, nous écrivions : Plus que jamais à l’ordre du jour ! Un plan d’urgence pour les hôpitaux publics, les Ehpad ! Et nous avions réactualisé notre plan d’urgence de 2018. Deux ans plus tard, l’hôpital public est en détresse vitale. On est donc bien toutes et tous d’accord qu’il faut que ça bouge et vite.

Après la grande claque du Covid et l’objectif programmé de l’effacement de l’hôpital public, nous devons apporter des réponses à court et moyen termes.

Avant même de repenser la globalité de notre système de santé, en incapacité aujourd’hui de répondre à l’ensemble des besoins de santé, il faut stopper l’acharnement mis depuis plus de trente ans à détruire l’hôpital public et les mensonges de Véran/Macron ! Et il ne suffit pas de changer de ministre pour changer de politique !

La séquence que nous vivons à la veille de congés d’été risque de donner le coup de grâce à l’hôpital public. Par plusieurs milliers, les soignant·e·s, les médecins hospitaliers, quittent leur établissement, entraînant la fermeture de centaines de lits et de services entiers, tels que les urgences.

La commission des Affaires sociales du Sénat a lancé, le 17 novembre 2021, une mission d’enquête sur la situation de l’hôpital et le système de santé en France.

Le constat dressé par les représentants des personnels soignants et des praticiens auditionnés est un constat de désastre. Selon le Syndicat national des professionnels infirmiers, 7 500 postes vacants d’infirmiers étaient recensés en juin 2020 ; en septembre 2020, ils étaient 34 000 Aujourd’hui, ce sont 60 000 postes qui manquent.

Après la Covid-19, 10 à 20 % des postes infirmiers sont vacants, 10 % des effectifs en maladie, burn out, dépression. Ils parlent d’une spirale infernale : « Plus les conditions de travail se dégradent, plus vous avez de départs ! Et plus la charge de travail augmente pour ceux qui restent, plus vous avez de nouveaux départs. »

Les hôpitaux publics fonctionnent aujourd’hui avec la moitié du personnel paramédical (IDE et AS) en intérim ou vacations, afin de remplacer les absences. Ce qui pose le problème de la précarité, avec en filigrane la remise en cause du statut, mais aussi d’une réelle difficulté de fonctionnement des services. L’expertise s’en va, avec des difficultés d’accompagnement des nouveaux arrivants. Une équipe, c’est un collectif de travail, ce n’est pas une somme d’individus.

Côté médecins, c’est la même chose, avec des plannings de travail éreintants, le cumul des heures, le manque de contacts avec les patient·e·s, il y a un accroissement de la perte d’intérêt au travail notamment chez les jeunes médecins.

Beaucoup de services et particulièrement les urgences fonctionnent aujourd’hui avec des médecins à diplôme hors Union européenne (les Padhue) qui, malgré la reconnaissance de leur diplôme (pour près de 5 000 d’entre eux), et en exercice dans les hôpitaux sur tout le territoire, attendent un poste, un contrat pérenne, tandis que les fermetures de lits et de services d’urgence se multiplient faute de personnels.

Et pendant ce temps-là, sournoisement les grands groupes de la santé privée se restructurent, se substituent au secteur public avec la bénédiction des ARS et l’argent de la Sécurité sociale.

Vendredi 27 mai, sur France info, Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée, a d’ailleurs lancé un appel : « Nos services d’urgences ne sont pas saturés, on demande que le 15 nous envoie des patients. » Le privé entre en scène : « On peut vous aider, nous on sait gérer. »

À l’origine de ce dysfonctionnement, les politiques publiques des vingt dernières années, qui ont privilégié les restrictions budgétaires au détriment de la qualité des soins, des conditions de travail des personnels, des investissements dans le matériel, du maintien des établissements de santé de proximité, des capacités d’accueil des hôpitaux et plus globalement de la démocratie sanitaire.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron a poursuivi méthodiquement cette politique d’affaiblissement de la santé et de l’hôpital public, avec l’amplification du virage ambulatoire entraînant des suppressions de lits.

Au nombre de lits que le ministère a fait fermer pour réaliser des économies (5 700 en 2020, 3 400 en 2019, 4 000 en 2018), s’ajoutent les 69 000 places d’hospitalisation à temps complet qui ont disparu entre 2003 et 2017, le maintien de la T2A qui asphyxie financièrement les établissements, la fermeture d’hôpitaux de proximité et de maternités, ou encore les fusions d’établissements au sein des groupements hospitaliers de territoires (GHT) qui assèchent l’offre de soins au plus près des populations.

Comment fait-on aujourd’hui pour s’en sortir ? Les salaires, les recrutements, la formation sont au cœur des solutions !

Les revendications d’hier et d’aujourd’hui sont vitales : elles doivent faire l’objet d’une négociation nationale, dès juillet 2022, avec les représentants des personnels hospitaliers et des usagers.

Le plan d’urgence pour l’hôpital proposé par le PCF bien avant la crise sanitaire est plus que jamais d’actualité : son fil rouge reste l’humain pour restaurer les missions de l’hôpital public, avec au cœur la place des personnels, leur bien-être au travail, leur reconnaissance et le respect de leur éthique de soin.

À court terme :

Les rémunérations.

Les salaires bloqués depuis 12 ans participent à l’hémorragie du personnel. Les 183 euros mensuels du Ségur de la Santé en plus sur la feuille de paye restent encore décalés par rapport au salaire moyen des infirmier·e·s en Europe, malgré ce qu’a osé déclarer le 12 mai 2022 l’ex-ministre de la santé O.Véran : « Non, ce n’est pas un problème salarial, ce n’est pas un problème d’effectif, c’est un problème d’organisation. »

Revaloriser les salaires en relevant le point d’indice à 6 € (pour la CGT) est une des priorités pour donner envie de rester ou d’intégrer l’hôpital public, comme l’est autant la titularisation de tous les contractuel·le·s. Au-delà et simultanément, il est indispensable de réaliser une refonte des grilles indiciaires pour que celles et ceux qui sont sur la brèche voient les rémunérations enfin réévaluées en compensation de leur place indispensable dans la société...

Dans le même temps, il faut moduler et réglementer les revenus des médecins du privé ; c’est le marché qui fixe le financement des médecins dans les cliniques à but lucratif. Il faut mettre fin à ce « mercato » pour enrayer la fuite des médecins du public, tentés par des salaires mirobolants.

Les recrutements et formations paramédicales et médicales.

L’estimation d’un besoin de 100 000 emplois est largement dépassée ! La situation exige de faire le compte des besoins par établissement, par département (ou bassin de vie) : les emplois soignants et non-soignants qui peuvent faire l’objet d’embauches immédiates avec la reconnaissance par les salaires, le financement et l’encouragement aux formations promotionnelles continues qualifiantes, permettant à des professionnel·le·s exténué·e·s de reprendre goût au soin à travers de nouvelles qualifications, un nouveau métier ; des pré-recrutements salariant des jeunes pendant leur formation en échange d’un engagement dans le public doivent être financés dans un vaste plan national de formation. Le secteur de la santé et du social est un remarquable terrain de mise en application des propositions du PCF de sécurité emploi formation, un investissement pour notre santé.

Les moyens des facultés et instituts de formation doivent être revus à la hausse dès cette rentrée 2022.

Enfin, il faut donner envie aux personnels de rester, d’y venir, en reconstituant les équipes, le travail concerté dans les services, revaloriser les services rendus, notamment des médecins hospitaliers, dont les médecins étrangers non-européens dont l’avenir est menacé, en restaurant des instances démocratiques à l’hôpital. L’urgence est bien de redonner la parole aux soignant·e·s et à l’ensemble des hospitaliers !

Autre exigence non négociable : stopper les restructurations, la fermeture des lits et en ré-ouvrir tout de suite afin d’éviter le casse-tête des urgences aujourd’hui, pour trouver des lits d’aval disponibles pour leurs patient·e·s en voie d’hospitalisation.

Revoir avec la médecine de ville (généralistes et spécialistes) et les établissements privés la permanence des soins la nuit et les week-ends.

Le nouveau ministère de B. Bourguignon consacré exclusivement à la santé et à la prévention sera impuissant si les cordons de la bourse, le contrôle de la Sécurité sociale sont toujours à Bercy, dans les mains des émissaires des marchés financiers !

La nouvelle Assemblée nationale devra d’urgence voter une loi rectificative à la loi de financement 2022 de la Sécurité sociale pour donner enfin aux hôpitaux les moyens financiers nécessaires pour répondre aux besoins des populations, pour redonner espoir au personnel en des jours heureux et arrêter l’hémorragie des soignants.

Dans la perspective du PLFSS 2023, il faudra en finir avec la T2A et restaurer des budgets de fonctionnement permettant la sécurisation des activités et leur évolution. Ces dotations de financement pourraient s’opérer en fonction des besoins des bassins de population facilement identifiables par la CPAM qui recense tous les actes médicaux, en lien avec des instances démocratiques départementales, régionales et nationales réunissant tous les acteurs (professionnel·le·s et leurs représentant·e·s, élu·e·s, usager·e·s, directions d’établissement). Et ceci en remplacement à terme des ARS (agences régionales de santé).

Des mesures financières fortes doivent être prises, comme la suppression de la taxe sur les salaires qui pénalise les embauches hospitalières (estimée à 4 Md €) et le remboursement à l’État de la TVA qui freine l’investissement et les achats indispensables. Ces 2 mesures, qui ne coûteraient rien à la Sécurité sociale, dégageraient immédiatement plus de 10 % de marge de manœuvre pour le budget hospitalier.

Les 30 Md € de dettes cumulés par les établissements doivent faire l’objet d’une reprise totale par l’État. Cette dette peut-être refinancée par la BCE dans le cadre de prêts à taux très bas de long terme.Relance de l’investisse
mentLes 19 milliards d’investissement annoncés à grands coups de communication lors du Ségur et étalés sur 10 ans vont, on ne peut en douter, constituer un levier pour restructurer encore et encore l’hôpital public et le système de santé.

Nous pensons que la France a les moyens de réorienter le pôle public financier autour de la CDC.

Ce pôle financier public pourrait devenir l’acteur pivot d’une nouvelle politique de financement, notamment de leurs investissements lourds. Dans l’immédiat, il pourrait effacer les emprunts toxiques, renégocier les autres via la BCE. Ainsi, notre proposition d’un fonds européen prend toute sa crédibilité, tout en libérant les ressources de la Sécurité sociale.

C’est le choix ultra-libéral de baisse des dépenses de santé remboursées qui détruit l’hôpital public sciemment et méthodiquement, au profit du privé... D’où l’enjeu stratégique de la Sécu, et l’importance des propositions portées par nos député·e·s dans ce quinquennat, parlementaires qui, nous l’espérons toutes et tous, seront nombreuses et nombreux après le 19 juin.

Penser à l’avenir de l’hôpital public, remettre à flot notre système de soins, tout en répondant à l’urgence sanitaire, exige un plan massif de soutien aux hôpitaux, accompagné d’une grande loi de santé publique, loi programmatique sanitaire et budgétaire pluriannuelle.

Dans l’immédiat, il est indispensable de participer, à travers tout le pays, à l’appel à mobilisation du secteur Santé et médico-social du 7 juin, appel soutenu par 9 organisations de salarié·e·s et d’usager·e·s.µ

Maryse Montangon

responsable nationale du collectif Santé, Protection sociale (30 mai 2022)

 

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Hôpital : le supplice des médecins à diplômes étrangers qui attendent une titularisation

2 Juin 2022, 06:43am

Publié par PCF Villepinte

Médiapart Caroline Coq-Chodorge

 

L’hôpital public profite des petits salaires et des contrats précaires des médecins aux diplômes extra-européens. Pire: l’administration les a conduits dans une impasse en leur imposant d'être titularisés avant la fin de l’année, sans s’en donner les moyens.

Quelques dizaines de médecins ont manifesté, mardi, devant le ministère de la santé à Paris. Toutes et tous sont égaré·es dans les méandres de l’administration, depuis deux, trois ou quatre ans. Toutes et tous ont obtenu leurs diplômes en dehors de l’Union européenne, exercent en France mais doivent obtenir une reconnaissance de leurs compétences. 4 500 Padhue (pour praticien·nes à diplôme hors Union européenne) exercent ainsi en France

Les praticien·nes à diplôme hors union européenne ont manifesté mardi 31 mai devant le ministère de la santé à Paris © Sébastien Calvet / Mediapart

Il y a tous les profils. Plusieurs sont des spécialistes aux compétences rares, comme ces trois oncologues qui exercent depuis leur arrivée en France à l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne), le plus grand centre de lutte contre le cancer en France. Ils veulent conserver leur anonymat, surtout parce qu’ils trouvent « humiliant » de crier ainsi sous les fenêtres de la nouvelle ministre de la santé, Brigitte Bourguignon.

L’une a obtenu son diplôme aux Philippines, une autre au Maroc, le troisième au Liban. Ils ont une trentaine d’années, ont la nationalité française. En France, ils ont donné tous les gages de leur grande compétence : ils ont passé avec succès l’examen de validation des connaissances, un concours très exigeant. Ils font de la recherche médicale, publient dans des revues. Ils ont multiplié les diplômes universitaires en France.

 « Nos CV de quinze pages sont excellents », disent-ils, eux qui travaillent « cinquante heures par semaine » dans leur hôpital. Mais avec huit à douze années d’expérience, ils gagnent toujours entre « 2 100 et 2 800 net ». « Nos carrières, nos salaires sont bloquées. »

Celle qui dysfonctionne, c’est l’administration française, qui accuse une à deux années de retard dans le traitement des dossiers de ces médecins. La situation est ubuesque : une loi en 2019 a élargi les conditions d’accès à la titularisation des médecins étrangers.

Il y a deux voies d’accès possible : la première est un concours très exigeant, l’examen de validation des compétences, suivi de deux années de stage, avant un passage devant la commission d’exercice du Centre national de gestion, qui gère les carrières des praticiens hospitaliers ; une seconde voie d’accès a été ouverte aux médecins étrangers qui exercent depuis au moins deux ans à temps plein en France.

Eux aussi peuvent prétendre à la titularisation en passant devant une autre commission, devant les agences régionales de santé (ARS) cette fois. La loi fixe aussi une limite : au 1er janvier 2023, les médecins étrangers devront avoir été titularisés ou quitter leurs postes.

Des milliers de dossiers en souffrance

Naturellement, les dossiers ont afflué : 4 500 médecins étrangers ont déposé leurs dossiers auprès des ARS, qui se sont ajoutés à ceux des huit cents médecins reçus chaque année à l’examen de validation des compétences. L’administration, débordée, ne suit pas. Fin mai, seuls huit cents dossiers ont été examinés en commission. L’échéance du 1er janvier 2023 ne sera donc pas tenue, et l’angoisse monte chez les candidat·es qui attendent tous et toutes d’être reçu·es en commission, quel que soit leur parcours.

« On appelle, on écrit des mails pour savoir où en est l’avancement de notre dossier, personne ne nous répond. On est traités comme des animaux », raconte une des oncologues de l’institut Gustave-Roussy Elle a réussi l’examen de validation des compétences en 2018, est en « stage » depuis quatre ans, au lieu de deux, dans l’attente d’être enfin convoquée en commission pour obtenir son statut de praticien hospitalier.

Autre parcours, celui d’Hanane Rimi, 38 ans. Médecin généraliste diplômée au Maroc, elle exerce depuis cinq ans en France, aujourd’hui comme gériatre à l’hôpital Rives de Seine à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Elle aussi a multiplié les diplômes en France (« une capacité de gériatre, un diplôme universitaire de diabétologie et d’échographie vasculaires »), publié des articles, trouvé sa place dans son hôpital, où elle est membre de la commission médicale d’établissement. Mais la docteure Rimi reste en CDD, pour 2 500 euros net par mois quand ses collègues en gagnent le double.

D’autres attendent depuis plus longtemps encore la reconnaissance de leurs compétences, par exemple cette médecin psychiatre de 54 ans. Diplômée en Algérie, elle exerce depuis vingt-deux ans en France. D’abord interdite d’exercer comme médecin, elle a débuté comme infirmière, puis est passée cadre. Elle a ensuite tenté l’épreuve de vérification des connaissances : « Il y avait quinze places en psychiatrie, nous étions des centaines, j’ai eu 13 de moyenne, il fallait avoir 16. »

Mais les besoins en médecins sont tels en France qu’elle a finalement trouvé un chemin pour exercer son métier : « J’ai été recrutée comme médecin généraliste en psychiatrie, à condition d’obtenir un diplôme universitaire. Je me suis formée trois ans. Puis j’ai travaillé aux urgences psychiatriques, tout en multipliant les examens français : une capacité en médecine d’urgence, en médecine du sport, en gynécologie. » 

L’hôpital psychiatrique où elle travaille, dans l’Essonne, ne fonctionnerait pas sans ces médecins à diplôme étranger, assure-t-elle : « Dans mon service, sur cinqmédecins, quatre sont des Padhue. Je suis payée 3 000 euros net, quand mes collègues praticiens hospitaliers sont eux payés le double. J’ai pourtant les mêmes responsabilités, cela m’arrive de me retrouver seule à gérer les urgences psychiatriques de mon établissement. Et comme je gagne mal ma vie, je dois faire beaucoup de gardes. »

Elle en est convaincue : l’administration de la santé les maintient volontairement dans cette situation. « On ne peut exercer qu’à l’hôpital public, qui manque terriblement de médecins. On est une main-d’œuvre bon marché, on fait faire des économies. » Elle prévient : « Le jour où les médecins à diplômes étrangers décideront tous de se mettre en grève, l’hôpital français sera paralysé. »

 

 

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LE DÉBAT Pourquoi notre système de santé s’écroule-t-il ? (1/3)

1 Juin 2022, 09:41am

Publié par PCF Villepinte

Après deux années de crise sanitaire, les services hospitaliers et les personnels épuisés vivent une situation intenable. Des blocs opératoires ferment. Les services d’urgences sont submergés.

Jérôme SkalskiPublié le

Mardi 31 Mai 2022

Photo : AFP

Si les urgences se retrouvent au cœur des tensions dues à un manque de moyens chroniques, c’est une politique d’ensemble qu’il faut engager.

Loïc Pen, médecin urgentiste, candidat de la Nupes dans l’Oise

En effet, on peut parler d’écroulement. On n’en finit plus de la litanie des services qui ferment, des urgences qui s’arrêtent la nuit ou qui filtrent les arrivées des patients. Le carrefour des problèmes se retrouve aux urgences, mais elles n’en sont pas la source. Aux urgences, on retrouve à la fois les patients qui n’ont pas d’autre solution de recours aux soins face à la situation dégradée de la médecine de ville et ceux qui devraient être hospitalisés mais qui restent sur des brancards faute de place et dont il faut s’occuper, ralentissant encore la prise en charge de l’accueil des nouveaux arrivants.

Au-delà de ce problème déjà ancien, volontairement ignoré par le pouvoir, se greffe une fuite de professionnels de santé de l’hôpital public, désespérés par la situation de l’hôpital, par ses conditions de travail et par l’absence de changement de politique de santé, désespoir à la hauteur de l’espoir qu’avaient suscité les promesses d’un monde d’après durant la phase aiguë de la pandémie de Covid.

Il faut donc agir sur toutes ces problématiques avec des politiques publiques volontaires. Or, la logique néolibérale de ces vingt dernières années s’efforce à l’inverse de confier la gestion de la santé au marché. Évidemment, c’est un marché juteux, avec un budget de la Sécurité sociale d’environ 500 milliards d’euros. Les accumulations de capitaux en recherche de rentabilité n’attendent que ça. Tout comme pour la retraite, c’est un véritable hold-up sur nos cotisations sociales, notre salaire mutualisé.

Face aux 21 millions de passages dans les 640 structures d’urgence, comment n’avoir pas écouté les urgentistes et les équipes soignantes?

La nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, sera sans aucun doute dans le droit fil de son prédécesseur: elle était déjà au gouvernement Castex. 100000 lits dhospitalisation ont été fermés en vingt ans, 20% de nos capacités dhospitalisation, et cela a continué durant la pandémie avec 7500 lits fermés. Et le scandale des Ehpad est venu révéler crûment leur modèle de gestion.

Nous devons rouvrir massivement les lits fermés pour permettre aux urgences de fonctionner. Nous devons urgemment mettre en place un collectif budgétaire pour permettre aux hôpitaux d’embaucher, de rénover et d’investir. Il faut défaire les hôpitaux publics de leur dette et créer 100000 emplois à lhôpital public et 240000 dans les Ehpad. Cela passe par la relance de la formation des paramédicaux et des médecins. La suppression du numerus clausus n’a été qu’un trompe-l’œil puisqu’on n’a pas donné les moyens aux universités de former plus. Il faut créer des centres de santé avec des médecins salariés. Il faut en finir avec une gouvernance technocratique de la santé et des hôpitaux, et constituer des conseils de santé de territoire associant élus, professionnels, syndicats et usagers afin de partir des besoins de santé des populations. Il faut interdire l’actionnariat dans les établissements de santé.

Voilà, en creux de ces propositions, pourquoi notre système s’effondre, parce que les libéraux au pouvoir depuis vingt ans font l’inverse.

Les progrès médicaux au service de ce bien commun se voient balayés par la logique du chiffre de «réformes» totalement coupées du terrain.

 

Jean-Marie Fessler, membre de cercles de réflexion et de propositions portant sur la santé et l’économie sociale et solidaire

Depuis longtemps, les pouvoirs publics privilégient la gouvernance par les textes et les nombres et, sous couvert de régulation, le «non» et la coercition au «oui», au détriment du sens des métiers, de territoires défavorisés et dinnovations locales. Le système tarifaire illisible des établissements de soins et de la médecine de ville a tout aggravé. Ailleurs, la négociation et le contrat donnent de la souplesse. En France, aucune ­simulation de meilleures approches n’a été entreprise.

La santé souffre de grilles et de segmentations imposées pour confiner le réel. L’insolence des certitudes réduit la profondeur de champ, pendant que les drames et scandales sanitaires produisent commentaires et crispations tous azimuts. Face aux 21 millions de passages – un doublement en vingt ans – dans les 640 structures autorisées d’urgences, comment n’avoir pas écouté les urgentistes et les équipes soignantes? On en vient à oublier les progrès diagnostiques, chirurgicaux, thérapeutiques et lampleur de nos investissements collectifs de longue durée au titre de lassurance-maladie. Des handicaps décrits depuis tant dannées irréalisme, réglementarisme, culture de l’affrontement – mettent à mal la santé publique, notre bien commun.

La juste compréhension de notre vieillissement, de nos maladies chroniques et des révolutions technologiques en imagerie, ­biologie, analyse des données massives, et l’urgence de l’essentiel, la santé globale, l’éducation à la santé dès l’enfance, la santé au travail, l’espérance de vie sans incapacité et l’assurance-­santé ne sont guère des priorités institutionnelles réelles.

Il faut interdire l’actionnariat dans les établissements de santé.

Ne pas rémunérer correctement les professionnels de santé et les métiers qui maintiennent les réseaux vitaux, priver de liberté les équipes de recherche, décourager l’actualisation des connaissances médicales, négliger les relations entre les politiques et les scientifiques, privilégier la maîtrise des dépenses à court terme, malmener la démographie des professions de santé, ignorer les pertes de chance pour les patients, les conditions réelles de travail et les coûts de non-qualité ont fabriqué du danger au cœur du lien social.

Il est vrai que les inspirateurs des «réformes» se pensent tellement plus intelligents et légitimes que les deux millions de professionnels du monde santé-social et quil nexiste toujours pas de plateforme citoyenne permettant de partager expériences et propositions. Ne serait-il pas réaliste que, dans les ministères, agences et organismes de Sécurité sociale, on cesse de croire dans des propriétés auto-organisatrices de concepts vides, de croire que le maniement de telle idée vaut action pertinente dans le réel?

À lire Rendre le soin aux soignants! ouvrage collectif, Fauves Éditions, 2022.

 

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