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politique

Les 4 vérités - Fabien Roussel

12 Décembre 2018, 12:40pm

Publié par PCF Villepinte

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Condition(s)

7 Décembre 2018, 23:22pm

Publié par PCF Villepinte

Rien n’est fini. Tout commence. Le meilleur ou le pire.

 

Maturation. Parfois, lorsque plus aucun de nos pas n’a le pouvoir de l’innocence, les rues deviennent les aimants de la mémoire qu’épousent inconsciemment ceux qui s’en emparent. Mémoire pour analyser; mémoire pour se projeter; mémoire pour inventer; mémoire pour tenter de comprendre non pas les raisons de la colère mais les logiques pour lesquelles elles agitent aujourd’hui la société française jusque dans ses tréfonds les plus féconds. Coudre nos regards. Et penser autrement. Facile à dire, n’est-ce pas?

 Après la sidération d’un mouvement dont personne n’imaginait, en trois semaines, qu’il renverserait bien des logiques et des pratiques en cours, voici venu le temps des vertiges et des suffocations: tout est possible désormais. Le meilleur comme le pire. Fruit d’une longue, très longue maturation que nous ne fûmes pas les derniers à décrire, cette colère façon jacquerie pré-révolutionnaire n’est que le résultat de vingt ans de politiques néolibérales qui, à mesure qu’elles détruisaient tout sur leur passage, ont miné moralement les citoyens au point de produire le plus dramatique des sentiments : la peur de l’à-venir.

Et pas n’importe quelle peur. La peur amputée de l’espoir. Vous savez, cette peur qui se résume à une phrase entendue samedi dernier dans la bouche d’un des gilets jaunes: «Nous n’avons plus rien à perdre, puisque nous avons déjà tout perdu ou presque…» Le bloc-noteur ne vous apprendra rien en répétant que cette mobilisation de masse des classes populaires et moyennes trouve en grande partie sa source dans les mesures d’austérité, incluant modération salariale et désengagement de l’Etat.

Les dégâts collatéraux sont connus, mais jusque-là sans doute restaient-ils éloignés de la tête des puissants. Chômage de masse, précarité, paupérisation, destructions des services publics: la crise économique et sociale a longtemps paru hors-sol, mais la misère ordinaire dans toutes ses composantes, elle, a des racines si profondes qu’elles labourent et laminent les entrailles des quartiers, des territoires, des grandes villes, des familles, des individus.

Combien de fois avons-nous écrit qu’il ne s’agissait pas d’un fantasme né d’esprits défaitistes aux âmes sombres? Beaucoup avaient oublié qu’ils étaient nombreux, dans cette sous-France, à le vivre, tous victimes d’une époque frappée du sceau des injustices et de la déréalisation.

 

 

Erreurs. La responsabilité personnelle de Mac Macron dans cette affaire restera une trace d’histoire. Pour une part, bien sûr, la fronde s’explique par son exercice du pouvoir, par ses propos irresponsables et injurieux, sans parler de la conception verticale de sa fonction, ignorante des médiations.

Mac Macron a été incapable de tirer l’une des leçons de l’élection de 2017, à savoir que la crise de représentation devenait aussi une crise des institutions. Au contraire, il a voulu incarner ce Jupiter ridicule et méprisant, choisissant radicalement son camp : celui des riches, des premiers de cordée…

L’autre erreur originelle fut de croire que son accession au Palais reflétait un vote d’adhésion. D’où sa phrase: «Les Français ont voté pour le changement que j’incarne.» Tragique quiproquo. Il ne fut pas élu par choix, ni pour appliquer son programme. Il fut élu par défaut. L’incroyable ascension du candidat avait alimenté un roman journalistique assez surréaliste, loin de la réalité des citoyens et de l’ampleur de leurs ressentiments.

Une taxe de trop: et tout a resurgi sous la forme d’un mouvement de contestation devenu incontrôlable par définition, et qui s’élargit au-delà de ce que nous-mêmes imaginions possibles, possédant en lui une profondeur historique liée aux fractures sociales et symboliques ébauchées depuis tant d’années. Rien n’est fini. Tout commence. Répétons-le: cela produira le meilleur ou le pire. Un Front Populaire type 1936, avec toutes ses déclinaisons, n’est pas à exclure. Beaucoup de conditions sont réunies, déjà à l’œuvre, ça et là. A moins que...

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 7 décembre 2018.]

 

 

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Justice fiscale. L’ISF sur la sellette, le gouvernement ouvre une brèche

6 Décembre 2018, 08:22am

Publié par PCF Villepinte

Jeudi, 6 Décembre, 2018

L'Humanité Maud Vergnol

L’exécutif n’écarterait plus l’idée de rétablir l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) si «l’évaluation» de la mesure s’avérait négative pour l’économie. Une pirouette pour gagner du temps, qui crédibilise cette revendication phare des gilets jaunes pour la justice fiscale.

C’était inimaginable il y a encore deux semaines. Mais le rétablissement de l’ISF est bien en train de se frayer un chemin. Interrogé hier sur ce cadeau aux plus riches, qui concentre une part de la colère des gilets jaunes, Benjamin Griveaux explique d’abord que «ce sujet-là n’est pas sur la table». Avant de finir par lâcher: «Il faudra évaluer. Il faudra voir si l’argent, qui a été supprimé dans cette part de l’ISF sur les valeurs mobilières, revient bien dans l’économie réelle.» Le porte-parole du gouvernement ira jusqu’à préciser: «Et de faire en sorte que, si ce n’est pas le cas, on modifie ce système, qu’on puisse permettre à chacun d’avoir de l’argent réinvesti dans nos territoires pour l’emploi.» C’est la première fois que la majorité met en doute l’efficacité de la suppression de cet impôt sur l’économie réelle. Et par là même remet en cause le fondement même de toute sa politique économique, le fameux «ruissellement». Quelques heures plus tard, la ministre Marlène Schiappa fait savoir dans un communiqué qu’elle est prête à proposer de «rétablir l’ISF» si «les évaluations du nouveau dispositif qui le remplace ne sont pas concluantes». Rétablir l’ISF? «Non, cela n’a été dit par personne», répond de son côté la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, témoignant de la confusion qui règne dans les rangs de la majorité. «Nous ne craignons pas le débat sur la réforme de l’ISF», finira par trancher par une pirouette Édouard Philippe dans l’Hémicycle. Prémices d’un recul ou simple opération de communication?

Les cent plus fortunés y ont gagné 1,5 million d’euros chacun

Cette idée d’une évaluation de la suppression de l’ISF, loin d’être une largesse consentie aux gilets jaunes, est en réalité dans les cartons depuis un an. En novembre 2017, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait annoncé devant le Parlement une évaluation d’ici deux ans. Mais, pour l’heure, cette mission de suivi n’existe toujours pas. «Une première évaluation pourrait arriver en septembre ou fin 2019», assure aujourd’hui Bercy.

Alors que l’ISF a rapporté 5 milliards d’euros en 2016, l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) ne représentera que 1,53 milliard d’euros en 2019. Soit un manque à gagner pour l’État de 3,5 milliards d’euros. Les cent premiers contribuables les plus fortunés, eux, auront gagné 1,5 million d’euros chacun. Pourtant, la majorité l’assure: non, ce n’est pas un cadeau aux plus riches, mais bien le meilleur moyen de relancer l’investissement. Un argument familier, répété en boucle pour justifier le Cice (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Mardi, les députés LaREM n’ont pas hésité à adopter le versement de 20 milliards d’euros de Cice et de CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires), mais également la transformation de ces avantages en allégements pérennes de cotisations patronales. Une autre facture salée pour un dispositif qui est loin d’avoir démontré, lui aussi, son efficacité. Pour mémoire, cette mesure phare du quinquennat Hollande n’aurait créé ou sauvegardé que 100000 emplois pour 50 milliards d’aides versées, très loin du million promis par l’ex-patron du Medef Pierre Gattaz. Le groupe Carrefour d’Alexandre Bompard, par exemple, a encaissé le jackpot avec 744 millions versés par l’État, au moment même où il annonçait la suppression de 3500 postes. Mais «c’est bon pour l’emploi et l’investissement», continue de marteler l’exécutif, qui sait pertinemment que la suppression de l’ISF est uniquement destinée à gaver les plus grandes fortunes, dont les Arnault et Bettencourt, qui ont vu leur patrimoine multiplié par douze en dix ans.

La droite de Wauquiez contre le rétablissement de l’ISF

C’est bien cette indécente concentration des richesses entre quelques mains, quand la majorité voit ses conditions de vie se dégrader, que porte au grand jour les gilets jaunes. «Cela va leur coller à la peau!» prédisait il y a un an Fabien Roussel, lors du vote de la suppression de l’ISF. «Paye ton ISF!» criaient les manifestants des Champs-Élysées le 17 novembre. Un slogan repris massivement dans les barrages et mobilisations des gilets jaunes.

Cette revendication a également le mérite de remettre quelques pendules politiques à l’heure. Car si la droite de Laurent Wauquiez tente se refaire une santé sur ce mouvement, elle peine à être crédible. Interrogé hier, le président du Sénat, Gérard Larcher, a avoué ne pas être favorable au rétablissement de l’ISF. Et pour cause: sa suppression était l’une des propositions phares du candidat Fillon.

L’injustice fiscale s’est également invitée hier dans l’Hémicycle. «Rétablissez l’ISF, car le moment est venu que les riches soient solidaires», a lancé Jean-Luc Mélenchon lors de son intervention. «Ce n’est certainement pas le travail qui coûte cher, ce sont les cadeaux que vous avez fait aux plus riches, au capital, à la finance! a dénoncé de son côté Fabien Roussel, le nouveau secrétaire national du PCF. Suppression de l’ISF, de la taxe sur les dividendes, mais aussi cadeaux à gogo avec la flat tax, la niche Copé, l’exit tax… C’est 8 à 10 milliards d’euros que vous donnez cette année aux riches, aux financiers et que vous proposez de maintenir en 2019!» «Donnez un acte concret en revenant sur votre suppression de l’ISF et ouvrez ces états généraux du pouvoir d’achat, maintenant!» a embrayé la députée socialiste Valérie Rabault. Le sujet est désormais sur la table. Et les gilets jaunes ne semblent pas décidés à lâcher.

Maud Vergnol

 

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La réaction de Fabien Roussel aux annonces du Premier ministre

5 Décembre 2018, 10:49am

Publié par PCF Villepinte

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Fabien Roussel invité du grand oral des GG. Partie 1

4 Décembre 2018, 10:50am

Publié par PCF Villepinte

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Roland Gori « Parier sur la part ingouvernable de l’individu pour renverser les rois »

8 Octobre 2018, 19:25pm

Publié par PCF Villepinte

Vendredi, 28 Septembre, 2018
Maud Vergnol L'HUMANITE

Dans son dernier essai, La Nudité du pouvoir, le psychanalyste Roland Gori explore « l’imposture » du moment Macron et propose une réflexion sur la nature et l’origine du pouvoir. Pour l’initiateur de l’Appel des appels en 2009, le pouvoir ne détient sa force que de notre cécité, et il est temps de crier que « l’empereur est nu ! ».

« Nous vivons un moment politique inédit, dont l’élection d’Emmanuel Macron est à la fois le symptôme et l’opérateur », affirmez-vous, mettant en garde contre la tentation de le sous-estimer dans une image réductrice du « commis de la finance ». Alors, où la complexité du macronisme se niche-t-elle ?

Roland Gori Emmanuel Macron est un personnage intéressant, beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Je suis l’un de ses plus fervents opposants, mais je pense qu’il faut reconnaître ses qualités pour mieux le combattre. Tout d’abord, il me semblait intéressant d’examiner le malentendu extraordinaire de son élection. En 2017, la plupart des peuples européens ont refusé les logiques austéritaires imposées par les différents gouvernements de démocratie libérale. Des États-Unis à l’Europe, ces gouvernements démocrates ou sociaux-libéraux ont fait la même politique de religion du marché que pouvait réaliser la droite traditionnelle. En France, ce « dégagisme » a abouti à une issue tout à fait atypique : c’est le produit d’un système dont les électeurs ne voulaient plus qui a pourtant été élu. Il s’agit d’un terrible malentendu. Emmanuel Macron, c’est Tancredi dans le Guépard de Visconti : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Son opportunisme dévoile celui de notre époque. Au regard de la première année de son quinquennat, le « vieux monde », qu’il a habilement dénoncé durant sa campagne, trouve chez ce jeune monarque républicain un de ses plus fervents défenseurs. Mais on ne peut pas pour autant lui reprocher de faire ce qu’il a dit. Cela révèle en France plusieurs choses. Celle qui doit le plus nous interpeller, c’est que, quelle que soit la belle campagne menée par Jean-Luc Mélenchon, elle n’a pas suffisamment rassemblé, et la gauche n’a pas pu s’imposer comme alternative crédible. En face, en guise de « réinvention » de la politique, Emmanuel Macron a fait émerger une nouvelle politique « ­a-politique ». Ce paradoxe est très intéressant. Le président de la République est un oxymore incarné.

Justement, on a beaucoup glosé sur le « et en même temps » d’Emmanuel Macron. En quoi cette formule « condense la vérité d’une signature politique », selon vos propres mots ?

Roland Gori Il en a habilement fait sa marque de fabrique politique. Du « ni droite ni gauche », qui rappelait un peu trop le fascisme, il a finalement revendiqué le « et droite et gauche », lui permettant de transcender les clivages traditionnels et de prendre le meilleur des deux camps. Il revendique cette formule comme réponse à la complexité du monde moderne. La France, enfin livrée au ravissement d’un économisme décomplexé et d’un humanisme affiché, pourrait assumer à la fois l’efficacité et la justice, le souci de l’entreprise et les exigences sociales. Bien sûr, c’est une fumisterie. Car nous le constatons sur l’emploi, l’écologie, l’éducation… il n’y a aucun « en même temps ». Car Emmanuel Macron a été sur un mirage, une illusion selon laquelle il allait faire progresser les idéaux citoyens en les rendant compatibles avec l’économie. Il a remis au goût du jour cette vieille lune saint-simonienne selon laquelle la justice sociale ne sera rien d’autre que le produit des bénéfices de l’économie. Ce qui explique qu’il se place lui-même sous l’enseigne du progrès, avec cette illusion vivace héritée du XIXe siècle selon laquelle l’efficacité des machines permettra le bonheur. « Quand on me parle du progrès, je demande toujours s’il rend plus humain, ou moins humain », disait George Orwell…

Le président de la République « invite les citoyens à s’autoexploiter, pour mieux se vendre en capital humain », écrivez-vous. Est-ce là l’essence du projet macronien et de sa « start-up nation » ?

Roland Gori Son projet consiste à considérer que l’entreprise est la matrice sur laquelle tout doit s’appuyer en matière individuelle et collective. Il existe chez Emmanuel Macron une théologie entrepreneuriale. Hors du foyer d’expériences de l’entreprise point de salut. L’individu serait réduit à une microentreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence et à la compétition sur le marché des jouissances existentielles. Donc ceux qui ne fonctionnent pas comme une entreprise n’existent pas. C’était le sens de son discours sur « ceux qui ne sont rien ». Autrement dit, vous n’êtes pas humain si vous ne produisez pas. Nous sommes là au cœur du projet néolibéral, que Macron porte de manière très intelligente puisqu’il l’assoit en se servant de l’État. Il a parfaitement compris que la dérégulation doit être portée par les structures qui, habituellement, sont chargées de la régulation, c’est-à-dire l’État et les services publics. C’est dans ce but qu’il compte décomposer, démanteler toujours plus ces services et les recomposer sur le modèle de l’entreprise, comme pour la Poste, l’hôpital, ou même l’université… Même l’action sociale est frappée. Il s’agit, au nom de l’efficacité économique et de la charité, d’ouvrir l’immense espace de la pauvreté aux investisseurs et aux entrepreneurs. L’État n’a pas disparu, il a changé de fonction pour se fondre et se recomposer dans le creuset entrepreneurial. C’est la fameuse « start-up nation ». Le macronisme est en train d’imposer une vision du monde qui fait de l’entreprise « le foyer d’expérience », au sens foucaldien du terme, prônant la subordination de l’ensemble des secteurs à la logique des marchés financiers.

Alors l’élection d’Emmanuel Macron nous a déjà fait basculer dans une ère post­­- démocratique… ?

Roland Gori Nous sommes à la charnière d’une transition entre des démocraties libérales en décomposition et la possibilité d’une nouvelle forme de totalitarisme postdémocratique. La démocratie est en train d’être liquidée au profit d’une logique de gestion technico-financière des populations. On ne parle plus de peuple, mais de populations qu’on va gérer par des algorithmes prédictifs. Face à cette dépolitisation du monde, qui représente un risque majeur, nous perdons notre capacité de penser, de parler, de décider ensemble. L’espace public est liquidé. À l’aide d’un appareillage algorithmique contrôlant les réseaux sociaux, le pouvoir numérique finit par modeler et fabriquer l’opinion, en même temps qu’il leur prescrit des comportements préformatés. À partir du moment où se réduit le temps de rencontre entre citoyens qui peuvent débattre, on laisse libre court à l’externalisation des décisions politiques. Souvent par l’économie, qui décide désormais à la place du politique.

Votre livre est construit autour de l’idée de la nudité du pouvoir et raconte dès les premières pages le fameux conte d’Andersen les Habits neufs de l’empereur. Alors quels sont ces mécanismes qui conduisent à ce consentement intime par lequel les hommes et les femmes se font complices de leur aliénation ?

Roland Gori Ce conte d’Andersen met en évidence que nous sommes victimes d’impostures. Nous vivons face à l’injonction de se soumettre à une croyance pour ne pas passer pour un imbécile ou un inadapté. Un des opérateurs de la soumission des citoyens à un pouvoir qui les aliène et les exploite, c’est le conformisme. Un consensus qui nous conduit à adhérer à des illusions qui nous bernent. Le citoyen s’aveugle lui-même à l’imposture qui lui profite autant qu’il en est la victime. Dans le conte d’Andersen, c’est un enfant qui va s’écrier que le roi est nu, car il n’est pas encore pris dans une logique de conformisation sociale. C’est la part ingouvernable de l’individu. Et c’est là-dessus qu’il faut parier. Ce n’est pas seulement par la raison critique qu’on peut faire tomber les travestissements et les impostures de monarques. La révolte naît du fond infantile de l’humain, de cet insupportable sentiment d’injustice face à l’humiliation, à la dignité bafouée, aux injustices diverses.

Si nous étions capables de dire « l’empereur est nu », nous pourrions risquer de réaliser le désir démocratique.

Vous êtes aussi professeur émérite de psychopathologie clinique. Qu’apporte la psychanalyse à la compréhension du politique ?

Roland Gori Qu’est-ce qui fait qu’on externalise à un autre le soin de nous guider nous-mêmes ? Je me suis en effet toujours intéressé au pouvoir, et dans ma pratique de la psychanalyse et dans ma vie de citoyen engagé. Au-delà de la corruption des individus par le désir de servir un maître dans l’espoir d’en tirer profit, il me semble que nous avons tous tendance à chercher un autre qui puisse donner un sens et une cause aux comportements que nous pouvons avoir. D’ailleurs, même si la mode est plutôt au positivisme, que la psychanalyse est souvent malmenée, objet d’attaques plus ou moins légitimes, la demande des patients est toujours là. Concernant le pouvoir, ce sont bien nos croyances et nos attentes collectives qui le revêtent du sacre qu’il ne possède pas intrinsèquement. J’ai donc tenté d’y apporter une dimension psychologique et philosophique, à la manière de Walter Benjamin, dans l’idée que ces dimensions agitent les mécanismes les plus matériels de l’économie. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai toujours été intéressé, dans le courant marxiste, davantage par Gramsci ou Georg Lukács, que par le léninisme, qui m’a toujours paru d’un matérialisme non seulement rugueux, mais aussi politiquement dangereux, puisque je suis très critique du taylorisme dans le cadre de mon combat contre l’évaluation. Laquelle est, pour moi, une manière de mettre les travailleurs sous tutelle d’une soumission librement consentie. Pour Lénine, Taylor était un bienfaiteur de l’humanité, pour moi, c’est un criminel de l’humanisme des métiers. La ­question du pouvoir est à l’intersection des aliénations subjectives que ma pratique clinique met en évidence, mais aussi des aliénations sociales qui, finalement, poussent les individus à se soumettre à des intérêts qui ne sont pas les leurs.

Vous citez beaucoup Hannah Arendt, pour qui la crise est le moment politique par excellence, qui ouvre la possibilité d’inventer… ou de sombrer dans la catastrophe. Face à cela s’impose l’exigence d’invention. « Inventer, ce n’est pas offrir le spectacle d’une innovation, écrivez-vous. C’est créer les conditions d’un commencement imprévisible »…

Roland Gori Face à un totalitarisme du marché, au danger de l’extrême droite, il faut trouver une troisième voie. Elle ne peut pas être le mirage macronien. Elle se construira sur les lieux de travail, où pourront s’émanciper les citoyens et se reconstruire la démocratie. Il faut redonner au politique toute sa place désertée au profit des règles technico-financières. Le politique est ce qui se construit par la parole, les œuvres, les services et les actions entre les humains. Je suis convaincu que nous ne parviendrons pas à créer un véritable paradigme politique alternatif si nous ne procédons pas à une analyse sociale du travail et à une analyse psychopathologique des relations au pouvoir que celle-ci requiert. Et si nous ne quittons pas la langue de l’adversaire pour créer un nouveau langage à même de dire notre libération. 

La Nudité du pouvoir. Comprendre le moment Macron, de Roland Gori, les Liens qui libèrent. 208 pages, 17,50 euros.
 

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Congrès PCF.

7 Octobre 2018, 07:22am

Publié par PCF Villepinte

 

 Le « Manifeste » arrive en tête du vote

Samedi, 6 Octobre, 2018

Les adhérents du PCF étaient invités jusqu’à ce samedi à choisir parmi quatre textes leur base commune de discussion, en vue de leur congrès de novembre.

 Pour la première fois, ils se sont prononcés pour un texte dit « alternatif » à celui proposé par leur Conseil national. 30 833 militants ont participé au vote, soit 62,65 % des inscrits. Selon la commission en charge du suivi du scrutin qui s’est clos ce samedi, les résultats sont les suivants : 

 

  • La proposition de base commune adoptée par le Conseil national, « Le communisme est la question du XXIe siècle », a obtenu 11 461 suffrages, soit 37,99 % des exprimés.

 

  • Le texte alternatif « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme » a réuni 3 607 suffrages, soit 11,95 % des exprimés.

 

  • Le texte alternatif « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe  siècle » totalise 12 719 suffrages, soit 42,15 % des exprimés.

 

  • Le texte alternatif « PCF : Reconstruire le parti de classe, priorité au rassemblement dans les luttes » a, quant à lui, atteint 2 385 suffrages, soit 7,90 % des exprimés.

 

« En application de nos statuts, le texte « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » devient donc la base commune de discussion dont tou·te·s les communistes doivent désormais se saisir pour la travailler, l’enrichir de tous les débats et contributions jusqu’au terme du congrès, avec l’impératif d’une construction collective », précise la commission dans son communiqué.

 « Le vote des communistes n'a pas placé la proposition de base commune du Conseil national en tête. J'en prends acte », a réagi Pierre Laurent notant que « les résultats sont très partagés » et qu’il n’y a « pas de majorité à ce stade pour avancer ». « Nous avons donc devant nous un immense débat à poursuivre sur nos choix et un immense défi à relever pour la construction commune, l'unité et le rassemblement des communistes jusqu'au congrès », a ajouté le secrétaire national du PCF.

julia hamlaoui

 

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COMME ILS DISENT

2 Octobre 2018, 08:55am

Publié par PCF Villepinte

Macron-le-sage serait sur la bonne voie. Non seulement il admet ne pas être «parfait» et vouloir se «corriger», mais l’hôte du Palais souhaiterait passer d’une posture «jupitérienne» à un président «du quotidien».


Cette fois –parole d’Emmanuel Macron–, nous allons voir ce que nous allons voir! «J’observe, j’écoute, j’entends», a donc déclaré le chef de l’État au journal le Monde, lors de son retour d’un voyage aux Antilles, évoquant tout de même la«mission» pour laquelle il a été élu: «Le devoir de faire.»

 Car voyez-vous, Macron-le-sage serait sur la bonne voie.  Non seulement il admet ne pas être «parfait» et vouloir se«corriger», mais l’hôte du Palais souhaiterait passer d’une posture «jupitérienne» à un président «du quotidien». Et nous devons le croire.

 Affaibli par des sondages en berne, accusé d’être distant et méprisant, l’homme serait en train de redescendre sur terre au point de reconsidérer sa posture et à se réformer lui-même. «Aidez-moi», a-t-il par exemple lancé, en direct des Antilles, «j’ai besoin de vous, journalistes, population, élus».

 Quel bel élan, n’est-ce pas? Quel altruisme, quelle générosité, quel esprit d’écoute en effet… sauf quand il précise que, s’il a «besoin» de tant de monde, c’est bel et bien pour expliquer l’action de l’exécutif.

 Bref, Emmanuel Macron, devenu son principal ennemi, cherche des volontaires pour son service après-vente. La petite musique devient habituelle: le problème c’est la forme, pas le fond. «Pé-da-go-gie», clame-t-on à l’Élysée. 

Seulement voilà, la forme c’est toujours du fond qui remonte à la surface. Ses petites phrases, comme «traverser la rue»,«pognon de dingue» et tant d’autres, ne viennent jamais de nulle part. Elles reflètent trait pour trait la politique conduite et sont évidemment perçues pour ce qu’elles sont: l’expression verbale des injustices subies par les contre-réformes. Voilà ce qu’il y a de fondamental!

 Dire que Macron sombre dans les sondages uniquement pour son manque de maintien est une explication un peu sommaire. Même Alain Minc, l’un des très proches visiteurs du soir, prend acte du«bonapartisme» du chef de l’État et met en garde contre un«risque de giscardisation». On croit rêver. Vous connaissez la formule: changer pour que rien ne change. Surtout l’essentiel. 

 

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 2 octobre 2018.]

 

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Fête de l’humanité. « Un coup de boost pour un an de luttes »

17 Septembre 2018, 08:13am

Publié par PCF Villepinte

Ce week-end, le peuple de la Fête, aux premières loges des coups qui pleuvent en Macronie, a rechargé ses batteries pour mieux se préparer à une nouvelle année de riposte. Un rendez-vous que toute la gauche a honoré.

Dès l’ouverture de ses portes, l’édition 2018 de la Fête de l’Humanité commence sous de bons auspices. Vendredi, la jeune Ahed Tamimi, « devenue véritable symbole de la lutte du peuple palestinien », selon les termes du directeur du journal, Patrick Le Hyaric (voir page II), est parvenue à venir, en dépit des tentatives du gouvernement israélien de l’en empêcher. Au fil des allées, l’émotion règne à son passage. Quelques heures plus tôt, c’est Josette, veuve de Maurice Audin, qui est accueillie par une standing ovation sous l’Agora de l’Humanité, au lendemain de la reconnaissance par le président de la République du crime d’État : 61 ans de lutte récompensés.

« À bas la macronarchie ! »

De quoi donner du baume au cœur à ce peuple de la Fête venu très nombreux. « Ça donne un coup de boost pour repartir pour un an de luttes », se réjouit une militante parisienne du PCF. « Signez la pétition pour que Macron nous rende notre pognon de dingue ! » scande derrière elle un communiste séquano-dionysien. Et ça marche, le ras-le-bol est là. Il faut dire que ceux qui fréquentent la Fête sont bien souvent aux premières loges pour apprécier les conséquences de la politique antisociale du gouvernement. « Ça craint pour nous tout simplement parce qu’on n’a pas assez de salaire ! » s’indigne une Lorraine qui ajoute son nom au bas de la pétition « À bas la macronarchie ! », avant de repartir avec un tee-shirt « Gaulois réfractaire » sous le bras. « Heureusement qu’il y a le collectif, parce que tout seul, c’est dur », souffle-t-elle, croisant sans la connaître Marion, qui vient de finir ses études. « Ce qui m’a le plus choquée, c’est Benalla. On n’est plus dans une démocratie », assène-t-elle. À tel point qu’elle a décidé, samedi, de rejoindre les rangs communistes. Laurette, elle, a fait le voyage depuis Aubagne. « Je serai à la retraite au 1er octobre, je ne dépasserai pas les 1 350 euros alors que j’ai travaillé 44 ans comme aide-soignante », raconte-t-elle. Alors, évidemment, quand on lui parle de la hausse de la CSG, du gel des pensions… elle voit rouge.

« Ah, ça ! ça ruisselle dur, mais jamais dans le bon sens ! Toujours du bas vers le haut ! » constate Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF lors de son discours, samedi, devant des personnalités politiques, associatives et syndicales. Et de proposer, alors que se prépare une nouvelle réforme rétrograde des retraites, de « remettre sur le métier la grande œuvre d’Ambroise Croizat, pour une Sécurité sociale universelle ». « Et qu’on arrête de nous dire que l’argent manque quand il coule à flots », ajoute-t-il, citant « les revenus financiers des entreprises et des banques, l’année dernière : 342 milliards d’euros ». Le communiste a aussi mis l’écologie à l’honneur : « L’humain et la planète ont leurs sorts désormais totalement liés. Penser l’un sans penser l’autre, c’est se condamner à de dramatiques impasses. » « Il y a vraiment une maturation du système de pensée communiste avec un prisme écolo », apprécie Julien Bayou, porte-parole d’EELV après le discours. Lui continue de plaider pour l’unité d’une gauche pour l’heure en ordre dispersé : « Quand on est d’accord sur l’essentiel, on a une responsabilité – déjà de ne pas s’insulter – et éventuellement même de faire ensemble. » Et dans la Fête, toute la gauche est bien présente malgré un communiqué des députés de la France insoumise annonçant leur boycott du discours du patron des communistes. Éric Coquerel, Clémentine Autain et François Ruffin ont parcouru les allées.

« Notre adversaire est à l’Élysée, et il est évident qu’il faut grouper nos forces contre mais il y a une clarification nécessaire si on veut gouverner ensemble demain ! » lance ce dernier à l’intention des socialistes lors d’un débat à l’Agora avec Pierre Dharréville (PCF) et Valérie Rabault (PS). Affichant la même volonté de contrer un gouvernement qui « avance masqué », la présidente du groupe socialiste de l’Assemblée en appelle, pour sa part, « aux causes communes », déjà défendues par le premier secrétaire de son parti, Olivier Faure. Du côté de l’aile gauche du PS, tentée par un rapprochement avec FI, Emmanuel Maurel prêche pour « se retrouve(r) très vite dans les assemblées et dans la rue ». Également présent, Benoît Hamon, dont le mouvement Génération.s doit se décider à l’automne en vue de l’élection de mai, plaide pour que la gauche fasse sienne la devise européenne : « In varietate concordia, c’est-à-dire l’unité dans la diversité. On ne demande à personne de cesser d’être ce qu’il est et de renier son identité. Mais la question c’est : veut-on faire famille ou pas ? »

Des dividendes de dingue

« Ce n’est pas au Palais-Bourbon que va se faire la révolution, estime ailleurs dans la Fête Pierre Dharréville. Ce qui est décisif, c’est qu’émergent dans la société des mouvements populaires. » Ces mouvements, justement, ont été les invités d’honneur ce week-end. Non seulement à l’Agora avec le « gouvernement des luttes » (lire page VI), mais aussi dans de multiples stands ou encore au Forum social. « Le gouvernement reste sur une logique de premiers de cordée qui consiste à dire aux Français : “Si vous êtes pauvres, c’est de votre faute !” On est l’un des premiers pays au monde pour le versement de dividendes distribués aux actionnaires : c’est là qu’il faut aller chercher l’argent », y insiste Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Dans les allées, le souffle est le même : « C’est la première fois qu’on vient et on vient autant pour la musique que pour découvrir les luttes qui ont rendez-vous ici », explique Amandine, travailleuse sociale pour les réfugiés à Sens. Dans ce domaine aussi, le jugement est sévère mais mérité à l’égard d’un « faux-semblant de politique humaniste qui ne l’est pas du tout ».

Ici, une chose est sûre en tout cas, beaucoup espèrent, comme Jeannette Vanderschooten, qui fêtait ses 100 ans à la Fête, avoir « apporté (sa) pierre » au « triomphe, un jour, de la paix, de la liberté, de la fraternité ».

Le pcf lance trois chantiers

Lors de son discours devant les personnalités politiques, syndicales et associatives, samedi, dans le stand national du PCF, Pierre Laurent a lancé « trois propositions » pour l’année à venir : « construire partout, dès maintenant, les grandes lois sociales et écologiques dont notre pays a besoin », à l’instar d’une autre réforme des retraites ; tenir « des états généraux du progrès social et écologique en Europe début 2019 », et se lancer dans « la préparation des élections municipales, qui seront l’occasion d’une grande bataille pour une République de l’égalité et des services publics ».

L'HUMANITE: Julia Hamlaoui avec Olivier Chartrain et Pierre Duquesne

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MAURICE AUDIN : LE CRIME D’ÉTAT ENFIN RECONNU !

14 Septembre 2018, 08:16am

Publié par PCF Villepinte

 

Jeudi, 13 Septembre, 2018
Maud Vergnol L'Humanité

Emmanuel Macron se rend aujourd’hui chez Josette Audin et publie une déclaration pour reconnaître le crime d’État commis sur son mari. En 1957, en pleine bataille d’Alger, l’armée française avait torturé et assassiné ce jeune mathématicien communiste anticolonialiste. Justice lui est enfin rendue. Après un demi-siècle de déni, avec ce geste historique, la France regarde en face l’une des pages les plus sombres de la colonisation. 

61 ans, 3 mois et 2 jours… C’est le temps qu’il aura fallu à l’État français pour reconnaître que Maurice Audin a bien été torturé et assassiné par l’armée. La déclaration d’Emmanuel Macron et sa visite, cet après-midi, à Josette Audin, représentent une formidable victoire. Un bonheur inestimable pour sa famille, d’abord. Car Josette Audin, qui a aujourd’hui 87 ans, s’est battue sans relâche pendant plus de soixante ans pour que la vérité soit faite sur l’assassinat de son mari. Elle l’a fait pour lui, mais aussi pour tous les Algériens, victimes de cette sale guerre que les autorités françaises refusaient jusqu’à présent de regarder en face. Ce geste historique du Président de la République marque la fin d’un demi-siècle de déni. Il va permettre à la société française d’affronter plus sereinement les pages les plus sombres de son histoire coloniale. Car le sort d’un homme révéla tout un système : celui de la pratique généralisée de la torture pendant la guerre d’Algérie. C’est aussi une précieuse victoire pour tous les progressistes qui n’ont jamais abandonné Maurice Audin, devenu un symbole de l’anticolonialisme et de la lutte contre la torture. Et le combat fut long ! Des lois d’amnistie à l’omerta de la Grande Muette, tout a été fait pour que l’« affaire » tombe dans l’oubli. Mais plusieurs générations d’historien(ne)s, de militant(e)s communistes, de mathématicien(ne)s et de journalistes ont continué à se passer le témoin, jusqu’à cet heureux dénouement. L’Humanité n’a jamais renoncé, depuis l’arrestation de Maurice Audin en juin 1957, jusqu’à l’appel publié le 29 mai dernier dans nos colonnes, auquel s’était associé Cédric Villani, à faire vivre ce combat pour la vérité et la justice (lire « Un long combat d’Humanité »). Sa rédaction n’a jamais oublié le visage de Maurice Audin, éternel jeune homme de 25 ans, le regard tourné vers l’avenir. Un grand journaliste,  Henri Alleg, disparu en 2013, qui fut lui aussi victime de la torture, n’a cessé d’y veiller : « N’oubliez jamais Maurice. » 
 
Une déclaration de grande portée historique et politique
« C’est historique », se réjouit le mathématicien et député Cédric Villani, qui a beaucoup porté ce combat auprès d’Emmanuel Macron. Pour lui, « cette reconnaissance est l’aboutissement d’une question posée il y a soixante et un ans par le mathématicien Laurent Schwartz. Ce qui est important, c’est le combat individuel autour de Maurice Audin, mais aussi le symbole beaucoup plus large de ceux qui ont subi l’arbitraire, qui ont disparu, dans tous les camps, dans une guerre qui à l’époque ne disait pas son nom. Le plus important, c’est la souffrance familiale à laquelle il a été répondu. Cette déclaration se place du côté des droits fondamentaux des êtres humains. »
Cette victoire est en effet d’autant plus importante que la déclaration d’Emmanuel Macron, qui sera rendu publique intégralement cet après-midi, est à la hauteur des attentes. Le président de la République y engage la responsabilité de l’État en soulignant que la mort de Maurice Audin « a été rendue possible par un système légalement institué : le système « arrestation-détention », mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période ». C’est la première fois que la République reconnaît que les exactions et la torture ont été commises avec l’aval des autorités politiques de l’époque, parmi lesquelles François Mitterrand qui joua un rôle déterminant en tant que ministre de la Justice de Guy Mollet, jusqu’au 12 juin 1957. « C’est une très belle nouvelle, de grande portée historique, estime Pierre Laurent. L’occultation de la responsabilité de l’État, le mensonge sur la torture étaient une tache au fronton de la République. Cette déclaration va permettre d’ouvrir une nouvelle page. C’est une victoire pour tous ceux qui ont mené ce combat sans relâche pendant plus de soixante ans, rappelle le secrétaire national du PCF, une preuve que la détermination était juste et nécessaire. » « C’est un pas en avant considérable, se félicite également l’historien Benjamin Stora (voir entretien). C’était d’ailleurs la revendication depuis le début, notamment de Pierre Vidal-Naquet, qui avait toujours insisté pour que cet assassinat soit bien interprété comme représentatif du système colonial. » En 2014, François Hollande avait fait un premier pas en reconnaissant publiquement le caractère mensonger de la thèse de l’évasion, défendue par l’armée pour camoufler son crime. Mais il n’avait pas eu le courage de s’attaquer à la responsabilité de l’État. Un rendez-vous manqué qui permet aujourd’hui à Emmanuel Macron d’accomplir ce geste politique qui fera date. Comme celui qu’avait réalisé Jacques Chirac en 1995 concernant la rafle du Vél’d’Hiv, reconnaissant la responsabilité de la France dans la déportation et l'extermination de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. « Cette déclaration s’inscrira dans le combat contre la torture comme outil de répression et de terreur partout où elle est pratiquée dans le monde », se félicitent Josette Audin et ses enfants, Michèle et Pierre, « sensibles » à la visite du président de la République venant leur remettre cette déclaration. 
 
Cette déclaration aidera-t-elle à mettre un point final à l’affaire Audin ?
Emmanuel Macron devrait appeler également les derniers témoins à parler. En effet, si la reconnaissance est essentielle, Josette Audin ne connaît toujours pas les circonstances précises de la mort de son mari, ni la confirmation du nom de ses meurtriers. Décès sous la torture, d’un étranglement par le lieutenant Charbonnier ou d’une exécution par un commando de l’équipe d’Aussaresses… plusieurs hypothèses continuent de coexister, faute de preuves écrites. La vérité achoppe encore sur le silence ou le mensonge de témoins clés, qui ont toujours fait obstruction à l’enquête. Mais la famille Audin espère que « l’ouverture des archives et l’appel à témoignage du président de la République sera entendu par tous les témoins survivants et tous ceux qui détiennent des archives privées susceptibles de permettre de connaître les circonstances exactes de la mort de Maurice Audin et de tous ceux qui ont subi le même sort ». Ils attendent également que le corps de leur père et mari soit recherché, et « puisse enfin recevoir une sépulture ». Jusqu’à présent, les autorités algériennes n’ont jamais donné suite aux requêtes de la famille Audin d’engager des fouilles dans les lieux désignés par des témoins, où pourrait se trouver le corps. « Comme dans toutes les disparitions, l’absence de corps de la victime empêche d’y mettre un point final et rend impossible la cicatrisation des plaies de ceux que la disparition a fait souffrir », rappelle l’historienne Sylvie Thénault, qui a beaucoup œuvré, par ses travaux scientifiques, à cette reconnaissance. Cette déclaration aidera-t-elle à mettre un point final à l’affaire Audin ? Des archives viendront-elles confirmer le nom de ses assassins ? Nul ne le sait. Mais le geste accompli aujourd’hui ouvre une nouvelle page. Et commence à panser les mémoires blessées de la guerre d’Algérie. 
 

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