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politique

Les vieilles recettes du FN pour relooker le capitalisme

18 Mai 2011, 09:59am

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 16 Mai 2011

 

Argumentaire

Par Nasser Mansouri-Guilani, responsable à la CGT des questions économiques.

 

Alors que le FN dévoile des éléments de politique économique, l’économiste Nasser Mansouri-Guilani montre en quoi le parti de Marine Le Pen surfe sur les peurs et prône des solutions qui remettent en question le modèle social français.

L’écart grandissant entre les promesses électorales de Nicolas Sarkozy et le bilan de son gouvernement, la dégradation de la situation du monde du travail, l’accumulation des difficultés pour la majorité des salariés, des privés d’emploi et des retraités, surtout après la crise économique et financière de 2008-2009, sont propices au développement des idées de l’extrême droite. Les propos scandaleux de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, concernant les bénéficiaires du RSA, dans la foulée de ceux de Claude Guéant, ministre de
l’Intérieur, concernant, notamment, la présence des immigrés sur le territoire français, attestent de cette dérive dans le discours de l’extrême droite. Le Front national profite de ce contexte. Tout en poursuivant la stratégie de son père, Marine Le Pen veut donner une image plus présentable de ce parti. Le FN cherche surtout à surfer sur les amertumes, les déceptions et les souffrances de nos concitoyens, particulièrement parmi les couches les plus défavorisées de la population. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’extrême droite procède ainsi. Et ce n’est pas la première fois non plus qu’une partie des couches sociales les plus défavorisées est séduite par des idées de l’extrême droite. À chaque fois, cette séduction a conduit au recul de la démocratie et à la régression sociale. La gestion des municipalités
par l’extrême droite en est la preuve la plus convaincante. Il est absolument nécessaire de dévoiler cette tentative de séduction du FN. L’enjeu est énorme pour les travailleurs et pour la démocratie.

  • Le FN, un parti traditionaliste 
et ségrégationniste

Sur le fond, le FN demeure un parti conservateur, traditionaliste et ségrégationniste. Dans les médias, on fait beaucoup de bruits sur le « changement d’orientation » du FN après l’élection de Marine Le Pen à sa présidence. Mais on oublie très souvent de souligner que les fondements du programme du FN demeurent inchangés (1). ,En effet, le FN continue de penser que la « cohésion de la nation » repose sur quatre piliers : la famille, l’école, l’armée et la religion. Le changement de présidence du FN n’a donc rien changé en la matière.

Par ailleurs, prétextant du « caractère sacré de la vie », le FN programme des reculs sociétaux importants et préconise, notamment, un référendum sur l’avortement. Rien, non plus, ne change en ce qui concerne l’approche ségrégationniste du parti d’extrême droite. Comme par le passé, le FN stigmatise les travailleurs immigrés et leur demande des efforts supplémentaires. Ainsi, le parti d’extrême droite revendique une majoration de 35 % des cotisations maladie et chômage des travailleurs immigrés. Comme par le passé, le FN mise sur les peurs : peur des salariés 
de perdre leur emploi, peur de se trouver et de rester en permanence dans la précarité ou dans le chômage, peur de l’étranger… Marine Le Pen reprend la stratégie initiée par ses prédécesseurs.

  • Des mots au gré
des circonstances

Marine Le Pen a fait beaucoup de bruits autour de son programme économique. En réalité, elle n’a pas fourni de programme digne de ce nom. Elle a simplement présenté quelques éléments au cours d’une « conférence de presse ». Les éléments dévoilés montrent bien que Marine Le Pen poursuit totalement la démarche démagogique de son père, tant sur la forme que sur le contenu. L’agressivité verbale vis-à-vis des adversaires s’accompagne de promesses gratuites et d’une reprise plus prononcée des mots d’ordre des forces progressistes.

Comme son père, Marine Le Pen accuse indifféremment la gauche et la droite. En même temps, elle n’hésite pas à donner une « tonalité sociale » plus forte à ses propos, à reprendre des mots d’ordre développés et défendus par des organisations syndicales et des partis politiques de gauche, tout en s’opposant à eux. Par exemple, elle parle de la « nationalisation de certaines banques » sans poser aucunement la question fondamentale de la finalité des banques et celle des droits des salariés. Cela montre que le FN demeure le parti de la démagogie. Comme par le passé, ses pratiques font fi de toute honnêteté intellectuelle. Le changement de sa présidence ne modifie pas cette réalité.

Dans le discours du FN, les mots changent en fonction des circonstances, du climat politique et social, de l’audience, mais les idées demeurent inchangées. ,La reprise opportuniste des mots d’ordre des forces progressistes témoigne du fait que, dans la foulée de son père, Marine Le Pen veut profiter de la grande déception provoquée par les politiques désastreuses du gouvernement.

L’insistance sur les « valeurs traditionnelles » (famille, école, armée, religion, stigmatisation des immigrés, notamment d’origines africaine et asiatique…) et la reprise des mots d’ordre des forces progressistes donnent un caractère totalement incohérent et contradictoire au discours du FN.

Cela rend difficile, surtout pour le citoyen peu familier avec les mécanismes profonds du fonctionnement de l’économie, de se rendre compte des contradictions entre le discours du FN et son « projet de société ».

  • La crise sociale : 
le terreau
de l’extrême droite

La reprise des idées et des mots d’ordre progressistes par l’extrême droite n’est pas un phénomène nouveau. Notre civilisation est en crise. Un aspect majeur de cette crise est bien l’accroissement des inégalités sociales et le développement de la précarité et de la pauvreté, y compris au sein du salariat (2). Aux yeux d’une partie de la population, particulièrement des plus défavorisés parmi lesquels un nombre croissant de travailleurs (salariés, privés d’emploi, retraités), les fortes mutations en cours provoquent un déracinement social, un désarroi devant un monde qui change trop vite, pour ainsi dire. ,Ce désarroi conduit dans certains cas à un rejet des valeurs démocratiques, à un déni de solidarités, à un repli sur soi, etc.

Ce contexte est très favorable au développement des idées de l’extrême droite, voire aux idées fascisantes. Il permet à l’extrême droite de récupérer des mots d’ordre développés par les forces progressistes. ,L’objectif de l’extrême droite est de gagner les voix des déçus, des « laissés-pour-compte », non pour résoudre leurs problèmes, mais pour abuser de leur confiance afin de renforcer le système d’exploitation capitaliste.

  • Le « nouveau discours social » du FN 
n’est pas si nouveau

Contrairement à ce qui est souvent dit dans les médias, Marine Le Pen n’innove pas dans le domaine du discours social. En la matière, le changement de vocabulaire du FN a débuté dans les années 1990. Marine Le Pen lui donne un accent plus prononcé. Depuis pratiquement deux décennies, l’accent du FN est devenu de plus en plus « socialisant » au fur et à mesure que se développaient la précarité, les inégalités et l’insécurité sociale (3). Par-delà le vocabulaire, le FN ne veut pas d’une France plus solidaire ; il veut une France où les capitaux français auraient davantage de liberté pour exploiter les travailleurs français.

Jean-Richard Sulze, un théoricien de la doctrine économique du FN, par ailleurs conseiller régional du parti d’extrême droite dans le Nord-Pas-de-Calais, résume bien la philosophie du « projet de société » de ce parti. Ce « projet » demeure fondamentalement ancré dans le capitalisme national : « Liberté du commerce et de l’industrie à l’intérieur du pays, garantie par un État gendarme, qui lui-même sera plus protecteur vis-à-vis de l’extérieur. » (4)

  • Un « État gendarme » pour mieux défendre 
les intérêts des détenteurs de capitaux

La référence à l’« État gendarme » n’est pas fortuite. Il ne faut pas voir dans cette référence une quelconque rupture avec les traditions capitalistes. Contrairement aux idées reçues et largement propagées par les libéraux, le système capitaliste n’a jamais fonctionné sans État. L’intervention de l’État a toujours été indispensable pour le maintien et le développement du système capitaliste et de l’exploitation des travailleurs. Bien sûr, le contenu de l’intervention de l’État est conditionné par les luttes sociales et politiques. Ainsi, les luttes sociales en France ont donné lieu aux avancées sociales en faveur des travailleurs. Et c’est bien ces avancées-là qui sont aujourd’hui visées, tant par la droite que par le FN. En effet, le FN ne cache pas son hostilité à l’égard des forces de progrès, des forces sociales qui luttent pour défendre les intérêts des travailleurs et développer les droits sociaux. Cela explique, entre autres, l’opposition du FN au puissant mouvement social contre la réforme des retraites. Cela explique aussi et surtout son hostilité vis-à-vis de la CGT.

  • Des propositions dangereuses
pour les travailleurs

Le FN attribue, en dernière analyse, les difficultés de la France à deux facteurs principaux : l’euro et les « étrangers » (soit les immigrés, soit les pays étrangers). En termes d’outil de politique économique, cette vision conduit le FN à proposer trois mesures principales : sortie de l’euro, protectionnisme accru, préférence nationale. En attribuant les difficultés de la France à ces facteurs, le FN vise en fait à camoufler la vraie cause de nos difficultés, à savoir la stratégie de dévalorisation du travail au profit des détenteurs de capitaux.

Menée par les entreprises et soutenue par l’État, cette stratégie a surtout abouti à un développement sans précédent de la précarité et des bas salaires, à un accroissement des inégalités sociales. Elle a aussi conduit à un affaiblissement du potentiel productif du pays et au recul de la France sur la scène internationale (5).Les idées avancées par le FN ne permettent pas de remédier à ces difficultés. Au contraire, elles risquent de les aggraver.

Voyons pourquoi.

  • Sortir de l’euro,
 pour mieux exploiter 
les travailleurs français

La sortie de l’euro est présentée comme la pièce maîtresse des propositions économiques du FN : l’euro sera remplacé par le franc ; un « nouveau franc » à parité avec l’euro serait rétabli (autrement dit, ce nouveau franc vaudrait 1 euro) ; ce franc serait ensuite dévalué de 20 % à 25 %. L’argument avancé pour défendre ces idées est la suivante : « Donner des marges de manœuvre au pays. » Pour ne pas heurter les salariés qui sont constamment mis sous pression par le patronat avec l’argument de « compétitivité », le FN se garde bien d’utiliser cette expression. Mais en réalité, sa proposition correspond bien à la stratégie patronale de gains de compétitivité sur le dos des travailleurs.

La proposition du FN consiste bien à opérer une « dévaluation compétitive » avec comme seul objectif d’améliorer la « compétitivité-prix » des produits français. Le FN reprend donc à son compte, sans le dire explicitement, la vieille recette de dévaluation de la monnaie nationale au détriment des travailleurs.

Cette proposition provoque au moins trois effets pervers :

1. La dévaluation signifie une dévalorisation de la valeur de la force de travail des salariés français.

Cette politique a été déjà expérimentée en France. Elle n’a jamais profité aux travailleurs. Son but principal a toujours consisté à permettre aux capitaux de préserver leurs intérêts au détriment des travailleurs.

Les dévaluations successives des années antérieures à l’introduction de l’euro n’ont pas empêché, par exemple, la hausse du chômage ni la fermeture des sites industriels.

2. La dévaluation conduit automatiquement à une hausse des prix, obérant surtout le pouvoir d’achat des salariés, des privés d’emploi et des retraités. Une dévaluation de 20 % à 25 % signifie une baisse d’au moins autant du pouvoir d’achat.

3. Enfin, la dévaluation alourdira le poids de la dette publique dont deux tiers sont détenus par les « non-résidents », c’est-à-dire par des sociétés et des individus installés juridiquement à l’étranger ; elle alourdira également les charges d’intérêt de la dette. Les seuls bénéficiaires seront les 
détenteurs de capitaux financiers.

  • Un protectionnisme accru

Pour soi-disant mieux protéger l’intérêt national, le FN préconise, notamment, l’établissement de contingents d’importations et le rétablissement 
de droits de douane. Ici aussi le FN fait fi des effets pervers d’une telle mesure : représailles des autres pays, hausse des prix… Les exportations de la France comptent pour environ un quart de la production nationale. Inversement, un quart de ce qu’on consomme en France provient de l’étranger, soit pour la consommation directe des ménages, soit sous formes de matières premières et de produits intermédiaires utilisés par les entreprises. Il est fort possible que l’instauration des quotas d’importation conduise les autres pays à riposter.

En effet, on ne peut pas demander aux autres pays de continuer d’acheter des produits français et en même temps attendre d’eux de vendre moins de produits en France. Autrement dit, les prétendus et hypothétiques gains d’activité dus à l’instauration de quotas d’importations pourraient être annulés par les pertes potentielles d’activité liées à la baisse des exportations, qui pourrait résulter des mesures de représailles des autres pays.

De plus, l’instauration des droits de douane conduit généralement à la hausse des prix, ce qui obère le pouvoir d’achat des travailleurs.

  • Une préférence nationale 
pour dédouaner
la stratégie patronale

C’est peut-être là le sommet du 
cynisme et de la démagogie du FN. Selon le FN, la politique d’immigration française coûterait 40 milliards d’euros par an. Il suffirait, selon lui, de renvoyer les étrangers chez eux pour économiser cet argent et le dépenser « utilement ». Selon Marine Le Pen, « un étranger a vocation à rentrer chez lui s’il ne trouve pas d’emploi… Il faut réserver la protection sociale à certains, et notamment aux Français ». Cette vision cynique cherche en fait à blanchir la stratégie patronale de surexploitation des travailleurs immigrés. L’apport des travailleurs immigrés est indispensable au fonctionnement de l’économie française. De plus, les travailleurs immigrés rapportent plus aux caisses de l’État et de la Sécurité sociale qu’ils n’en reçoivent (voir la deuxième partie de la présente note).

  • Des propositions 
qui remettent en cause notre « modèle social »

Les propositions du FN en matière fiscale demeurent pour l’instant trop vagues. Mais elles vont dans le sens d’une remise en cause de notre système social. Le FN évoque un système fiscal articulé autour de 5 axes : impôts sur le revenu, sur les sociétés, sur le patrimoine, sur la consommation, droits de douane.

Ces axes ne sont pas détaillés. Dans l’état actuel des annonces, le FN viserait surtout à :

– « fusionner l’impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS et les cotisations sociales salariales ». Ces impôts seraient prélevés à la source ;

– « unifier la loi de finances et la loi de financement de la Sécurité sociale ». Il n’y aurait qu’une seule loi régissant le budget de l’État et celui de la Sécurité sociale.

Ces idées remettent en cause la logique de notre système de protection sociale.

Fusionner l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales conduit en fait à couper le lien entre le travail et la protection sociale, lien qui constitue le fondement de notre système de protection sociale. Le système de protection sociale se transformerait en système d’assistanat. De plus, une telle fusion mettra le système de protection sociale et sa gestion à la discrétion entière de l’État. Les travailleurs perdront toute possibilité d’intervention directe dans ce domaine. La protection sociale deviendra, encore plus, un facteur d’ajustement aux exigences des marchés financiers.

Les principaux bénéficiaires de telles idées sont des acteurs privés, notamment des compagnies d’assurance qui profitent déjà largement de la multiplication des restrictions budgétaires. Les principaux perdants seront donc les travailleurs, c’est-à-dire les salariés, les privés d’emploi et les retraités.

S’agissant du prélèvement à la source, il faut préciser que cette idée est défendue, notamment, par les libéraux depuis longtemps, libéraux que le FN prétend dénoncer. Le prélèvement à la source déséquilibrera davantage les rapports de forces entre l’employeur et les salariés, au détriment de ces derniers.

L’écart grandissant entre les promesses électorales de Nicolas Sarkozy et le bilan de son gouvernement, la dégradation de la situation du monde du travail, l’accumulation des difficultés pour la majorité des salariés, des privés d’emploi et des retraités, surtout après la crise économique et financière de 2008-2009, sont propices au développement des idées de l’extrême droite.

Les propos scandaleux de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, concernant les bénéficiaires du RSA, dans la foulée de ceux de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, concernant, notamment, la présence des immigrés sur le territoire français, attestent de cette dérive dans le discours de l’extrême droite. Le Front national profite de ce contexte.

Tout en poursuivant la stratégie de son père, Marine Le Pen veut donner une image plus présentable de ce parti. Le FN cherche surtout à surfer sur les amertumes, les déceptions et les souffrances de nos concitoyens, particulièrement parmi les couches les plus défavorisées de la population. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’extrême droite procède ainsi. Et ce n’est pas la première fois non plus qu’une partie des couches sociales les plus défavorisées est séduite par des idées de l’extrême droite. À chaque fois, cette séduction a conduit au recul de la démocratie et à la régression sociale. La gestion des municipalités par l’extrême droite en est la preuve la plus convaincante.

Il est absolument nécessaire de dévoiler cette tentative de séduction du FN. L’enjeu est énorme pour les travailleurs et pour la démocratie.

NOTES

(1) Voir « Pourquoi la CGT combat l’extrême droite », 
Note économique, nº 108, mars 2007.

(2) Voir Note économique nº 131, mars-avril 2011.

(3) « Anti-utilitarisme et déterminisme identitaire », 
Sylvain Crépon, Revue du Mauss, nº 27, 2006.

(4) Revue Challenges, disponible sur : http://www.challenges.fr/actualites/politique_economique/20110311.CHA402....

(5) Cf. « Récession sociale et récession économique : quels liens ? Quelles réponses ? », 
Note économique, nº 120, septembre 2008.

Nasser Mansouri-Guilani

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Comment renouer avec l’espoir né du programme du CNR en 1944 ?

17 Mai 2011, 19:13pm

Publié par PCF Villepinte

Tribunes - le 16 Mai 2011

manouchian.jpgL’appel lancé hier depuis le plateau des Glières

Par Raymond Aubrac, résistant, Stéphane Hessel, résistant déporté, Marie-jo Chombart de Lauwe, résistante déportée, présidente de la fondation pour la mémoire de la déportation, Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Georges Séguy, résistant déporté, Walter Bassan, résistant déporté, Henri Bouvier, résistant déporté, Léon Landini, résistant FTP-MOI, Pierre Pranchère, résistant, François Amoudruz, résistant déporté, membre de la présidence nationale de la FNDIRP, Jean Marinet, résistant déporté, président de la FNDIRP de L'Ain, Noella Rouget, résistante déportée, Odette Nilès, résistante, petite amie de Guy Môquet, Charles Paperon, résistant, Co-président de l'ANACR Finistère, Pierre Moriau, résistant

 

Le 8 mars 2004, treize vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre lançaient un « appel aux jeunes générations » dénonçant, notamment, « la remise en cause du socle des conquêtes sociales de la Libération ». Cette tendance régressive s’accélère dramatiquement. Nombre de citoyennes et de citoyens s’en indignent. Partout il y a la prise de conscience que les valeurs, toujours actuelles, incarnées en 1944 dans le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), ouvrent l’espoir qu’un mieux vivre ensemble est possible. Il est aujourd’hui concevable de définir un nouveau « programme de la Résistance » pour notre siècle. Au lieu de cela, le débat public qui s’annonce, avec les élections de 2012, semble privilégier les manœuvres politiciennes au service d’intérêts particuliers sans traiter des causes politiques des injustices sociales, des raisons des dérégulations internationales, des origines des déséquilibres écologiques croissants.

Comme en 2004, nous souhaitons que tous les citoyens, tous les partis, tous les syndicats, toutes les associations participent à l’élaboration d’un projet de société du XXIe siècle en repartant du programme du CNR, les Jours heureux, adopté le 15 mars 1944. Ce programme politique constitue toujours un repère essentiel de l’identité républicaine française.

Avec l’association Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui (Crha), nous appelons tous les partis politiques, toutes les candidates et les candidats à un mandat public dans le cadre des élections présidentielle et législatives de 2012 à prendre trois engagements qui mettront réellement en application la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Premièrement, afin de garantir l’égalité :

– Lancer immédiatement le travail législatif et réglementaire qui permettra de reconstituer les services publics et les institutions créés à la Libération pour aller vers une véritable démocratie économique et sociale. Possible en 1944, cette démarche l’est d’autant plus aujourd’hui, alors que le pays n’a cessé de s’enrichir depuis. Droit à la santé pour tous, droit à une retraite, droit à l’éducation, droit au travail, droit à la culture demeurent les seuls véritables garants de l’égalité républicaine. Une égalité qui n’a de sens que dans le respect du droit des étrangers.

Deuxièmement, afin de garantir la liberté :

– Approfondir la forme républicaine du gouvernement afin de séparer clairement les pouvoirs et renforcer la démocratie parlementaire au détriment de notre régime présidentiel personnalisé.

– Développer de nouvelles pratiques de la démocratie dans laquelle l’action de la société civile sera reconnue, et restaurer les conditions du principe, d’ailleurs défini à l’article 2 de la Constitution actuelle : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

– Garantir la qualité du débat démocratique et la fiabilité des contre-pouvoirs, en assurant 
à nouveau la séparation des médias et des puissances d’argent, comme en 1944.

Ces trois axes de débats devront aboutir à une démarche souveraine d’« Assemblée constituante » vers de nouvelles pratiques républicaines.

Troisièmement, afin de garantir la fraternité :

– Travailler les coopérations avec les peuples et les pays, en refusant l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

– Favoriser résolument des solutions soutenables pour les équilibres écologiques, dans les limites de développement compatibles avec la survie humaine.

– Écarter de la marchandisation totale les besoins vitaux de l’être humain comme l’eau, la nourriture et l’énergie.

Il est temps de bien vivre ensemble, dans la haute nécessité de l’épanouissement du plus grand nombre, et d’offrir une perspective d’avenir prometteur aux jeunes générations. Plus que jamais, comme le proclamait en 2004 l’« appel des résistants aux jeunes générations », à ceux et à celles qui font ce siècle qui commence, nous voulons dire avec affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »

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La revue du projet

17 Mai 2011, 19:07pm

Publié par PCF Villepinte

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Le Pacte des Rapaces

16 Mai 2011, 06:02am

Publié par PCF Villepinte

Le Pacte des Rapaces
6,00€

Dans l’indifférence quasi générale, dans le silence et le secret des instances européennes, un grave et dangereux scénario contre les peuples a été écrit : un Pacte diabolique baptisé « Pacte pour l’Euro plus » , anciennement « Pacte pour la compétitivité ».

Il engage la vie des familles populaires et celle des générations à venir. Pourtant il est caché. C’est un pas au-delà du Traité de Lisbonne pour constitutionnaliser des politiques antisociales qui devront être déclinées dans un plan national de réformes dans chaque pays.

On n’imagine pas l’extrême gravité des projets en cours. Voilà pourquoi Patrick Le Hyaric a entrepris de le révéler et de le décrypter dans ce livre.

Patrick le Hyaric est directeur de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche. Il est également député européen, Vice-président du groupe de la Gauche unitaire européenne, Gauche verte nordique, membre des commissions emploi, affaires sociales et spéciale crise du Parlement européen.

  Le Pacte des Rapaces

Éditions de L’Humanité

Mai 2011 – 230 pages

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Borloo et le Parti radical quittent l'UMP sans le quitter

15 Mai 2011, 10:31am

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 14 Mai 2011

 

Le Parti radical, présidé par Jean-Louis Borloo, a voté ce samedi à Paris lors de son 111ème congrès son entrée dans la Confédération des centres, regroupement de partis de centre-droit, et son indépendance vis à vis de l'UMP auquel il était associé depuis sa création, avec la constitution d'une "Alliance républicaine, écologique et sociale". Derrière ce joli coupde communication, le PR et Jean-Louis Borloo ne coupent pas tous le sponts avec l'UMP, loin de là.

  • Candidature à l'Elysée? Réponse cet été

Le texte, adopté par 93% des votants (4% se prononçant contre et 3% s'abstenant), demande également à "Jean-Louis Borloo de se porter candidat à l'élection présidentielle de 2012". "Je suis serein car je n'ai jamais vu le PR manquer un rendez-vous avec l'histoire. Et justement, c'est l'histoire qui frappe à notre porte", avait lancé Jean-Louis Borloo avant le vote. Après le scrutin, le président des radicaux a salué "un vote qui vous oblige et nous oblige". "Oui, il y a à compter d'aujourd'hui une nouvelle offre politique française", a-t-il lancé. Sur sa candidature à la présidentielle, Jean-Louis Borloo a annoncé qu'il se prononcerait entre l'été et l'automne.

  • Les liens financiers entre PR et UMP

Le Parti radical était associé à l'UMP depuis sa création en 2002. S'il est toujours resté un parti de plein exercice, son financement était constitué pour l'essentiel de subventions versées par l'UMP (1 million d'euros) et les investitures électorales étaient communes. La double adhésion (radical-UMP) a également été de règle jusqu'en 2007 où elle est devenu optionnelle. Résultat, aujourd'hui, 50% des membres du PR qui revendiquent 12.000 adhérents, ne sont déjà plus à l'UMP.

Pour les autres, dont les parlementaires, le PR a prévu la possibilité de conserver la double appartenance jusqu'au 31 décembre 2011, fin du contrat les liant à l'UMP, et seuil fixé par la Confédération pour accepter en son sein des UMP sous le statut intermédiaire de "membres associés". De quoi rassurer certains députés, comme Jean Leonetti, inquiets du virage stratégique pris par Jean-Louis Borloo. Mais ceux qui le souhaitent pourront néanmoins devancer l'appel en démissionnant de l'UMP comme l'a annoncé vendredi Yves Jégo

  • Bayrou se gausse

Le président du MoDem François Bayrou a ironisé samedi sur "la danse du centre" et fustigé "l'ambiguïté" et la confusion au sein de la galaxie centriste. "Il y a une grande confusion (...) On ne peut pas être en même temps dedans et dehors, on ne peut pas être en même temps contre et pour, on ne peut pas dire on se sépare et pourtant conserver ce qu'ils appellent pudiquement la double appartenance", a déclaré M. Bayrou à la presse, à l'issue d'un conseil national du MoDem.

Sans jamais citer M. Borloo ou le Parti radical, il a ironisé sur "la danse du centre" visant à "capter les voix d'électeurs qui veulent le changement pour les ramener, au bout du compte, parmi les soutiens du pouvoir... Vous ne pouvez pas avoir été un des principaux responsables du pouvoir pendant 10 ans et dire après ''ils n'ont fait que des bêtises, il faut changer'' ", a-t-il dit en allusion à M. Borloo.

 

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Inculpé d'agression sexuelle", DSK arrêté à New York

15 Mai 2011, 10:27am

Publié par PCF Villepinte

Société - le 15 Mai 2011

  Dominique Strauss-Kahn a été placé en garde à vue après avoir été arrêté, dix minutes avant le décollage de son avion pour Paris. Il "va être inculpé d'agression sexuelle, de séquestration de personne et de tentative de viol", a affirmé un responsable de la police de New York.

Dominique Strauss-Kahn a été inculpé par le parquet de New York "d'agression sexuelle", de "tentative de viol" et de "séquestration", annonce ce dimanche la police. Le directeur général du FMI devrait être présenté dans la journée à un juge.

Les accusations portées contre Dominique Strauss-Kahn, inculpé d'agression sexuelle aux Etats-Unis, doivent être analysées pour voir si les faits sont réels ou s'il s'agit d'une provocation, a déclaré dimanche l'un de ses avocats français.

"Il faut attendre que les choses soient décantées et voir si c'est réel ou une provocation", a déclaré à Reuters Me Léon-Lef Forster.

 

"Il ne faut surtout pas rentrer dans un spectacle médiatique et attendre que les choses soient éclaircies", a-t-il ajouté. "Il ne faut pas paniquer et rester sereins".

Le député PS de Paris, Jean-Marie Le Guen, a affirmé aujourd'hui  que l'accusation d'agression sexuelle contre le patron du FMI "ne ressembl(ait) en rien à DSK".

"Il faut se garder de toute conclusion avant que Dominique Strauss-Kahn ne se soit exprimé", a déclaré ce proche du directeur général du Fonds monétaire international. "Et puis, et surtout, cette affaire ne ressemble en rien à DSK, l'homme que nous connaissons tous", a-t-il insisté.

 

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Cantonales 2011 à Villepinte, quelques enseignements.

12 Mai 2011, 12:29pm

Publié par PCF Villepinte

 

23 septembre manif 005-copie-1Les élections cantonales des 20 et 27 mars derniers ont vu la victoire de Martine Valleton, la candidate (non) déclarée de l’UMP : derrière une image de façade bien lisse, Martine Valleton est une élue acquise au programme liberticide et aux politiques de régression sociale du gouvernement Sarkozy, au service des puissants et des nantis.

 

Plusieurs enseignements peuvent être tirés des dernières cantonales :

 

- le premier est celui de l’abstention, massive puisque plus de 60 % des inscrits à Villepinte n’ont pas voté. Cette abstention, c'est le symptôme d’une maladie dont souffre notre démocratie, notre République : la perte de confiance de nos concitoyens dans la capacité, et la volonté, des principales formations politiques à offrir de réelles perspectives de changements économiques, sociaux, politiques…

 

- la montée du Front National, avec un score de 15,6 % sur Villepinte, est un autre symptôme de cette même maladie : voilà ce qui arrive lorsque l’on agite le spectre d’une invasion fantasmée après les renversements de dictatures, par les forces progressistes, en Afrique du Nord ; voilà ce qui arrive lorsque l’on utilise une des valeurs fondatrices de notre modèle républicain, la laïcité, à des fins électoralistes ; voilà ce qui arrive lorsque l’on exploite des faits divers tragiques pour jouer sur la peur.

 


- ces élections marquent également un net recul de l’alliance électorale PS - Europe Ecologie Les Verts (qui réalise 18,02 % des suffrages contre 24,51 % aux municipales de 2008), dont les prises de  positions social-libérales sur des enjeux majeurs sont en totale inadéquation avec les aspirations populaires : on se souvient de leur soutien au projet de Constitution européenne, pour une Europe capitaliste au service des marchés, rejeté par référendum en 2005 par 54,67 % des Français.

 

Au plan local, les responsables politiques PS - Europe Ecologie Les Verts ont en outre maintenu une attitude ambiguë qui n’a pas permis un large rassemblement à gauche au second tour sur Nelly Roland, soutenue par de nombreuses formations, dont le Front de Gauche et la seule à même de battre la droite et l’extrême droite.

 

A l’occasion de ces élections, le Front de Gauche a confirmé sa dynamique de rassemblement de formations politiques, d’association, de militants et de citoyens qui appellent à un réel changement de société et une rupture avec le capitalisme mortifère. A l’échelon national, le Front de Gauche a affirmé sa position de deuxième force à gauche et participé de manière décisive à la victoire de la gauche.

 

Fort de ces résultats, le Front de gauche entend, dans les semaines, dans les mois, dans les années à venir, amplifier la démarche politique qu’il a initiée, pour redonner du sens à nos valeurs républicaines et démocratiques, pour défendre et renforcer les services publics, vecteurs de cohésion sociale, pour sortir la France de la crise et réussir le changement.


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10 mai 1981 : « Changer la vie aujourd'hui, c'est ne pas décevoir l'espoir » (Pierre Laurent)

11 Mai 2011, 08:34am

Publié par PCF Villepinte

A l'occasion des 30 ans du 10 mai 1981, Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF, intervenait ce matin au Bouffes du Nord, sur le thème "Changer la vie aujourd'hui". Extrait de sa déclaration.

« 30 ans après le 10 mai qui fut porté par un élan populaire formidable, il n'est plus possible de démêler dans les mémoires ce qui relève de cet élan victorieux, des déceptions et des renoncements qui suivirent. Depuis, le peuple de gauche reste tout à la fois habité par l'espoir du changement pour lequel il continue de se battre et par la crainte de voir cet espoir à nouveau déçu. D'autant que la chance accordée par notre peuple entre 1997 et 2002, ou en 2005 dans la campagne du NON au TCE, n'a pas été saisie.

Changer la vie aujourd'hui, c'est d'abord ne pas décevoir l'espoir. C'est trancher nettement pour qui nous voulons gouverner et à qui nous voulons donner le pouvoir : aux ouvriers, aux employés, à tous ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté, à tous les travailleurs et à tous les créateurs. Il faudra alors faire reculer le pouvoir des marchés financiers. Changer la vie aujourd'hui, c'est changer le travail, changer le pouvoir des travailleurs sur l'argent et les richesses créées, changer l'Europe, changer les institutions en construisant une 6eme république.

Ceux qui espèrent de la gauche savent que pour changer la vie, le pouvoir devra changer de camp et pas seulement à l'Élysée. En 81, voilà ce que le peuple espérait en votant François Mitterrand. En 2012, saurons-nous rouvrir la porte de cet espoir? »

 

Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF,

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Mon cher Georges,

Nous traversons une période sérieuse du Parti et une crise. Une crise grave en certains endroits. Une crise de confiance dans la direction du Parti et dans les directions fédérales, de la part d’un certain nombre de camarades.
Pour pas mal de membres du Parti, « nous avons échoué ». « Nous avons amené la social démocratie au pouvoir et pour longtemps. »

D’autres disent : « ce n’est pas tant que les socialistes dirigent, que le fait qu’au même moment nous, nous reculons sévèrement et perdons la moitié de nos députés ». A travers toutes ces questions, il y en a bien d’autres, est posée dans toute son ampleur la question de l’unité. Il y a aujourd’hui des camarades qui ne savent plus que faire et d’autres plus quoi dire. Dans une réunion, on a dit : « comment mener aujourd’hui le débat contre le réformisme ? Il s’avère que le chemin que nous avons suivi n’a pas été le bon. En 1977, nous avons voulu barrer la route à la social démocratie et ça donne un succès inespéré au PS qui détient désormais tous les postes importants de la vie du pays. Comment faire maintenant ? »

Par ces questions, se posent celles qui sont au centre de la période qui vient : l’unité, et l’indépendance du Parti, sa personnalité.
Elles sont compliquées par le fait que le débat n’a pas lieu sur le fond mais sur des aspects secondaires.
Par exemple : nous avons été excessifs dans la critique du PS. D’autres aujourd’hui pensent (et c’est parfois les mêmes) que nous allons trop loin dans le compromis.

Je pense, si j’en crois mon expérience que nous aurions du mener notre politique d’éclaircissement de l’attitude du PS souvent autrement. Et qu’effectivement il y a eu des propos excessifs ; et que le Parti ne gagne rien au ton excessif. Nous sommes dans le pays de la mesure, et l’outrance fait mal. Mais là n’est pas la question la plus importante. Ces discussions et ces questions montrent qu’il ne sera pas facile de faire comprendre les raisons de fond qui ont amené cette situation. Et il sera difficile de la faire comprendre à tout le Parti, car c’est une tache immense qui nécessitera beaucoup de réunions, beaucoup de conférences éducatives, beaucoup de causeries. Il ne faut pas se faire d’illusion …

(…) A mon avis, cette dernière période, nous avons trop négligé le Parti, notre armée sans laquelle rien ne se fait. Nous avons négligé l’éducation de masse, et, dans ce domaine, par rapport à une période, nous avons accumulé un retard considérable et préjudiciable dans nos cadres de sections.

Au moment où s’estompaient les différences entre nous et la social démocratie, au moment où nous recrutions par milliers des nouveaux adhérents, nous avons négligé l’enseignement de principes élémentaires du Parti, l’enseignement de son histoire, toute chose qui éclaire sur la social démocratie et les différences qui nous séparent. En un mot : pourquoi nous sommes communistes.

C’est sur ce terrain trop fertile pour l’idéologie social démocrate qu’a été traitée la question de l’unité, de l’avenir de la France et du changement. Rien d’étonnant donc, si la grande question de l’unité est traitée par ses aspects secondaires, et si le débat tourne souvent autour « notre politique a-t-elle été brutale ? » et encore : « avons-nous eu raison en 1977 ? » (au lieu de conclure que 1977 était devenu inévitable ?).
C’est pourquoi la question qui reste au centre du débat interne au Parti est bien la question de l’unité, dans des conditions nouvelles et complexes. Questions qui se mêlent notamment à celle du Parti.

Pour pas mal de travailleurs (et de travailleurs des usines), nous sommes apparus comme ceux qui accumulaient des obstacles pour ne pas aller au gouvernement, contre le changement en quelque sorte. Nous ne voulions plus de l’union !
La haine que les travailleurs portent à ce pouvoir, la misère et l’inquiétude pour l’emploi notamment ont fait le reste. C’est ainsi qu’un brave travailleur en arrive à voter Mitterrand. Puisqu’il est le mieux placé ! Mais aussi « puisque après tout, il n’y a pas tellement de différences entre les socialistes et les communistes ! »

Ainsi, le problème devenait de moins en moins le contenu du changement, mais tout simplement le changement.
Ainsi s’explique que bien des travailleurs ont voté pour celui qui apparaissait comme étant le vainqueur certain !
Ce sont des questions difficiles à comprendre pour le parti, car, au même moment, nous entrons au gouvernement et parlons de victoire de la gauche.

Comment s’étonner dans ces conditions que des camarades, dont le fil conducteur leur échappe, ne voient là des contradictions dont nous serions coupables !
« Une fois vous frappez sur les socialistes, et maintenant vous passez des accords avec eux, effaçant d’un coup toutes les critiques. Vous vous découvrez 100 points de convergence avec eux ! »...

(…) Nous devons nous interroger sur ce qui s’est passé, sur le fait que nous n’avons pas décelé ce qui allait se passer : sur le recul du parti (nous n’avons pas vu partir les 4%) ; sur la victoire de Mitterrand. J’en tire l’enseignement que si notre travail est de convaincre, il est aussi d’écouter. Sinon, il n’y a pas d’échange suffisant entre le haut et le bas du Parti.

Il y a absolue nécessité à réunir tout notre monde, d’avoir de la patience, d’écouter même beaucoup de choses qui ne nous font pas plaisir.
La patience va jouer un grand rôle, et, sans tomber dans le laxisme, ni sans laisser dire n’importe quoi sans riposter, il faudra laisser les camarades s’exprimer, car j’ai la ferme conviction que les incompréhensions disparaitront par la discussion.

« il faut, m’a dit un camarade, que la famille communiste réagisse en famille, qu’elle aide chacun à se tourner vers l’extérieur, vers l’avenir. » Cela ne veut pas dire fermer les yeux sur nos fautes et les incompréhensions qui se sont manifestées dans la masse des travailleurs. Le Parti n’a rien à perdre, mais tout à gagner à écouter tout le monde, même ceux qui racontent des bêtises en toute bonne foi…

(…) Un dernier aspect auquel je tiens beaucoup. C’est notre façon de diriger notre parti à notre époque. J’ai beaucoup discuté avec des camarades autour de moi, des jeunes et des moins jeunes, et qui ont de notre parti une grande expérience de fonctionnement. Notre parti n’a pas une direction suffisamment orientée vers la province. La période qui s’ouvre va être celle de la décentralisation. Les conseils régionaux vont prendre en main les principaux problèmes avec des moyens matériels et financiers accrus. Les élus des conseils régionaux vont être, comme on dit « sur le terrain » et les directions fédérales vont avoir beaucoup de travail pour orienter tout ce travail…

(…) L’ère qui s’ouvre est à mon avis dans le cadre de l’unité nationale, celle des régions. Il faudra des hommes politiques de taille régionale et nationale. Ils seront confrontés à de multiples problèmes. Ma pratique régionale me dit que si l’on s’en tient uniquement aux directives nationales sans des élus compétents pour les adapter, ils seront crispés. On mettra des garde fous partout mais sans doute manquera-t-on d’ouverture et d’initiatives pour lutter avec le PS dans de bonnes conditions. On ne peut travailler à Lille comme à Marseille, et vice versa.

(…) Les grandes luttes ces dernières périodes sont venues aussi de province. Dans le passé c’était la région parisienne qui faisait partir tous les mouvements. Les choses ont évolué. Elles ont changé. J’ouvre une parenthèse. Par exemple, quand j’examine autour de moi, je vois que toutes ces grandes usines aux nombreuses luttes sont démolies. C’est de là, de ces luttes, que sortaient des dizaines de cadres syndicaux. Aujourd’hui, j’en connais qui n’ont jamais mené une grève. Cela nous pose des problèmes nouveaux à résoudre. Il va falloir que nous tournions bien plus vers la province, vers les régions.

Or notre direction est, d’après moi, ce que je qualifie de « trop parisienne » (encore que ces deux mots ne couvrent pas tout).
Je sais bien qu’on ne peut copier ce que font les dirigeants et le PS (nous sommes deux partis différents et nous nous assignons d’autres buts). Cela dit, il n’est pas interdit de réfléchir à leur pratique. Ils ont des dirigeants qui vivent dans leur région et ont une influence certaine sur plusieurs départements…

(…) Enfin, bien des militants pensent que, notamment ces dernières années, on n’a pas suffisamment veillé à développer l’initiative des fédérations, sections, cellules. Les campagnes à répétition s’ajoutant au travail fédéral font que les sections et les cellules n’ont plus de « créneaux » pour placer leurs propres initiatives. J’étais inquiet cette dernière période de voir l’agitation souvent stérile d’un certain nombre de camarades. Aller aux usines, c’était devenu distribuer des tracts pour les permanents, alors que nos propres camarades à l’intérieur de l’usine, non convaincus ou non prévenus, passaient, prenaient le tract comme tout le monde, cependant que les ouvriers ne s’arrêtaient pas pour écouter la prise de parole. Sans réfléchir, le lendemain on allait ailleurs, avec un magnifique courage ; mais pour quel profit ? Ce n’est pas là le travail du Parti. C’est du bouche-à-tout sans lendemain. Autre chose est d’aller parler ne serait-ce qu’avec un seul militant syndical pour l’aider, pour des campagnes réfléchies, comme à Renault Douai où la campagne pour les libertés a duré deux mois.

Cette dernière période, beaucoup de sections qui négligeaient le nécessaire travail étaient arrivés à un travail d’agitation sans lendemain. Les réunions de cellule étaient devenues trop courtes et rares. Et c’était souvent des réunions au cours desquelles on distribuait des directives. On devrait faire un sondage sérieux : combien de membres du Parti se réunissent-ils par mois et combien lisent notre presse ?

Le travail en profondeur ne doit jamais être supprimé par le travail dit d’agitation. Nous ne sommes pas un parti comme les autres. Nous ne sommes pas une machine électorale des élus mais un parti révolutionnaire qui ne peut vivre qu’avec des gens convaincus, des propagandistes véritables, ce qui fait toujours notre force par rapport aux autres partis. Nous avons encore trop de méthode d’en haut. Une grande critique est faite de notre propagande. Les gens ne retrouvent pas, adaptée, la politique du parti en liaison avec leurs revendications. Et ce n’est pas facile de se faire entendre sur cette question.

De même, « Paris » est encore trop souvent le lieu « d’où on commande ». De jeunes dirigeants fédéraux ont de la peine à faire passer leur expérience. On discute rarement avec eux. Alain Bocquet me dit « Jamais on ne m’a dit Viens passer une heure avec moi, Jamais on a eu l’idée que quelqu’un mange avec moi, m’interroge, me demande mon sentiment. Après, ajoute t-il, on en a trop à dire. Et puis le comité central n’est pas toujours le bon endroit ; on ne se confie pas comme au cours d’une conversation… »

(…) Car on ne peut pas tout expliquer avec le passé. Et au sujet du passé et de notre histoire, si je souscris à l’analyse faite par le bureau politique, je me soucie que cette discussion n’aboutisse à la condamnation (le mot est peut-être fort) ou la dévalorisation du passé de notre parti. Surtout que, dans notre souci de démontrer, on observe les limites nécessaires ; que l’on ne donne pas à la bourgeoisie des arguments pour faire croire aux jeunes générations que nous n’avons que des torts et qu’on jette le doute sur notre passé.

C’est vrai que nous avons des héros, des hommes et des femmes parmi les plus purs de notre pays. Quand je vois les jeunes loups du PS, les jeunes élus qui n’ont jamais connu une grève, qui se sont toujours défilés devant les combats difficiles, dont les pères nous crachaient dessus pendant la guerre d’Algérie et du Viêt-Nam ; quand je songe à ce « chemin de tourments » qui fut le notre durant toutes ces années 1950, 1960, 1970 et toutes les luttes que nous avons menées, les nôtres valent de l’or par rapport à ce petit monde de carriéristes.

C’est pourquoi il faut expliquer aussi le climat de l’époque, et que les conditions n’étaient pas souvent réunies pour une réflexion sereine.

(…) Ce que je viens d’exposer de tend pas à diminuer mais contraire à amplifier notre analyse à cet égard et tel que je le suggère le rapport présenté au comité central. Mais veillons à ne pas donner raison à l’ennemi sur soixante années de campagnes anticommunistes. Et ce n’est pas là un attachement sentimental à l’histoire de notre parti et à ses militants. Il y a 27 ans que je suis membre du comité central et je sais que tout ne fut pas parfait, y compris dans les rapports entre les hommes. Mais ce n’est pas l’essentiel. Dans cette situation difficile que nous connaissons, tout n’est pas noir.

Ces réunions où tant de questions sont posées portent en elles une confiance nouvelle, un essor nouveau si le débat est bien mené, bien organisé.

Il faut que la famille communiste réagisse en famille et c’est une situation qui peut se retourner dans le bon sens si les choses sont bien prises.

Amitiés.

Gustave
Le mardi 30 juin 1981.

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Marie-George Buffet Invitée de la matinale de France-Info lundi 9 mai 2011

9 Mai 2011, 19:08pm

Publié par PCF Villepinte

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La modernité de l’engagement communiste, selon Pierre Laurent

8 Mai 2011, 18:05pm

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 8 Mai 2011

 

Le secrétaire national du PCF a répondu aux questions des étudiants de Sciences-Po sur ce thème. Aix-en-Provence, correspondant.

A l’invitation de l’Union des étudiants communistes (UEC), Pierre Laurent a planché, vendredi soir, à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence sur « la modernité de l’engagement ». D’abord questionné par Yann Samain, le secrétaire du cercle de l’UEC, le secrétaire national du PCF a rappelé que «l’idée à l’origine du communisme est qu’il faudra un jour dépasser le système capitaliste pour construire une société de mise en commun. Après vingt ans d’hégémonie totale du capitalisme, cette idée du dépassement retrouve de l’actualité dans nombre d’esprits». Selon lui, «la question du XXIe siècle est celle de l’invention d’un autre mode de développement humain, un autre horizon pour les sociétés. »

Les questions du large public présent ont ensuite tourné principalement autour des prochaines présidentielles. «Nombre de gens pensent que c’est l’élection la plus importante pour changer les choses alors que c’est l’élection la plus piégée, a estimé Pierre Laurent. Si on veut changer les sociétés, il faut que le plus grand nombre soit acteur alors que la présidentielle transforme les citoyens en supporters. C’est comme la télé-réalité, on assiste et, à la fin, on vote pour en éliminer un. La politique, c’est exactement l’inverse».

Un intervenant : «Si c’est une élection de merde, alors, n’y allez pas». Le dirigeant a plaidé une participation mais différente : «Nous allons mener campagne pour la présidentielle et les législatives, dans le même mouvement. Nous serons les seuls. Cela indiquera aussi notre volonté de changer les institutions». Questionné sur le Front de gauche, il a répondu : «Ce n’est pas le rassemblement de trois organisations mais la mise en route d’un Front populaire du XXIe siècle».

Christophe Deroubaix

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