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logement

La question du logement

10 Mars 2022, 07:24am

Publié par PCF Villepinte

Retour sur le discours de Montreuil où Fabien Roussel évoquait la question du logement.

 

« Je voudrais, à ce propos, dire un mot sur un sujet majeur. Il touche à notre portefeuille, et pas qu’un peu, et pourtant c’est un grand absent de cette élection présidentielle. Je veux parler, ici, du logement, de ce qu’il coûte et de ce qu’il implique pour bien des familles.

Une majorité des Français consacrent désormais, grosso modo, 30 % de leurs revenus à leur logement quand ils sont dans le parc privé, parfois plus encore. Très concrètement, 30 %, cela veut dire quoi ? Ça veut dire que 30 % de notre temps de travail sert à payer le loyer ! Cela veut dire que nous travaillons chaque semaine, du lundi 9 heures jusqu’au mardi 16 heures, pour payer son loyer ou pour payer la banque et le prêt. Deux jours en somme, un tiers de notre temps de travail pour payer le loyer !

Mais ce n’est pas tout : Pourquoi, dans les zones tendues, dans les métropoles, vous payez plus cher votre café en terrasse ou vous payez plus cher vos courses au supermarché ? Parce que dans votre tasse de café comme dans votre caddie, vous payez, là encore, de l’immobilier ! Car il se trouve que le propriétaire du bar comme le propriétaire du Leclerc, eux aussi, doivent faire face à des loyers plus élevés. C’est un cercle vicieux qui plombe notre pouvoir d’achat ! Voilà les vraies charges qui pèsent sur notre économie – et ce ne sont pas nos cotisations pour notre retraite ou pour notre santé !

Le candidat Macron a un bilan terrible en la matière. Sa responsabilité est énorme. Il termine son mandat avec les pires chiffres de pouvoir d’achat et en matière de logement, le pire bilan. Il assume d’entretenir la spéculation immobilière pour son électorat, comme il a assumé de baisser les APL des plus modestes de 5 euros, en même temps qu’il supprimait l’ISF pour les plus riches. La crise du logement, c’est pourtant la crise de la dignité. Et l’on ne devrait jamais l’accepter !

Notre pays, sixième puissance économique du monde, compte près de 300 000 sans-abri. 300 000 femmes, hommes, enfants. Cela veut dire que, chaque soir, l’équivalent d’une ville comme Nantes ou Nice dort dehors ou dans une voiture. 300 000 personnes à la rue, c’est l’équivalent de la 5e ville de France.

Pour cela, je formule trois propositions : D’abord la création de 1 000 pensions de famille, des structures d’environ 25 logements qui permettront à des personnes dans la rue d’avoir non seulement un toit, mais aussi un accompagnement social de qualité; Deuxième proposition : relancer immédiatement la construction de logements sociaux pour atteindre 200 000 nouveaux logements par an, soit plus du double de la production actuelle. Cette proposition doit s’accompagner d’une loi pour l’encadrement des prix des loyers afin de le généraliser à toutes les communes. Vous faites d’ailleurs ici la démonstration que c’est possible.

Je propose aussi d’augmenter l’aide à la pierre des bailleurs sociaux, de leur rendre le milliard et demi par an que Macron leur a pris ; mais j’augmenterai aussi l’aide à la pierre pour construire des logements à loyers modérés dans les villages de moins de 3 500 habitants. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour eux ça veut dire beaucoup ! Ça veut dire qu’ils pourront offrir des logements à loyer modéré, en réhabilitant une ferme, une grande bâtisse et permettre à des jeunes, à des familles venant des villes, de pouvoir s’y installer et y vivre. C’est aussi comme cela que nous dégonflerons la spéculation immobilière.

La France des jours heureux, c’est démétropoliser la France tout en défendant un vrai droit à la ville pour tous. C’est redonner du pouvoir aux communes au lieu de le concentrer dans ces métropoles qui phagocytent tout. C’est revitaliser nos campagnes et réinstaller des services publics de qualité partout. C’est répartir l’activité économique sur tout le territoire.

Franchement, faut-il construire encore et encore des tours à La Défense ? Ne faudrait-il pas mieux développer d’autres pôles d’activités tertiaires ailleurs en France ? Ne faudrait-il pas réfléchir à déplacer des ministères en dehors de Paris et en profiter pour les renforcer plutôt que de les affaiblir ? Le ministère de la Mer n’aurait-il pas un sens au Havre, à Marseille ou dans l’un de nos ports ? Tout cela permettra d’abaisser le coût du logement dans notre porte-monnaie et donc de dégager du pouvoir d’achat. »

 

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Le logement s’invite dans la campagne

2 Février 2022, 23:11pm

Publié par PCF Villepinte

présidentielle À l’occasion de la présentation du 27e rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre, les candidats sont venus défendre leurs propositions dans le secteur de l’habitat.

Publié le Jeudi 3 Février 2022 L'Humanité Camille Bauer

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. P. Villette

À presque deux mois de l’élection présidentielle, la Fondation Abbé-Pierre (FAP) a voulu « redonner au logement la place dans cette campagne qu’il a dans la société», selon son délégué général, Christophe Robert. À l’occasion de la sortie, le 2 février, de son 27e rapport annuel, la FAP a donc invité l’ensemble des candidats, à l’exception de ceux d’extrême droite, à détailler leur programme pour répondre à la crise du mal-logement qui touche 4 millions de personnes. Après Emmanuel Macron, venu le matin défendre son bilan pourtant très critiqué par la FAP, l’après-midi a vu défiler les principaux candidats de gauche.

Fabien Roussel, le candidat communiste, a ouvert le bal, rappelant que « la question du pouvoir d’achat est prioritaire et que, dans celle-ci, le logement pèse de plus en plus». Il a promis la construction de 200000 logements sociaux par an et plaidé pour une «démétropolisation» de la France. Son objectif est «laccès au logement social dans toutes les communes rurales», avec une loi SRU renforcée, qui viserait partout 27% de HLM dici à 2031.

Convergence pour un encadrement des loyers

Cette volonté d’augmenter le nombre de logements sociaux se retrouve chez le Vert Yannick Jadot, qui table sur 150000 supplémentaires par an pendant sept ans, quand ni la socialiste Anne Hidalgo ni Christiane Taubira nont donné dobjectif chiffré. La seconde a pris «lengagement que l’État soit stratège sur le sujet», alors que la première a plaidé pour que «les préfets se substituent quand les maires refusent dappliquer la loi SRU».

La baisse du taux d’effort des ménages est au cœur de beaucoup de projets. L’objectif de Fabien Roussel est que les loyers «ne représentent pas plus de 20% des revenus». Le projet de la socialiste est, lui, centré sur la mise en place d’un bouclier logement «actionné quand le loyer sera supérieur à 30% des revenus». Jean Luc Mélenchon, pour la France insoumise, a, lui, proposé une garantie logement, Christiane Taubira ayant pour sa part plaidé pour une hausse de 30% des APL.

Autre axe important, le contrôle des prix, via un encadrement des loyers renforcé. Pour ce faire, «il faut un pouvoir de contrôle et de sanction», a indiqué Fabien Roussel. Anne Hidalgo veut, elle, que celui-ci soit exercé par les maires. Pour Christiane Taubira, l’encadrement doit devenir «une règle dans les zones tenues». Le candidat insoumis s’est démarqué: «Je ne veux pas me contenter de contrôler les loyers, a-t-il déclaré , je veux les bloquer et même les baisser.»

 

 

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Enjeu de campagne. Le logement, la priorité oubliée du quinquennat

2 Février 2022, 07:36am

Publié par PCF Villepinte

PREMIER PLAN

Dans son dernier rapport, rendu public ce mercredi, la Fondation Abbé-Pierre dresse un bilan critique de la politique de l’habitat menée par Emmanuel Macron. Cinq années caractérisées par le désengagement budgétaire.

Publié le Mardi 1 Février 2022 L'Humanité Camille Bauer

Patricia, retraitée de 70 ans, vit dans un logement de 10 m2 pour un loyer de 680 euros. © Marta Nascimento/Rea

C’est le plus gros poste de dépenses obligatoires, et son augmentation pèse lourdement dans le niveau de vie des Français: les 10 % les plus pauvres y consacrent même 40 % de leur budget. Le logement est pourtant le grand absent de la campagne présidentielle. Il l’était déjà en 2017. À l’époque, Emmanuel Macron, alors candidat, s’était contenté de promettre de «libérer» les contraintes pesant sur la construction et de «protéger» les personnes à la rue. Ce désintérêt a perduré tout au long du quinquennat. «Le logement na jamais été une priorité de lexécutif au cours de ce mandat», souligne le 27e rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre (FAP), rendu public ce mercredi 2 février.

 

À défaut d’ambition, c’est la logique d’économies budgétaires qui s’est imposée. En cinq ans, la part des aides au logement dans le PIB est passée de 1,82 % à 1,63 %, une baisse record. À force de coupes, le secteur est aujourd’hui incapable de répondre aux besoins des 4 millions de mal-logés. Mais, en vingt ans, ses contributions aux recettes de l’État ont néanmoins doublé, pour atteindre 79 milliards d’euros. Malgré la crise sanitaire, qui a rappelé l’importance de disposer d’un logement décent ainsi que la fragilité des locataires les plus pauvres, il n’y a pas eu de changement de cap. Le logement n’a bénéficié que des miettes du plan de relance. Et en dépit de la hausse continue des prix, l’encadrement du marché, contraire à la vision libérale du président, est, lui, resté au niveau minimal.

1. Des attaques multiples contre les APL

C’est une des mesures les plus emblématiques du quinquennat. À l’été 2017, sans concertation, ni préavis, le gouvernement annonce une baisse de 5 euros des aides personnalisées au logement (APL). Cette mesure contre les plus fragiles – le plafond pour bénéficier des APL est inférieur au Smic – va contribuer à forger l’image d’Emmanuel Macron en «président des riches». Elle est larbre qui cache la forêt. «Le gel, puis le quasi-gel des APL entre 2017 et 2019, a davantage diminué les APL que la baisse de 5 euros, note la FAP. Ce coup de rabot a davantage touché les ménages pauvres, puisque leurs APL sont plus élevées.»

L’encadrement du marché, contraire à la vision libérale du président, est resté au niveau minimal.

En 2021, nouvelle attaque. Cette fois, les APL sont «contemporéanisées», c’est-à-dire calculées sur les revenus des mois écoulés, au lieu de ceux perçus deux ans plus tôt. La réforme permet à l’État de faire 1,1 milliard d’euros d’économies. Et fait plus de perdants que de gagnants, générant une baisse sans précédent du nombre d’allocataires (5,7 millions en 2021, contre 6,5 millions en 2020). Au total, l’ensemble des mesures ont, selon la FAP, coûté près de 15 milliards d’euros aux plus modestes.

2. Haro sur les HLM

L’existence d’un secteur subventionné par l’État pour loger les catégories modestes et pauvres colle mal avec l’idéal macroniste de résorption des problèmes par la seule vertu du marché. Le logement social a donc fait l’objet d’une attaque en règle tout au long du quinquennat. L’aide à la pierre, qui avait déjà décru sous les précédents mandats, a été totalement supprimée en 2018, laissant aux bailleurs sociaux et à Action Logement (ex-1 % logement) la mission d’abonder seuls ce fond.

Mais le gouvernement a été au-delà du désengagement. Il a ponctionné le secteur via l’augmentation de la TVA et la création, en 2018, de la réduction de loyers de solidarité (RLS) – un dispositif reportant sur les bailleurs la diminution des APL des locataires du seul parc social –, dont le montant s’élève désormais à 1,3 milliard d’euros par an. «En cinq ans, l’État a pris aux HLM plus de 6 milliards deuros, les privant ainsi de la capacité de produire 200000 logements sociaux», résume Christophe Robert, délégué général de la FAP. Résultat, la production est passée de 124000 logements avant la présidence dEmmanuel Macron à un peu moins de 100000 en 2021. Même la promesse gouvernementale de réaliser chaque année 40000 Plai (prêts locatifs aidés dintégration), la catégorie de HLM aux loyers les plus bas, n’a jamais été atteinte. Les bailleurs sociaux ont aussi été poussés à compenser la baisse des aides de l’État par la vente de logements, au risque de réduire encore un peu plus l’offre, déjà très insuffisante au regard des 2,2 millions de personnes en attente d’un HLM.

À long terme, ces réformes d’apparence technique sont une menace sur la nature même du logement social. La FAP alerte sur le risque que certains organismes, confrontés à un fort endettement et privés de l’aide de l’État, «cherchent à attirer davantage de capitaux privés, au risque dune marchandisation». Parallèlement, le gouvernement a promu le logement intermédiaire, dont les loyers ne sont accessibles qu’ «à des classes moyennes supérieures». Seul geste en faveur des HLM et de la mixité sociale, le gouvernement a défendu la prolongation de la loi SRU, qui impose aux communes 25 % de logements sociaux.

3. Marché privé, une régulation à reculons

Le président n’a jamais caché son scepticisme face à la régulation du marché. Pour maîtriser les prix, il a préféré miser sur la hausse de l’offre. «Force est de constater que le choc de loffre annoncé par le candidat Macron, qui devait libérer la construction et faire baisser les prix, na pas eu lieu. Sous l’effet des coupes budgétaires, le bâtiment a connu des années de baisse, accentuées avec la crise du Covid. Au final, la production s’est affaissée, la pénurie dans les zones tendues a perduré, et les prix de l’immobilier ont continué à grimper», analyse Christophe Robert. En cinq ans, les prix dans l’ancien ont augmenté de 23 %. Les loyers, eux, ont connu en dix ans une hausse de 50 %, quand les salaires restaient plafonnés.

Dans les grandes métropoles surtout, ces tarifs prohibitifs rendent le logement inaccessible pour toute une partie de la population. Face à ces hausses, le gouvernement a opté pour «une politique très timide dencadrement des loyers», estime le délégué général de la FAP. La mesure a été autorisée par la loi Elan et devrait être prolongée dans la loi 3DS, mais à titre expérimental et pour les seules collectivités locales dont la demande a été acceptée par l’État. «Lapplication de la loi repose essentiellement sur les recours de locataires peu avertis et peu enclins à sen saisir spontanément», constate le rapport. L’adoption de sanctions contre les bailleurs contrevenants, légalement possible, reste boudée par les préfectures. Ainsi, à Paris, où plus de 30 % des locations ne respectent pas les plafonds de l’encadrement, le préfet n’a infligé que dix amendes depuis 2018.

Le gouvernement Macron a fait preuve de la même timidité vis-à-vis des plateformes de locations saisonnières. Il  a autorisé les villes à encadrer la pratique, mais de manière limitée. Pis, le gouvernement, en créant le «bail mobilité», «sest adonné à une forme de dumping réglementaire», estime la Fondation. Dans un contexte de rareté, ce contrat, d’une durée d’un à dix mois à destination des précaires, vient, comme airbnb, concurrencer les baux classiques et limiter encore le nombre de logements pérennes présents sur le marché.

4. Sans-logis : grands besoins et petits pas

S’il y a un point sur lequel Emmanuel Macron a pris des engagements, c’est celui de la lutte contre le sans-abrisme, avec notamment la mise en place du plan «logement dabord», qui consiste à fournir un logement pérenne aux ménages à la rue ou en hébergement durgence. Mais, là aussi, le bilan est en demi-teinte. «À la fin de lannée 2022, à peu près 300000 personnes seront passées de la rue au logement. Cela va dans le bon sens. Mais 300000 personnes sont encore sans domicile», rappelle Manuel Domergue, directeur des études à la FAP. Des efforts ont cependant été faits: le nombre de places mobilisées dans le privé, via le système d’intermédiation locative, est passé de 5000 à 40000; davantage de pensions de famille ont été créées, même si seulement la moitié de lobjectif chiffré en début de quinquennat est atteinte; quant à la part de HLM attribués à des SDF, elle est passée de 4 à 6 %.

Mais ces progrès sont court-circuités par d’autres choix politiques: baisse du nombre de HLM, refus dallocations pour les moins de 25 ans, mais aussi expulsions locatives à répétition des habitants de lieux informels, absence de politique de prévention des expulsions, etc. Autant de points qui limitent l’impact de la stratégie du «logement dabord», en faisant grossir les rangs des sans-domicile. Avec, pour résultat, une pression accrue sur le secteur, pourtant coûteux et parfois indigne, de l’hébergement d’urgence. Malgré la pérennisation des places (40000 créées lors de la pandémie) par le gouvernement, ce dernier na toujours pas les moyens de résorber lensemble des demandes de mise à labri des personnes à la rue.

12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique

5. Une rénovation énergétique en trompe-l’œil

Là encore, les promesses étaient ambitieuses. Le président s’était engagé à rénover 500000 logements et à éradiquer en dix ans les 5 millions de passoires thermiques. Mais, à l’heure où 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique, le gouvernement a préféré une politique d’affichage. Il a choisi «des dispositifs daides qui gonflent les chiffres du nombre de travaux enclenchés en ciblant de simples gestes de rénovation, peu efficaces s’ils restent isolés, au détriment de la performance à long terme», déplore la FAP.

Autre obstacle, les aides sont attribuées sans ciblage, et l’importance du reste à charge pour les ménages (39 % pour les très modestes et 56 % pour les modestes) rend ces travaux souvent inaccessibles. L’accompagnement et l’information, indispensables pour les bénéficiaires confrontés à des aides évolutives et à un secteur de la rénovation encore mal encadré et opaque, ne sont pas non plus à la hauteur. Selon une étude menée par la FAP, début 2021, 40 % des appels au réseau Faire, service public d’accompagnement à la rénovation énergétique, sont non décrochés, et 62 % ne permettent pas d’obtenir des avis adéquats dans les délais requis.

 

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Logement. À Aubervilliers, les plus modestes refusent de faire les frais des démolitions

30 Octobre 2021, 08:36am

Publié par PCF Villepinte

Le quartier de La Maladrerie, à Aubervilliers, est l'un de ceux menacés par les projets de la municipalité. PHOTO PATRICK GELY

Vendredi 29 Octobre 2021

L 'Humanité Camille Bauer

Près de deux cents personnes se sont réunies le 28 octobre, devant l’office HLM de la ville de Seine-Saint-Denis, pour demander l’ouverture d’un dialogue et refuser la destruction ou la vente de l’habitat social.

D’une main, Ali Bechou tient la poussette de sa petite dernière, de l’autre, il brandit une pancarte sur laquelle il a écrit: «Le quartier, on y vit, on y reste. Pas de privatisation». Il est venu se joindre aux près de deux cents personnes réunies ce 28 octobre au soir devant l’Office public de l’habitat (OPH) de la ville d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). La découverte presque fortuite de la volonté de la municipalité de détruire et de vendre des centaines de logements HLM, dans le cadre d’un programme de rénovation urbaine de trois grands ensembles, lui fait craindre le pire. «Je suis très, très inquiet», explique ce père de famille, qui peine déjà à joindre les deux bouts comme conducteur de VTC. Le quartier, il y habite depuis vingt ans. Quand sa femme a été enceinte de leur premier enfant, il a pu déménager dans un appartement plus grand. Il paye actuellement 780 euros pour 80 mètres carrés. « Dans le privé, je devrais payer plus de 1000 euros. Ce nest pas possible» calcule-t-il.

La volonté de rénover ces trois quartiers, La Villette, Émile Dubois et La Maladrerie, n’est pas nouvelle. Cela fait plus de dix ans que l’Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru) a des projets qui impliquent la destruction d’une partie de ces habitations dont certaines sont anciennes et en mauvais état. La rénovation de la Maladrerie, une cité construire dans les années 1970 par Renée Gailhoustet, dont les immeubles sont dotés de terrasses de terre pleine, d’appartements lumineux de tailles et de formes diverses, est une question sensible. Les habitants de cet ensemble architectural unique veulent préserver ce symbole d’un habitat populaire de qualité. Dans les années 2010, ils ont gagné un précédent bras de fer contre l’Anru qui voulait faire passer une route dans le jardin de leur cité, mais ont du coup été privés de rénovation.

La nouvelle direction de l’OPH met en avant les économies réalisées

Pour les trois cités, «il y avait eu des négociations, et on était arrivé à un accord global. Il y avait un schéma de rénovation progressif. Mais la nouvelle mairie a interrompu les négociations et veut désormais tout faire en même temps sans même recevoir les associations», explique André Narritsens, qui représente le PCF dans l’association Jardins à tous les étages. La nouvelle maire, l’UDI Karine Franclet, qui a pris la ville aux communistes aux élections municipales de juin 2020, semble cette fois décidée à faire table rase. L’OPH dont elle est présidente annonce la couleur dans son rapport de présentation de projet. Pour La Villette, un peu moins que les 302 logements prévus initialement seront détruits, et entre 50 et153 seront privatisés. À Émile Dubois, il y a aussi un peu moins de destructions que prévues initialement, 313 contre 388, mais au nom de la mixité, une partie du terrain devra être vendue pour y ériger 810 nouveaux logements en partie privés. Quant à La Maladrerie, c’est 363 logements qui doivent être vendus, dont 60 au privé.

L’avenir des habitants des logements concernés est des plus incertain. «Il était prévu quils soient relogés au Fort dAubervilliers, dans lequel 40 % des logements devaient correspondre à la tranche basse des tarifs HLM. Mais il nest plus du tout garanti que cette proportion soit maintenue», explique Antoine Wohlgroth, chargé de mission de la Confédération nationale du logement (CNL) à Aubervilliers. Si rien ne peut être proposé dans la ville à un prix accessible, il faudra aller plus loin. «On ne sait pas ce quon va devenir. Déjà quil y a la crise du logement», s’inquiète Lou Anna, une jeune photographe de 27 ans. Elle et sa sœur, graphiste, sont précaires. Elles habitent encore dans la maison de leur mère à La Maladrerie. «  On est très attaché à cet endroit, on y tient. La qualité de vie y est incroyable» explique la jeune femme. Ce lien affectif, Fatima, salariée de l’éducation nationale, l’évoque aussi. «  Ça fait trente ans que je suis là. Dans cet appartement, il y a une histoire. Ma mère y est morte, mes enfants y ont grandi. Je ne veux pas le quitter», explique la petite femme en pull rose.

Pour justifier ce projet radical, la nouvelle direction de l’OPH met en avant les économies réalisées. «La nouvelle maquette financière permet une baisse de 73 % du reste à charge OPHA qui passe de 191M€ à 51,9M€», se réjouit en lettres grasses sa plaquette de présentation. À sa décharge, les questions financières sont réelles. La réhabilitation de La Maladrerie, très complexe en raison de l’irrégularité du bâti, pourrait s’élever à près de 80000 euros par logement. À cela sajoute le manque de fonds propres dont souffre tout le secteur HLM. Depuis la loi Elan de 2018, le gouvernement y prélève plus dun milliard par an, en invitant les bailleurs sociaux à compenser ces pertes par la vente de logements. Mais le problème est aussi politique. «La nouvelle maire UDI est dans la lignée de Valérie Pécresse, hostile aux HLM. Derrière cette histoire de mixité, il y a la volonté de changer la population de la ville», analyse Antoine Wohlgroth. Un mauvais calcul, selon Soizig Nedelec, ancienne ajointe PCF au logement à la mairie, et aujourd’hui élue municipale d’opposition: «Si, comme le veut la maire, on vend les logements à la découpe, beaucoup de locataires modestes vont sendetter ou se saigner pour acheter leur appartement, mais ils n’auront pas forcément les moyens de financer les travaux d’entretien et de rénovation nécessaires. À terme, d’ici dix à quinze ans, on se retrouvera avec une explosion du nombre de logements très dégradés et insalubres. C’est le cas dans d’autres villes qui ont fait ce choix court-termiste de vendre et en subissent les conséquences aujourd’hui».

Une absence totale de dialogue

Alors que le prix de l’immobilier dans la Petite couronne autour de la capitale continue de flamber sous l’impulsion des travaux du Grand Paris, les associations déplorent, dans une lettre à la maire et présidente de l’OPH, «les injonctions que lAnru, cet outil de l’État essentiellement pensé pour gentrifier nos quartiers, fait peser sur notre commune». «Il y a 8000 personnes en attente de logements très sociaux à Aubervilliers, note Soizig Nedelec. Or il n’est plus légalement possible de construire dans notre ville de nouveaux logements financés par le prêt locatif aidé d’intégration, destinés aux locataires en situation de grande précarité. Si on détruit ceux qui existent, on va se retrouver avec des milliers de personnes sans solution», déplore celle qui représente désormais l’opposition au conseil d’administration de l’OPH.

Mais ce qui révolte le plus les habitants réunis, c’est l’absence totale de dialogue. Fatima ne décolère pas: «Il ny a aucune concertation, aucune communication. Cette rénovation est revenue sur le tapis à l’occasion d’un conseil d’administration de l’Office, et nous avons été au courant uniquement parce qu’il y a eu des fuites». «Quand on en parle aux gens, la plupart sont abasourdis. Cest nous qui leur apprenons l’existence du projet. Cette façon de faire reflète une politique verticale, qui ne prend pas en compte les premiers concernés», renchérit Anna Agneb-Porterie, d’Alliance citoyenne, une autre association présente sur le quartier. En cœur, la foule entonne d’ailleurs: «Oui à la concertation, oui à la rénovation, non à la démolition». Reste à construire le rapport de force. Un travail de porte-à-porte a commencé pour informer les habitants, en espérant faire monter la mobilisation. Olivier Roy, de Réactions internationales, une association qui travaille surtout contre les multinationales, se veut optimiste: « Il y a deux semaines, nous étions quarante, aujourdhui, nous sommes deux cents. Et il y a une marge de progression»

Camille Bauer

 

 

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Congrès HLM : "les mesurettes de Jean Castex ne changeront pas la donne" (Fabien Roussel)

29 Septembre 2021, 18:31pm

Publié par PCF Villepinte

A l’occasion du Congrès HLM, qui se tient cette année à Bordeaux, le Premier Ministre s’est alarmé des mauvais résultats de la politique gouvernementale en matière de logement et a annoncé un coup de pouce fiscal pour soutenir le logement social.

Quelle hypocrisie, après quatre ans à faire les poches des bailleurs sociaux et à fragiliser un secteur que l’Europe entière nous envie. L’année 2020 a été une année noire pour le logement social avec seulement 87 500 nouveaux logements financés. C’est 32% de moins qu’il y a 5 ans. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la construction s’est effondrée alors même que le Président vantait un « choc de l’offre ». Si choc il y a, c’est à la baisse et au détriment des familles populaires et des classes moyennes.

Le bilan du gouvernement est catastrophique en matière de logement : baisse des APL, construction en berne, coupes budgétaires drastiques pour les bailleurs sociaux. Ce ne sont pas les mesurettes annoncées par Jean Castex qui changeront la donne. Le « quoi qu’il en coûte » n’a pas concerné le logement dans un pays qui compte 10 millions de pauvres et plus de 4 millions de personnes mal-logées.

Faisons du logement la priorité!

  • Nous construirons massivement de nouveaux logements sociaux dans toutes les grandes villes et en priorité dans les communes qui en comptent le moins. La loi prévoit 25% de logements sociaux dans toutes les communes : je propose de porter l’obligation légale à 30%.
  • Nous revaloriserons également l’APL pour soutenir les familles, les jeunes, les précaires qui ne parviennent plus à se loger.
  • Nous lutterons contre les loyers trop chers dans les grandes villes à travers un dispositif d’encadrement des loyers revu de fond en comble et nous maitriserons le foncier avec une politique d’acquisition massive.

C’est ainsi que nous redonnerons du pouvoir d’achat aux habitants et que nous ferons reculer la spéculation. C’est le défi des jours heureux : j’y suis prêt.


Fabien Roussel, député du Nord, candidat à la Présidence de la République,

 Paris, le 29 septembre 2021.

 

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Nouveau mode de calcul des APL : un crime contre la jeunesse

11 Juin 2021, 07:20am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 08/06/2021 par PCF

Au creux de l’été 2017, tout juste installé à l’Élysée, Emmanuel Macron s’en était pris aux aides au logement en imposant une baisse de 5 euros de toutes les APL. 

Quelques mois plus tard, le gouvernement ponctionnait le budget des bailleurs sociaux en leur imposant une baisse annuelle de 50 à 60 euros des APL. Une perte sèche pour leurs capacités d’investissement dont nous faisons aujourd’hui les frais, avec une chute historique du nombre de logements construits.

Aujourd’hui, le gouvernement récidive et continue de faire les poches des plus fragiles.

En effet, depuis Janvier 2021 un nouveau mode de calcul des APL est entré en vigueur. Une première étude révélée par Les Echos  souligne que cette réforme fait beaucoup plus de perdants que de gagnants : 41% des allocataires ont observé une baisse de leurs versements.

Alors que le pouvoir d’achat des ménages est au plus bas et que notre pays s’apprête à franchir la barre symbolique des 10 millions de pauvres, cette réforme qui a pour objectif affiché de permettre 1,2 milliard deuros d’économies sur le minimum social le plus efficace contre la pauvreté est inacceptable.

Premières victimes de la crise, les jeunes sont aussi les premiers impactés par cette réforme qui fait drastiquement baisser leurs revenus. Jusqu’alors, ils bénéficiaient généralement d’aides au logement lors de leurs premières années d’emploi du fait d’avoir eu de faibles revenus lors de leurs études.

Pour ces derniers, le nouveau mode de calcul de l’allocation est une double peine. Non seulement les jeunes perdent plusieurs centaines d’euros d’aides nécessaires à maintenir l’équilibre de leur budget, mais en plus ils voient ces aides varier en fonction de leur situation dans l’année. Les jeunes sont bien souvent confrontés à de fortes variations de revenus, enchaînant période d’emploi et de non emploi.

A la lumière de l’impact de cette réforme sur les ménages les plus précaires, avec Fabien Roussel, nous demandons solennellement au gouvernement de revenir sur ce nouveau mode de calcul des APL.

 

Ian Brossat, porte-parole du PCF.

 

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Le PCF appelle à la prolongation de la trêve hivernale et à la fin des expulsions locatives

2 Juin 2021, 06:42am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 01/06/2021 par PCF

À l’heure où de très nombreuses familles sont confrontées à la précarité, les expulsions locatives reprennent aujourd’hui. Le droit au logement est un droit universel, reconnu par notre Constitution. Et pourtant, notre pays compte, selon la Fondation Abbé Pierre, au moins 30 000 ménages qui pourraient être jetés hors de chez eux en 2021.

C’est là le résultat des politiques d’austérité et du désengagement de l’État.

Depuis 2017, plutôt que de s’attaquer aux causes du mal-logement, la spéculation immobilière et le manque chronique de logements sociaux,  Emmanuel Macron fragilise les plus modestes et le mouvement HLM.

Les réformes successives des APL ont conduit à augmenter le taux d’effort des ménages et diminuer les capacités de financement des organismes HLM, les aides à la pierre ont été atrophiées, le modèle du logement social a été durablement déstabilisé. 

À ce stade, le plan de relance ignore le logement social et à travers lui, les familles modestes et de la classe moyenne. Cette année encore, 1,3 milliards d’euros ont été amputés dans le budget du logement social.

Dans le contexte de crise sanitaire, le gouvernement aurait dû décider d’interdire les expulsions locatives. Au lieu de cela, le Ministère du logement a publié une circulaire demandant que toute expulsion soit accompagnée « d’une proposition d’un autre logement ou à défaut d’une proposition d’hébergement le temps qu’une solution plus pérenne soit trouvée. »

Malheureusement, cette circulaire ne passe pas l’épreuve de la réalité. Comment concevoir des solutions d’hébergement au vu du manque crucial de logements sociaux et de places dans les dispositifs d’accueil d’urgence ou de réinsertion sociale saturés ?

Le Parti Communiste Français soutient pleinement les Maires prenant des arrêtés pour s'opposer aux expulsions et en appelle au gouvernement pour que la trêve hivernale soit prolongée.

Fabien Roussel, candidat à l’élection présidentielle,  propose de mettre sous protection toutes les personnes menacées d’expulsion locative à plus ou moins brève échéance en interdisant celles sans proposition de relogement. 2021 doit être une année « zéro expulsion ». 

 

Ian Brossat, Porte parole du PCF,

 

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Logement. L’angoisse des mal-logés à l’approche de la fin de la trêve

31 Mai 2021, 07:52am

Publié par PCF Villepinte

Dans une circulaire adressée aux préfets, la ministre du Logement a précisé que les ménages fragiles doivent être épargnés. Une demande non contraignante. Diane Grimonet/Hans Lucas

L'Humanité Lundi 31 Mai 2021

Camille Bauer

En amont du 1er juin, un nombre croissant de personnes menacées d’expulsion, pauvres de longue date ou précarisées par la crise sanitaire, viennent chercher de l’aide à l’espace Solidarité Habitat de la Fondation Abbé-Pierre. REPORTAGE

Rafik pose sur la table une grande pochette jaune remplie de papiers administratifs et juridiques. Entre des fiches de paye et des quittances de loyer, il en sort le commandement à quitter son appartement, le 21 juin, qu’un huissier a déposé dans sa boîte aux lettres. «Javais arrêté la cigarette, mais là, jai repris. Cest le stress. Jai peur», glisse d’une petite voix l’homme d’une cinquantaine d’années. Le cou serré dans une minerve, il évoque les problèmes de santé qui se sont multipliés depuis qu’il vit dans l’angoisse d’être chassé de chez lui.

Alors que se profile la fin de la trêve hivernale, il est venu chercher de l’aide auprès des juristes qui assurent tous les matins une permanence à l’espace Solidarité Habitat de la Fondation Abbé-Pierre (ESH-FAP). Sa procédure d’expulsion avait démarré avant le Covid. «Vous savez pourquoi je vais être expulsé? Moi jai toujours payé mon loyer. Mais la petite-fille du propriétaire a eu son bac et elle veut venir sinstaller là. Ils vont me mettre dehors», explique-t-il en pleurant.

Accumulation de dettes

La situation locative de Rafik, déjà mal partie, a encore été aggravée par la crise sanitaire. Pendant dix ans, il a travaillé comme pianiste. Avec ses revenus et 350 euros d’aide au logement (APL), il parvenait sans trop de souci à acquitter les 871 euros de loyer de son 30 m2, dans le 14e arrondissement de la capitale. Mais, depuis mars 2020, tout s’est écroulé. «Avec le Covid, je nai plus rien fait. Je suis chez moi depuis un an. Cest la première fois que je me retrouve dans cette situation, c’est pour ça que j’ai commencé à faire chauffeur Uber», raconte-t-il. On lui fixe un rendez-vous pour faire une demande et obtenir le statut droit au logement opposable (Dalo). La bénévole tente de le rassurer: l’expulsion n’est pas pour tout de suite, il n’est pas en fin de procédure. «Vous avez un bon dossier», plaide-t-elle. «Merci beaucoup, vous me donnez un tout petit espoir. Une lueur», souffle-t-il, soulagé.

Icon QuoteLes effets de cette crise vont se faire sentir pendant un certain nombre d’années, c’est certain.SAMUEL MOUCHARD Directeur de l'ESH

«Nous navons pas encore de chiffres, mais il y a plus dappels que les années précédentes, souligne Samuel Mouchard, qui dirige l’ESH. Il y a des personnes en situation de précarité, comme avant la crise, mais s’y ajoute des locataires déjà fragiles qu’elle a fait basculer. Ceux-là, on commence tout juste à les voir: il y a un décalage entre le début du confinement et le moment où ils viennent demander de l’aide parce que les problèmes s’accumulent. Les effets de cette crise vont se faire sentir pendant un certain nombre d’années, c’est certain.»

50 appels par jour

Chargée de répondre au téléphone et de remplir les fiches de renseignements, parmi lesquelles les juristes vont prioriser les rendez-vous, Mirela Gheorghé confirme cet emballement: «Depuis deux mois, le nombre dappels a doublé. En ce moment, jen reçois 50 par jour. Et ce sont des appels pas faciles, qui nécessitent parfois de prendre du temps, parce que les gens sont très mal.»

Vincent fait partie de ce nouveau public que la crise du Covid a amené à pousser la porte de la FAP. «Je suis électricien. Depuis 2010, je travaille à Roissy, comme intérimaire. Mais, en février 2020, j’ai eu le Covid. Depuis, l’aéroport a fermé et l’activité s’est réduite», explique-t-il. Ses revenus sont brutalement passés de 1900 euros à 900 euros et même 87 euros, certains mois, en raison des calculs de lAssédic. Pas assez pour payer les 700 euros de loyer du HLM de 66 m2 où il loge avec trois de ses filles dont il a la charge.

Écouter, rassurer, guider

Les dettes se sont accumulées et, il y a deux mois, il a reçu un premier commandement à payer, suivi d’une convocation au tribunal pour le 4 juin. Avec un nouveau travail, qu’il a commencé il y a deux mois, sa situation pourrait s’éclaircir. Anne Caillet, la juriste qui travaille pour la FAP, lui indique les pièces à réunir pour faire une demande d’aide juridictionnelle et lui donne le contact d’un des avocats du réseau qui va l’assister pendant la procédure.

Icon QuoteLes gens sont perdus. Le droit du logement est très compliqué.MARIE-MADELEINE Bénévole

Écouter, rassurer et surtout guider. «Il ne faut surtout pas arrêter de payer votre loyer. Versez au moins un tiers de vos revenus, pour prouver votre bonne foi», recommande Anne Caillet. «Ne vous inquiétez pas, lhuissier va venir, mais cest juste pour constater que vous êtes encore là», dit-elle à un autre demandeur. En même temps que les démarches pour éviter ou ralentir l’expulsion, il faut parfois lancer des procédures pour dette auprès de la Banque de France, relancer la CAF pour les APL. Il y a un nombre sans fin de pièces à fournir et de démarches à faire.

Des situations ubuesques

«Les gens sont perdus. Le droit du logement est très compliqué», explique Marie-Madeleine, une bénévole qui assiste la juriste une matinée par semaine. L’objectif: gagner du temps pour trouver un relogement. «Le problème, cest quil ny a pas de solution de sortie, explique Samuel Mouchard. Les places d’hébergement sont saturées et les solutions de logement durables sont de plus en plus rares, parce que les taux de rotation dans le parc HLM ont baissé. Quant au privé, on ne conseille même pas d’aller voir de ce côté-là. Les ressources sont tellement déconnectées des prix des loyers à Paris…»

Certaines situations s’avèrent ubuesques. Le dossier de Khadija, une vieille dame un peu forte avec de grosses lunettes à double foyer et un hidjab rose, est si énorme qu’elle l’a apporté dans un chariot. En 1994, cinq ans après son arrivée en France, elle divorce et fait mettre à son nom le bail du studio qu’elle occupait avec son mari. À la mort du propriétaire, en 2002, elle cherche en vain un successeur pour continuer à payer son loyer. Mais en 2018, catastrophe, elle est assignée devant le tribunal. Elle découvre alors que son logement a été vendu en 1997, sans que jamais personne ne l’en ait avertie.

Pour la justice, elle est désignée comme squatteuse. Elle fouille dans son dossier, pleure, affolée. Le concours de la force publique pour son expulsion a été accordé dès le 31 mars 2020. Elle doit son sursis à la prolongation de la trêve pendant la pandémie. Cette fois, c’est fini. On lui propose un relogement en résidence sociale. Elle comprend maison de retraite et fond en larmes. «Moi, jai toujours compté que sur moi, jai trop travaillé», chuchote-t-elle. «Vous navez pas vraiment le choix, lui explique la juriste. Je vous mets la pression, je ne fais pas ça par plaisir, mais là, si vous refusez, c’est l’expulsion.»

«Je ne saurais pas vivre à la rue»

«Quest-ce que jai peur», murmure Patrick. Lui, ses problèmes ont commencé en 2012, quand il a eu son cancer. Médecins, hospitalisation, plus de travail, plus de revenus. L’ancien architecte, cheveux blancs mi-longs soigneusement lissés, n’a plus été en mesure de payer le HLM de Paris Habitat, où il habite depuis 1968 et qui lui a été transmis au décès de ses parents. Il a accumulé 10000 euros de dettes et a reçu, le 22 mars, un commandement à quitter les lieux, effectif dès le 1er juin.

«Je suis au minimum vieillesse, mais jai un toit sur ma tête. C’est la seule chose que j’avais. Je ne saurais pas vivre à la rue», confie-t-il dans un sanglot. Il énumère ses problèmes de santé: nodules, rupture des tendons dAchille, problèmes pulmonaires À ses ennuis sajoute une dette quon lui réclame tout à coup, pour une société en faillite depuis 1992 et dont il n’était qu’associé. «Il faut être dedans pour comprendre ce que cest, la misère. Ce que cest que les gens qui ne peuvent même pas se soigner. Moi, les dents, je ne peux plus.» Il regrette d’avoir tardé à demander un logement plus petit: «Hélas, quand tout va bien, on ne sait pas, dit-il. On est égoïste.»

Logement

 

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LOGEMENT

16 Mars 2021, 08:04am

Publié par PCF Villepinte

CGT

Plusieurs organisations syndicales, dont notre organisation, et associations appellent à se mobiliser le 27 mars pour le droit au logement, contre les expulsions et le logement cher. Vingt-et-un pays européens se joindront à cette mobilisation. 

Actuellement, deux millions de personnes rencontrent des difficultés pour payer leur loyer et 14 % de la population a connu des difficultés de logement depuis le premier confinement.

La crise économique liée au coronavirus a entrainé une explosion de la précarité et une augmentation du recours aux aides alimentaires.

Pour répondre à l'urgence, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée en charge du logement, a annoncé le report de la trêve hivernale en juin. « C'est une bombe à retardement, aucune mesure n'a été prise pour prévenir ces expulsions. Le gouvernement n'a prévu aucune revalorisation du Smic, il ne fait rien contre la multiplication des plans de licenciements, rien non plus pour encadrer les loyers », observe Véronique Martin, référante du collectif logement de la CGT.

En 2020, le prix des logements a augmenté plus vite que l’inflation. Les profits issus du logement cher ont à peine diminué, malgré la crise sanitaire et sociale.

Depuis 2000, la courbe des expulsions n’a cessé de grimper : plus de 169 % en dix-huit ans.

Les expulsions pourraient doubler en 2021 par rapport à 2018 (déjà année record), si le gouvernement reste inactif. Les classes populaires, les femmes, les minorités, les réfugiés, les sans-papiers… sont les plus exposés et doivent, pour sortir de la rue, accepter des sous-logements précaires.

Insuffisantes, les lois censées protégées les locataires (encadrement des loyers, gel du loyer à la relocation, normes de décence, surface réelle, limitation d’Airbnb) sont bafouées par une partie des bailleurs privés et des agence, qui veulent accélérer les expulsions, supprimer la trêve hivernale et criminaliser des sans-logis qui occupent des locaux vides.

Aux côtés de Solidaires, de la FSU et d'associations comme le DAL (droit au logement), notre organisation appelle à une journée de mobilisation pour le droit au logement, contre les expulsions et le logement cher. « On exige la mise en place d'un moratoire sur les expulsions locatives et l'application de la loi de réquisition des logements vides », expose Véronique Martin.

Pour rappel, 3 millions de logements sont vacants en France.

Les organisations revendiquent notamment :

un logement abordable, stable, décent, durable et écologique pour tous, sans discriminations ;

 l'arrêt des coupures d’énergie ;

 la fin de la répression contre les sans-abris et des occupants ;

 le respect du droit au logement opposable, du droit à un hébergement décent jusqu’au relogement ;

 la baisse immédiate des loyers et la réalisation annuelle de 200 000 HLM, de logements étudiants (30 % de HLM dans chaque commune en zone tendue, augmentation des aides à la pierre, arrêt des ventes et des démolitions de HLM) et la revalorisation des APL.

La crise du logement n'est pas inéluctable. Le combat prend une envergure européenne, où les mobilisations se sont multipliées. À Berlin, plusieurs dizaines de milliers de locataires ont manifesté et ont obtenu que les loyers privés ne dépassent pas 6 à 12 € le m2 et que des amendes jusqu’à 500 000 € soient délivrées sans délai par la commune contre les bailleurs fraudeurs.

 

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CGT : Prolongation de la trêve hivernale, mais sans réelle perspective pour les mal logés

18 Février 2021, 08:46am

Publié par PCF Villepinte

LOGEMENT

15 février 2021 | Mise à jour le 15 février 2021

Par Christine Morel

En raison de la crise, le gouvernement reporte au 1er juin la fin de la trêve hivernale. Une réponse insuffisante face à l'explosion des impayés de loyers et de charges anticipées par la Fondation Abbé Pierre. Et face au manque de logements sociaux que sa politique a contribué à aggraver.

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Alors que la Fondation Abbé Pierre présentait son 26e rapport sur « L'état du mal-logement en France », le gouvernement a annoncé le 2 février sa décision de reporter de deux mois la fin de la trêve hivernale. Ni expulsions ni coupures d'énergie ne pourront donc être effectuées avant le 1er juin.

Une disposition déjà mise en œuvre à deux reprises l'année dernière, avant qu'il soit décidé qu'aucune expulsion ne pouvait être exécutée sans relogement. Leur nombre a ainsi chuté de 16700 en 2019 à 3500 en 2020. «On va être au moins sur cette ligne, on ne peut pas imaginer, cette année, d'expulsion sèche sans relogement ou au moins hébergement», a annoncé la ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon, devant la Fondation Abbé-Pierre. «En sortie de trêve, il s'agira d'échelonner les expulsions avec le concours de la force publique pour maintenir les personnes fragiles dans leur logement, en indemnisant systématiquement les bailleurs publics ou privés» a-t-elle précisé.

Mais qu'en sera-t-il après? Dans son rapport la Fondation Abbé Pierre met en garde contre les effets de la crise sociale produite par la crise sanitaire. Si leur ampleur est inconnue, la Fondation alerte sur plusieurs signaux très inquiétants et parle d'une «bombe à retardement» concernant le «mal logement».

La situation financière de 32 % des Français s'est dégradée depuis le début de la crise sanitaire

Selon le sondage Ipsos, réalisé en janvier pour la Fondation, la situation financière de 32 % des Français s'est dégradée depuis le début de la crise sanitaire. Les jeunes (43 % des 18-24 ans) et les plus démunis (55 % des allocataires des APL — aides personnalisées au logement) sont les premiers affectés et le recours à l'aide alimentaire est en forte hausse, surtout chez les jeunes.

Si le nombre des impayés de loyers reste inconnu, le sondage Ipsos est parlant : 24 % des locataires ont eu des difficultés pour payer leur loyer, la proportion montant à 42 % chez ceux qui reçoivent des APL. Et 12 % des sondés ont par exemple eu recours à l'aide de proches. In fine, 29 % des Français expriment des craintes liées à leur logement.

Les personnes qui ont vu leur situation se fragiliser sont y compris des personnes relativement protégées en temps normal, mais pour qui perdre de 20 à 30 % de leurs 1200 ou 1500 euros de revenu mensuel est difficilement surmontable (chômage partiel non compensé, arrêt des pourboires, baisse des missions d'intérim, etc.) Si le poste logement représente en moyenne 25 % des dépenses des ménages français, pour les plus modestes et les précaires c'est souvent plus de la moitié.

La «bombe à retardement» des impayés de loyers

Pour les nouvelles victimes de la crise c'est l'engrenage : après avoir pioché dans leurs économies pour payer leur loyer elles restreignent les budgets alimentation, santé… jusqu'à ce que cela ne suffise plus.

Elles viendront donc s'ajouter aux personnes qui étaient déjà en procédure pour impayés de loyer. Or, quand les expulsions locatives reprendront, aux 15000 ou 16000 expulsions annuelles en temps normal s'ajouteront également les personnes non expulsées en 2020, mais qui sont toujours en contentieux. Une véritable «bombe à retardement» alerte la fondation Abbé Pierre qui craint un «quasi-doublement des expulsions locatives» à la fin de la trêve hivernale.

Face à l'attentisme du gouvernement, la Fondation Abbé Pierre exhorte ce dernier à anticiper la situation en créant un fonds national pour les impayés de loyers et de charges afin de venir en aide aux ménages en difficulté. Sauf qu'Emmanuelle Wargon n'en est déjà plus là.

Un manque abyssal de logements sociaux

«Cette prolongation de la trêve hivernale s'accompagne (…) d'un objectif de construction de 250000 logements sociaux en deux ans» a précisé la ministre devant la délégation de la Fondation Abbé Pierre. Car la situation est inquiétante : 2,1 millions de ménages sont déjà en attente d'un logement social et, en prime, à cause de la crise sanitaire, le nombre d'attributions de HLM devrait chuter de 20 % par rapport à l'année dernière. Soit 100000 de moins par rapport à 2019 et autant de ménages supplémentaires sans solution de logement (personnes qui sortiraient d'hébergement d'urgence, sont sans logement, se séparent)

En cause : l'embouteillage dans la chaîne d'attribution des logements sociaux (impossibilité de faire des états des lieux d'entrée et de sortie lors du premier confinement, locataires inquiets pour l'avenir et qui ne déménagent pas…)

Construction de logements sociaux, mixité… depuis plusieurs semaines Emmanuelle Wargon semble vouloir reprendre la main tous azimuts. Entre autres déclarations, le 7 décembre, elle faisait savoir sur RTL que «cette année, pour la première fois, l'État [allait] sanctionner plus de la moitié des villes» qui, ne respectent leur 25 % de logements sociaux obligatoires aux termes de la loi Solidarité et renouvèlement urbain (SRU). En fait, des villes qui sont surtout réfractaires à la mixité sociale que la ministre dit vouloir relancer. Poussant plus avant, le 12 février la ministre déclarait au Figaro : «Cette loi s'arrête en 2025, ma volonté est de la prolonger au-delà de 2025». Et d'annoncer un projet de loi en ce sens.

L'appauvrissement planifié des bailleurs sociaux

Soit. Poussé par la crise, le gouvernement consent à un petit rattrapage en matière de construction de logements sociaux. Il n'a pas pour autant l'intention de revenir sur les décisions désastreuses du quinquennat en matière de politique du logement.

Or, il est évident que le «choc de l'offre» promis par la loi Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (ELAN — 2018) n'a pas eu lieu. Résultat de ses choix politiques, le nombre de permis de construire n'a pas cessé de baisser depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Outre la suppression de l'aide aux maires bâtisseurs ou encore la limitation du prêt à taux zéro, c'est le modèle économique des organismes HLM qui a été attaqué dans l'objectif de les appauvrir.

L'effet ne s'est pas fait attendre puisqu'ils ont été acculés à réduire tant l'entretien de leurs immeubles que la production de logements sociaux. Ainsi leurs recettes ont été lourdement ponctionnées (près de 7 milliards d'euros) pour alimenter le budget de l'État ce dont Action Logement qui gère la Participation des Employeurs à l'Effort de Construction (PEEC) a également été victime (1,3 milliard d'euros en 2021).

Et pendant ce temps-là la réforme des APL entre en application au bénéfice de l'État

Autre dispositif poursuivant le même but, la réduction du loyer de solidarité – RLS appliquée par les bailleurs sociaux aux locataires dont les ressources sont inférieures à un certain plafond – s'est accompagnée d'une baisse des APL (les fameux 5 euros) et d'une réforme de leur mode calcul, selon les revenus les plus récents. Reportée à plusieurs reprises, celle-ci est finalement entrée en vigueur le 1er janvier dernier.

En raison de la crise, elle ne va rapporter à l'État qu'entre 500 et 700 millions d'euros au lieu du 1,2 milliard escompté. Mais sur le fond rien ne change : le principal objectif de cette réforme est «de réaliser des économies sur le dos des ménages les plus modestes» fustige la CGT dans son communiqué. Peu soucieux de la cohésion sociale, le gouvernement se désengage de leur protection.

Son plan de relance de l'économie de 100 milliards d'euros en est d'ailleurs l'illustration. Non seulement il ne prévoit rien pour lutter contre la montée de la pauvreté, mais il n'accorde que des miettes au logement social : 500 millions d'euros d'aide à la rénovation pour les bailleurs sociaux, rien pour qu'ils relancent la construction. Pourtant, ne dit-on pas couramment que «quand le logement va, tout va»?

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