Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

histoire

Poème patriote

14 Juillet 2021, 06:31am

Publié par PCF Villepinte

Au 14-Juillet, ton histoire est la mienne

 

Sabine Aussenac.

 

Comme elle me semble douce, ma belle république,

Celle où voici longtemps bien des vents se calmèrent,

Quand de nos soleils fous aux cent plaines nordiques

Robespierre et Danton d'ennemis furent frères.

Comme elle me semble belle, ma France des flonflons,

Celle qui sait danser sur mille accordéons,

Lorsque de nos villages aux confins de Paname

Un seul peuple festoie de bon cœur et d'une âme.

Comme elle me semble forte, ma belle aux artifices,

Celle où l'on célèbre La Bastille tombée

Aux rythmes des canons et d'idées malmenées,

Quand chaque bourgade fait de Versailles office.

Comme j'aime observer les étoiles explosées

En ciel bas de Bourgogne, ou clément en Olonne,

Lorsque rient les enfants à la lune étonnée

Par tout ce déploiement de Lille en ma Gascogne.

Comme j'aime drapeau et me sens cocardière,

Quand des Champs Elysées à notre Cannebière

Métissages dansants font résonner campagnes,

Et que coulent pastis, Pinaud noir et champagne.

Voir les commentaires

CGT Pourquoi il faut garder la Commune vivante...

14 Juillet 2021, 06:29am

Publié par PCF Villepinte

Voir les commentaires

Avec Marc Ferro, la France perd l’une de ses grandes figures intellectuelles

26 Avril 2021, 09:44am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 25/04/2021 par PCF

 

Avec la disparition de Marc Ferro, la France perd l’un de ses plus grands historiens contemporains, et la gauche perd l’une de ses plus belles figures intellectuelles, toujours au premier rang des batailles pour la justice sociale et l’ égalité républicaine.

 Résistant et maquisard dans le Vercors, Marc Ferro se sera ensuite, toute sa vie, employé à sortir l’histoire des dogmes et des pensées pré-établies. 

C’est ainsi que, de son retour sur la Révolution russe, où il soulignait la profondeur du mouvement populaire qui allait débarrasser la Russie de l’autocratie, à ses études sur les Tabous dans l’histoire ou sur L’Aveuglement, il aura cherché à mettre en évidence l’aspiration des peuples à une autre destinée, tout en montrant la complexité et les contradictions que pouvait rencontrer leur quête d’émancipation.

De son abondante production, qui l’aura entre autres amené à explorer la relation de l’histoire au cinéma, on retiendra particulièrement ses travaux sur le colonialisme et les crimes dont celui-ci se sera rendu coupable envers l’humanité. 

Cet esprit libre, qui se sera toujours refusé à instrumentaliser la recherche historique, aura également été d’innombrables combats pour que la France reste fidèle à ses traditions de fraternité et d’universalisme, héritées de la Révolution française. Au-delà de sa remarquable Histoire de France, il se sera notamment engagé, aux côtés de Léon Poliakov et de Pierre Vidal-Naquet, contre le négationnisme antisémite.

Le Parti communiste français rend hommage à cette grande figure. Qu’il n’ait pas été communiste ne l’aura jamais fait céder aux facilités de l’anticommunisme et de ses falsifications. Et nous savions qu’il serait toujours à nos côtés, dans le grand camp des progressistes, lorsque l’essentiel était en jeu. 

Marc Ferro va terriblement manquer à notre pays, à un moment où celui-ci affronte une nouvelle épreuve historique.  

Fabien Roussel

 

Voir les commentaires

Révolution(s)

19 Mars 2021, 07:40am

Publié par PCF Villepinte

La Commune de Paris, notre héritage.

Sociale.

 «Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteurs et sans exploités.» Les mots de Louise Michel disent, à eux seuls, l’ambition folle et concrète de la Commune de Paris, dont nous célébrons, cette semaine, le 150e anniversaire.

Soyons formels: nous ne «commémorons» pas le début de linsurrection du 18 mars 1871 comme sil sagissait dun cadavre mille fois enterré par les puissants; non, nous fêtons son avènement avec joie et fierté, nous glorifions sa trace dans l’histoire, ses réalisations politiques, démocratiques et sociales, ses idées révolutionnaires et républicaines, ses avancées pionnières qui enfantèrent tant et tant d’héritiers.

Curieuse Commune, n’est-ce pas, qui ne dura que soixante-douze jours et se termina par un échec sanglant, et qui, pourtant, continue de nous inspirer (le peuple de gauche) et de susciter la peur (tous les autres). Car le combat continue. La République, oui, mais la République sociale. Celle qui effraie toujours, quand les communardes et communards inventaient en si peu de temps, tout en marchant vers le danger fatal, une société de justice où chaque humain valait l’autre, un creuset et une matrice où se mêlaient la poudre, les envolées du verbe et les rêves d’un siècle de révolutions avortées.

Bref, une démocratie du peuple par le peule dont les enseignements ne s’épuisent pas au XXIe siècle. D’où cette «place à part dans la mémoire», comme l’écrit l’historien Roger Martelli dans le hors-série de l’Humanité.

Peuple.

 Le bloc-noteur n’étonnera personne en puisant dans Karl Marx quelques références incontournables pour comprendre, à sa juste mesure, l’importance de ce moment, comme écho à notre ici-et-maintenant. Le philosophe écrit: «Merveille de l’initiative révolutionnaire des masses montant à l’assaut du ciel. Il serait évidemment fort commode de faire l’Histoire si l’on ne devait engager la lutte qu’avec des chances infailliblement favorables. (…)

Grâce au combat livré par Paris, la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et son État capitaliste est entrée dans une nouvelle phase. Mais, quelle qu’en soit l’issue, nous avons obtenu un nouveau point de départ d’une importance historique universelle.» Forme politique enfin trouvée qui permet l’émancipation économique du prolétariat, la Commune, selon Marx, bien qu’il la sache alors condamnée, s’inscrit entièrement dans la question de l’État.

Voilà pour lui le premier cas historique où le prolétariat assume sa fonction transitoire de direction, ou d’administration, de la société tout entière. Autrement dit, l’apparition véritable de l’être-ouvrier, du peuple total. En revanche, des possibilités comme des échecs de cette tentative, il en tire la conclusion – déjà formulée auparavant – qu’il convient non pas de «prendre» ou d’«occuper» la machine d’État, mais de la briser.

Hélas, comme nous le savons, Marx na jamais écrit son grand livre sur «la Révolution et l’État» (espace occupé par Lénine), qui a tant manqué aux marxiens du XXe siècle. Il se contenta, si l’on peut dire, de prophétiser: «La Commune, début de la révolution sociale du XIXe siècle, fera le tour du monde (…) comme le mot magique de la délivrance. (…) Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits; ils seront toujours mis à nouveau à l’ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n’aura pas conquis sa libération.»

Honneur.

 Un autre spectre hante l’Europe: le spectre de la Commune. Sorte de résumé à elle seule dun pan entier du communisme dont rêvait l’auteur du Manifeste. Car, les communards, nota Marx, ont transformé l’«impossible» en possible. Et il clama: «Que serait-ce, Messieurs, sinon du communisme, du très “possible” communisme?» L’écrivain Laurent Binet, dans notre hors-série, résume l’affaire d’une formule magistrale et définitive: «L’honneur de la Commune réside aussi dans son actualité brûlante: tout autant que lEmpire, elle est lantithèse directe de la France macronienne.»

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 19 mars 2021.]

 

Voir les commentaires

Un anniversaire d’une puissante actualité

18 Mars 2021, 09:10am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 17/03/2021 par PCF

Ce 18 mars marque le début de la Commune de Paris, qu’il nous revient de fêter allégrement pour ce qu’elle fut, une expérience unique où le peuple de Paris a pris en main son destin pour vivre l’expérience d’une République démocratique, égalitaire et sociale, une République pour le peuple, par le peuple.

Et puisqu’il s’agit du 150e anniversaire de cette séquence essentielle, constitutive de l’Histoire de la Capitale pendant les 72 jours qu’a duré la Commune, de mars à fin mai de cette année 2021 la ville de Paris va vivre au rythme de la mémoire de ces événements. Une programmation riche soutenant une multitude d’initiatives associatives et culturelles invite les Parisiennes et les Parisiens à mieux connaitre, ou même à découvrir cette histoire, dans les arrondissements, dans les rues où l’insurrection fut vécue intensément.

Si nous en doutions, au regard des crispations et vociférations de la droite parisienne à l’annonce de cette commémoration par la Ville, la prise de pouvoir du peuple, pendant ces journées de 1871, par sa transformation radicale du rapport de classe, reste une brèche révolutionnaire encore d’une puissante actualité.

Forts de l’énergie de leur désespoir à la suite d’un siège qui les a affamés, meurtris, les plus humbles des Parisien·ne·s, les ouvriers, le monde du travail, refusant la représentation nationale monarchiste, ont réussi à faire naître et vivre un projet politique organisé et collectif, un espoir au service de l’amélioration de leurs conditions de vie, avec des décrets d’une telle modernité qu’ils sont en total résonance avec beaucoup de nos revendications d’aujourd’hui.

Le projet de société des communardes et communards s’appuyait sur l’aspiration à une démocratie directe avec des élus légitimes, associant des femmes en responsabilités, l’égalité entre femmes et hommes, égalité des salaires aussi. Les femmes furent d’ailleurs très impliquées dans la Commune de Paris. Louise Michel, bien sûr, mais de nombreuses autres que cet anniversaire un peu partout mettra à l’honneur. La Commune de 1871, c’est aussi des expériences d’autogestion, la santé accessible à toutes et tous, l’école gratuite et laïque, la séparation de l’Église et de l’État, ou encore la réquisition des logements vacants pour les plus démunis, la citoyenneté offerte aux étrangers, etc.

Alors oui ce fut bien sûr - les conservateurs d’aujourd’hui s’en effraient encore - aussi des épisodes violents, des édifices brûlés, des membres du clergé tués. Mais violences et exactions s’exprimèrent autant et même plus dans la répression. On le sait, les communardes et communards, les meneuses et meneurs comme les anonymes ont payé cher, au terme des 72 jours, avec les exécutions de la « semaine sanglante », sans compter toutes celles et tous ceux arrêtés et déportés.

La Commune, aussi brève fut-elle, laminée au final par la revanche meurtrière des réactionnaires tous unis contre le peuple de Paris, a néanmoins donné à espérer pour des générations un possible d’un collectif révolutionnaire. Elle a nourri, et nourri encore, l’imaginaire du mouvement ouvrier en France et bien au-delà. À l’époque déjà les gouvernants espagnols s’inquiétaient que des villes comme Barcelone ou Madrid ne s’en inspirent, et bien sûr la République espagnole s’est nourrie de cette inspiration. On put voir ensuite, dans les Brigades internationales, fièrement engagé un bataillon Louise-Michel, un bataillon de La Commune rassemblant des communistes français avec Rol-Tanguy à sa tête et montrant combien la Commune était notre héritage. La libération de Paris en août 1945, dans son engagement populaire, se souvenait encore du courage des communards… Alors, la Commune de Paris, en 2021 plus que jamais, alors que nous vivons l’agonie d’un capitalisme moderne même plus capable d’assurer la survie de toutes et tous pour les exploiter, fêtons-la, oui, pour mieux nous en inspirer !

Tout le programme des 150 ans de la Commune de Paris est accessible sur https://quefaire.paris.fr/ Et, au final, retrouvons-nous pour une grande manif convergeant vers le mur des Fédérés le 28 mai prochain.

Laurence Patrice, adjointe PCF à la Maire de Paris, en charge de la mémoire et du monde combattant

 

Lien de l’événement.

https://quefaire.paris.fr/communedeparis

 

Voir les commentaires

17 mars 1871, Thiers fait arrêter Blanqui

17 Mars 2021, 07:24am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Mercredi 17 Mars 2021

Il y a 150 ans. 

Mathématicienne et écrivaine, Michèle Audin est aussi passionnée par l'histoire et tient un blog sur la Commune de Paris. Nous vous proposons de retrouver quotidiennement sur le site de l'Humanité, jusqu'au 1er juin, sa chronique "Il y a 150 ans". Au jour le jour donc, Michèle Audin va nous raconter les événements de ces mois de mars, avril et mai 1871. Les plus curieux pourront découvrir que cet éphéméride communard a débuté le 7 mai 2020 avec l'article : 8 mai 1870, le dernier plébiscite bonapartiste

Michèle Audin est l'autrice de cinq ouvrages sur le sujet, parus de 2017 à 2021. Deux fictions aux éditions Gallimard, Comme une rivière bleue (2017) et Josée Meunier, 19 rue des Juifs (2021), ainsi que trois livres historiques chez Libertalia. Le dernier La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes propose un nouveau décompte des morts de la Semaine sanglante, allant jusqu'à « certainement 15 000 morts ». Michèle Audin est également  cooptée à l'Oulipo (L'Ouvroir de littérature potentielle) depuis 2009.

Auguste Blanqui a quitté Paris après son « dernier mot » du 12 février. Après Bordeaux (voir notre article du 19 février) où il n’est pas resté, il s’est rendu à Loulié avec sa sœur Mme Barellier, dans la propriété du docteur Lacambre, gendre de celle-ci (nous avons déjà rencontré ce médecin, journaliste, chef de bataillon, neveu et blanquiste dans plusieurs articles de l’automne dernier).

Entre temps, il a été condamné à mort.

Dans son livre L’Enfermé, Gustave Geffroy écrit (les citations sont en italique):

Ceux qui, comme Ranc, l’ont vu à cette époque, non élu député par Paris, condamné à mort par le tribunal militaire, le trouvèrent tout entier à l’idée fixe, ne songeant qu’à la France défaite, à l’Allemagne victorieuse. Cela, pour lui, engageait tout l’avenir, frappait d’avance de stérilité toute insurrection.

Je ne suis pas certaine que Ranc ait vu Blanqui après sa condamnation le 10 mars, mais n’ai pas de doute sur le reste de cette assertion. Geffroy écrit encore:

Puis, la fatigue s’ajoutait chez lui à la douleur, la maladie s’emparait du délicat organisme, de la volonté si résistante pendant les mois du siège. Il voulut un asile, un repos, une solitude où se reprendre. Dans les premiers jours de mars, il part pour Loulié, près de Bretenoux, dans le Lot, vers la maison du docteur Lacambre, qui avait épousé sa nièce. Ceux-ci quittaient leur logis, pour un voyage en Espagne, au jour de l’arrivée de Blanqui: il resta seul avec sa sœur, Mme Barellier. Il avait grand besoin de ses soins, s’alita immédiatement, atteint d’une bronchite aiguë.

Malheureusement, sa présence à Loulié n’était pas passée inaperçue, écrit Dommanget,

depuis que nuitamment avec trois amis, il avait passé la Dordogne en barque, éveillant ainsi les soupçons du batelier, les cancans locaux et l’attention de la gendarmerie voisine de Bretenoux.

Et il ajoute:

On savait aussi que Blanqui correspondait avec les membres les plus actifs du Comité Central de la garde nationale qui commençait à prendre figure de puissance sous l’influence commune des Internationaux et des blanquistes.

Je ne suis pas convaincue que cette influence était si importante… Mais cette correspondance est certainement à l’origine de l’affiche que nous avons vue sur les murs de Montmartre dans notre article du 15 mars et dont parle ensuite Dommanget:

Enfin l’affiche que Blanqui venait de faire placarder à Paris pour protester contre sa condamnation à mort prouvait surabondamment qu’il importait de mettre à l’ombre un dangereux adversaire. À bien des égards, au demeurant, l’appel de Thiers aux « habitants de Paris » affiché dans la nuit du 17 au 18 mars, apparaît comme une riposte et à l’influence grandissante du Comité Central et à la protestation de Blanqui placardée sous forme d’affiche sur les murs de Montmartre.

L’appel de Thiers en question est l’affiche que j’ai utilisée comme couverture de cet article (et qui se trouve ci-dessous, où vous pourrez cliquer sur l’image pour l’agrandir). Mais avant cet affichage, Thiers s’est occupé de faire arrêter Blanqui — la sentence de mort permettrait de s’en débarrasser. Je cite toujours Dommanget:

Sur télégramme du Garde des Sceaux Dufaure, le procureur de la République de Figeac, Célestin Prunières, reçut le 16 mars l’ordre d’arrêter le « Vieux » qu’on surveillait déjà étroitement.

La chose fut exécutée le 17 mars, date que l’histoire doit enregistrer avec soin, car c’est le même jour que Thiers donna l’ordre de désarmer les Parisiens ce qui, on le sait, déclencha la Commune. On est donc en droit de se demander si avant de donner un pareil ordre qu’il savait devoir entraîner de terribles conséquences, le chef du pouvoir exécutif ne voulait pas s’assurer de la personne de Blanqui.

Gustave Geffroy termine la partie « Le siège de Paris » de son livre ainsi:

C’est au lit, dans l’après-midi du 17 mars, qu’il fut arrêté par les soins du procureur de Figeac, sur l’ordre du gouvernement. Il allait définitivement recevoir le salaire de la haute intelligence et des purs sentiments qu’il prouva pendant le siège de Paris.

Et il commence la partie suivante, « Château du Taureau », par cette phrase:

Ce qui se passa ensuite stupéfiera l’avenir.

Il s’agit des conditions de l’emprisonnement d’Auguste Blanqui, bien sûr. Mais ce qui se passa ensuite, c’est aussi, après l’après-midi du 17 mars, la nuit du 17 au 18… où, à Paris, fut affichée, comme l’a dit Dommanget, l’infâme affiche de l’infâme Thiers. La (re)voici si vous voulez la lire (cliquer pour agrandir):

 

(Elle vient du musée Carnavalet.)

Nous verrons demain 18 mars ce qu’en dirent les habitants de Paris!

Livres cités

Geffroy (Gustave)Blanqui L’Enfermé, L’Amourier (2015).

Dommanget (Maurice), Blanqui, la guerre de 1870-71 et la Commune, Domat (1947).

Voir les commentaires

15 mars 1871, protestations de Blanqui et de Flourens sur les murs de Montmartre

15 Mars 2021, 09:20am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Lundi 15 Mars 2021

IL Y A 150 ANS. 

Mathématicienne et écrivaine, Michèle Audin est aussi passionnée par l'histoire et tient un blog sur la Commune de Paris. Nous vous proposons de retrouver quotidiennement sur le site de l'Humanité, jusqu'au 1er juin, sa chronique "Il y a 150 ans". Au jour le jour donc, Michèle Audin va nous raconter les événements de ces mois de mars, avril et mai 1871. Les plus curieux pourront découvrir que cet éphéméride communard a débuté le 7 mai 2020 avec l'article : 8 mai 1870, le dernier plébiscite bonapartiste

Nous l’avons vu (dans notre article du 10 mars), un conseil de guerre a condamné à mort par contumace les citoyens Blanqui et Flourens pour cause de 31 octobre. Quelques jours après, la presse rapporte que tous deux ont fait afficher des protestations sur les murs de Montmartre, « près de leurs chers canons », dit le Journal des Débats. Et un autre, Paris-Journal, va recopier ces protestations. Je les ai copiées dans Le Messager de Paris (daté du 17 mars). Les citations sont en italique.

Voici le texte de Gustave Flourens:

Citoyens,

En présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions.
L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne, le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi. D’ailleurs, j’ai appris par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs.
Si le mien peut servir à laver la France de ses souillures et à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et massacreurs de janvier.

Salut et fraternité.

G. FLOURENS.

Et voici la proclamation du citoyen Blanqui — envoyée par la poste à un de ses amis? Nous l’avons dit dans notre article du 19 février, Auguste Blanqui se trouve à Loulié, près de Figeac (voir aussi notre article à venir du 17 mars):

Citoyens,

Le 4 septembre, un groupe d’individus qui, sous l’empire, s’était créé une popularité facile, s’était emparé du pouvoir. À la faveur de l’indignation générale, ils s’étaient substitués au gouvernement pourri qui venait de tomber à Sedan. Ces hommes étaient les bourreaux de la République de 1848. Cependant, à la faveur du premier moment de surprise, ils se sacrèrent arbitres de la destinée de la France. Les vrais républicains, ceux qui, sous tous les gouvernements avaient souffert pour leurs croyances, virent avec douleur cette usurpation des droits de la nation. Pourtant le temps pressait, l’ennemi approchait: pour ne pas diviser la nation, chacun se mit de toutes ses forces à l’œuvre de salut. Espérant que l’expérience avait appris quelque chose à ceux qui avaient été pour ainsi dire les créateurs de l’empire, les républicains les plus purs acceptèrent sans murmurer de servir sous eux, au nom de la République.

Qu’arriva-t-il? Après avoir distribué à leurs amis toutes les places où ils ne conservaient pas les bonapartistes, ces hommes se croisèrent les bras et crurent avoir sauvé la France. En même temps l’ennemi enserrait Paris d’une façon de plus en plus inexorable, et c’était par de fausses dépêches, par de fallacieuses promesses que le gouvernement répondait à toutes les demandes d’éclaircissement.

L’ennemi continuait à élever ses batteries et ses travaux de toute sorte, et à Paris, 300,000 citoyens restaient sans armes et sans ouvrage, et bientôt sans pain sur le pavé de la capitale.
Le péril était imminent, il fallait le conjurer. Or, au gouvernement issu d’une surprise, il fallait substituer la Commune, issue du suffrage universel. De là le mouvement du 31 octobre. Plus honnêtes que ceux qui ont eu l’audace de se faire appeler le gouvernement des honnêtes gens, les républicains n’avaient pas ce jour-là l’intention d’usurper le pouvoir. C’est du peuple, réuni librement devant les urnes électorales, qu’ils en appelaient du gouvernement incapable, lâche et traître. Au gouvernement issu de la surprise et de l’émotion populaire, ils voulaient substituer le gouvernement issu du suffrage universel.

Citoyens,

C’est là notre crime. Et ceux qui n’ont pas craint de livrer Paris à l’ennemi avec sa garnison intacte, ses forts debout, ses murailles sans brèche, ont trouvé des hommes pour nous condamner à la peine capitale.
On ne meurt pas toujours de pareilles sentences. Souvent on sort de ces épreuves plus grand et plus pur. Si l’on meurt, l’histoire impartiale vous met tôt ou tard au-dessus des bourreaux qui, en atteignant l’homme, n’ont cherché qu’à tuer le principe.

Citoyens,

Les hommes ne sont rien, les principes sont seuls immortels. Confiant dans la grandeur et dans la justice de notre cause, nous en appelons du jugement qui nous frappe au jugement du monde entier et de la postérité. C’est lui qui, si nous succombons, fera, comme toujours, un piédestal glorieux aux martyrs de l’échafaud infamant élevé par le despotisme ou la réaction.

Vive la République !

BLANQUI.

Ce texte, sous le titre de « Proclamation Blanqui », sera re-publié dans le Journal officiel (qui sera alors celui de la Commune) le 21 mars.

Eh bien les voici, « leurs chers canons ». Je ne sais pas dans quel périodique est parue l’image de couverture, mais elle est aujourd’hui au musée Carnavalet.

 

 

Voir les commentaires

10 mars 1871, condamnés!

11 Mars 2021, 07:52am

Publié par PCF Villepinte

la chronique de michèle audin

-Arts

Mercredi 10 Mars 2021

Il y a 150 ans.  Mathématicienne et écrivaine, Michèle Audin est aussi passionnée par l'histoire et tient un blog sur la Commune de Paris. Nous vous proposons de retrouver quotidiennement sur le site de l'Humanité, jusqu'au 1er juin, sa chronique "Il y a 150 ans". Au jour le jour donc, Michèle Audin va nous raconter les événements de ces mois de mars, avril et mai 1871. Les plus curieux pourront découvrir que cet éphéméride communard a débuté le 7 mai 2020 avec l'article : 8 mai 1870, le dernier plébiscite bonapartiste

Michèle Audin est l'autrice de cinq ouvrages sur le sujet, parus de 2017 à 2021. Deux fictions aux éditions Gallimard, Comme une rivière bleue (2017) et Josée Meunier, 19 rue des Juifs (2021), ainsi que trois livres historiques chez Libertalia. Le dernier La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes propose un nouveau décompte des morts de la Semaine sanglante, allant jusqu'à « certainement 15 000 morts ». Michèle Audin est également  cooptée à l'Oulipo (L'Ouvroir de littérature potentielle) depuis 2009.

Le 31 octobre dernier s’est déroulée une journée — une soirée — insurrectionnelle. Un certain nombre de militants révolutionnaires ont été arrêtés. Parmi eux, Lefrançais, Vermorel, Pillot et Vésinier ont été acquittés le 24 février (voir nos articles des 23 et 24 février). On a aussi acquitté « l’Affiche rouge » de janvier le 7 mars. Comme dit Jules Vallès,

« Les gens de la Défense en sont, jusqu’à présent, pour leur courte honte. »

Il reste cependant treize inculpés à juger (voir notre article du 7 mars): on continue donc à « juger le 31 octobre » au cours de deux audiences qui ont lieu les 9 et 10 mars.

Six des inculpés sont présents,

  • Maurice  Joly, avocat à la Cour d’appel, demeurant à Paris, boulevard Saint-André, 3.
  • Victor Jaclard, professeur de mathématiques, adjoint à la mairie du dix-huitième arrondissement, demeurant à Paris, rue Bergère, 30.
  • Gabriel Ranvier, artiste peintre, chef du 141e bataillon de la garde nationale, demeurant à Paris, rue Oberkampf, 104.
  • Jules Vallès, homme de lettres, demeurant à Paris, rue de Belleville, 19.
  • Léonidas Jénart, marchand d’huiles, demeurant à Paris, rue Saint-Ambroise, 15.
  • Henri Bauër, étudiant en droit, demeurant à Paris, avenue de la Grande-Armée.

Les sept autres sont

  • Auguste Blanqui, homme de lettres, demeurant à Paris, rue du Temple, 191
  • Gustave Flourens, homme de lettres, chef de bataillon de volontaires de la garde nationale, demeurant à Paris, rue de Puebla, 137.

Théodore Régère de Montmore, ex-capitaine adjudant-major du 248e bataillon de la garde nationale, demeurant à Paris, quai Saint-Michel, 15.

Émile Eudes, étudiant, demeurant à Paris, rue des Charbonniers, 10.

Edmond Levraud, chef du 204e bataillon de la garde nationale, demeurant à Paris, place Voltaire, 1.

Edmond Goupil, docteur médecin, demeurant à Paris, rue de Vaugirard, 63.

Victor Cyrille, chimiste, demeurant à Paris, rue de l’Échiquier, 13.

Je laisse Jules Vallès vous raconter ce qui lui arrive. C’est une citation (en italique) de L’Insurgé (rappel: Vingtras est le nom que se donne Vallès dans ce roman autobiographique):

— Toi, Vingtras, tu en auras bien pour six mois.

J’en aurai peut-être pour six mois, ça, c’est possible; seulement je vous fiche mon billet que je m’arrangerai pour ne pas les faire!

Être pris en ce moment et coffré, ce serait peut-être la transportation à bref délai, l’enlèvement un soir de révolte au faubourg, et le départ en catimini pour Cayenne — si ce n’était tout simplement la mort, sous le coup de pistolet d’un municipal las d’une journée d’émeute, ou même l’exécution en règle contre un mur du chemin de ronde.
Le vent est aux fusillades, et dans la soûlaison du triomphe, pendant la fureur d’une lutte indécise, gare aux prisonniers!…

Il serait dur de disparaître ainsi.
La porte n’est encore qu’entre-bâillée pour ces abattages sommaires — mais, en dehors du néant, la claustration serait déjà trop pesante!

Qui sait si les bruits de la ville parviendraient jusqu’à moi; si, à travers les barreaux de ma cellule, glisseraient les éclairs de la tempête? Je ne saurais donc rien? je n’entendrais rien?…

pendant que se déciderait le sort des nôtres, qu’ils joueraient leur vie et qu’on les décimerait!

Aussi, fera qui voudra son Silvio Pellico [prisonnier!]: moi, je vais tâcher de leur filer entre les doigts !
Ça ne sera pas difficile.

Nous sommes accusés libres. C’est de nous-mêmes que nous sommes venus nous offrir à la condamnation. Aussi nous garde-t-on mollement.

Il y a, à ma gauche, une vieille brisque de sergent, droit comme un chêne, avec des moustaches terribles qui, à deux ou trois reprises, ont failli m’éborgner; il a la tête de plus que moi.
Mais il me regarde — d’en haut — sans colère, et presque avec bonhomie, quoiqu’en mâchant rageusement des bouts de phrases comme s’il chiquait des cailloux.

Le Conseil s’est retiré pour délibérer.

Dans les coins, on jase, on discute. Je n’ai plus que quelques minutes de liberté, peut-être; j’en vais profiter pour jaser et discuter comme les autres… pour regarder surtout si la porte est ouverte ou fermée.

Vlan! dans l’œil! C’est la moustache du voisin qui m’aveugle pour la quatrième fois. Seulement, ce coup-ci, j’ai compris ce qu’il me grognonne aux oreilles depuis un bon quart d’heure.
— Mais, nom de Dieu ! mon garçon, foutez-donc le camp !
— Merci, l’ancien ! On va tâcher.
Le seuil est franchi, me voilà dans la rue. Tout comme à La Villette, je m’éloigne avec nonchalance, je fais celui qui se promène, puis prends ma course au tournant du premier carrefour.
Et j’ai trouvé asile à deux pas de là, non loin de la prison où je devrais être.
Le lendemain, un camarade que j’ai fait avertir m’apporte le verdict. J’en ai pour six mois, bel et bien — et de cela je me soucie comme d’une guigne!

Avant de le laisser nous expliquer pourquoi il s’en soucie comme d’une guigne, voici des informations sur les autres accusés. Cette fois, c’est Maurice Dommanget qui donne l’information et la commente (toujours en italique):

Maurice Joly, Jaclard, Ranvier, Bauër, Régère et Eudes s’en étaient tirés par l’acquittement; le docteur Goupil avait récolté deux ans de prison et Vallès six mois. Blanqui, avec Flourens, Éd. Levraud et Victor Cyrille avait été condamné à la peine capitale. La sentence prononcée à l’unanimité reconnaît Louis-Auguste Blanqui « homme de lettres » coupable d’attentat ayant pour but d’exciter à la guerre civile et coupable, en outre, de complicité de séquestration sur la personne des membres du gouvernement.

Ce procès arrivant au lendemain de la capitulation apparut plutôt comme un anachronisme. Il n’émut qu’à demi l’opinion. Mais l’annonce des condamnations à mort, d’une rigueur en quelque sorte rétrospective, étonna, irrita, puis exaspéra la population des faubourgs. On ne pouvait croire que le nouveau gouvernement prendrait au sérieux des condamnations aussi graves. Du reste, les peines prononcées par contumace sont toujours plus lourdes que celles prononcées contre les accusés présents.

Voilà donc quatre condamnés à mort, dont Flourens et Blanqui. Mais… Mais, dit Vallès,

Mais les soudards de l’état de siège ont, d’un trait de plume, biffé six feuilles socialistes, dont Le Cri du peuple qui en était à son dix-huitième numéro, et qui marchait rudement, le gars!
Le Ferry s’est vengé.
 [Voir, dans notre article du 7 mars, ce dont il avait à se venger.] Je suis libre, mais mon journal est mort.
Il ne s’est pas vengé que de moi, par malheur! La clémence du conseil de guerre était une feinte, le 31 octobre vient d’être frappé de la peine capitale : — Blanqui et Flourens sont condamnés à mort.

Tant mieux!… puisqu’ils sont hors d’atteinte.

Pas tous… et pas pour longtemps!

La gravure, signée par Leriverend et Dochy, est une reproduction d’une photographie de Jules Vallès par Étienne Carjat, probablement plus tardive, je l’ai copiée sur le site de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), .

Livres cités

Vallès (Jules)L’Insurgé, Œuvres, Pléiade, Gallimard (1989).

Dommanget (Maurice), Blanqui, la guerre de 1870-71 et la Commune, Domat (1947).

Cet article a été préparé en août 2020.

 

Voir les commentaires

la commune de Paris

9 Mars 2021, 07:42am

Publié par PCF Villepinte

 

Il y a 150 ans, la Commune de Paris « à l’assaut du ciel »

l'Humanité Mardi 9 Mars 2021

Maurice Ulrich

Dans son nouveau hors-série multipliant portraits et analyses, l’Humanité raconte les soixante-douze jours de l’insurrection, ses ambitions et ses résonances aujourd’hui. Et fait une place inédite aux grandes figures féminines et aux anonymes qui en furent les âmes emplies d’espoirs.

« E lles ont pâli, merveilleuses, au grand soleil d’amour chargé, sur le bronze des mitrailleuses, à travers Paris insurgé.» On connaît ces vers sublimes de Rimbaud dans son poème les Mains de Jeanne-Marie, qui inspireront au grand compositeur italien Luigi Nono une cantate, Al gran sole carico d’amore, jouée pour les cent ans de la Commune sur la Grande Scène de la Fête de l’Humanité. Le jeune homme a 17 ans, il revient à Paris juste après la « semaine sanglante » et a sous les yeux les femmes de la Commune enchaînées, en partance pour les prisons et le bagne.

close

volume_off

Élisabeth Dmitrieff y échappera après avoir combattu jusqu’aux dernières heures. Combattant lui aussi et plus tard historien de ces heures, Prosper-Olivier Lissagaray la décrit: «Vers trois heures de l’après-midi, le membre de la Commune Frankel arriva à la mairie du 11e , le bras en écharpe et ensanglanté. Ce jeune homme, un des membres les plus intelligents de la Commune, avait été blessé aux barricades de la Bastille. M me  Dmitrieff l’accompagnait. Grande, les cheveux d’or, admirablement belle, elle soutenait le blessé dont le sang coulait sur sa robe élégante. Plusieurs jours durant elle se prodigua aux barricades.» La jeune femme a 20 ans. Née en Russie, très cultivée, engagée très tôt dans les cercles révolutionnaires, ayant déjà connu la prison, elle est l’envoyée de Karl Marx à Paris…

hors-série exceptionnel de 124 pages:  Un espoir mis en chantier.

 

Hommes et femmes se battent pied à pied, au corps-à-corps

Il faut imaginer, derrière l’évidente fascination de Lissagaray empreinte de cette beauté tragique, comment le lui reprocher, ces heures terribles quand finit, face aux troupes versaillaises, cette aventure unique dans l’histoire des soixante-douze jours de la Commune de Paris, allée «à lassaut du ciel». Hommes et femmes se battent pied à pied, au corps-à-corps. La répression est d’une violence inouïe, bestiale. Les hommes sont collés au mur et immédiatement fusillés. Les femmes sont traînées dans les geôles, parfois violées, des enfants sont tués. On chiffre à 20000, peut-être 30000, le nombre de morts de la semaine. Les survivants prendront pour les plus chanceux le chemin de lexil, les autres celui du bagne, à Cayenne.

Le hors-série de l’Humanité, qui paraît aujourd’hui même, bellement illustré par des documents, des photographies, une bande dessinée restituant pleinement l’époque, les silhouettes du dessinateur Dugudus qui seront aussi collées les jours prochains dans Paris, veut être plus qu’un numéro célébrant une histoire morte. Il entend porter témoignage, mais aussi prolonger les échos, comme le dit son titre d’ «un espoir mis en chantier». Avec la Commune, écrit l’historien Roger Martelli, dans un récit très fourni de ce qu’il décrit comme une onde de choc politique et sociale qui traverse l’histoire, «le rêve dessine les contours dun possible concret, la première matérialisation dun gouvernement populaire, même sil sagit plus dune ébauche que dun projet achevé (). La Commune a fasciné par ce qu’elle a osé et par ce qu’elle a réalisé, mais elle a aussi fait réfléchir parce qu’elle a fini par échouer». Marx et Jaurès, de ce point de vue, en tireront des leçons également évoquées dans ce numéro exceptionnel.

Un événement qui reste «une balise de la lutte des classes»

Ce qu’elle a osé et réalisé, Patrick Le Hyaric dans son éditorial et l’écrivain Laurent Binet le rappellent. Suffrage universel, élections libres, séparation de l’Église et de l’État, école publique gratuite, annulation des loyers impayés, développement des associations et organisations syndicales, interdiction de la prostitution, etc. Reste, au premier chef, écrit Patrick Le Hyaric, «des héritages multiples quelle nous laisse, la force de linitiative populaire, la capacité d’imagination et d’invention proprement révolutionnaire des travailleurs lorsqu’ils s’érigent en pouvoir autonome». La Commune reste en cela «une balise de la lutte des classes». Une lutte des classes qui n’a rien à voir avec une vision étriquée. Ainsi, au-delà des grandes figures comme Gustave Courbet, qui paiera très cher son engagement, des milliers d’artistes participeront à l’insurrection et à ses institutions. On compte dans ses assemblées élues un artiste sur dix.

à découvrir la chronique de Michèle Audin : La Commune de Paris au jour le jour. La fédération républicaine de la garde nationale et ses statuts

Mais ce que ce hors-série met en avant, d’une façon sans doute inédite, c’est le rôle des femmes dans le déroulement des événements. Nous avons cité Élisabeth Dmitrieff. Des pages de portrait sont consacrées à Louise Michel, évidemment, mais aussi à Nathalie Le Mel qui vécut à ses côtés leurs années de bagne, qui fut à la tête de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, syndicaliste et proche d’Eugène Varlin, qu’un rapport de police avait auparavant décrite ainsi: «Elle soccupe de politique et lit de mauvais journaux.» Portraits aussi d’Anna Jaclard, aristocrate russe, écrivaine, proche à la fois de Dostoïevski qui voulut l’épouser et de Marx, Paule Mink qui fonde la Société fraternelle des femmes ouvrières de Paris… Mathilde Larrère, historienne, cite aussi les paroles de l’une d’elles, André Léo: «Il faudrait raisonner un peu: croit-on pouvoir faire la révolution sans les femmes? Voilà quatre-vingts ans quon essaie et quon nen vient pas à bout. Pourquoi cela? Cest que beaucoup de républicains n’ont détrôné l’empereur et le bon Dieu que pour se mettre à leur place; il leur faut des sujettes.»

Mais les femmes de la Commune, celles que la réaction et même des écrivains, pour leur indignité, décriront comme des chiennes, des pétroleuses, sont des milliers. Dans son article appelé « Elles, les femmes à l’avant-garde », Claudine Rey, présidente d’honneur des Amies et amis de la Commune écrit: «Nombre de ces Parisiennes sont des ouvrières (sur 114000 emplois ouvriers, on recense 62000 femmes). Pour plus de treize heures par jour, elles touchent la moitié du salaire dun homme. Les ateliers sont sans air et sans lumière. Elles sont exploitées et parce quouvrières, elles sont considérées comme des moins que rien...» Elles subissent souvent le droit de cuissage et nombre d’entre elles doivent avec la prostitution faire ce qu’on appelle le cinquième quart de leur journée. «Dès le premier jour de la Commune, écrit-elle encore, les femmes la protègent. Elles mettent en elle tous leurs espoirs.»

Le 17 mars, ce sont d’abord des femmes qui s’opposeront aux troupes venues priver Paris de ses canons. C’est alors que commence la Commune.

Voir les commentaires

L’Humanité célèbre avec vous le 150ème anniversaire de la Commune de Paris.

7 Mars 2021, 14:13pm

Publié par PCF Villepinte

 
 
Commandez sans attendre le Hors-série « spécial 150 ans de la Commune de Paris : Un espoir mis en chantier ».
 
 

Phare d’espoir pour les opprimés, spectre effrayant pour les possédants, la Commune de Paris reste une balise de la lutte des classes. Cent cinquante ans après cette expérience politique pionnière, une telle persistance interroge. Antiraciste et internationaliste, sociale, démocratique, féministe, laïque… la Commune a laissé de nombreux héritages, à commencer par cette radicalité concrète qui continue d’inspirer la visée communiste. Revivez ces 72 jours de révolution, l’histoire de leurs acteurs et la richesse des débats qui leur succédèrent.
 
124 pages – 8,90 €
 
Commander

Voir les commentaires

1 2 3 > >>