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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

devoir de memoire

12 avril 1871, des femmes, encore un étranger, un renégat et une lettre de Londres

13 Avril 2021, 06:28am

Publié par PCF Villepinte

Lundi 12 Avril 2021

IL Y A 150 ANS. 

D’abord Marguerite Lachaise, dont j’ai déjà utilisé la photographie en couverture d’un article ancien et dont avant-avant-hier on lisait le nom dans le Journal officiel:

Aux citoyens membres de la Commune de Paris

Les citoyens soussignés, appartenant au 66e bataillon de la garde nationale de Paris, déclarent que Marguerite Gainder, épouse Lachaise, cantinière audit bataillon, demeurant rue Sedaine 65, a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et panser les nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical.

En foi de quoi, citoyens membres de la Commune, nous venons appeler votre attention sur ces actes, afin qu’il soit rendu justice au courage et au désintéressement de cette citoyenne, républicaine des plus accomplies.
Salut et fraternité.

Ce qui est suivi de soixante-treize signatures. La virilité est une qualité appréciée…

Dans un article intitulé « Les héroïnes de la Révolution » du numéro suivant du même Journal officiel, à la suite de différentes « héroïnes » de l’insurrection de juin 1848, sont mentionnées plusieurs cantinières « héroïques » de ces derniers jours, une cantinière qui, frappée à la tête, est revenue au combat, une femme énergique qui a tué plusieurs gendarmes et gardiens de la paix (celle-ci n’est pas nommée mais combattait avec le 61e, un bataillon de Montmartre, et je vous laisse deviner qui elle pouvait être), une autre, cantinière, qui se battait au plateau de Châtillon, celle du 68e qui a été tuée, la citoyenne Eudes, etc., etc.

Comme certainement vous le savez, c’est hier 11 avril que s’est formée l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, mais j’en ai déjà parlé, là, et j’en reparlerai (voir les articles du 24 avril et du 5 mai). Si cette organisation va travailler main dans la main avec Leo Frankel, à la délégation au travail, que nous avons vu accueilli à la Commune bien qu’étranger, c’est d’un autre étranger qu’il est question ici (Journal officiel du 11 avril):

Citoyens,


Nous apprenons que certaines inquiétudes persistent, dans la garde nationale, au sujet du citoyen Dombrowski, nommé commandant de la place. On lui reproche d’être étranger et inconnu de la population parisienne.  En effet, le citoyen Dombrowski est Polonais. Il a été élu chef principal de la dernière insurrection polonaise, et a tenu tête à l’armée russe pendant plusieurs mois.

Il a été général, sous les ordres de Garibaldi, qui l’estime tout particulièrement. Dès qu’il devint commandant de l’armée des Vosges, le premier soin de Garibaldi fut de demander le concours du citoyen Dombrowski. Trochu refusa de le laisser partir de Paris, et le fit même incarcérer.

Le citoyen Dombrowski a également fait la guerre du Caucase, où il défendait, comme ici, l’indépendance d’une nation menacée par un ennemi implacable. Le citoyen Dombrowski est donc incontestablement un homme de guerre et un soldat dévoué de la République universelle.

La Commission exécutive de la Commune

Nous le verrons (dans notre article du 7 mai), celui-là n’a pas toujours marché main dans la main avec les femmes…

Et le renégat? Le mot n’apparaît pas dans la résolution du Conseil fédéral de l’Association internationale des travailleurs, qui  tient séance aujourd’hui 12 avril, mais il est bien dans un article d’Henri Goullé dans le numéro du 16 avril de l’hebdomadaire La Révolution politique et sociale. Voici la résolution:

À l’unanimité le conseil fédéral adopte la résolution suivante

Considérant que le sieur Tolain, nommé à l’Assemblée nationale pour représenter la classe ouvrière, a déserté sa cause de la manière la plus lâche et la plus honteuse, le Conseil fédéral parisien de l’Internationale le rejette de son sein, et propose au Conseil général de Londres de consacrer cette expulsion.

Et quelques extraits de l’article d’Henri Goullé:

[La bourgeoisie] se dit au fond de sa conscience que Thiers est un homme habile; elle compte sur la division dans notre camp elle a gagné Langlois, et un renégat, Tolain. Ce Tolain, soi-disant socialiste, auquel elle croit une grande position auprès du conseil général de Londres.

Nous qui n’entendons rien aux finesses politiques de Thiers, nous comprenons qu’on espère en Tolain comme en un puissant élément de discorde, destiné à égarer les prolétaires dans un socialisme césarien dont il serait le chef.
Chef à la dévotion et sans cesse dans la main de la bourgeoisie. Il est vrai que la bourgeoisie ignore que nous ne reconnaissons aucun chef et que notre seule force consiste à n’en avoir jamais eu.
[…]
Tolain et Langlois, courtisans de la classe riche, ont renié la classe pauvre! 
L’arrêt est prononcé, nous ne les connaissons plus. Sous l’empire nous crûmes à de la faiblesse. Aujourd’hui, nous les voyons à Versailles acceptant, en appointements, le prix de notre sang.

Et bien entendu, le Conseil général de l’Association à Londres a approuvé l’expulsion de Tolain dans sa séance du 25 avril.

Puisque nous sommes à Londres et le 12 avril, je ne résiste pas au plaisir de vous citer un extrait d’une lettre célèbre écrite, justement à Londres, justement ce jour-là.

[…]
Si tu relis le dernier chapitre de mon 18 Brumaire, tu verras que j’y exprime l’idée suivante: la prochaine tentative révolutionnaire en France ne devra pas, comme cela s’est produit jusqu’ici, faire changer l’appareil bureaucratico-militaire de main, mais le briser. Et c’est la condition préalable de toute véritable révolution popu­laire sur le continent. C’est bien là d’ailleurs ce que tentent nos héroïques camarades parisiens.

Quelle souplesse, quelle initiative historique, quelle capacité de sacrifice chez ces Parisiens! Après avoir été, pendant six mois, affamés et désorganisés par la trahison intérieure plus encore que par l’ennemi extérieur, voilà qu’ils se soulèvent, sous la menace des baïonnettes prussiennes, comme si l’ennemi n’était pas toujours aux portes de Paris, comme s’il n’y avait pas eu de guerre entre la France et l’Allemagne! L’histoire ne connaît pas d’autre exemple de pareille grandeur!

S’ils succom­bent, ce sera uniquement pour avoir été « trop gentils ». Il eût fallu marcher tout de suite sur Versailles, une fois que Vinoy d’abord, puis la fraction réactionnaire de la Garde nationale de Paris eurent d’eux-mêmes laissé le champ libre. Par scrupules de cons­cience, on laissa passer le moment opportun. On ne voulait pas déclencher la guerre civile, comme si ce mischievous [je dirais « malfaisant » — la lettre est écrite en allemand, le mot est en anglais dans le texte] avorton de Thiers ne l’avait pas déjà déclenchée en tentant de désarmer Paris!

Deuxième faute: le Comité central résilia ses pouvoirs trop tôt, pour faire place à la Commune. Encore par un souci excessif « d’honnêteté »! Quoi qu’il en soit, l’actuel soulève­ment de Paris, même s’il succombe sous l’assaut des loups, des porcs et des sales chiens de la vieille société — est l’exploit le plus glorieux de notre parti depuis l’insurrection parisienne de juin 48.

Que l’on compare les Parisiens se lançant à l’assaut du ciel aux esclaves célestes du Saint-Empire romain prusso-germanique, avec ses mascarades posthumes et ses relents de caserne et d’église, de féodalité racornie et surtout de bourgeoisie philistine.
[…]

Le destinataire est un médecin de Hanovre, Ludwig Kugelmann, l’auteur est, bien sûr, Karl Marx.

Livres utilisés ou cités

Les séances officielles de l’Internationale à Paris pendant le siège et pendant la Commune, Lachaud (1872).

Marx (Karl) et Engels (Friedrich), Correspondance, Éditions sociales (1985).

Cet article a été préparé en novembre 2020

 

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Déportation : entretenir la mémoire

12 Avril 2021, 11:16am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 07/04/2021 par PCF

Que devons-nous faire de la mémoire des déportés de la Seconde Guerre mondiale, les 89 390 déportés résistants, politiques, raflés, otages, et parfois droits communs et les 74 182 juifs déportés de France ?

Côté État, c’est l’atonie. La journée nationale qui célèbre chaque année, fin avril, la mémoire des victimes de la déportation dans les camps de concentration et d’extermination nazis lors la Seconde Guerre mondiale se résume à des dépôts de gerbes et à la lecture d’un texte rédigé en commun par la Fondation de la Mémoire de la Déportation, les deux Fédérations d’anciens déportés et leurs Associations.

Une autre journée, internationale celle-ci, est consacrée aux victimes de la Shoah, chaque 27 janvier, date anniversaire de la libération d’Auschwitz. Elle est, en Allemagne, un fort moment de Mémoire, et à Berlin comme dans les Länder, les Parlements se réunissent pour entendre des témoignages de victimes des nazis et de l’holocauste ou des réflexions de haute tenue.

Un Concours national de la Résistance et de la Déportation existe depuis 1961. Il s’adressait aux élèves de troisième, première et terminale jusqu’à une date récente, et les thèmes sur lesquels devaient réfléchir et travailler les élèves étaient alternativement ouverts à des réflexions sur la Résistance et la Déportation. Désormais, pour rester en concordance avec les programmes scolaires, il vise essentiellement les élèves de troisième, qui concourent sur un thème national grâce à l’engagement de professeurs dévoués. Il est en perdition.

Faire vivre cette mémoire est un besoin. C’est une mémoire de la barbarie qui est restée longtemps indicible et inaudible parce qu’effroyable et incroyable. Mais c’est aussi une mémoire qui a porté l’espérance d’un monde nouveau, d’un monde meilleur. Marcel Paul, à Buchenwald libéré depuis 6 jours, voyait les communistes « conduire le peuple à la liquidation de ses misères ». Des jeunes juifs, sauvés d’Auschwitz par leur transfert à Buchenwald, souhaitaient créer un kibboutz - ce qu’ils allaient faire en juin -, et ce kibboutz Buchenwald allait incarner le rêve partagé des survivants et combler le fossé entre les pertes du passé et les espoirs, comme les défis du futur.

À Buchenwald encore, mais à Mauthausen aussi, des Serments furent pris par les survivants pour éradiquer du monde fascisme et barbarie, mais encore « lutter contre l’impérialisme (…) sur les bases sûres de la fraternité internationale » (Mauthausen).

Le monde nouveau a été marqué par la bombe atomique, par la guerre froide, par la guerre d’Indochine puis celle d’Algérie, par des luttes de libération nationale qui rappelaient le monde d’avant, et nous sommes passés de la IVe à la Ve République.

Quand il n’y avait pas désarroi et capitulation, les engagements pris dans les camps ont suivi. Ils étaient différents - question d’interprétation -, mais tous ont été marqués par la fraternité du souvenir et l’humanité des consciences.

En 2015 Germaine Tillion, missionnée en Algérie, et Geneviève de Gaulle, présidente d’ATD-Quart Monde, toutes deux déportées à Ravensbrück sont entrées au Panthéon. Il a manqué Marie-Claude Vaillant-Couturier qui, de Ravensbrück elle aussi, pensait au « grand désir de neuf, de reconstruction sur une base nouvelle, enfin ! Surtout parmi la jeunesse. »

Quel geste fort pourrait prouver l’intérêt renouvelé de la République pour cette mémoire ?

C’est sans aucun doute vers l’éducation qu’il faut se tourner. L’école est le principal vecteur des connaissances sur la Résistance et la Déportation. Les quelques musées ou centres régionaux d’histoire de la Résistance et de la Déportation, comme les Associations, Fédérations et Fondations disposent de ressources documentaires diversifiées qui peuvent alimenter des initiatives pédagogiques innovantes. La créativité des professeurs qui « travaillent » cette mémoire est sans limite, comme le sont les initiatives qu’elle suscite.

Le nombre de témoins directs est désormais infime. Une relève est possible, différente mais possible. Que nous laissent-ils de leur passé concentrationnaire ? Un traumatisme ? Une leçon de vie et de résistance ? C’est aux générations actuelles d’en témoigner.

L’enseignement sur la déportation permet de déconstruire et mettre en garde sur les processus d’exclusion et de ségrégation (racisme, antisémitisme, islamophobie…), de montrer que la barbarie n’a de limites que celles qu’on s’impose, d’alerter sur des types de discours où les fake news ont la couleur de la vérité. En même temps il montre la nécessaire intransigeance qui doit faire face à ces processus. Il faut oser dire non.

Les lieux de déportation, comme le Struthof en Alsace, et les grands camps du Reich, ne doivent pas nous faire oublier la myriade des camps d’internement français (près de 1 700 camps entre 1939 et 1944), antichambres des génocides et des déportations. Gurs, Argelès, Saint-Sulpice-la-Pointe, le camp des Milles sont connus.

La plus grande part des autres a disparu du paysage. Seules des mobilisations locales permettent de les redécouvrir, et de redonner, par quelques gestes symboliques, un sens à ces lieux, visages d’une République alors en voie de décomposition. Ils sont d’autres sentinelles du passé qui doivent nous alerter sur des dérives possibles.

Mémoire des Hommes, mémoire des idées, mémoire des pierres, la mémoire de la Déportation est un tout qu’on ne peut négligerµ

Dominique Durand

Président du Comité international Buchenwald Dora et vice-président de l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos.

 

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6 avril 1871, mairie du onzième arrondissement – des morts de la guerre

7 Avril 2021, 07:06am

Publié par PCF Villepinte

6 avril 1871, mairie du onzième arrondissement – des morts de la guerre

Mardi 6 Avril 2021

Michèle Audin

Le 6 avril 1871, à la mairie du onzième arrondissement, il se passe pas mal de choses… dont je retiens

on rédige des actes d’état civil, naissances, mariages, décès — comme je l’ai expliqué dans un ancien article, ces actes ont bientôt été « bâtonnés », ce qui les a annulés, mais ne les empêche pas d’être lisibles,

un sous-comité de la garde nationale et des gardes d’un bataillon brûlent publiquement « la » guillotine devant la mairie — et c’est une fête.

Sur ce fait, cette fête, je renvoie à un des premiers articles publiés sur ce site. J’ajoute une petite curiosité: les journaux qui ont rendu compte de cet événement et qui, bien sûr, n’avaient pas tous un journaliste présent, et qui, bien sûr, se sont copiés les uns les autres, ont écrit que le bataillon qui était allé chercher la guillotine était le 137e.

Or le 137e était un bataillon du 10e, ce qui rendait la chose incroyable. Les mêmes articles confondaient Folie-Méricourt et Folie-Regnault… Je n’ai donc pas hésité à corriger et à remplacer 137e par 237e — ce dernier était bien un bataillon du onzième! Je l’ai fait dans l’article déjà mentionné, puis dans Comme une rivière bleue.

J’en ai ensuite discuté assez longuement avec Maxime Jourdan et nous avons tous deux cherché… des preuves. Sans en trouver d’autre que notre intime conviction. Et la possibilité, suggérée par Maxime, que 130e était plausible aussi: dans une casse d’imprimerie, le 7 et le 0 sont proches…

Dans Comme une rivière bleue, j’avais insisté, ce matin-là, celui du 6 avril, sur les mariages que célébrait Augustin Verdure, membre de la Commune, élu du onzième chargé de cette tâche.

Aujourd’hui, ce sont les décès que je vais considérer, en commençant par regarder le registre des décès de cet arrondissement, à cette date.

Cela commence, à neuf heures du matin, par l’acte 3828, qui nous apprend la mort d’un enfant de onze mois. Sur les vingt-huit actes de cette journée, huit concernent des enfants en bas âge… C’est aussi ça, la vie, dans un arrondissement populaire, cette année-là.

Les vingt autres morts ont dix-huit ans et plus. Le plus âgé est un tailleur de quatre-vingt-sept ans.

Ce sont… sept femmes et treize hommes.

Ma conscience professionnelle m’interdit de tirer des conclusions statistiques de nombres aussi petits. Mais elle ne m’interdit pas de chercher d’autres sources d’informations. Ni de monter la rue de la Roquette jusqu’au cimetière du Père-Lachaise où, justement, ce jour-là, le 6 avril, le cimetière ouvre une « tranchée des victimes » — victimes de la liberté, est-il précisé, dans un raccourci étrange — dans la 89e division.

Y sont inhumées des victimes de la sortie torrentielle (voir nos articles des 3 et 4 avril) — des gardes nationaux qui ont été ramenés à Paris. Une cinquantaine de corps entre le 6 et le 9 avril. Dont cinq des nôtres, du registre du onzième. Les autres viennent d’autres arrondissements ou leur décès a été déclaré un autre jour que le 6.

Ces cinq hommes retirés de notre registre, restent sept femmes et huit hommes.

Plutôt que les retirer, je vais au contraire les conserver et écrire leurs noms.

Ferdinand Étienne Trolet était journalier, né à Belleville, avait 18 ans, il est mort le 4 avril, 50 rue Servan — sans doute était-il toujours Bellevillois, en tout cas les amis, âgés de 23 et 29 ans, qui ont déclaré son décès l’étaient. Il a été inhumé le 6.

Jules Ernest Turquin était tourneur en fer, né à Belleville, avait 22 ans, il est mort le 4 avril, 7 avenue Parmentier (ma fréquentation du registre m’a appris qu’il s’agissait, près de la mairie, d’une ambulance). Il a été inhumé le 6.

Louis Laurent était bijoutier, il avait 53 ans, il est mort le 5 avril, chez lui, 27 rue de la Forge-Royale. C’est son fils, également bijoutier, qui a déclaré le décès. Rien dans l’acte de décès ne laisse deviner qu’il s’agit d’une victime de la guerre. Il a été inhumé le 7.

Pierre Jean Babet était maréchal ferrant, il avait 49 ans, il est mort le 3 avril chez lui, 64 Faubourg du Temple. Même remarque. Il a été inhumé le 6.

Louis Alexandre Richard était ciseleur, il avait 29 ans, il est mort le 4 avril, 7 avenue Parmentier (ambulance, donc). Il a été inhumé le 7.

Son acte de décès, portant le n° 3055, a été le dernier inscrit dans le registre ce 6 avril à trois heures trois quarts.

*

Par cet article, je voulais — aussi — montrer comme il est difficile de dénombrer les morts de la guerre de Versailles contre Paris. Par exemple, dans l’état civil, beaucoup d’entre eux sont déclarés morts à leur domicile. Si je n’avais pas vu le registre du cimetière, comment pourrais-je savoir qu’il s’agit de morts de la guerre?

 

 

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29 Mars 2021, 06:59am

Publié par PCF Villepinte

Proclamation de la Commune @ L’Illustrated London news. Invasion, Le siège, la Commune. 1870-1871. D'après des peintures, gravures, photographies, sculptures, médailles autographes, objets du temps... Dayot, Armand (1851-1934). Auteur du texte

28 mars 1871, la Commune est proclamée

l'Humanité Dimanche 28 Mars 2021

IL Y A 150 ANS. 

Tout a déjà été écrit sur cette journée de liesse populaire. Moi-même, je lui ai consacré plusieurs chapitres de Comme une rivière bleue, que je vous engage à (re-)lire… Je n’aime pas me répéter, mais heureusement, il y a beaucoup à dire! Je donne la parole, dans l’ordre, à Léopold Boursier, Catulle Mendès en italique gras (comme hier) dont j’espère que vous apprécierez les qualités, notamment celle de son envoi final, Euphrasie Leblanc, un membre élu de la Commune qui a préféré garder l’anonymat et, tard dans la nuit, déjà demain, à Pierre Denis.

Rue Tiquetonne. — Je m’appelle Léopold Boursier. Je suis lieutenant du quatorzième bataillon de la Garde nationale et membre du Comité central. Cet après-midi, c’est moi qui lirai la liste des élus de l’Assemblée communale place de l’Hôtel-de-Ville. Avant, j’ai voulu venir ici, rue Tiquetonne. J’y ai vécu lorsque j’étais enfant. Vous connaissez le nom de cette rue. Vous savez, le 4 décembre 1851, juste après le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte le 2, un enfant de sept ans et demi a été tué là,

Icon QuoteL’enfant avait reçu deux balles dans la tête,

c’est un poème de Victor Hugo. Eh bien, cet enfant, c’était mon petit frère. Notre mère était morte, nous vivions avec notre vieille grand- mère. J’avais douze ans.

Icon QuoteIl passait dans la rue ils ont tiré dessus.

Ça aurait aussi bien pu être moi. Je penserai à lui et à ma grand-mère, qui est morte maintenant, pendant la cérémonie de la proclamation de la Commune cet après-midi. Vive la République! [ma]

Se défende qui voudra de subir l’irrésistible émotion qu’impose l’enthousiasme des foules! Je ne suis pas un homme politique, je suis un passant qui voit, écoute et éprouve.
J’étais sur la place de l’Hôtel-de-Ville à l’heure où ont été proclamés les noms des membres de la Commune, et j’écris ces lignes tout ému encore.

Combien d’hommes étaient là? [comme on va le voir dans la suite, le mot « hommes » est neutre…] Cent mille peut-être. D’où venus? De tous les points de la cité. Les rues voisines regorgeaient d’hommes armés, et les baïonnettes aiguës, étincelant au soleil, faisaient ressembler la place à un champ d’éclairs.
Au milieu de la façade de l’hôtel s’élève une estrade que domine un buste de la République coiffée du bonnet phrygien; on a voilé de drapeaux le Henri IV de bronze.

Aux fenêtres, des grappes vivantes. Des femmes sur le toit [qu’est-ce que je vous disais?], des enfants accrochés aux sculptures de l’édifice, ou à cheval, dans les médaillons, sur la nuque des bustes.
Un à un les bataillons s’étaient rangés sur la place, en bon ordre, musiques en tête.
Ces musiques jouaient la Marseillaise, reprise en chœur par cinquante mille voix résolues; ce tonnerre vocal secouait toutes les âmes, et la grande chanson, démodée par nos défaites, avait retrouvé un instant son antique énergie.
Tout à coup, le canon. La chanson redouble, formidable; une immense houle d’étendards, de baïonnettes et de képis, va, vient, ondule, se resserre devant l’estrade. Le canon tonne toujours, mais on ne l’entend que dans les intervalles du chant. Puis tous les bruits se fondent dans une acclamation unique, voix universelle de l’innombrable multitude, et tous ces hommes n’ont qu’un cœur comme ils n’ont qu’une voix.

Sur l’estrade, les membres du Comité ont pris place; ils portent l’écharpe tricolore. L’un d’eux proclame les noms des conseillers élus.
Alors le canon retentit encore, scandant l’épouvantable voix joyeuse de la foule, qui fait trembler les vitres et remplit tout l’espace.

Ah! peuple de Paris! toi, qui, le jour de la « crosse en l’air » [le 18 mars], t’enivrais dans les cabarets de Montmartre, toi qui as fourni les assassins de Thomas et de Lecomte, toi qui, rue de la Paix, as fusillé les passants, peuple extraordinaire, exécrable souvent, combien tu sais aussi, dans tes jours de magnificence, être puissamment beau, et quel volcan de passions généreuses brûle donc en toi pour que parfois, à ton approche, les cœurs même de ceux qui te condamnent se sentent dévorés et purifiés par tes flammes!

Rue de l’École-de-Médecine. — J’ai vingt-huit ans, deux enfants, je suis couturière. Mon mari, c’est Auguste Leblanc, le régleur, il est garde au 84e. Moi, c’est Euphrasie, mais on m’appelle Cosette. On revient de la fête, la proclamation de la Commune, enfin! C’était place de Grève. Regardez mon uniforme de cantinière, comme il me va bien! Tout le bataillon, on a défilé.

Ça, c’était une belle fête! Les monarchistes, à Versailles, ils ont dû trembler en nous entendant chanter! Ce que c’était beau, sous ce soleil, nos canons reluisant, et les baïonnettes, brillantes comme des éclairs, si vous aviez vu ça! Et la République toute blanche devant son drapeau rouge! Et quand les élus sont arrivés sur l’estrade, vous auriez entendu tout à coup ce silence! Je vais vous dire: entendre déclarer comme ça que la Commune est proclamée, ça m’a fait monter des larmes. Enfin la Commune! Depuis le temps qu’on en rêve, la voici, elle est là! Venez avec nous, on va danser pour continuer à fêter ça! [ma]

Dans l’Hôtel de Ville. — Après la proclamation des résultats, il y a eu la première réunion des nouveaux élus. Tout le monde n’avait pas été prévenu. Il y avait un peu de pagaille, mais c’est normal, après une pareille fête! Même les gardes qui étaient en sentinelle n’avaient pas reçu la consigne de nous laisser entrer. Ensuite, on a eu un peu de mal à trouver la salle des délibérations. La plupart d’entre nous, nous n’étions jamais entrés dans le bâtiment, en tout cas pas dans ces belles salles de réunion.

Avec tous ces couloirs, c’était un vrai labyrinthe. Heureusement, il y avait quelques anciens adjoints parmi nous, et on a fini par trouver. Après, la porte était fermée à clef et personne ne savait où était la clef, il a fallu faire venir un serrurier. Mais on a fini par entrer et on s’est réunis. Il y a eu encore un peu de pagaille, forcément. Mais, dès ce premier soir, on a pris des bonnes décisions, et dès demain, on votera le moratoire sur les loyers et la suspension des ventes au Mont-de-piété, deux urgentes volontés du peuple! [ma]

Rue d’Aboukir. — Je descends à l’imprimerie. Je m’occupe du reste. Il y a eu la fête place de l’Hôtel de Ville tout l’après-midi, enfin, c’est déjà hier, puis il m’a fallu écrire le « premier-Paris » pour le journal de demain, sous le titre « La fête », bien entendu. Puis le passage du patron [Jules Vallès], qui contrôle tout, c’est normal, et qui venait de la réunion des élus, à l’Hôtel de Ville. Il était ailleurs, comme sur un nuage. La joie!

Je crois bien que je suis le seul dans Paris à n’avoir bu que du café aujourd’hui. Bouis et Clément, ils étaient dans un état… Vallès était surtout pressé d’aller continuer à fêter ça au lit avec sa femme. Il a quand même trouvé une belle phrase de conclusion pour l’article, après la poésie du triomphe la prose du travail. Les formules percutantes, ça il sait faire. On signe « Le Cri du peuple », oui. Remarquez, je lui ai mis des choses qu’il n’aurait jamais écrites lui-même: « C’est aujourd’hui la fête nuptiale de l’Idée et de la Révolution ». Vous n’aurez qu’à lire Le Cri demain. [ma]

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27 mars 1871, quatre-vingts conseillers, parmi eux soixante inconnus…

28 Mars 2021, 06:56am

Publié par PCF Villepinte

L’Humanité Samedi 27 Mars 2021

IL Y A 150 ANS. 

Aujourd’hui, je donne la parole à deux commentateurs (dans cet article, les citations sont en italique)Pour commencer, le poète Catulle Mendès:

C’en est fait! Nous avons un « Conseil municipal », disent les uns, « une Commune » disent les autres. Régulièrement élue? Non, mais enfin, élue. [Régulièrement élue, si, si!] Quatre-vingts conseillers. Parmi eux, soixante inconnus. Qui dont les a recommandés, disons mieux, imposés à leurs électeurs? Y a-t-il véritablement une puissance occulte agissant sous le couvert de l’ex-Comité central? [Pourquoi ex?] La Commune n’est-elle qu’un prétexte? Sommes-nous en présence, non pas d’un mouvement municipal, mais d’une révolution politique ou plutôt sociale? J’ai entendu prononcer ces mots par un partisan des idées nouvelles:

Icon Quote Le prolétariat revendique ses droits injustement détenus par l’aristocratie bourgeoise. Voici le 89 des travailleurs!

89 ou 93? Une autre personne, exprimant absolument la même chose sous une forme tout à fait différente, m’a dit:

Icon QuoteC’est la révolte de la canaille contre toute suprématie, suprématie de la fortune et suprématie de l’intelligence. On a proclamé l’égalité des hommes devant la loi; on proclamera l’égalité des intelligences. Le suffrage universel sera remplacé par le hasard. Il y a eu un temps à Athènes où l’on tirait d’un sac, comme on joue au loto, les noms de ceux qui seraient archontes. 

En attendant que la révolution actuelle révèle nettement ses tendances, que doit-on penser des inconnus qui la représentent? Un homme, en qui j’ai la plus grande confiance, qui a consacré sa vie entière à l’étude des questions sociales, qui, par suite, a été mêlé à presque tous les groupes révolutionnaires et connaît la plupart de leurs chefs, me disait, il y a un instant, en parlant de nos conseillers municipaux:

Icon QuoteCe sera une Assemblée composée des éléments les plus divers. Tout n’en est pas mauvais, mais tout n’en est pas bon. On peut diviser l’ensemble en trois portions: Une dizaine de gens sérieux affiliés à l’Internationale, qui ont pensé, qui ont travaillé, qui sauront agir peut-être; parmi ceux-ci, plusieurs étrangers. [Plusieurs? je ne vois parmi les élus que Leo Frankel.] Puis des jeunes gens sans expérience et ardents, dont quelques-uns sont imbus des théories jacobines. Le troisième groupe, le plus considérable, est composé principalement des fruits secs des révolutions antérieures: journalistes, orateurs, conspirateurs; ils sont remuants, bruyants, brouillons, mais fugaces. Il n’auront guère d’autre lien entre eux que leur absence commune de liens avec les deux autres parties de l’Assemblée, et se confondront tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre. Les membres de l’Internationale ont seuls une réelle valeur politique; ce sont des socialistes. L’élément jacobin est dangereux.

Si telle est, en effet, la composition de l’Assemblée communale, quels pourront être ses actes? Attendons, nous verrons bien. Cependant, la cité est calme. Jamais situation plus troublée n’a été en apparence plus paisible. À propos, et les Prussiens?

J’invite tous ceux qui ont catalogué Catulle Mendès comme réactionnaire — ce que, certainement, il était — à lire son livre, je le trouve ici assez ouvert! (Et le livre est sur Gallica.)

Et, puisqu’il nous parle des internationalistes et que notre image de couverture nous en parle aussi — en répondant à sa question « 89 ou 93? » –, quelques mots sur cette affiche.

Mais qu’est-ce donc que cette affiche? Il n’y a même pas de date! À y réfléchir quelques secondes, la seule élection possible est bien celle du 26 mars 1871. Le mot « Commune » pourtant n’y est pas! Le fait qu’Eugène Varlin soit membre du comité central de la garde nationale non plus. Autre observation: il manque évidemment, parmi les internationaux du dix-septième arrondissement, le nom de Benoît Malon. Parce qu’il a été élu député? Parce que sa présence au côté des maires — il était adjoint au dix-septième — pendant les négociations avec le Comité central l’a rendu suspect aux auteurs de l’affiche?

Il ne me reste plus qu’à donner maintenant la parole à un spécialiste, Jacques Rougerie:

On peut tenter du moins de se faire une idée de l’audience qu’ont conquise ces militants [ceux de l’Association internationale des travailleurs], ce, entre autres sources, [l’interlocuteur de Catulle Mendès pourrait être une de ces autres sources] par les résultats qu’ils obtiennent aux élections de la Commune, le 26 mars. […] Mettons d’emblée à part les quartiers bourgeois, où l’audience internationaliste est très faible, voire inexistante: XVIe et VIIe arrondissements (pas de liste), IXe, où Malon ne fait que 13% des voix, VIIIe, où si E. Vaillant est élu, c’est par un chiffre dérisoire de votants. [C’est l’arrondissement dans lequel Catulle Mendès a voté — il a voté, mails il ne dit pas pour qui.] Pas de candidats, ou l’échec sérieux dans le Ier, dans le Ve (où les Internationaux qui se présentent, dont Bestetti et Longuet, n’atteignent pas les 10%); il n’y a que dans le IIe qu’une liste homogène d’Internationaux ne fait pas trop mauvaise figure (33% en moyenne) devant la liste victorieuse du maire bourgeois. Assez maigres les succès obtenus dans le VIe, où Beslay et Varlin passent avec moins de 40% des voix, dans le XVe, où sur trois postes à pourvoir, Langevin est seul élu de l’Association (37%). En revanche, ce sont des listes homogènes d’Internationaux qui l’emportent dans le XIIe (80% en moyenne), le XIIIe (70%), le IIIe (75%), le IVe (60%); dans le XVIIe presque tous les candidats, les battus comme les élus, appartiennent à l’A.I.T., et Varlin est désigné en premier avec 81% des voix (tandis que Malon, auquel on reproche son attitude indécise au lendemain du 18 mars [voir ci-dessus] n’obtient pas tout à fait 40%); dans le XIVe, deux des trois élus (avec presque 90% des voix), Martelet et Descamps, sont des Internationaux. Ailleurs, ceux-ci sont mêlés dans une même liste avec des révolutionnaires d’autres tendances; ils arrivent en tête dans le XVIIIe (Theisz, Dereure, 82%), dans le XIXe (Oudet, Puget, presque 90%), en queue dans le XIe (Avrial et Verdure, un peu moins de 70%) et dans le Xe (Champy et Babick, 65%). Un seul arrondissement populaire, le XXe, n’a élu aucun International, leur préférant des révolutionnaires d’autre cuvée. [Les élus du XXe sont, cela n’étonnera aucune lectrice, aucun lecteur de ce site, Ranvier, Bergeret, Flourens et Blanqui.]

Les résultats complets de l’élection sont dans le Journal officiel daté du 28 mars.

*

L’affiche, en couverture, en plus des commentaires ci-dessus, est au musée Carnavalet.

Livre et article cités

Mendès (Catulle), Les 73 jours de la Commune (du 18 mars au 29 mai 1871), Lachaud (1871).

Rougerie (Jacques), L’A.I.T. et le mouvement ouvrier à Paris pendant les événements de 1870-1871, International Review of Social History, volume 17 (1972), p.3-102.

Cet article a été préparé en août 2020.

Icon Bullhorn Pour lire l'ensemble des articles de Michèle Audin, c'est ici !

 

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25 mars 1871, Victorine nourrit les Défenseurs de la République, demain les élections

25 Mars 2021, 07:42am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Jeudi 25 Mars 2021

IL Y A 150 ANS. 

Par quoi commencer? Par l’affiche de couverture « seule authentique » — ce qui sous-entend qu’il y en a une autre. Je n’ai pas trouvé d’image de cette autre, mais en voici le texte:

Le Comité Central de la Garde nationale auquel se sont ralliés les députés de Paris les maires et les adjoints convaincu que le seul moyen d’éviter la Guerre civile, l’effusion de sang à Paris, et en même temps d’affermir la république est de procéder à des élections immédiates convoque pour demain dimanche tous les citoyens dans les Collèges électoraux.
Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles le patriotisme les oblige à venir tous au vote afin que les élections aient le caractère sérieux qui seul peut assurer la paix dans la cité. 
Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin et fermés à minuit.

Vive la République

Les Maires et Adjoints de Paris signés
1er arr.: Ad. Adam, Méline, adjoints. 2e arr.: Émile Brelay, Loiseau-Pinson, adjoints. 3e arr.: Bonvalet, maire, Ch. Murat, adjoint. 4e arr.: Vautrain, maire, De Chatillon, Loiseau, adjoints. 5e arr.: Jourdan, Collin, adjoints. 6e arr.: A. Leroy, adjoint. 9e arr.: Desmarest, maire, E. Ferry, André, Nast, adjoints. 10e arr.: A. Murat, adjoint. 11e arr.: Mottu, maire, Blanchon, Poirier, Tolain, adjoints. 12e arr.: Grivot, maire, Denizot, Dumas, Turillon, adjoints. 13e arr.: Combes, Léo Meillet, adjoints. 15e arr.: Jobbé Duval, Sextius Michel, adjoints. 16e arr.: Chaudet, Sevestre, adjoints. 17e arr.: Fr. Favre, maire, Malon, Villeneuve, Cacheux, adjoints. — 18e arr.: Clemenceau, maire, J.-A. Lafont, Dereure, Jaclard, adjoints. 19e arr.: Devaux, Sartori, adjoints.

Les représentants de la Seine présents à Paris
Locroy, Floquet, Tolain, Clemenceau, V. Schœlcher, Greppo.

Le Comité Central de la Garde nationale
Avoine fils, Ant. Arnaud, Assi, Andignoux, Bouit, Jules Bergeret, Babick, Baroud, Billioray, Blanchet, Castioni, Chouteau, C. Dupont, Fabre, Ferrat, Fortuné Henry, Fleury, Fougeret, C. Gaudier, Gouhier, H. Géreseme, Grélier, Grolard, Jourde, Josselin, Lavalette, Maljournal, Éd. Moreau, Mortier, Prudhomme, Rousseau, Ranvier, Varlin.

Cette version est publiée, à la suite de l’autre, dans Le Rappel daté du 26 mars. Bref, qui organise les élections semble un sujet de discorde… Thiers le reconnaîtra, les atermoiements des maires ont fait gagner huit jours à Versailles. Mais, enfin, les élections ont lieu demain.

Bien, bien. Mais, le vote n’est pas tout. D’ailleurs, notre héroïne du jour ne vote pas. Évidemment, puisque c’est une héroïne. Nous l’avions laissée, souvenez-vous, le 13 mars, après la mort de son fils. Victorine:

Le 20 mars, dans l’après-midi, nous eûmes la visite d’un compagnon d’armes de mon mari […]. Il nous dit qu’on fait un appel à tous les corps francs qui sont de retour à Paris et aux soldats de l’armée régulière, qui n’ont pu être réincorporés dans leur régiment respectif, pour former un bataillon pour la défense de la République. Il demanda à mon mari et à moi, de la part de quelques compagnons de combats, si nous voulions faire partie de leur bataillon en formation; on nous faisait demander si nous consentirions à tenir le mess des officiers.
Nous étions un peu hésitants, mon mari m’engagea à dire oui. Il pensait que cela serait mieux que de rester avec nos tristes souvenirs, dans l’inactivité.

Nous avons accepté. Nous fîmes de l’ordre dans notre maison et, trois jours après, nous étions installés à la caserne nationale, maintenant caserne de la République, à l’angle de la rue de Rivoli et de la place, près de l’Hôtel de Ville.

Une vie nouvelle commençait pour nous; là nous avions une chambre à nous, une magnifique cuisine, une grande salle à manger et une petite cuisine pour le service du personnel; la salle était très propre, il y avait une grande table au milieu, recouverte d’une toile cirée blanche, des tabourets paillés, un dressoir, une sorte de comptoir, une grande glace pendue au mur, sur une console, un buste de la République (en plâtre), lequel était coiffé d’un bonnet phrygien et entouré de drapeaux rouges. C’était tout.

Nous avions alors comme chefs le commandant Naze [Léon Édouard Nazeet les capitaines Martin, Letoux et plusieurs autres officiers et sous-officiers. On m’adjoignit un cuisinier et deux garçons de service, dont un se nommait Adrien Brouiller. Je m’occupais du service général, mon mari s’occupait aussi de la surveillance des garçons; tout allait assez bien.

Un jour, je demandai au commandant Naze si l’on voulait m’autoriser à tenir table ouverte deux heures par jour, à 9 heures du matin, pour donner à manger aux pauvres diables qui avaient faim (il n’en ­manquait pas dans Paris dans ces moments-là). Ayant été autorisée, je donnais une bonne assiettée de soupe à chacun, une tranche de bœuf, des légumes, du pain à discrétion et un demi-verre de vin. Nous acceptions hommes, femmes et enfants, par groupes de six; lorsque chaque groupe avait fini, six autres individus entraient. Je ne demandais pas d’où ils venaient, ni qui ils étaient; s’ils avaient faim, cela me suffisait.
Nous avons vu défiler des types de bien différentes conditions. J’étais heureuse d’avoir pu calmer pour quelques instants la faim de ces malheureux.

C’est un bon endroit pour interrompre Victorine et dire quelques mots de ces « pauvres », certes, mais aussi des ouvriers parisiens. Je cite maintenant Louis Rossel:

Parmi les bataillons que j’avais l’honneur de commander, certains étaient affligeants à voir. Des hommes débiles, laids, petits, difformes, dont l’uniforme faisait ressortir la mauvaise mine. En passant devant ces malheureux, je me disais: Ces gens ont raison de se battre; ils se battent pour que leurs enfants soient moins chétifs, moins scrofuleux, moins vicieux qu’ils ne sont eux-mêmes.

Pas grand-chose à voir avec les silhouettes lisses, propres et bien nourries supposées représenter les communards depuis quelques jours à Paris!

 

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Revivez la cérémonie d'ouverture des 150 ans de la Commune de Paris

23 Mars 2021, 08:09am

Publié par PCF Villepinte

 

Jeudi 18 Mars 2021

 

Il y a 150 ans, jour pour jour, le 18 mars 1871, débutait au pied de la butte Montmartre, l'insurrection des parisiens et parisiennes, qui allait donner naissance à la Commune de Paris.

Pour l'ouverture des commémorations, l'artiste Dugudus et l'historien Hugo Rousselle, ont proposé à la mairie de Paris de rendre vivant cet anniversaire en faisant renaître 50 communards tenus par un-e parisien-ne et leurs canons sous forme de silhouettes.

"Je souhaitais réinvestir l'espace publique dans un moment où la crise sanitaire nous prive de culture" souligne l'artiste Dugudus.

"Nous la Commune" est une performance et une série d'exposition itinérante qui permet de faire revivre 50 Communards que vous connaissez certainement : Gustave Courbet, Jules Vallès, Louise Michel... Une série d'expositions des Communards aura donc lieu, à partir du 1er avril, elle reliera l'Hôtel de ville, la mairie du IIIe, la gare de l'Est pour enfin finir au parc des buttes Chaumont.

"50 Communards qui représentent 50 portes d'entrées pour comprendre la Commune et qui allient une exigence historique et graphique" déclare l'artiste lors de sa présentation.

La chanteuse Nawel Dombrowsky a interprété des chants communards avant de conclure avec la chanson d'Eugène Pottier, "Elle n'est pas morte".

Vous pourrez également retrouver 10 portraits de Communards dans l'Humanité, entre le 18 mars et le 28 mai prochain.

Retrouvez notre hors-série spécial consacré à la Commune de Paris ici : https://boutique.humanite.fr/ et dans les kiosques !

 

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19 mars Fin de la guerre d'Algérie

19 Mars 2021, 17:25pm

Publié par PCF Villepinte

Des représentant-e-s de L’ARAC (Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre) de Villepinte et de la section des communistes de Villepinte ont déposé ce vendredi 19 mars, à 16 h 15, au monument aux Morts du cimetière, une gerbe afin de commémorer le 59e anniversaire de la signature des accords d’Evian, mettant fin à la guerre d’Algérie.

Le 19 mars, date reconnue depuis 2012 comme « Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc » rappelle désormais, chaque année, la volonté du peuple français ratifiant, le 8 avril 1962, par référendum à 91 % des voix, les Accords d’Evian et le cessez-le-feu.

 59 ans après, chaque peuple doit assumer son passé. Un traité d’amitié et de paix, doit venir régulariser les rapports de coopération entre nos deux pays. L’ARAC pense que cet acte servirait de socle à une nouvelle politique de solidarité et de développement entre la France et l’Algérie ainsi que les peuples du Maghreb. Politiques de respect des souverainetés, d’essor économique et culturel, seule capable de combattre la misère et son terreau, racines des terrorismes et des violences qui ensanglantent le monde.

La mémoire de toutes les victimes (d’avant 19 mars et après) s’inspire fortement de notre engagement, contre la guerre, pour la Paix, pour l’amitié et la solidarité entre tous les peuples, seul moyen de construire l’avenir auquel aspirent toutes les femmes et tous les hommes conscients de leur fraternité.

 

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COMMÉMORATION de l’ARAC de LA COURNEUVE

1 Février 2021, 19:40pm

Publié par PCF Villepinte

 

Vendredi 29 janvier, L’ARAC La Courneuve a commémoré le 150e anniversaire de la guerre franco-prussienne de 1870-71 par un dépôt de fleur avec la participation de Monsieur Bacar Soilihi, conseiller municipal de La Courneuve délégué aux Anciens Combattants et cérémonies commémoratives, Monsieur Jacques Le Sergent président honoraire de l’ARAC La Courneuve ainsi que son président Monsieur Couteau Kevin.

Nous rendons hommage aux combattants français morts dans ce conflit. Malgré la défaite, cette guerre de 1870-71 a été un événement majeur pour la France et l’Europe, puisqu’elle va mener à la chute du Second Empire, l’achèvement de l’unité Italienne, l’achèvement de l’Empire allemand, l’avènement de la troisième république en France et à constitution de la Commune de Paris de mars à mai 1871.

Nous avons l'honneur à La Courneuve d’avoir un monument (devenu rare) qui rend hommage à ces combattants (ici en mémoire des combattants morts lors de la seconde bataille du Bourget le 21 décembre 1870). 

 

 

 

 

 

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Soirée des 100 ans du PCF dans le Gard : Ensemble malgré les écrans

14 Janvier 2021, 09:25am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 13/01/2021 par PCF

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Les communistes gardois avaient envisagé une série d’initiatives à l’occasion du centenaire du Parti communiste à l’instar du travail du collectif national. Des rencontres organisées avec la Librairie Diderot dans le département devaient permettre d’importants moments de fraternité et de débats. Dans le contexte de crise sanitaire, « partant de la réalité pour aller à l’idéal », la fédération du Gard a décidé d’initier une rencontre en visio-conférence pour partager un moment commun à l’occasion du centenaire du PCF, le 30 décembre 2020, exactement un siècle après la naissance du Parti.

Les festivités ne sont que repoussées. D’autres rencontres seront organisées dès que cela sera possible afin de porter notre regard sur le centenaire et de réfléchir à l’idée communiste, en ouvrant largement ces moments.

La visio-conférence a duré plus de trois heures et a permis de réunir plus de 200 personnes sur les réseaux sociaux. Le déroulé de la soirée était rythmé par l’arrivée d’invités surprises. Fabien Roussel, Pierre Laurent, Marie-George Buffet, mais aussi Pierre Dharréville, député de Martigues aux origines gardoises, ont pu répondre aux questions des communistes gardois en quelques mots… Comment es-tu devenu communiste ? Quel combat « fondateur » ? Quel avenir pour le communisme ? Telles étaient les questions posées aux invités.

Guillaume Roubaud-Quashie a replacé notre initiative dans le contexte national. Des pauses musicales et artistiques, les vidéos produites par la fondation Gabriel-Péri permirent également de lier les différentes prises de parole, que nous vous invitons à découvrir en visionnant la vidéo de la soirée, en partie ou tout en entier.

Les premières minutes furent consacrées à la publication de l’ouvrage de Raymond Huard, professeur émérite de l’université Paul-Valéry de Montpellier, Naissance du communisme gardois, 1914-1926. Dans sa préface, Vincent Bouget dit à son propos qu’il s’agit « d’une des études les plus sérieuses sur la naissance du communisme en France », « conduisant à imaginer ce que peut et doit devenir aujourd’hui la perspective émancipatrice du ‘’communisme’’ ». Fondée sur la mise en perspective de nombreuses sources, cette publication esquisse des portraits de militants au cœur des bouleversements consécutifs la guerre.

Le Gard est un département où les communistes occupent depuis le début du XIXe siècle une place importante. C’est au Martinet, en 1921 que sera élu un des premiers maires communistes de France, à la faveur d’une élection partielle. Depuis, cette commune n’a toujours connu que des maires communistes. La place majeure du PCF dans la Résistance est illustrée par de multiples visages, comme ceux des jeunes résistants nîmois Jean Robert et Vincent Faïta exécutés par les nazis en 1943, ou le rôle de Roger Roucaute, futur maire d’Alès et commandant des FTP dans la zone Sud.

 Paul Planque proposa un regard sur une période allant de la guerre d’Espagne aux grandes grèves des mineurs de 1948, en passant par la Résistance, à travers l’histoire des familles Alvarez et Planque. D’autres témoignages permirent d’esquisser les contours de la riche histoire communiste dans le Gard, depuis le combat féministe jusqu’aux luttes anticoloniales, en passant par les grandes luttes sociales.

À partir de 1945, les municipalités de gauche à direction communiste mènent d’importantes politiques de développement des services publics et de modernisations des villes. En 1978, l’ensemble des députés du département sont communistes. Les luttes sociales sont intenses, comme le montre la création d’une cellule communiste dans la centrale nucléaire de Marcoule ou la lutte des mineurs de Ladrecht en 1979. Aujourd’hui, le poids électoral du PCF observe un recul conjoncturel, mais il demeure une force motrice à gauche dans ce département.

Mais le Parti communiste dans le Gard, c’est aussi de nombreux lieux de sociabilité militante, à l’image des Prolés de Nîmes et d’Alès, ou d’autres espaces, qui forment de véritables institutions dans le paysage gardois. La présence communiste dépasse celle du Parti dans le Gard comme ailleurs. Elle est incarnée par des figures et des lieux, mais elle se retrouve aussi dans la mémoire de nombreux habitants et dans les regards projetés vers l’avenir d’une partie d’entre eux. 

Hugo Carlos

Liste des intervenants dans la visio-conférence : V. Bouget, G. Roubaud-Quashie, F. Roussel, H. Carlos, R. Huard, P. Laurent, F. Suguier, P. Planque, M.-G. Buffet, D. Lanoy, B. Deschamps, P. Dharréville, M. Gayraud, F. Deschamps, S. André, P. Malavieille, A. Clary, C. Mazauric, M. Mercier, J.-M. Suau, E. Guizard, C. Bastid, E. Cellier, B. Coste, J. Labourayre, A. Genot, G. Di Francesco, Ch. et G. Fabre.

 

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