L’Europe a traité la Grèce comme les Anglais traitèrent les bourgeois de Calais.
Les clés
Par
maurice Ulrich
Bon anniversaire l’Europe, dont c’était hier la journée. Le 9 mai 1950, Maurice Schumann lançait son appel pour la création de la Communauté franco-allemande du charbon et de l’acier. Depuis ce temps, combien de voix pour vanter ce généreux projet, vouer aux gémonies les sceptiques, fustiger les hérétiques refusant de tout sacrifier sur l’autel du grand marché et de se laisser convaincre par le dogme de la concurrence ? Bon anniversaire l’Europe et l’Hymne à la joie ! On s’aperçoit aujourd’hui qu’elle a plus construit de châteaux en Espagne que de solides demeures pour les peuples. Et ce sont maintenant les peuples qui doivent payer ces châteaux que sont les banques. C’est pour payer les banques que l’on prête à la Grèce à un taux de 5 % qui va, pour l’essentiel, profiter aux prêteurs. Il faut calmer les marchés, donc il faut se plier à ce qu’ils attendent.
Oh, quand il s’agit de brandir une fois de plus un sabre de bois, les déclarations ne manquent pas ! Méfiez-vous, méfiez-vous ! Et Nicolas Sarkozy annonce que les spéculateurs en seront « pour leurs frais ». Angela Merkel y est allée de son couplet : « Ceux qui sont à l’origine de ces excès sur les marchés devront rendre des comptes. » Et comme il faut une mouche du coche pour activer l’attelage, Michel Barnier, commissaire européen chargé des services financiers, menaçait hier : « Les sanctions seront de toute nature, y compris judiciaire, quand les preuves seront faites, et nous sommes prêts à augmenter ces sanctions contre tous ces mouvements spéculatifs anormaux. » Sur la scène de son théâtre, Guignol est plus crédible. Mais c’est aussi une diversion. La crise serait le fait de certains excès, de mouvements anormaux qu’il s’agirait de corriger.
La réalité c’est que l’Europe a traité la Grèce comme les Anglais traitèrent les bourgeois de Calais. La réalité c’est qu’elle a obtenu les clés de la terre grecque, pour les remettre aux marchés. La finance a été sauvée par l’endettement des États mais elle attend maintenant que les États lui payent leurs dettes. Bon anniversaire l’Europe ! Mais ce qui est en passe de se mettre en place, c’est une gestion autoritaire de l’économie grecque avec une gouvernance par décrets. C’est une mise sous tutelle, depuis Bruxelles, des États les plus fragiles de la zone euro. C’est au total une économie dirigée depuis les centres de la finance, depuis les grandes places boursières. Il ne s’agit pas d’excès. C’est la réponse du capitalisme mondialisé à sa propre crise : la gestion de l’économie mondiale par le capitalisme lui-même.
C’est une phase nouvelle dans l’histoire. Les peuples sont sommés de se soumettre. En France, le plan de rigueur de François Fillon est une décision autoritaire et lourde de graves conséquences, prise au nom de l’urgence et jouant sur l’inquiétude réelle de l’opinion. C’est toujours au nom de l’urgence qu’on étouffe la démocratie mais son gouvernement, comme le chef de l’État, n’a en aucune manière l’intention de remettre en cause les privilèges fiscaux des plus riches. Le peuple grec résiste. Ce week-end, la puissante fédération des syndicats allemands, la DGB, rassemblant des millions de travailleurs, a publié une déclaration proche de la pétition que nous faisons circuler. C’est un fait considérable. « Tout devait changer, rien ne change, écrivait samedi l’éditorialiste d’un quotidien, c’est désespérant. » Ce le sera, si les peuples, en Europe pour une autre Europe, dans le monde contre sa gestion par le capital, ne prennent pas les clés.
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Economiste à l’Université Pantheion d’Athènes, Apostolos Dedoussopoulos propose des alternatives. Il trouve la proposition de
l’Humanité « bonne et juste ».
Dans chaque tragédie, il y a un prologue. On peut craindre que la grave situation que connaît la Grèce ne soit l’inquiétant prologue d’une tragédie pour toute l’Union européenne.
Celle-ci est organisée depuis le jour où ceux qui se sont érigés comme les seuls détenteurs de l’idée européenne ont forcé la Grèce à adopter l’euro en lui permettant de camoufler l’ampleur de
sa dette publique. Et aujourd’hui, des agences de notation privées, liées aux requins de la finance, émettent sur la Grèce des notes d’insolvabilité pour faire monter les enchères des taux
d’intérêt des emprunts que ce pays est désormais contraint de contracter. Ces derniers ont dépassé les 8 %, quand l’Allemagne en dispose à 2,5 %. Qui profite de ce climat
alarmiste ? Seules les grandes banques et compagnies d’assurances privées. Elles accumulent chaque jour avec de tels taux des profits colossaux qu’elles font payer au peuple grec en
abaissement de salaires, en réduction de dépenses publiques utiles, en augmentation de différents impôts, en recul de l’âge de la retraite, en privatisations. Mais aucune décision n’est prise
pour abolir les cadeaux fiscaux et sociaux aux grandes entreprises et aux classes les plus fortunées ; pour imposer les revenus du capital et de la rente ou encore pour réduire les
dépenses d’armement.
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