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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Youcef Tatem, une vie de cinéma populaire et engagé

13 Août 2010, 07:19am

Publié par PCF Villepinte

 

Son militantisme syndical et son amour du cinéma ont guidé son parcours. Youcef chemine dans un cinéma militant, direct et utopiste né des grandes grèves ouvrières historiques des années 60. Pour lui, le septième art est devenu un outil d’éducation populaire et d’émancipation sociale.

Youcef Tatem

Nous avions rendez-vous une première fois au début du joli mois de mai, devant le Magic cinéma, à Bobigny. Et puis Youcef Tatem avait décommandé. « Je dois en urgence me rendre au procès d’Ali, un épicier d’Epinay-sur-seine qui a été tué en 2006. Je vais témoigner. C’est important », m’expliquait-il au téléphone. Nous avions donc décalé. Cette fois, le rendez-vous était pris au parc de la Bergère, toujours à Bobigny. En arrivant, Youcef dit son attachement à ce coin de verdure où les habitants de la cité d’à côté viennent se détendre. Ancré en Seine-Saint-Denis, il fait souvent référence à deux villes : Noisy-le-Sec et Bobigny. La première est celle de l’enfance. C’est là qu’il débarque d’Alger, en 1950 à l’âge de quatre ans, avec ses parents. « C’était rue Henri Barbusse je m’en souviens. Dans la même rue, il y avait un café où j’ai été circoncis. C’est des choses qu’on n’oublie pas… » Son père fait toutes sortes de métiers : cafetier, cordonnier, ouvrier. Sa mère, elle, fait des ménages. Les parents se séparent et sa mère s’installe avec les trois enfants dans un appartement, rue de l’Union, au-dessus de la P.M.I. « Ma mère avait beaucoup d’amis dans les cités mais elle ne souhaitait pas que ses enfants y habitent. Mais j’allais souvent dans la cité pour voir la télé. C’était chez le père Guder, un tunisien. Je regardais Jaqcou le croquant en épisodes ! ». Sa toute première rencontre avec le cinéma, Youcef la fait remonter à l’âge de cinq ans, quand son père tenait un bistrot à Goussainville. « Il tirait le rideau, installait un drap et projetait des films des années 50.» Et puis, à Noisy, ça fourmillait de cinémas : le Rialto, l’Eden, le Trianon, le Casino… « Je m'asseyais sur les marches, à côté du cinéma. Je disais à la caissière que j'attendais quelqu'un. Et puis j'écoutais les dialogues. C'était Samson et Dalila, je m’en souviens très bien. » Les souvenirs précis d'ambiances de projection plutôt folklo : « On mangeait des cacahuètes en commentant les films. C’était le bordel, le côté populaire du cinéma à la Fellini »

 

Les jolies colonies de vacances

 

L’enfance est ponctuée par le rythme de l’école mais aussi et surtout par celui des vacances. Car Youcef fréquente assidûment les colonies de vacances organisées par la ville. C’est là qu’il fait la connaissance du directeur de la colonie, André Vagneron. « On allait à la Chapelle-en-Vercors, on rencontrait des bergers, on marchait beaucoup, on fléchait les GR. Je me souviens en 1958, j’avais 12 ans. Je trouvais un soir des moniteurs qui s’apprêtaient à coller de grandes affiches. Il y avait marqué NON. C’était pour le referendum de De Gaulle. » A 16 et demi, Youcef devient à son tour moniteur et s’investit dans l’animation. Les auberges de jeunesse d’abord, où les ados participaient à des chantiers de reconstruction. « On allait au théâtre de l’Odéon voir des pièces de Gatti et au ciné-club en 16 millimètres, dans les locaux de la Bourse du Travail. » Avec son verbe fluide et sa mémoire parfaite des noms et des années, Youcef pointe l'incontournable été 67. Alors animateur à la Chapelle-en-Vercors avec Vagneron, Youcef y fait la connaissance d'un certain Pol Cèbe qui vient y passer quelques jours avec ses enfants. « Cèbe était un mec très sérieux. Il m'a plus parlé plus de cinéma que de la grève qu'ils avaient mené à Besançon.» Youcef prend connaissance de la grève historique des ouvriers de la Rhodiaceta, menée en décembre 67 à Besançon, dont Pol Cèbe syndicaliste de la CGT et responsable de la bibliothèque de l'usine est un des leaders. Une grève filmée par le cinéaste Chris Marker dans « A bientôt j'espère » (1967). C'est le début d'une forte amitié et d'une longue collaboration autour du cinéma militant et des groupes Medvedkine. « Les choses étaient simples. Je me suis retrouvé à aller à Besançon et à Clermoulin, où Cèbe s'occupait du Centre de Culture et de Loisirs des usines Peugeot de Sochaux. Je rencontre aussi René Berchoud, fondateur avec Cèbe, dans un faubourg ouvrier de Besançon, du Centre Culturel Populaire de Palente Les Orchamps. » Un vrai repère d'agit-prop.

 

16 millimètres et 24 secondes image

 

En juin 68, âgé de 22 ans, Youcef adhère au Parti communiste. Et rencontre ainsi des syndicalistes de la CGT à Noisy, comme Jean Thuizat et Jacky Sarrabeyrouse. Il se retrouve à donner des cours d’alphabétisation aux travailleurs algériens dans des hangars près de la mairie. A cette époque, le cinéma commence à prendre de plus en plus de place dans sa vie. Le ciné-club de Noisy est sur le point de fermer. Qu’à cela ne tienne. Il décide avec les cégétistes de le reprendre. Il s’appellera le « 16/24 ». « C’est Jacky qui a trouvé le nom : 16 millimètres et 24 secondes image. » La programmation allait de Jean Renoir à Pierre Prévert en passant par Claude Autant-Lara et Bernard Paul. Relais militant de la première heure, Youcef y diffuse aussi les films du groupe Medvedkine, les films militants cubains et les ciné-tracts faits à Besançon. « On avait près de 400 adhérents. La culture, c'était un enjeu énorme. C'est par là qu'on touchait les gens et qu'on les amenait à parler politique. » Youcef fait partie de cette « mayonnaise ». « On se lie d'amitié, d'un coup de bagnole on va à Clermoulin. On rencontre Colette Magny, Francesca Solleville, Suzanne, syndicaliste et personnage principal du film « Classe de lutte » ». Jusqu'à participer lui-même à « Week-end à Sochaux » (1971) où il joue un ouvrier marocain. « Je reçois un coup de téléphone de Cèbe qui m'explique que les ouvriers marocains ont peur de tourner une scène et d'apparaître à l'écran. Il me demande de venir avec quelques copains pour les remplacer. J'avais dit aux copains : allez on va à la campagne pour faire du cinéma... »

Dix ans après son adhésion au Parti, Youcef Tatem le quitte: « Je ne regrette pas mais j'en avais marre d'avoir toujours raison... », résume-t-il. Son engagement politique se poursuit en devenant à son tour directeur de MJC dans différentes villes de la banlieue parisienne. Sur la situation des quartiers populaires, sur les révoltes récurrentes, Youcef explique que tout part en général d'un désir profond de justice. Et qu'il est bien temps d'apprendre à vivre ensemble autrement.

 

Ixchel Delaporte

photo I.D

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