Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Voilà le temps des Gitans

26 Juillet 2010, 06:27am

Publié par PCF Villepinte

93C’est la réforme majeure de son quinquennat, mais après le bide retentissant de sa récente émission télévisée, le président de la République ne l’évoque plus guère. Il a même imposé à la commission des Affaires sociales de l’Assemblée de repousser l’examen des mesures concernant la pénibilité, confirmant si nécessaire que son discours sur l’extension des droits du Parlement était un amuse-gogos. Alors que la CGC vient de rallier les sept autres confédérations pour faire du 7 septembre une journée de mobilisations géantes contre son projet, Nicolas Sarkozy juge urgent de changer de sujet. Ni les liens entre grandes fortunes et responsables de droite, ni les conflits d’intérêts autour de son ministre du Travail ne lui paraissant des thèmes très opportuns, il choisit d’entonner la rengaine de l’insécurité. Et pour être certain qu’elle envahira le devant de la scène, il force grossièrement le trait. Affrontements à Grenoble ? Un flic remplace le préfet de l’Isère, comme si le département était une zone d’insécurité. Il avait fructueusement utilisé les révoltes des banlieues lors de l’élection présidentielle ? Il nomme un préfet avec mission de quadriller la Seine-Saint-Denis comme un territoire ennemi. La mort d’un jeune abattu par la police a provoqué de violents incidents à Saint-Aignan ? Il stigmatise tous « les Roms et les gens du voyage » dans un amalgame raciste et réunit 
une réunion au sommet à l’Élysée. Après le « Kärcher », 
« les racailles »... voilà le temps des Gitans.

Rien n’est de trop, pas même la proclamation d’un état de « guerre » dans le pays ! Depuis une décennie qu’il a pris en main la politique de sécurité en France, le leader de la droite – au mépris de l’intérêt général – se fait fauteur de troubles, provocateur, dénonciateur de boucs émissaires. Nicolas Sarkozy, combien de divisions semées dans le pays ? Il ne dérape pas, il choisit le vocabulaire propre à ranimer les haines et à réveiller les vieux 
démons qui sommeillent dans l’électorat de droite. 
Le débat sur l’identité nationale trouve une suite. La recette est éprouvée... mais éprouvante pour le pays. « La guerre est une maladie. Comme le typhus », écrivait Antoine 
de Saint-Exupéry dans Pilote de guerre. Le chef de 
l’État en est gravement atteint.

Cette fuite en avant sécuritaire se mesure à la dégradation même qui est infligée aux missions de l’État. Désormais, les préfets n’ont plus pour tâche de coordonner toutes les missions sociales, économiques, régaliennes de l’État. Il faut un « super » flic en Seine-Saint-Denis, plutôt qu’un préfet ouvert à la diversité. On imagine ce que cela peut donner dans les médiations lors des conflits sociaux. Insidieusement, la République perd la figure généreuse de Marianne pour celle répressive d’une mère Fouettard, d’une fée Carabosse pour gardes à vue et zones de rétention. En manipulant de la sorte la police, l’État UMP l’affaiblit, la déconsidère, l’isole.

Cette sortie présidentielle n’est pas anecdotique, elle révèle une vision de la société. Luc Ferry, qui pose au philosophe réactionnaire officiel, décrivait hier dans le Figaro une France où « la paix est devenue la règle » 
dans des centres-villes riches et civilisés. Tandis que 
« les communautés qui les entourent ont parfois développé une véritable contre-culture de la violence ». Les habitants des banlieues seraient des « communautés »... Pourquoi pas des hordes ? « Il s’agit désormais de démanteler, si besoin avec l’armée, des réseaux enkystés. Qu’attend-on pour s’atteler sérieusement à la tâche ? » interroge le penseur 
en treillis. La droite ne se refait pas !

Patrick Apel-Muller

Commenter cet article