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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Un ange gardien dans la lutte des classes

5 Août 2010, 20:33pm

Publié par PCF Villepinte

Après quarante ans d’une vie ouvrière engagée, sa révolte est intacte. Où qu’elle soit, Dominique se débrouille toujours pour tisser des liens humains vitaux. Depuis 2000, elle a choisi de devenir gardienne d’immeuble dans le quartier populaire des Glacis, à Belfort.

 

Dominique Bourgon

  Du haut du quinzième étage, Dominique Bourgon domine le quartier des Glacis à Belfort (90). Un des deux quartiers populaires de la ville. On aperçoit le château, les fortifications et un drapeau français planté au milieu. Le quartier des Glacis, Dominique l'a choisi. En 2000, elle est devenue gardienne d'immeuble. « Aux Glacis, il y a quelque chose d'authentique, de nécessaire, de fraternel. Les relations sont faciles. Les gens parlent sans fausses hontes. » Nécessaire, presque vital. Dominique a trouvé ce dont elle avait besoin : être indépendante et prendre le temps avec les autres, échanger, les écouter. Son travail regorge de missions : entretien des halls, état des lieux, signalement des pannes, contact avec les entreprises, suivi des travaux, gestion des problèmes de voisinage et ajoute-t-elle « avoir un œil sur les gens qui sont en détresse ». Dominique Bourgon aime « ce côté où ma vie est mêlée à ma vie professionnelle ». C'est que sa vie a toujours été ainsi.

A la fois révoltée et hypersensible, elle est l'aînée d'une famille ouvrière : son père, travailleur chez Peugeot et sa mère, femme de ménage dans un foyer de travailleurs immigrés. Elle naît en 1954 et grandit à Audincourt, petite ville au sud de Montbéliard. Au bout de cinq ans, la famille déménage à Bethoncourt, une cité-dortoir, cette fois au Nord de Montbéliard. Les souvenirs sont encore vivaces : « Les femmes et les enfants restaient dans la cité. Les hommes partaient le matin à l'usine. On aurait dit l'exode». En échec scolaire, plutôt retorse à l'autorité de professeurs conservateurs, Dominique part travailler à l'usine de filature à 16 ans. « C'était comme dans Elise ou la vraie vie. Il fallait pas traîner, il fallait pas aller pisser toutes les dix minutes », dit-elle d’un air malicieux, derrière ses grandes lunettes rondes. Dominique était postée le long des chaînes : enlever les bobines sales, les nettoyer et les déposer à nouveau sur la chaîne. Elle se décrit comme « déjà un peu teigneuse, toujours entrain de gueuler contre des conditions de travail dégueulasses ». A l'époque, elle était intérimaire : trois mois par-ci, trois mois par-là. Sans hésiter à tirer des tracts ou faire des grèves de quelques heures avec d'autres femmes.

 

Du cinéma à l'usine

 

Sensible aux idées « subversives », son sens de la rébellion est conforté par la rencontre avec des « copains Mao ». A peine âgée de 14 ans, en plein 68, c'est à la Maison pour tous de Bethoncourt qu'elle fait leur connaissance. « Heureusement qu'il y avait la politique. Ça m'a sauvé de la délinquance. Ça a permis à toute une génération de rêver d'un autre monde.» Car, à la maison, la parole circulait peu, voire pas dutout. « C'était assez violent », lâche-t-elle. Mais comme il faut bien gagner sa croûte, elle fait le tour des usines de la région : étiquetage de bouteilles de bière, déchargement de caisses, petits pois dans les boîtes de conserves, petits gâteaux brûlants dans les paquets, aiguilles d'horloge sous presses. « Le plus dur, c'était les cadences et le temps qui ne passait pas. C'est un sommeil physique et cérébral. Tu peux penser à rien. Tes yeux se ferment et ça te vide », dit-elle élégamment. A l'époque, du travail, il y en avait. Les jeunes affluent de la France entière. Et les immigrés, on va les chercher au pays. Des bus font la navette entre l'usine et les foyers de jeunes travailleurs. C'est dans un de ces foyers que Dominique rencontre son premier mari, lui aussi ouvrier chez Peugeot et activiste à la C.G.T. En 1971, à 17 ans, elle part vivre avec lui dans un logement, en face de l'usine de Sochaux. A ce moment-là, elle est caissière aux « RAVI », les magasins généraux propriété de l'usine automobile. La même année, avec un groupe d'ouvriers cégétistes et communistes, elle fait la connaissance de Bruno Muel, Théo Robichet et Mario Marret, des cinéastes du groupe Medvedkine, venus de Paris pour faire des films et témoigner des conditions de travail dans l'empire Peugeot. Elle apparaît la première fois dans « Week-end à Sochaux », un visage de poupée blonde rebelle, des lunettes aux contours noirs, la clope au bec. Trois ans plus tard dans « Le sang des autres » (1974) de Bruno Muel, elle est maman d'une petite fille et ses illusions socialistes en ont pris un coup. « Ce que j'aimais bien, se souvient-elle, c'était rencontrer des gens différents, des artistes. J'étais admirative .»

 

Des vies différentes dans les HLM

 

A Sochaux, dans le même groupe, elle rencontre Jean-Claude Bourgon, son deuxième mari avec qui elle vit aujourd'hui à Belfort. Lui aussi participe à l’aventure du cinéma direct. Tous les deux continuent à l'usine. Jusqu'au jour où ils tentent la vie à la campagne, dans le Haut-Doubs, en fabriquant des jouets en bois. S'en suit une caravane, la vie avec les gitans de Belfort. Finalement, lui trouve un travail de gardien dans un foyer de travailleurs immigrés, où ils occupent un logement. Ils partagent leur quotidien avec les travailleurs maghrébins. Et comme le cinéma n’est jamais très loin, Jean-Claude fait des petits films sur la vie du foyer. Il aide les hommes dans leurs démarches administratives. Il construit même avec un super barbecue. Militants syndicaux et adhérents au PCF, l'un et l'autre font à chaque fois correspondre leurs idées à leurs actes. En 2007, Dominique est élue conseillère municipale à la mairie de Belfort. Au même moment, ils arrivent au quartier des Glacis qui les plonge au cœur d'une cité. Plus grande que le foyer, ils y retrouvent la même ambiance collective. Partagent des moments forts comme la démolition des tours en février 2007, « quelque chose de terrible à vivre ». A force de rencontres, à force de contacts précieux avec les habitants et d'ateliers slam qu'elle anime avec les enfants du quartier, Dominique finit par prendre des notes. Elle écrit à partir d'une réalité, de belles fictions (1). « On croit toujours que dans les HLM, il se passe la même chose, que ça sent la choucroute et que la télé est tout le temps allumée. En fait, tout est différent, il y a tant de vies différentes. Ici aux Glacis, il se passe des choses étonnantes.» D'ailleurs, pas plus tard qu'il y a deux jours, leur appartement a été transformé en studio de cinéma pour tourner une séquence de quelques minutes. Une fiction de Cyril Mennegun. Les murs ont été peints en vert. « Ce sera l'occasion de refaire quelques aménagements», dit Jean-Claude avec un grand sourire. Non, il n'y a rien à faire. Décidemment, où qu'ils soient, Jean-Claude et Dominique seront toujours rattrapés par le cinéma.

 

Ixchel Delaporte

photo I.D

 

(1) Un film : « Le journal de Dominique » de Cyril Mennegun, 2006

et un livre : « Un sens à la vie », de Dominique Bourgon, éditions du Seuil, 2007

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