Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Tribunes & idées

13 Février 2010, 11:38am

Publié par PCF Villepinte

Adapter la formation à l’humain et non l’inverse

20154598 jpeg preview mediumPar Brigitte Riéra, responsable IUFM à Antony, candidate du Front de Gauche en Île-de-France.

Les programmes européens en matière d’éducation affirment qu’en amenant les niveaux les plus faibles à la formation la plus élevée, on résiste mieux aux crises. Or, l’idée ne s’impose pas assez en France, où le décrochage de ces idéaux est très mal vécu par tous, citoyens et parents qui faisaient confiance aux instances de l’éducation nationale. Je dirais que c’est par sens civique que je suis candidate sur la liste du Front de gauche dans les Hauts-de-Seine, pour défendre les institutions et l’accès par tous à l’éducation et à la culture quand les responsables eux-mêmes sont démunis, quand les établissements privés bénéficient de soutiens financiers qui les rendent très attractifs dans la carte scolaire.

Ce qui est détruit actuellement est colossal. Ce gouvernement a besoin de faire table rase de toute l’expérience antérieure pour piloter le système par l’idéologie la plus butée qui soit. Les enjeux politiques locaux entraînent des luttes de pouvoir dans lesquelles les stratégies politiques en matière de territoire et de patrimoine immobilier prennent le pas sur les besoins éducatifs et sur l’exigence en formation  ; si bien que tous les IUFM ne s’en sortiront pas de la même manière. Certains seront intégrés à l’université et partageront ses projets, d’autres disparaîtront ou se transformeront en filière de formation pour adultes. Les universités peuvent s’appuyer sur leur autonomie pour construire des parcours nouveaux et des formations professionnalisantes mais elles ne peuvent le faire à marche forcée.

En refusant de reporter d’un an l’application complète de la réforme de la formation des enseignants et la mastérisation, le gouvernement fait les plus mauvais choix  : le concours de recrutement est placé en début de deuxième année de master, ce qui ne permet ni de former correctement un enseignant, ni de réorienter un étudiant qui a échoué au concours. Le critère de l’excellence disciplinaire l’a emporté sur la nécessaire polyvalence de la formation des enseignants. Les IUFM ne préparaient pas assez au métier, disait-on. Finalement, on supprime complètement toute formation avant la mise en responsabilité  ! Au lieu d’une entrée progressive, on a, dès la promotion de cette année, des étudiants qui vont assurer en septembre 2010 un service à temps complet pendant deux tiers de l’année scolaire en ayant pris une classe en responsabilité une ou deux semaines seulement  !

Et le passage en force de réformes qui désarticulent le tissu social et les réseaux de formation existants se drape derrière le cynisme insupportable de déclarations contraires à la réalité  ! La stratégie de prudence de Valérie Pécresse et de Luc Chatel consiste à légiférer d’une main de fer ou en aveugle, quitte à laisser jouer aux présidents d’université au sein de leur conférence (CPU) le rôle de la masse pensante au travail qui, s’offusquant des directives prises, assure que des régulations pourront se faire en cours de route. De fait, c’est bien le seul espace de travail et la seule lueur d’espoir qu’il reste aux professionnels de l’éducation et de la formation.

Au lieu de ce massacre organisé qui laisse la plupart au bord de la route, des regroupements peuvent s’opérer en Île-de-France notamment, entre les IUFM et leurs universités d’intégration. Un cadrage plus ferme et l’obligation de stages dans les parcours préparant aux métiers de l’enseignement vont s’imposer d’eux-mêmes lorsque la pagaille du terrain remontera via les parents d’élèves et les écoles. Car si un renouvellement s’impose du système éducatif, il s’agit de construire un modèle éducatif en phase avec le monde d’aujourd’hui, où les périodes de formation alternent, à tous les âges de la vie, avec des périodes de latence ou de travail  : il s’agit d’adapter la formation à l’humain et non l’inverse, de s’appuyer sur les ressources technologiques disponibles et d’ouvrir davantage de cursus de seconde chance.

L’idée que chacun a la possibilité de reprendre des études où il les a laissées, sans être stigmatisé, en bénéficiant d’aides pour son parcours à l’université, une université ouverte à tous et pas seulement aux jeunes, cette idée s’oppose radicalement aux vieilles lunes que l’on nous vend aujourd’hui  : le mythe d’un enseignant qui parle comme un livre dès qu’on le plonge dans une classe, l’illusion d’une recherche liée à l’excellence et non au progrès humain, le leurre d’être dirigé par des ministres efficaces et non des esprits éclairés.

Commenter cet article