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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

société

10 Mars 2013, 07:36am

Publié par PCF Villepinte

« Il est grand temps de reconnaître la 
légitimité des familles monoparentales »

 

JF Le Goff

Jean-François Le Goff est médecin honoraire des hôpitaux de Paris et thérapeute familial. Pendant 15 ans, il a été médecin chef du secteur psychiatrique de Stains et La Courneuve et a animé des ateliers et des entretiens  thérapeutiques avec les familles monoparentales. Il est actuellement thérapeute familial au Centre de lutte contre la douleur de l'hôpital pédiatrique Trousseau à Paris. 

 

 

Les familles monoparentales sont-elles victimes de discrimination ?

 

Jean-François Le Goff. Même si, aujourd’hui, les discours politiques ou médiatiques parlent de tolérance, de diversité ou de refus des discriminations, les familles monoparentales restent fortement stigmatisées. Il suffit de remonter au temps des émeutes de banlieue de 2005 pour voir comment ces familles ont été accusées d’être l’une des causes de ces désordres sociaux. On décrivait des mères débordées et impuissantes, mais ayant, subtilement, éliminé ou discrédité la « fonction paternelle ». Elles auraient alors laissé leurs enfants, sans repères, aller à la dérive, subir de « mauvaises influences ». Aux enfants, on reproche de ne pas respecter les règles sociales, de refuser l’autorité, d’être trop proches de leur mère, de prendre la place du père. Ainsi ces familles sont reléguées en « dernier choix » sur le marché radieux des « nouvelles familles ».

 

 

Quelles sont les souffrances inhérentes à ce type de famille ?

 

Jean-François Le Goff. Les plaintes dans la famille, que ce soient celles de la mère ou celles des enfants, vont dans deux directions : une direction interne, tournée vers les conflits et les contradictions entre le parent et les enfants, une direction externe, traduite par un sentiment profond de rejet social, de ne pas être aimé et de tendre vers l’exclusion. Ces familles présentent le plus souvent des relations conflictuelles fortes et entremêlées dans de multiples directions : conflits avec les institutions sociales, en particulier scolaires ou centres sociaux, conflits avec le ou les autres parents, conflits avec la génération des grands-parents, conflits entre le parent et le ou les enfants. Ces familles sont le plus souvent de petite taille, une mère avec deux, plus rarement trois enfants, du même père ou de pères différents. Beaucoup de ces mères sont en formation, au chômage, en stage, mais aussi elles pouvaient exercer auparavant des professions en voie de précarisation comme infirmières ou professeures des écoles. Toutes ces familles se retrouvent avec des difficultés pour se loger ou obtenir des logements suffisamment grands, obligeant parfois la mère à dormir dans le séjour, la privant d’intimité. Difficulté aussi pour trouver du travail ou devant se contenter de revenus faibles, comme l’ont signalé de nombreux rapports. Cette cascade de conflits crée un chaos plus destructeur que constructif et bloque l’accès à l’imaginaire familial.

 

 

L’image de familles défaillantes est-elle intégrée par les institutions ?

 

Jean-François Le Goff. De nombreux professionnels des métiers d’aide ont tendance à considérer les familles monoparentales comme des familles incomplètes, souvent difficiles à suivre et candidates à des « défauts de la parentalité » que seule la réintroduction urgente du « père », sous n’importe quelle forme que ce soit, pourrait corriger. Socialement, elles sont considérées comme des « familles en difficulté », de « mauvaises familles ». Toutes ces catégories sont toujours conceptualisées à partir du modèle de la famille des années cinquante. Elle reste, malgré ses multiples mutations, comme un idéal nostalgique, un âge d’or de la famille coïncidant avec les Trente Glorieuses économiques.

 

Pour vous, le discours du manque d’autorité n’est donc pas valable ?

 

Jean-François le Goff. La sémantique de l’autorité consiste à introduire dans le système familial le code binaire « autorité versus laxisme » et d’expliquer et d’interpréter, à travers lui, toutes les difficultés de la vie quotidienne et ses contradictions. Il n’y a plus aucune place pour d’autres hypothèses, en particulier celles basées sur le soin, le désir et la solidarité. En réduisant la complexité du fonctionnement de la vie familiale, la sémantique de l’autorité réduit les relations entre parent et enfant à des rapports de forces épuisants et les éloigne de la construction en commun d’un imaginaire familial.

 

Quelles sont les solutions ?

 

Jean-François Le Goff. Commencer par reconnaître la famille monoparentale comme une famille en tant que telle et non une famille « mutilée » ou « déficitaire ». Leur stigmatisation entraîne une profonde stagnation de l’imaginaire familial, une impossibilité de le construire et de s’appuyer dessus. La situation nécessite la création d’un nouvel imaginaire, où l’idéal de la famille conjugale nucléaire ne devra plus dominer. La création de cet imaginaire familial permet de retrouver les possibilités d’évolution centrées sur l’autonomie, la créativité et la solidarité.

 

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

photo D.R

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