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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Pourquoi il ne faut pas parler de « malédiction » haÏtienne  ?

21 Janvier 2010, 18:00pm

Publié par Daniel JUNKER

Un cortège de faux amis
Par FRANÇOIS NICOLAS,COMPOSITEUR.
haiti 22
 
Comme beaucoup, je crois, le traitement médiatique d’Haïti me révolte  : le spectacle du malheur attire le chaland, qui spécule sur les « raisons » pouvant sous-tendre un tel malheur et mobilise pour ce faire le thème d’une « malédiction » frappant ce pays, en sorte ainsi de donner sens à ce qui, sinon, demeurerait sans « bonne raison »…

Haïti incarne ce faisant la figure de Job que la succession de malheurs avait livré, sur un tas de fumier, au spectacle public. Et tous ses amis de venir alors lui conseiller d’examiner quelle faute inavouée il avait dû commettre pour mériter une telle malédiction divine  : l’exigence pour eux de donner sens à cette série de catastrophes passait par un reniement contrit de Job, par l’aveu que la justice dont Job avait fait sa cause dissimulait quelque crime inavoué.

À ces faux amis, venant ajouter l’indignité à son malheur, Job opposait l’affirmation inébranlable qu’il n’avait rien à se reprocher, et que ce qui lui arrivait n’avait pas de sens (ce qui, pour le croyant qu’il était, se disait  : « Je n’ai pas failli à la justice, et l’injustice qui m’est présentement faite ne rature pas ma foi en l’existence d’une justice transcendante. »). Dans le mythe, c’est bien Job, cet étranger lointain, qui aura ultimement raison contre les avocats du sens puisque, à la fin, raison (en l’occurrence raison divine) sera publiquement donnée à son refus de se tenir coupable, et condamnation sera solennellement portée contre l’idée même de donner sens, par la culpabilité, à une catastrophe qui n’en soutient aucun.

Qu’Haïti se tienne, depuis plus de deux siècles (de Toussaint Louverture à Jean-Bertrand Aristide), du côté de la justice, contre l’esclavage et pour l’émancipation, est avéré. Que cela lui vaille depuis plus de deux siècles l’acharnement des puissances occidentales (de la France napoléonienne aux États-Unis contemporains) pour le remettre à genoux est également attesté. Mais voilà qu’Haïti se trouve également frappé par une série de malheurs naturels (cyclones, tremblements de terre…), et cette accumulation proprement insensée de lui ajouter ce cortège de faux amis venant plaider la malédiction frappant un pays qui resterait trop attaché aux excès de toutes sortes…

Haïti, transi sur son tas de ruines comme Job l’était sur son tas de fumier, incarne depuis la Révolution française le labeur de la justice. Ses combats furent de justes combats, jusqu’à celui d’Aristide pour exiger réparation du tribut que la France républicaine continua d’encaisser pour prix… de l’abolition d’un esclavage rémunérateur. Contre les faux amis d’Haïti, et sans miser sur l’irruption transcendante de quelque dieu pervers venant faire la leçon à l’humanité au prix de quelque 100 000 morts, restons attentifs à ce que ce pays et ce peuple sont en état d’enseigner à une France en voie accélérée d’abaissement et de corruption des esprits, à tout le moins à ce que conquête politique du courage veut
aujourd’hui dire.

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