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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

philosophie

21 Novembre 2010, 08:01am

Publié par PCF Villepinte

Le communisme entre idéal et construction
Florian Gulli, philosophe

marx vieuxDes intellectuels interrogent la consistance contemporaine d’un concept déclinant
la critique déterminante du réel et la possibilité de sa transformation concrète. Communisme ? revue Actuel Marx, n° 48, PUF, 224 pages, 24 euros.

 Le dossier de ce numéro d’Actuel Marx examine la réhabilitation du « communisme » à laquelle on assiste depuis quelque temps en philosophie. Les différents articles s’interrogent sur les causes, la pertinence et les modalités de ce retour. La discussion porte en fait, le plus souvent, sur la position d’Alain Badiou, principal artisan de cette réactualisation philosophique de l’hypothèse communiste.

L’article de Chantal Mouffe est très nettement hostile au retour de cette « hypothèse ». Cette idée « convoque, selon elle, une vison antipolitique de la société, où tout antagonisme aurait été supprimé et où la loi, l’État et les autres institutions régulatrices auraient perdu toute pertinence ». Selon elle, « le mythe du communisme (...) qui implique très clairement le fin de la politique, doit être abandonné ». À la perspective d’une élimination du pouvoir, devrait être opposée l’idée d’une démocratisation radicale sur le fond d’antagonismes qui ne disparaîtront jamais.

Les autres contributions critiquent non pas tant l’hypothèse communiste que les modalités de son affirmation. Franck Fischbach rappelle que le communisme n’est pas d’abord un idéal orientant nos actions. Il est avant tout « la construction et l’accumulation de conditions anticapitalistes au sein même du capitalisme ». Toni Negri affirme, dans le même sens, qu’il n’y a pas de communisme sans ontologie historique. Le dédain de Badiou pour les institutions héritées du passé, son désintérêt pour les contenus du capitalisme contemporain sont les contreparties d’une promotion trop abstraite du communisme. Le philosophe communiste se doit d’analyser les formes actuelles de la lutte des classes, identifier les institutions existantes les plus favorables à l’émancipation. L’idée communiste n’aura d’épaisseur historique qu’à ce prix.

Autre point de désaccord. La promotion actuelle du communisme s’accompagne d’une vigoureuse critique du socialisme. Plusieurs contributions pointent le caractère problématique de cette opposition. D’abord, force est de constater que les textes classiques du mouvement ouvrier utilisent le plus souvent ces termes comme des synonymes (dans le IIe Internationale, socialisme, communisme et collectivisme sont des équivalents). Ensuite, parce que cela permet de faire de l’URSS, République socialiste, une page de l’histoire du socialisme, opération permettant d’occulter toute réflexion sur les liens entre l’idée communiste et ce qui s'est fait en son nom. S’il convient de critiquer l’idée d’un lien nécessaire entre l’idée et son incarnation, il est sans doute trop facile de nier toute relation.

Outre ce dossier, la revue propose un entretien avec le sociologue et historien Immanuel Wallerstein sur le néolibéralisme et la crise actuelle, replacés dans une dynamique historique large, réflexion engagée depuis plusieurs numéros déjà.

nPhilosophie

Florian Gulli

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