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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Moraliser quoi ?

23 Janvier 2010, 12:14pm

Publié par Daniel JUNKER

La volte-face de Proglio masque une autre forfaiture : celle de sa double casquette EDF-Veolia, qui défie la morale publique.
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Par Jean-Emmanuel Ducoin (23/01/10)

Ainsi va le monde. Il y a toujours deux faces dans toute situation. L’une en pleine lumière ou l’exactitude et la minutie de la description sont à la fois possibles et nécessaires. Mais il y a aussi une autre moitié dans l’ombre qui nécessite autant d’attention, sinon plus. En pleine lumière, l’annonce faite par Henri Proglio de renoncer à son « indemnité » versée par Veolia. Et que voit-on ? D’abord un invraisemblable bal des faux-culs mené sans honte par d’importants ministres et autres dirigeants de l’UMP, qui n’est pas sans nous rappeler l’affaire de l’Epad et du fils-fils Jean… Henri Proglio a donc pris la « bonne décision », si l’on en croit Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, dont on pourrait se moquer tant et tant qu’en d’autres lieux, en d’autres époques, elle aurait peut-être rendu son tablier ou au moins appris à se taire. La veille encore, ne donnait-elle pas la leçon aux députés, dans des sanglots dans la voix, en justifiant ce double salaire au nom de l’adaptation « au marché », « aux concurrents », au « monde qui a changé »…

Comment ? Depuis le début de la crise, idiots que nous sommes, nous avions entendu dire, surtout dans la bouche de Sarkozy d’ailleurs, qu’il fallait sortir du « capitalisme fou » et de la « financiarisation », en « revenir à l’économie réelle », bref qu’il fallait « moraliser le capitalisme ». L’affaire Proglio en témoigne : les concerts d’approbation se seront succédé en un temps record… pour ânonner tout et son contraire ! Voilà bien l’une des marques du sarkozysme, cette contradiction éloquente entre paroles et actes. Au moins, si l’on prête au chef de l’État l’initiative de ce revirement, lui qui augmenta son salaire de 140 %, il n’a cette fois pas eu besoin d’une calculatrice. Mais d’un calendrier. Les Français votent dans deux mois.

Venons-en au côté sombre de la situation… Les conséquences politiques déjà désastreuses, significatives d’un prince-président obsédé par l’octroi de privilèges à ses proches, n’explique pas tout. Si la preuve est faite, plus que jamais, qu’une petite caste de rapaces tente de faire main basse sur l’État alors qu’on impose des sacrifices insurmontables au plus grand nombre, que le chômage explose et qu’on envisage de faire payer plus cher l’électricité, la volte-face de Proglio, dont beaucoup se contentent un peu vite, masque une forfaiture moins symbolique mais bien plus inquiétante. Celle de la double casquette EDF-Veolia. Car Henri Proglio continue, comme si de rien n’était, de cumuler deux fonctions qui défient la morale publique.

Comment accepter, en effet, que le patron d’EDF, l’un de nos fleurons nationaux, puisse en même temps présider le conseil d’administration de Veolia ? Évoquer en l’espèce un conflit d’intérêts s’apparente à un gentil euphémisme. La logique mise en place par le pouvoir reste implacable. Dans la matrice idéologique de Sarkozy, sa volonté de transformer la République en « entreprise-France » trouve là toute sa cohérence, ni plus ni moins que la mise en place d’une véritable soumission des politiques publiques au profit du privé. Rappelons que cent personnes seulement codirigent les conseils d’administration du CAC 40. Quand ils ne déjeunent pas au Fouquet’s, ils dînent à l’Élysée. Á ce propos : il fallait moraliser quoi, déjà ?

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