Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Monde

3 Juillet 2010, 06:18am

Publié par PCF Villepinte

- on 2 Juillet, 2010

 

Le Forum social européen cherche sa voie face à la crise

 

Les travaux du rassemblement ont commencé hier matin à Istanbul en Turquie. Dans un certain désordre, les militants de toute l’Europe tâchent d’ouvrir un espace de résistance coordonnée à la casse sociale générale.

Istanbul (Turquie),

envoyé spécial.

Istanbul, c’est Byzance ou c’est le bazar ? Un peu, voire beaucoup, des deux pour les altermondialistes qui s’y retrouvent depuis l’ouverture officielle, hier matin, du Forum social européen (FSE). Dans les allées de l’université technique d’Istanbul, dans les salles de cours et les amphithéâtres, sous les portraits de Mustafa Kemal Atatürk à tous les âges de sa vie, les militants tombent dans les bras les uns des l’autre, s’embrassent et, ensuite, ils pestent contre l’organisation, un brin chaotique, de l’événement. Rien n’a été facile pour le comité d’organisation de Turquie, composé de syndicats, forts mais guère investis, et de groupuscules, faibles mais activistes. Du coup, au début de ce FSE, le sixième, c’est la pagaille : pas de traductions, changements de salles inopinés, séminaires repoussés ou annulés… Mais, après une première manifestation, mercredi soir, qui a rassemblé plusieurs milliers de participantes, turques et kurdes en tête, à l’initiative de la Marche mondiale des femmes, tous les délégués s’organisent pour réussir le forum.

 

Traitement social de choc

Libéralisation générale en Turquie, stratégie du choc en Grèce, attaques contre les contrats de travail et l’école en Italie, plans de licenciement en Belgique, régression sociale sur les retraites en France… Le FSE est, par la force des choses, placé sous le signe de la crise économique et financière, des plans d’austérité adoptés en son nom dans toute l’Europe. Et des luttes, parfois puissantes mais souvent limitées aux frontières nationales, contre cette casse sociale générale, à l’image de celle, très emblématique en Turquie, des 12 000 fonctionnaires travailleurs de Tekel, l’ex-manufacture nationale des tabacs privatisée depuis 2008. Au cœur du dernier hiver, glacial, à Ankara, ils ont mené une occupation de longue haleine, ponctuée de grèves de la faim et de répression policière, contre le projet gouvernemental de leur offrir, en guise de reclassement, des postes ultraprécaires dans l’administration. « On a commencé notre combat parce que le gouvernement allait nous voler notre pain, témoigne Filiz Yavuz, syndicaliste chez Tekel. On n’a jamais eu froid, on n’a jamais eu faim parce qu’on voyait que la population était à nos côtés. Maintenant nous savons que cette précarisation, ces licenciements sont vécus par d’autres travailleurs partout ailleurs et c’est pour cela que nous voulons rester tous épaule contre épaule. »

 

un front antilibéral

Alors que l’avant-dernier raout des altermondialistes, à Malmö (Suède), en septembre 2008, s’était déroulé au moment même de la faillite de Lehman Brothers, les mouvements européens se retrouvent près de deux ans plus tard dans une tourmente sans précédent. Et cherchent, non sans peine, à dégager une stratégie commune efficace pour contrecarrer des politiques néolibérales, comme endurcies par leur propre échec… « Lors du FSE de Malmö, certains d’entre nous avaient pensé que l’heure serait à la contrition du capitalisme, qu’on allait enfin pouvoir faire payer la crise à ses responsables, admet Piero Bernocchi, syndicaliste Cobas en Italie. Mais ce que l’on voit aujourd’hui, c’est que l’addition est encore une fois arrivée devant les travailleurs et les plus pauvres ! » Pour Sissi Vovou, du Forum social grec, « les gouvernements, avec la complicité de l’UE et du FMI, veulent désormais écrabouiller tous les droits du peuple. Face à ces bulldozers, nous résistons énormément, comme on l’a vu chez nous en Grèce, mais notre résistance n’est pas encore assez forte pour arrêter le massacre ». Les participants au FSE – un espace unique en son genre, malgré ses limites désormais admises par tout le monde, ou presque – ont jusqu’à dimanche pour dégager une stratégie efficace contre les conséquences de la crise. La voie est étroite, peut-être, mais incontournable.

Thomas Lemahieu

Commenter cet article