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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

MEDICAMENTEURS!

6 Janvier 2010, 10:03am

Publié par Daniel JUNKER

Scandale d’État(s)

PAR JEAN-EMMANUEL DUCOIN

10-01-06-ae5be.jpgEt si la gabegie financière devenait un scandale d’État et des États ? À force de tirer les fils des aiguilles anti-grippe A, la polémique des politiques publiques en période de pandémie se transforme bel et bien en une vaste dénonciation de la collusion entre laboratoires et gouvernants. Nous ne doutions guère que, en sous-main, tapis dans l’ombre, les lobbyistes avaient fait ce qu’il fallait pour convaincre les décideurs d’acheter massivement leurs vaccins. Ces serviteurs des grands trusts ont-ils orienté, donc manipulé, les conditions d’achat ? Les éléments troublants que nous publions ont de quoi soulever nos plus vives interrogations. Car elles sont désormais partagées… et pas par n’importe qui ! La commission Santé du Conseil de l’Europe, rien de moins, vient en effet de voter une enquête officielle pour évaluer l’influence des groupes pharmaceutiques sur les choix des États et même de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… La France se retrouve en première ligne. Et pour cause. Depuis qu’elle est en charge, Mme Bachelot et les membres de son cabinet, souvent accusés de connivence avec les milieux d’affaires, ont rarement manqué de zèle pour dérouler le tapis rouge aux médicamenteurs cotés en Bourse. Privilégiant le « tout-vaccinal », symptôme du « tout sécuritaire » sarkozyste, la France a donc acheté sans aucune transparence bien plus de doses que dans des pays comparables. Or, depuis l’été, le gouvernement nous ment : le coût officiel, 869 millions d’euros, n’est que la partie visible de l’iceberg, auquel il convient d’ajouter l’achat des masques, la communication, mais aussi le montant exorbitant des contributions des collectivités territoriales, des hôpitaux, etc. : probablement plus de 2 milliards au total ! Même l’indépendance du Groupe d’expertise et d’information sur la grippe (Geig), organisme officiel du ministère de la Santé, soulève l’indignation : il est financé à 100 % par cinq laboratoires…

94 millions de doses pour 5 millions de vaccinés : cherchez l’erreur ! Après avoir mené l’affaire telle une bataille napoléonienne, le gouvernement bat en retraite au point de négocier (à quelles conditions ?) l’annulation de la moitié des commandes de vaccins… À l’heure des comptes, un vent de panique souffle sur le Palais. Car qui aura profité de cette hystérie collective ? Les laboratoires évidemment : débourser 870 millions d’euros pour quatre d’entre eux, ce n’était plus un principe de précaution mais un véritable plan de financement ! Les principaux bénéficiaires ? GlaxoSmithKline (GSK), Novartis et Sanofi -Aventis : plus d’un milliard d’euros de revenus supplémentaires au quatrième trimestre pour le premier, entre 350 et 500 millions pour les deux autres… Non seulement la psychose organisée a rempli leurs caisses, mais les gouvernements, transformés en super-VRP, se chargent d’assurer la revente de leurs produits ! Dans un marché mondial estimé à 600 milliards de dollars (il a doublé en dix ans), chacun aura compris que les enjeux des laboratoires s’apparentent à une guerre commerciale pour laquelle tout est permis.

Qui osera encore dire qu’un contrôle public sur ces mastodontes privés n’est pas une nécessité absolue ? Le Parlement français ferait bien, lui aussi, de se doter d’une commission d’enquête. Et vite.

 

 

 

Roselyne Bachelot lance l’opération déminage

 

Revente de vaccins, appel aux généralistes…Face à la polémique, la ministre de la Santé a dû réviser totalement sa stratégie.

 

 La politique a de la mémoire, les ministres de la Santé aussi. Et le gouvernement actuel porte encore les stigmates de la canicule de 2003, de ces 15 000 morts et de la polémique sur l’inaction qui s’en était suivie. Pour parer toute critique, l’État s’est lancé dans une commande surdimensionnée, et plus que dispendieuse, de stock vaccinal. La psychose pouvait démarrer. Aujourd’hui, si Roselyne Bachelot ne renie en rien les risques liés à la grippe, elle a néanmoins profondément modifié sa stratégie. En annonçant, un peu vite peut-être, la « résiliation » de 50 millions de doses (sur 94 millions) « ni livrées ni payées » auprès des laboratoires, la ministre espère une « économie de plus de la moitié » de la facture totale.

En revanche, la question des indemnités à verser aux laboratoires reste entière. Autre revirement : l’entrée en jeu des médecins généralistes jusqu’ici étrangement tenus à l’écart. Dès la semaine prochaine, ils pourront eux aussi prendre en charge la vaccination. « Nous avons reçu 5 millions de vaccins unidoses depuis le début de l’année », auparavant ils étaient livrés par « boîtes de 500 doses », justifie la ministre. De même pour les enseignants, qui avaient été priés de patienter, alors même que leurs élèves faisaient la queue pour se faire vacciner. Ils font désormais partie de la campagne. Enfin, contrairement à ce qui a été dit et redit pendant le mois de décembre, désormais, même les personnes n’étant pas munies de bons peuvent se faire vacciner. Refusant d’admettre toute « erreur d’appréciation », Roselyne Bachelot et le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, n’ont pas hésité à renvoyer les socialistes à l’affaire du sang contaminé, préférant, disent-ils, un excès de précaution au laxisme.

 

LABORATOIRES : MÊME PAS MAL

 

Les laboratoires pharmaceutiques vont donc devoir faire le deuil de la vente de 50 millions de doses de vaccins, mais ils n’en font pas un drame. Et pour cause : « Le manque à gagner pour les laboratoires est faible », souligne Frédéric Thomas, consultant chez Arthur D. Little, qui estime le coût de l’annulation à 224 millions d’euros pour GSK, 69 millions pour Sanofi -Pasteur et 65 millions pour Novartis. À titre de comparaison, les trois groupes ont enregistré en 2008 des chiffres d’affaires autour de 30 milliards d’euros chacun. Et Sanofi -Aventis

a indiqué, le mois dernier, qu’il visait un chiffre d’affaires net de 4 milliards d’euros dans les seuls vaccins en 2010, contre 2,8 milliards en 2008.

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