Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Martinique et Guyane face à leur avenir

9 Janvier 2010, 13:32pm

Publié par Daniel JUNKER

martinique.jpgLes électeurs martiniquais et guyanais doivent se prononcer dimanche sur le passage de ces départements d’outre-mer au régime 74 de la Constitution. Si le « oui » l’emporte, un pas serait franchi sur la voie de l’autonomie.

Le 19 mars 1946, les quatre « vieilles colonies », la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion devenaient des départements français. Soixante-quatre ans après ce basculement qui ouvrit un espace pour la conquête de nouveaux droits sans tenir toutes ses promesses d’émancipation, le débat reste vif sur la nature des liens qui unissent la France à ces départements d’outre-mer. C’est sur ce débat que les électeurs martiniquais et guyanais sont appelés à se prononcer demain, au terme d’une consultation voulue par les élus de ces deux territoires. Ils devront répondre à la question suivante : « Approuvez-vous la transformation de la Martinique (ou de la Guyane) en une collectivité d’outre-mer régie par l’article 74 de la Constitution, dotée d’une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ? »

Un « oui » à cette question ouvrirait la voie, dans ces régions monodépartementales, à la création d’une collectivité unique dotée de pouvoirs d’adaptation des lois aux réalités martiniquaises et guyanaises dans les domaines définis par une future loi organique. En cas de réponse négative, les électeurs devront répondre, dimanche 24 janvier, à une seconde question : « Approuvez-vous la création en Martinique (ou en Guyane) d’une collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régie par l’article 73 de la Constitution ? »

La situation est trop grave pour rester dans
 le statu quo, tranche Christiane Taubira

Un « oui » à cette seconde question entérinerait la fusion du département et de la région, tout en maintenant ces territoires dans le droit commun. En clair, l’enjeu porte sur la conquête d’une autonomie accrue pour la Martinique et la Guyane. Dans le camp des partisans de l’article 74, on juge indispensable la conquête de pouvoirs nouveaux pour bâtir des réponses pertinentes à la crise sociale qui frappe ces ex-colonies et ouvrir le chemin d’un « développement endogène ». « La situation est trop grave pour rester dans le statu quo, tranche Christiane Taubira, députée de la Guyane. Nous avons, avec le 74, la possibilité d’entrer dans un processus de négociation avec l’État pour définir un schéma de développement vertueux. Pour combattre le chômage, qui atteint 55 % chez les jeunes, pour sortir de l’économie d’importation et promouvoir la production locale, pour préserver l’environnement. Il faut saisir cette chance pour l’avenir. » Même argumentation du côté des défenseurs d’un changement statutaire en Martinique. « La crise sociétale de février mars est le signe patent d’un mal-être chez nous, qui ne saurait se réduire à une simple mesure compensatoire de quelques euros.

Á l’évidence, c’est le système tel qu’il fonctionne qui est en cause », plaide Alfred Marie-Jeanne, député et président (MIM) du Conseil régional de la Martinique. Dans cette île, pourtant, ce débat a suscité de violentes controverses. Avec la droite, opposée à toute perspective d’autonomie, mais aussi au sein de la gauche. Le Parti progressiste martiniquais, fondé par Césaire, refuse en effet le passage au régime de l’article 74. « Celui-ci n’offre aucune garantie pour assurer l’égalité des droits tout en prenant en compte la différence », expose Serge Letchimy, maire (PPM) de Fort-de-France. Lequel défend l’idée d’une réforme de la Constitution pour y définir, à l’image de ce qui fut fait pour la Nouvelle-Calédonie, le processus qui devrait conduire la Martinique à un statut d’autonomie au terme d’une « phase d’expérimentation ». Proposition « irréaliste », qui conduirait à renvoyer tout changement aux calendes grecques, rétorquent les partisans du 74. « L’égalité est déjà inscrite dans la Constitution. L’article 74 ne menace nullement les acquis sociaux, comme le prétendent les semeurs de peur », insiste Claude Lise, sénateur et président (RDM) du conseil général de Martinique. Une peur dont le spectre a pourtant hanté une campagne confuse, contribuant à la désorientation des électeurs.

Rosa Moussaoui

Commenter cet article