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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Les sponsors

27 Juillet 2010, 07:44am

Publié par PCF Villepinte

fifiDites-moi qui vous paie, je vous dirai quelle politique vous faites. C’est sans doute la principale conclusion que n’importe quel citoyen, qui ne fait pas partie du club des protégés du bouclier fiscal, peut tirer de l’affaire Woerth-Bettencourt, qui n’en finit pas d’occuper le devant de la scène, en cet été au climat de plomb. En effet, en une semaine, au moins deux événements ont alourdi l’atmosphère estivale. Le projet de contre-réforme des retraites a été examiné à huis clos, presque honteusement, par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. À partir d’un fait divers dramatique – une explosion de colère à la suite de la mort d’un jeune homme tué pour ne s’être pas arrêté à un barrage de la gendarmerie –, le plus haut personnage de l’État stigmatise et jette en pâture à l’opinion publique toute une communauté humaine et s’apprête à présider à l’Élysée une réunion qui sera le prélude à un harcèlement policier.

Mais dans un tel contexte, les enveloppes que l’on remet à l’issue d’un dîner, une femme de ministre qui ne sollicite pas un emploi VIP auprès du gestionnaire de la troisième fortune de France mais vient lui parler de « l’évolution de sa carrière professionnelle » (qu’en termes élégants ces choses-là sont dites), les enregistrements de conversations soulignant tout l’intérêt qu’il y a, quand on est milliardaire, à être au mieux avec le ministre du Budget, et pour parfaire le tout, le comportement d’un procureur, réputé proche de Nicolas Sarkozy, dont la première préoccupation semble être que l’enquête ne passe dans les mains d’un juge d’instruction…, tous ces rebondissements feuilletonesques, à mi-chemin entre les Mystères de Paris et la Comédie humaine, ne risquent-ils pas de faire passer au second plan la mobilisation sociale et politique autour de la défense de la retraite à soixante ans ?

À la vérité, ce que révèle l’affaire est de nature à convaincre largement dans le monde du travail de la nécessité d’être plus combatif encore. Elle dévoile crûment dans toute sa trivialité et ses bassesses l’intimité des relations entre le monde dominant, celui des affaires, et un personnel politique de droite qui lui est aussi dépendant que dévoué. Un personnel politique qui se comporte à un autre niveau que M. de Maistre comme des gestionnaires de grandes fortunes. Dans tout cet imbroglio, où chacun joue à l’esquive, une chose est apparue clairement, incontestablement : les Bettencourt font partie des grands sponsors de la droite sarkozyste. Et chez ces gens, quand on verse de l’argent, on investit, et on exige un retour rapide sur investissement. À proximité de l’élection présidentielle, il semble bien que la maison L’Oréal ait copieusement investi dans la marque UMP ! Depuis 2007, les gestes de gratitude du pouvoir à l’égard des grandes familles n’ont pas manqué, et c’est la société française qui en paie le prix. Au titre du bouclier fiscal, Liliane Bettencourt s’est vu reverser 30 millions d’euros cette année. Non seulement on pratique l’évasion fiscale, mais on se fait rembourser par le fisc, en quelque sorte, les sommes qu’on aurait dû lui verser. La moralisation du capitalisme, avait dit Nicolas Sarkozy ?

L’audition d’Éric Woerth et celle de Liliane Bettencourt prévue au cours de la semaine qui commence apporteront-elles un peu de clarté à ce ténébreux dossier ? Rien n’est moins sûr. Au-delà des péripéties, 
des vraies et fausses confidences, une certitude s’impose. En 2007, Nicolas Sarkozy était bien le candidat de L’Oréal, l’un des grands groupes aux pratiques managériales et à la stratégie que nous décryptons dans ce dossier. Et depuis trois ans, le Medef tout entier a toutes les raisons de lui être reconnaissant, y compris pour son projet repoussant l’âge de la retraite. Un nouveau bras de fer s’engage entre
le monde de Bettencourt et le monde du travail.

L’affaire dévoile crûment l’intimité des relations entre le monde des affaires et un personnel politique de droite.

Jean-Paul Piérot

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