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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Les assassins de Tunis par Claude Cabanes

14 Janvier 2011, 17:00pm

Publié par PCF Villepinte

Qu’est-ce qu’un gouvernement qui ordonne d’ouvrir le feu sur des cortèges de manifestants dans les rues ? Dans tous les pays du monde, c’est un gouvernement d’assassins. C’est aujourd’hui le gouvernement de Tunisie. Et son président, M. Ben Ali, est donc un président d’assassins.

Face au soulèvement de la jeunesse tunisienne, le chef de l’État perd la main. Depuis le suicide par le feu, le 17 décembre dernier, de Mohamed Bouazizi, un jeune homme contraint par la misère à vendre à la sauvette quelques fruits et quelques légumes, il n’a apporté qu’une seule réponse à la révolte : la violence d’État. Elle s’est politiquement retournée contre lui. Son pouvoir tremble sur ses bases : le sang dans les rues l’éclabousse directement. Certes, hier, Ben Ali s’est efforcé de manœuvrer dans un mouvement de recul, significatif du nouveau rapport de forces dans le pays : il a « remercié » le ministre de la répression et assuré de la libération des manifestants arrêtés. En même temps, il a fait de la capitale une ville en état de siège. Là-bas, dans le peuple, on l’appelle Al Capone…

Sur l’une des images des défilés (dont certaines se dérobent en douce à la censure grâce à Internet…), on aperçoit un manifestant brandissant une baguette croustillante. Le pain, comme un symbole, au cœur de la lutte, qu’accompagnent la revendication du travail et l’aspiration à la liberté : les fondements mêmes d’une vie digne. Car derrière la vitrine de l’opulence et de la modernité rutilantes, la Tunisie est la proie de l’état-major d’un État qui la dévaste : un État à la fois policier, corrompu et voleur. La police est partout, la liberté nulle part : la peur s’est installée au cœur même de la société. L’information est sous la botte et relève de l’idolâtrie du satrape : caractéristique classique des tyrannies, petites ou grandes, aujourd’hui comme hier. Les documents révélés il y a quelques mois par WikiLeaks avaient fait apparaître que l’on estimait, à l’ambassade américaine à Tunis, que « la Famille » – autrement dit le clan Ben Ali – relevait d’une « quasi-mafia » ! Ce groupe tribal s’accapare en effet une énorme part de la richesse nationale sous toutes ses formes : la première dame – comme on dit chez nous –, l’épouse du président, une Trabelsi, est la plus grande prédatrice du pays. Conséquence dramatique de cet accaparement à usage personnel : l’emploi s’est réduit comme peau de chagrin, et des dizaines de millions de jeunes diplômés errent dans les marges du marché du travail, sans espoir d’avenir.

L’histoire (douloureuse, puisque marquée au fer rouge par le colonialisme) et la géographie méditerranéennes rapprochent les deux nations et les deux peuples, français et tunisien. Mais cette réalité sert d’alibi à une insupportable complaisance à l’égard de la présidence tunisienne engagée dans cette féroce répression. On a ainsi entendu un ministre du gouvernement Fillon, M. Lemaire, faire, il y a quarante-huit heures, l’éloge de M. Ben Ali. La ministre des Affaires étrangères, Mme Alliot-Marie, a même proposé le secours du « savoir-faire » de la police française face à l’émeute. Et le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a estimé tout cela « équilibré ». Ces messieurs-dames ont des principes démocratiques : ils savent même s’y asseoir dessus ! Et leur passion pour les droits de l’homme est si vaste qu’elle est à géométrie variable : très vive pour Abidjan, très mince pour Tunis.
Hier soir, le couvre-feu a été décrété sur tout le territoire.

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