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Le groupe France Télévisions est un grand corps malade

15 Décembre 2012, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

Médias - le 14 Décembre 2012

Le modèle économique de la télé publique est-il gravement déstabilisé ?

 

 Tribune de Marc Chauvelot, secrétaire général SNRT CGT à France Télévisions. Le 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy lançait l’idée saugrenue (tirée du livre blanc de TF1) de supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Cette soudaine, lubie eut pour effet de déstabiliser gravement le modèle économique de France Télévisions (FTV). Cette initiative qui ne correspondait à aucune demande sociale (la loi Trautmann avait déjà réduit la publicité à huit minutes par heure en 2001) a été le point de départ de bien des ennuis pour l’entreprise.

À ce jour, rien n’est réglé. La compensation n’a jamais été intégralement versée par l’État et la taxe censée l’alimenter risque d’être censurée par Bruxelles. Conséquence, la France pourrait devoir rembourser 1,3 milliard d’euros et trouver 350 millions d’euros par an pour compenser l’absence de publicité après 20 heures.

C’est donc un dossier brûlant dont a hérité le PS en arrivant au pouvoir et l’attente était grande pour corriger les aberrations de la réforme. Or, six mois après les élections, non seulement la nouvelle majorité n’a pas réglé les problèmes, mais elle a, sous couvert de la crise financière, ouvert de nouvelles brèches, peut-être fatales à la survie du groupe public.

La décision de réduire de 200 millions d’euros le montant de la compensation au budget de FTV tombe au pire moment puisque le retard sur les recettes publicitaires frôlera les 60 millions d’euros, fin 2012. Une équation insoluble, un recul budgétaire de près de 7 % d’une année sur l’autre et qui conduira l’entreprise au déficit et au plan social.

La direction évoque déjà 1 000 suppressions de postes, soit 10 % des effectifs. Le plan de réduction d’emplois frappe déjà des centaines de non-permanents, priés d’aller se faire précariser ailleurs, parfois après des années de collaboration, un plan de licenciement de grande ampleur qui ne dit pas son nom.

La seule orientation fixée par l’État c’est un plan d’économies drastiques. Parmi les idées qui circulent, la fermeture de stations ultra-marines, la réduction des programmes régionaux hors info, la fusion des rédactions nationales, un grand Soir 3 au rabais, des rediffusions à gogo… Une vraie politique d’abandon.

François Hollande aurait-il été élu pour achever le démantèlement de FTV initié par Nicolas Sarkozy ? On a dû manquer un épisode.

Il est plus que temps d’arrêter la spirale et de refonder le modèle économique de France Télévisions. La question du financement devra être au cœur de la prochaine loi sur l’audiovisuel annoncée pour le printemps. Ce modèle doit être fondé sur un panachage de ressources ayant pour socle la redevance, progressivement réévaluée, et complétée de recettes additionnelles.

Parmi elles, la publicité qu’il faudra bien rétablir après 20 heures car, cinq ans après, le principe de réalité s’impose à tous : personne n’a trouvé le moyen de compenser sa suppression. De plus, sa disparition en prime time pénalise gravement la régie pour vendre ses écrans en journée. C’est donc une mesure nécessaire mais non suffisante car FTV ne récupérera pas les recettes publicitaires de 2009.

Seconde piste : revoir les relations avec les producteurs privés, ces fameux décrets sur la production qui privent le groupe public de tout droit d’exploitation sur les œuvres qu’il finance et qui lui interdisent de produire en interne plus de 5 % de ce qu’il diffuse.

La possibilité pour FTV d’utiliser son outil de production est entravée par une réglementation absurde. Aujourd’hui, le secteur est bloqué par le lobby des producteurs privés qui exerce son influence au plus haut niveau de l’État.

FTV est soumis à un système de commandes obligatoires en fictions, documentaires et animations qui s’élèvent à 420 millions d’euros auxquels s’ajoutent 60 millions d’euros pour le cinéma. Les commandes en émissions de flux s’élèvent à 500 millions d’euros par an.

Ce système, vieux de plus de vingt ans, a prouvé ses limites en plaçant la France dans le peloton de queue des pays européens en matière de production audiovisuelle. Il n’a pas empêché la délocalisation des tournages et entraîne un coût considérable de dépréciation pour les programmes qui ne trouvent pas place sur nos antennes. La filiale commerciale du groupe, FTD, privée de droits, est structurellement déficitaire.

À son arrivée, Rémy Pflimlin a encore aggravé les choses. La suppression du guichet économique unique et le pseudo-retour à l’identité des chaînes qu’il a souhaité auront coûté cher en augmentant les prix d’achat des programmes et en alourdissant l’organisation.

FTV doit avoir l’ambition d’être la locomotive d’une filière française de production des contenus audiovisuels, à l’instar de ce qu’est la BBC outre-Manche. Le contexte a changé. Dans l’économie numérique, il y a l’économie des contenus, et FTV doit pouvoir y occuper toute la place qui lui revient.

La CGT revendique le développement d’une filière de création dans tous les genres et sur tous les supports, une ouverture renforcée sur la proximité en région et dans les outre-mers. Seul un projet de cette envergure, assis sur un modèle économique refondé, pourra redonner sa vitalité à ce grand corps malade, notre télévision de service public.

Les députés ont voté jeudi soir une hausse de six euros de la redevance audiovisuelle, contre une augmentation de quatre euros en première lecture. La contribution à l'audiovisuel public, nom officiel de la redevance, passera ainsi à 131 euros en métropole, tandis qu'en outremer, elle augmentera de cinq euros, à 85 euros. C'est le gouvernement qui a proposé cette augmentation supplémentaire de deux euros, qu'il avait pourtant refusée en première lecture, et qui rapportera 49 millions d'euros à France Télévisions. Elle est destinée à atténuer l'impact pour les chaînes publiques d'une diminution des dotations publiques de 2,3% et de la baisse des ressources publicitaires, a expliqué pour le gouvernement le ministre de l'Economie solidaire Benoît Hamon. Mais, a-t-il ajouté, "cette situation conjoncturelle ne doit évidemment pas exonérer l'entreprise des efforts de long terme".

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Marc Chauvelot

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