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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

1 Février 2010, 06:43am

Publié par PCF Villepinte

Bouffon(s)

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Nicoléon. Pris par le vacarme assourdissant 
de mimiques verbales ronronnantes surjouées, symbolisant à elles seules cette phraséologie rudimentaire dont il est coutumier et qui, depuis plus de deux ans, rapetisse la fonction, nous eûmes soudain la stupéfaction d’entendre ces quelques mots, agrémentés d’une énorme absence de négation  : 
« Une nation, c’est comme une famille. On dit ce qui va, on dit ce qui va pas. C’est un peu ce qu’on fait entre nous. » Avec Nicoléon, les fautes de français font tellement partie de ses interventions qu’une espèce de seuil de tolérance a depuis beau temps été enfoncé… Là, sur le plateau de TF1 faussement transformé 
en brasserie (côté déco) mais carrément en café du commerce (côté ambiance), nous vîmes de loin le Pernaut des ménagères de 13 heures acquiescer du menton, l’air satisfait 
de cette diatribe nicoléonienne. Vous aussi, vous vous êtes dit que quelque chose d’incongru, de grave, venait d’être prononcé  ?

« Révolte » ?  Jusque-là, les paroles échangées par les invités du « panel » avaient témoigné avec une certaine vérité de la souffrance significative vécue par une ultra-majorité 
de nos concitoyens, doublée d’une inquiétude en l’à-venir 
si ténue qu’elle nous fait craindre le meilleur (la révolte collective) comme le pire (le repli, le nihilisme, l’égoïsme). Dans ce chamboulement d’idées qui surgissaient en nous – trop d’idées d’un coup pour une émission aussi navrante qu’annoncée –, nous eûmes au moins la satisfaction de voir Pierre Le Ménahès, ce syndicaliste CGT de l’automobile, non seulement lui tenir tête, pas impressionné par la théâtralisation, mais lui demander les yeux dans les yeux ce qu’il attendait pour « taxer les revenus financiers ». En somme, s’attaquer au pouvoir de l’argent roi. Exhortation restée sans réponse. Nicoléon n’avait rien à dire, sinon sa « révolte » (sic) contre les injustices. 
La bonne blague. Au milieu de paroles totalement démonétisées et contredites par son action quotidienne, Nicoléon n’avait qu’une métaphore pétainiste à faire valoir  : « Une nation, 
c’est comme une famille. » Face à l’insécurité sociale, 
la précarité, l’exclusion, la division, la stigmatisation, la pauvreté et l’incertitude, cette référence régressive libérale nationale 
et identitaire avait de quoi nous faire peur. À cinquante-cinq ans, Nicoléon endosse l’ex-costume maréchaliste du « père 
de la nation ». Pas de ciel au loin mais un seul horizon. 
Chacun sait qu’il est surtout le patron de « l’entreprise France » gagnée par l’une des contre-révolutions conservatrices 
les plus impressionnantes de ces dernières décennies…

Môquet. Les temps sont donc durs et les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules… Ainsi, un livre dont 
nous avions entendu parler et pour lequel on nous prédisait 
« le pire », a fini par atterrir entre nos mains. Sachez-le, le résultat est bien au-delà de ce que nous redoutions  : ni plus ni moins qu’une deuxième mort de Guy Môquet  ! Cosigné par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, professeurs et surtout spécialistes 
en anticommunisme lucratif, ce torchon s’appelle l’Affaire 
Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle. 
Le titre résume à lui seul le contenu. D’ailleurs, le supplice 
du jeune Guy n’est qu’un prétexte. La quasi-totalité du livre n’existe que pour dénoncer toute idée d’engagement plus 
ou moins communiste. Le parti pris, qui se base en totalité 
sur la parole policière de l’époque (sic), vise autant à plaquer un « point de vue » sur l’histoire qu’à sa falsification. 
Nos deux grands « enquêteurs » doutent en effet que Guy Môquet ait été résistant en quoi que ce soit, puisque, affirment-ils, il n’a jamais tué le moindre Allemand… Leur sentence est donc contresignée  : vivant ou mort, Môquet n’était pas un héros. 
Mais tenez-vous bien. Berlière et Liaigre légitiment 
les arrestations des députés et autres militants du PCF, 
ce « parti de l’étranger ». Pourquoi les justifient-ils  ? Parce 
qu’elles étaient conformes à la loi  ! Vous avez bien lu. 
Il aurait fallu par la même occasion passer de Gaulle par les armes et tous ceux qui refusaient le régime de Vichy, l’Occupation… Forcément, que vient faire un gamin 
de dix-sept ans fusillé en 1941, un titi parisien qui n’aurait 
même pas été torturé lors de son passage à la préfecture 
de police, sauf « une gifle peut-être », osent-ils écrire… N’en jetez plus. Môquet, Timbaud, le député Charles Michels et les martyrs de Châteaubriant, tous les suppliciés du Mont-Valérien sont-ils donc morts pour que, soixante-dix ans plus tard, un débat 
de démagogues sur l’« identité nationale » remette 
au goût du jour une vision ethnicisée de la France empruntée 
à Maurras, Barrès et Pétain, rouvrant la voie à tous 
les extrémistes  ? Après l’agression faite à la mémoire 
de Môquet par Nicoléon, on aimerait franchement connaître 
les commanditaires de ce livre qu’il ne faut surtout pas acheter. Le nôtre a fini dans la poubelle.

Clearstream. Michelet disait de la France qu’elle était une nation d’historiens. Ces derniers 
se souviendront qu’un homme, cette semaine, a été relaxé 
après avoir été déclaré « coupable » par le prince-président 
avant même son procès. Nicoléon aime tellement la promotion des histrions qu’il est devenu lui-même l’un de ces bouffons. Triste époque.

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