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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

L'Humanité des débats

1 Novembre 2010, 08:08am

Publié par PCF Villepinte

Comment construire une alternative à Gauche?

Rappel des faits  Le Front de Gauche solidaire avec le mouvement sur les retraites

Les 22 et 23 octobre derniers, le Parti communiste réunissait son conseil national, en pleine ébullition sociale pour la défense de la retraite à 60 ans.

L’évaluation du conflit, qui oppose la majorité de la société française à un gouvernement déterminé à satisfaire les agences de notation, a fait l’objet d’un accord général au sein de la direction communiste. Dans son rapport introduisant le débat sous la coupole de la place du Colonel-Fabien, Robert Injey évoquait «la fracture entre l’arrogance, et la violence d’un pouvoir, et un peuple qui depuis des mois fait la démonstration de son unité.»

Mais les communistes sont conscients des obstacles qui freinent le plein déploiement de la combativité dont le monde du travail a montré qu’il savait faire preuve. Avec l’assaut du gouvernement de revanche sociale contre un système issu de la Libération et un âge légal institué par le gouvernement Mauroy, à participation communiste, en 1982, il s’agit d’abord de résister à la course à la régression.La gauche n’apparaît pas comme porteuse d’une alternative claire, crédible et mobilisatrice.

«Mêlez-vous de la construction du projet que la gauche doit porter en 2012», c’est le sens de la démarche du PCF dans le cadre du Front de gauche. Et que Pierre Laurent, secrétaire national, exprime en ces termes: «Nous voulons permettre au plus grand nombre de citoyens d’énoncer ensemble un projet collectif.» Ce Pacte d’union populaire s’adresse aux militants des partis de gauche, aux syndicalistes, aux citoyens qui veulent que 2012 ne soit pas seulement l’occasion d’une défaite de Sarkozy mais aussi le point de départ d’une politique qui réponde durablement aux aspirations de la société.

Aussi, la réunion du conseil national du PCF a-t-elle été l’occasion d’une innovation avec une séance ouverte à des personnalités du mouvement social et de la vie démocratique. Les syndicalistes Maryse Dumas et Gérard Aschieri, la magistrate Évelyne Sire-Marin, Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, Serge Tarrasioux, maire de Pierre-Bénite (Rhône) et Mireille Flageul, membre du collectif d’engagement citoyen de Grenoble, ont ainsi pu présenter de premières contributions à cette réflexion. Cinq de ces personnalités poursuivent le débat dans cette édition de l’Humanité.

Jean-Paul Piérot

Alternative à gauche. Libérer les capacités d’initiative des citoyens

Par Serge Tarassioux, Maire de Pierre-Bénite (Rhône).

Quatre portes d’entrée pour interroger la pertinence d’un programme partagé.

1. Une double ghettoïsation. À une ghettoïsation par le haut illustrée par l’entre-soi de Neuilly et motivée par la peur du déclassement fait écho une ghettoïsation par le bas, dans les quartiers populaires, avec le repli sur soi, sur la famille, sur la communauté… Elles se nourrissent l’une l’autre, avec un risque de ségrégation de fait. Faute de projet collectif, la peur de l’avenir et la recherche de solutions individuelles prennent le dessus, structurent les comportements et finalement façonnent nos villes.

La ghettoïsation est un non-dit des politiques honteuses qui l’encouragent, mais aussi un oublié des projets d’émancipation. Pour autant, il n’y aura pas de changement sans la participation des habitants des quartiers populaires.

2. Le foisonnement de processus d’émancipation. À ce premier point s’opposent des aspirations émancipatrices. Je pense aux jeunes qui se jouent de l’intérim (quand d’autres en souffrent), décidant de choisir leur temps de vie; aux jeunes en général qui veulent réussir leur vie et se heurtent à l’injustice et à l’inefficacité du système; à ces femmes qui cherchent les voies de la parentalité à l’opposé de la démission que souvent leur impute l’éducation nationale; aux bénévoles qui donnent de leur temps libre (libéré!)… Je pense aussi à la lutte pour les retraites qui, pour le coup, se conçoit en commun avec de nouveaux venus motivés par la crainte de l’avenir. Autant d’aspirations progressistes, en actes, qui contribuent à changer la vie mais sans rapport direct à la politique. Cela nécessite de réinventer le lien avec chacun et pose un problème de temporalité face à l’urgence des changements attendus.

3. Une expérience de projets partagés. De l’expérience municipale ou électorale, je tire quelques enseignements. D’abord la nécessité d’«aller vers» nos concitoyens et de les écouter, ensuite l’importance du contenu et le besoin de partager compétences et savoirs, l’importance de construire ensemble le plus en amont possible, la nécessité de trouver le moyen d’être vraiment à égalité avec chacun, ce qui implique de partager les connaissances et les décisions, pour gagner collectivement en compétence.

4. Les débats sur l’alternative avec le peuple de gauche. Les questions du contenu transformateur et du rassemblement nécessaire tendent à s’opposer, au profit «réaliste» du second. Le fait d’être acteur (dans les luttes, la politique) permet de lever le doute sur la crédibilité de gagner ensemble dans le débat citoyen des changements réels. La prise du pouvoir est d’abord dans les têtes.

La proposition de travailler un programme populaire partagé me semble opportune, sauf à prendre des raccourcis qui ne mènent nulle part. Il y a des pistes, à condition de se saisir des gestes et idées de nos concitoyens dans ce qu’ils ont de subversif. À condition de prendre chacun à égalité et de troquer ce qui paraît parfois comme de l’arrogance contre une vraie ambition partageable. À condition d’interroger nos modes de faire, et d’organisation. En faisant vivre un communisme qui ne repousse pas l’émancipation à demain mais contribue à libérer les capacités d’initiative de progrès… jusqu’à les porter au pouvoir, c’est-à-dire dans la réalité. Et la forme fait partie du fond! Le programme partagé peut être du communisme en actes. La situation appelle, selon moi, à retrouver le souffle de 1789 dans des états généraux de notre temps.

 Serge Tarassioux

 

Alternative à gauche. Le déploiement d’engagements libres

Par Maryse Dumas, militante syndicale.

Comme beaucoup d’autres, je cherche à contribuer à ce que les choses changent fondamentalement, non seulement dans notre pays, mais aussi en Europe et dans le monde, car tout est de plus en plus corrélé.

Je réponds à l’invitation du Conseil national du PCF à dire comment je vois «la construction commune d’un pacte d’alternative à gauche» dans une démarche constructive et ouverte. Ces réflexions n’engagent que moi, pas la confédération à laquelle je suis syndiquée.

Les orientations de la CGT sont claires, et je les partage: elle ne participera pas à une co-­élaboration d’un programme politique quel qu’il soit. Cela ne signifie ni indifférence ni neutralité à l’égard du politique mais juste appréciation de ce qui relève du rôle des partis politiques d’une part, du syndicalisme d’autre part. Ce dernier a beaucoup travaillé sur la spécificité de la démarche syndicale. Il serait bien que les partis de gauche y réfléchissent également car ils restent habités par une vision «subalterne» du rôle du syndicalisme: faire monter les mécontentements quand la gauche est dans l’opposition, calmer le jeu quand elle est au pouvoir. Pour réussir à transformer fondamentalement la société, ils ont pourtant besoin d’un syndicalisme indépendant, capable de mobiliser sur les revendications, pour affronter les résistances politiques et économiques aux changements.

Le pacte est-il une fin ou un moyen? Pour moi, la fin c’est de créer les conditions d’un processus de transformation fondamentale, les différentes échéances politiques devant être pensées comme des moyens, des étapes pour en réaliser les conditions. Or j’ai quelquefois le sentiment que les échéances de 2012 (dont je comprends par ailleurs l’importance) deviennent l’objectif en soi. Cette question mérite d’être éclaircie car elle en conditionne beaucoup d’autres.

Les lieux de décision véritables échappent de plus en plus à la seule échelle nationale, voire même au seul pouvoir politique. Le pouvoir économique est aussi un enjeu. Identifier où sont les lieux réels de pouvoir et de décision, à l’échelle nationale ou internationale, et définir une stratégie de conquêtes progressistes de ces différents niveaux, me paraît incontournable. Il en va de la crédibilité de propositions politiques visant à faire reculer, à l’échelle d’un seul pays, la domination du capitalisme financier.

La démarche d’élaboration démocratique est aussi importante que le contenu des programmes. Bien sûr il faut des programmes en rupture véritable avec les politiques libérales, mais ils ne seront convaincants que s’ils sont élaborés avec les gens eux-mêmes, en s’appuyant sur les rapports de forces, la multiplicité et la diversité des constructions de terrain.

Le débat, la façon de le conduire et de le traduire sont essentiels. Il suppose un état d’esprit de respect des différences d’approche, d’efforts de compréhension, de ce qui motive les uns et les autres, sans jamais ni figer ni caricaturer les désaccords qui peuvent survenir. Chacun doit pouvoir apporter sa pierre sur ce qui l’intéresse et le motive sans être obligé d’adhérer à tout. Un pacte signifie engagement à réaliser un projet mais aussi à ne pas le dépasser. Ce dernier point me pose problème car les revendications et les luttes sont le moteur de l’histoire. Il ne peut être question de les encadrer. Un changement fondamental de société ne se fera que par déploiement d’engagements libres. Enfin le rassemblement doit viser large sans s’en tenir à ceux et celles qui sont déjà proches.

 Maryse Dumas

Alternative à gauche. Construire des passerelles

Par Évelyne Sire-Marin, magistrate, membre de la Ligue des droits de l’homme et de la Fondation Copernic.

En même temps que le populisme pénal désintègre la justice comme institution protectrice des libertés, il détruit le service public judiciaire en supprimant 300 tribunaux sur 1100.

Des juridictions qui existaient depuis deux cents ans sont effacées d’un trait de plume, obligeant les personnes à faire parfois 100 ou 150 kilomètres pour un divorce, une affaire aux prud’hommes, ou devant un juge d’instruction.

La justice, notamment pénale, est de plus en plus symbolisée par le glaive que tient la déesse Thémis, tandis que la balance, symbole de l’équité, s’estompe. Car l’État pénal remplace aujourd’hui l’État social et les 19 lois sécuritaires votées depuis sept ans ont pour effet de pénaliser la misère, l’immigration, la maladie mentale et les difficultés sociales de pans entiers de la population.

Toujours inquiet de l’indépendance des juges, le gouvernement voulait l’année dernière supprimer le juge d’instruction, qui est un empêcheur d’étouffer en rond les affaires économiques et financières. L’affaire Bettencourt démontre d’ailleurs que tous les moyens sont bons (même les poursuites contre le juge lui-même) pour éviter qu’une juge indépendante ne s’intéresse à cette détestable collusion du monde de l’argent et de la politique.

Cependant les États généraux de la justice pénale, mouvement collectif d’avocats, de magistrats et de juristes, ont réussi à empêcher la suppression du juge d’instruction et c’est une victoire parmi les nombreuses défaites du droit de ces dernières années.

D’autres mouvements, comme les collectifs anti-Edvige (sur le fichage des élèves), Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans (contre la recherche dès l’enfance des futurs délinquants) ou Pas de bébés à la consigne (contre la déprofessionnalisation des personnels de la petite enfance) ont arraché des reculs à ce gouvernement sur ses projets de loi de stigmatisation et de surveillance de la jeunesse.

Toutes ces dynamiques, je l’ai constaté, ont rassemblé bien au-delà des militants habituels, attirant des jeunes ou des professionnels très impliqués dans ces combats. Mais ceux-ci n’envisagent pas pour autant d’adhérer à un parti, tout en comprenant pourtant combien la question sociale est liée à la question politique.

Ayant participé à ces dynamiques, il me semble que le pacte populaire autour du programme partagé du Front de gauche devrait se construire lui aussi comme une passerelle, un pont lancé entre les partis politiques appartenant au Front de gauche et les autres forces sociales, syndicats, associations et simples citoyens.

Des ateliers thématiques sur la santé, la police, l’éducation, les libertés démocratiques, la sécurité sociale et professionnelle, la justice, etc., pourraient être l’occasion d’enrichir la réflexion politique du Front de gauche des multiples propositions de changement que font constamment les associations et les syndicats.

Car il est temps de réinterroger la question de l’adhésion à un programme politique; cela ne passe plus nécessairement aujourd’hui par la signature d’une adhésion, par une carte de membre, mais aussi par l’engagement dans une dynamique plus large, par l’inscription sur des listes de discussion, par la participation à des forums.

J’espère que le Front de gauche s’ouvrira à ces nouvelles formes d’engagement car, de la même manière qu’on peut vivre ensemble sans signer un contrat de mariage, je crois qu’on peut faire ensemble de la politique, sans signer une carte d’adhérent aux partis du Front de gauche.

 Évelyne Sire-Marin

 

 

 

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