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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

G20 : la montée des antagonismes

13 Novembre 2010, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

Monde - le 12 Novembre 2010

 

L’ouverture 
des vannes à dollars par Washington nourrit 
les désaccords 
et exacerbe 
les contradictions entre les diverses puissances 
à Séoul.

Séoul (Corée du Sud), envoyé spécial. Les sourires et les amabilités échangés hier soir lors du dîner d’ouverture du G20 à Séoul cachaient mal la montée des désaccords, voire des situations ouvertement conflictuelles sur les politiques de change. En décidant de faire tourner à plein régime la planche à billets verts, la semaine dernière, avec l’injection de quelque 600 milliards de dollars par la Réserve fédérale, Washington a suscité de très vives réactions. De la part des grands pays émergents, Chine et Brésil en tête. Mais aussi de l’Union européenne et surtout de l’Allemagne.L’argument de Barack Obama, qui a justifié hier une nouvelle fois ce geste en prétendant qu’il s’agirait de « stimuler la croissance non seulement aux États-Unis mais aussi à l’étranger », n’a pas convaincu ses principaux interlocuteurs. D’autant que plusieurs économistes aux États-Unis mêmes font part de leurs doutes quant à l’efficacité d’une telle mesure qui va rendre, une nouvelle fois, l’argent plus facile pour les grands opérateurs de Wall Street, au risque de doper la spéculation, notamment sur les monnaies émergentes. Sans pour autant irriguer « l’économie réelle », faute de mesures de sélectivité du crédit en faveur de l’investissement productif, de l’emploi. Alan Greenspan, l’ex-patron de la FED himself, ne 
s’y trompait pas en reconnaissant hier dans les colonnes du Financial Times que les États-Unis « poursuivaient aussi une politique d’affaiblissement de leur monnaie ».

 

les enjeux de la question monétaire

Il s’agit en fait de tenter de revigorer une économie états-unienne qui reste très lourdement impactée par la crise et le chômage en se livrant à un dumping monétaire qui octroierait une meilleure compétitivité aux produits « made in USA » et permettrait à Washington de rééquilibrer ses déficits abyssaux avec les pays émergents ou avec l’Allemagne. Les contradictions s’aiguisent donc tout particulièrement avec ces pays-là qui accumulent, eux, les excédents, poursuivant des logiques de croissance tournées vers les exportations. Dès mercredi, le président chinois, Hu Jintao, avait interpellé les États-Unis en leur demandant de « prendre leurs responsabilités et de faire face à leurs propres problèmes ». Son homologue brésilien, Luis Inacio Lula da Silva, critiquait hier les mesures protectionnistes déguisées de Washington, déclarant carrément que poursuivre dans une telle voie était d’envoyer « le monde à la faillite ».

Quant à Angela Merkel, elle s’est inquiétée ouvertement auprès de Barack Obama des décisions de la FED, lors d’une rencontre bilatérale juste avant le sommet. Elle a aussi laissé filtrer, en marge du dîner d’hier soir, qu’il fallait revenir à l’esprit de Toronto. La déclaration du sommet des Vingt, en juin dernier, mettait l’accent sur le besoin de rigueur budgétaire et de désendettement des États comme moyen de conforter une reprise globale. Ce recours au privilège du dollar met le feu à la guerre monétaire, exacerbant les contradictions entre puissances. Alors qu’émerge au même instant le défi d’une tout autre politique de change pour favoriser un vrai développement de la planète, n’utilisant plus le dollar, devise d’un État, comme référence et monnaie commune mondiale. Au moment où, plus que jamais, il leur faudrait se rapprocher pour réduire les terribles déséquilibres dont souffre l’économie mondiale, les Vingt, minés par les divergences, sont très loin de répondre à ces enjeux-là. Ils seraient en passe, selon les informations qui filtraient hier soir, de se contenter de s’accorder sur un texte présentant des principes de… « directives indicatives ».

Bruno Odent

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