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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Eric Woerth à nouveau épinglé dans un scandale fiscal

4 Août 2010, 22:23pm

Publié par PCF Villepinte

 

Mercredi, le quotidien Libération révèle, sur la base d’un courrier de 2008 signé Eric Woerth, que l’ancien Ministre du Budget a personnellement obtenu un dégrèvement fiscal sur la succession du sculpteur César, sur demande d’Alain-Dominique Perrin, exécuteur testamentaire de l’artiste, connu pour son engagement – financier – à droite et auprès de Nicolas Sarkozy.

Libération publie ce mercredi 4 août des extraits d’une lettre d’Eric Woerth datée du 24 avril 2008 par laquelle, selon le quotidien, le Ministre ordonne l’abandon des redressements engagés par le fisc en 2000 à l’encontre de César Baldaccini et de la Société civile de l’atelier de César. A l’époque, dressant l’inventaire de la succession de l’artiste, la justice pénale avait répertorié 175 œuvres « non rapportées ». En 2004, 59 sculptures manquantes étaient retrouvées, et un rapport de la brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA) concluait que les 116 autres avaient été « détournées et dissipées sciemment » par l’ex-compagne de César, Stéphanie Busuttil. Mais le non lieu fut finalement prononcé en 2006 par la justice pénale. C’est sur cette base que s’étaient alors engagées les négociations avec le fisc.

Dans un communiqué, le Ministère du Travail répond qu’Eric Woerth, dans son ancienne fonction de ministre du Budget, est ainsi intervenu « dans le respect du droit fiscal ». Interrogé par RTL, Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture, dit « croire en l’honnêteté d’Eric Woerth ». « C'est quelqu'un que j'apprécie, il fait une bonne réforme des retraites et pour moi, c'est l'essentiel », a-t-il ajouté sur RTL.

Le journal Libération met pourtant des éléments factuels sur la table. Dans le courrier publié, le ministre aujourd’hui pris dans la tourmente de l’affaire Bettencourt écrit : « Il ressort de l’examen approfondi de ce dossier que, dans le cadre de la vérification de l’activité du sculpteur déployée par M. Baldaccini, le rehaussement opéré en 1998 au titre des œuvres manquantes ne peut être maintenu. (…) Ces décisions seront prochainement annoncées, dans les formes réglementaires ». A Libé de conclure qu’Eric Woerth « est donc bien intervenu, et ce en amont des services et des ‘formes réglementaires’ ». Le quotidien rappelle que le 27 juin, l’intéressé avait déclaré n’avoir « jamais empêché un contrôle fiscal »…

Selon Jack Lang, il était « dans son rôle ». « C'est un procès injuste à l'égard du ministre car il était dans son rôle. L'administration fiscale a un patron : il rend des arbitrages. Parfois l'application stricte du droit peut aboutir à des injustices. Les recours gracieux sont normaux », a souligné Jack Lang après avoir précisé qu'il parlait en son nom propre et non pour le parti socialiste.

Eric Woerth aurait en fait accepté de procéder à cette « révision du passif fiscal » car la demande lui en aurait été faite par Alain-Dominique Perrin. Si l’homme est l’exécuteur testamentaire de César, il est aussi et surtout un des invités du Fouquet’s et membre du « Premier cercle », l’association des grands donateurs de l’UMP. Comme le confirme son avocate, Me Chatain, « Alain-Dominique Perrin contribue, à titre personnel depuis trente ans, et ce de manière officielle, à l’UMP et aux différents partis qui l’ont précédé ». Rappelons qu'en 2008, Eric Woerth était trésorier de l’UMP (une fonction qu’il a quittée vendredi sur conseil de Nicolas Sarkozy). Logiquement, les deux hommes avaient intérêt à entretenir de bons rapports.

Les révélations de Libération tendent à prouver qu’Eric Woerth a déjà concédé des avantages fiscaux quand le réseau des donateurs du parti présidentiel étaient concernés. Le personnage d’Alain-Dominique Perrin rappelle alors inévitablement celui de Patrice de Maistre, l’homme de confiance de Liliane Bettencourt. Dans son éditorial qui accompagnait les révélations évènement de Libération, Fabrice Rousselot en a posé : « si Eric Woerth est intervenu dans la succession de César, pourquoi ne l’aurait-il pas fait au profit de la milliardaire ? ». Sur France Info, le député socialiste Bruno Le Roux a réclamé la nomination d'un juge d'instruction : « avec toutes ces affaires qui se rajoutent les unes aux autres", "il n'y a qu'une seule chose qui soit aujourd'hui valable, c'est la nomination d'un juge d'instruction qui puisse en toute indépendance instruire ces différents dossiers qui commencent à faire beaucoup ».

 

Mise à jour :

Selon Alain-Dominique Perrin, qui s'est exprimé mercredi à la mi-journée sur Europe1, la lettre publiée par Libération a été « tronquée». Il dénonce un « travail de faussaire», parlant de « couillonnades » ou de « bidouilles ». « J’ai rencontré Eric Woerth à peu près 5 minutes, comme j’ai rencontré d’ailleurs tous ses prédécesseurs (…) M. Woerth s’est contenté de donner instruction à ses services de suivre la procédure normale. (…). M. Woerth n’est pas intervenu personnellement, c’est totalement faux », a-t-il martelé.

Le ministre lui aussi s'en est pris avec virulence à Libération qu'il accuse de manquer de déontologie, de pratiquer la « tactique de l'amalgame, de l'insinuation et de la déformation des faits ».

En réponse, le journal a publié l'intégralité de la lettre sur son site web. « Nous maintenons intégralement nos informations et publions la lettre in extenso sur libération.fr », a dit à l'AFP François Sergent, directeur-adjoint de la rédaction de Libération.

Dans un second communiqué, le Ministère du travail tente de préciser sa version des faits. Si Eric Woerth, en tant que ministre du Budget, s'était saisi du dossier ce n'était que pour « entériner l'analyse de ses services » de l'époque et signer « un projet de courrier ». L'inventaire sur lequel se basait le redressement se serait révélé erroné : 38 et non 300 oeuvres seraient réellement manquantes. L'administration fiscale aurait alors réduit le montant du redressement initial, sur accords du Ministre.

M. Guiho

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