Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Corse

23 Avril 2010, 18:06pm

Publié par PCF Villepinte

 

Enquête:

 Les Corses veulent tourner la page

Après-régionales. Dans un paysage marqué par le clanisme et les petits arrangements entre amis, l’opinion publique insulaire a, à sa façon, réhabilité la politique en choisissant une gauche mieux ancrée incarnée par la figure emblématique de Dominique Bucchini, nouveau président de l’Assemblée territoriale.

Envoyé spécial.

« Vous avez imaginé un nouveau printemps  ! » Les mots de Léo Micheli, grande figure de la résistance en Corse, sonnaient juste. Ce soir-là, à Borgo (Haute-Corse), les acteurs de la victoire de la gauche aux régionales, plus précisément ceux qui avaient fait le choix de défendre la liste conduite par Dominique Bucchini (PCF) dans un contexte de fortes divisions, à gauche comme à droite, étaient invités à fêter leur campagne. Et tout particulièrement l’élection de leur tête de liste à la présidence de l’Assemblée territoriale.

Les quelque 400 personnes (on refusera du monde) venues partager la paella ne cachaient pas leur joie. Quelque chose d’inédit se passe en ce moment en Corse. Bien au-delà de la seule éviction du pouvoir régional d’une droite toute-puissante depuis un quart de siècle. Une Corse qui veut croire en « une démocratie apaisée », selon les termes de Dominique Bucchini lors de son élection, après des années de magouilles politiciennes rythmées par les bombes et souvent les assassinats, comme si les unes et les autres participaient d’un même couvercle asphyxiant les aspirations d’un peuple. Qui ne demande qu’à vivre. Dans la dignité et le respect. Et l’a dit, en l’exprimant à première vue de façon contradictoire, à l’occasion de ces régionales. Lesquelles, ici, ont un sens politique spécifique dans la mesure où le pouvoir régional, institutionnellement et pragmatiquement, concentre un intérêt d’autant plus vif que Paris semble loin, condescendant, et sourd aux battements des coeurs insulaires. Au point que des extrémistes nationalistes ont cru pouvoir y assassiner un préfet. Au point aussi que l’Élysée y a vu souvent un terrain d’expérimentation politique, le dernier élément en date étant la modification du mode de scrutin, sur demande de l’UMP régionale, anticommuniste à tendance pétainiste, et avec l’appui du PRG corse, à moins d’un an des élections. Le but étant de marginaliser une partie de la gauche au mépris de la pluralité et de favoriser une gouvernance de recomposition consensuelle sous le seul signe « du mieux-disant électoral », comme le souligne Michel Stefani, secrétaire fédéral de Haute-Corse et secrétaire du comité régional PCF.

Le seul pôle inoxydable de gauche

Le tout alors que circulaient des rumeurs, non vraiment démenties par l’intéressé, donnant ministrable par Fillon Paul Giacobbi (PRG). Paul Giacobbi fera in fine le choix de la gauche. Jusqu’à devenir le président de l’exécutif de l’Assemblée : le scénario initial a échoué.

Qu’est-ce qui a bien pu faire capoter cette tentative de perte de repères ? À gauche, les choses semblaient bien mal engagées. Elles se traduiront d’ailleurs par la présence de quatre listes au premier tour. Avant d’en arriver là, en août 2010, une opération « Convergences à gauche » sous la houlette d’Émile Zuccarelli (PRG) avait pour ambition d’additionner des personnalités en faisant fi de leurs engagements partidaires sous couvert d’une union à tout prix sans contenu et s’exonérant de démarche politique claire. Jusqu’à isoler le PCF. Des arrière- pensées législatives mineront le calcul. C’est pourtant l’opinion publique qui forcera le destin en refusant la perpétuation de ces habitudes politiciennes posées comme sport régional par ceux qui s’y complaisent. Peut-être est-ce à ce moment-là que les regards se sont portés sur la liste Bucchini. Figure emblématique d’une gauche précisément sans complaisance envers aussi bien la violence nationaliste que les petits arrangements entre amis, l’homme est un point de repères stables sur l’échiquier politique dans une Corse où la résistance, notamment communiste, reste une valeur constructive.

Au cours de la dernière mandature, les élus régionaux ont constitué le seul pôle inoxydable de gauche sur tous les dossiers. Ceux des luttes contre la cherté de la vie, les bas salaires, la précarité de l’emploi, la casse du service public, la volonté d’améliorer la couverture sanitaire, l’exigence de construire des logements sociaux pour faire reculer la pression spéculative et les dérives affairistes et mafieuses. Ou aussi, plus globalisant, celui du Padduc (aménagement du territoire et projet de société), nettement inspiré par les canons ultralibéraux européens. Un projet alternatif à celui élaboré par la droite sera largement popularisé dès mars 2009, et utilisé comme un véritable projet pour la gauche à l’occasion de quelque vingt-deux rencontres microrégionales au mois d’octobre, alors que les partenaires à gauche se débattaient dans une mélasse peu ragoûtante. Cela aboutira au retrait du texte, la droite le soumettant de fait à une approbation électorale de ses candidats.

une gauche rassemblée au second tour

Dans la foulée, des états généraux de la gauche ont été tenus, quelque 300 initiatives avec les candidats et Dominique Bucchini ont été assurées en cinq mois, au prix d’innombrables kilomètres à travers les deux départements. « Cette expérience a mis en évidence la possibilité de susciter une dynamique populaire sur des objectifs précis, note Michel Stefani, dès lors qu’à gauche s’engage une action commune conforme aux attentes sociales et démocratiques », puisque le PCF n’avait pas déserté l’initiative « Convergences à gauche », mais en mettant l’accent sur le contenu de l’alternative et en proposant d’organiser une rencontre des partis de gauche afin d’y voir plus clair sur les intentions et les objectifs de chaque formation. Pour Dominique Bucchini, il s’agissait de donner un coup d’arrêt à la politique de la droite en Corse et de faire en sorte que l’Assemblée ne soit plus le relais du gouvernement Fillon-Sarkozy. La question n’étant pas de se différencier pour se différencier. « Ce débat n’était pas un obstacle ni un drame, dans la mesure où, de manière responsable, nous proposions clairement que la gauche se rassemble au second tour », explique Michel Stefani. D’autant que des gens venus d’horizons politiques différents à gauche ont alors été sensibles à cette approche visant à réellement changer dès 2010, et Dominique Bucchini étant le premier à se positionner et à ne rien cacher de son attitude au second tour.

René Amoretti est de ceux-là. Militant PS depuis dix ans, enseignant, il constate que « le PS en Corse est phagocyté par les Radicaux de gauche en perdition ». Il a vu dans l’attitude du PCF avec le Front de gauche « un espace politique, une vision à gauche, des idées antilibérales ». « Avec le libre-échange, on va dans le mur ». Aujourd’hui, il a bien l’intention de faire vivre cet espace et envisage avec quelques autres de se structurer au sein de celui-ci « pour exister collectivement ». Roland Orève a un autre parcours. Fonctionnaire, il s’est jusque-là surtout engagé dans l’humanitaire et le sport de haut niveau. Désormais, il est décidé : « Je vais prendre mon droit de parole. » Depuis trente ans, il a tout observé en Corse. Son constat : « Pas de changement.  » Cette fois, il a participé à la campagne de « la seule liste de gauche anticapitaliste, avec l’image médiatique de Dominique Bucchini qui inspire le respect ». Il avoue : « Il était naturel que je regarde cet espoir à gauche, avec un PCF dans ses plus beaux fondements. » S’il ne cache pas avoir ressenti des craintes au second tour où l’on a transigé avec ceux qu’on a beaucoup critiqués, il remarque : « Nous avons désormais en Corse une gouvernance qui tire vers la gauche. » Mais il observe : « La jeunesse n’est pas ici. » Selon lui, « les nationalistes ont pris la place des communistes dans les quartiers ».

Car le score des nationalistes « modérés », conduits par le tandem Simeoni-Angelini, est aussi le deuxième constat à l’issue du scrutin régional. Et une partie de la jeunesse n’y est pas pour rien. Pierre, vingt et un ans, étudiant en droit, est amer. « Autour de moi, tous les jeunes ont voté pour eux. Impossible de discuter.  » Maria, vingt-quatre ans : « Il y a un enthousiasme que je partage pour les nationalistes non violents. Et pourtant, je sais bien qu’ils n’ont aucun discours social. » Pierre : « Ils influencent une jeunesse non politisée. Leur discours est populiste, démagogique. Ils ont promis d’augmenter les bourses des étudiants de 200 %. Ils apparaissent, eux aussi, comme porteurs de nouveauté dans le paysage clanique, y compris pour de moins jeunes qui ont voté communiste ou socialiste dans le passé. Pourtant, ils n’ont pas clairement dit non à la droite. Il prend garde de ne pas les associer aux durs de Corsica Libera, conduit par Talamoni. « Eux, ne condamnent pas la violence. » Sans plus de nuance, il les associe « au vote Front national sur le continent ». Stéphane, la quarantaine, voit dans le score des modérés « plein de choses qui ont fonctionné : la jeunesse, le look, le niveau de crédibilité du discours, le refus de la violence, même si Simeoni est plus ambiguë sur ce sujet ». Ce qui a séduit, analyse-t-il, c’est le ni gauche ni droite : « Ils sont peut-être de gauche, peut-être de droite. Ainsi qu’un côté écolo. » Le tout sur la base d’un constat : la faillite des clans.

Or, estime Stéphane, ici, « rien ne peut se faire sans les nationalistes. Le fait nationaliste a accompagné toute la vie politique de ceux qui, aujourd’hui, sont des quarantenaires, même si les gens ne sont pas dupes et savent qu’ils sont la bourgeoisie de demain. Des gens de droite écoeurés par la droite ont voté pour eux. C’est le 1981 de la Corse ». Dans le même temps, Stéphane fait un parallèle avec le vote Bucchini : « Une aspiration à tout changer, à bousculer, droit dans ses bottes, valeur sûre. »

« C’est dingue ce qui se passe », lance Stéphane. Vote nationalistes modérés, vote Bucchini ? Une même aspiration à des pratiques nouvelles ? Et une condamnation de la droite ? Si l’analyse est juste, la gauche ou les nationalistes sont désormais au pied du mur. Avec une responsabilité toute particulière pour la seconde. Dominique Bucchini : « Que le mouvement populaire irrigue la société corse et remonte jusqu’à la présidence de l’Assemblée et on vivra mieux dans une Corse toujours plus ouverte.

DOMINIQUE BÈGLES

Commenter cet article