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Chatel invente l’étiquetage des élèves de maternelle

14 Octobre 2011, 07:20am

Publié par PCF Villepinte

Société - le 13 Octobre 2011

éducation 

Mots clés : Education,

 

 

Le ministère de l’Éducation nationale a proposé hier à ses inspecteurs un projet d’évaluation des élèves en fin d’école maternelle afin de repérer les cas « à risque » et à « haut risque ». Tollé chez les enseignants et les parents d’élèves.

Apparemment, le funeste rapport du député UMP Jacques-Alain Bénisti, qui proposait de repérer les comportements « à risque » dès la crèche, a fait des émules du côté du ministère de l’Éducation nationale. Selon des révélations du site lemonde.fr, la rue de Grenelle travaillerait à la mise en place d’une évaluation très tendancieuse de tous les élèves de grande section de maternelle. Une idée qui a soulevé l’indignation des syndicats enseignants et des parents d’élèves.

Classés en trois catégories, dès l’âge de cinq ans !

Ce projet, dévoilé hier aux inspecteurs de l’éducation nationale, se présenterait sous la forme d’un livret, appelé « Aide à l’évaluation des acquis en fin d’école maternelle », et se déroulerait en trois phases. Première : le « repérage ». Entre novembre et décembre, les professeurs seraient chargés de passer au crible le comportement à l’école (« respecte les autres », « contrôle tes émotions »…), le langage, la motricité et la « conscience phonologique » des élèves, âgés, rappelons-le, d’environ cinq ans. À l’issue de ce processus, ils seront classés en trois catégories : « RAS (rien à signaler) », « à risque », ou « à haut risque ». Deuxième phase : les élèves des deux dernières catégories auront droit à des « séances d’entraînement » quotidiennes. Enfin, troisième phase : le bilan. Passé entre mai et juin, il permettrait de faire le point sur les acquis des élèves par des « séries d’épreuves collectives ou en petits groupes – d’une durée d’environ trente minutes par série ».

Les parents de la FCPE ont failli s’étrangler en découvrant ce projet qui, bien entendu, n’a fait l’objet d’aucune concertation. « Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un dispositif de normalisation des enfants dès cinq ans ! a dénoncé hier la fédération dans un communiqué. Plutôt que de privilégier la pédagogie et des effectifs raisonnables en classe, on colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants qui peuvent, un jour donné, être fatigués ou malades, récalcitrants, impressionnés et ne pas réussir les “épreuves” imposées. »

La FCPE parle de « projet honteux ». Certains tests ressemblent fort à ceux réalisés en CP par les médecins scolaires – de manière confidentielle – pour établir le bilan de santé. Ce que ne nie pas le ministère puisque son protocole prévoit, noir sur blanc, d’« articuler le bilan de santé et l’évaluation des acquis »… Les enseignants pourront ainsi passer de la blouse noire à la blouse blanche !

Pour le Snuipp-FSU, principal syndicat du premier degré, ce dispositif est « inacceptable ». « En maternelle, il n’existe pas d’élève à risque. Les différences de maturité et de développement ne peuvent pas être regardées sous le seul prisme de la difficulté scolaire et encore moins de celui des troubles du comportement. Les apprentissages se construisent progressivement. La maternelle n’est pas une école de la compétition et du tri. » Pour le Sgen-CFDT, ce projet est « à la fois absurde, contre-productif, et pour tout dire, un peu effrayant. Le ministère enferme tous les petits Français de cinq-six ans dans des catégories dont tous les adultes de bon sens savent qu’elles ne peuvent avoir que des effets ravageurs sur la motivation et la capacité de grandir et d’apprendre ».

Cette politique d’étiquetage risque de ne pas se limiter aux seuls élèves. « Le taux de réussite » de chacun devrait être diffusé pour lui permettre « de se situer par rapport à une valeur nationale ». Et d’élaborer un palmarès des meilleures maternelles ?

 

  • A lire :

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Une vieille tentation à droite. Repérer les « déviances » dès le plus jeune âge ? La tentation resurgit régulièrement à droite. Ce fut le cas en 2005 avec 
le rapport controversé de l’Inserm suggérant une détection précoce des « troubles du comportement » dès trois ans pour « prévenir la délinquance ». Une idée défendue ensuite par le député UMP Jacques-Alain Bénisti, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, 
le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre ou encore, en 2010, 
le secrétaire d’État à la Justice Jean-Marie Bockel. Une offensive qui a donné lieu à la création du collectif Pas de zéro de conduite.

Laurent Mouloud

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