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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Allocations familiales

27 Avril 2010, 16:44pm

Publié par PCF Villepinte

 

Couper les Allocs ? "On renforce la réponse violente"

Jacques Pain est professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Paris X Nanterre [1] . Pour lui, la preuve de l’inefficacité de ce type de mesures a été faite.

La mesure sur la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme n’est pas nouvelle. Depuis quand est-elle dans les cartons ?

Jacques Pain. La question des violences à l’école existe depuis trente ans. A partir de la fin des années quatre-vingt-dix, c’est devenu une affaire d’État avec la mise en route d’une réflexion entre la justice, la police et l’éducation nationale. Dans le lot des mesures, seules celles qui concernent la prévention et le travail de structure avaient un sens. Pour le reste, il s’agissait de mesures chocs dont la suppression des allocations familiales. Ce n’est donc pas une idée nouvelle. Elle a d’ailleurs été plusieurs fois rejetée. C’est plutôt en Angleterre et aux États-Unis que la suppression des aides sociales a été menée à terme, dans le cadre de politiques tolérance zéro. Cela fut un échec dans les pays anglo-saxons. Dans ces pays, même les tenants de cette thèse l’ont abandonnée.

La suppression des allocations ne provoque donc pas un sentiment de culpabilité chez les enfants pour les contraindre à aller à l’école

Jacques Pain. Les politiques n’ont toujours pas compris qu’on vit une époque où une grande partie des jeunes ne fonctionne plus à coups de culpabilité, un phénomène lié à la délinquance ou à la transgression des années 1970-80. Aujourd’hui, c’est fini. On est plutôt dans une culture de l’apparence. En employant ce genre de mesures, on pénalise les familles et on instaure un lien négatif de sanction. Supprimer les allocations ne provoquera aucun changement d’attitude chez les jeunes. Au contraire, on se retrouve dans le développement d’une attitude réactionnelle, qui provoque une stigmatisation. On renforce, dans un mouvement de conditionnement, la mise à l’écart et la réponse violente. Les assises de la violence, auxquelles je n’ai pas participé pour des raisons politiques, ont bien montré le rapprochement des problèmes de violence avec ceux de la délinquance criminelle. Le gouvernement fonctionne sur la théorie de l’exemple. Mais il est clair que la politique de la sanction financière, de l’identification de la culpabilité ne fonctionne plus. On va vers une aggravation de la situation.

Pourquoi les jeunes décrochent-ils ?

Jacques Pain. Il y a vingt ans, le décrochage constituait un phénomène de rupture de milieu, de classe, de repérages. Progressivement, à partir des années 1985-90, une partie de la population ne collait plus aux objectifs, au style des nouveaux enseignants dans une école qui, elle-même, ne l’oublions pas, n’a pas foncièrement changé depuis très longtemps. L’inadéquation des codes des milieux sociaux par rapport à l’école telle qu’elle est aujourd’hui est une des raisons du décrochage. La population étudiante et enseignante n’a pas les mêmes points d’accrochage ni de références que leurs élèves. Elle a du mal à se confronter à une population qui ne réussit pas à l’école. Deuxièmement, cette école n’arrive pas à s’emparer des pédagogies différentes, plus actives, d’interpellation, de conseil, de discussion, d’actualité, avec lesquelles on peut faire passer les examens et les réussir. Troisièmement, le travail avec les familles manque énormément. Il faudrait développer le contact et le soutien aux parents. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs enfants.

L’absentéisme s’inscrit-il dans un phénomène plus large de crise scolaire ?

Jacques Pain. Oui, le décrochage s’inscrit dans un phénomène social. La violence se développe. L’absentéisme est avant tout un décrochage psychique. Un élève peut aller en classe, être physiquement là, mais ne rien assimiler. C’est un refus scolaire. L’insécurité ressentie peut être liée à l’ambiance, à la compétition, à la course aux relations difficiles. Et puis, il faut aussi comprendre qu’un élève qui arrive en 6e n’est plus le même en 3e. Entre les deux, il a pris 20 kg et 20 centimètres. Ce n’est plus le même biologiquement et psychologiquement, c’est un homme ou une femme en train de se construire. En France, on continue à s’adresser uniquement à l’intellect. Je pense que l’apprentissage est essentiel mais il peut se faire avec des méthodes actives, partir du vécu de chacun. Je maintiens donc qu’il faut intéresser les décrocheurs. L’école reste finalement le dernier bastion de la socialisation.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

Notes :

[1] Auteur de l’École et ses violences, Éditions Economica, 2006.

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