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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Le feu d'Elsa Triolet : à la découverte d’une célèbre inconnue

13 Juin 2020, 09:56am

Publié par PCF Villepinte

 

Vendredi, 12 Juin, 2020

Maurice Ulrich

Cinquante ans après sa mort, survenue le 16 juin 1970, l’Humanité rend hommage à une femme exceptionnelle. Louis Aragon, l’un des plus grands poètes du XXe siècle, l’a aimée. Elle fut renvoyée au rang de muse, effacée derrière la figure écrasante de son époux. Mais qui se cachait derrière les Yeux d’Elsa? Qui fut l’écrivaine, auteure dune œuvre considérable, née en Russie, première femme à obtenir le prix Goncourt? Qui fut la résistante, qui fut cette grande intellectuelle de laprès-guerre? Un hors-série de 124 pages, une centaine de photographies, des manuscrits d’Elsa Triolet, des documents exclusifs.

« Je suis la muse et la malédiction du poète. Je suis belle et je suis repoussante. On me bourre de pensées et de sentiments comme une poupée de son, sans que j’y sois pour quelque chose». Il y a dans ces mots-là comme une insurrection. C’est par eux que Marie-Thérèse Eychart, éditrice d’Elsa Triolet et de Louis Aragon, ouvre la biographie de la romancière qui parcourt le hors-série exceptionnel de 124 pages que l’Humanité publie, et qui lui est entièrement consacré. Et, bien sûr, dans ces quelques mots empreints de lucidité douloureuse, d’humour et d’ironie, elle ne pouvait oublier cela: « Jai des yeux qui sont ceux dElsa.»

Erik Orsenna, membre de l’Académie française et président de la maison Elsa Triolet-Aragon, le moulin de Saint-­Arnoult-en-Yvelines, n’y va pas par quatre chemins dans ce même numéro. « Imaginez Elsa sans ses yeux », écrit-il, et « plongez-vous dans ses livres ». Aragon en a-t-il trop fait? Ce nest pas le problème, quand bien même il refusera sur le tard d’être enfermé dans cet éternel personnage du fou d’amour qu’il avait lui-même créé.

Deux blessés qui vont devenir une légende

On est loin, dans ce numéro, de la presse people, mais il est bon de le savoir. Le couple qui s’était formé à leur première rencontre en novembre 1928 à la Coupole, à Paris, n’était pas fait de deux pigeons de l’année. Elsa avait été amoureuse dans sa jeunesse du grand poète Maïakovski que lui avait «piqué» sa propre sœur, Lily. Elle avait été mariée à André Triolet pendant deux ans, elle sortait d’une histoire avec Marcel Duchamp. Aragon venait d’être quitté par la riche, fantasque et très séduisante Nancy Cunard aux bracelets d’ivoire. Ce sont deux blessés qui vont devenir une légende de l’histoire littéraire et intellectuelle, du communisme, de la Résistance… Ils ne burent pas toujours de l’eau de rose. Dans les années 1960, Elsa lui écrit une lettre très dure: « Ma peine te dérange, il ne faut pas que j’aie mal juste quand tu as tant à faire (…). Même ma mort, c’est à toi que cela arriverait. »

Il fallut qu’elle se batte, pour écrire, pour être reconnue comme une romancière, non sans réserves chez certains critiques, tant elle était considérée comme la muse d’Aragon, dans son ombre, tant on avait du mal à dissocier son talent de l’histoire et de son parcours. Elle a dû batailler, disions-nous. D’abord avec la langue. Maxime Gorki l’avait encouragée à écrire, en russe puisqu’elle était russe. Mais à quoi bon, quand on a quitté la Russie depuis des années et qu’on vit en France. Il lui fallut changer de langue, comme d’autres grandes plumes. Ce n’est pas la plus mauvaise des épreuves quand on voit le résultat.

Une forme de « réalisme sans illusions »

Quand le prix Goncourt 1944 lui est attribué à la Libération, en 1945, pour Le premier accroc coûte deux cents francs (c’était le message de Radio Londres annonçant le débarquement en Provence), elle est la première femme à l’obtenir mais certains y voient pour le milieu intellectuel et littéraire le prix à payer pour être tranquilles avec la Résistance.

Il suffit d’ouvrir un de ses livres pour comprendre immédiatement qu’il n’en est rien. Elsa Triolet a une écriture sobre, directe, une forme de « réalisme sans illusions », comme l’écrit Olivier Barbarant dans l’article qu’il consacre à sa trilogie l’Âge de nylon, ouverte sur le monde moderne et ses illusions… Elle ne répugne pas à une part de fantastique, comme dans le Cheval roux (1972), mais toujours avec un regard aigu porté sur le monde et ses conflits, ici l’apocalypse nucléaire.

« Un homme honnête est celui qui ne vole pas, une femme honnête est celle qui n ’a pas d’amant, un homme galant est un homme poli et complimenteur avec les femmes dans le seul but de leur être agréable, une femme galante est une femme vénale. »
Elsa Triolet, dans les Lettres françaises en mars 1948

On connaît peu aussi, alors qu’elle ne se clame pas féministe, un texte remarquable paru dans les Lettres françaises en mars 1948, intitulé «La Dignité des femmes»: « En français l’humanité se compose d’hommes, bien qu’une partie de ces hommes soient des femmes », et, plus loin, cette charge: « Un homme honnête est celui qui ne vole pas, une femme honnête est celle qui n ’a pas d’amant, un homme galant est un homme poli et complimenteur avec les femmes dans le seul but de leur être agréable, une femme galante est une femme vénale »Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, paraît dans cette même période.

Sortir Elsa Triolet d’un livre d’images

 

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Nous demandons le RSA pour les moins de 25 ans

13 Juin 2020, 09:45am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 10/06/2020 par PCF

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Le contexte historique dans lequel est plongé le pays depuis le début de l’épidémie a non seulement mis en lumière la précarité dans laquelle vivent des milliers de jeunes mais l’a aussi amplifiée. Face à cette hausse de la paupérisation d’une partie de la jeunesse, les annonces temporaires et tardives prises par l’exécutif apparaissent bien timorées et insuffisantes.

L’urgence doit être à un projet politique ambitieux pour la jeunesse. Ce projet doit s’accompagner aussi bien de mesures immédiates de protection sociale que de mesures à plus long terme favorisant une sécurité de l’emploi et de la formation pour l’ensemble des jeunes. L’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans est une première mesure d’urgence qui permet d’instaurer un filet de sécurité pour éviter de sombrer dans la grande pauvreté.     

Le RSA est un filet de sécurité nécessaire

Alors que la crise économique risque d’entraîner nombre de jeunes dans la spirale de la précarité, Gabriel Attal, secrétaire d’État en charge de la jeunesse, s’est positionné contre l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans. Dans une interview accordée au très libéral journal les Échos, le plus jeune membre du gouvernement a déclaré qu’ « aucun jeune ne grandit avec les minima sociaux comme horizon » et que cette ouverture « inscrirait les jeunes dans un esprit de défaite ». Pourtant, pour un certain nombre, l’horizon le plus proche est celui de se retrouver en situation de grande précarité, sans aucune source de revenu.

Derrière ces déclarations, ce n’est pas l’âge d’éligibilité au RSA que remet en cause le secrétaire d’État, mais l’existence même de celui-ci. Ces propos nous ramènent au fameux mythe des minima sociaux qui produisent des générations entières de tire-au-flanc. Opposer une prétendue oisiveté des jeunes à l’octroi d’un minimum pour vivre est particulièrement abject. En plus de ne reposer sur aucune donnée tangible, ces discours sont dangereux. Ce n’est pas par fainéantise qu’un certain nombre de jeunes se retrouvent sans aucun revenu. La faute est à imputer à la multitude de réformes libérales de ces dernières années qui ont eu pour conséquence de fragiliser le peu de sécurité dans l’emploi, et notamment dans celui des plus jeunes.

L’ouverture du RSA aux moins de 25 ans doit permettre d’empêcher celles et ceux qui n’ont aucune source de revenu de tomber dans l’extrême pauvreté. Ce minima social est un filet de sécurité, certes insuffisant, mais nécessaire.

Évidemment, le RSA ne saurait être l’alpha et l’oméga d’une politique jeunesse digne de ce nom. Mais son ouverture serait une première avancée pour nombre de jeunes. Porter cette revendication dans le débat public doit permettre une prise de conscience collective quant à l’importance de mettre en place des dispositifs pour lutter contre la précarité des jeunes.

C’est bien en renonçant à mettre fin aux mesures moins-disantes pour les jeunes que l’exécutif s’inscrit dans un esprit de défaite. Défaite face à la hausse du chômage, défaite face à la hausse de la précarité des jeunes, défaite face à la moindre ambition politique pour la jeunesse.

Treize organisations de jeunesse demandent l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans

De plus en plus de jeunes se retrouvent bien seuls face à un avenir incertain. Les annonces faites par le gouvernement ne permettent pas de lever ces incertitudes. L’urgence de la situation doit être de proposer des revendications concrètes pour sortir les jeunes de la précarité. L’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans en fait partie.

À l’initiative du Mouvement jeunes communistes de France, treize organisations de jeunesse se sont réunies pour demander d’une seule et même voix l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans. Cette tribune a été publiée dans l’Humanité (1). La tribune est une première étape. Nous avons fait le choix de lancer également un site internet (2) afin d’interpeller directement Gabriel Attal à ce sujet.

Aux treize organisations de jeunesse, de nombreuses associations, organisations, personnalités, élus nationaux et locaux ont tenu à apporter leur soutien à cette revendication. Parmi eux une trentaine de parlementaires, de nombreux présidents de conseils départementaux et de mairies, mais aussi des organisations syndicales telles que la CGT ou encore la FSU. En une semaine ce n’est pas moins d’une centaine de soutiens qui se sont ajoutés à la liste. Tout au long de la semaine, les fédérations du MJCF vont interpeller les élus locaux afin d’élargir cette liste de soutiens.

Malgré le refus de Gabriel Attal, nous ne comptons pas nous arrêter là. D’autres actions d’interpellations sont prévues.

Léon Deffontaines, secrétaire général du MJCF.

 

1. https://www.humanite.fr/nous-demandons-louverture-du-rsa-pour-les-moins-de-25-ans-689831

2. https://www.rsamoinsde25ans.fr/

 

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Il y a urgence ! Le billet du D r Christophe Prudhomme. Contrôle

12 Juin 2020, 08:55am

Publié par PCF Villepinte

 

Vendredi, 12 Juin, 2020

Christophe Prudhomme

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

Ce jeudi matin, en sortant de garde de l’hôpital, je prends le tram à Bobigny, qui, du fait de sa faible capacité, est bondé. Tout le monde porte un masque, mais comme chaque jour de l’année nous sommes collés les uns contre les autres. Arrivés à la station de métro Quatre-Routes de La Courneuve, les travailleurs qui se rendent au travail sont freinés par une escouade d’agents de sécurité de la RATP contrôlant les attestations des employeurs autorisant à prendre le métro aux heures de pointe. Surpris par ce déploiement de force, je m’étonne auprès des agents de leur filtrage, qui ne m’apparaît pas approprié en termes de santé publique, car il y a moins de monde dans le métro que dans le tramway. Par ailleurs, la procédure me paraît très discriminatoire pour la population de la Seine-Saint-Denis.

En effet, comme cela a été souligné dans les médias, ce département a fourni les fameux «premiers de corvée» pour assurer le bon fonctionnement des services pendant le confinement et en a payé le prix en termes de mortalité. Aujourdhui, lactivité reprend. Or, une autre particularité des habitants de la Seine-Saint-Denis est que plus de la moitié de la population ne possède pas de véhicule personnel et est donc obligée d’utiliser les transports en commun, qui sont par ailleurs de piètre qualité, comme la fameuse ligne 13, par exemple. De plus, de nombreux travailleurs ont malheureusement des emplois informels et ne disposent pas forcément d’une attestation en bonne et due forme. Alors oui, il s’agit bien d’une nouvelle discrimination, car empêcher ces derniers de prendre le métro pour aller gagner de quoi vivre est scandaleux. Il ne peut pas y avoir, d’un côté, une injonction du gouvernement à reprendre l’activité économique et, de l’autre, des mesures qui freinent le déplacement de ceux qui justement veulent se rendre sur le lieu de travail. Quand, en plus, ces derniers ne disposent ni de l’alternative du télétravail ni de celle d’autres moyens de transport, ces contrôles sont inappropriés. C’est ce que j’ai dit avec une certaine mauvaise humeur aux agents en poste car, en plus, j’étais fatigué après 24 heures de travail.

Retrouvez son précédent billet, Milliards , et l’ensemble de ses chroniques .

Le billet du Dr Christophe Prudhomme

 

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Dépression(s)

12 Juin 2020, 08:48am

Publié par PCF Villepinte

Jean-Emmanuel Ducoin 

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France, une certaine idée du déclin...

 

Désillusion.

Avez-vous remarqué? Depuis peu, quelque chose dans l’air a cette transparence, et ce goût du bonheur français qui rend d’ordinaire nos lèvres sèches semble avoir disparu sous la force du Covid, comme ce phénomène physiologique appelé l’agueusie. Puisque nous nous refusons à abandonner l’utopie à un pays de nulle part où se perdraient nos rêves les plus féconds, puisque nous croyons à cette habitation collective qu’est l’habitation politique, nous ne parvenons pas à nous résoudre à cette idée: la gestion de la crise épidémique a révélé de si lourdes failles et faiblesses que la nation est bel et bien tombée de son piédestal. France, la désillusion. Ou pour le dire autrement: une certaine idée du déclin.

Pénuries de moyens et de matériels, hôpitaux et écoles sous tension, décisions confuses ou aléatoires totalement conditionnées par une absence de souveraineté sanitaire et économique. Sixième puissance mondiale, que deviens-tu? Et que penser de toi quand tu manques de masques, de blouses et même de Doliprane? Notre incrédulité n’a rien de nouveau. Sauf qu’elle atteint cette fois une ampleur jamais connue depuis des décennies, jusqu’à provoquer une forme de dépression dont on mesure mal, sans doute, les effets à long terme. Ce que les Français ont découvert en masse, par exemple l’atomisation de l’hôpital public, soumis à l’austérité depuis des décennies, résonne comme un camouflet d’autant plus grand que, en apparence, ce secteur clé de la santé paraissait sanctuarisé et brillait tel un phare sur le monde.

«Grâce au dévouement des personnels soignants, on s’en sortira toujours», pensait-on, ce qui s’est bien sûr produit, une fois de plus, mais dans des circonstances telles que les lézardes existantes et le sous-dimensionnement ont provoqué un séisme si puissant qu’il manqua de peu d’emporter tout le système. Interrogeons-nous: au lendemain de cette séquence historique, dans quel domaine la France peut-elle bomber le torse? Et où fut-elle vraiment forte et irréprochable, sinon par son obéissance au confinement et à la reconnaissance – enfin – de ces «petites mains» indispensables, sitôt oubliées? Certes, n’en rajoutons pas. Mais regardons cruellement la réalité: nous vivons dans une illusion d’ancienne puissance. Elle nous berce d’illusions, nous aveugle… jusqu’à un certain point. Désormais allègrement franchi.

 

Lucide.

L’autre jour, dans un quotidien du soir, nous lisions cette incroyable analogie. «Une image revient sans cesse pour résumer l’état d’esprit tricolore à la veille du confinement: celle narrée dans l’Étrange Défaite, de Marc Bloch. Dans cet essai paru en 1946 mais écrit en 1940, l’historien fondateur de l’école des Annales y raconte à chaud comment les Français, persuadés d’avoir la meilleure armée du monde, ont assisté effarés à son ­effondrement en quelques semaines face à la Wehrmacht.»

Propos exagérés, à l’évidence. Sauf que le sentiment de vivre une sorte de déclassement proche de la débâcle n’a rien d’une invention. Chacun, dorénavant, a pris conscience de l’extrême vulnérabilité de notre organisation collective et de la matrice idéologique qui nous gouverne. L’historien Marcel Gauchet, qui ne passe pas pour un gauchiste, déclarait cette semaine: «Nous ne jouons plus dans la cour des grands. Nous avons besoin d’un examen de conscience, d’un audit du pays, de ses failles et de ses faiblesses.» Et il ajoutait: «Nous ne sommes pas en 1940, mais nous avons à réécrire quelque chose comme l’Étrange Défaite de Marc Bloch. (…)

Cette crise peut être l’occasion d’une épreuve de vérité. Les Français vont devoir arrêter de se raconter des histoires, et regarder les choses en face.» À quoi bon tenir le registre des cadavres, direz-vous? Parce que le mal fleurit au quotidien, comme la rose en temps de guerre est une banale rose de sang. Pour un autre là-bas, seul le regard lucide porte l’à-venir accessible à la pensée.

 

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 12 juin 2020.]

Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

 

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Violences policières : l'impunité doit cesser

12 Juin 2020, 08:43am

Publié par PCF Villepinte

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Pierre Perret - Les confinis

10 Juin 2020, 06:36am

Publié par PCF Villepinte

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Le mur du déni est en train de se fissurer. L Mucchielli

8 Juin 2020, 07:55am

Publié par PCF Villepinte

L’Humanité, Eugénie Barbezat

Dimanche, 7 Juin, 2020

Laurent Mucchielli: «Quand la société civile tente de passer un message, il faut que cela soit repris et porté politiquement»

Le sociologue spécialiste des questions de sécurité estime que le mur du déni sur le racisme et les violences parmi la police s’est fissuré. Il détaille les perspectives que le succès de ce soulèvement laisse entrevoir.

Même si l’ampleur du mouvement contre les violences policières est inédite en France, cette mobilisation s’ancre dans un terrain rendu propice notamment par le mouvement des gilets jaunes, considére Laurent Mucchielli, spécialiste des politiques de sécurité.

L’ampleur du mouvement contre les violences policières en France, en écho à la mort de George Floyd, vous a-t-elle surpris?

Laurent Mucchielli. Oui, agréablement. Je pense que ce moment de mobilisations massives dans le monde entier correspond à un concours de circonstances. Le poids des images de l’agonie de George Floyd a pesé car il ne s’agit pas là d’une mort par balle, rapide et distanciée. On voit réellement un policier tuer à mains nues quelqu’un qui lui dit qu’il est en train de mourir. C’est encore plus choquant. En France, depuis quelques semaines, les organisations antiracistes étaient très mobilisées, notamment à cause de l’accumulation de tensions durant le confinement. Cette période a été l’occasion d’exagérer et de révéler ce qui existait déjà auparavant, en particulier le «deux poids deux mesures» en ce qui concerne lapplication des lois en fonction qu’on habite les quartiers populaires ou les endroits huppés. Ce contexte a favorisé la mobilisation de même que le développement, durant la crise sanitaire, de pratiques comme la surveillance des populations par des drones, qui traduisent l’autoritarisme de l’État, incarné par cette police, dont les citoyens contestent les dérives aujourd’hui. Par ailleurs, on sort à peine d’une année et demie de manifestations de gilets jaunes au cours desquelles les populations des centres-villes et même les journalistes ont pu faire l’expérience très concrète de la violence policière, jusqu’alors réservée aux banlieues.

Quel a été le rôle des réseaux sociaux dans le succès de ces manifestations?

Laurent Mucchielli. Il a été fondamental. Des images d’exactions policières y circulent et constituent des éléments de preuve, avec toutes les réserves contextuelles qu’il faut toujours apporter aux images. Il ne faut pas la sacraliser, mais la vidéo est un outil de transparence et de contrôle démocratique. Le fait de pouvoir filmer la police protège les citoyens, c’est tellement vrai que des syndicats de policiers et des hommes politiques comme Éric Ciotti tentent de le faire interdire.

Quelles seraient les conditions pour que cette mobilisation soit pérenne?

Laurent Mucchielli. Quand la société civile tente de passer un message dans l’espace public, pour que cela porte, il faut que cela soit repris et porté politiquement. Or, hormis quelques élus locaux, pour l’instant, il ne me semble pas avoir vu beaucoup de représentants des partis d’opposition dans ces manifestations, c’est d’ailleurs la différence avec ce qui se passe aux États-Unis. Au-delà, ce qui est fondamental, c’est d’élargir la base: que ce ne soit plus les personnes directement concernées qui se mobilisent. Il semble que c’est le cas, notamment chez les jeunes générations, et je pense que le fait que les rassemblements se tiennent dans les centres-villes y contribue. Je vois un espoir devant cette jeunesse qui a le désir de changer la société.

Que pourrait changer ce mouvement en France?

Laurent Mucchielli. Depuis des années, il y a un tabou sur la question du racisme et des violences policières en France, avec des mécanismes de déni très forts: jusqu’à présent, dès que lon abordait le sujet de la violence ou du racisme dans la police, on avait tout de suite un concert unanime de tous les syndicats de police et représentants du pouvoir politique pour crier au scandale et trouver inadmissible de mettre en cause «la police française républicaine». Aujourdhui, ce mur du déni vient de se fissurer. Cest une bonne chose. Cela peut inciter les victimes à porter plainte, les médias à relayer les affaires et donc mettre la pression sur tous ceux qui rechigneraient encore à admettre la réalité de ces violences visant majoritairement des personnes racisées. Cela ne peut que faciliter le traitement des plaintes, l’opiniâtreté de l’IGPN et ensuite celle des magistrats. C’est bien, aussi, si cela permet d’ouvrir un débat, mais il ne faudrait pas non plus transformer les policiers en boucs émissaires de tous les problèmes de la société. Il faut bien sûr juger les individus qui commettent des exactions, mais aussi comprendre le processus: pourquoi un policier sest-il senti autorisé à agir ainsi? Lattitude de ses collègues constitue-t-elle un encouragement ou une barrière pour empêcher un policier raciste de passer à lacte? Sera-t-il protégé par sa hiérarchie, par les syndicats? Toutes ces questions doivent être posées si on veut enrayer le phénomène. Il faut sortir du simplisme pour analyser les causes de cette violence structurelle et l’enrayer.

george floyd

violences policières

adama traoré

bavures poli

 

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Il y a urgence ! Le billet du D r Christophe Prudhomme. Efficacité ?

8 Juin 2020, 07:49am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Lundi, 8 Juin, 2020

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

Depuis quelques semaines, un certain nombre «dexperts» ont déclaré de manière péremptoire que le confinement généralisé imposé en France aurait sauvé des milliers de vies. Avec le recul et les chiffres disponibles aujourdhui, qui permettent des comparaisons entre les différents pays, rien nest moins sûr. Il est même légitime de se demander si ces affirmations ne viseraient pas à dédouaner le gouvernement de son incurie dans sa gestion de la crise, notamment en ce qui concerne les équipements de protection et les tests, ainsi que la mortalité dans les Ehpad.

Notre pays est un de ceux où la mortalité pour Covid-19 par million d’habitants est une des plus élevées au monde, quatre à cinq fois plus importante qu’au Portugal ou en Allemagne. Or, l’Allemagne est un pays plus vieux, où on aurait pu s’attendre à une plus forte mortalité, ce qui n’a pas été le cas alors que le confinement a été beaucoup moins strict et moins long qu’en France. La comparaison avec le Japon est également éclairante. Ce pays possède aussi une population âgée importante, pourtant les bars et les restaurants sont restés ouverts, et les écoles n’ont été que brièvement fermées.

Où est l’erreur, alors? Lhypothèse, quil faudra confirmer mais qui semble aujourdhui émerger, est que la bonne stratégie est celle qui associe la prévention avec la protection ciblée pour les personnes à risques, le dépistage systématique, en particulier pour les soignants (ce qui aurait évité la contamination des résidents en Ehpad, par le personnel notamment), et l’isolement des malades avec leur hospitalisation précoce, en cas de complications, dans des services adaptés. La France a adopté une stratégie complètement inverse, en infantilisant ses citoyens et en limitant leur liberté. Or, tous les spécialistes de santé publique s’accordent sur le fait que l’efficacité des mesures de prévention repose sur la confiance et la responsabilisation des citoyens.

Nous risquons maintenant de payer très cher ces choix. Premièrement, au niveau de la santé de la population, car pendant plus de deux mois tous les moyens ont été consacrés à l’épidémie au détriment des autres patients. Deuxièmement, au niveau économique, avec des secteurs entiers complètement à l’arrêt et un déficit très important des finances publiques.

Retrouvrez l'ensemble de ses chroniques.

Le billet du Dr Christophe Prudhomme

 

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Mobilisations. Violence, racisme… la rue interpelle la police

8 Juin 2020, 07:30am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Lundi, 8 Juin, 2020

Eugénie Barbezat

Dans la foulée des manifestations américaines, les rassemblements contre les violences policières se multiplient en France. Les participants pointent des dysfonctionnements structurels et exigent un changement des institutions concernées.

« Q uelque chose a changé: depuis quelques jours, ce ne sont plus les collectifs des familles de victimes qui appellent à manifester, mais les jeunes qui nous contactent pour descendre dans la rue avec eux!» constate Farid El Yamni, qui se bat depuis huit ans pour que les circonstances de la mort de son frère Wissam, dans un commissariat de Clermont-Ferrand, le 1er janvier 2012, soient éclaircies. « J’ai vu des jeunes d’Argenteuil, pas du tout politisés, se rendre fièrement aux récentes manifestations parisiennes. Ils relèvent la tête, retrouvent leur dignité. C’est un tournant dans la lutte contre le racisme et les injustices qui pourrait prendre autant d’ampleur que le mouvement #MeToo contre le sexisme», confirme Omar Slaouti, membre du collectif Vérité et justice pour Ali Ziri, un homme de 69 ans mort en 2009 à la suite d’un tabassage par la police lors d’un contrôle routier à Argenteuil. Romulus Saizounu, 23 ans, rencontré samedi à Nice, est l’illustration parfaite de ce ras-le-bol qui s’exprime aujourd’hui dans le monde. C’est la première fois que ce jeune employé de la restauration participe à une manifestation. Pourquoi? « Dans le tramway, certaines personnes ne s’assoient pas à côté de moi. Au travail, j’entends parfois des gens dire, en me voyant, qu’il y a vraiment trop de Noirs. Il faut que ça s’arrête, sinon le vivre-ensemble n’aura plus de sens.»

Depuis la manifestation qui a réuni 20000 personnes devant le palais de justice de Paris, mardi dernier, des dizaines de milliers dautres ont battu le pavé à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille, Rennes ou encore Marseille, en solidarité avec George Floyd, assassiné par un policier aux États-Unis, et aussi contre la brutalité policière en France. Sur la place Kléber à Strasbourg, vendredi soir, entre 4000 et 5000 personnes en grande partie des jeunes manifestaient au cri de «Black Lives Matters» (les vies noires comptent), «Justice pour Adama», «On noublie pas, on ne pardonne pas», «Arrêtez les coupables», «Pas de justice, pas de paix»…

Voir aussi : Catherine, 64 ans « Je n’osais plus descendre manifester dans la rue. J’avais peur de la police»

Voir aussi : Manon, 28 ans «Je ne comprends plus le sens de gardien de la paix»

Force de propositions

Samedi, à Paris, un genou à terre face à un cordon de gendarmes, une jeune femme brandissait une pancarte proclamant «Notre désir de justice nest pas contre les Blancs.» Une manière de réfuter les tentatives denfermer ce mouvement dans un carcan communautaire. «Ces mobilisations rassemblent bien au-delà de ceux directement concernés par les contrôles au faciès à répétition, beaucoup de lycéens et d’étudiants de tous milieux les rejoignent. C’est vrai en France comme aux États-Unis», explique l’historien Pap Ndiaye. «La spatialisation de ce mouvement est aussi très significative: les manifestants investissent les centres-villes, cela facilite le ralliement de populations qui ne se sentaient jusqu’alors pas concernées», poursuit le spécialiste des mouvements pour les droits civiques.

Voir aussi : Ryan, 21 ans «Ras le bol des violences envers les minorités!»

Voir aussi : Noélie, 17 ans «Notre besoin de justice est impossible à réprimer»

S’il semble destiné à durer avec plusieurs appels à manifester prévus cette semaine, cet élan contre les violences policières est aussi force de propositions. «En Norvège, la police na tué personne depuis plus de dix ans, note Farid El Yamni . En France, on les compte par dizaines, c’est bien qu’il y a un problème structurel. D’ailleurs, dans les années 1980 et 1990, les policiers meurtriers étaient rarement condamnés mais ils passaient en procès. Aujourd’hui, toutes les affaires sont classées avant d’être jugées, faute d’instruction indépendante. » Un constat que partage Omar Slaouti, qui propose de remplacer l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, la police des polices) par une institution indépendante, «car ce nest pas logique que ce soient des policiers qui enquêtent sur leurs collègues». Plus que des condamnations de principe et des sermons visant des propos racistes, ils insistent sur la nécessité d’un changement structurel de la police et de la justice. À la mesure du problème.  

Eugénie Barbezat

 

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LOGEMENT. LES SÉNATEURS PCF FONT VOTER UNE HAUSSE DES APL

7 Juin 2020, 09:41am

Publié par PCF Villepinte

 

Samedi, 6 Juin, 2020

Aurélien Soucheyre

Les élus du groupe CRCE sont parvenus à convaincre la chambre haute de revenir sur la sous indexation des aides personnalisées au logement (APL), jeudi, à l’occasion d’un débat suivi d’un vote.

La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée nationale. Jeudi, les sénateurs du groupe CRCE ont convaincu le Sénat de revenir sur l’une des mesures les plus impopulaires d’Emmanuel Macron: la baisse des aides personnalisées au logement (APL). «Le Sénat a su défendre cet outil de justice sociale au service des plus fragiles», apprécient les élus communistes, qui l’invitaient à revenir sur la sous-indexation des APL, et sur le mois de carence dans le versement de ces aides.

Les sénateurs PCF appellent désormais les députés à faire de même à l’Assemblée nationale, et à aller encore plus loin. «Il convient de revenir, comme le demandent les associations et le monde HLM, sur toutes les politiques du rabot qui ont frappé ces aides à la solvabilisation, comme la baisse de cinq euros dont le ministre du Logement a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur», insistent-ils.

À leurs yeux, les sept milliards d’euros ponctionnés sur «ce poste de dépenses doivent y être réaffectés, et ce, dès la prochaine loi de finances».

 De quoi renouer avec des politiques de logement réellement solidaires, jusqu’à présent soumises à une «financiarisation et marchandisation» toujours plus accrue «contre lintérêt des locataires», alors même que la crise liée au Covid-19 frappe de plein fouet les ressources de nombre de citoyens.

Aurélien Soucheyre

APL

sénat

pcf

 

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